{"id":114906,"date":"2021-04-14T06:46:00","date_gmt":"2021-04-14T10:46:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-corruption-du-pouvoir-et-pouvoir-de-la-corruption\/"},"modified":"2021-04-14T06:46:00","modified_gmt":"2021-04-14T10:46:00","slug":"tunisie-corruption-du-pouvoir-et-pouvoir-de-la-corruption","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-corruption-du-pouvoir-et-pouvoir-de-la-corruption\/","title":{"rendered":"Tunisie: Corruption du pouvoir et pouvoir de la corruption"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Monji-Ben-Ra\u00efes-min(9).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par<\/strong> <strong>Monji Ben Raies\u00a0 &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Le pouvoir est une entit\u00e9 d\u00e9l\u00e9t\u00e8re que l\u2019on ne peut poss\u00e9der \u00e9ternellement. Certains peuvent en \u00eatre d\u00e9positaires pour un temps, mais ils ne doivent pas trop s\u2019y attacher, car il corrompt et avilit ceux qui en font mauvais usage et qui sont pr\u00eats \u00e0 ramper et vendre leur \u00e2me pour le conserver.Dans ce sens il n\u2019est que l\u2019alt\u00e9ration d\u2019une situation qui devrait \u00eatre meilleure pour l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous.Le pouvoir politique mis entre de mauvaises mains d\u00e9formela r\u00e9alit\u00e9 et alt\u00e8reles buts premiers de cette personne morale qu\u2019est l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9formation de la r\u00e9alit\u00e9 les am\u00e8ne tr\u00e8s vite \u00e0 poser comme objectif politique la domination des faibles et la limitation de leur libert\u00e9 individuelle, pour \u00eatre s\u00fbr de nourrir sans risque les plus hautes ambitions dans la soci\u00e9t\u00e9. Si le pouvoir de l\u2019Etat, d\u00e9tenu par des gouvernements \u00e0 tendance autoritaire, s\u2019arroge le droit de commander leurs actes aux hommes, il les prive n\u00e9cessairement de leur responsabilit\u00e9 quant \u00e0 d\u00e9cider de leur avenir.Il fait des peuples une population et des personnes des citoyens gouvern\u00e9s. Le paradoxe absolu de cette argumentation est qu\u2019elle se calque sur un moule th\u00e9orique d\u2019origine a-lib\u00e9rale qui consid\u00e8re que la masse de la population a peu \u00e0 dire,si ce n\u2019est pl\u00e9bisciter des personnes ou des actes quand elle est convoqu\u00e9e, en p\u00e9riodes \u00e9lectorales.En temps ordinaires, le peuple est mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart,on lui cache des choses, on prend des d\u00e9cisions irr\u00e9versibles en son nom, en ne respectant pas certaines r\u00e8gles\u00e9l\u00e9mentaires naturelles de groupes.Les potentats, ceux qui sont au sommet de la pyramide soci\u00e9tale, exercent ainsi un pouvoir occulte de caste, privant les citoyens de leurs libert\u00e9s et de la disposition de la Chose Publique ; ils agissent seuls selon leurs volont\u00e9s, sans rendre de comptes, ni \u00eatre corrig\u00e9s ou sanctionn\u00e9s en cas de mauvaises d\u00e9cisions. Bref, ilsfontce qu\u2019ils veulent, comme doit l\u2018admettre fatalement la vox Populivox Dei deorum reprobi (voix des dieux d\u00e9chus).<\/p>\n<p>Ce fonctionnement autoritaire latent expliquerait l\u2019\u00e9cart qui se creuse g\u00e9n\u00e9ralement, quelques temps apr\u00e8s les \u00e9lections,entre les \u00e9lites au pouvoir et le peuple. En effet, les \u00e9luscomme des miliciens fid\u00e8les au suzerain, disposeraient, comme dans une monarchie f\u00e9odale, de tout l\u2019appareil d\u2019Etat avec les diff\u00e9rents services du pays \u00e0 leur disposition. Le peuple ne serait donc qu\u2019une caisse enregistreuse, sans libert\u00e9 de dire oui ou non, sans responsabilit\u00e9 de poser des questions, de proposer des changements ou m\u00eame de refuser des rapports ou r\u00e8glements qu\u2019il doit voter.Forts de ce pouvoir, les \u00e9lus\u00e9mettent alors le souhait, au nez et \u00e0 la barbe de tout principe r\u00e9publicain, de s\u2019am\u00e9nager des privil\u00e8ges exorbitants pour s\u2019\u00e9carter du commun, de la pl\u00e8be.Rappelons-nous en Tunisie la fin f\u00e9vrier 2020, lorsque les d\u00e9put\u00e9s ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se concentrer sur le dossier br\u00fblant et cher \u00e0 leurs c\u0153urs des passeports diplomatiques, d\u00e9laissant toutes leurs responsabilit\u00e9s et tous les sujets urgents \u00e0 traiter.Il est regrettable que le Pouvoir politique utilise une telle argumentation, d\u00e9rivant vers une forme volontaire de populisme consacrant l\u2019opposition entre le peuple non \u00e9cout\u00e9 par le pouvoir et l\u2019\u00e9lite politique autoritariste d\u00e9cidant toute seule sans contre-pouvoir.Les limites du syst\u00e8me actuel sont claires et conduisent \u00e0 des situations pr\u00e9judiciables au fonctionnement politique et institutionnel.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes affaires, la conclusion d\u2019emprunts toxiques, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart r\u00e9guli\u00e8re du peuple et le manque de l\u00e9gitimit\u00e9 sont des \u00e9cueils insurmontables du syst\u00e8me existant. Les d\u00e9cisions sont impos\u00e9es d\u2019autorit\u00e9 plus que d\u00e9battues, la s\u00e9paration des pouvoirs est battue en br\u00e8che, rendant flou un contr\u00f4le d\u00e9mocratique en continu. Aujourd\u2019hui, le gouvernement ne rend pas de compte, ne manifeste aucune redevabilit\u00e9 et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une large impunit\u00e9 pour toutes les erreurs commises. La Tunisie, prise dans la tourmente des diff\u00e9rends politiques et des tiraillements qui l\u2019emp\u00eachent de tourner sainement, est victime d\u2019une administration ankylos\u00e9e par trop de personnel, pour la plupart non qualifi\u00e9, et recrut\u00e9 sur des bases partisanes,est incapable de cr\u00e9er la richesse dont elle a besoin pour subvenir \u00e0 ses besoins et s\u2019acquitter de ses lourdes charges ; aussi, en dernier recours avant qu\u2019elle ne soit d\u00e9clar\u00e9e en faillite d\u00e9clar\u00e9e, l\u2019Etat en est r\u00e9duit \u00e0 mendier sa subsistance. Au lieu dechercher l\u2019argent l\u00e0 o\u00f9 il se trouve,c\u2019est-\u00e0-dire chez les riches exon\u00e9r\u00e9s d\u2019imp\u00f4ts de fait, ou chez les barons des trafics en tous genres comme le Pr\u00e9sident de l\u2019ARP et ses 2700 milliards, il se tourne vers les cat\u00e9gories vuln\u00e9rables qui n\u2019ont aucune \u00e9chappatoire pour les pressurer et en tirer jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte. C\u2019est d\u2019autant plus vrai que le ministre du Commerce s\u2019est rang\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 delobbys mafieux pour affamer et asservir les tunisiens. Faisant preuve d\u2019une arrogance vulgaire et d\u00e9sarmante, il d\u00e9clarait, le 5 avril 2021, que les denr\u00e9es alimentaires \u00e9taient disponibles en grande abondance, \u00e0 des prix tr\u00e8s abordables. Pr\u00e9tendre cela est un mensonge \u00e9hont\u00e9 qui rel\u00e8ve de la pure hypocrisie politique. Cette d\u00e9claration ne pourrait qu\u2019\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une complicit\u00e9 du ministre avec les lobbys des producteurs locaux et leur avidit\u00e9 sans limites, depuis que l\u2019UTAP est contr\u00f4l\u00e9e par un parti qui ne nourrit aucun sentiment et surtout pas de la piti\u00e9 pour les tunisiens qu\u2019il ne r\u00eave que de d\u00e9valiser et de soumettre.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>La Cour constitutionnelle,&#8230; pour limiter les d\u00e9rives autoritaires du pouvoir<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans ce capharna\u00fcm institutionnel, trois pr\u00e9sidents se disputent la supr\u00e9matie\u2018\u2019potentiaire\u2019\u2019dans une guerre ouverte dans laquelle tous les coups sont de mise, m\u00eame les plus bas et les plus vils. Le sort du pays devient pr\u00e9texte, celui du peuple, le dernier de leurs soucis. Il est cependant une lueur au bout du tunnel, mais elle aussi n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9e par la hargne de ces barbares endimanch\u00e9s qui abandonnent toute biens\u00e9ance sur l\u2019autel de leur ambition d\u00e9mesur\u00e9e. La Cour constitutionnelle, pourrait assurer un r\u00f4le de contre-pouvoir pour limiter les d\u00e9rives autoritaires du pouvoir, si elle \u00e9tait envisag\u00e9e dans la Constitution de 2014 comme une instance ind\u00e9pendante et impartiale ! Il s\u2019agirait d\u2019une am\u00e9lioration d\u00e9mocratique, qui contrarierait les pr\u00e9tentions de ceux qui souhaitent pr\u00e9server leurs privil\u00e8ges et disposer d\u2019un ascendant d\u00e9cisionnel ill\u00e9gitime. Malheureusement, telle qu\u2019organis\u00e9e par la section II du Chapitre V relatif au pouvoir Juridictionnel, de la Constitution de 2014, la Cour constitutionnelle appara\u00eet comme une instance hautement politis\u00e9e.Cettetare explique qu\u2019en six ann\u00e9es de tergiversations fleuves, elle n\u2019a toujours pas vu le jour, le consensus achoppant sur sa composition.<\/p>\n<p>La Cour constitutionnelle est une urgence absolue pour l\u2019ensemble de la vie politique tunisienne. Le mode de d\u00e9signation des juges institu\u00e9 n\u2019est un gage ni de comp\u00e9tence, ni d\u2019ind\u00e9pendance.L\u2019Article 118 alin\u00e9a 2 dispose que \u00ab Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, l\u2019Assembl\u00e9e des Repr\u00e9sentants du Peuple et le Conseil Sup\u00e9rieur de la Magistrature d\u00e9signent chacun quatre membres, dont les trois-quarts sont des sp\u00e9cialistes en droit. Les membres de la Cour constitutionnelle sont d\u00e9sign\u00e9s pour un seul mandat de neuf ans. \u00bb. Donner le pouvoir de nommer les juges constitutionnels \u00e0 des organes politiques est une erreur dont on a constat\u00e9 les effets pervers dans les faits, chaque parti politique souhaitant avoir ses juges de paille au sein de l\u2019instance. Il en est de m\u00eame pour le Chef de l\u2019Etat qui sera enclin \u00e0 d\u00e9signer des juges de ses partisans. Depuis 6 ans, l\u2019Assembl\u00e9e des Repr\u00e9sentants du Peuple est devenue une ar\u00e8ne de combats o\u00f9 sont disput\u00e9s les candidats potentiels. Ce qui est mis en avant, c\u2019est l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019un contr\u00f4le politique par les partis du processus de d\u00e9cision de la Cour par le noyautage de sa composition par des juges d\u2019ob\u00e9dience partisane. Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus commode d\u2019instaurer le principe de l\u2019\u00e9lection des juges, ce qui aurait \u00e9t\u00e9 une garantie de qualit\u00e9 des discussions coll\u00e9giales et de d\u00e9cisions impartiales. M\u00eame la r\u00e9vision de la Loi organique n\u00b0 2015-50 du 3 d\u00e9cembre 2015, relative \u00e0 la Cour constitutionnelle (JORT N\u00b0 98, du 8 d\u00e9cembre 2015, Page 2926) est l\u2019objet de querelles, de sous-entendus et de manigances.<\/p>\n<p>L\u2019objectif des partis de la coalition majoritaire parlementaire est d\u2019instrumentaliser la Cour constitutionnelle pour orchestrer la destitution du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart par application de la proc\u00e9dure de l\u2019article 88 de la Constitution du 27 janvier 2014. C\u2019est dans cette optique qu\u2019il faut interpr\u00e9ter le renvoi pour seconde lecture du projet d\u2019amendement de la Loi de 2015. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, si le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019avait plus l\u2019autorit\u00e9 exclusive d\u2019interpr\u00e9ter la Constitution, il perdrait l\u2019une de ses armes principales dans la guerre qu\u2019il livre contre le syst\u00e8me politique corrompu. En d\u00e9finitive, dans un climat aussi tendu que celui dans lequel se trouve aujourd\u2019hui la Tunisie, la Cour constitutionnelle ne sera pas un \u00e9l\u00e9ment dispensateur d\u2019apaisement, bien au contraire ; elle pourrait devenir un \u00e9ni\u00e8me th\u00e9\u00e2tre de tiraillements et de conflit entre les diff\u00e9rents deut\u00e9ragonistes de la soci\u00e9t\u00e9 politique tunisienne. Dans un environnement marqu\u00e9 par l\u2019absence de confiance politique et le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat total des aspirations du peuple, la Cour constitutionnelle n\u2019est donc pas institu\u00e9e pour les bonnes raisons, les raisons de l\u2019Etat de droit et donc, \u00e0 l\u2019heure actuelle, sa mise en place risque de porter atteinte et de d\u00e9naturer cette instance d\u2019une telle importance en d\u00e9mocratie.Comment faire confiance \u00e0 une juridiction dont les membres seraient les \u00e2mes damn\u00e9es de trois instances politiques autant d\u00e9cri\u00e9es les unes que les autres?<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le pouvoir corrompt ! Limitons sa concentration dans un nouveau syst\u00e8me<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Une sc\u00e8ne politique scl\u00e9ros\u00e9e par la corruption, les luttes futiles, les petits calculs et la violation \u00e9vidente de la loi en toute impunit\u00e9. Nous avons journellement l\u2019illustration saisissante de la corruption de l\u2019Etatet la r\u00e9v\u00e9lation des dysfonctionnements du pouvoir, dans l\u2019institution Tunisie. Le jeu des pouvoirs y est f\u00e9roce et pervers,autant qu\u2019ailleurs, dans des r\u00e9publiques banani\u00e8res, alors qu\u2019on pourrait et devrait attendre un exercice vou\u00e9 au service du public ; mais l\u2019exercice du pouvoir y a accompli des ravages.Nos hommes politiques ne maitrisent aucune des finesses du discours politique et leurs positions tout commeleur symbolique sont responsables du blocage politique actuel. La Tunisie ressemble \u00e0 un corps meurtri sur lequel sont pench\u00e9s des Diafoirus et Purgon inspir\u00e9s par des lobbies et des gangs mafieux en tout genre.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>La sup\u00e9riorit\u00e9 fonctionnelle accentue la corruption de l\u2019homme et que ses valeurs, son pass\u00e9, ajout\u00e9 au pouvoir l\u2019influencent aussi<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En quelques jours de ce mois de mars, nous avons appris que les services proches du Pr\u00e9sident \u00e9taient infiltr\u00e9s par des intervenants, des chuchoteurs, qui s\u2019immiscent dans des dossiers pour la connaissance desquels ils ne sont pas accr\u00e9dit\u00e9s, ni concern\u00e9s. Ils fomentent, complotent, trahissent, sugg\u00e8rent des noms, influencent des choix de nomination aux postes cl\u00e9s de l\u2019Etat. Il est aussi des immixtions \u00e9trang\u00e8res dans nos affaires int\u00e9rieures v\u00e9hicul\u00e9es par des ex\u00e9cutants tunisiens. Nul ne peut s\u2019en d\u00e9sint\u00e9resser, le d\u00e9sordre des uns nuit \u00e0 tous, une civilisation repose sur des soutiens invisibles, une langue, une culture, un Etat de droit, une ou des religions, une vie associative, des traditions. Il est indispensable de conforter ces piliers en rem\u00e9diant \u00e0 leurs d\u00e9faillances. Si l\u2019on met bout \u00e0 bout les r\u00e9v\u00e9lations de ces derni\u00e8res semaines, l\u2019enchainement des causes devient \u00e9vident. Si le pouvoir est une force organisatrice, une capacit\u00e9 d&rsquo;action relative \u00e0 un certain domaine, qu\u2019une ou des personnes utilisent, est-il normal que des personnes, qui normalement doivent montrer l\u2019exemple, abusent de leur autorit\u00e9?<\/p>\n<p>Le pouvoir corrompt l\u2019homme,si l\u2019on suppose que l\u2019homme parte d\u2019un \u00e9tat bon pour aller vers un \u00e9tat moins bon et qu\u2019il se produit un changement de nature. Il existe plusieurs causes qui expliquent cette corruption. Afin de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il faut admettre que la sup\u00e9riorit\u00e9 fonctionnelle accentue la corruption de l\u2019homme et que ses valeurs, son pass\u00e9, ajout\u00e9 au pouvoir l\u2019influencent aussi. D\u2019abord, l\u2019homme sans pouvoir n\u2019est pas naturellement bon. En fait, il peut \u00eatre tr\u00e8s m\u00e9chant avec ses proches simplement pour une question d\u2019amiti\u00e9 ou d\u2019argent, d\u2019orgueil, de domination.Cependant, il est assez facile de ramener cette personne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et de lui expliquer ce qu\u2019est le bien et le mal ; par contre, lorsqu\u2019on donne du pouvoir \u00e0 une personne, elle se sent gratifi\u00e9e et sait que les autres seront en situation d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 et seront dans l\u2019obligation d\u2019ob\u00e9ir au commandement. L\u2019homme est un loup pour l\u2019homme, nous dit l\u2019adage, c\u2019est d\u2019autant vrai s\u2019il a du pouvoir. Pourquoi s&rsquo;interroger sans cesse sur une \u00e9pop\u00e9e qui a dur\u00e9 plus de 30 ans ? Le pr\u00e9sident Bourguiba lui-m\u00eame en a \u00e9t\u00e9 victime. Le lui reprocher serait oublier son r\u00f4le jou\u00e9 non seulement dans l&rsquo;Histoire mais aussi dans l&rsquo;imaginaire tunisien. Ce ne sont pas seulement les institutions de la Tunisie moderne qu&rsquo;il a fond\u00e9es, ce sont aussi, pour le meilleur et pour le pire, les m\u0153urs d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 meurtrie par la R\u00e9volte et une pratique du pouvoir qui perdure. Aussi continue-t-il \u00e0 passionner autant les historiens que les hommes de pouvoir qui r\u00e9fl\u00e9chissent sur le fonctionnement de l&rsquo;\u00c9tat, d\u00e9laissant l&rsquo;homme au profit des institutions.Il ne faut pas mettre des t\u00eates au bout des piques, mais la suite de l\u2019histoire se d\u00e9cidera n\u00e9cessairement par des \u00e9v\u00e9nements, m\u00eame si l\u2019on ne peut pas deviner quelle forme prendra cette violence que l\u2019on voit monter et qui atteindra in\u00e9luctablement un paroxysme. Ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir, ceux qui ach\u00e8tent et ceux qui se vendent, ne le l\u00e2cheront jamais par eux-m\u00eames. Il y a dans notre soci\u00e9t\u00e9 de multiples sympt\u00f4mes d\u2019une guerre civile qui a commenc\u00e9. La corruption, comme moteur fondamental de notre vie publique, est de l\u2019ordre de l\u2019insupportable.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Pourquoi le pouvoir pr\u00e9dispose-t-il tant \u00e0 la corruption?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L\u2019actualit\u00e9 ne cesse d\u2019exposer au grand jour toutes les malversations et manipulations dans le monde politique et \u00e9conomique. Comme si les voleurs traditionnels avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9clips\u00e9s par les voleurs de haut niveau, ceux v\u00eatus d\u2019habits feutr\u00e9s et cols blancs, et affubl\u00e9s d\u2019un large sourire blind\u00e9 et d\u2019une poign\u00e9e de main dont la confiante fermet\u00e9 n\u2019a d\u2019\u00e9gal que la tromperie et l\u2019\u00e9gocentrisme qui l\u2019anime. Mais pourquoi le pouvoir pr\u00e9dispose-t-il tant \u00e0 la corruption ? Essentiellement, \u00eatre en situation de pouvoir donne un avantage \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux ressources de l\u2019Etat. Il en est ainsi dans le monde animal o\u00f9 l\u2019alpha mangera et se reproduira avant tout le reste du clan. Chez l\u2019homme, le pouvoir donne prioritairement acc\u00e8s \u00e0 toutes les ressources vitales qui, une fois acquises en grande quantit\u00e9, apaisent le fauve en nous. Dans notre mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 riche et industrialis\u00e9e, l\u2019estime de soi repose prioritairement sur notre taux de rendement et rien n\u2019est plus efficace pour indiquer notre niveau de performance. Nous avons aussi besoin d\u2019accumuler de l\u2019influence parce nous n\u2019avons qu\u2019une vie \u00e0 vivre et que nous r\u00e9alisons en vieillissant que cette vie est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et vite pass\u00e9e. C\u2019est pourquoi le jeune politicien voulant changer le monde avec ses id\u00e9aux, ses valeurs sociales et communautaires devient de plus en plus aigri et attir\u00e9 par les tentatives frauduleuses en vieillissant. L\u2019\u00e2ge faisant sa marque, l\u2019adulte r\u00e9alise \u00e9galement qu\u2019il est mortel et que seul le plaisir de vivre \u00ab \u00e0 fond de train \u00bb rev\u00eat un certain sens.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>La vie publique est surtout malade d\u2019une faillite d\u00e9mocratique<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Empoisonn\u00e9e par les esclandres, la vie publique est surtout malade d\u2019une faillite d\u00e9mocratique qui laisse le syst\u00e8me de la corruption \u00e9tendre son empire au point d\u2019en devenir insupportable.Depuis Cic\u00e9ron, on sait que la corruption par le pouvoir existe au m\u00eame titre que celle du pouvoir et qu\u2019il y aura toujours des corrupteurs et des corrompus. Sans entrer dans une d\u00e9marche moralisatrice ou purificatrice qui viserait \u00e0 changer l\u2019\u00e2me humaine,le probl\u00e8me n\u2019est pas tant que la trag\u00e9die de la corruption existe, mais que l\u2019on soit \u00e0 ce point incapable, dans notre R\u00e9publique, de lui apporter des r\u00e9ponses politiques, institutionnelles, culturelles et judiciaires fortes. Cette incapacit\u00e9 tend \u00e0 renforcer le sentiment de son omnipr\u00e9sence \u00e0 tous les niveaux. La mondialisation, les finances folles, les instruments mis au service du capitalisme semblent contribuer \u00e0 industrialiser la corruption. \u00c0 plus forte raison dans un contexte d\u2019affaiblissement croissant de l\u2019Etat et des contre-pouvoirs. Nous sommes \u00e0 un moment o\u00f9 la relation entre l\u2019argent, l\u2019influence et la d\u00e9mocratie est devenue dangereuse. Les scandales sont en quelque sorte des crash-tests qui permettent d\u2019\u00e9prouver la carrosserie de la d\u00e9mocratie. Na\u00eet-alors une forme de fatigue d\u00e9mocratique des citoyens avec son sympt\u00f4me du \u00ab\u00a0Tous pourris\u00a0\u00bb. La mollesse des pouvoirs publics c\u00f4toie la complaisance, laquelle confine \u00e0 la complicit\u00e9 et cela devient totalement insupportable pour les citoyens.Le volume de la corruption, au sens large, consistant \u00e0 acheter des id\u00e9es, des consciences et des actes, est directement index\u00e9 au volume des flux \u00e9conomiques et financiers de l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale. Les donn\u00e9es sur la finance non-r\u00e9gul\u00e9e, non contr\u00f4l\u00e9e et parfois ill\u00e9gale, sur la part des avoirs financiers dans les paradis fiscaux, et sur celle des sommes consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019achat de d\u00e9cisions politiques, ces trois indicateurs sont en hausse permanente. Avec la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie, les volumes d\u2019argent criminel consacr\u00e9s \u00e0 la corruption augmentent constamment. La corruption \u00e9tant un instrument substantiel du capitalisme lib\u00e9ral, l\u2019expansion de ce dernier entra\u00eene celle de la corruption. Sur un plan \u00ab\u00a0qualitatif\u00a0\u00bb, l\u2019affaire des milliards du pr\u00e9sident de l\u2019ARP tunisienneest d\u2019une nature tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce que la Tunisie connaissait, car relevant du blanchiment d\u2019argent sale et de la criminalit\u00e9 organis\u00e9e terroriste, autant que des march\u00e9s internationaux de l\u2019armement et de l\u2019\u00e9nergie, dont la nocivit\u00e9 pour les peuples, pour la plan\u00e8te et pour notre s\u00e9curit\u00e9 est d\u2019une tout autre gravit\u00e9. Il est significatif que ces affaires soient pour la plupart couvertes par le secret d\u00e9fense, et sont donc d\u00e9sormais inaccessibles \u00e0 la police judiciaire et aux juges d\u2019instruction.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>L\u2019esprit de la corruption&#8230;<\/strong><\/span><\/p>\n<p>M\u00eame si on distingue entre des syst\u00e8mes de corruption internationalis\u00e9s, et des formes plus b\u00e9nignes, li\u00e9es notamment aux conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats ou \u00e0 l\u2019action des lobbies, ces deux formes rel\u00e8vent de l\u2019esprit de la corruption. On est au c\u0153ur m\u00eame de cet esprit, quand des \u00c9tats, cens\u00e9ment souverains, d\u00e9pendent d\u2019agences ou d\u2019agents qui ont partie li\u00e9e avec la vie des march\u00e9s.Il est absolument inadmissible, en termes d\u2019\u00e9thique et de souverainet\u00e9 des peuples, que des gouvernements et des responsables politiques soient \u00e0 la solde de groupes d\u2019int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui, d\u2019un claquement de doigt, peuvent faire basculer une \u00e9conomie dans l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 ou changer la position diplomatique d\u2019un Etat (l\u2019affaire du plan de paix de Donald Trump et la position tunisienne au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des NU avec le rappel de Moncef Ba\u00e2ti). On est l\u00e0 dans des logiques d\u2019influence qui se soustraient totalement au bien commun. Du client\u00e9lisme de certains \u00e9lus jusqu\u2019aux affaires les plus graves, la corruption r\u00e9side dans une culture g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019achat des actes et des consciences et de la v\u00e9nalit\u00e9 de leurs titulaires. La question de la corruption s\u2019\u00e9largit aujourd\u2019hui avec la prise de conscience que notre syst\u00e8me social, \u00e9conomique et politique est un syst\u00e8me d\u2019achat des libert\u00e9s, y compris des libert\u00e9s vitales. Des \u00c9tats ou des forces politiques importantes peuvent \u00eatre financ\u00e9s par des puissances qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 influencer leurs d\u00e9cisions, alors qu\u2019ils ne devraient \u00eatre mus que par la volont\u00e9 des citoyens, du moins selon un id\u00e9al d\u00e9mocratique. En raison de leur dette, des \u00c9tats se trouvent dans une telle situation de d\u00e9pendance envers le syst\u00e8me financier que les gouvernants, une fois \u00e9lus au terme d\u2019une mascarade d\u00e9mocratique, ne sont plus aux ordres que de ces puissances.<\/p>\n<p>Un autre fait r\u00e9cent est tr\u00e8s significatif. La Tunisie est une des victimes de cette autre pand\u00e9mie qu\u2019est la Corruption dans ses deux formes, corruption du pouvoir et corruption par le pouvoir. Des personnes qui ont refus\u00e9 de couvrir des faits d\u00e9lictueux au sein, par exemple, des Organisations Internationales, ont \u00e9t\u00e9 finalement licenci\u00e9es. La premi\u00e8re ann\u00e9e du mandat de la Tunisie en tant que membre \u00e9lu non-permanent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 est pass\u00e9e inaper\u00e7ue et l\u2019Etat n\u2019a pas voulu se saisir de cette opportunit\u00e9 pour ne pas d\u00e9plaire aux USA et en coulisses \u00e0 Isra\u00ebl, ainsi qu\u2019\u00e0 la Turquie. La Tunisie aurait pu trouver les moyens de faire de la politique \u00e0 \u00e9chelle internationale et de changer des choses au sein du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, mais son bilan est n\u00e9gatif.La question du conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats lui-m\u00eame est li\u00e9 par une cha\u00eene continue aux maillons faits de corruption.Autant d\u2019exemples vertigineux de l\u2019effondrement des consciences et de la complicit\u00e9 des syst\u00e8mes politiques par la corruption. Il est stup\u00e9fiant de constater l\u2019\u00e9tat de d\u00e9litement r\u00e9publicain d\u2019une partie importante de nos \u00e9lites politiques. Elles ne consid\u00e8rent pas que les ravages de la corruption ont un impact concret et quotidien, mais aussi symbolique, sur la vie de la soci\u00e9t\u00e9. M\u00eame les m\u00e9dias ne cr\u00e9ent pas un \u00e9cosyst\u00e8me favorable \u00e0 une p\u00e9dagogie de luttecontre la corruption. Celle-ci est alors r\u00e9duite \u00e0 des sortes de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre ou \u00e0 des faits-divers financiers qui ne permettent pas d\u2019en d\u00e9gager le sens et nous maintiennent dans un aveuglement citoyen. Beaucoup d\u2019\u00e9lus \u00e9voluent \u00e0 des niveaux de richesse outranciers qui, d\u2019une part, sont scandaleux en regard du niveau de vie moyen des Tunisiens et, d\u2019autre part, constituent des anomalies par rapport aux financements l\u00e9gaux de la vie politique.<\/p>\n<p>L\u2019origine de cet argent va des conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats qui voient des puissances priv\u00e9es faire en permanence aux \u00e9lus des cadeaux invraisemblables, jusqu\u2019au d\u00e9tournement de l\u2019argent des contribuables ou des militants partisans. Un grand nombre de cadres politiques ou \u00e9conomiques b\u00e9n\u00e9ficient \u00e0 titre personnel de niveaux de vie qui leur seraient inaccessibles s\u2019ils ne se vendaient pas et ne vendaient pas leur cause et leur pouvoir. La corruption ach\u00e8te les leviers d\u2019influence. Cette faillite d\u00e9mocratique dans laquelle semble r\u00e9sider le c\u0153ur du probl\u00e8me r\u00e9sulte de son inscription dans les institutions, de la d\u00e9mission des \u00e9lus, de la d\u00e9faillance de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de l\u2019absence de contr\u00f4le citoyen.Il est certain que les institutions de la II\u00e8meR\u00e9publique ne prot\u00e8gent pas les citoyens, des ravages de la corruption. Elles prot\u00e8gent ceux qui gouvernent en notre nom, quand ils sont vis\u00e9s par les affaires de corruption. Pourtant, les verrous institutionnels sont identifi\u00e9s, et cela ne co\u00fbterait strictement rien de les faire sauter. On nous a appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole, avec Montesquieu, qu\u2019il faut que \u00ab Par la disposition des choses, le pouvoir arr\u00eate le pouvoir \u00bb. Les coulisses saum\u00e2tres des affaires scandaleuses nous montrent qu\u2019au contraire, le pouvoir n\u2019arr\u00eate pas le pouvoir. Les exemples abondent de dispositifs pour lutter contre la fraude fiscale, la d\u00e9pendance hi\u00e9rarchique et statutaire du procureur de la R\u00e9publique envers le gouvernement, le secret d\u00e9fense, la non-protection des lanceurs d\u2019alerte, l\u2019appauvrissement de la Justice\u2026 Il n\u2019y a aucune raison, sauf \u00e0 vouloir \u00eatre complaisant, donc complice, de ne pas y rem\u00e9dier.<br \/>La criminalit\u00e9 politique et financi\u00e8re constitue un assassinat contre l\u2019id\u00e9e de soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019institution de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique a d\u00e9finitivement valid\u00e9 l\u2019op\u00e9ration dont nous vivons encore aujourd\u2019hui les cons\u00e9quences d\u2019un Etat r\u00e9galien, au sens de la monarchie de Louis XIV, qui prot\u00e8ge le roi et sa cour en les mettant \u00e0 l\u2019abri de ceux qui pourraient leur demander des comptes. Les enqu\u00eates sur les braquages sont beaucoup plus simples que les enqu\u00eates sur la corruption, non pas parce que les faits sont plus simples, mais parce que les moyens l\u00e9gaux sont beaucoup plus puissants et efficaces pour r\u00e9primer cette d\u00e9linquance. La criminalit\u00e9 politique et financi\u00e8re, telle que l\u2019ont par exemple d\u00e9finie les Nations Unies dans la convention de lutte contre la corruption, constitue pourtant un assassinat contre l\u2019id\u00e9e de soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e. Nous devrions accorder \u00e0 la lutte contre la corruption les moyens les plus absolus. Cela en dit long sur le moyen \u00e2ge culturel dans lequel nous sommes vis-\u00e0-vis de la corruption. Bien s\u00fbr que l\u2019instance de lutte contre la corruption, va dans le bon sens.<\/p>\n<p>Ces dispositions ont le m\u00e9rite de favoriser une p\u00e9dagogie citoyenne embryonnaire. Mais ces \u00e9volutions restent ridicules en regard des enjeux. On est pass\u00e9, pour forcer la porte blind\u00e9e qui prot\u00e8ge les lieux du secret de l\u2019opacit\u00e9 et du mensonge d\u2019\u00c9tat, du plumeau au tournevis et du tournevis au burin et ces outils ne peuvent suffire, m\u00eame \u00e0 rayer le m\u00e9tal. Les nouveaux dispositifs l\u00e9gaux de lutte contre la corruption sont de faux outils, certains pouvant m\u00eame cr\u00e9er des effets pervers en compliquant la t\u00e2che des enqu\u00eateurs. Les loisont \u00e9t\u00e9 consciencieusement neutralis\u00e9es par les institutions publiques qui se sont inscrites dans une d\u00e9fense consciente des int\u00e9r\u00eats des fraudeurs, fiscaux notamment. En revanche, des progr\u00e8s sont \u00e0 noter dans la conscience publique, dans la prise de conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre ces sujets au centre de la vie publique. Cette th\u00e9matique s\u2019installe aussi dans l\u2019opinion. La situation n\u2019\u00e9voluera qu\u2019au travers d\u2019initiatives citoyennes, de mobilisations d\u2019experts et de citoyens pour se faire craindre de ces pouvoirs qui, pour l\u2019instant, ne craignent que ceux qui les ont achet\u00e9s. L\u2019initiative de la lutte contre la corruption n\u2019est jamais partie des politiques, c\u2019est-\u00e0-dire de ceux qui ont le pouvoir de changer les choses. N\u2019y avait-il vraiment personne d\u2019autre que Elyes Fakhfakh, entach\u00e9 de conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat.Qui \u00e9tait Hichem Mechichi venu le remplacer, sugg\u00e9r\u00e9 par des \u00e9minences grises tapies dans l\u2019ombre des alcoves ? Regardons \u00e0 quel point le syst\u00e8me m\u00e9diatique et la classe politique acceptent ce spectacle, au nom de tr\u00e8s beaux concepts d\u00e9tourn\u00e9s, comme celui de la pr\u00e9somption d\u2019innocence ; nous sommes dans un syst\u00e8me qui, de ceux qui le font \u00e0 ceux qui le racontent, banalise l\u2019esprit de la corruption. Si cela doit changer, le changement ne peut donc venir que des citoyens. Cette phrase de Victor Hugo : \u00ab Quand la foule regarde les riches avec ces yeux l\u00e0, ce ne sont pas des pens\u00e9es qu\u2019il y a dans les cerveaux, ce sont des \u00e9v\u00e9nements. \u00bb.Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 cet instant o\u00f9 il ne s\u2019agit plus de savoir si des \u00e9v\u00e9nements vont avoir lieu, mais quelle forme ils vont prendre et sous l\u2019autorit\u00e9 de qui.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>On ne veut pas mourir sans avoir v\u00e9cu dans la libert\u00e9, la joie et le plaisir et pour cela, nous cherchons \u00e0 apaiser notre fantasme d\u2019immortalit\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, plus nous avons du pouvoir, plus il est possible de s\u2019enrichir de force et d\u2019argent et de renforcer notre sentiment pu\u00e9ril d\u2019invincibilit\u00e9. Mais il est impossible de s\u2019enrichir frauduleusement tout en maintenant une image de soi positive, parce que sous ce bel habit d\u2019apparat g\u00eet un corps vide d\u2019humanit\u00e9, qu\u2019aucun argent ni pouvoir ne peut faire reluire.Le pouvoir est r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un aspect particuli\u00e8rement sombre de la nature humaine, que la politique s\u2019efforce de r\u00e9guleren donnant une dimension institutionnelle, fixe, non arbitraire, \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir.La pratique politique est une mani\u00e8re de r\u00e9guler la volont\u00e9 de pouvoir de l\u2019homme, mais lui donnant en m\u00eame temps l\u2019occasion de d\u00e9velopper, de mani\u00e8re parfois n\u00e9gative, cette volont\u00e9 de puissance. La politique a souvent la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre aux mains d\u2019hommes malhonn\u00eates et corrompus.Cette vision des choses manifeste un effet naturel et in\u00e9vitable du pouvoir. Nous ne pouvons qu\u2019accepter ou bien refuser de voir dans cette corruption son essence et le d\u00e9finir de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9carter son aspect sombre. Les m\u00eames questions se posent au niveau du pouvoir personnel, m\u00eame si la dimension politique n\u2019entre pas vraiment en jeu pour garantir que celui qui sait poss\u00e9der un pouvoir sur quelqu\u2019un en usera \u00e0 bon escient.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><span class=\"c4\"><em>Universitaire, juriste et politiste<br \/>Enseignant en droit public et sciences politiques<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences Politiques de Tunis<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31717-corruption-du-pouvoir-et-pouvoir-de-la-corruption\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monji Ben Raies\u00a0 &#8211; Le pouvoir est une entit\u00e9 d\u00e9l\u00e9t\u00e8re que l\u2019on ne peut poss\u00e9der \u00e9ternellement. Certains peuvent en \u00eatre d\u00e9positaires pour un temps, mais ils ne doivent pas trop s\u2019y attacher, car il corrompt et avilit ceux qui en font mauvais usage et qui sont pr\u00eats \u00e0 ramper et vendre leur \u00e2me pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"\/uploads\/FCK_files\/Monji-Ben-Ra\u00efes-min(9).jpg","fifu_image_alt":"Tunisie: Corruption du pouvoir et pouvoir de la corruption","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-114906","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114906","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=114906"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/114906\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=114906"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=114906"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=114906"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}