{"id":116900,"date":"2021-05-17T14:05:00","date_gmt":"2021-05-17T18:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dans-nos-musees-la-cour-des-comptes-epingle-lincurie-la-discorde-et-lopacite-de-la-gestion\/"},"modified":"2021-05-17T14:05:00","modified_gmt":"2021-05-17T18:05:00","slug":"dans-nos-musees-la-cour-des-comptes-epingle-lincurie-la-discorde-et-lopacite-de-la-gestion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dans-nos-musees-la-cour-des-comptes-epingle-lincurie-la-discorde-et-lopacite-de-la-gestion\/","title":{"rendered":"Dans nos mus\u00e9es, la Cour des comptes \u00e9pingle l\u2019incurie, la discorde et l\u2019opacit\u00e9 de la gestion"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Houcine-Ja\u00efdi(17).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Professeur Houcine Ja\u00efdi &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Pour la Journ\u00e9e internationale des Mus\u00e9es (JIM), c\u00e9l\u00e9br\u00e9e,\u00a0 en ce 18 mai, pour la 45e ann\u00e9e cons\u00e9cutive, le Conseil international des Mus\u00e9es (ICOM) a choisi comme th\u00e8me \u2018\u2019L\u2019avenir des mus\u00e9es : se r\u00e9tablir et se r\u00e9inventer\u2019\u2019. Le lecteur du compte rendu de la mission de suivi, consacr\u00e9e par la Cour des comptes \u00e0 la gestion du patrimoine arch\u00e9ologique et consign\u00e9 dans son 32e rapport annuel, publi\u00e9 tout r\u00e9cemment , ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de constater que le th\u00e8me de la JIM 2021 r\u00e9sonne comme une injonction tr\u00e8s appropri\u00e9e et non moins n\u00e9cessaire aux mus\u00e9es tunisiens. Avec leur curiosit\u00e9 infinie et leur rigueur exemplaire, les conseillers de la Cour viennent de diagnostiquer le mal qui ronge nos mus\u00e9es, noircit leur image et les paralyse jusqu\u2019\u00e0 amener un bon nombre parmi eux \u00e0 fermer leur portes purement et simplement. Le constat est d\u2019autant plus consternant qu\u2019il s\u2019agit, le plus souvent, de la persistance &#8211; et parfois m\u00eame de l\u2019aggravation &#8211; de carences d\u00fbment constat\u00e9es dans le pr\u00e9c\u00e9dent rapport de la m\u00eame instance de contr\u00f4le, qui date de \u2026 2014. L\u2019\u00e9clairage de la Cour des comptes dont le but premier est le contr\u00f4le de la gestion des deniers publics va, en fait, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de graves\u00a0 dysfonctionnements institutionnels qui n\u2019\u00e9pargnent pas le minist\u00e8re de tutelle, autrement dit l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le d\u00e9compte macabre des carences en tous genres et des fermetures en s\u00e9rie<\/strong><\/span><\/p>\n<p>D\u00e9positaires d\u2019objets inestimables, les mus\u00e9es se doivent d\u2019abord d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 de tout ce qui s\u2019y trouve expos\u00e9 ou conserv\u00e9 dans les r\u00e9serves. Dans l\u2019accomplissement de cette t\u00e2che primordiale, la Cour a relev\u00e9 des carences bien graves. Ainsi par exemple, au Mus\u00e9e des Arts islamiques de Raqqada-Kairouan, le nombre des cam\u00e9ras de surveillance et les installations de pr\u00e9vention contre l\u2019incendie \u00e9taient insuffisants. Dans le m\u00eame \u00e9tablissement, des manuscrits pr\u00e9cieux, expos\u00e9s, depuis une d\u00e9cennie, dans des vitrines qui ne b\u00e9n\u00e9ficiaient ni de la climatisation ni du contr\u00f4le de l\u2019hygrom\u00e9trie, subissaient des d\u00e9gradations. Des quatre masques du Mus\u00e9e d\u2019Utique, expos\u00e9s \u00e0 New York en 2014, il y en avait un qui n\u2019\u00e9tait toujours pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 en 2020.\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/ICOM.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Il y a plus de quinze ans, l\u2019Institut National du Patrimoine (INP) s\u2019est dot\u00e9 d\u2019une base de donn\u00e9es, baptis\u00e9e VIRGILE et destin\u00e9e \u00e0 l\u2019inventaire des objets expos\u00e9s ou conserv\u00e9s dans les diff\u00e9rents mus\u00e9es du pays. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes constate qu\u2019en 2020, la base de donn\u00e9es n\u2019englobe encore qu\u2019une part infime des objets arch\u00e9ologiques vis\u00e9s par l\u2019inventaire, que toutes les ressources qu\u2019elle offre ne sont pas utilis\u00e9es et qu\u2019elle est sans connexion avec la base de donn\u00e9es consacr\u00e9e aux objets arch\u00e9ologiques qui se trouvent sur les sites arch\u00e9ologiques et dans leurs r\u00e9serves.<\/p>\n<p>La Cour constate que les mus\u00e9es ne jouissent d\u2019aucune autonomie et d\u00e9pendent, dans les domaines scientifique et administratif, de l\u2019autorit\u00e9 de la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019INP et, pour l\u2019exploitation, de la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC). Elle rel\u00e8ve aussi, comme elle l\u2019avait not\u00e9 en 2014, l\u2019absence, \u00e0 l\u2019INP, d\u2019une v\u00e9ritable politique de d\u00e9veloppement mus\u00e9ographique : les buts et la strat\u00e9gie de cette mission essentielle ne sont pas d\u00e9finis ; les interventions en faveur des mus\u00e9es ne sont pas sp\u00e9cifi\u00e9es dans le budget de l\u2019INP ; les nouvelles cr\u00e9ations et les op\u00e9rations de maintenance peinent \u00e0 \u00eatre achev\u00e9es quand elles ne sont pas \u00e0 l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p>Le flou qui enveloppe l\u2019activit\u00e9 de l\u2019INP en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement mus\u00e9ographique paralyse l\u2019Agence du Patrimoine qui se trouve dans l\u2019incapacit\u00e9 de programmer\u00a0 l\u2019exploitation des nouveaux mus\u00e9es. Cette absence de coordination n\u2019est pas la seule entrave au bon fonctionnement des mus\u00e9es. Les documents relatifs aux\u00a0 informations \u00e0 caract\u00e8re scientifique (notices de pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, cartels\u2026) ne peuvent \u00eatre produits que par les chercheurs de l\u2019INP ; les retards de livraison ou l\u2019absence totale\u00a0 de ces \u00e9l\u00e9ments (pour des raisons que la Cour \u00e9voque avec moult d\u00e9tails) ont naturellement des cons\u00e9quences tr\u00e8s f\u00e2cheuses sur la qualit\u00e9 des expositions.<\/p>\n<p>En 2014, la Cour avait constat\u00e9 que la cr\u00e9ation des\u00a0 mus\u00e9es de Siliana et de Sidi Bouzid \u00e9tait encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat de simples projets. Dans le rapport de 2020, ces deux projets sont signal\u00e9s comme non achev\u00e9s. Ce m\u00eame rapport rappelle l\u2019inach\u00e8vement, en 2014, des travaux de r\u00e9am\u00e9nagement des mus\u00e9es de Sfax et d\u2019Utique\u00a0 et fait \u00e9tat de la fermeture, depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2015, du Mus\u00e9e arch\u00e9ologique de Sfax ainsi que du r\u00e9cent effondrement du Mus\u00e9e Dar Jallouli \u00e0 Sfax. Il fait aussi remarquer\u00a0 que le r\u00e9am\u00e9nagement du Mus\u00e9e d\u2019Utique n\u2019\u00e9tait pas encore repris en 2020. L\u2019institution de contr\u00f4le cite \u00e9galement le cas du\u00a0 Mus\u00e9e arch\u00e9ologique de Lamta, ferm\u00e9 depuis 2018 et celui de Dar Ben Abdallah ferm\u00e9 depuis de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es et dont la restauration \u00e9tait encore \u00e0 ses d\u00e9buts en 2020.<\/p>\n<p>Pour des raisons sp\u00e9cifiques, les probl\u00e8mes du Mus\u00e9e du Bardo et du Mus\u00e9e de Carthage atteignent des niveaux inou\u00efs.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le Mus\u00e9e national du Bardo, un vaisseau-amiral qui continue \u00e0 sombrer<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La Cour rappelle dans le rapport de sa mission de 2020 que\u00a0 le \u2018\u2019Projet de gestion et de mise en valeur du patrimoine culturel\u2019\u2019 a \u00e9t\u00e9 le premier projet \u00e0 caract\u00e8re culturel \u00e0 avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, d\u2019un financement de la Banque mondiale qui date de\u00a0 2001. A ce pr\u00eat de\u00a0 pr\u00e8s 24 millions de dinars, l\u2019Etat tunisien ajouta une contribution de 9,5 millions de dinars puis le budget global du projet s\u2019est trouv\u00e9, en d\u00e9finitive, major\u00e9 d\u2019une bonne moiti\u00e9. Remodel\u00e9 en cours de route, le projet a permis, entre autres composantes, l\u2019extension du Mus\u00e9e du Bardo et le r\u00e9am\u00e9nagement partiel de son ancienne b\u00e2tisse.<\/p>\n<p>Dans son rapport de 2014, la Cour avait relev\u00e9 que les travaux du \u2018\u2019Nouveau Mus\u00e9e du Bardo\u2019\u2019, inaugur\u00e9 le 25 juillet 2012, n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9ceptionn\u00e9s que provisoirement au cours de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Peu de temps apr\u00e8s, les manuscrits d\u00e9pos\u00e9s dans les vitrines du D\u00e9partement islamique ont d\u00fb \u00eatre retir\u00e9s faute d\u2019installations d\u2019\u00e9clairage et de contr\u00f4le d\u2019hygrom\u00e9trie, indispensables \u00e0 leur bonne conservation. Depuis, ces objets \u00e0 la fois pr\u00e9cieux et d\u00e9licats sont mal rang\u00e9s dans le coffre-fort du mus\u00e9e, trop exigu. Comme la r\u00e9ception provisoire de l\u2019ameublement et des installations d\u2019\u00e9clairage a eu lieu, en 2012, sans r\u00e9serve, l\u2019Agence du Patrimoine, qui avait \u00e9t\u00e9 presque totalement tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la gestion du projet, ne pouvait, jusqu\u2019en 2020, ni se retourner contre un prestataire de service europ\u00e9en, ni cl\u00f4turer les march\u00e9s. Accul\u00e9e \u00e0 restituer les garanties au prestataire de service, l\u2019Agence s\u2019est trouv\u00e9e, aux yeux de la Cour des comptes en contradiction flagrante avec la r\u00e9glementation des march\u00e9s publics.<\/p>\n<p>La tragi-com\u00e9die du chantier du Bardo ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 ces questions proc\u00e9durales. En 2018, il s\u2019av\u00e8re que les portes de secours et les portes automatiques inaugur\u00e9es en 2012 devaient \u00eatre chang\u00e9es. L\u2019ann\u00e9e suivante, les responsables du mus\u00e9e demandent \u00e0 changer des vitrines verticales du D\u00e9partement islamique, qui ne conviennent nullement \u00e0 l\u2019exposition des manuscrits. Il est aussi constat\u00e9 que les locaux pr\u00e9vus pour abriter les r\u00e9serves d\u2018objets en c\u00e9ramique du Mus\u00e9e du Bardo n\u2019\u00e9taient pas assez spacieux. De ce fait, les collections du Mus\u00e9e Bardo, qui avaient \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es (provisoirement), en 2007,\u00a0 dans des salles du Mus\u00e9e de Carthage ferm\u00e9es (provisoirement), ne pouvaient pas \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir constat\u00e9, dans son rapport de 2014, l\u2019inexistence d\u2019un inventaire des objets gard\u00e9s dans la salle coffre-fort du Mus\u00e9e du Bardo, la Cour des comptes eut \u00e0 faire le m\u00eame constat en 2020. A cette occasion, il a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 que l\u2019absence, dans ce local cens\u00e9 \u00eatre le saint des saints en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, d\u2019un appareil de contr\u00f4le de l\u2019hygrom\u00e9trie, avait caus\u00e9 des d\u00e9gradations s\u00e9rieuses \u00e0 des manuscrits, \u00e0 des pi\u00e8ces de monnaies et \u00e0 des objets ethnographiques. Des d\u00e9labrements s\u00e9rieux ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s dans les salles anciennes du mus\u00e9e : d\u00e9t\u00e9rioration des plafonds en bois depuis une d\u00e9cennie, infiltrations d\u2019eau qui endommagent des mosa\u00efques murales\u2026<\/p>\n<p>Par ailleurs la Cour a relev\u00e9 que le minist\u00e8re des Affaires culturelles\u00a0 s\u2019\u00e9tait distingu\u00e9 par son absence d\u2019implication presque totale dans le projet d\u2019agrandissement du Mus\u00e9e r\u00e9alis\u00e9 de 2002 \u00e0 2012. En t\u00e9moigne, l\u2019absence de toute \u00e9valuation des r\u00e9alisations. La Cour n\u2019a pas manqu\u00e9 de rappeler, \u00e0 propos de cette d\u00e9faillance, que le minist\u00e8re de tutelle comprend une Direction g\u00e9n\u00e9rale du Patrimoine qui doit \u00eatre \u2018\u2019activ\u00e9e\u2019\u2019 en vue d\u2019assurer la coordination entre les diff\u00e9rentes parties intervenantes.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>A Carthage, la r\u00e9novation du doyen de nos mus\u00e9es est sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches depuis\u2026 20 ans<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Bien qu\u2019il soit d\u00e9di\u00e9 presque exclusivement au site dans lequel\u00a0 il se trouve, le Mus\u00e9e de Carthage a le privil\u00e8ge de partager avec le Mus\u00e9e du Bardo le qualificatif \u2018\u2019national\u2019\u2019. Ce label trouve son explication, pour Carthage,\u00a0 dans les conditions de la cr\u00e9ation du mus\u00e9e et la suite de son histoire.<\/p>\n<p>C\u2019est en 1875, soit 13 ans avant l\u2019inauguration du Mus\u00e9e du Bardo, que fut cr\u00e9\u00e9 le Mus\u00e9e de Carthage sous le nom de \u2018\u2019Mus\u00e9e Saint-Louis de Carthage\u2019\u2019. Sa cr\u00e9ation en tant qu\u2019\u00e9tablissement priv\u00e9 est due au P\u00e8re Alfred Louis Delattre qui avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par le cardinal Lavigerie install\u00e9, alors, \u00e0 Alger. A la mort du cardinal, en 1892, son disciple, reconnaissant,\u00a0 opta pour l\u2019appellation \u2018\u2019Mus\u00e9e Lavigerie de Saint-Louis de Carthage\u2019\u2019. C\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat Tunisien, en 1964, \u00e0 la faveur de l\u2019accord conclu avec le Vatican, le Mus\u00e9e fut d\u00e9nomm\u00e9 \u2018\u2019Mus\u00e9e national de Carthage\u2019\u2019. Depuis, il a connu plusieurs op\u00e9rations d\u2019extension et de r\u00e9am\u00e9nagement particuli\u00e8rement au cours des ann\u00e9es 1990.\u00a0 Quelques ann\u00e9es seulement apr\u00e8s cette derni\u00e8re intervention, a commenc\u00e9 pour le mus\u00e9e, une longue descente aux enfers qui en a fait, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, le parent pauvre des mus\u00e9es tunisiens.<\/p>\n<p>La Cour des comptes rappelle que la vieille b\u00e2tisse qui abrite le mus\u00e9e a montr\u00e9, en 2001, des fissures qui ont entra\u00een\u00e9 la fermeture de quatre salles sur un total de six. Des travaux de consolidation ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s, quelques ann\u00e9es plus tard, sans aboutir \u00e0 la r\u00e9ouverture des salles ferm\u00e9es. Entretemps, la r\u00e9novation du mus\u00e9e a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e du \u2018\u2019Projet de gestion et de mise en valeur du patrimoine culturel\u2019\u2019 mis en \u0153uvre \u00e0 partir de 2002. En 2017, deux salles du mus\u00e9e devaient \u00eatre r\u00e9nov\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9affectation d\u2019un don italien de 1,5 million de dinars, qui \u00e9tait au d\u00e9part destin\u00e9 \u00e0 la restauration des plafonds en bois du Mus\u00e9e du Bardo. Ce projet a fini par \u00eatre abandonn\u00e9 du fait de la fermeture du Mus\u00e9e de Carthage au mois d\u2019avril 2018. Les conditions dans lesquelles a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 le stockage des pi\u00e8ces arch\u00e9ologiques qui \u00e9taient expos\u00e9es dans le mus\u00e9e n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 sans cons\u00e9quences graves : la Cour des comptes a relev\u00e9 la d\u00e9t\u00e9rioration de nombreuses pi\u00e8ces de c\u00e9ramique conserv\u00e9es dans les salles ferm\u00e9es du mus\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le cadre de sa mission de suivi accomplie en 2020, la Cour des comptes, qui avait relev\u00e9 que le Mus\u00e9e de Carthage \u00e9tait ferm\u00e9 depuis plus de deux ans, a appris que le r\u00e9am\u00e9nagement\u00a0 de l\u2019\u00e9tablissement ainsi que d\u2019autres interventions\u00a0 int\u00e9ressant le site arch\u00e9ologique \u00e9taient programm\u00e9s. Il s\u2019agit de l\u2019un des volets du projet \u2018\u2019Tounes Wijhatouna\u2019\u2019 (Tunisie : notre destination) financ\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne et destin\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs actions compl\u00e9mentaires, \u00e0 accompagner la diversification de l\u2019offre touristique tunisienne. Le financement, qui est de 45 millions euros au total, r\u00e9serve 16,5 millions d\u2019euros au patrimoine culturel, dont plusieurs millions d\u2019euros sont destin\u00e9s au site de Carthage et particuli\u00e8rement \u00e0 son mus\u00e9e, abords compris. La Cour a constat\u00e9 qu\u2019au niveau du minist\u00e8re des Affaires culturelles, un seul agent \u00e9tait en charge du suivi de tous les travaux pr\u00e9vus pour le mus\u00e9e et le site de Carthage, que la convention relative \u00e0 cette action avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e \u2018\u2019probablement au mois de d\u00e9cembre 2019\u2019\u2019 et que jusqu\u2019au mois de juillet 2020 aucune conception globale et aucune r\u00e9alisation concr\u00e8te n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es. Un Comit\u00e9 de pilotage a finalement \u00e9t\u00e9 install\u00e9 par le minist\u00e8re de tutelle, en ao\u00fbt 2020, autrement dit dans la foul\u00e9e de la mission de contr\u00f4le de\u00a0 la Cour.<\/p>\n<p>Le visiteur, qui se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du Mus\u00e9e de Carthage, trouve, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e, une pancarte bien d\u00e9fraichie qui annonce : \u2018\u2019Mus\u00e9e en r\u00e9novation\u2019\u2019. De cette indication laconique &#8211; qui ne donne aucune id\u00e9e de la nature du projet, de son ma\u00eetre d\u2019\u0153uvre, de son financement et de la dur\u00e9e des travaux -, il pourrait, s\u2019il est excessivement optimiste et confiant, d\u00e9duire que les travaux vont bon train et que la r\u00e9ouverture du mus\u00e9e ne saurait tarder. Mais s\u2019il s\u2019avise de consulter le site web de France Expertise, la filiale de l\u2019Agence fran\u00e7aise de d\u00e9veloppement qui est charg\u00e9e de la mise en \u0153uvre du projet int\u00e9ressant le Mus\u00e9e de Carthage et son environnement, il saura que le laconisme du minist\u00e8re des pr\u00e9pos\u00e9s au projet cache en fait un d\u00e9lai de plusieurs ann\u00e9es. Expertise France explique\u00a0 au grand public les composantes\u00a0 du volet patrimoine culturel du projet \u2018\u2019Tounes Wijhatouna\u2019\u2019 et les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de son ex\u00e9cution. Elle pr\u00e9cise, entre autres, que les travaux programm\u00e9s pour le mus\u00e9e et le site de Carthage font partie d\u2019un (sous)Projet baptis\u00e9 \u2018\u2019Patrimoine 3000 &#8211; Projet d\u2019appui \u00e0 la valorisation du patrimoine culturel tunisien\u2019\u2019 qui s\u2019\u00e9tale sur les ann\u00e9es 2019-2023. Ainsi, le visiteur du site Web comprend que le Mus\u00e9e de Carthage rouvrira ses portes au plus t\u00f4t \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2023.\u00a0<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 par la Cour des comptes dans son rapport de 2014 et, \u00e0 nouveau, en 2020, \u00e0 propos du \u2018\u2019Projet de gestion et valorisation du patrimoine culturel\u2019\u2019 et ses remarques concernant le suivi peu rassurant du Projet \u2018\u2019Patrimoine 3000 &#8211; Projet d\u2019appui \u00e0 la valorisation du patrimoine culturel tunisien \u2019\u2019 ne manquent pas de susciter de grandes inqui\u00e9tudes. Le projet qui a d\u00e9marr\u00e9 il y a un an et demi et qui int\u00e9resse, entre autres, le Mus\u00e9e de Carthage et ses abords &#8211; et concerne dans un autre volet la mise en place de concessions pour la gestion de quelques monuments historiques par des particuliers dans le cadre du partenariat Public-Priv\u00e9 &#8211; est une chance pr\u00e9cieuse que le minist\u00e8re de tutelle n\u2019a pas le droit de manquer. Le D\u00e9partement en charge du patrimoine culturel\u00a0 s\u2019honorerait \u00e0 prouver qu\u2019il a tir\u00e9 des le\u00e7ons d\u2019une mauvaise exp\u00e9rience, toujours en cours, au Mus\u00e9e du Bardo.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Cinq questions cruciales pour l\u2019avenir de nos mus\u00e9es<\/strong><\/span><\/p>\n<p>De la multitude de questions que soul\u00e8ve la gestion des mus\u00e9es telle qu\u2019elle appara\u00eet au miroir du dernier rapport de la Cour des comptes, cinq nous semblent rev\u00eatir un caract\u00e8re d\u00e9cisif.<\/p>\n<p>Il y a d\u2019abord celle qui concerne le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat sid\u00e9rant du minist\u00e8re des Affaires culturelles pour les mus\u00e9es et plus g\u00e9n\u00e9ralement pour le patrimoine culturel. Ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, qui est rappel\u00e9 par le dernier rapport de la Cour des comptes, en plus d\u2019un endroit, invite \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019id\u00e9e que se fait le minist\u00e8re de son r\u00f4le. Sa mission premi\u00e8re ne consiste-t-elle pas \u00e0 concevoir une politique du patrimoine, \u00e0 coordonner les interventions des \u00e9tablissements qui sont sous sa tutelle et \u00e0 contr\u00f4ler leurs activit\u00e9s ? Force est de constater que, pour les mus\u00e9es comme pour l\u2019ensemble du patrimoine arch\u00e9ologique, la cr\u00e9dibilit\u00e9 du minist\u00e8re de tutelle est fortement entam\u00e9e. L\u2019autonomie des mus\u00e9es pour laquelle il promet, dans ses r\u00e9ponses aux interrogations de la Cour des comptes, de travailler \u00e0 l\u2019avenir, est en chantier depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es et semble lui poser un probl\u00e8me particuli\u00e8rement ardu. Rappelons qu\u2019en Alg\u00e9rie, les mus\u00e9es nationaux sont \u00ab dot\u00e9s de la personnalit\u00e9 morale et de l\u2019autonomie financi\u00e8re \u00bb depuis 1985 et qu\u2019un \u2018\u2019statut-type des mus\u00e9es et des centres d\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 caract\u00e8re mus\u00e9al\u2019\u2019 a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9 en 2011. Dans ce pays voisin, une vingtaine de mus\u00e9es nationaux et un centre d\u2019interpr\u00e9tation cr\u00e9\u00e9s officiellement de 1985 \u00e0 2012 tirent le meilleur profit de leur statut moderne et performant tant pour la mus\u00e9ographie que pour la recherche et l\u2019\u00e9ducation au patrimoine.<\/p>\n<p>Le manque de moyens financiers, souvent avanc\u00e9 comme leitmotiv pour justifier l\u2019inertie et la petitesse qui caract\u00e9rise ce qui est entrepris dans nos mus\u00e9es, ne se trouve-t-il pas d\u00e9mystifi\u00e9 par le dernier rapport de la Cour des comptes ?\u00a0 Depuis 20 ans, les caisses du patrimoine arch\u00e9ologique, aliment\u00e9es par des fonds tunisiens et \u00e9trangers, ressemblent au tonneau des Dana\u00efdes, ce gouffre sans fonds, rempli \u00e0 l\u2019infini sans succ\u00e8s. En fait, le rapport de la Cour, montre qu\u2019il est souvent question d\u2019argent mal d\u00e9pens\u00e9 ou non d\u00e9pens\u00e9. Le v\u00e9ritable probl\u00e8me est donc celui de la gouvernance et tourne surtout autour de l\u2019indigence des ressources humaines, de la tra\u00e7abilit\u00e9 des actes et de la recevabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le rapport de la Cour des comptes \u00e9value les mus\u00e9es surtout \u00e0 l\u2019aune de la gestion des deniers publics dont ils profitent (budgets des \u00e9tablissements de tutelle, pr\u00eats, dons \u2026). Ce faisant, il rappelle que le patrimoine culturel est un bien public qui ne saurait \u00eatre transform\u00e9 en une chasse gard\u00e9e et g\u00e9r\u00e9e \u00e0 huis-clos. Ce constat ne nous autorise-t-il pas \u00e0 nous demander si le minist\u00e8re en charge du patrimoine culturel ainsi que ses \u00e9tablissements de r\u00e9f\u00e9rence sont capables \u00e0 eux seuls d\u2019en assurer la gestion, t\u00e2che\u00a0 qui d\u00e9passe manifestement leurs capacit\u00e9s r\u00e9elles ?<\/p>\n<p>A en juger par le dernier rapport de la Cour des comptes, l\u2019INP et l\u2019Agence du Patrimoine qui se partagent, dans la confusion, la gestion des mus\u00e9es, ne paraissent-ils pas, en fait, en conflit &#8211; et pour le moins en comp\u00e9tition &#8211; qu\u2019en posture de coop\u00e9ration \u00e0 partir de domaines de comp\u00e9tences bien d\u00e9finis et de responsabilit\u00e9s pr\u00e9cises ? Leurs prestations en mati\u00e8re de gestion et de mise en valeur du patrimoine, dans le cadre des mus\u00e9es, se caract\u00e9risent, entre autres, par le peu de consid\u00e9ration qu\u2019ils accordent \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur des objets expos\u00e9s ou stock\u00e9s dans les r\u00e9serves et aux droits des usagers.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, se pose la question de savoir quel est l\u2019avenir des mus\u00e9es en Tunisie ? Sont-ils capables, dans un d\u00e9lai raisonnable, de remplir pleinement leur r\u00f4le multidimensionnel en respectant les normes du XXIe si\u00e8cle, largement adopt\u00e9es dans de petits mus\u00e9es de pays peu touristiques ? Contribueront-ils, sans trop tarder, \u00e0 faire \u00e9voluer l\u2019image actuelle du patrimoine culturel, qui est le plus souvent celle d\u2019un d\u00e9cor et d\u2019un fardeau encombrant, vers celle d\u2019un secteur rayonnant, source de richesse durable et titre de fiert\u00e9 ? Le dernier rapport de la Cour des comptes ne laisse gu\u00e8re de place \u00e0 l\u2019optimisme b\u00e9at. Il a toutefois le grand m\u00e9rite de montrer que le \u2018\u2019r\u00e9tablissement\u2019\u2019 et la \u2018\u2019r\u00e9invention\u2019\u2019, pr\u00f4n\u00e9s par le th\u00e8me de la JIM 2021, sont possibles pour nos mus\u00e9es. Cette double entreprise n\u2019exige, en fait, que l\u2019application des lois actuelles et leur am\u00e9lioration quand il le faut et, surtout la rupture avec toutes les pratiques qui ont conduit trop longtemps au d\u00e9ficit d\u2019image et au manque \u00e0 gagner.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Professeur Houcine Ja\u00efdi<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31886-dans-nos-musees-la-cour-des-comptes-epingle-l-incurie-la-discorde-et-l-opacite-de-la-gestion\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Professeur Houcine Ja\u00efdi &#8211; Pour la Journ\u00e9e internationale des Mus\u00e9es (JIM), c\u00e9l\u00e9br\u00e9e,\u00a0 en ce 18 mai, pour la 45e ann\u00e9e cons\u00e9cutive, le Conseil international des Mus\u00e9es (ICOM) a choisi comme th\u00e8me \u2018\u2019L\u2019avenir des mus\u00e9es : se r\u00e9tablir et se r\u00e9inventer\u2019\u2019. Le lecteur du compte rendu de la mission de suivi, consacr\u00e9e par la Cour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"\/uploads\/FCK_files\/Houcine-Ja\u00efdi(17).jpg","fifu_image_alt":"Dans nos mus\u00e9es, la Cour des comptes \u00e9pingle l\u2019incurie, la discorde et l\u2019opacit\u00e9 de la gestion","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-116900","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116900","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=116900"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/116900\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=116900"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=116900"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=116900"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}