{"id":114069,"date":"2021-03-31T06:00:00","date_gmt":"2021-03-31T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/impressions-tizi-ouziennes2\/"},"modified":"2021-03-31T06:00:00","modified_gmt":"2021-03-31T10:00:00","slug":"impressions-tizi-ouziennes2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/impressions-tizi-ouziennes2\/","title":{"rendered":"Impressions tizi-ouziennes(2)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\">Je veux me r\u00e9approprier ma ville natale. Je suis mont\u00e9 vers le mont du Belloua. Avant, dans une autre vie, du temps o\u00f9 le souffle \u00e9tait ample, le mollet alerte et le d\u00e9fi affich\u00e9, nous grimpions comme des ch\u00e8vres de montagne ces pistes qui m\u00e8nent vers ces hauteurs. Le deal \u00e9tait de ramasser des glands. Et de visiter le saint patron de la ville o\u00f9, souvent, nous sommes convi\u00e9s \u00e0 un couscous de la \u00ab wa\u00e2da \u00bb. Il faut dire que nous avions la jeunesse pour nous. Et que nous n\u2019avions pas devant nous autre chose pour tuer le temps. On se disait : \u00ab N\u2019djibou lwaqt ! \u00bb, fa\u00e7on de perdre du temps pour, doucement, remplir la journ\u00e9e, avant de rejoindre nos domiciles respectifs. Rejaouna, comme on se le disait par d\u00e9fi, est \u00e0 quelques battements de c\u0153ur. Nous grimpions \u00e0 la rapidit\u00e9 d\u2019abord de la vigueur de nos guiboles, ensuite du paquet de temps que nous allions gaspiller lors de cette randonn\u00e9e champ\u00eatre.\u00a0<br \/>Aujourd\u2019hui, les ann\u00e9es pass\u00e9es, j\u2019utilise un v\u00e9hicule pour grimper vers ce village, en fait une addition de deux villages, Techt et Lbor. Si je grimpe ces derniers temps, c\u2019est juste pour contempler ma ville natale d\u2019en haut. Et de constater l\u2019explosion urbanistique de ce que fut, le temps d\u2019un r\u00eave, Tizi-Ouzou. Il suffisait d\u2019une demi-heure pour boucler cette ville. \u00c0 part la grand-rue, il n\u2019y avait pratiquement rien \u00e0 se mettre sous les mirettes. Bien s\u00fbr, il y avait la rue commer\u00e7ante, dite rue de la Paix. \u00c0 ce propos, le revendeur de chaussures, Benyoucef, et sa cordonnerie au sous-sol a mis la cl\u00e9 sous le paillasson. C\u2019\u00e9tait un repaire pour nos achats, de tr\u00e8s longues ann\u00e9es durant. En face, il se trouvait une bijouterie-horlogerie des Dris, dont Youcef, \u00ab exil\u00e9 \u00bb \u00e0 Oran, a su prendre sur lui l\u2019\u00e9criture romanesque et nous donner, Les amants de Padovni, une histoire r\u00e9elle, semble-t-il. Et d\u2019autres textes. Nul ne peut rater le cin\u00e9ma, aujourd\u2019hui ferm\u00e9 comme tous les cin\u00e9mas d\u2019Alg\u00e9rie, l\u2019Algeria. Et les nombreux films hindous qui ont tourn\u00e9 la t\u00eate \u00e0 certains r\u00eaveurs patent\u00e9s. \u00ab Djanitou a djanijaha ! \u00bb Oui, il y avait une \u00e9picerie fine. Qui se souvient encore du Primula aux crevettes, un fromage en demi-lune. Une boulangerie de Sidi M\u00e9ziane qui, durant le mois de je\u00fbne, faisait le pain de \u00ab mawniss \u00bb, comme personne. Puis la boulangerie Boudib. La boulangerie Rezgui. La boulangerie Mesbahi, l\u2019anc\u00eatre selon les anciens.\u00a0<br \/>Dans cet espace de parole, je ne peux tous les citer. Puis la m\u00e9moire me fait d\u00e9faut. Mais je ne peux pas oublier \u00ab Tchiwtchiw \u00bb, dont les casse-cro\u00fbtes sont in\u00e9narrables. Il ne reste plus rien de mes souvenirs ; ceux-ci m\u2019ordonnent de passer mon chemin et de ne pas insister sur des souvenirs d\u2019adolescent. Je le regrette, du reste. Car je n\u2019ai jamais r\u00e9ellement quitt\u00e9 Tizi-Ouzou, m\u00eame du temps o\u00f9 la \u00ab khobza \u00bb m\u2019a appel\u00e9 ailleurs. Alors que beaucoup d\u2019autres ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 lui tourner le dos, d\u00e9finitivement. Ils sont \u00e0 Alger, Tlemcen, Jijel ou Dellys !<br \/>Il est vrai qu\u2019on a chang\u00e9 ma ville. Embouteillage d\u00e8s le matin. Stationnement incertain. Puis payant, sous la contrainte. Un incessant flux de \u00ab gens \u00bb erre pour beaucoup, sur des trottoirs impossibles \u00e0 stabiliser, dont le seul but est de passer et de repasser dans le \u00ab billadj \u00bb. Le billadj est pris ici comme \u00e9tant le centre n\u00e9vralgique de la ville. Comme Tizi-Ouzou a chang\u00e9 ! Le rond-point est toujours l\u00e0 ; le pauvre, il ne sait plus \u00e0 quel point cardinal se vouer. Il fut une gu\u00e9rite de gestion de la circulation automobile ; puis, il fut un sens giratoire, fleuri quand m\u00eame. D\u00e9sormais, il est b\u00e2ti sous forme de jet d\u2019eau, toujours en sens giratoire, mais o\u00f9 l\u2019eau ne risque pas souvent le coup d\u2019\u0153il. Question \u00e0 un \u00ab franc trou\u00e9 \u00bb : qui a eu l\u2019id\u00e9e folle de la tr\u00e9mie ? Il faut lui \u00e9riger un monument \u00e0 la gloire de son g\u00e9nie ! La tr\u00e9mie, malheureusement, ne r\u00e8gle en rien le probl\u00e8me de l\u2019inflation du nombre de bagnoles. Perso, elle me donne le tournis.\u00a0<br \/>Le jardin public n\u2019est plus ce qu\u2019il \u00e9tait. Il fut cadenass\u00e9 des ann\u00e9es durant. J\u2019ai cru comprendre qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 rouvert au public. Dans ce jardin, il ne reste que des arbres, dont l\u2019allure est sinistre. Il n\u2019y a plus aucune fleur. Rien que de l\u2019herbe sauvage. Au fait, o\u00f9 est donc pass\u00e9e la st\u00e8le qui tr\u00f4nait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e principale ? Ai-je dit que c\u2019est le seul espace vert du centre vital ? Non. Alors, c\u2019est dit, voil\u00e0 ! L\u2019ancienne place de l\u2019\u00e9glise est rest\u00e9e en l\u2019\u00e9tat : une place d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment lugubre, o\u00f9 des retrait\u00e9s de tous \u00e2ges se retrouvent pour jouer au domino. Attention, c\u2019est une aire sans relief, qui borde la mosqu\u00e9e centrale. Cette plage est livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. Qu\u2019est Tizi-Ouzou devenue ? Une ville qui s\u2019enfume de trop de gaz des voitures. Qui rapetisse de trop de monde. Qui s\u2019enrhume au premier orage. Qui perd jusqu\u2019au sens noble d\u2019une ville. Tizi-Ouzou n\u2019a plus de ville que le nom. Et encore !\u00a0 \u00a0Avant, le scoutisme \u00e9tait une institution. Il n\u2019y a plus de groupe El Hillel. Encore heureux, l\u2019Association des anciens scouts perp\u00e9tue le souvenir d\u2019un temps \u00e9pique qui n\u2019a plus rien d\u2019\u00e9pique. Malheureusement, la biologie fait son \u0153uvre. De plus, il n\u2019y a plus de cin\u00e9mas. Le Mondial (ex-Bousquet) s\u2019est transform\u00e9 en cin\u00e9math\u00e8que, qui n\u2019attire gu\u00e8re de monde. J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 dans une de mes chroniques pr\u00e9c\u00e9dentes. L\u2019Algeria est d\u00e9finitivement clos, comme certains de mes horizons. Le Studio (ou Le R\u00e9gent) est une ruine. Autant ne pas parler de cin\u00e9ma \u00e0 Tizi-Ouzou ! Il y a bien Le Djurdjura (ex-la salle des f\u00eates) qui rena\u00eet de ses cendres dans un d\u00e9lai qui n\u2019a plus de d\u00e9lai.\u00a0<br \/>Puis les \u00ab houmate \u00bb ont toujours leur fronti\u00e8re. A\u00efn Hallouf a retrouv\u00e9 sa fontaine d\u2019antan, elle coule sans discontinuit\u00e9, sans que son eau soit potable. Un kiosque a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9, c\u2019est tant mieux. \u00c7a permet quelques parties de palabres ou de dominos. Lalla Sa\u00efda n\u2019a pas boug\u00e9 avec son antique mosqu\u00e9e, sauf que le nom de celle-ci a chang\u00e9, sans raison convaincante. Pour moi, elle demeure Lalla Sa\u00efda o\u00f9 j\u2019ai appris quelques rudiments de la langue arabe. Zellal est une houma qui ferme, si j\u2019ose dire, la marche vers le piedmont du Belloua. Puis, il y a la Carri\u00e8re. Les Gen\u00eats. Le centre-ville. Tabna\u00e2lit et son rossignol, le regrett\u00e9 Samy. Houmet Ljama\u00e2 Zitouna, o\u00f9 est donc Rachid Mesbahi. Le boulevard du Nord et ses interminables parties de foot. Paix \u00e0 ton \u00e2me Mamy ! A\u00efn Soltane. Loumazert. Les Cadis. Tazouguert. Et j\u2019en oublie. Chacune de ces zones est une \u00ab r\u00e9publique \u00bb en elle-m\u00eame, avec ses codes et ses fa\u00e7ons de faire. Le tout forme une entit\u00e9 solidaire.\u00a0<br \/>Je sais que l\u2019esprit \u00ab houmiste \u00bb n\u2019existe plus depuis un certain temps. \u00c7a peut \u00eatre une bonne chose. Puis, il y a tellement d\u2019\u00e9coles, actuellement. Alors qu\u2019auparavant, il n\u2019y avait que l\u2019\u00e9cole Jeanmaire \u00e0 A\u00efn Hallouf, dite \u00ab \u00e9cole indig\u00e8ne \u00bb et l\u2019\u00e9cole en bas, pour le reste de la population. Il y avait bien une \u00e9cole maternelle. Perso, je n\u2019y avais pas eu droit. En tout \u00e9tat de cause, on a chang\u00e9 ma ville. Je n\u2019y retrouve plus les odeurs d\u2019antan ni les camarades de l\u2019\u00e9poque. O\u00f9 sont la zalabia de Bouriche, le \u00ab cr\u00e9ponn\u00e9 \u00bb de Johnny ou la \u00ab gazouze \u00bb de Kabylia ? O\u00f9 sont les veill\u00e9es scoutes du 27e jour de Ramadhan ? O\u00f9 sont les matchs interquartiers ? O\u00f9 est le civisme ? O\u00f9 est l\u2019amiti\u00e9 ? Il ne reste dans mon cr\u00e2ne velu de vertige qu\u2019une nostalgie tenace qui tape comme une m\u00e9chante migraine.<br \/><em><strong>Y. M.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/tendances\/impressions-tizi-ouziennes-2-58776\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je veux me r\u00e9approprier ma ville natale. Je suis mont\u00e9 vers le mont du Belloua. Avant, dans une autre vie, du temps o\u00f9 le souffle \u00e9tait ample, le mollet alerte et le d\u00e9fi affich\u00e9, nous grimpions comme des ch\u00e8vres de montagne ces pistes qui m\u00e8nent vers ces hauteurs. Le deal \u00e9tait de ramasser des glands. 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