{"id":113722,"date":"2021-03-25T12:41:00","date_gmt":"2021-03-25T16:41:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/kamel-jendoubi-1-tunisie-quest-il-advenu-de-ta-revolution\/"},"modified":"2021-03-25T12:41:00","modified_gmt":"2021-03-25T16:41:00","slug":"kamel-jendoubi-1-tunisie-quest-il-advenu-de-ta-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/kamel-jendoubi-1-tunisie-quest-il-advenu-de-ta-revolution\/","title":{"rendered":"Kamel Jendoubi (1): Tunisie, qu&rsquo;est-il advenu de ta r\u00e9volution ?"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><strong>Quel regard portez-vous sur la situation de la Tunisie aujourd&rsquo;hui?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Un regard sombre assorti d\u2019un go\u00fbt amer face au risque de plus en plus r\u00e9el d\u2019assister \u00e0 la remise en cause du processus d\u00e9mocratique. La R\u00e9volution a impuls\u00e9 une dynamique qu\u2019on a commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00abtransition d\u00e9mocratique\u00bb dont l&rsquo;un des temps forts a \u00e9t\u00e9, en 2014, l\u2019adoption d\u2019une nouvelle Constitution, d\u00e9mocratique pour l\u2019essentiel. Rappelons surtout que, d\u00e8s 2011, plusieurs d\u00e9crets-lois (relatifs aux associations, aux m\u00e9dias, aux \u00e9lections, aux partis politiques, des d\u00e9crets-lois \u00e9labor\u00e9s par la Haute instance pour la pr\u00e9servation des objectifs de la R\u00e9volution, la r\u00e9forme politique et la transition d\u00e9mocratique pr\u00e9sid\u00e9e par Yadh Ben Achour, puis adopt\u00e9s par le gouvernement provisoire dirig\u00e9 par Beji Ca\u00efd Essebsi et ratifi\u00e9s par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Foued Mbazaa) ont pos\u00e9 les premi\u00e8res pierres de la sortie de la dictature Ben Ali. Ils ont aussi permis la mise en place d\u2019institutions de r\u00e9gulation ind\u00e9pendantes (Instance sup\u00e9rieure ind\u00e9pendante pour les \u00e9lections\/ISIE, Haute autorit\u00e9 ind\u00e9pendante de la communication audiovisuelle\/Haica, Instance de lutte contre la corruption, Instance nationale pour la pr\u00e9vention de la torture). Or, on assiste depuis 2019 et en particulier depuis les derni\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives et pr\u00e9sidentielle (octobre 2019), \u00e0 l\u2019inversion du processus, en quelque sorte une d\u00e9-d\u00e9mocratisation avec, d\u2019une part, des man\u0153uvres de \u00abd\u00e9tricotage\u00bb des institutions existantes (en particulier en mati\u00e8re de m\u00e9dias et de lutte contre la corruption) ou en cours d\u2019instauration (la Cour constitutionnelle), d\u2019autre part, la multiplication de discours populistes s\u2019attaquant \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme (en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage en l\u2019esp\u00e8ce), \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression au nom de la d\u00e9fense du sacr\u00e9, \u00e0 certaines libert\u00e9s individuelles , et pr\u00f4nant le recours \u00e0 la peine de mort et le renforcement des pouvoirs des forces de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Cette transition semble bloqu\u00e9e voire compromise en raison notamment d\u2019une configuration partisane d\u00e9pass\u00e9e et d\u2019une classe politique totalement discr\u00e9dit\u00e9e. Le sentiment d\u2019\u00e9chec est pr\u00e9gnant, surtout quand j\u2019observe comment, insidieusement, les acquis de la p\u00e9riode 2011-2014 s\u2019effritent peu \u00e0 peu. Une grande part de cet \u00e9chec est imputable aux forces dites modernistes et progressistes qui, d\u00e9pourvues d\u2019un projet politique d\u2019ensemble prenant \u00e0 bras le corps les revendications \u00e9conomiques et sociales \u00e9mises par les manifestants de 2011, ont failli face aux discours d\u2019imposture des populistes en tous genres, islamistes comme \u00abs\u00e9culiers\u00bb.<\/p>\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse des populistes religieux qui affirment que la religion a r\u00e9ponse \u00e0 tous nos probl\u00e8mes tout en attendant des \u00abimpies\u00bb et des \u00abm\u00e9cr\u00e9ants\u00bb qu\u2019ils trouvent le vaccin contre la Covid-19, des populistes nostalgiques de l\u2019ancien r\u00e9gime qui font croire que la situation \u00e9tait meilleure avant la R\u00e9volution, r\u00e9duisant celle-ci \u00e0 un complot ourdi par des forces mal\u00e9fiques de l\u2019int\u00e9rieur et de l\u2019ext\u00e9rieur, ou encore de ceux qui tirent \u00e0 boulets rouges sur les politiques et les d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des Tunisiens, et en particulier les intellectuels, n\u2019a pas suffisamment conscience, \u00e0 mes yeux, de l\u2019\u00e9tau qui nous enserre avec, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le d\u00e9sordre provoqu\u00e9 notamment par l\u2019action concert\u00e9e des imposteurs islamistes \u00abmod\u00e9r\u00e9s\u00bb comme \u00abviolents\u00bb, de l\u2019autre, le r\u00e9gime autoritaire qui guette le pays, une perspective \u00e0 laquelle de plus en plus de Tunisiens se r\u00e9signent par lassitude, parfois par faiblesse.<\/p>\n<p>Le processus d\u00e9mocratique n\u2019est pas seulement menac\u00e9 sur le plan int\u00e9rieur. Il l\u2019est tout autant par un environnement g\u00e9opolitique instable qui amplifie les vuln\u00e9rabilit\u00e9s internes de plusieurs mani\u00e8res. Premi\u00e8rement, sur le plan r\u00e9gional, le voisinage imm\u00e9diat de la Tunisie est source de dangers r\u00e9currents, qu\u2019il s\u2019agisse du terrorisme jihadiste qui, utilisant une partie significative du territoire libyen comme base arri\u00e8re, \u00e9tend ses op\u00e9rations de l\u2019Afrique du Nord au Sahel, ou encore de la prolif\u00e9ration des armes en raison de la guerre qui s\u00e9vit en Libye m\u00eame. Face \u00e0 cette situation, les pays du Maghreb sont impuissants parce que d\u00e9sunis. Sans revenir sur les difficiles relations alg\u00e9ro-marocaines, la r\u00e9action ou plut\u00f4t le manque de r\u00e9action en Tunisie lors du Hirak alg\u00e9rien est r\u00e9v\u00e9lateur de ce manque de solidarit\u00e9 maghr\u00e9bine Tout en suscitant un mouvement de sympathie de la part de nombreux militants tunisiens, il a surtout \u00e9t\u00e9 regard\u00e9 avec crainte et m\u00e9fiance par une grande partie de la population et par la classe politique.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences sur la Tunisie de la situation en Libye sont dramatiques, qu\u2019il s\u2019agisse des centaines de milliers de Libyens r\u00e9fugi\u00e9s sur son territoire ou encore de la perte financi\u00e8re occasionn\u00e9e par la disparition d\u2019un d\u00e9bouch\u00e9 \u00e9conomique qui, avant 2011, jouait un r\u00f4le important pour une partie non n\u00e9gligeable de la population tunisienne, notamment dans le sud du pays.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, consid\u00e9r\u00e9e sinon comme un mod\u00e8le, du moins comme une exception, voire une rescap\u00e9e des printemps arabes, la Tunisie est devenue la cible d\u2019acteurs, \u00e9tatiques ou autres, hostiles \u00e0 la r\u00e9ussite de sa transition d\u00e9mocratique. Nombreux sont les dirigeants, notamment dans le monde arabe, qui ne r\u00eavent que de faire payer aux Tunisiens le fait d\u2019avoir \u00abd\u00e9gag\u00e9\u00bb une dictature longtemps trait\u00e9e avec beaucoup de complaisance par nos partenaires du Nord.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, tout se passe comme si, n\u2019ayant pens\u00e9 la post-r\u00e9volution que d\u2019une mani\u00e8re autocentr\u00e9e sans tenter d\u2019envisager notre devenir au niveau du Maghreb et au-del\u00e0, nous avons laiss\u00e9 le champ libre \u00e0 des acteurs ext\u00e9rieurs dot\u00e9s de leurs propres agendas et d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 peser de tout leur poids pour influencer voire pour changer le cours des \u00e9v\u00e9nements. Je fais r\u00e9f\u00e9rence ici aux \u00c9tats-Unis, aux \u00c9mirats arabes unis, au Qatar, \u00e0 l\u2019Arabie saoudite, \u00e0 la Turquie bien s\u00fbr, mais aussi \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne. S\u2019agissant de cette derni\u00e8re, la d\u00e9ception est profonde : face \u00e0 ses angoisses identitaires, ses obsessions s\u00e9curitaires et ses turbulences \u00e9conomiques, le soft power europ\u00e9en a eu vite fait de s\u2019\u00e9vaporer et de renoncer \u00e0 \u00abaccompagner\u00bb la Tunisie dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social en phase avec les demandes de la R\u00e9volution. Ainsi, l\u2019ambition, affich\u00e9e durant un temps de d\u00e9mocratiser les relations euro-m\u00e9diterran\u00e9ennes en consid\u00e9rant le Sud non comme un parent pauvre mais comme un partenaire \u00e9gal \u00e0 \u00e9gal (surtout quand celui-ci emprunte la voie de la d\u00e9mocratie), s\u2019est effac\u00e9e devant la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un partenariat bancal dans lequel les pays du Sud sont assign\u00e9s \u00e0 la mission de gardiens des fronti\u00e8res de l\u2019Europe (voir le plan Frontex).<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Sur le plan \u00e9conomique, on sait que les cons\u00e9quences de la \u00ab\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb furent et sont toujours dramatiques pour les plus faibles mais qu&rsquo;en est-il sur le plan politique?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le pouvoir semble fragment\u00e9, affaibli par un conflit triangulaire entre les trois t\u00eates de l\u2019Etat (Assembl\u00e9e des repr\u00e9sentants du peuple\/ARP, pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, gouvernement) qui mine la conduite des affaires du pays.<\/p>\n<p>On a, d\u2019une part, un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dont l\u2019activisme cache mal l\u2019impuissance: impuissant parce qu\u2019il ne parvient pas \u00e0 obtenir du chef du gouvernement qu\u2019il a d\u00e9sign\u00e9 de se limiter au r\u00f4le de simple ex\u00e9cutant, ni \u00e0 emp\u00eacher le pr\u00e9sident de l\u2019ARP de s\u2019agiter, notamment sur le plan ext\u00e9rieur, domaine normalement r\u00e9serv\u00e9 au chef de l\u2019\u00c9tat. Bien que cens\u00e9 \u00eatre le symbole de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et du pays, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ne cesse de souffler sur les braises et d\u2019accentuer les divisions, n\u2019assumant pas son r\u00f4le de m\u00e9diateur et de r\u00e9gulateur des institutions. Principal garant de la Constitution, Ka\u00efes Sa\u00efed donne de celle-ci , en absence de cour constitutionnelle, une lecture populiste et conservatrice conform\u00e9ment \u00e0 celle qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9e lors de sa campagne \u00e9lectorale de d\u00e9cembre 2019 : refus de l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes dans l\u2019h\u00e9ritage sur la base de sa lecture du texte coranique ; refus d\u2019abolir la peine de mort ; condamnation de l\u2019homosexualit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une perversion encourag\u00e9e par l\u2019\u00e9tranger, soumission des libert\u00e9s individuelles au conformisme ambiant, en assimilant, par exemple, le fait de ne pas observer le je\u00fbne en public durant le ramadan \u00e0 une provocation.<\/p>\n<p>L\u2019enceinte parlementaire est prise en otage par divers courants populistes. Le regroupement de circonstance entre, d\u2019une part, les deux formations islamistes &#8211; Ennahda et sa \u00absuccursale\u00bb dure, Itilaf El Karama (Coalition de la dignit\u00e9)-, d\u2019autre part, Qalb Tounes emmen\u00e9 par l\u2019homme d\u2019affaires Nabil Karoui (soit un total de 102 sur 217 si\u00e8ges) permet \u00e0 ces composantes, tout en ayant vot\u00e9 la confiance \u00e0 un gouvernement compos\u00e9 de personnalit\u00e9s r\u00e9put\u00e9es ind\u00e9pendantes en octobre 2020, de monnayer pied \u00e0 pied leur soutien. Cette alliance offre l\u2019avantage pour Ennahda de ne pas s\u2019exposer seule en cas d\u2019\u00e9ventuelles turbulences politiques tout en restant maitresse du jeu.. .et, au passage, de faire passer, gr\u00e2ce \u00e0 des majorit\u00e9s de circonstance, des lois s\u2019en prenant \u00e0 la Haica, au paysage audiovisuel, au mode de d\u00e9signation de la Cour constitutionnelle.<\/p>\n<p>Quant au chef de gouvernement, r\u00e9duit \u00e0 composer avec l\u2019ARP et \u00e0 se pr\u00e9munir des empi\u00e9tements de la pr\u00e9sidence, il n\u2019a aucune marge de man\u0153uvre, se limitant \u00e0 g\u00e9rer les affaires courantes.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8que que font peser les diff\u00e9rents courants populistes sur la d\u00e9mocratie naissante est tr\u00e8s inqui\u00e9tante. On a, d\u2019une part, l\u2019activisme d\u2019Itilaf El Karama, incarnation de l\u2019aile radicale de l\u2019islamisme, sorte d\u2019attelage proto-fasciste d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 entraver le processus de s\u00e9cularisation du pays, \u00e0 revenir sur le \u00abcompromis constitutionnel\u00bb de 2014 et \u00e0 remettre en cause les avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques consenties par Ennahda. Pour ce faire, elle mobilise toutes les ressources de la contre-r\u00e9volution: d\u00e9fendre l\u2019ordre moral le plus r\u00e9trograde, \u00e9laborer un discours identitaire d\u2019une rare violence, r\u00e9habiliter le r\u00f4le politique des mosqu\u00e9es et des \u00e9coles coraniques, viser l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale tunisienne du travail (UGTT) dans le droit fil de ce qu\u2019avaient fait les Ligues de protection de la r\u00e9volution dissoutes en 2014. Un discours agressif qui fait mouche dans plusieurs milieux: jeunes, quartiers populaires et conservateurs.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, le Parti destourien libre (PDL), pr\u00e9sid\u00e9 par Abir Moussi, avocate fervente de Ben Ali joue sur la nostalgie de l\u2019ancien r\u00e9gime, ce qui ne traduit nullement une adh\u00e9sion \u00e0 un programme qui, du reste se r\u00e9duit \u00e0 un seul objectif : \u00e9liminer les Fr\u00e8res musulmans. Le PDL (soit 16 d\u00e9put\u00e9s) a r\u00e9ussi \u00e0 attirer des forces issues en partie du d\u00e9litement de la droite post-bourguibiste (rassembl\u00e9e en partie de 2014 \u00e0 2019 au sein de Nidaa Tounes, mouvement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne s\u2019il en fut). Certains sondages lui pr\u00e9disent une victoire \u00e9clatante dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019\u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es. Il se pose plus que jamais comme alternative au syst\u00e8me \u00abperverti\u00bb de la post-r\u00e9volution et surtout comme rempart contre les islamistes, polarisant ainsi un peu plus la vie politique. Dot\u00e9e d\u2019une forte personnalit\u00e9, A. Moussi est m\u00eame parvenue \u00e0 rallier certains membres de la mouvance de gauche qui, cultivant une haine irr\u00e9ductible de l\u2019islam politique, sont pr\u00eats \u00e0 renoncer aux acquis d\u00e9mocratiques pourvu qu\u2019on les d\u00e9barrasse de ces \u00abennemis de la d\u00e9mocratie\u00bb, r\u00e9\u00e9ditant en quelque sorte leur ralliement \u00e0 Ben Ali durant les ann\u00e9es 1987-2010.<\/p>\n<p>D\u2019autres inconnues hantent le paysage politique et social tunisien. \u00c0 commencer par le r\u00f4le de l\u2019UGTT. Consid\u00e9r\u00e9e comme un recours d\u00e9mocratique et un arbitre ultime, r\u00f4le qu\u2019elle a su tenir par le pass\u00e9, elle appara\u00eet aujourd\u2019hui affaiblie. \u00c0 trop fr\u00e9quenter les coulisses politiciennes, sa direction actuelle peine \u00e0 encadrer les mouvements sociaux. Elle n\u2019en demeure pas moins un acteur-cl\u00e9 quand bien m\u00eame les apprentis sorciers d\u2019Ennahda comptent sur les nervis d\u2019El Karama pour la d\u00e9stabiliser. Quant aux composantes de la soci\u00e9t\u00e9 civile ou plut\u00f4t du mouvement civique, elles ne semblent pas aujourd\u2019hui en mesure d\u2019impulser des mobilisations d\u2019envergure comme celles qui ont soutenu le Quartet (UGTT, Union tunisienne pour l\u2019industrie et le commerce (patronat), Conseil de l\u2019ordre des avocats et Ligue tunisienne pour la d\u00e9fense des droits de l\u2019homme) lors du Dialogue national en 2014 ou qui ont permis de peser sur le d\u00e9bat constitutionnel en 2012-2013.<\/p>\n<p>Sporadiques et circonscrits \u00e0 des enjeux locaux ou cat\u00e9goriels, les mouvements sociaux, fr\u00e9quents, expriment l\u2019urgence d\u2019une transformation profonde. Le danger est qu\u2019ils soient de plus en plus en plus instrumentalis\u00e9s par des forces populistes et\/ou extr\u00e9mistes religieux qui, tout en se drapant d\u2019un discours r\u00e9volutionnaire, d\u00e9naturent des revendications sociales l\u00e9gitimes \u00e0 l\u2019instar, depuis 2017, du conflit d\u2019El Kamour dans la r\u00e9gion de Tataouine. Aucune force aujourd\u2019hui n\u2019appara\u00eet en mesure de f\u00e9d\u00e9rer ces m\u00e9contentements.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Et plus pr\u00e9cis\u00e9ment que la plan social (forte abstention par exemple)?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La Tunisie est arriv\u00e9e \u00e0 un stade alarmant de pr\u00e9carit\u00e9, de d\u00e9tresse sociale et de pauvret\u00e9 end\u00e9mique. Un sentiment profond d&rsquo;injustice, en particulier dans les r\u00e9gions de l\u2019int\u00e9rieur du pays et dans les quartiers populaires, se g\u00e9n\u00e9ralise, renforc\u00e9 par celui d\u2019\u00eatre abandonn\u00e9 par la classe politique tout enti\u00e8re. Les d\u00e9cideurs sont consid\u00e9r\u00e9s comme incomp\u00e9tents, corrompus et indiff\u00e9rents aux pr\u00e9occupations du simple citoyen. Les jeunes d\u00e9sesp\u00e8rent de la possibilit\u00e9 d&rsquo;avoir un avenir, proche comme lointain, en Tunisie, compte tenu de l&rsquo;absence d&rsquo;une vision \u00e9conomique et sociale claire , capable de redonner espoir et de rompre avec la politique de colmatage pratiqu\u00e9e depuis 2011 et qui n\u2019a fait qu\u2019empirer la situation.<\/p>\n<p>S\u2019ajoute \u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 ce sombre tableau, la crise de la Covid-19 qui frappe durement les petites entreprises et les couches populaires et aggrave les discriminations d\u00e9j\u00e0 criantes : 1 % de la population poss\u00e9dant 60 % des richesses nationales. Le PIB risque de conna\u00eetre une chute brutale de pr\u00e8s de 20 points au second semestre 2020 ; les recettes du tourisme ont diminu\u00e9 de pr\u00e8s de la moiti\u00e9 au premier semestre de 2020 compar\u00e9 aux six premiers mois de 2019. Une \u00e9tude de l&rsquo;Institut national des statistiques a \u00e9galement indiqu\u00e9 que 40 % des retrait\u00e9s (soit quelque 950 000 personnes) gagnent moins que le salaire minimum garanti d\u2019un montant de 400 dinars par mois (soit 124 euros). Ainsi, le nombre de personnes vivant avec moins de 4,6 dinars par jour (1,5\u20ac) qui \u00e9tait de 1,7 million en 2015 pourrait d\u00e9passer les deux millions d\u2019ici la fin de l\u2019ann\u00e9e, soit quelque 20 % de la population, ramenant le pays dix ans en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019arr\u00eat du recrutement dans la fonction publique (auquel Ennahda a recouru sans retenue \u2013 le nombre de fonctionnaires a plus que doubl\u00e9 en dix ans-) va de pair avec une augmentation du nombre des ch\u00f4meurs (officiellement + 111 600 en 2020). Le taux de ch\u00f4mage est ainsi pass\u00e9 de 15 % en 2019 \u00e0 18 % en 2020.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Que traduit la multiplication des partis: un difficile apprentissage de la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale? Des ambitions personnelles? Un \u00e9clatement de la soci\u00e9t\u00e9 politique, chaque groupe poursuivant ses int\u00e9r\u00eats?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En dix ans, le nombre des partis politiques est pass\u00e9 de six (\u00e0 l\u2019\u00e9poque de Ben Ali) \u00e0 quelque 240 ! Au lendemain du 14 janvier 2011, sur la base d\u2019un texte juridique inchang\u00e9, le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur (charg\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de d\u00e9livrer les visas) a l\u00e9galis\u00e9 plusieurs partis jusque-l\u00e0 interdits (des mouvances islamistes et d\u2019extr\u00eame-gauche pour l\u2019essentiel) et accord\u00e9 tant de nouvelles autorisations qu\u2019aux \u00e9lections du 23 octobre 2011, leur nombre d\u00e9passait d\u00e9j\u00e0 la centaine. Cependant, la plupart d\u2019entre eux n\u2019ont pas d\u2019activit\u00e9 r\u00e9elle, se limitant \u00e0 pr\u00e9senter des listes aux \u00e9lections (non sans difficult\u00e9 compte tenu du manque de candidats) et, pour beaucoup, \u00e0 profiter des subsides accord\u00e9s dans le cadre de la campagne \u00e9lectorale gr\u00e2ce \u00e0 des dispositions particuli\u00e8rement lib\u00e9rales. Ce d\u00e9veloppement d\u00e9brid\u00e9 du nombre de partis a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9 par un d\u00e9cret-loi d\u2019octobre 2011 qui facilite leur cr\u00e9ation, notamment en transf\u00e9rant l\u2019instruction des demandes au secr\u00e9tariat du gouvernement et en all\u00e9geant consid\u00e9rablement la proc\u00e9dure de reconnaissance. En r\u00e9alit\u00e9, seule une trentaine de formations politiques sont actives sur le terrain. Soumis au verdict des urnes lors des scrutins successifs (\u00e9lections de la Constituante en octobre 2011 puis l\u00e9gislatives et pr\u00e9sidentielle de 2014 et 2019), l\u2019\u00e9chiquier partisan s\u2019est progressivement atomis\u00e9. A l\u2019heure qu\u2019il est, onze formations comptent des d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l\u2019ARP. Cet \u00e9miettement a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une instabilit\u00e9 politique et gouvernementale chronique (soit neuf gouvernements en moins de dix ans), ob\u00e9r\u00e9 la mise en place de politiques publiques et de r\u00e9formes structurelles prenant en compte les attentes de la population et nui \u00e0 la confiance des partenaires ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L\u2019atomisation du champ partisan est aliment\u00e9e par un mode de scrutin de liste \u00e0 la proportionnelle au plus fort reste qui a fix\u00e9 un seuil de 3% des suffrages exprim\u00e9s pour qu\u2019une liste obtienne un ou plusieurs si\u00e8ges (il n\u2019est pas rare de trouver dans la m\u00eame circonscription un d\u00e9put\u00e9 \u00e9lu par moins de 3 000 voix et un autre par 60.000 voire 80 000 voix). L\u2019ARP est ainsi devenu le repaire d\u2019ambitions personnelles, parfois mafieuses, l\u2019immunit\u00e9 parlementaire conf\u00e9rant un statut d\u2019impunit\u00e9 quasi-totale.<\/p>\n<p>Le spectacle affligeant que donne \u00e0 voir l\u2019enceinte l\u00e9gislative, que ce soit au travers des d\u00e9bats parlementaires, de l\u2019inconstance des d\u00e9put\u00e9s passant d\u2019un groupe \u00e0 l\u2019autre au gr\u00e9 des circonstances et surtout du \u00ab plus offrant \u00bb (un homme d\u2019affaires accus\u00e9 de corruption et actuellement en prison ne se targuait-il pas de disposer d\u2019un groupe de 30 d\u00e9put\u00e9s !) et des renversements d\u2019alliances. Bref, tout ceci concourt \u00e0 d\u00e9voyer le suffrage universel &#8230;et \u00e0 \u00e9c\u0153urer les Tunisiens. Ce comportement sans foi ni loi, \u00e9rig\u00e9 en mode de gouvernance d\u00e9cr\u00e9dibilise les partis qui pr\u00e9tendent exercer le pouvoir. Le parlement est devenu au fil des ann\u00e9es une institution per\u00e7ue comme \u00abarbitraire\u00bb, aux mains de quelques pr\u00e9sidents de partis forts de leur seule l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale et agissant en dehors de tout contr\u00f4le. La Cour constitutionnelle est toujours dans les limbes, menac\u00e9e par un projet de loi qui vise \u00e0 soumettre son mode de d\u00e9signation au bon vouloir des principaux groupes parlementaires. D\u2019ailleurs, n\u2019est-ce pas en contournant l\u2019instance l\u00e9gislative (l\u2019Assembl\u00e9e nationale constituante \/ANC \u00e0 l\u2019\u00e9poque) que la Tunisie est parvenue \u00e0 trouver, gr\u00e2ce au Dialogue national, une issue \u00e0 la crise politique de 2014 ? C\u2019est \u00e0 une situation de blocage comparable que nous sommes aujourd\u2019hui confront\u00e9s.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le r\u00e9gime politique post-r\u00e9volution s\u2019apparente \u00e0 une partitocratie qui mine le processus de d\u00e9mocratisation Un simple rappel des pourcentages d\u2019abstention et des scores des diff\u00e9rentes formations en lice lors des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales depuis 2011 r\u00e9v\u00e8lent la fragilit\u00e9 de cette l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale et la repr\u00e9sentativit\u00e9 toute relative de l\u2019instance l\u00e9gislative. Avec un taux d\u2019abstention de 66 % et un score important des listes ind\u00e9pendantes qui ont recueilli plus de 30 % des suffrages, les \u00e9lections municipales de 2018 ont \u00e9t\u00e9, elles aussi, un d\u00e9saveu cinglant pour les formations politiques. De m\u00eame, la d\u00e9route \u00e9lectorale des candidats de partis au scrutin pr\u00e9sidentiel de 2019 illustre la mont\u00e9e en force des candidats qualifi\u00e9s d\u2019ind\u00e9pendants \u00e0 commencer par l\u2019actuel pr\u00e9sident et l\u2019homme d\u2019affaires, Nabil Karoui, les deux finalistes du second tour. Le premier continue de b\u00e9n\u00e9ficier de sondages tr\u00e8s favorables alors que le second figure toujours parmi les pr\u00e9sidentiables. K. Sa\u00efed n\u2019a toujours pas cr\u00e9\u00e9 de parti politique et ne semble gu\u00e8re en avoir l\u2019intention comme il l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 France 24 en juin dernier, estimant la dur\u00e9e de vie du syst\u00e8me partisan en Tunisie \u00e0 une d\u00e9cennie, au mieux deux&#8230; Ainsi, trois quarts des Tunisiens ne feraient pas confiance au Parlement, et par ricochet, au gouvernement puisque ce dernier doit obtenir la confiance de l\u2019ARP. Il devient donc difficile (pour ne pas dire impossible) pour un gouvernement quel qu\u2019il soit de faire adopter les r\u00e9formes indispensables pour sortir le pays de l\u2019impasse dans laquelle les partis politiques l\u2019ont entra\u00een\u00e9.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Ennahda apr\u00e8s un premier succ\u00e8s aux l\u00e9gislatives qui ont suivi la chute de Ben Ali semble affaibli. Qu&rsquo;en est-il aujourd&rsquo;hui de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 dans la population?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ennahda (La Renaissance) en tant que mouvement politico-religieux demeure un acteur politique majeur du pays et la principale force de la n\u00e9buleuse de l\u2019islam politique en Tunisie de ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. Sa trajectoire t\u00e9moigne de sa capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et d\u2019adaptation. Ses principaux chefs condamn\u00e9s \u00e0 mort par Bourguiba en 1986, ont \u00e9t\u00e9 graci\u00e9s par Ben Ali apr\u00e8s son coup d\u2019\u00c9tat m\u00e9dical du 7 novembre 1987. Celui-ci les a associ\u00e9s au Pacte national de 1989. Unique candidat \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 1989, il b\u00e9n\u00e9ficiera alors de leur soutien, R. Ghannouchi, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sident du mouvement, d\u00e9clarant alors qu\u2019il faisait confiance \u00ab\u00e0 Allah et \u00e0 Ben Ali\u00bb dont \u00abla d\u00e9marche r\u00e9formiste doit permettre \u00e0 la Tunisie de r\u00e9ussir \u00e0 communiquer avec le r\u00e9veil islamique, \u00e0 le rationaliser et \u00e0 l\u2019int\u00e9grer \u00e0 toutes les forces nationales\u00bb. Les listes islamistes (listes sans \u00e9tiquette) r\u00e9alisent une perc\u00e9e \u00e9lectorale au scrutin l\u00e9gislatif de 1989 (officiellement, 18% des suffrages). Ces \u00e9lections seront suivies, deux ans plus tard, d\u2019une r\u00e9pression implacable contre le mouvement (arrestations arbitraires, tortures, proc\u00e8s iniques, exil) qui ne prend fin qu\u2019avec l\u2019av\u00e8nement de la R\u00e9volution de 2011 \u00e0 laquelle les islamistes n\u2019ont pas pris part (sceptiques, ils pr\u00e9conisaient la prudence). Le mouvement s\u2019organise en quelque mois avec le soutien des Fr\u00e8res musulmans d\u2019\u00c9gypte et des conservateurs am\u00e9ricains et europ\u00e9ens, notamment allemands qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, s\u2019inspirant de l\u2019exemple turc, faisaient la promotion de sa mod\u00e9ration avec l\u2019aide de quelques intellectuels complaisants. Depuis qu\u2019elle a remport\u00e9 les premi\u00e8res \u00e9lections d\u00e9mocratiques de l\u2019histoire du pays, celles de l\u2019Assembl\u00e9e nationale constituante \/ ANC du 23 octobre 2011, Ennahda est au pouvoir avec, comme objectif majeur, d\u2019y demeurer co\u00fbte que co\u00fbte croyant (ou donnant \u00e0 croire) que cela prot\u00e8ge le mouvement de toute r\u00e9pression. La victimisation autant que la pi\u00e9t\u00e9 affich\u00e9e sont un puissant facteur de propagande et de coh\u00e9sion interne qui alimente alors l\u2019adh\u00e9sion d\u2019une partie non n\u00e9gligeable de la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019empathie dans certains milieux \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>En acc\u00e9dant aux commandes du pays, Ennahda a d\u00e9vi\u00e9 le sens de la Constituante qui consistait \u00e0 \u00e9laborer une Loi fondamentale dans un d\u00e9lai d\u2019un an. En se maintenant trois ans au pouvoir avec deux autres partis (Ettakatol du social-d\u00e9mocrate Mustapha Ben Jaafar et le Congr\u00e8s pour la R\u00e9publique de Moncef Marzouki), elle a trahi le mandat confi\u00e9 par les \u00e9lecteurs tunisiens et provoqu\u00e9 une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent, politique \u00e9conomique, sociale et identitaire allant jusqu\u2019\u00e0 vouloir remettre en cause des conqu\u00eates sociales et civiques ayant fait date dans l\u2019histoire du pays. La mobilisation citoyenne a n\u00e9anmoins permis de sauvegarder le caract\u00e8re civil de l\u2019\u00c9tat (article 2 de la Constitution). Quant \u00e0 l\u2019article 1, adopt\u00e9 lors de la Constituante de 1959, il a \u00e9t\u00e9 maintenu en l\u2019\u00e9tat. Ambigu (\u00ab la Tunisie est un Etat libre, ind\u00e9pendant et souverain, sa religion est l\u2019islam, sa langue est l\u2019arabe et son r\u00e9gime la R\u00e9publique\u00bb), celui-ci permet une interpr\u00e9tation savamment d\u00e9velopp\u00e9e par les t\u00e9nors d\u2019Ennahda qui font de l\u2019Islam la religion de l\u2019\u00c9tat et non celle du pays. La Constitution consacre un chapitre important aux droits et libert\u00e9s dont la libert\u00e9 de conscience et affirme l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre \u00ables citoyens et les citoyennes\u00bb, laissant ainsi esp\u00e9rer une mise en \u00e9chec de l\u2019islamisme politique sur les plans doctrinal et pratique puisque emp\u00each\u00e9 de mettre en \u0153uvre son projet de \u00abr\u00e9islamisation\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ennahda a fini par s\u2019ali\u00e9ner de larges couches de la population qui ont pris conscience que le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u2019islam, mais l\u2019islam politique jug\u00e9 incompatible avec la conduite d\u2019un pays vers la libert\u00e9, la dignit\u00e9 et la d\u00e9mocratie et une gestion rationnelle et apais\u00e9e des affaires publiques. En 2014, les r\u00e9sultats des \u00e9lections l\u00e9gislatives et pr\u00e9sidentielle ont donn\u00e9 la victoire \u00e0 Nidaa Tounes, une constellation de forces dites modernistes et centristes (Bourguibistes, franges de la gauche, syndicalistes, ind\u00e9pendants) autour de feu Beji Ca\u00efd Essebsi, \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 89 ans avec, pour programme de \u00abr\u00e9\u00e9quilibrer le champ politique (r\u00e9\u00e9quilibrage fond\u00e9 sur une opposition forte \u00e0 l\u2019islam politique et \u00e0 son repr\u00e9sentant Ennahda) et de restaurer l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u00bb (dans la lign\u00e9e de l\u2019\u00e9poque bourguibienne que la p\u00e9riode de Ben Ali avait d\u00e9natur\u00e9e) afin de mettre un terme \u00e0 la gestion calamiteuse des Nahdaouis. Le fameux r\u00e9\u00e9quilibrage a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9 et s\u2019est transform\u00e9 en alliance avec Ennahda au nom d\u2019un \u00abn\u00e9cessaire consensus\u00bb allant jusqu\u2019\u00e0 bloquer toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9formes, y compris celles initi\u00e9es par B. C. Essebsi lui-m\u00eame (\u00e9pisode de la Commission des libert\u00e9s individuelles et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u2013 Colibe). Quant \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, elle a \u00e9t\u00e9 vite oubli\u00e9e au profit d\u2019une d\u00e9rive n\u00e9potique qui a scandalis\u00e9 les Tunisiens. R\u00e9sultat: un quinquennat pour rien et une h\u00e9catombe \u00e9lectorale en 2019 qui a r\u00e9duit \u00e0 peau de chagrin les forces dites modernistes et\/ou progressistes mais \u00e9pargn\u00e9 Ennahda ! Certes, son score \u00e9lectoral a chut\u00e9 de 40 % par rapport \u00e0 2014 (soit 561 132 voix contre 947 054 voix) et de 63 % par rapport \u00e0 2011 (o\u00f9 elle avait obtenu 1 501 320 voix), soit une \u00e9rosion de son \u00e9lectorat de pr\u00e8s d\u2019un million de voix en moins en huit ans. Son groupe parlementaire est pass\u00e9 de la premi\u00e8re place en 2011 avec 89 d\u00e9put\u00e9s \u00e0 69 en 2014 (deuxi\u00e8me groupe derri\u00e8re Nidaa Tounes) puis \u00e0 54 en 2019. D\u2019aucuns ont alors dit qu\u2018Ennahda s\u2019est r\u00e9duite \u00e0 son pr\u00e9 carr\u00e9 naturel. La formation islamiste ne s\u2019en est pas moins maintenue au pouvoir, retrouvant, bien qu\u2019affaiblie la premi\u00e8re place \u00e0 l\u2019ARP, en 2019, permettant ainsi \u00e0 R. Ghannouchi d\u2019en prendre la pr\u00e9sidence et de devenir ainsi selon l\u2019ordre protocolaire, le deuxi\u00e8me personnage de l\u2019\u00c9tat. Et ce gr\u00e2ce aux voix des d\u00e9put\u00e9s de Qalb Tounes dont le mentor, N. Karoui, avait pourtant men\u00e9 une campagne \u00e9lectorale anti-Nahdha si \u00e9nergique qu\u2019elle lui avait valu d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9, lui dont l\u2019Isie avait pr\u00e9c\u00e9demment valid\u00e9 la candidature! Par ailleurs, un des facteurs de cette \u00abr\u00e9ussite\u00bb revient \u00e0 une loi \u00e9lectorale devenue inadapt\u00e9e et dont Ennahda tire avantage ainsi qu\u2019\u00e0 une mise au pas de l\u2019instance \u00e9lectorale par le biais d\u2019une modification l\u00e9gislative contestable. Un exercice dans lequel les islamistes excellent.<\/p>\n<p>Ennahda b\u00e9n\u00e9ficie du soutien du Qatar \u2013 le financeur de \u00abl\u2019islamisme d\u00e9mocratique\u00bb et de la Turquie dont le pr\u00e9sident endosse le costume de guide de l&rsquo;Oumma islamique. Durement r\u00e9prim\u00e9s depuis 2013, les Fr\u00e8res musulmans \u00e9gyptiens, longtemps premier soutien de leurs cong\u00e9n\u00e8res tunisiens, ne jouent plus un r\u00f4le d\u00e9terminant. La mont\u00e9e des salafistes et de leur frange jihadiste, soutenue, ouvertement ou en sous-main, par les islamistes tunisiens a d\u00e9clench\u00e9 de vives r\u00e9actions de la part du voisin alg\u00e9rien ainsi que des bailleurs de fond occidentaux, par ailleurs perplexes face au piteux \u00e9tat des finances publiques du pays provoqu\u00e9 par les milliers d\u2019embauches client\u00e9listes des dirigeants islamistes.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte, en 2018, d\u2019une organisation secr\u00e8te aux membres r\u00e9put\u00e9s proches ou issus des rangs d\u2019Ennahda et qui serait impliqu\u00e9e dans plusieurs assassinats politiques \u00e0 commencer par ceux, perp\u00e9tr\u00e9s en 2013, des militants progressistes Chokri Bela\u00efd et Mohamed Brahmi a accentu\u00e9 une suspicion d\u00e9j\u00e0 tenace sur le mouvement. La lenteur de l\u2019instruction de cette affaire devenue une affaire d\u2019\u00c9tat est symptomatique des m\u00e9andres d\u2019une justice \u00e0 l\u2019\u00e9vidence sous influence. \u00abMod\u00e9r\u00e9s\u00bb, les islamistes affirment l\u2019\u00eatre devenus en avan\u00e7ant qu\u2019ils ont c\u00e9d\u00e9 sur l\u2019essentiel: point de charia dans la Constitution (mais \u00able sacr\u00e9\u00bb que la Constitution fait obligation \u00e0 l\u2019\u00c9tat de prot\u00e9ger r\u00e9introduit subrepticement la charia !). D\u00e9mocrates, ils le seraient aussi puisqu\u2019ils ont accept\u00e9 l\u2019alternance voire m\u00eame, avant 2014, de ne pas avoir de ministres islamistes au gouvernement comme c\u2019est d\u2019ailleurs aussi le cas, actuellement, avec le gouvernement Mechichi. Mais garder la main sur l\u2019ARP n\u2019est-il pas le plus important ? Ce qu\u2019on appelle le double discours des islamistes a une double fonction : composer avec les \u00abpartenaires\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et rassurer les chancelleries occidentales. Hier, quand on d\u00e9fendait leur droit \u00e0 l\u2019existence et qu\u2019on d\u00e9non\u00e7ait la r\u00e9pression sans piti\u00e9 qui les visait, on disait : il faut les prendre au mot. L\u2019exp\u00e9rience a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il faut aussi se m\u00e9fier de cette duplicit\u00e9.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Le r\u00f4le des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 aujourd&rsquo;hui? Elles m\u00e8nent un combat pour la d\u00e9fense de leurs droits qui suppose une forte d\u00e9termination. Elles sont parfois soutenues dans leur combat par des hommes: est -ce seulement dans les grandes villes en milieu urbain et \u00e9duqu\u00e9? Ce qui donnerait \u00e0 penser que la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne est d\u00e9sormais tr\u00e8s polaris\u00e9e comme, h\u00e9las, nombre de soci\u00e9t\u00e9s aujourd&rsquo;hui<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Au regard de la l\u00e9gislation de la famille et des acquis r\u00e9alis\u00e9s depuis l\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1956, les femmes tunisiennes jouissent d\u2019une situation unique si on la compare aux autres pays arabes. Il y aurait mati\u00e8re \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019apport de la R\u00e9volution \u00e0 leur \u00e9mancipation, elles qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentes \u00e0 toutes ses \u00e9tapes, occupant une place centrale dans son d\u00e9roulement ainsi que dans la transition d\u00e9mocratique. Mais aujourd\u2019hui, on doit l\u00e9gitimement s\u2019inqui\u00e9ter des possibles remises en cause de ces acquis avec la mont\u00e9e des forces conservatrices. Par ailleurs, les avanc\u00e9es importantes r\u00e9alis\u00e9es sur les plans politique, social, professionnel, \u00e9ducatif et \u00e9conomique ne doivent pas cacher les fortes in\u00e9galit\u00e9s et discriminations ainsi que les nombreuses violences dont elles sont victimes. En attestent les \u00e2pres d\u00e9bats autour du rapport de la Colibe, une commission nomm\u00e9e par B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi et pr\u00e9sid\u00e9e par la militante f\u00e9ministe et d\u00e9fenseure des droits humains, Bochra Bel Haj Hamida ainsi que les campagnes haineuses qui ont vis\u00e9 sa pr\u00e9sidente et ses membres, s\u2019agissant en particulier de l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019h\u00e9ritage, question qui concerne plus encore les femmes rurales qui travaillent la terre que les hommes poss\u00e8dent.<\/p>\n<p>La Constitution de 2014 a consacr\u00e9 le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 en mati\u00e8re de citoyennet\u00e9, de travail, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances pour l\u2019acc\u00e8s aux responsabilit\u00e9s dans tous les domaines ainsi que celui de la parit\u00e9 en ce qui concerne les conseils \u00e9lus de m\u00eame que des garanties en vue d\u2019\u00e9liminer la violence contre les femmes. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. En 2020, la Tunisie compte un peu plus de femmes (50,2 %) que d\u2019hommes sur une population totale de pr\u00e8s de 12 millions d\u2019habitants. Les femmes ont deux fois moins de droits que les hommes selon un rapport r\u00e9cent de la Banque mondiale (Les femmes, l\u2019entreprise et le droit, 2019). Pour preuves, le taux de ch\u00f4mage des femmes est pr\u00e8s du double de celui des hommes et celui des dipl\u00f4m\u00e9s du sup\u00e9rieur touche deux fois plus les filles que les gar\u00e7ons alors que le pourcentage des filles dipl\u00f4m\u00e9es est plus de deux fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui des gar\u00e7ons. Les disparit\u00e9s les plus criantes sont dans les zones rurales que ce soit en mati\u00e8re de salaire (de 25 % \u00e0 50 % inf\u00e9rieur pour les ouvri\u00e8res agricoles), de conditions de travail (p\u00e9nibilit\u00e9 et pr\u00e9carit\u00e9 du travail) et de protection sanitaire et sociale qui \u00e9chappe \u00e0 tout cadre l\u00e9gal. L\u2019abandon scolaire (35 000 enfants par an avant 2011, plus de 100 000 par an depuis) touche davantage les filles de 10 \u00e0 12 ans. Selon l\u2019UGTT, les jeunes filles en-dessous de l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de travailler (16 ans) sont contraintes de quitter l\u2019\u00e9cole et de chercher du travail en usine ou en tant qu\u2019employ\u00e9es de maison. Sans parler du secteur informel o\u00f9 l\u2019emploi des femmes est nettement plus d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019une loi sur la lutte contre les violences faites aux femmes ait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en juillet 2017, les statistiques comme des faits tragiques tel que le meurtre crapuleux de la jeune Rahma Lahmar en septembre 2020, nous rappellent l\u2019ampleur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne et la n\u00e9cessit\u00e9 urgente de mettre en place un dispositif global alliant mesures l\u00e9gislatives de protection et de r\u00e9habilitation des victimes et poursuites judiciaires des auteurs de violences.<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentation des femmes \u00e0 l\u2019ARP reste minoritaire voire diminue: moins du quart des d\u00e9put\u00e9s en 2019 contre plus du tiers en 2014 en d\u00e9pit d\u2019une loi \u00e9lectorale qui consacre la parit\u00e9. Leur nombre dans les gouvernements successifs (souvent pl\u00e9thoriques) d\u00e9passe rarement les doigts de la main. Sans parler des partis politiques o\u00f9 on peine \u00e0 les trouver aux postes de direction.<\/p>\n<p>Les Tunisiennes n\u2019en continuent pas moins leur ascension sociale et professionnelle, investissent l\u2019espace public comme l\u2019ont montr\u00e9 leur forte pr\u00e9sence parmi les cadres hospitaliers durant la pand\u00e9mie ou encore le dynamisme des organisations f\u00e9ministes \u00e0 commencer par l\u2019Association tunisienne des femmes d\u00e9mocrates. Ce r\u00f4le croissant contre vents et mar\u00e9es donne des sueurs froides aux conservateurs de toutes sortes mais trouve une r\u00e9sonnance encourageante dans les milieux progressistes (pas uniquement f\u00e9ministes) qui puisent dans l\u2019histoire r\u00e9cente et lointaine du pays les raisons de poursuivre la lutte pour une \u00e9galit\u00e9 totale. \u00c9galit\u00e9 sans laquelle la d\u00e9mocratie demeurera boiteuse. Telle est ma conviction. M\u00eame si j\u2019ai parfois l\u2019impression que celles et ceux qui la partagent se sentent un peu seul(e)s par les temps qui courent&#8230;<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Nombre de jeunes Tunisiens sont partis en Irak mener le combat pour Daech, pouvez-vous nous expliquer pourquoi?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Autre paradoxe: le pays qui a d\u00e9clench\u00e9 le \u00abprintemps\u00bb et inspir\u00e9 les autres soul\u00e8vements arabes et dont la soci\u00e9t\u00e9 civile a \u00e9t\u00e9 nob\u00e9lis\u00e9e en 2015, ce m\u00eame pays fournit des contingents de jeunes fanatis\u00e9s \u00e0 bloc par la radicalisation islamiste pour servir de chair \u00e0 canon \u00e0 des groupes de jihadistes \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres du pays. Ce passage du statut de victime (\u00e9conomique, sociale, etc.) \u00e0 celui de bourreau et d\u2019implacable guerrier d\u2019une utopie mortif\u00e8re interpelle tout un chacun.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas d\u2019explication \u00abconsensuelle\u00bb \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui a fait l\u2019objet de nombreux travaux o\u00f9 les experts, sociologues et psychologues rivalisent de propositions et de m\u00e9diations. Disons qu\u2019on entend souvent deux types d\u2019interpr\u00e9tation. L\u2019interpr\u00e9tation sociale selon laquelle le jihadisme se nourrit du d\u00e9sespoir de la jeunesse marginalis\u00e9e dans les quartiers suburbains (en Tunisie comme en France) ou dans les r\u00e9gions oubli\u00e9es du d\u00e9veloppement. Le jihad serait l\u2019expression extr\u00eame de la r\u00e9volte de la Tunisie oubli\u00e9e contre la \u00abTunisie utile\u00bb ou l\u2019Occident colonial. L\u2019interpr\u00e9tation culturaliste de son c\u00f4t\u00e9 per\u00e7oit la radicalisation comme un avatar monstrueux de l\u2019islam politique voire de l\u2019islam tout court. Elle traduit l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration en forme de n\u00e9buleuse travaill\u00e9e par un principe d\u2019alliances autant que de conflits (Daesh, Ansar-acharia, El Qaeda) et dont le rigorisme verse dans une violence apocalyptique, Les deux approches peinent \u00e0 expliquer l\u2019enr\u00f4lement dans le jihadisme de \u00abjeunes\u00bb int\u00e9gr\u00e9s au syst\u00e8me scolaire et issus de la classe moyenne (25 % des jihadistes fran\u00e7ais partis au Moyen-Orient sont des \u00abfran\u00e7ais de souche\u00bb provenant de milieux sociaux divers). D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la notion de d\u00e9rive post-islamiste est inop\u00e9rante car elle n\u2019explique pas le bagage religieux ultral\u00e9ger (ultra et l\u00e9ger) exhib\u00e9 parfois par des repris de justice \u00abconvertis\u00bb par des imams eux-m\u00eames quasi incultes. La formule d\u2019Olivier Roy, peut-\u00eatre un peu lapidaire &#8211; \u00abil ne s\u2019agit pas de radicalisation de l\u2019islam mais de l\u2019islamisation de la radicalit\u00e9\u00bb fait mouche en soulignant que, souvent, la d\u00e9rive violente pr\u00e9c\u00e8de la revendication id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>La tentation du jihad intervient dans un contexte de double d\u00e9litement du lien social et du lien national: lorsque des franges de la jeunesse se retrouvent litt\u00e9ralement \u00abhors circuit\u00bb. Mais le passage \u00e0 l\u2019acte, c\u2019est-\u00e0-dire la violence radicale, n\u2019est pas pour autant automatique. Ce constat am\u00e8ne \u00e0 prendre en compte un autre \u00e9l\u00e9ment: le fait que le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 une entit\u00e9 nationale, \u00e0 une patrie se trouve affect\u00e9 par le processus de d\u00e9socialisation. La collusion entre contrebande et terrorisme qui advient ici et l\u00e0 (sans \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e) est une illustration de la concomitance du double processus de d\u00e9saffiliation sociale et nationale. La \u00abradicalisation\u00bb (le jihad) appara\u00eet comme une identit\u00e9 de substitution \u00e0 ceux qui ne se sentent plus d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p>Le contexte post-r\u00e9volution, qui a ouvert un espace d\u2019expression d\u00e9brid\u00e9e o\u00f9 la libert\u00e9 et le fanatisme ne pouvaient faire bon m\u00e9nage, va alimenter un engrenage favorisant l\u2019\u00e9panouissement du salafisme en g\u00e9n\u00e9ral et du salafisme jihadiste en particulier. Cet engrenage va s\u2019emballer \u00e0 la faveur de la lib\u00e9ration et de l\u2019amnistie de chefs jihadistes imm\u00e9diatement h\u00e9ro\u00efs\u00e9s, du laxisme coupable de certains gouvernants (par na\u00efvet\u00e9 ou par calcul), de la guerre des mosqu\u00e9es, des tentes de pr\u00e9dication et des kermesses de takfir, notamment \u00e0 Kairouan. Le renoncement social, la vacance d\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique et une certaine c\u00e9cit\u00e9 politique, il faut le dire, ont r\u00e9uni les conditions pour le d\u00e9veloppement de ce fl\u00e9au des Monts Chaambi (\u00e0 la fronti\u00e8re alg\u00e9ro-tunisienne) au Moyen-Orient en passant par l\u2019Europe.<\/p>\n<p>La radicalisation \u00ab\u00e0 la tunisienne\u00bb est l\u2019histoire d\u2019un immense g\u00e2chis qui a conduit \u00e0 la prolif\u00e9ration d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne quasi inexistant au pr\u00e9alable. Le tout dans un contexte g\u00e9opolitique marqu\u00e9 par un march\u00e9 mondialis\u00e9 du terrorisme o\u00f9 le libre \u00e9change triomphe.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Que pensez-vous qu\u2019il faille adopter comme politique publique face \u00e0 ce fl\u00e9au?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Pour pouvoir combattre le terrorisme et la violence, il faut avoir le courage et la d\u00e9termination de comprendre ce qui nous arrive \u00e0 nous les Tunisiens. Jamais un d\u00e9bat national n\u2019a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 sur cette question. Aussit\u00f4t annonc\u00e9, sit\u00f4t abandonn\u00e9. Les appels n\u2019ont pas manqu\u00e9 mais n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 entendus. Surtout au lendemain des actes terroristes qui ont endeuill\u00e9 le pays (des assassinats de C. Bela\u00efd et M. Brahmi aux attaques contre l\u2019arm\u00e9e et les forces de s\u00e9curit\u00e9, de l\u2019attentat du mus\u00e9e de Bardo \u00e0 celui de Sousse ou \u00e0 ceux de Tunis,). Comme si on voulait fuir, ne pas regarder ce qui nous mine.<\/p>\n<p>Pour l\u2019avoir v\u00e9cu quand j\u2019\u00e9tais charg\u00e9 par le chef de gouvernement Habib Essid, au lendemain de l\u2019attentat de Sousse (2015), de la pr\u00e9paration d\u2019un congr\u00e8s national sur le terrorisme, j\u2019ai pu mesurer les r\u00e9sistances et la l\u00e2chet\u00e9 de beaucoup. Plus de deux mois de pr\u00e9parations et de tergiversations n\u2019ont abouti \u00e0 rien. Il \u00e9tait urgent de ne rien faire et d\u2019attendre ! Il est clair que les hautes sph\u00e8res de l\u2019\u00c9tat et les principaux partis politiques ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 temporiser en donnant des gages \u00e0 Ennahda (partie prenante au gouvernement) laquelle craignait (non sans raison) que pareil congr\u00e8s ne se transforme en proc\u00e8s \u00e0 charge. Il m\u2019\u00e9tait alors apparu combien le d\u00e9sarroi de nos dirigeants \u00e9tait grand face \u00e0 l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ritable strat\u00e9gie contre le terrorisme. Depuis, un certain nombre de mesures ont \u00e9t\u00e9 prises avec, parfois, des r\u00e9sultats significatifs sur le plan s\u00e9curitaire. Mais sans aborder les faiblesses qui n\u00e9cessitent une refonte totale de notre approche.<\/p>\n<p>En effet, toute notre mani\u00e8re d\u2019envisager, de dire et de faire de la politique est aujourd\u2019hui en jeu. Trois mots peuvent r\u00e9sumer les d\u00e9fis auxquels la Tunisie est confront\u00e9e: r\u00e9habiliter l\u2019\u00c9tat, faire soci\u00e9t\u00e9 et faire nation. La r\u00e9habilitation de l\u2019\u00c9tat comme unique d\u00e9tenteur de la violence l\u00e9gitime fond\u00e9 sur l\u2019\u00c9tat de droit qui soit aussi un \u00c9tat social qui doit s\u2019attaquer r\u00e9ellement aux rapports incestueux entre la politique et l\u2019argent qui gangr\u00e8nent la classe politique, ruinent toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9forme et dont la persistance discr\u00e9dite a priori, aux yeux du peuple, les efforts les plus sinc\u00e8res. Faire soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire retisser le lien social, reparler et agir social. Le discours de l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame est important mais il l\u2019est encore davantage s\u2019il s\u2019accompagne dans l\u2019imm\u00e9diat de gestes symboliques forts en direction des couches et des r\u00e9gions d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es comme autant de signaux d\u2019un engagement durable pour des r\u00e9formes sociales profondes qui ne peuvent advenir ni d\u2019un coup, ni d\u2019un seul tenant. La r\u00e9forme de l\u2019enseignement doit \u00eatre au c\u0153ur du dispositif. Faire nation, valoriser l\u2019appartenance \u00e0 la nation sans f\u00e9tichiser la dite exception tunisienne. Le lien national ne peut se limiter aux seuls attributs culturels et territoriaux : il nous faut promouvoir une sorte de \u00abpatriotisme constitutionnel\u00bb, comme on dit en Allemagne, qui mobilise autour des valeurs essentielles de notre Loi fondamentale et donne du sens au travail pour le bien commun. La Constitution dont la Tunisie s\u2019est dot\u00e9e est une grande avanc\u00e9e dans ce sens malgr\u00e9 les ambigu\u00eft\u00e9s et les dysfonctionnements inh\u00e9rents au type de r\u00e9gime tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 constitutionnalis\u00e9. Ce patriotisme-l\u00e0 n\u2019est pas r\u00e9ductible au patrimoine que nous ont l\u00e9gu\u00e9 les p\u00e8res fondateurs de notre modernit\u00e9. Il ne sera pas le produit d\u2019une action bienfaisante de l\u2019\u00c9tat mais la r\u00e9sultante de petites et de grandes mobilisations politiques, sociales, \u00e9conomiques, intellectuelles, culturelles, p\u00e9dagogiques incluant tous les acteurs de la comp\u00e9tition d\u00e9mocratique, au premier chef les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p>Encore un mot sur un autre chantier important qu\u2019on tarde \u00e0 entamer: celui qu\u2019on peut appeler la politique religieuse. L\u2019expression peut choquer. Les \u00ab religieux \u00bb disons int\u00e9gristes vont objecter que le religieux ne peut \u00eatre soumis \u00e0 la politique et le sacr\u00e9 g\u00e9r\u00e9 par le profane. Les puristes de la \u00abla\u00efcit\u00e9\u00bb veulent quant \u00e0 eux cantonner le religieux \u00e0 la sph\u00e8re domestique. Comment, dans ce cas, organiser le vivre ensemble ? Si l\u2019\u00c9tat ne doit pas se m\u00ealer de la foi, il est tenu de s\u2019occuper de la dimension collective, sociale de la religion et de prot\u00e9ger le culte. Il y a une politique religieuse (en l\u2019esp\u00e8ce une politique de l\u2019islam) comme il y a une politique culturelle, \u00e9ducative etc. Il s\u2019agit d\u2019organiser l\u2019exercice du culte dans l\u2019espace public (la gestion des mosqu\u00e9es, les f\u00eates religieuses, le p\u00e8lerinage\u2026), l\u2019enseignement de la religion, le statut personnel et les questions matrimoniales : autant de question qui doivent relever de l\u2019\u00c9tat et non de l\u2019interventionnisme cacophonique d\u2019une n\u00e9buleuse d\u2019associations plus au moins contr\u00f4l\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019affaissement de l\u2019\u00c9tat cons\u00e9cutif \u00e0 la R\u00e9volution a cr\u00e9\u00e9 une situation propice \u00e0 de graves d\u00e9rives : l\u2019annexion d\u2019une partie des mosqu\u00e9es par le takfirisme; la confusion entre la pr\u00e9dication et le savoir religieux, ce qui a permis la promotion de pr\u00e9dicateurs \u00e0 la t\u00eate d\u2019institutions religieuses y compris \u00e0 la mosqu\u00e9e Zeytouna mais aussi dans les m\u00e9dias ; la prolif\u00e9ration d\u2019associations \u00abreligieuses\u00bb hors de tout contr\u00f4le; d\u2019\u00e9coles maternelles \u00e9voluant en dehors de l\u2019\u00c9ducation nationale et de ses normes; les attaques contre les artistes, les intellectuels libres penseurs\u2026Tout cela a profit\u00e9 du laxisme et de l\u2019obsession identitaire qui donnaient des ailes aux extr\u00e9mistes. La r\u00e9f\u00e9rence dans la Constitution \u00e0 la libert\u00e9 de croyance et conscience (art.6) ne semble pas avoir eu, jusqu\u2019\u00e0 nos jours, une traduction dans les faits. La remise \u00e0 plat de la politique religieuse pour traduire ce que B. C. Essebsi avait r\u00e9sum\u00e9 en une phrase \u00abun pays musulman et un \u00c9tat civil\u00bb est un travail urgent m\u00eame s\u2019il est de longue haleine et qu\u2019il doit associer tous les acteurs. Faute de quoi, on est condamn\u00e9 \u00e0 subir pendant longtemps les m\u00e9faits des pr\u00e9dicateurs qui affichent leur pi\u00e9t\u00e9 exhibitionniste en guise de comp\u00e9tence avec la complaisance de certains partis et m\u00e9dias, \u00e0 laisser les mosqu\u00e9es (pr\u00e8s de 6 000 en Tunisie) devenir des tribunes politiques et des lieux de mobilisation \u00e9lectorale pour islamistes et les salafistes (la Constitution demeure ambigu\u00eb \u00e0 ce sujet puisqu\u2019elle ne parle que de prohiber les activit\u00e9s partisanes dans les mosqu\u00e9es) et \u00e0 maintenir la situation de non droit qui r\u00e9git aujourd\u2019hui les associations religieuses, laissant la porte ouverte \u00e0 toutes les d\u00e9rives et \u00e0 tous les abus.<\/p>\n<p><span class=\"c2\"><strong>Que reste-t-il de la fiert\u00e9 et de la joie du peuple tunisien \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 le premier des \u00c9tats arabes \u00e0 faire tomber son dictateur?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En 2011, notre fiert\u00e9 \u00e9tait immense, flatt\u00e9s que nous \u00e9tions par le reste du monde. \u00abTunisiens restez d\u00e9bout, le monde est fier de vous\u00bb (disaient les murs de la m\u00e9dina). Aujourd\u2019hui, celle-ci bat de l\u2019aile. Alt\u00e9r\u00e9e, elle n\u2019en demeure pas moins enfouie au fond de chacun d\u2019entre nous, comme une sorte d\u2019antidote au d\u00e9couragement.<\/p>\n<p>Au nombre des acquis jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent sauvegard\u00e9s, la libert\u00e9 de parole longtemps \u00e9touff\u00e9e. Aujourd\u2019hui, on peut dire ce qu\u2019on pense, s\u2019exprimer, \u00e9crire, critiquer le gouvernement, les instances sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9, n\u2019\u00e9tait-ce l\u2019auto-censure qui persiste en raison de la peur diffuse du \u00ab regard de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb et des tabous s\u00e9culaires qui p\u00e8sent encore de tout leur poids. Cette ind\u00e9niable libert\u00e9 a des effets pervers: l\u2019emprise des forces de l\u2019argent sur le paysage m\u00e9diatique livr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9, aux invectives et \u00e0 la d\u00e9sinformation. Il n\u2019est pas rare, par ailleurs, que des poursuites judiciaires soient engag\u00e9es pour fait d\u2019opinion. Il n\u2019emp\u00eache. Des journaux et des journalistes, des jeunes militants, des blogueurs et des artistes, des f\u00e9ministes, des acteurs associatifs, des syndicalistes et des forces politiques se battent et r\u00e9sistent pour d\u00e9fendre cet acquis pr\u00e9cieux. Une libert\u00e9 que les Tunisiens ne me semblent pas dispos\u00e9s \u00e0 sacrifier, en particulier les jeunes.<\/p>\n<p>Ensuite, le droit de choisir ses responsables au suffrage universel direct et libre est une autre source de fiert\u00e9. La Tunisie a connu plusieurs \u00e9lections majeures depuis 2011 au d\u00e9roulement sans incident majeur et dont les r\u00e9sultats, accept\u00e9s, ont permis des alternances pacifiques. C\u2019est un bien rare que nous envient les peuples de la r\u00e9gion. La forte participation des jeunes en 2019, contrairement aux pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de 2011 et de 2014, l\u2019atteste m\u00eame si celle-ci est motiv\u00e9e par un certain \u00abd\u00e9gagisme\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me politique.<\/p>\n<p>Le fait que le pays n\u2019a pas sombr\u00e9 dans le chaos &#8211; comme le pr\u00e9disent r\u00e9guli\u00e8rement les Cassandre &#8211; \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres pays de la r\u00e9gion, en d\u00e9pit de la gravit\u00e9 de ses crises et des pressions fortes qu\u2019il subit est une source \u00e0 la fois de soulagement et de dignit\u00e9. Il y a comme une r\u00e9silience, une singuli\u00e8re obstination de cette Tunisie \u00abunique rescap\u00e9e des printemps arabes\u00bb. D\u2019aucuns l\u2019imputent aux traits de mod\u00e9ration des Tunisiens, \u00e0 leur penchant au dialogue et au compromis. Caract\u00e9ristiques et habitudes forg\u00e9es par une longue histoire o\u00f9 le r\u00e9formisme tunisien mais aussi le syndicalisme a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant. Vision parfois id\u00e9alis\u00e9e certes, mais qui a permis de surmonter des crises graves et d\u2019\u00e9viter \u00e0 chaque fois le pire. Mais au prix du report incessant des arbitrages indispensables dans des domaines cl\u00e9s, donnant le sentiment (faussement rassurant) de pr\u00e9server des \u00e9quilibres instables alors que ceux-ci ne font que p\u00e9renniser des injustices et des in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de tensions et de conflits.<\/p>\n<p>Au lendemain du 14 janvier 2011, date de la fuite de Ben Ali, comme au cours des crises successives qu\u2019a connues le pays, l\u2019\u00c9tat a tenu bon, ne s\u2019est pas effondr\u00e9. L\u2019administration, les banques, les entreprises, les \u00e9coles, la poste, les transports ont continu\u00e9 \u00e0 fonctionner dans un contexte d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de tension parfois extr\u00eame. L\u2019arm\u00e9e nationale s\u2019est distingu\u00e9e par son loyalisme et son esprit r\u00e9publicain, faisant alors la fiert\u00e9 des Tunisiens. L\u2019arm\u00e9e continue de jouir de l\u2019estime et du respect d\u2019une forte majorit\u00e9 d\u2019entre eux si l\u2019on en croit les sondages. Les rapports avec la justice et les forces de s\u00e9curit\u00e9 internes (la police et la gendarmerie) sont plus compliqu\u00e9s \u00e9tant donn\u00e9 leur pass\u00e9 r\u00e9pressif et leur forte propension \u00e0 reproduire les mauvaises habitudes d\u2019antan. Mais les sacrifices de ces derni\u00e8res dans la lutte contre le terrorisme n\u2019en sont pas moins r\u00e9guli\u00e8rement salu\u00e9s. L\u2019\u00c9tat est \u00e0 la fois source de fiert\u00e9 quand il d\u00e9fend la soci\u00e9t\u00e9 et de craintes quand il est travaill\u00e9 par des tentations autoritaires et liberticides (comme en t\u00e9moigne le projet de loi sur la protection des forces de s\u00e9curit\u00e9). Notre fiert\u00e9 et notre dignit\u00e9 retrouveront v\u00e9ritablement leur raison d\u2019\u00eatre quand on reprendra le chemin des r\u00e9formes visant \u00e0 faire de la Tunisie un \u00c9tat int\u00e8gre, social et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><em>Interview in H\u00e9rodote n\u00b0180, 1<sup>er<\/sup> trimestre 2021.<\/em> <a href=\"https:\/\/www.herodote.org\/spip.php?article977\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>H\u00e9rodote, Revue de G\u00e9ographie et de G\u00e9opolitique (herodote.org)<\/em><br \/><\/a><\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Beatrice Giblin<\/strong><\/p>\n<p class=\"c5\"><span class=\"c4\"><em>1) D\u00e9fenseur des droits de l\u2019homme, pr\u00e9sident du r\u00e9seau Euromed-Droits (2004-2012), ancien pr\u00e9sident de l\u2019Instance ind\u00e9pendante pour les \u00e9lections (2011-2014) et ancien ministre (2015-2016). Entretien r\u00e9alis\u00e9 le 15 novembre 2020.<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31624-kamel-jendoubi-1-tunisie-qu-est-il-advenu-de-ta-revolution\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel regard portez-vous sur la situation de la Tunisie aujourd&rsquo;hui? Un regard sombre assorti d\u2019un go\u00fbt amer face au risque de plus en plus r\u00e9el d\u2019assister \u00e0 la remise en cause du processus d\u00e9mocratique. 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