{"id":115139,"date":"2021-04-18T04:00:00","date_gmt":"2021-04-18T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-la-gestion-ruineuse-du-site-archeologique-de-carthage-au-miroir-de-la-cour-des-comptes\/"},"modified":"2021-04-18T04:00:00","modified_gmt":"2021-04-18T08:00:00","slug":"tunisie-la-gestion-ruineuse-du-site-archeologique-de-carthage-au-miroir-de-la-cour-des-comptes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-la-gestion-ruineuse-du-site-archeologique-de-carthage-au-miroir-de-la-cour-des-comptes\/","title":{"rendered":"Tunisie: La gestion ruineuse du site arch\u00e9ologique de Carthage au miroir de la Cour des comptes"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\"><strong><span class=\"c2\"><em><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Houcine-Ja\u00efdi(16).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Houcine Ja\u00efdi &#8211;<\/em><\/span><\/strong><\/span> Dans la descente aux enfers que conna\u00eet le patrimoine arch\u00e9ologique tunisien, particuli\u00e8rement au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, une source tr\u00e8s fiable vient apporter aux autorit\u00e9s concern\u00e9es et aux citoyens un \u00e9clairage pr\u00e9cieux\u00a0 sur la situation d\u00e9plorable de ce secteur. Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tat des lieux consign\u00e9 dans le 32e rapport annuel de la Cour des comptes, rendu public au mois de f\u00e9vrier dernier. Dans ce document, le site de Carthage occupe, tristement, la place d\u2019une victime majeure qui a besoin des secours les plus urgents.<\/p>\n<p>En ce 18 avril, Journ\u00e9e Internationale des Monuments et des Sites (JIMS), occult\u00e9e, en Tunisie, par l\u2019ouverture du \u2018\u2019Mois du Patrimoine\u2019\u2019, de plus en plus inconsistant, le dernier rapport de la Cour des comptes prend un relief particulier. Il nous fait constater l\u2019ampleur des pr\u00e9judices subis, entre autres, par le site de Carthage ainsi que son avenir incertain, du fait d\u2019une gestion pour le moins inqui\u00e9tante, non seulement de la part des \u00e9tablissements en charge du patrimoine mais aussi et surtout, de la part du minist\u00e8re des Affaires culturelles qui est cens\u00e9 en assurer la tutelle.<\/p>\n<p>Le Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS), organisme sp\u00e9cialis\u00e9 de l\u2019UNESCO, a choisi pour la JIMS 2021 le th\u00e8me \u2018\u2019Pass\u00e9s complexes : futurs divers\u2019\u2019. Cette proposition aurait, en d\u2019autres contextes, servi de cadre de r\u00e9flexion stimulant pour le site de Carthage, class\u00e9 Patrimoine mondial de l\u2019UNESCO, depuis 1979. Mais ce grand site culturel tunisien, \u00e0 la fois arch\u00e9ologique et historique, en est r\u00e9duit \u00e0 chercher son salut et \u00e0 \u00e9viter, entre autres infamies, d\u2019\u00eatre class\u00e9 sur la \u2018\u2019Liste du Patrimoine mondial en p\u00e9ril\u2019\u2019 qui pourrait \u00eatre l\u2019antichambre de la lev\u00e9e totale du classement en tant que patrimoine mondial.<\/p>\n<p>A elle seule, l\u2019introduction du rapport circonstanci\u00e9 de 41 pages, consacr\u00e9 par la Cour des comptes \u00e0 la gestion du patrimoine arch\u00e9ologique, entendu au sens large et comprenant les monuments historiques et les mus\u00e9es, est hautement \u00e9difiante. En un peu plus de deux pages, elle pr\u00e9cise d\u2019abord\u00a0 le cadre juridique de la mission de la Cour et pr\u00e9sente les trois organismes qui ont fait l\u2019objet de la mission de suivi : les services du minist\u00e8re des Affaires culturelles (MAC), l\u2019institut national du Patrimoine (INP) et l\u2019Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (Agence). L\u2019introduction comprend aussi un tableau r\u00e9capitulatif qui donne le nombre des carences relev\u00e9es, en 2014, pour chacun des trois organismes, le pourcentage des carences enti\u00e8rement rattrap\u00e9es, en cours de rattrapage ou non rattrap\u00e9es ainsi que les nouvelles insuffisances constat\u00e9es en 2020. Tr\u00e8s \u00e9difiants, les chiffres sont aussi inqui\u00e9tants au plus haut degr\u00e9. Ainsi, le taux moyen des r\u00e9alisations constat\u00e9es\u00a0 en 2020 par rapport aux carences signal\u00e9es en 2014 est de\u00a0 20% ; celui du minist\u00e8re est de 0%. Dans ce triste constat, le site de Carthage a une part peu enviable.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Une d\u00e9marche in\u00e9dite et une m\u00e9thodologie exemplaire<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Usant d\u2019abord d\u2019une pr\u00e9rogative qui lui accord\u00e9e par l\u2019article 16 de son nouveau statut qui date du mois d\u2019avril 2019 mais aussi du droit compar\u00e9 (l\u00e9gislations du Maroc et de la France), la Cour des comptes a, pour la premi\u00e8re fois dans son histoire, v\u00e9rifi\u00e9, dans son dernier rapport annuel, si les recommandations formul\u00e9es, six ans auparavant, dans son 28e rapport annuel avaient \u00e9t\u00e9 suivies d\u2019effets. Ce dernier, publi\u00e9 au mois de mai 2014, avait \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9, en partie,\u00a0 \u00e0 la gestion du patrimoine arch\u00e9ologique. En une cinquantaine de pages, il avait rendu compte en d\u00e9tail de la situation relative \u00e0\u00a0 la p\u00e9riode 2009-2012\u00a0 en remontant, pour certains aspects, aux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Dans le rapport de suivi, publi\u00e9 en 2021, il est question de\u00a0 la p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend de 2014 jusqu\u2019\u00e0 juillet 2020 avec, pour certaines questions, des retours jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2010.<\/p>\n<p>Dans leur tout r\u00e9cent rapport, les magistrats contr\u00f4leurs ont fait preuve d\u2019un professionnalisme qui force l\u2019admiration. Charg\u00e9s, de par leurs pr\u00e9rogatives, de se concentrer sur les d\u00e9faillances en mati\u00e8re de\u00a0 gestion financi\u00e8re et plus g\u00e9n\u00e9ralement de tout bien qui rel\u00e8ve de l\u2019Etat, ils ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s tout naturellement \u00e0 s\u2019occuper de toutes les activit\u00e9s o\u00f9 il est question de deniers publics, c\u2019est-\u00e0-dire, en d\u00e9finitive, de la quasi-totalit\u00e9 des domaines d\u2019activit\u00e9 de l\u2019institut, de l\u2019Agence et de leur minist\u00e8re de tutelle.<br \/>La rigueur des magistrats les a conduits \u00e0\u00a0 relever tous les progr\u00e8s enregistr\u00e9s depuis le constat consign\u00e9 dans le rapport de 2014 et \u00e0 faire \u00e9tat des r\u00e9ponses officielles aux d\u00e9faillances relev\u00e9es de nouveau ou pour la premi\u00e8re fois dans le rapport de 2021. Ainsi, le lecteur a tous les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019enqu\u00eate entre les mains, avec une couverture qui s\u2019\u00e9tend, au total, sur la p\u00e9riode 2009-2020,\u00a0 soit 12 ans dont 10 en phase de transition d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Abrogation de la lev\u00e9e de classement, nouveaux empi\u00e8tements et commission sans lendemains<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les langues d\u00e9li\u00e9es au lendemain du 14 janvier 2011 ont pouss\u00e9 le gouvernement pr\u00e9sid\u00e9 par feu B\u00e9ji Ca\u00efd Essebsi \u00e0 promulguer, en mars 2011, un d\u00e9cret-loi qui a abrog\u00e9 14 d\u00e9crets de lev\u00e9e de classement de terrains faisant partie du p\u00e9rim\u00e8tre arch\u00e9ologique de Carthage. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes rappelle qu\u2019une Commission nationale a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, en mai 2011, en vue de r\u00e9gulariser la situation des terrains dont la lev\u00e9e de classement avait \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9e quelques mois auparavant. Cette commission, qui a d\u00fb travailler en l\u2019absence de crit\u00e8res de r\u00e9gularisation pr\u00e9cis et d\u2019une d\u00e9limitation pr\u00e9cise du site, a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 statuer en se basant sur le crit\u00e8re de la \u2018\u2019bonne foi\u2019\u2019. Le rapport qu\u2019elle a remis, en 2014, \u00e0 la Pr\u00e9sidence du Gouvernement, a recommand\u00e9 des solutions variables selon les cat\u00e9gories dans lesquelles elle a class\u00e9 les terrains. Parmi les solutions, figuraient l\u2019appropriation ou la proposition d\u2019un d\u00e9dommagement. Il s\u2019est ensuivi des d\u00e9marches entreprises par des propri\u00e9taires de terrains (dont certains sont titulaires de permis de construire) en vue d\u2019une r\u00e9gularisation d\u00e9finitive de leur situation. La Cour rel\u00e8ve que jusqu\u2019en juillet 2020, aucune situation n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9e.<\/p>\n<p>A ce dossier scandaleux r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 civile, il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, la Cour ajoute de nombreux autres empi\u00e8tements criards sur les terrains \u00e0 vocation arch\u00e9ologique comme par exemple la construction d\u2019une b\u00e2tisse relevant de l\u2019Ecole de Formation des Cadres de la Police de Salambo et situ\u00e9e dans le p\u00e9rim\u00e8tre de l\u2019antique port commercial de Carthage.<\/p>\n<p>Des d\u00e9cisions de d\u00e9molition ont \u00e9t\u00e9 prises par la municipalit\u00e9 de Carthage mais elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 toujours suivies d\u2019ex\u00e9cution. La Cour rel\u00e8ve, \u00e0 ce propos, le manque de coordination entre la municipalit\u00e9 et l\u2019INP et exhorte ce dernier \u00e0 s\u2019impliquer davantage, pour faire prendre les d\u00e9cisions de d\u00e9molition qui s\u2019imposent.<\/p>\n<p>La Cour a enregistr\u00e9 des empi\u00e8tements\u00a0 graves dans d\u2019autres sites arch\u00e9ologiques mais, son rapport souligne, en plusieurs endroits, la gravit\u00e9 extr\u00eame de ce qui s\u2019est pass\u00e9 et de ce qui se passe encore \u00e0 Carthage, en la mati\u00e8re, compte tenu du prestige du site et de la lourde responsabilit\u00e9 incombant \u00e0 ceux qui sont \u00e0 l\u2019origine\u00a0 de ses maux.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>L\u2019absence cruelle du Plan de Protection et de Mise en Valeur<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La Cour rappelle, dans son dernier rapport, les mesures qui assurent la protection juridique des sites et des monuments. Dans la panoplie des mesures dont dispose l\u2019Etat, pour prot\u00e9ger un site culturel comme celui de Carthage, tout commence par l\u2019arr\u00eat\u00e9 portant cr\u00e9ation du site. Propos\u00e9 par l\u2019INP puis soumis \u00e0 la Commission nationale du Patrimoine (CNP) pour avis, l\u2019arr\u00eat\u00e9 est promulgu\u00e9 conjointement par la ministre en charge du patrimoine et le ministre en charge de l\u2019urbanisme. Valable pendant cinq ans, il est, depuis 2001, renouvelable. Pendant la p\u00e9riode de validit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat\u00e9 de cr\u00e9ation, les services concern\u00e9es doivent pr\u00e9parer et faire promulguer par le ministre en charge du patrimoine et le ministre en charge de l\u2019urbanisme, apr\u00e8s avis de la CNP, le Plan de Protection et de Mise en Valeur (PPMV) du site. Dans le cas o\u00f9 le PPMV n\u2019est pas promulgu\u00e9 dans les d\u00e9lais l\u00e9gaux, l\u2019arr\u00eat\u00e9 de protection devient caduc. Le PPMV est un outil \u00e0 la fois l\u00e9gal et technique de la plus haute importance. Il est indispensable parce qu\u2019il est le seul document qui, ayant la force de la loi, d\u00e9termine l\u2019\u00e9tendue\u00a0 pr\u00e9cise du site culturel, les diff\u00e9rentes zones qui y sont pr\u00e9vues et la nature des activit\u00e9s qui peuvent y \u00eatre autoris\u00e9es \u2026 En\u00a0 son absence, c\u2019est soit la paralysie soit la\u00a0 porte ouverte aux abus. A Carthage, c\u2019est la deuxi\u00e8me alternative qui a \u00e9t\u00e9 choisie et cautionn\u00e9e par les services de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Promulgu\u00e9 en 1996, l\u2019arr\u00eat\u00e9 portant cr\u00e9ation du site culturel de Carthage a \u00e9t\u00e9 suivi de la mise en chantier du PPMV qui n\u2019a toujours pas vu le jour. Cinq ans apr\u00e8s sa promulgation, l\u2019arr\u00eat\u00e9 qui a cr\u00e9\u00e9 le site est devenu caduc et tout est \u00e0 refaire depuis le d\u00e9but.<\/p>\n<p>En ce domaine, le cas du site de Carthage n\u2019est pas unique. La Cour rappelle que la CNP a, depuis sa mise en place en 1994, donn\u00e9 son accord pour la cr\u00e9ation de 16 sites culturels dont trois seulement ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par arr\u00eat\u00e9s minist\u00e9riels. Aucune de ces cr\u00e9ations, dont celle du site culturel de Carthage, n\u2019a \u00e9t\u00e9 suivie de la promulgation de son PPMV. Au mois de juillet 2020, l\u2019INP a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la CNP le projet de d\u00e9limitation du site alors que l\u2019arr\u00eat\u00e9 de sa cr\u00e9ation \u00e9tait caduc depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Le bilan est sid\u00e9rant : un Code du Patrimoine promulgu\u00e9 en 1994, une CNP cr\u00e9\u00e9e au cours de la m\u00eame ann\u00e9e, des sites culturels constitu\u00e9s \u00e0 partir de 1996 et, depuis, aucun PPMV de nature \u00e0 encadrer l\u2019urbanisation, les activit\u00e9s et la mise en valeur. En somme, aucune protection juridique et aucune base pour le d\u00e9veloppement.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Les r\u00e9ponses vaseuses aux questions pr\u00e9cises<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le rapport de la Cour, publi\u00e9 en 2014, \u00e9tait suivi des r\u00e9ponses de l\u2019INP et de l\u2019Agence \u00e0 de nombreuses questions soulev\u00e9es par les magistrats contr\u00f4leurs. Ces r\u00e9ponses, qui s\u2019\u00e9talaient sur de nombreuses pages, se voulaient pr\u00e9cises et n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 avancer des chiffres, des dates et des noms.<\/p>\n<p>Dans\u00a0 le rapport de 2021, C\u2019est le minist\u00e8re des Affaires culturelles qui r\u00e9pond aux magistrats contr\u00f4leurs, \u2018\u2019en coordination avec l\u2019INP et l\u2019Agence\u2019\u2019. Est-ce de sa propre initiative ou \u00e0 la demande de la Cour qui se serait adress\u00e9 \u00e0 lui pour les r\u00e9ponses ?\u00a0 Dans la seconde alternative, ce serait \u00e0 la fois parce le minist\u00e8re a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des parties int\u00e9ress\u00e9es par la mission de suivi et parce qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019autorit\u00e9 de tutelle qui, contrairement aux deux autres parties, a une responsabilit\u00e9 politique qui va au-del\u00e0 des missions \u2018\u2019technique et scientifique\u2019\u2019 de l\u2019INP et \u2018\u2019promotionnelle\u2019\u2019 de l\u2019Agence ?<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re a fait part, dans ses r\u00e9ponses de la cr\u00e9ation d\u2019un centre strat\u00e9gique charg\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 des mus\u00e9es, des monuments historiques et des sites arch\u00e9ologiques. Il a \u00e9galement annonc\u00e9 la promulgation r\u00e9cente d\u2019un arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel prot\u00e9geant les objets arch\u00e9ologiques appartenant \u00e0 l\u2019Etat. Pour le reste, il est surtout question de la cr\u00e9ation d\u2019une commission nationale charg\u00e9e de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la r\u00e9vision du Code du Patrimoine et d\u2019une autre charg\u00e9e de l\u2019inventaire du Patrimoine. Toutes ces d\u00e9cisions datent du mois d\u2019ao\u00fbt 2020, c\u2019est-\u00e0-dire du lendemain de la mission de suivi de la Cour des comptes. Plusieurs autres intentions sont exprim\u00e9es par le minist\u00e8re au sujet de questions pos\u00e9es depuis longtemps telle que la loi relative aux mus\u00e9es et la dynamisation du partenariat entre le secteur public et le secteur priv\u00e9. Mais aucun\u00a0 engagement pr\u00e9cis ne se d\u00e9gage des \u2018\u2019r\u00e9ponses\u2019\u2019 du minist\u00e8re \u00e0 de nombreuses interpellations de la Cour des comptes : la promulgation des textes de loi assurant la protection juridique des sites et des monuments, le contr\u00f4le de la coop\u00e9ration internationale, la coordination entre l\u2019INP et l\u2019Agence&#8230;<\/p>\n<p>Ainsi, pour les nombreuses urgences relev\u00e9es par la Cour pour ce qui concerne le site de Carthage, le minist\u00e8re n\u2019a rien \u00e0 dire qui puisse l\u2019engager. Impuissance, faute de ressources humaines et d\u2019information comme le fait remarquer la Cour pour de nombreuses questions?\u00a0 Manque de volont\u00e9 politique comme cela se profile entre les lignes du rapport ?\u00a0 Les deux \u00e0 la fois ? Cela signifierait que notre pays n\u2019a plus de minist\u00e8re de la Culture ayant la conscience et les moyens n\u00e9cessaires\u00a0 pour concevoir une politique en mati\u00e8re de patrimoine arch\u00e9ologique et de s\u2019assurer de sa mise en \u0153uvre par les \u00e9tablissements sp\u00e9cialis\u00e9s qui sont sous sa tutelle.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>L\u2019amorce d\u2019un cercle vertueux qui indique la (longue) voie du salut?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Par sa teneur et par les r\u00e9ponses qu\u2019il a suscit\u00e9es, le rapport de suivi de la Cour des compte a de quoi plonger les Tunisiens dans un pessimisme complet. Il donne la certitude que notre patrimoine arch\u00e9ologique est mal prot\u00e9g\u00e9, trop peu valoris\u00e9 et \u00e9tudi\u00e9 dans des conditions opaques. Cette conviction est d\u2019autant plus affligeante\u00a0 qu\u2019elle est d\u00e9duite d\u2019une mission de suivi d\u2019un rapport datant de six ans, lui-m\u00eame pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 de plusieurs missions de contr\u00f4le. Dans cette litt\u00e9rature copieuse, le site de Carthage a toujours brill\u00e9 scandaleusement\u00a0 par les nombreux outrages qui lui ont \u00e9t\u00e9 faits aussi bien par certains administr\u00e9s de la commune que par les administrateurs \u00e0 tous les niveaux.<\/p>\n<p>Mais la pers\u00e9v\u00e9rance de la Cour des comptes dans le contr\u00f4le de la gestion du patrimoine arch\u00e9ologique laisse de la place \u00e0 un peu d\u2019espoir. Elle rassure les citoyens sur l\u2019attention qu\u2019accorde une instance judiciaire hautement qualifi\u00e9e\u00a0 et totalement ind\u00e9pendante, \u00e0 la gestion du patrimoine arch\u00e9ologique en tant qu\u2019ensemble de biens culturels pr\u00e9cieux \u00e0 prot\u00e9ger, \u00e0 \u00e9tudier et \u00e0 valoriser de mani\u00e8re efficiente et transparente. Mais l\u2019intendance suivra-t-elle ?<\/p>\n<p>Pour le site de Carthage, les travaux de la Cour des comptes sont heureusement \u00e9tay\u00e9s par une attention toute nouvelle de l\u2019ARP qui, malgr\u00e9 toutes ses tares, a derni\u00e8rement auditionn\u00e9, en commission, une \u00e9quipe de l\u2019instance judicaire pour d\u00e9battre avec elle, entre autres de la gestion du patrimoine arch\u00e9ologique. Mais le plus grand espoir est nourri par l\u2019action de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cette derni\u00e8re, r\u00e9volt\u00e9e par l\u2019ampleur des pr\u00e9judices subis par le site, le manque \u00e0 gagner qu\u2019il ne cesse d\u2019enregistrer et l\u2019incurie gangreneuse de ceux qui en ont la charge, ne\u00a0 cesse de se mobiliser et d\u2019entreprendre des d\u00e9marches de plus en plus innovantes.\u00a0 En t\u00e9moigne, tout derni\u00e8rement, ses d\u00e9marches, avec le soutien des d\u00e9put\u00e9s de la circonscription de Tunis II, aupr\u00e8s du gouverneur de Tunis et des deux ministres concern\u00e9s (Culture et Equipement) pour r\u00e9clamer la promulgation du PPMV et sa mise en ex\u00e9cution sans d\u00e9lai. La m\u00eame revendication a \u00e9t\u00e9 brandie, le 27 mars dernier, lors de la manifestation \u2018\u2019Marchons pour Carthage\u2019\u2019 rehauss\u00e9e par la participation de plusieurs \u00e9lus et du syndicat des chercheurs de l\u2019INP. Ces initiatives tr\u00e8s louables trouveraient un soutien salutaire dans toute action judiciaire initi\u00e9e par la Cour des comptes, par le moyen des arr\u00eats qu\u2019elle est en droit de prendre, ou toute autre juridiction qui serait saisie par le minist\u00e8re public en vue de sanctionner les abus d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9s et de pr\u00e9venir ceux qui ne manqueront pas d\u2019\u00eatre commis si le site de Carthage continue \u00e0 constituer une zone de non-droit surtout par la faute de ceux qui sont en charge du patrimoine arch\u00e9ologique.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Houcine Ja\u00efdi<\/strong><br \/><span class=\"c2\"><em>Professeur universitaire<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31742-la-gestion-ruineuse-du-site-archeologique-de-carthage-au-miroir-de-la-cour-des-comptes\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Houcine Ja\u00efdi &#8211; Dans la descente aux enfers que conna\u00eet le patrimoine arch\u00e9ologique tunisien, particuli\u00e8rement au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, une source tr\u00e8s fiable vient apporter aux autorit\u00e9s concern\u00e9es et aux citoyens un \u00e9clairage pr\u00e9cieux\u00a0 sur la situation d\u00e9plorable de ce secteur. 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