{"id":115571,"date":"2021-04-25T04:00:00","date_gmt":"2021-04-25T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/deux-levantins-a-tunis-fares-chidyaq-et-rochaid-dahdah\/"},"modified":"2021-04-25T04:00:00","modified_gmt":"2021-04-25T08:00:00","slug":"deux-levantins-a-tunis-fares-chidyaq-et-rochaid-dahdah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/deux-levantins-a-tunis-fares-chidyaq-et-rochaid-dahdah\/","title":{"rendered":"Deux Levantins \u00e0 Tunis: Far\u00e8s Chidyaq et Rocha\u00efd Dahdah"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(27).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\" alt=\"\"\/>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>Dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la Tunisie pr\u00e9sentait en quelque sorte deux facettes: la volont\u00e9 r\u00e9formiste et son r\u00f4le dans le mouvement de renaissance arabe, et les difficult\u00e9s financi\u00e8res et leur cort\u00e8ge de surendettement, de spoliations et de tripotages de toutes sortes. Venus du Levant, deux personnages dignes d\u2019un roman d\u2019aventures allaient s\u2019inscrire dans l\u2019une et l\u2019autre de ces facettes.<\/strong><\/p>\n<p>Far\u00e8s Chidyaq (n\u00e9 F\u00e2ris Al Chidy\u00e2q, devenu plus tard Ahmed F\u00e2ris Al Chidy\u00e2q) naquit vers 1804 dans une famille chr\u00e9tienne maronite d\u2019Achkout (district du Kesrouan) au Mont Liban, alors \u00e9mirat sous suzerainet\u00e9 ottomane. Son fr\u00e8re Asaad, s\u2019\u00e9tant converti au protestantisme \u00e0 la suite de sa rencontre avec un missionnaire, fut emprisonn\u00e9 sur ordre du patriarche Youssouf Hobeiche dans des conditions \u00e9pouvantables qui furent la cause de sa mort pr\u00e9matur\u00e9e en 1830. A la suite de ce drame, Far\u00e8s, qui allait garder toute sa vie une haine tenace pour le clerg\u00e9, quitta son pays, se rendit en Egypte o\u00f9 il semble avoir contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019Al Waq\u00e2\u2019i al Masriyya, premier journal du monde arabe fond\u00e9 en 1828 par M\u00e9h\u00e9met Ali Pacha, et aurait suivi quelques cours \u00e0 la mosqu\u00e9e-universit\u00e9 d\u2019El Azhar. Du Caire, il se rendit \u00e0 Malte o\u00f9 il fut engag\u00e9 par l\u2019imprimerie de la mission \u00e9vang\u00e9lique am\u00e9ricaine et y demeura plusieurs ann\u00e9es comme enseignant \u00e0 l\u2019institut protestant de Saint Julian et traducteur d\u2019ouvrages d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation \u00e0 destination du monde arabe. Sans doute est-ce \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019il se convertit au protestantisme. Puis il partit pour l\u2019Angleterre o\u00f9 il aurait peut-\u00eatre obtenu la nationalit\u00e9 britannique.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Muustapha-Kaznadar1.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>De l\u00e0, il effectua plusieurs s\u00e9jours \u00e0 Paris, d\u00e9couvrant des aspects de la vie politique et litt\u00e9raire fran\u00e7aise.\u00a0 Il est possible que ce soit \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un de ses voyages qu\u2019il rencontra\u00a0 Ahmed Pacha Bey de Tunis, en visite en France en 1846.\u00a0 Ce que l\u2019on sait avec certitude c\u2019est que Chidyaq, ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une aide financi\u00e8re du prince, \u00e9crivit un po\u00e8me \u00e0 sa gloire. Le caract\u00e8re quasi sacril\u00e8ge de ce dithyrambe aurait, dit-on, pouss\u00e9 le prince \u00e0 donner l\u2019ordre de le dissimuler. Il a \u00e9t\u00e9 n\u00e9anmoins traduit en fran\u00e7ais et publi\u00e9 en 1851 \u00e0 Paris par l\u2019arabisant Gustave Dugat.\u00a0 Pour r\u00e9compenser Chidayq, le bey l\u2019invita \u00e0 Tunis o\u00f9, accompagn\u00e9 de sa famille, il s\u00e9journa pendant deux mois (fin 1846-d\u00e9but 1847) aux frais de l\u2019Etat. En 1848, il est de retour en Grande-Bretagne et, \u00e0 l\u2019invitation de l\u2019orientaliste Samuel Lee, participe\u00e0 Cambridge \u00e0 la traduction de la Bible en arabe, command\u00e9e par la Society for Promoting Christian Knowledge. En 1857, \u00e0 la demande de l\u2019Etat beylical ou peut-\u00eatre de sa propre initiative, il effectue un deuxi\u00e8me s\u00e9jour \u00e0 Tunis.\u00a0<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Poeme(1).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>En 1860, toujours pr\u00e9sent \u00e0 Tunis, il crut qu\u2019on lui confierait la responsabilit\u00e9 de l\u2019imprimerie et d\u2019Al R\u00e2\u2019id al T\u00fbnis\u00ee, le premier journal tunisien cr\u00e9\u00e9 cette ann\u00e9e-l\u00e0. Mais finalement, il dut se contenter d\u2019un travail administratif et de r\u00e9daction. Il n\u2019est pas impossible qu\u2019il f\u00fbt une victime collat\u00e9rale de la comp\u00e9tition entre les consuls europ\u00e9ens \u00e0 Tunis et que, une fois de plus, le repr\u00e9sentant de la France pr\u00eet le dessus. En effet, la cr\u00e9ation d\u2019une imprimerie gouvernementale \u00e0 Tunis fut d\u2019abord confi\u00e9e, selon les termes du d\u00e9cret beylical du 18 juillet 1860, \u00e0 un homme d\u2019affaires britannique du nom de Richard Holt. Et il n\u2019est pas exclu de penser que le consul d\u2019Angleterre, Richard Wood, lui aussi d\u2019origine levantine, ait recommand\u00e9 au Bey, Far\u00e8s Chidyaq, pr\u00e9sum\u00e9 naturalis\u00e9 britannique, et cherch\u00e9 par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 renforcer l\u2019influence de son pays dans la R\u00e9gence.\u00a0 Son homologue L\u00e9on Roches, consul de France, ne resta certainement pas les bras crois\u00e9s puisque quelque temps plus tard, l\u2019agr\u00e9ment beylical fut retir\u00e9 \u00e0 R. Holt.\u00a0 D\u2019ailleurs, les aspects techniques de l\u2019imprimerie et la formation des typographes avaient \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s d\u00e8s 1858-59 \u00e0 un Fran\u00e7ais du nom d\u2019Auguste Garbeiron, et en 1860, la r\u00e9daction du journal Al R\u00e2\u2019id \u00e9chut \u00e0 Pascal-Vincent Carletti (1822-1892). Cet arabisant, connu \u00e0 Tunis sous le nom de Mansour Carletti, d\u2019origine italienne, semble-t-il, et n\u00e9 \u00e0 Chypre, s\u2019\u00e9tait \u00e9tabli en France o\u00f9 il avait lanc\u00e9 \u00e0 Marseille \u2018Ut\u00e2rid , un bimensuel arabe qui, faute de moyens financiers, eut une existence \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.\u00a0 Mansour connaissait Chidyaq puisque, selon l\u2019historien Alain Messaoudi, il avait \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 ce projet.\u00a0 Autour de l\u2019ann\u00e9e 1859, ils sont tous les deux \u00e0 Tunis, mais Carletti, outre l\u2019appui consulaire, pr\u00e9sentait l\u2019avantage de ma\u00eetriser tout autant l\u2019arabe que le fran\u00e7ais.\u00a0<\/p>\n<p>Ce qui \u00e9tait un atout consid\u00e9rable car d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cette langue \u00e9tait l\u2019instrument de l\u2019\u00e9lite tunisienne pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la culture europ\u00e9enne. Cela contribua sans doute \u00e0 la marginalisation du Levantin.\u00a0 Dans son travail de r\u00e9daction, Mansour \u00e9tait entour\u00e9 de lettr\u00e9s tunisiens tels le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te Mahmoud Qabadou, premier \u00e9ditorialiste du R\u00e2\u2019id, et Mustafa L\u00e2z Oghl\u00ee et son fils Hassan, auteur du premier almanach tunisien.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Livre(9).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Toute cette institution \u00e9tait plac\u00e9e sous la pr\u00e9sidence du g\u00e9n\u00e9ral Husse\u00efn, dignitaire mamelouk, pr\u00e9sident du Conseil municipal et figure \u00e9minente du courant r\u00e9formiste. Toutefois, Far\u00e8s Chidyaq continuait de b\u00e9n\u00e9ficier des largesses de Sadok Pacha Bey lui-m\u00eame et de son Premier ministre Mustapha Khaznadar. C\u2019est notamment sur instruction de ce dernier que furent publi\u00e9s \u00e0 l\u2019imprimerie tunisienne et aux frais du gouvernement deux ouvrages fondamentaux de Far\u00e8s : un r\u00e9cit de voyage sur Malte (al W\u00e2sita il\u00e2\u00a0 ma\u2019rifati Malta) et un livre sur les sciences et techniques de l\u2019Europe, paru d\u2019abord en feuilleton dans le journal Al R\u00e2\u2019id et intitul\u00e9 Kachf al mukhaba\u2019 \u2018an fun\u00fbn Ur\u00fbbba, publi\u00e9, nous disent les historiens Julie S. Meisami et Paul Starkey, \u00e0 la demande du Bey. Son fils Salim-Far\u00e8s\u00a0 obtint lui aussi aide et assistance du pouvoir beylical puis un poste d\u2019interpr\u00e8te au d\u00e9partement des Affaires \u00e9trang\u00e8res jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9part pour Constantinople puis l\u2019Angleterre o\u00f9 il publiera un journal en langue arabe. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque, plus pr\u00e9cis\u00e9ment en 1860, que Chidyaq se convertit \u00e0 l\u2019islam et adopte le pr\u00e9nom Ahmed en souvenir de son premier bienfaiteur Ahmed Pacha. En 1861, il se fixe \u00e0 Constantinople o\u00f9, avec l\u2019appui du gouvernement imp\u00e9rial mais aussi du Bey de Tunis et du Kh\u00e9dive, il fonde le journal Al Jaw\u00e2\u2019ib, avec pour programme d\u00e9fendre la cause ottomane et faire conna\u00eetre les r\u00e9formes en Turquie mais aussi en Egypte et en Tunisie.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ahmed-BAcha-Bey.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Il meurt \u00e0 Constantinople en septembre 1887, laissant une \u0153uvre marquante qui s\u2019inscrit tout \u00e0 fait dans l\u2019esprit de la renaissance intellectuelle arabe du XIXe si\u00e8cle.\u00a0 Elle r\u00e9pondait \u00e0 l\u2019attente du milieu r\u00e9formiste tunisien conduit par le dignitaire politique Kh\u00e9r\u00e9dine mais aussi des oul\u00e9mas comme Salem Bouhageb, Bayram V, Ahmed El Ouarttani et Mohamed Senoussi. A son tour, il rendit hommage \u00e0 la Tunisie et contribua \u00e0 faire conna\u00eetre ses efforts r\u00e9formistes \u00e0 une opinion orientale cantonn\u00e9e jusque-l\u00e0 dans une ignorance assez d\u00e9daigneuse des choses du Maghreb. Al S\u00e2q\u2018ala al s\u00e2q f\u00eem\u00e2 huwa al F\u00e2riy\u00e2q, son ouvrage majeur publi\u00e9 \u00e0 Paris en 1855, \u00e0 la fois autobiographie masqu\u00e9e (le h\u00e9ros qu\u2019il nomme Al F\u00e2riy\u00e2q est en fait une contraction de [F\u00e2r]is et Chid[iy\u00e2q]), et r\u00e9cit de voyage et d\u2019aventures rocambolesques, est consid\u00e9r\u00e9 par les historiens comme la premi\u00e8re prose moderne en langue arabe.<br \/>Grammairien et lexicographe, Chidyaq milita pour la modernisation de l\u2019arabe et, comme tous les intellectuels du mouvement de la Nahdha du XIXe si\u00e8cle, d\u00e9fendit la capacit\u00e9 de cette langue \u00e0 se renouveler pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis du modernisme dans la pens\u00e9e, les sciences et les techniques. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu en Egypte, \u00e0 Malte, en Grande-Bretagne, en France, en Tunisie et en Turquie, chang\u00e9 deux fois de religion et bien connu la civilisation europ\u00e9enne, il revint finalement dans le giron ottoman et resta fid\u00e8le \u00e0 son arabit\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence de son compatriote Rocha\u00efd Dahdah qui choisira d\u00e9finitivement la France.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Le-comte-Rocha\u00efd-Joseph-Dahdah.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Rocha\u00efd Dahdah (n\u00e9 Ruchayd Al Dahd\u00e2h, connu aussi sous le nom de Rocha\u00efd-Joseph Dahdah) naquit vers 1814 dans une famille maronite d\u2019Aramoun, village du m\u00eame district\u00a0 que le Achkout de Chidyaq au Mont Liban. Il quitta sa patrie, tr\u00e8s probablement \u00e0 la suite de la r\u00e9volte paysanne de1858, et se r\u00e9fugia en France o\u00f9 il se fit n\u00e9gociant. En 1859, paraissait le premier journal parisien de langue arabe, Birj\u00ees B\u00e2ris (l\u2019Aigle de Paris) \u00ab qui avait d\u2019abord, souligne l\u2019historienne Oph\u00e9lie Arrou\u00e8s-Ben Selma, vocation \u00e0 diffuser le message civilisateur de la France et, \u00e0 partir de 1860, la d\u00e9fense des chr\u00e9tiens d\u2019Orient contre l\u2019Empire ottoman \u00bb. Son fondateur, l\u2019abb\u00e9 Fran\u00e7ois Bourgade, missionnaire rentr\u00e9 depuis peu de Tunis o\u00f9 il avait cr\u00e9\u00e9 un h\u00f4pital, une \u00e9cole chr\u00e9tienne et m\u00eame une imprimerie, fit appel \u00e0 des r\u00e9dacteurs arabophones, le Tunisien Slimane Al Har\u00e2\u00efr\u00ee et Rocha\u00efd Dahdah. C\u2019est ce m\u00eame Fran\u00e7ois Bourgade qui tr\u00e8s probablement avait recommand\u00e9 ce dernier \u00e0 ses amis de Tunis ; de sorte que Rocha\u00efd, arriv\u00e9 dans la R\u00e9gence au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1863, fut rapidement int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019administration beylicale o\u00f9 il r\u00e9ussit \u00e0 gagner la confiance du Premier ministre Mustapha Khaznadar. L\u2019Etat, en proie \u00e0 des difficult\u00e9s financi\u00e8res \u00e9normes, cherchait alors d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 emprunter aupr\u00e8s des banquiers d\u2019Europe.<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Fran\u00e7ois.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Dahdah proposa au gouvernement ses services comme interm\u00e9diaire. Multipliant les allers et retours entre Paris et Tunis, il r\u00e9ussit \u00e0 constituer un r\u00e9seau influent et fit la preuve de son efficacit\u00e9 en obtenant pour l\u2019Etat tunisien des cr\u00e9dits, des rachats d\u2019obligations (on dirait aujourd\u2019hui des fonds vautours) ou des reports d\u2019\u00e9ch\u00e9ance de paiement.\u00a0 Il n\u2019oubliait toutefois pas ses int\u00e9r\u00eats et se retrouva souvent dans des syndicats de banquiers qui pr\u00eataient au bey \u00abau nom duquel, s\u2019offusque Jean Ganiage, Dahdah empruntait ! \u00bb A l\u2019origine interm\u00e9diaire cens\u00e9 d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de l\u2019Etat beylical, il finit donc par passer du c\u00f4t\u00e9 des financiers pr\u00eateurs, notamment Fr\u00e9deric Emile Erlanger (p\u00e8re du baron Rodolphe, bien connu des Tunisiens), banquier originaire de Francfort et install\u00e9 \u00e0 Paris et le Comptoir d\u2019Escompte (anc\u00eatre de l\u2019actuelle BNP Paribas).<\/p>\n<p class=\"c3\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ra\u00efd-Rasmi.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>En 1868, il d\u00e9tenait, en compagnie de ces banquiers, la plus grande partie des obligations tunisiennes. Il n\u2019oubliait pas de rendre service \u00e0 son mandant, le Premier ministre Mustapha Khaznadar. J.Ganiage nous apprend ainsi qu\u2019une association avait \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e en 1865 par le vizir et Erlanger avec Rocha\u00efd comme \u00abcontr\u00f4leur\u00bb. Toutefois, les compromissions politiques n\u2019\u00e9taient pas l\u2019exclusivit\u00e9 de Tunis.\u00a0 C\u2019est ainsi qu\u2019existait \u00e0 Paris une \u00abcoterie tunisienne \u00bb du Quai d\u2019Orsay; et il n\u2019est pas jusqu\u2019au ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res\u00a0 Edouard Drouyn de Lhuys, r\u00e9put\u00e9 inflexible, qui ne se soit compromis avec Dahdah et Erlanger. Le prince Napol\u00e9on, cousin de l\u2019Empereur, aurait \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9 lui aussi, selon certaines d\u00e9p\u00eaches consulaires, \u00e0 des affaires financi\u00e8res relatives \u00e0 la R\u00e9gence de Tunis.<\/p>\n<p>Homme d\u2019affaires aux redoutables talents, Dahdah fit tant et si bien qu\u2019en 1868 il d\u00e9tenait, en compagnie de deux financiers, la plus grande partie des obligations tunisiennes. Pour couronner le tout, lors de la chute du vizir Khaznadar, survenue en octobre 1873, Rocha\u00efd Dahdah et ses associ\u00e9s Ha\u00ef Sebag et un Lumbroso s\u2019appropri\u00e8rent sa fortune mobili\u00e8re dont ils \u00e9taient cens\u00e9s avoir la garde \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Devenu Fran\u00e7ais d\u00e8s ao\u00fbt 1863, Rocha\u00efd, v\u00e9ritable personnage balzacien, souhaitait r\u00e9ussir son int\u00e9gration d\u00e9finitive \u00e0 la haute soci\u00e9t\u00e9 parisienne. Il y r\u00e9ussit en obtenant, par le truchement de son fr\u00e8re archev\u00eaque de Damas, le titre pontifical de comte par Pie IX, puis en mariant ses enfants au sein de l\u2019aristocratie, et enfin en investissant une grande partie de sa fortune dans l\u2019urbanisation et l\u2019am\u00e9nagement de Dinard sur la c\u00f4te bretonne, dont il fit une station baln\u00e9aire courue. Toutefois, l\u2019homme n\u2019\u00e9tait pas int\u00e9ress\u00e9 que par les affaires. Nous avons vu qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 journaliste au Birj\u00ees B\u00e2r\u00ees.\u00a0 Il fut aussi l\u2019auteur d\u2019ouvrages litt\u00e9raires en arabe et le possesseur d\u2019une riche collection de manuscrits pr\u00e9cieux; passion qui \u00e9tait comme un t\u00e9moignage de reconnaissance \u00e0 son Orient natal et \u00e0 la civilisation arabe. Par contre, il ne fit rien pour la malheureuse Tunisie \u00e0 laquelle pourtant il devait sa r\u00e9ussite. Il mourut \u00e0 Paris en mai 1889.<\/p>\n<p>Ainsi, Chidyaq et Dahdah peuvent-ils \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des personnages embl\u00e9matiques d\u2019une \u00e9poque durant laquelle la R\u00e9gence de Tunis, comme l\u2019ensemble du monde arabo-musulman, cherchait \u00e0 comprendre la modernit\u00e9 et \u00e0 l\u2019adopter, en m\u00eame temps qu\u2019elle se d\u00e9battait dans une crise financi\u00e8re galopante qui aggravait sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des capitaux \u00e9trangers et mettait sa souverainet\u00e9 \u00e0 la merci des puissances europ\u00e9ennes. Ahmed Far\u00e8s Chidyaq avait le profil du lettr\u00e9, certes aventurier cosmopolite mais conscient de l\u2019urgence d\u2019un renouveau de la culture arabe, il \u0153uvra dans ce sens, comme \u00e9crivain et comme directeur de journal.\u00a0 A Tunis puis \u00e0 Istanbul, il ne m\u00e9nagea pas ses efforts pour contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un esprit moderniste. Rocha\u00efd-Joseph Dahdah, ayant quitt\u00e9 lui aussi son pays natal, alla tenter sa chance en France puis \u00e0 Tunis o\u00f9 il gagna la confiance du gouvernement puis de nouveau \u00e0 Paris o\u00f9 il fit fortune gr\u00e2ce \u00e0 son r\u00f4le de premi\u00e8re importance dans les affaires financi\u00e8res dans lesquelles \u00e9tait emp\u00eatr\u00e9 l\u2019Etat beylical.\u00a0 En tout \u00e9tat de cause, lorsque l\u2019un et l\u2019autre moururent, la Tunisie, \u00e0 laquelle leur destin avait \u00e9t\u00e9 li\u00e9, \u00e9tait tomb\u00e9e sous la domination de la France.<\/p>\n<p>Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du protectorat, une autre page des relations entre Tunis et le Levant s\u2019ouvrit. Selon des itin\u00e9raires certes moins romanesques mais utiles \u00e0 l\u2019administration, d\u2019autres Syro-Libanais de confession maronite arriv\u00e8rent \u00e0 Tunis, en qualit\u00e9 de fonctionnaires interpr\u00e8tes pour la plupart. Au sein de cette petite communaut\u00e9, on rel\u00e8ve les noms de Noom\u00e2n et Hassan Khoury, Farajallah Kam\u00eed et surtout de Daoud Ammoun (1867-1922), homme politique, juriste et po\u00e8te qui allait pr\u00e9sider plus tard la d\u00e9l\u00e9gation libanaise \u00e0 la Conf\u00e9rence de la paix et, de 1920 \u00e0 1922, la premi\u00e8re Assembl\u00e9e du Liban.\u00a0 Comme \u00e0 travers l\u2019exemple de l\u2019\u00e9pisode tunisois de Chidyaq, le s\u00e9jour de ces Libanais contribua \u00e0 entretenir les liens entre les \u00e9lites tunisiennes et du Proche-Orient. En raison essentiellement des circonstances d\u00e9favorables et souvent tragiques qui n\u2019ont cess\u00e9 de marquer le monde arabe contemporain, ces liens ne furent malheureusement pas exploit\u00e9s au profit d\u2019un mouvement intellectuel transversal qui aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019un grand profit pour l\u2019essor d\u2019une pens\u00e9e novatrice commune au Machrek et au Maghreb.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31777-deux-levantins-a-tunis-fares-chidyaq-et-rochaid-dahdah\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mohamed-El Aziz Ben Achour &#8211; Dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la Tunisie pr\u00e9sentait en quelque sorte deux facettes: la volont\u00e9 r\u00e9formiste et son r\u00f4le dans le mouvement de renaissance arabe, et les difficult\u00e9s financi\u00e8res et leur cort\u00e8ge de surendettement, de spoliations et de tripotages de toutes sortes. Venus du Levant, deux personnages [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"\/uploads\/FCK_files\/Aziz-Ben-Achour(27).jpg","fifu_image_alt":"Deux Levantins \u00e0 Tunis: Far\u00e8s Chidyaq et Rocha\u00efd Dahdah","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-115571","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=115571"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115571\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=115571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=115571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=115571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}