{"id":115860,"date":"2021-04-29T17:20:33","date_gmt":"2021-04-29T21:20:33","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/gestion-du-foncier-au-burkina-il-faut-avoir-le-courage-et-la-volonte-politique-de-reculer-me-benewende-sankara\/"},"modified":"2021-04-29T17:20:33","modified_gmt":"2021-04-29T21:20:33","slug":"gestion-du-foncier-au-burkina-il-faut-avoir-le-courage-et-la-volonte-politique-de-reculer-me-benewende-sankara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/gestion-du-foncier-au-burkina-il-faut-avoir-le-courage-et-la-volonte-politique-de-reculer-me-benewende-sankara\/","title":{"rendered":"Gestion du foncier au Burkina : \u00ab\u00a0Il faut avoir le courage et la volont\u00e9 politique de reculer\u00a0\u00bb, Me B\u00e9n\u00e9wend\u00e9 Sankara"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/3-4.jpg\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"595\" height=\"397\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/3-4.jpg\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/3-4.jpg 595w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/3-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/3-4-150x100.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" alt=\"\" title=\"3\"\/><\/a><\/div>\n<p>Cadre de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, Me B\u00e9n\u00e9wend\u00e9 Stanislas Sankara a quitt\u00e9 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, depuis peu, pour rejoindre le gouvernement Dabir\u00e9 II, au sein duquel il occupe le portefeuille de ministre de l\u2019Habitat, de l\u2019Urbanisme et de la Ville. Cet homme politique averti et avocat r\u00e9put\u00e9 \u00e9tait la t\u00eate d\u2019affiche de notre rubrique \u00ab l\u2019invit\u00e9 de la r\u00e9daction \u00bb, le mardi 20 avril 2021. Durant deux heures d\u2019horloge, il a \u00e9voqu\u00e9, entre autres, ses ambitions \u00e0 la t\u00eate du d\u00e9partement et des questions d\u2019actualit\u00e9, tels le dossier Thomas Sankara et la r\u00e9conciliation nationale. Sans d\u00e9tour !<\/p>\n<figure id=\"attachment_34914\" aria-describedby=\"caption-attachment-34914\" class=\"wp-caption alignleft c1\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-34914 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/2-9-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/2-9-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/2-9-150x100.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/2-9.jpg 595w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\"\/><figcaption id=\"caption-attachment-34914\" class=\"wp-caption-text\">Les journalistes de la r\u00e9daction ont \u00ab cuisin\u00e9 \u00bb leur invit\u00e9 sur divers sujets.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Sidwaya (S) : Vous avez \u00e9t\u00e9 l\u2019un des farouches opposants au pr\u00e9sident Blaise Compaor\u00e9. L\u2019on s\u2019attendait \u00e0 ce que le peuple vous t\u00e9moigne sa gratitude \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2015. Mais cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. Comment expliquez-vous cette d\u00e9convenue ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B\u00e9n\u00e9wend\u00e9 Stanislas Sankara (B.S.S.) :<\/strong> Je n\u2019ai pas du tout connu de d\u00e9convenue. En politique, il n\u2019y a pas de gratitude. Le peuple ne cherche qu\u2019un messie pour le sauver et le conduire \u00e0 bon port. L\u2019insurrection populaire in\u00e9dite que nous avons connue a \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019une longue maturation qui, en r\u00e9alit\u00e9, est tributaire de notre histoire commune. Depuis que nos a\u00efeuls se sont battus pour cr\u00e9er la Haute-Volta, c\u2019est une longue marche dont l\u2019\u00e9pilogue s\u2019est transform\u00e9 en une insurrection qualifi\u00e9e de sankariste. Parce que cette insurrection est arriv\u00e9e \u00e0 un moment o\u00f9 notre peuple, dans toutes ses composantes, s\u2019identifiait au pr\u00e9sident Thomas Sankara. Etant le pr\u00e9sident d\u2019un parti sankariste, l\u2019UNIR\/PS, nous avons \u00e9t\u00e9 aux avant-postes de ce combat pour la r\u00e9habilitation judiciaire, politique et l\u2019image du pr\u00e9sident Sankara. Apr\u00e8s l\u2019insurrection, la convention sankariste m\u2019a port\u00e9 comme candidat des sankaristes aux \u00e9lections. Une chose est de se pr\u00e9senter \u00e0 des \u00e9lections, une autre est de pouvoir les gagner. Nous sommes all\u00e9s avec des fortunes diverses mais aussi avec un handicap qui \u00e9tait celui des contradictions internes au mouvement sankariste dans son ensemble. Il y a aussi ce facteur qui \u00e9tait que plus de 30 ans apr\u00e8s la R\u00e9volution d\u00e9mocratique et populaire, est-ce qu\u2019aujourd\u2019hui, les populations souhaitent vivre la gouvernance r\u00e9volutionnaire ou une gouvernance qui s\u2019inscrit dans les m\u00e9canismes de l\u2019Etat de droit tels que la Constitution de la IVe R\u00e9publique l\u2019a imagin\u00e9 ? Avec ces deux facteurs, il est ais\u00e9 de comprendre que de nos jours, les paradigmes politiques ont \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>S : Peut-on ajouter un 3e facteur qui est le fait que vous n\u2019ayez pas d\u00e9li\u00e9 le cordon de la bourse ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S. :<\/strong> (Rires) Si j\u2019en avais, j\u2019allais le faire parce que j\u2019y mets d\u00e9j\u00e0 mon c\u0153ur, mon \u00e2me, mon corps. J\u2019ai tout mis pour d\u00e9fendre mes convictions, mais parler de cordon de la bourse, je n\u2019en avais pas en dehors de ce qu\u2019on avait utilis\u00e9 pour la campagne. Or, aujourd\u2019hui, une campagne bourgeoise demande beaucoup de moyens financiers. On ne peut plus aller \u00e0 une campagne politique si vous n\u2019avez pas d\u2019argent. C\u2019est un handicap que je minimise au regard de l\u2019engagement de nos militants et des sacrifices que nous d\u00e9ployons pour la conqu\u00eate du pouvoir d\u2019Etat. Mais force est de constater que l\u2019engagement politique ne suffit pas tant que vous n\u2019avez pas les moyens financiers et logistiques pour battre campagne, d\u2019o\u00f9 la corruption \u00e9lectorale qui reste t\u00eatue.<\/p>\n<p><strong>S : Est-ce ce manque de moyens qui a fait qu\u2019en 2015, vous avez finalement rejoint la majorit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Non ! Pas du tout. En 2015, nous \u00e9tions 14 candidats. Apr\u00e8s la proclamation des r\u00e9sultats, le chef de file de l\u2019opposition de l\u2019\u00e9poque, Z\u00e9phirin Dabir\u00e9, a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 f\u00e9liciter le pr\u00e9sident nouvellement \u00e9lu, Roch Marc Christian Kabor\u00e9. Nous l\u2019avons suivi. Mais apr\u00e8s la proclamation des r\u00e9sultats, notamment ceux des \u00e9lections l\u00e9gislatives, le score du MPP ne lui permettait pas d\u2019avoir une majorit\u00e9 qualifi\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale pour avoir les coud\u00e9es franches et soutenir l\u2019action du pr\u00e9sident nouvellement \u00e9lu.<br \/>La premi\u00e8re personne qui nous a approch\u00e9 pour dire qu\u2019il fallait qu\u2019on travaille en tandem, c\u2019\u00e9tait feu Salifou Diallo. Il m\u2019a rencontr\u00e9 \u00e0 mon domicile et m\u2019a tenu \u00e0 peu pr\u00e8s ce langage : \u00ab nous avons tous \u00e9t\u00e9 dans la rue. Nous avons milit\u00e9 sur le terrain ensemble. Nous avons fait fuir le pr\u00e9sident Compaor\u00e9. Le MPP a pris le pouvoir d\u2019Etat. Nous avons eu de tr\u00e8s bons rapports dans le cadre du CFOP. Mais nous avons \u00e9t\u00e9 aux \u00e9lections de fa\u00e7on s\u00e9par\u00e9e. Vu cette situation, il faut que les camarades de l\u2019UNIR\/PS acceptent de soutenir le MPP \u00bb. Je lui ai dit pourquoi pas, ce d\u2019autant plus que le MPP est de la social-d\u00e9mocratie et il faudrait que nous travaillions \u00e0 un ancrage politique et id\u00e9ologique suffisant, dans la gestion du pouvoir d\u2019Etat pour soutenir l\u2019action du chef de l\u2019Etat. Sur-le- champ, je lui ai dit que dans les partis politiques, ce ne sont pas les pr\u00e9sidents seuls qui d\u00e9cident et que nous allions m\u00fbrir plus tard cette proposition dans les instances du parti.<br \/>C\u2019est ainsi que nous avons rencontr\u00e9 la direction du MPP dont le pr\u00e9sident \u00e9tait Roch Marc Christian Kabor\u00e9. Nous avons eu des \u00e9changes et nous nous sommes embarqu\u00e9s, pas sous forme d\u2019all\u00e9geance, mais d\u2019alliance qui devrait se faire sur la base d\u2019un accord politique \u00e9crit.<\/p>\n<p><strong>S : Aviez-vous pos\u00e9 des conditions particuli\u00e8res ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : La seule condition particuli\u00e8re \u00e9tait que le chef de l\u2019Etat, Roch Marc Christian Kabor\u00e9, puisse mener \u00e0 bien son mandat et le r\u00e9ussir avec brio au grand bonheur des Burkinab\u00e8. Ce, en tenant compte de la vision de l\u2019UNIR\/PS qui \u00e9tait qu\u2019il fallait une gouvernance vertueuse, mettre l\u2019accent sur le capital humain durable en travaillant \u00e0 la reconversion des mentalit\u00e9s afin que le Burkina Faso puisse enfin, apr\u00e8s l\u2019insurrection o\u00f9 on disait que plus rien ne sera comme avant, d\u00e9coller en s\u2019attaquant aux diff\u00e9rents maux qui minent notre soci\u00e9t\u00e9 pour avoir une bonne croissance, c\u2019est-\u00e0-dire un d\u00e9veloppement harmonieux.<\/p>\n<p><strong>S : Six ans apr\u00e8s, peut-on dire qu\u2019il y a une gouvernance vertueuse ?<\/strong><strong>B.S.S.<\/strong> : Si vous vous r\u00e9f\u00e9rez aux conclusions de notre dernier congr\u00e8s, nous avons justement fait un r\u00e9quisitoire pour dire que la gouvernance \u00e9tait toujours \u00e0 la traine. Nous avons pos\u00e9 ce diagnostic et demand\u00e9 qu\u2019il y ait une rupture dans la gouvernance.<\/p>\n<p><strong>S : Cette rupture s\u2019est-elle op\u00e9r\u00e9e ?<\/strong><br \/><strong>B.S.S.<\/strong> : La rupture ne s\u2019est pas encore op\u00e9r\u00e9e au regard de tous les signaux que nous avons. Mais avec le deuxi\u00e8me mandat, il y a des signaux suffisamment forts qui annoncent cette volont\u00e9 au plus haut sommet de l\u2019Etat de cr\u00e9er les conditions de la rupture.<\/p>\n<p><strong>S : En 2015, vous avez rejoint la majorit\u00e9. Certains de vos camarades politiques vous ont trait\u00e9 de tous les noms. Aujourd\u2019hui, beaucoup d\u2019entre eux sont avec vous. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : L\u2019histoire m\u2019a donn\u00e9 raison. C\u2019est tout.<\/p>\n<p><strong>S : L\u2019UPC vous a rejoint \u00e0 la majorit\u00e9. N\u2019y a-t-il pas de risque qu\u2019elle vous fasse ombrage ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S. :<\/strong> Non ! Le risque palpable, c\u2019est plut\u00f4t la centaine de partis politiques, toutes ob\u00e9diences confondues, que compte la majorit\u00e9 alors qu\u2019on ne peut pas g\u00e9rer un pouvoir d\u2019Etat dans tous les sens. Il faut forc\u00e9ment une orientation politique et m\u00eame id\u00e9ologique pour gouverner. Je rappelle que le MPP est un parti de gauche qui d\u00e9fend la social-d\u00e9mocratie. L\u2019UPC, je l\u2019ai connue sous la banni\u00e8re du lib\u00e9ralisme, m\u00eame si aujourd\u2019hui le pr\u00e9sident Z\u00e9phirin Diabr\u00e9 semble avoir \u00e9volu\u00e9 vers le social-lib\u00e9ralisme. Il revient certainement au parti leader qui est le MPP de pouvoir travailler \u00e0 mettre en coh\u00e9rence ces 100 partis derri\u00e8re le programme du chef de l\u2019Etat qui reste un programme tr\u00e8s ouvert mais qui s\u2019oriente beaucoup plus \u00e0 gauche avec l\u2019id\u00e9e de b\u00e2tir ensemble un Burkina Faso de d\u00e9mocratie v\u00e9ritable, donc de d\u00e9veloppement surtout endog\u00e8ne. Cette arriv\u00e9e massive de partis politiques pour soutenir le chef de l\u2019Etat n\u2019est pas mauvaise, mais ce qui serait mauvais c\u2019est de ne pas avoir l\u2019intelligence de mettre tout le monde sur l\u2019axe d\u2019orientation affich\u00e9e par le MPP et son candidat, parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu sur la base d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9, d\u2019un programme de gouvernement.<\/p>\n<p><strong>S : Parlant de l\u2019UPC, selon vous, un parti peut-il changer d\u2019id\u00e9ologie au gr\u00e9 des circonstances ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Je voudrais vous dire que le RDA au bord du Djoliba \u00e9tait communiste. Aujourd\u2019hui, il est le leader des partis lib\u00e9raux. A vous de juger.<\/p>\n<p><strong>S : Vous \u00eates \u00e0 la t\u00eate d\u2019un d\u00e9partement qui s\u2019occupe du foncier. C\u2019est un domaine assez complexe dans notre pays avec l\u2019accaparement des terres par les soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res notamment. Quel rem\u00e8de d\u00e9tenez-vous pour assainir le domaine foncier ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Si je vous dis que j\u2019ai un rem\u00e8de tout fait, c\u2019est vous mentir. Mon honneur et ma dignit\u00e9 m\u2019imposent de dire la v\u00e9rit\u00e9. D\u2019abord, je n\u2019ai pas fait \u00ab j\u2019ai l\u2019honneur \u00bb pour \u00eatre \u00e0 la t\u00eate du d\u00e9partement en charge de l\u2019habitat. N\u2019oubliez pas que je suis avocat de formation et j\u2019aime tr\u00e8s bien ce m\u00e9tier qui me permet aussi de gagner ma vie. Il a plu au chef de l\u2019Etat et au Premier ministre de m\u2019appeler \u00e0 la t\u00eate de ce d\u00e9partement pour me confier une mission. Comme un soldat, quand on vous confie une mission, quel que soit le p\u00e9ril, vous partez. Le jour o\u00f9 on m\u2019a notifi\u00e9 que je devais prendre ce d\u00e9partement, (je fais la confidence), je suis rentr\u00e9 triste chez moi. Mon \u00e9pouse m\u2019a demand\u00e9 : \u00ab mais qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 ? \u00bb. Parce qu\u2019elle savait que je partais \u00e0 Kosyam. J\u2019ai simplement dit qu\u2019on m\u2019a confi\u00e9 le d\u00e9partement de l\u2019urbanisme, de l\u2019habitat et de la ville. Elle s\u2019est \u00e9cri\u00e9e. Quoi, les non-lotis l\u00e0 ? J\u2019ai r\u00e9pondu oui ! Elle me demande : \u00ab qu\u2019est-ce que tu as dit ? J\u2019esp\u00e8re que tu as refus\u00e9 ! \u00bb (Rires)! Je lui ai dit que je suis d\u00e9sol\u00e9 mais j\u2019ai accept\u00e9.<br \/>J\u2019ai eu la chance d\u2019avoir des pr\u00e9d\u00e9cesseurs qui m\u2019ont tout de suite rassur\u00e9 de leur soutien. Le ministre Maurice Bonanet a pass\u00e9 son temps \u00e0 m\u2019expliquer les probl\u00e8mes du d\u00e9partement. J\u2019ai eu l\u2019occasion de rencontrer d\u2019autres pr\u00e9d\u00e9cesseurs dont les ministres Yacouba Barry, Joseph Kabor\u00e9, p\u00e8re du Grand Ouaga, Vincent Dabilgou, Ren\u00e9 Bagoro, etc. Il faut retenir que je ne suis ni urbaniste ni architecte \u00e0 la t\u00eate d\u2019un d\u00e9partement o\u00f9 on ne parle que de ciment et de calculs. J\u2019ai compris tout de suite que mon r\u00f4le, en tant qu\u2019acteur politique et juriste, c\u2019est essentiellement des r\u00e9sultats et rien que des r\u00e9sultats. Conform\u00e9ment \u00e0 ma lettre de mission, c\u2019est proc\u00e9der \u00e0 des r\u00e9formes profondes dans le secteur. C\u2019est pourquoi d\u00e8s le 9 f\u00e9vrier 2021, nous avons pris une circulaire pour arr\u00eater le traitement des dossiers li\u00e9s \u00e0 la promotion immobili\u00e8re, conform\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9claration de politique g\u00e9n\u00e9rale du Premier ministre qui disait en en substance qu\u2019il fallait prendre des mesures idoines, urgentes pour arr\u00eater les d\u00e9rives que l\u2019on constate dans le secteur du foncier. L\u2019Assembl\u00e9e nationale avait fait trois enqu\u00eates de taille. Une a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e sur le foncier et a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un passif \u00e9norme. Une autre sur les ma\u00eetrises d\u2019ouvrage d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es dont il est ressorti qu\u2019il y a des immeubles construits souvent sans poteaux, des ouvrages publics dont les toitures, d\u00e8s les premiers vents, s\u2019envolent. La troisi\u00e8me enqu\u00eate a concern\u00e9 les promoteurs immobiliers. Ces trois documents de la repr\u00e9sentation nationale tirent sur la sonnette d\u2019alarme sans compter les autres acteurs qui, aujourd\u2019hui, parlent de bombe sociale, voire de criminalit\u00e9 fonci\u00e8re, selon Dr Rassablga Ou\u00e9draogo. Mais, c\u2019est une mission que j\u2019ai accept\u00e9e avec cette confiance qui est que cette bombe, on peut la d\u00e9samorcer. Pour moi, le rem\u00e8de est simple, il faut avoir le courage et la volont\u00e9 politique de reculer. Il faut faire marche arri\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>S : Est-ce possible ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S. :<\/strong> C\u2019est possible ! C\u2019est \u00e0 ce niveau que nous tous allons d\u00e9samorcer cette bombe, corriger, rectifier le tir et avoir un nouveau d\u00e9part. Aujourd\u2019hui, on ne sait m\u00eame plus qui est propri\u00e9taire de la terre au Burkina. Je ne cherche pas les solutions sur la lune. Je regarde autour de nous comment les gens vivent. Nos a\u00efeux qui ont vers\u00e9 leur sang nous ont dot\u00e9s d\u2019un territoire qui est maintenant mat\u00e9rialis\u00e9. On nous a l\u00e9gu\u00e9 le Burkina Faso qui n\u2019est pas extensible. Mais la population s\u2019accro\u00eet. Nous avons 20 millions d\u2019habitants \u00e0 l\u2019interne et 10 millions \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Il faut g\u00e9rer cette superficie et la l\u00e9guer pour la post\u00e9rit\u00e9. C\u2019est le r\u00f4le des politiciens.<br \/>L\u2019accaparement de superficies, c\u2019est une triste r\u00e9alit\u00e9 ! Des domaines publics ont \u00e9t\u00e9 engloutis, des terrains de l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 parcell\u00e9s et revendus. Le ministre en charge de l\u2019administration territoriale, Cl\u00e9ment Sawadogo, a parl\u00e9 de mouton de Tabaski qu\u2019on d\u00e9p\u00e8ce. C\u2019est une triste r\u00e9alit\u00e9 !<br \/>Nous sommes en train de faire le bilan. Le premier rem\u00e8de, de mon point de vue, c\u2019est de prendre les mesures d\u2019urgence sugg\u00e9r\u00e9es par le chef du gouvernement. Nous venons de mettre en place un comit\u00e9 interminist\u00e9riel compos\u00e9 de repr\u00e9sentants de huit d\u00e9partements concern\u00e9s par le foncier. Il faut arriver d\u2019abord \u00e0 arr\u00eater le processus qui est en cours et qui favorise l\u2019accaparement des terres. Il faut clarifier \u00e9galement les activit\u00e9s des promoteurs immobiliers et celles de ceux qui veulent faire du foncier. Cela a \u00e9t\u00e9 une source de d\u00e9rives en permettant que l\u2019on fasse de la promotion immobili\u00e8re et\/ou fonci\u00e8re. Il faut arr\u00eater cela \u00e0 travers une r\u00e9vision \u00e0 minima de la loi en attendant les r\u00e9formes en profondeur.<\/p>\n<p><strong>S : Vu les enjeux, on se trouverait comme dans une situation de cancer en phase terminale. Est-ce qu\u2019on peut changer la donne en mati\u00e8re de politique fonci\u00e8re ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Vous savez que je ne suis pas chirurgien ! Mais si vous ne savez pas faire de la chimio pour traiter le cancer, il faut couper l\u2019organe atteint. Mais ici, la situation n\u2019est pas encore canc\u00e9rig\u00e8ne. Je suis tr\u00e8s optimiste. Je veux rassurer les Burkinab\u00e8. C\u2019est vrai, il y a eu des d\u00e9rives des plus monstrueuses. Le d\u00e9partement de l\u2019urbanisme, de l\u2019habitat et de la ville ne repr\u00e9sente m\u00eame pas 1% du budget. C\u2019est le minist\u00e8re qui fait le plus de profit en termes de milliards de francs CFA par ricochet. Aujourd\u2019hui, les milliardaires, ceux qui s\u2019enrichissent, c\u2019est sur l\u2019exploitation de la terre. Faites les statistiques, vous allez voir que c\u2019est le domaine le plus porteur. C\u2019est pourquoi tout le monde y accourt et on demande l\u2019accompagnement de l\u2019Etat qui d\u00e9veloppe des politiques en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement, de viabilisation d\u2019infrastructures, de promotion immobili\u00e8re. Quand je rencontre les promoteurs immobiliers, je leur dis : on ne cr\u00e9e pas une soci\u00e9t\u00e9 pour faire du social, des affaires. Vous n\u2019\u00eates pas l\u00e0 parce que vous aimez les populations. Vous aimez l\u2019argent. Vous voulez faire du profit. Soyons clairs ! Quand on cr\u00e9e une soci\u00e9t\u00e9, on va en banque, on s\u2019endette, on demande \u00e0 l\u2019Etat des superficies pour lotir ou pour construire, c\u2019est pour avoir, in fine, un profit. Mais, vous, vous vous enrichissez dans le social. Et c\u2019est en ce moment que l\u2019Etat commence \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 vous parce que le social, c\u2019est l\u2019Etat qui doit travailler \u00e0 ce que les populations pauvres puissent profiter de vos investissements. Tous les jours, je re\u00e7ois des investisseurs dans le cadre du projet 40 000 logements. Il y en a qui viennent pour dire : nous avons tant de milliards, on va faire tant de villas pour vous. On va faire ci, on va faire \u00e7a. A terme, c\u2019est le b\u00e9n\u00e9ficiaire qui doit gagner. C\u2019est-\u00e0-dire, celui qui a besoin d\u2019un toit et la politique du pr\u00e9sident Roch Marc Christian Kabor\u00e9 en mati\u00e8re de logement, c\u2019est \u00ab l\u2019acc\u00e8s au logement d\u00e9cent pour tous \u00bb. C\u2019est \u00e7a l\u2019objectif. Pour revenir \u00e0 votre pr\u00e9occupation, je pr\u00e9cise que quand un probl\u00e8me est pos\u00e9, je ne l\u2019appelle plus probl\u00e8me car il y a toujours une solution. Et c\u2019est ce que nous sommes en train de faire. On a d\u00e9j\u00e0, \u00e0 travers les enqu\u00eates et les leaders d\u2019opinion, mis le doigt sur le probl\u00e8me. C\u2019est pourquoi je disais qu\u2019il faut reculer parce qu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9 de route.<\/p>\n<p><strong>S : Quand vous parlez de faire marche arri\u00e8re, vous faites allusion \u00e0 quoi exactement ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Par exemple, il faut que, comme on l\u2019avait dit dans la R\u00e9forme agraire et fonci\u00e8re (RAF), la terre revienne \u00e0 l\u2019Etat. Point barre !<\/p>\n<p><strong>S : Vous avez parl\u00e9 de la mise en place d\u2019un comit\u00e9 interminist\u00e9riel. Qu\u2019est-ce que ce comit\u00e9 apportera de plus par rapport \u00e0 la commission d\u2019enqu\u00eate parlementaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Ce n\u2019est pas le m\u00eame but. Le travail parlementaire, c\u2019est le diagnostic. N\u2019oubliez pas que j\u2019ai fait 20 ans de travail parlementaire. Donc, les d\u00e9put\u00e9s dans leurs pr\u00e9rogatives contr\u00f4lent l\u2019action gouvernementale. Ils nous envoient les recommandations. Nous, nous les approprions pour les internaliser dans notre feuille de route. Si vous vous souvenez, j\u2019ai rencontr\u00e9 le pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale dans ce sens. Le comit\u00e9 que nous venons de mettre en place a pour lettre de mission de proposer des actions<br \/>urgentes et fortes pour qu\u2019on puisse maintenant travailler \u00e0 r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations de l\u2019Assembl\u00e9e.<br \/>Par exemple, apurer le passif.<br \/>Aujourd\u2019hui, on a un probl\u00e8me de contr\u00f4le du b\u00e2ti. Tout derni\u00e8rement, nous sommes all\u00e9s arr\u00eater la construction d\u2019un immeuble qui ne respecte pas les cahiers des charges. Pr\u00e9sentement, nous sommes dans la zone de l\u2019a\u00e9roport de Donsin pour faire le bilan de l\u2019accaparement des superficies qui compromettent m\u00eame cet a\u00e9roport. Et il y en a un peu partout. Il y a bien s\u00fbr, ce que vous nous livrez tous les jours comme conflits.<br \/>Le HCRUN a recens\u00e9 1 700 conflits fonciers. Donc le comit\u00e9, en 21 jours, doit proposer des mesures fortes \u00e0 prendre ici et maintenant et en fonction de cela, nous irons d\u2019abord en Conseil des ministres et prendre les d\u00e9cisions qui seront port\u00e9es \u00e0 votre connaissance.<\/p>\n<p><strong>S : Est-ce qu\u2019on a besoin de mesures profondes ou urgentes ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : On a besoin d\u2019abord de mesures urgentes pour arr\u00eater le massacre. Je vous donne l\u2019exemple de ce que les promoteurs immobiliers ont dit \u00e0 la conf\u00e9rence de presse \u00e0 la suite de ma lettre circulaire. Ils ont dit que la lettre circulaire ne les emp\u00eache pas de travailler. Ce qui est vrai ! Je les ai re\u00e7us plusieurs fois et je leur ai dit qu\u2019ils peuvent aller travailler. Mais quand leurs dossiers arriveront sur mon bureau, je ne vais pas les traiter. Les maires qui sont malins et intelligents ont pris des notes pour dire, dans la mesure o\u00f9 m\u00eame si nous continuons \u00e0 faire du lotissement \u00e0 but de promotion immobili\u00e8re, le minist\u00e8re ne va pas traiter le dossier, autant ne pas en faire. Ce qui est logique. Il faut savoir lire entre les lignes.<\/p>\n<p><strong>S : Concernant la marche arri\u00e8re que vous avez pr\u00e9conis\u00e9e, est-ce \u00e0 dire qu\u2019il faut revenir \u00e0 la politique de Thomas Sankara qui \u00e9tait bas\u00e9e sur la justice et l\u2019\u00e9quit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Tout \u00e0 fait ! C\u2019est l\u2019objectif final, mais on ne le fera pas avec les m\u00e9thodes de Thomas Sankara. En fait, il faut que les Burkinab\u00e8 comprennent que le pr\u00e9sident Thomas Sankara avait le pouvoir d\u2019Etat. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire. Par exemple, si c\u2019\u00e9tait un r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire aujourd\u2019hui, il y aurait le fait du prince ! On dit qu\u2019on arr\u00eate et on arr\u00eate au nom de l\u2019\u00e9quit\u00e9 et de la justice! Mais, nous sommes en d\u00e9mocratie. Et dans la d\u00e9mocratie bourgeoise, tout doit se faire de fa\u00e7on inclusive, participative en mettant les gens face \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 r\u00e9publicaine. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 nous avons la loi pour l\u2019appliquer. Certains ont reconnu qu\u2019ils ont contourn\u00e9 cette loi parce qu\u2019ils voulaient faire vite. Mais si vous faites vite en contournant la loi, c\u2019est \u00e0 vos risques et p\u00e9rils. On dit que nul n\u2019est cens\u00e9 ignorer la loi. Autrement dit, les textes de loi que nous avons ont souvent \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bien faits sauf qu\u2019il y a une grande inflation l\u00e9gislative. A partir de la RAF, on a tellement d\u00e9vi\u00e9 qu\u2019on a cr\u00e9\u00e9 plus d\u2019une dizaine d\u2019autres lois qui interviennent dans le domaine foncier.<br \/>Et souvent, ces lois se contredisent ou sont interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 la t\u00eate du client. Chacun les interpr\u00e8te comme il veut et pose des actes. Cela nous a cr\u00e9\u00e9 cette situation qui recommande que l\u2019on revienne \u00e0 une refonte de tous ces textes pour avoir d\u00e9sormais un code domanial par exemple qui va \u00eatre la base d\u2019un nouveau d\u00e9part. On doit situer toutes les responsabilit\u00e9s et r\u00e9gler le probl\u00e8me une fois pour toute.<\/p>\n<p><strong>S : On voit que vous \u00eates bien engag\u00e9. N\u2019avez-vous pas peur de vous buter contre les soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res qui brassent des milliards ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Non ! Je dis niet. Je ne me buterai pas contre les soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res. Pour autant que la loi sera avec moi, je ne peux pas me buter \u00e0 quoi que ce soit. Je pense que c\u2019est plut\u00f4t l\u2019inverse. Ces soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res dont vous parlez doivent se buter \u00e0 la loi. D\u2019ailleurs, je fais une confidence pour vos lecteurs. Nous avons aujourd\u2019hui 275 agr\u00e9ments. C\u2019est une flop\u00e9e! Mais, il n\u2019y a pas une vingtaine de d\u00e9tenteurs d\u2019agr\u00e9ments qui font de la promotion immobili\u00e8re. Le reste, ce sont des d\u00e9marcheurs. Quelque part \u00e0 Ouagadougou, dans les encablures, il me semble que des d\u00e9marcheurs de soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res se sont poignard\u00e9s parce que sur le terrain, c\u2019est \u00e0 qui mieux mieux pour arracher le plus possible de surfaces et le plus rapidement. Certains promoteurs nous disent que les vrais promoteurs trouvent leur compte dans la clarification de la situation. Aujourd\u2019hui, le travail que nous sommes en train de faire pour remettre les choses sur les rails favorise en r\u00e9alit\u00e9 les promoteurs qui travaillent et qui veulent investir parce que souvent ces gens ont l\u2019argent mais n\u2019ont pas la terre. Les autres prennent les terres pour sp\u00e9culer. Du coup, c\u2019est une situation qui vient assainir le secteur au profit de ceux qui sont dans la l\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>S : Parlant justement des soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res, certains disent que votre mesure de suspension de leurs activit\u00e9s est populiste. Que leur r\u00e9pondez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : (Rires !) Je ne sais pas ce que \u00ab populiste \u00bb veut dire. A moins de me clarifier ce terme pour que je puisse r\u00e9pondre.<\/p>\n<p><strong>S : Avez-vous pris la d\u00e9cision pour faire plaisir \u00e0 certaines personnes ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Mais en attendant, la mesure s\u2019applique, avec des effets. Et le deuxi\u00e8me pas qui est fait, c\u2019est ce comit\u00e9 qu\u2019on vient d\u2019installer et qui va d\u00e9poser ses conclusions. Peut-\u00eatre que cela va aller dans le sens de renforcer ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 pris comme circulaire ou m\u00eame aller au-del\u00e0. Parce qu\u2019il s\u2019agit de prendre des mesures urgentes et fortes. Et je viens de vous dire qu\u2019on peut demander un amendement \u00e0 minima de la loi pour s\u00e9parer les deux activit\u00e9s (le foncier et la promotion immobili\u00e8re) en cr\u00e9ant de nouvelles conditions d\u2019octroi de l\u2019agr\u00e9ment. C\u2019est une mesure urgente qu\u2019il va falloir prendre. Donc, ce n\u2019est pas un coup d\u2019\u00e9clat. Si c\u2019est \u00e7a que vous appelez populisme, je ne sais pas, mais ceux qui sont aujourd\u2019hui frapp\u00e9s ne parleront pas de populisme.<\/p>\n<p><strong>S : Est-ce qu\u2019il sera possible de restructurer les quartiers non lotis ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : D\u2019abord, c\u2019est un processus qui tient sur le mandat pr\u00e9sidentiel de cinq ans. Quand on prend l\u2019exemple de Djikof\u00e8 (NDLR : quartier p\u00e9riph\u00e9rique), \u00e7a va co\u00fbter la bagatelle de cent milliards FCFA. Uniquement Djik\u00f4f\u00e8 o\u00f9 vous avez 61 000 habitants sur une superficie de 60 ha avec une concentration humaine pas possible. Nous voulons r\u00e9sorber ce quartier pr\u00e9caire et en faire un exemple pour les autres. Seulement, c\u2019est tr\u00e8s co\u00fbteux. Voil\u00e0 pourquoi il faut avoir une politique de mobilisation des ressources qui implique les bailleurs de fonds mais aussi, une fois de plus, nous allons r\u00e9unir les promoteurs immobiliers s\u00e9rieux. Parce que dans la politique du logement \u00e0 Djik\u00f4f\u00e8, m\u00eame les personnes indigentes auront droit \u00e0 un lopin de terre. Parce que \u00e7a sera du social, puisse que tous ceux qui y sont, ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s. Chaque habitant doit recevoir aussi un titre de propri\u00e9t\u00e9. Donc \u00e0 partir de cela, on peut dupliquer aux autres quartiers qu\u2019il faut n\u00e9cessairement r\u00e9sorber. Le projet que nous avons ne concerne pas seulement les grandes villes. Ce sont les treize chefs-lieux de r\u00e9gion et Pouytenga, la quatorzi\u00e8me localit\u00e9, qui doivent b\u00e9n\u00e9ficier de cette politique. Et nous faisons le plaidoyer \u00e0 travers les grands organismes qui peuvent mobiliser des ressources sur la pertinence des projets, comme l\u2019ONU-Habitat qui est venue au Burkina, qui a \u00e9t\u00e9 sur les lieux, qui a vu et qui, aujourd\u2019hui, a d\u00e9cid\u00e9 de soutenir le gouvernement du Burkina Faso dans cette qu\u00eate de r\u00e9sorption des habitats pr\u00e9caires. Mais cela ne se fait pas sans difficult\u00e9. Et la plus grosse difficult\u00e9 se trouve dans la mentalit\u00e9 des populations. L\u00e0 aussi, il y a un travail \u00e0 faire et c\u2019est de la responsabilit\u00e9 du gouvernement de sensibiliser les \u00e9ventuels b\u00e9n\u00e9ficiaires. Aujourd\u2019hui, m\u00eame la SONATUR qui fait ce travail d\u2019am\u00e9nagement rencontre des difficult\u00e9s sur le terrain avec les maires et les populations. Quand vous mobilisez une superficie, souvent vous d\u00e9placez les gens sur une trame d\u2019accueil, ils vont \u00eatre indemnis\u00e9s, mais d\u00e8s qu\u2019ils savent que vous allez les recenser, s\u2019ils sont sur 100 m2, ils vont diviser ce lopin en dix, avec des pr\u00eate-noms et \u00e7a complique la d\u00e9marche d\u2019indemnisation ou l\u2019octroi de parcelles. Ce sont les r\u00e9alit\u00e9s tristes auxquelles nous sommes confront\u00e9s mais, depuis que je suis \u00e0 la t\u00eate du d\u00e9partement, nous impliquons tous les acteurs dans tout ce que nous faisons. Par exemple, nous avons une concertation permanente avec les OSC qui interviennent dans le droit au logement, nous sommes en concertation avec les structures repr\u00e9sentatives des soci\u00e9t\u00e9s de promotion immobili\u00e8re, nous sommes en concertation avec l\u2019ensemble des ordres professionnels, nous discutons avec eux parce que l\u2019acte de b\u00e2tir ob\u00e9it \u00e0 une r\u00e8gle scientifique. J\u2019ai espoir que ces programmes pourront faire leurs chemins. Il y a aussi la question de savoir trente ans apr\u00e8s la R\u00e9volution d\u00e9mocratique et populaire, notre peuple souhaite revivre la gouvernance r\u00e9volutionnaire ou pr\u00e9f\u00e8re-t-il une gouvernance qui s\u2019inscrit dans les m\u00e9canismes d\u2019un Etat de droit.<br \/>Je crois que devant ces deux facteurs, il est ais\u00e9 de comprendre que de nos jours les paradigmes politiques ont beaucoup \u00e9volu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>S : Sous la Transition, la loi portant sur le bail locatif avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9, o\u00f9 en sommes-nous ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : La loi est l\u00e0, mais je pense que c\u2019est une loi qui a des difficult\u00e9s d\u2019application. M\u00eame les d\u00e9crets subs\u00e9quents ont \u00e9t\u00e9 pris. Mais une chose est de faire une belle loi, l\u2019autre c\u2019est de pouvoir l\u2019appliquer lors du march\u00e9. Ce n\u2019est pas le l\u00e9gislateur qui construit les maisons. La loi du march\u00e9 est venue mettre l\u2019application de cette loi \u00e0 rude \u00e9preuve. Il faut relire la loi pour l\u2019adapter aux r\u00e9alit\u00e9s. Sous la R\u00e9volution, ce n\u2019\u00e9tait pas ainsi. Comme nous \u00e9voluons dans un syst\u00e8me lib\u00e9ral, c\u2019est la r\u00e8gle de l\u2019offre et de la demande. Et comme la demande est forte, naturellement le loyer co\u00fbte cher et la loi ne peut pas s\u2019appliquer. M\u00eame dans ce sillage, il y a eu des r\u00e9f\u00e9rentiels pour construire. Mais \u00e7a tutoie la loi du march\u00e9 et celle-ci \u00e9tant toujours forte, ce sont des politiques vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec. J\u2019\u00e9tais de ceux-l\u00e0 qui souhaitaient que les lois qui ont \u00e9t\u00e9 prises sous le Conseil national de la Transition (CNT) soient relues, adapt\u00e9es au contexte actuel. Parce que certaines ont \u00e9t\u00e9 prises sous l\u2019effet insurrectionnel. Mais il faut \u00eatre r\u00e9aliste et reculer une fois de plus parce que le train de la d\u00e9mocratie n\u2019est pas celui de l\u2019insurrection. On vous dit que plus rien ne sera comme avant et vous vous rendez compte que c\u2019est pire qu\u2019avant.<\/p>\n<p><strong>S : Dans les grandes villes, les maires peinent \u00e0 mettre de l\u2019ordre dans l\u2019occupation des espaces publics. Quel plan d\u2019urbanisation envisagez-vous pour mettre fin \u00e0 ce d\u00e9sordre ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Lorsqu\u2019on parle d\u2019urbanisation, nous avons plusieurs plans. Mais tout cela s\u2019inscrit en droite ligne de la politique nationale du logement et de la politique gouvernementale d\u00e9clin\u00e9e notamment dans notre lettre de missions. Aujourd\u2019hui, il faut que la question de la mobilisation de la terre revienne \u00e0 l\u2019Etat parce qu\u2019il faut le contr\u00f4le. Les maires, les conseils d\u00e9lib\u00e8rent et c\u2019est l\u00e0, l\u2019un des dangers parce qu\u2019il y a des transactions qui se font. Donc, cela cr\u00e9e du d\u00e9sordre \u00e0 telle enseigne que m\u00eame dans les communes rurales, vous n\u2019avez plus de terre. Je pense qu\u2019il faut travailler \u00e0 maitriser tout cela, contr\u00f4ler et avoir un sch\u00e9ma d\u2019am\u00e9nagement cons\u00e9quent que les populations et les autorit\u00e9s locales vont suivre. D\u00e9j\u00e0, on le fait. Par exemple, pour 2021, nous avons identifi\u00e9 un certain nombre de localit\u00e9s o\u00f9 nous allons faire des am\u00e9nagements.<\/p>\n<p><strong>S : Il \u00e9tait question de la mise en place d\u2019un tramway\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Je pense que ce n\u2019est pas, pour le moment, une id\u00e9e en vogue. Pour ce qui est concret, le ministre Dabilgou est en train de vouloir doter Ouagadougou et certaines villes de bus. Je pense que l\u2019id\u00e9e de tramway viendra apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>S : Il nous revient que certains de vos collaborateurs sont membres d\u2019organes dirigeants de soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res ou de coop\u00e9ratives immobili\u00e8res. Que faites-vous des membres de votre cabinet ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Je vais v\u00e9rifier l\u2019information et voir s\u2019il y a une incompatibilit\u00e9 et on en tirera les cons\u00e9quences. Cela n\u2019a pas, jusque-l\u00e0, \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 ma connaissance.<\/p>\n<p><strong>S : La r\u00e9conciliation est l\u2019objet de diverses appr\u00e9ciations, elle devrait se faire entre vous politiciens. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Ceux qui disent cela ont certainement une raison valable. De mon point de vue, la fracture ou suppos\u00e9e fracture que nous avons a eu pour cause, la gestion du pouvoir d\u2019Etat. Lorsqu\u2019on part des ann\u00e9es 60 en descendant, on cite d\u2019abord la chute du pr\u00e9sident Maurice Yam\u00e9ogo et on \u00e9volue. Ce sont les \u00e9v\u00e8nements politiques qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la base de cette fracture sociale. Ceux qui pensent qu\u2019il faut que les politiciens se r\u00e9concilient ont mis l\u2019accent sur l\u2019aspect politique. Pour moi, la r\u00e9conciliation politique c\u2019est la d\u00e9mocratie. Notre pays s\u2019est r\u00e9concili\u00e9 sur ce terrain depuis 2009, conform\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9claration de Bamako en 2000, en instituant le chef de file de l\u2019opposition politique. Vous avez constat\u00e9 qu\u2019en 2009, il y a eu au moins un apaisement institutionnel et politique si bien que les \u00e9lections qui se sont d\u00e9roul\u00e9es apr\u00e8s 2009 \u00e9taient cr\u00e9dibles comme celles de 2012 puis celles de 2015. M\u00eame si entre-temps, il y a eu l\u2019insurrection, c\u2019est parce que l\u2019opposition \u00e9tait organis\u00e9e et cela a permis une esp\u00e8ce de synergie. De nos jours, cela est d\u2019autant plus vrai que vous avez un chef d\u2019Etat qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratiquement \u00e9lu au 1er tour pour ses deux mandats et qui a eu l\u2019onction de ses adversaires. Donc, la classe politique s\u2019est r\u00e9concili\u00e9e quelque part, mais il y a les cons\u00e9quences t\u00eatues de tout ce parcours qu\u2019il faut r\u00e9gler. C\u2019est pour cela que vous avez aujourd\u2019hui un ministre d\u2019Etat charg\u00e9 de la r\u00e9conciliation nationale qui h\u00e9rite du Haut conseil pour la r\u00e9conciliation et l\u2019unit\u00e9 nationale (HCRUN) lui-m\u00eame sugg\u00e9r\u00e9 par l\u2019insurrection, apr\u00e8s la commission sur les r\u00e9formes. Je pr\u00e9cise que le dialogue politique insuffl\u00e9 par le chef de l\u2019Etat a permis \u00e0 l\u2019opposition et \u00e0 la majorit\u00e9 de s\u2019asseoir autour de la m\u00eame table et de prendre de fa\u00e7on consensuelle les d\u00e9cisions majeures pour l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur du Burkina Faso. Les politiciens, sous l\u2019\u00e9gide du chef de l\u2019Etat actuel, ne peuvent pas dire qu\u2019ils ont une fracture. M\u00eame si quelque part vous avez des politiciens aux petits esprits qui refusent de se mettre dans l\u2019institutionnel, c\u2019est-\u00e0-dire dans le chef de file de l\u2019opposition politique ou dans la majorit\u00e9 et qui pr\u00e9f\u00e8rent jouer aux trouble-f\u00eates. Mais Dieu merci, ils ne repr\u00e9sentent que l\u2019ombre d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><strong>S : Les Burkinab\u00e8 sont-ils divis\u00e9s au point que l\u2019on veuille les r\u00e9concilier?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Ce n\u2019est pas mon sentiment. Il y a eu la journ\u00e9e nationale du pardon, en 2001. J\u2019\u00e9tais dans l\u2019opposition et nous l\u2019avions critiqu\u00e9e, parce que le triptyque v\u00e9rit\u00e9-justice-r\u00e9conciliation n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9. La cons\u00e9quence, en d\u00e9pit de l\u2019argent qui a circul\u00e9, est que les gens ne se sont pas r\u00e9concili\u00e9s. Le probl\u00e8me est demeur\u00e9. Lorsque l\u2019on parle de stigmatisation, je dis aux gens de faire attention \u00e0 la manipulation politicienne des communaut\u00e9s. Le Burkina est un havre de paix qui renvoie l\u2019exemple aux autres pays. Il ne faut pas confondre cela aux attaques terroristes dont nous sommes l\u2019objet. Ce n\u2019est pas un conflit intercommunautaire, le pays est en guerre contre des terroristes. Les communaut\u00e9s ont toujours v\u00e9cu dans une bonne entente mais nous avons des probl\u00e8mes fondamentaux li\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9, au foncier, d\u2019autres n\u00e9s de la violence en politique. Les probl\u00e8mes n\u00e9s de la violence politique ne n\u00e9cessitent pas une r\u00e9conciliation, ils r\u00e9sultent de responsabilit\u00e9s que l\u2019Etat n\u2019a pas su assumer \u00e0 un moment ou un autre de l\u2019histoire du pays. Si l\u2019on consid\u00e8re cela comme une fracture sociale, c\u2019est un abus. La cons\u00e9quence est telle que l\u2019appareil judiciaire est celui vers qui tout le monde se tourne pour trouver des solutions dans les r\u00e8gles de l\u2019art. Malheureusement, la justice n\u2019a pas pu r\u00e9pondre aux attentes. Pourtant, c\u2019est elle qui est le rempart des libert\u00e9s individuelles et collectives. C\u2019est pourquoi, il y a eu le Pacte sur le renouveau de la justice qui devrait r\u00e9gler les probl\u00e8mes dits de r\u00e9conciliation. Aujourd\u2019hui, il faut avoir le courage d\u2019\u00e9valuer ce pacte. Les magistrats ont pris leur ind\u00e9pendance, avec des salaires qu\u2019il fallait pour se mettre \u00e0 l\u2019abri, mais ils n\u2019ont pas eu la logistique n\u00e9cessaire, ils n\u2019ont pas eu les moyens pour viser ce contentieux qui est rest\u00e9. Le HCRUN a recens\u00e9 6 000 dossiers, mais leur impact s\u2019\u00e9value en termes de milliards. Les uns et les autres r\u00e9clament des milliards pour la r\u00e9paration. Ces dossiers sont rest\u00e9s dans les proc\u00e9dures judiciaires qui n\u2019ont pas boug\u00e9 du cabinet du juge d\u2019instruction, faute de moyens surtout. Honn\u00eatement, ce n\u2019est pas ma lecture de la r\u00e9conciliation nationale. Pour moi, la r\u00e9conciliation nationale suppose que nous ayons un pays apais\u00e9, d\u00e9mocratique, de libert\u00e9, de justice o\u00f9 ces valeurs constituent la s\u00e8ve de l\u2019unit\u00e9 incarn\u00e9e par le chef de l\u2019Etat qui est \u00e9lu de fa\u00e7on d\u00e9mocratique. Maintenant, comme tout fait de soci\u00e9t\u00e9, il faut que la justice se saisisse et dise le droit.<\/p>\n<p><strong>S : Le dossier Thomas Sankara vient de connaitre une \u00e9volution, avec la mise en accusation de Blaise Compaor\u00e9 et 13 autres personnes. Vous \u00e9tiez membre du collectif des avocats de la partie civile. Comment avez-vous accueilli cette d\u00e9cision ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : C\u2019est une d\u00e9cision de justice et j\u2019en prends acte. C\u2019est une victoire d\u2019\u00e9tape, car cela fait 24 ans de proc\u00e9dure. J\u2019ai introduit ce dossier le 2 octobre 1997, il s\u2019agit d\u2019une plainte r\u00e9dig\u00e9e par mon confr\u00e8re feu Me Dieudonn\u00e9 Koumkoum. Je suis tr\u00e8s fier de cette d\u00e9cision et de savoir que maintenant nous avons beaucoup d\u2019avocats qui se sont constitu\u00e9s en partie civile. En tant qu\u2019avocat, je me battrai toujours pour les droits de la d\u00e9fense, le principe d\u2019innocence jusqu\u2019au bout. M. Blaise Compaor\u00e9 a \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9 depuis 2016, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 poursuivi avec un mandat d\u2019arr\u00eat contre lui et Hyacinthe Kafando. Mais la proc\u00e9dure d\u2019instruction est compliqu\u00e9e parce que le juge d\u2019instruction instruit \u00e0 charge et \u00e0 d\u00e9charge, tant qu\u2019il n\u2019y a pas de preuve, il ne bouge pas et elle a pris tout le temps qu\u2019il fallait avec l\u2019exhumation des restes, les enqu\u00eates balistiques, d\u2019autopsie, de recherche d\u2019ADN, ensuite la reconstitution m\u00eame des faits sur les lieux du crime et la promesse du Pr\u00e9sident Emmanuel Macron des documents d\u00e9classifi\u00e9s dans le principe du contradictoire, jusqu\u2019\u00e0 ce que le juge rende enfin une ordonnance pour dire : je renvoie ce dossier devant la chambre de contr\u00f4le. La chambre de contr\u00f4le a confirm\u00e9 les charges devant le tribunal. Qui l\u2019aurait cru ! Pour reprendre l\u2019expression ch\u00e8re \u00e0 Simon Compaor\u00e9.<\/p>\n<p><strong>S : Est-ce que la tenue d\u2019un proc\u00e8s suffit \u00e0 la manifestation de la v\u00e9rit\u00e9 dans cette affaire surtout qu\u2019il y a beaucoup de zones d\u2019ombre ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S<\/strong>. : Dans une affaire aussi t\u00e9n\u00e9breuse que l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Sankara, un crime politique, il y aura toujours des non-dits. Mais d\u00e8s lors que le gros poisson se retrouve dans la nasse, vous avez d\u00e9j\u00e0 toute la v\u00e9rit\u00e9. Libre \u00e0 lui de parler ou de rester muet comme une carpe.<\/p>\n<figure id=\"attachment_34913\" aria-describedby=\"caption-attachment-34913\" class=\"wp-caption alignright c1\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-34913 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1-90-300x204.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"204\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1-90-300x204.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1-90-150x102.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/1-90.jpg 595w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\"\/><figcaption id=\"caption-attachment-34913\" class=\"wp-caption-text\">Pour le cadre de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, dans une affaire aussi t\u00e9n\u00e9breuse que l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Sankara, il y aura toujours des non-dits.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>S : Lorsque l\u2019on regarde ceux qui ont \u00e9t\u00e9 mis en accusation, est-ce que vous ne restez pas un peu sur votre faim, quand on sait qu\u2019il n\u2019y a pas un seul accus\u00e9 qui vient de l\u2019\u00e9tranger alors que l\u2019on soup\u00e7onne l\u2019implication de forces ext\u00e9rieures dans cette affaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : \u00c7a, c\u2019est vous qui le dites. Je ne suis pas rest\u00e9 sur ma faim. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 la reconstitution des faits au Conseil de l\u2019entente devenu M\u00e9morandum Thomas Sankara, avec Gilbert Diendi\u00e9r\u00e9 en t\u00eate. Le commando ayant quitt\u00e9 le domicile de Blaise Compaor\u00e9 avec deux v\u00e9hicules, on connait les personnes qui \u00e9taient \u00e0 bord, on connait \u00e9galement ceux qui ont tir\u00e9 sur Sankara et les autres. Je n\u2019y ai pas vu un Fran\u00e7ais, ni un Chinois, ni un Russe, ni un Japonais. C\u2019\u00e9taient des Burkinab\u00e8. Le droit p\u00e9nal parle de complicit\u00e9. Il peut y avoir des complicit\u00e9s qui soient ext\u00e9rieures. Je n\u2019ai pas aim\u00e9 les propos de l\u2019ambassadeur de France quand il remettait le 3e lot. C\u2019est vrai qu\u2019il y en a qui font un peu de la fixation m\u00eame de l\u2019acharnement sur la France, surtout ceux qui d\u00e9noncent la France-Afrique et je les comprends. Mais le proc\u00e8s p\u00e9nal, c\u2019est la preuve irr\u00e9futable, on ne fait pas de l\u2019interpr\u00e9tation. Donc tout ce que nous r\u00e9unissons comme pi\u00e8ces doit arriver \u00e0 \u00e9tablir de fa\u00e7on claire le fait mat\u00e9riel. Pour moi, les principaux accus\u00e9s du crime sont des Burkinab\u00e8. Pensez-vous qu\u2019un Fran\u00e7ais puisse me manipuler contre mon fr\u00e8re de case burkinab\u00e8, mon ami, et je vais accepter ? Il faut que les Africains aient ce regard tourn\u00e9 vers eux-m\u00eames pour se remettre en cause, avant d\u2019avoir un doigt accusateur sur l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>S : Qu\u2019est-ce que vous n\u2019avez pas aim\u00e9 exactement dans les propos de l\u2019ambassadeur de France au Burkina ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : L\u2019ambassadeur disait en substance que c\u2019est comme si l\u2019on s\u2019acharnait sur la France, parce qu\u2019elle n\u2019a pas envoy\u00e9 le 3e lot de documents d\u00e9classifi\u00e9s.<br \/>Ce qui est normal, puisque le pr\u00e9sident Emmanuel Macron a promis trois lots et on n\u2019a vu que deux. Nous avons d\u00fb \u00e9crire plusieurs fois pour r\u00e9clamer le dernier lot qui a mis du temps \u00e0 arriver. Ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 lui diplomate de faire ces commentaires. On lui a demand\u00e9 de remettre un 3e lot, la justice appr\u00e9ciera. Le reste, pour moi, est superflu.<br \/>S : Vous connaissez suffisamment le dossier, est-ce qu\u2019on peut, \u00e0 ce jour, dire que c\u2019est le corps de Thomas Sankara qui a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 \u00e0 Dagnoen?<br \/>B.S.S. : Oui ! Je l\u2019affirme parce que c\u2019est nous qui avons demand\u00e9, en son temps, que l\u2019ADN soit identifi\u00e9. Mais la logique judiciaire ne s\u2019appuie pas forc\u00e9ment sur l\u2019ADN. Il y a eu mort d\u2019homme. Dans la proc\u00e9dure, nous avons parl\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 de s\u00e9questration du pr\u00e9sident Sankara et le juge nous avait r\u00e9torqu\u00e9s qu\u2019on ne peut pas dire qu\u2019il est mort et parler encore de s\u00e9questration. Donc l\u2019enqu\u00eate a consist\u00e9 d\u2019abord \u00e0 s\u2019assurer que ceux qu\u2019on a ex\u00e9cut\u00e9s sauvagement au Conseil de l\u2019entente le 15 octobre 1987 vers 16 h \u00e9taient Thomas Sankara et tous ceux qui \u00e9taient dans la salle de r\u00e9union, sauf Harouna. Plus tard, l\u2019enqu\u00eate a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas le seul survivant. Je crois que devant la mort, il y a la main de Dieu. Il y a une autre personne qui a jou\u00e9 au mort et qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>S : Si cette mise en accusation \u00e9tait tomb\u00e9e en d\u00e9cembre 2020, auriez-vous accept\u00e9 de faire partie du gouvernement ? Puisqu\u2019en tant que ministre, vous ne pouvez pas prendre part activement au proc\u00e8s.<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Pourquoi pas. Il faut comprendre que je ne suis plus seul dans le dossier.<\/p>\n<p><strong>S : Est-ce que vous ne regrettez pas, vu que le combat que vous avez engag\u00e9 depuis longtemps est en train d\u2019aboutir ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Non, je ne regrette pas. Il y a un go\u00fbt d\u2019amertume en moi parce que ce que je sais faire le mieux, c\u2019est porter ma robe d\u2019avocat. Mais je ne regrette pas parce qu\u2019\u00e0 la t\u00eate de ce d\u00e9partement, je m\u00e8ne un autre combat pour les Burkinab\u00e8 et ce d\u2019autant plus que je suis aujourd\u2019hui assur\u00e9 que le dossier est entre de bonnes mains. Nous avons cr\u00e9\u00e9 un collectif d\u2019avocats. Au d\u00e9but, ce ne fut pas simple, je faisais des voyages \u00e0 mes frais pour aller en Europe rencontrer des confr\u00e8res pour qu\u2019ils se constituent dans ce dossier. Rappelez-vous le collectif d\u2019avocats fran\u00e7ais qui venait ici. Nous avons des avocats au Canada qui sont dans le dossier, des avocats burkinab\u00e8 et mon cabinet, m\u00eame si d\u00e9sormais, du fait de mon statut de membre du gouvernement, mon cabinet est toujours l\u00e0 et des confr\u00e8res continuent la proc\u00e9dure et ils sont tr\u00e8s nombreux dans ce dossier et peuvent facilement le plaider. Dans l\u2019affaire de Fran\u00e7ois Compaor\u00e9, je n\u2019\u00e9tais pas au pr\u00e9toire mais des confr\u00e8res, qui sont notamment \u00e0 Paris, ont plaid\u00e9 ce dossier. Ma pr\u00e9sence \u00e0 ce proc\u00e8s n\u2019aurait pas apport\u00e9 une autre plus-value que celle du collectif d\u2019avocats.<br \/>Mais j\u2019aurais effectivement souhait\u00e9 \u00eatre \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, pour avoir \u00e9t\u00e9 au d\u00e9but. Je suis fier de mes confr\u00e8res et du travail qu\u2019ils font.<br \/>Cela me permet de m\u2019occuper de ma nouvelle mission qui est aussi d\u00e9licate et exaltante que celle de d\u00e9fendre le dossier Thomas Sankara, parce que le foncier est une bombe et je ne suis pas kamikaze. Je suis convaincu que cette bombe ne va pas exploser, pour le malheur du Burkina. Et c\u2019est pourquoi j\u2019ai accept\u00e9 la mission. Je pense qu\u2019on va y arriver.<\/p>\n<p><strong>S : O\u00f9 en est-on avec le dossier de l\u2019insurrection populaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S<\/strong>. : Ce dossier \u00e9tait en phase de jugement. La salle du proc\u00e8s avait m\u00eame \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e. Mais il s\u2019est pass\u00e9 que le dossier du putsch \u00e9tait aussi pr\u00eat. C\u2019\u00e9tait une option. Deuxi\u00e8mement, c\u2019\u00e9tait co\u00fbteux de tenir \u00e0 la fois les deux proc\u00e8s. La pr\u00e9f\u00e9rence a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e sur le dossier du putsch. Entre-temps, il y a eu les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales, certainement qu\u2019ils vont continuer avec la proc\u00e9dure l\u00e0 o\u00f9 nous l\u2019avons laiss\u00e9e. Sauf que le dossier est devenu plus compliqu\u00e9, puisque certains poursuivis sont maintenant \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Il faut encore purger la proc\u00e9dure de tous les vices avant de pouvoir continuer.<\/p>\n<figure id=\"attachment_34916\" aria-describedby=\"caption-attachment-34916\" class=\"wp-caption alignnone c2\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-34916\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/4-2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"669\" height=\"446\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/4-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/4-2-150x100.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/4-2.jpg 595w\" sizes=\"auto, (max-width: 669px) 100vw, 669px\"\/><figcaption id=\"caption-attachment-34916\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019h\u00f4te de la \u00ab Maison commune \u00bb a immortalis\u00e9 son passage.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>S : D\u2019aucuns pensent que l\u2019avanc\u00e9e de ce dossier est un frein \u00e0 la r\u00e9conciliation. Est-ce votre avis ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>B.S.S.<\/strong> : Non. Il n\u2019y a pas de dossier en justice \u00e0 connotation politique qui ne cr\u00e9e pas un conflit. C\u2019est pour cela que l\u2019on parle de r\u00e9conciliation. Mais le chef de l\u2019Etat est clair : la r\u00e9conciliation ne va pas se faire sur le dos du triptyque v\u00e9rit\u00e9-justice et r\u00e9conciliation. Ce n\u2019est pas parce que le dossier touche \u00e0 des t\u00e9nors politiques qu\u2019il faut s\u2019en d\u00e9rober pour aller directement \u00e0 la r\u00e9conciliation. La justice aussi a ses limites. Ce dossier a train\u00e9 et souffre beaucoup de vices de proc\u00e9dures qu\u2019il faut purger et \u00e9ventuellement repartir de z\u00e9ro avec certains hommes.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>La R\u00e9daction<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom tdi_33_86b td_block_template_1\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-27454\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/PUB-Bandeau-paiement-mobile-siteweb.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p>Auteur: BM. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2021\/04\/29\/gestion-du-foncier-au-burkina-il-faut-avoir-le-courage-et-la-volonte-politique-de-reculer-me-benewende-sankara\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cadre de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle, Me B\u00e9n\u00e9wend\u00e9 Stanislas Sankara a quitt\u00e9 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, depuis peu, pour rejoindre le gouvernement Dabir\u00e9 II, au sein duquel il occupe le portefeuille de ministre de l\u2019Habitat, de l\u2019Urbanisme et de la Ville. Cet homme politique averti et avocat r\u00e9put\u00e9 \u00e9tait la t\u00eate d\u2019affiche de notre rubrique \u00ab l\u2019invit\u00e9 de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1816,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/3-4.jpg","fifu_image_alt":"Gestion du foncier au Burkina : \u00ab\u00a0Il faut avoir le courage et la volont\u00e9 politique de reculer\u00a0\u00bb, Me B\u00e9n\u00e9wend\u00e9 Sankara","footnotes":""},"categories":[73,81],"tags":[],"class_list":["post-115860","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-burkina-faso"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115860","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1816"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=115860"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/115860\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=115860"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=115860"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=115860"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}