{"id":117236,"date":"2021-05-23T05:30:00","date_gmt":"2021-05-23T09:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lopacite-est-devenue-une-forme-de-gestion-de-leconomie-du-pays\/"},"modified":"2021-05-23T05:30:00","modified_gmt":"2021-05-23T09:30:00","slug":"lopacite-est-devenue-une-forme-de-gestion-de-leconomie-du-pays","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lopacite-est-devenue-une-forme-de-gestion-de-leconomie-du-pays\/","title":{"rendered":"\u201cL\u2019opacit\u00e9 est devenue une forme de gestion de l\u2019\u00e9conomie du pays\u201d"},"content":{"rendered":"<div id=\"originalText\" readability=\"154\">\n<p><strong>Libert\u00e9 : Une forme de black-out sur l\u2019information statistique, notamment \u00e9conomique, a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Comment expliquez-vous cette opacit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Zine Barka : Il est vrai qu\u2019une forme de raret\u00e9 de l\u2019information statistique s\u2019est manifest\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. On se contente de \u201cl\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s\u201d dans la plupart de nos argumentations, d\u00e9laissant ainsi la rigueur et la pr\u00e9cision de la mesure. C\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit, voire une culture. Cela \u00e9tant, il me semble que cette opacit\u00e9 est devenue une forme de gestion de l\u2019\u00e9conomie du pays. C\u2019est une nouvelle gouvernance. L\u2019information statistique a \u00e9t\u00e9 disponible pendant la p\u00e9riode de planification o\u00f9 il y avait un besoin n\u00e9cessaire de disposer des statistiques sur toutes les activit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales du pays. C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode faste en termes de donn\u00e9es et de publication des rapports et bilans des diff\u00e9rents secteurs \u00e9conomiques. Mais, avec la disparition du minist\u00e8re de la Planification, la production des donn\u00e9es statistiques a commenc\u00e9 \u00e0 se rar\u00e9fier. Mais, avant d\u2019aborder rapidement la situation essentielle de l\u2019opacit\u00e9 des donn\u00e9es statistiques de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, permettez-moi de relever quelques observations \u00e0 l\u2019honneur de quelques institutions gouvernementales qui publient des donn\u00e9es fines et concernent principalement des sp\u00e9cialistes. C\u2019est le cas de la Banque d\u2019Alg\u00e9rie, qui produit du chiffre et de l\u2019analyse de qualit\u00e9, mais les donn\u00e9es ne sont pas toujours r\u00e9centes (2018 pour un bulletin statistique trimestriel publi\u00e9 en mars 2020 !). D\u2019autres institutions financi\u00e8res \u00e9galement pr\u00e9sentent des rapports annuels avec un d\u00e9calage de deux ans en moyenne, ce qui rend l\u2019information un peu obsol\u00e8te. Dans le m\u00eame sillage, il est \u00e0 remarquer que les rapports de la Cour des comptes, longtemps cach\u00e9s, r\u00e9apparaissent, et avec qualit\u00e9, appuy\u00e9s abondamment par des chiffres. C\u2019est le cas notamment du dernier rapport d\u2019appr\u00e9ciation de la Cour des comptes sur l\u2019avant-projet de loi portant r\u00e8glement budg\u00e9taire de l\u2019exercice 2018. Un effort suppl\u00e9mentaire suffirait pour \u00eatre en phase avec l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9alit\u00e9 financi\u00e8re du pays. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, la situation lamentable, en termes de donn\u00e9es statistiques, se situe au minist\u00e8re des Finances, avec un site peu fourni en donn\u00e9es et des mises \u00e0 jour rarement effectu\u00e9es.<\/p>\n<p>Globalement, diverses raisons peuvent \u00eatre avanc\u00e9es pour expliquer ce marasme de la disponibilit\u00e9 de l\u2019information \u00e9conomique. Il y en a bien s\u00fbr d\u2019autres. Primo, les performances de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es se sont beaucoup d\u00e9grad\u00e9es : ch\u00f4mage des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, inflation rampante, disparit\u00e9s des revenus, etc. Devant cette situation, les pouvoirs publics ne vont pas spontan\u00e9ment afficher des arguments quantifi\u00e9s pour ouvrir un d\u00e9bat contradictoire sur le peu d\u2019efficacit\u00e9 de la gestion publique. Il n\u2019y a pas de quoi pavoiser. Secundo, il y a comme un tabou \u00e0 parler du chiffre, et la confidentialit\u00e9 reste de mise dans une administration fortement bureaucratis\u00e9e et toujours en peine \u00e0 se moderniser et \u00e0 accepter l\u2019analyse contradictoire. Tertio, beaucoup d\u2019institutions \u00e9tatiques se sont montr\u00e9es ouvertes dans le pass\u00e9 et ont produit du chiffre et de la r\u00e9flexion, mais tr\u00e8s vite la parenth\u00e8se s\u2019est referm\u00e9e.<\/p>\n<p>En outre, face \u00e0 une offre tr\u00e8s limit\u00e9e des donn\u00e9es statistiques, la demande des diff\u00e9rents agents \u00e9conomiques et partenaires sociaux reste faible et ne s\u2019exprime qu\u2019\u00e0 travers les m\u00e9dias sp\u00e9cialis\u00e9s pour les besoins d\u2019\u00e9tayer les analyses de la conjoncture \u00e9conomique. M\u00eame au niveau de la recherche scientifique la demande demeure contenue et ne s\u2019exprime pas avec toute l\u2019acuit\u00e9 requise en vue de pouvoir entamer des recherches quantifi\u00e9es sur les effets des politiques publiques d\u2019apporter une analyse ind\u00e9pendante et de qualit\u00e9. Enfin, il me semble qu\u2019il y a un sentiment de confort dans cette situation accept\u00e9e par tous les responsables qui refusent d\u2019assumer pleinement leur responsabilit\u00e9 pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre interpell\u00e9s aussi bien par ceux qui m\u00e8nent des analyses de r\u00e9flexion que par le simple citoyen dont l\u2019exigence intellectuelle est maintenant plus \u00e9lev\u00e9e que par le pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les lacunes du syst\u00e8me d\u2019information \u00e9conomique et social figurent sans conteste parmi les tares qui caract\u00e9risent le mode actuel du fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Office national des statistiques (ONS), qui est officiellement l\u2019organisme en charge de la diffusion de l\u2019information statistique, laisse appara\u00eetre des d\u00e9faillances pr\u00e9judiciables \u00e0 toute analyse \u00e9conomique s\u00e9rieuse et incontestable. Les donn\u00e9es ne sont pas mises \u00e0 jour, les publications sont irr\u00e9guli\u00e8res, et surtout on rel\u00e8ve un manque de dynamisme et de r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 la vie \u00e9conomique et sociale. L\u2019ONS n\u2019est plus un support de travail fiable malgr\u00e9 la largesse de l\u2019enveloppe budg\u00e9taire dont il b\u00e9n\u00e9ficie. Il n\u2019a pas su s\u2019adapter et se moderniser en captant et en renouvelant les ing\u00e9nieurs statisticiens, qui dans le pass\u00e9 ont fait un bon travail pour mener les travaux de planification. Il y a eu beaucoup de d\u00e9perdition de cadres comp\u00e9tents. Et, pourtant, maintenant, l\u2019universit\u00e9 avec ces instituts sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019\u00e9conomie quantitative forment des statisticiens et des sp\u00e9cialistes du chiffre, mais l\u2019attractivit\u00e9 de l\u2019emploi et l\u2019environnement socioprofessionnel font que ces jeunes form\u00e9s ne peuvent hisser, \u00e0 eux seuls, le niveau et s\u2019imposer comme des experts reconnus et cr\u00e9dibles. La forme et la pr\u00e9sentation du site web de l\u2019ONS ne met pas en relief d\u2019une fa\u00e7on claire et simple les principaux agr\u00e9gats \u00e9conomiques : population, inflation, ch\u00f4mage et croissance.<\/p>\n<p><strong>Quel est l\u2019impact de cette r\u00e9tention de l\u2019information sur les agents \u00e9conomiques ?<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, les agents \u00e9conomiques basent leurs activit\u00e9s sur la fiabilit\u00e9 et la disponibilit\u00e9 de l\u2019information. L\u2019incertitude et le manque de pr\u00e9cision sont des obstacles certains \u00e0 tout comportement rationnel de nature \u00e0 rendre une activit\u00e9 profitable. Dans une situation caract\u00e9ris\u00e9e par le manque de pr\u00e9cision, comment construire une vision claire et structur\u00e9e de l\u2019avenir ? Toute forme de pr\u00e9vision est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec car elle repose sur des donn\u00e9es qui ne sont pas solides et comprises par tous les agents \u00e9conomiques. Et la cons\u00e9quence est grande sur les agr\u00e9gats \u00e9conomiques, comme la rentabilit\u00e9 du syst\u00e8me fiscal, le niveau de recouvrement, l\u2019efficacit\u00e9 des d\u00e9penses sociales que l\u2019\u00c9tat alloue g\u00e9n\u00e9reusement \u00e0 la population, l\u2019\u00e9tat des finances locales et bien d\u2019autres indicateurs macro\u00e9conomiques. Cette situation de r\u00e9tention de l\u2019information pourrait faire les affaires de cette nouvelle classe sociale qui s\u2019est impos\u00e9e comme partenaire forc\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9vasion et \u00e0 la fraude fiscales et \u00e0 la surfacturation des biens import\u00e9s.<\/p>\n<p>Le grand perdant \u00e9tant bien entendu le Tr\u00e9sor public qui, actuellement, est en d\u00e9tresse pour financer des activit\u00e9s productives g\u00e9n\u00e9ratrices de richesse pour le pays dans son ensemble. La rente p\u00e9troli\u00e8re a toujours jou\u00e9 le r\u00f4le de pompier de secours pour venir colmater les trous b\u00e9ants et arroser des agents \u00e9conomiques d\u2019une fa\u00e7on peu rationnelle pour les maintenir dans la l\u00e9thargie et l\u2019assistanat afin de les \u00e9loigner de la r\u00e9flexion, voire de demander des comptes aux gestionnaires et de devenir, ainsi, de v\u00e9ritables partenaires sociaux.<\/p>\n<p><strong>Dans diff\u00e9rents classements, l\u2019Alg\u00e9rie figure parmi les pays o\u00f9 il y a le moins de transparence dans la gestion des finances publiques. Qu\u2019en est-il actuellement ?<\/strong><\/p>\n<p>H\u00e9las, c\u2019est une bien triste r\u00e9alit\u00e9 que nous observons r\u00e9guli\u00e8rement. Les autorit\u00e9s publiques ne montrent que peu d\u2019importance, voire aucune \u00e0 la question de la transparence dans la gestion des finances publiques. Les r\u00e9sultats de nos enqu\u00eates r\u00e9p\u00e9t\u00e9es le prouvent chaque fois. Il n\u2019y a pas d\u2019am\u00e9lioration de la place de l\u2019Alg\u00e9rie dans le classement mondial. La position plancher est acquise et semble inchang\u00e9e, alors que d\u2019autres pays voisins font d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s. Face \u00e0 cette situation, des recommandations et des commentaires sont \u00e9mis en vue de se rapprocher des bonnes pratiques internationales en mati\u00e8re de transparence budg\u00e9taire, mais aucune d\u00e9cision pratique n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation. Les efforts demand\u00e9s pour am\u00e9liorer la position de l\u2019Alg\u00e9rie ne sont pas \u00e9normes et ne n\u00e9cessitent aucun effort suppl\u00e9mentaire \u00e0 produire. Il s\u2019agit tout simplement de vouloir mettre sur les supports \u00e9lectroniques, le site web en particulier, les diff\u00e9rents rapports produits r\u00e9guli\u00e8rement tout au long de l\u2019ann\u00e9e en ce qui concerne la d\u00e9pense publique et les recouvrements de la fiscalit\u00e9. Il serait tout \u00e0 fait illusoire de dire que ces documents ne sont pas produits par les diff\u00e9rentes directions, en particulier la Direction g\u00e9n\u00e9rale des imp\u00f4ts, la Direction g\u00e9n\u00e9rale du budget ou la Direction du Tr\u00e9sor. Le peu d\u2019informations disponibles rel\u00e8ve du sommaire et ne saurait \u00e9clairer sur l\u2019\u00e9tat de la gestion des finances publiques. Une importante institution centrale, le minist\u00e8re des Finances, dans la gestion des deniers de l\u2019\u00c9tat devrait s\u2019appuyer sur des chiffres, des analyses et une mod\u00e9lisation tr\u00e8s fine pour construire les pr\u00e9visions \u00e9conomiques et donner ainsi un \u00e9clairage aux d\u00e9cideurs et aux investisseurs. Mais il semblerait qu\u2019il y a une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de ne pas diffuser ces informations de gestion de finances publiques. Dans quels buts ? Vouloir exclure le citoyen-chercheur \u00e0 s\u2019engager dans des analyses d\u00e9taill\u00e9es \u00e0 m\u00eame de contribuer \u00e0 \u00e9largir la r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques ou des choix budg\u00e9taires et fiscaux adopt\u00e9s ? Toujours est-il qu\u2019il y a une volont\u00e9 manifeste absolument rigide qui consiste \u00e0 s\u2019approprier d\u2019une fa\u00e7on exclusive la gestion des deniers publics sans partage et autoritaire. Bien entendu, cette attitude n\u2019affecte pas les d\u00e9l\u00e9gations \u00e9trang\u00e8res des institutions financi\u00e8res qui viennent faire la revue r\u00e9guli\u00e8re de la situation des finances publiques et qui, de ce fait, ont un total acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information. Cette dualit\u00e9 dans l\u2019ouverture de l\u2019information financi\u00e8re est devenue une tradition, et le chercheur local est oblig\u00e9 d\u2019aller qu\u00e9mander l\u2019information aupr\u00e8s de ces sources pour mener son travail de r\u00e9flexion scientifique.<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par :\u00a0M. RABHI<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"text_core\" readability=\"154\">\n<p><strong>Libert\u00e9 : Une forme de black-out sur l\u2019information statistique, notamment \u00e9conomique, a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Comment expliquez-vous cette opacit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Zine Barka : Il est vrai qu\u2019une forme de raret\u00e9 de l\u2019information statistique s\u2019est manifest\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. On se contente de \u201cl\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s\u201d dans la plupart de nos argumentations, d\u00e9laissant ainsi la rigueur et la pr\u00e9cision de la mesure. C\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit, voire une culture. Cela \u00e9tant, il me semble que cette opacit\u00e9 est devenue une forme de gestion de l\u2019\u00e9conomie du pays. C\u2019est une nouvelle gouvernance. L\u2019information statistique a \u00e9t\u00e9 disponible pendant la p\u00e9riode de planification o\u00f9 il y avait un besoin n\u00e9cessaire de disposer des statistiques sur toutes les activit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales du pays. C\u2019\u00e9tait une p\u00e9riode faste en termes de donn\u00e9es et de publication des rapports et bilans des diff\u00e9rents secteurs \u00e9conomiques. Mais, avec la disparition du minist\u00e8re de la Planification, la production des donn\u00e9es statistiques a commenc\u00e9 \u00e0 se rar\u00e9fier. Mais, avant d\u2019aborder rapidement la situation essentielle de l\u2019opacit\u00e9 des donn\u00e9es statistiques de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, permettez-moi de relever quelques observations \u00e0 l\u2019honneur de quelques institutions gouvernementales qui publient des donn\u00e9es fines et concernent principalement des sp\u00e9cialistes. C\u2019est le cas de la Banque d\u2019Alg\u00e9rie, qui produit du chiffre et de l\u2019analyse de qualit\u00e9, mais les donn\u00e9es ne sont pas toujours r\u00e9centes (2018 pour un bulletin statistique trimestriel publi\u00e9 en mars 2020 !). D\u2019autres institutions financi\u00e8res \u00e9galement pr\u00e9sentent des rapports annuels avec un d\u00e9calage de deux ans en moyenne, ce qui rend l\u2019information un peu obsol\u00e8te. Dans le m\u00eame sillage, il est \u00e0 remarquer que les rapports de la Cour des comptes, longtemps cach\u00e9s, r\u00e9apparaissent, et avec qualit\u00e9, appuy\u00e9s abondamment par des chiffres. C\u2019est le cas notamment du dernier rapport d\u2019appr\u00e9ciation de la Cour des comptes sur l\u2019avant-projet de loi portant r\u00e8glement budg\u00e9taire de l\u2019exercice 2018. Un effort suppl\u00e9mentaire suffirait pour \u00eatre en phase avec l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9alit\u00e9 financi\u00e8re du pays. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, la situation lamentable, en termes de donn\u00e9es statistiques, se situe au minist\u00e8re des Finances, avec un site peu fourni en donn\u00e9es et des mises \u00e0 jour rarement effectu\u00e9es.<\/p>\n<p>Globalement, diverses raisons peuvent \u00eatre avanc\u00e9es pour expliquer ce marasme de la disponibilit\u00e9 de l\u2019information \u00e9conomique. Il y en a bien s\u00fbr d\u2019autres. Primo, les performances de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es se sont beaucoup d\u00e9grad\u00e9es : ch\u00f4mage des jeunes dipl\u00f4m\u00e9s, inflation rampante, disparit\u00e9s des revenus, etc. Devant cette situation, les pouvoirs publics ne vont pas spontan\u00e9ment afficher des arguments quantifi\u00e9s pour ouvrir un d\u00e9bat contradictoire sur le peu d\u2019efficacit\u00e9 de la gestion publique. Il n\u2019y a pas de quoi pavoiser. Secundo, il y a comme un tabou \u00e0 parler du chiffre, et la confidentialit\u00e9 reste de mise dans une administration fortement bureaucratis\u00e9e et toujours en peine \u00e0 se moderniser et \u00e0 accepter l\u2019analyse contradictoire. Tertio, beaucoup d\u2019institutions \u00e9tatiques se sont montr\u00e9es ouvertes dans le pass\u00e9 et ont produit du chiffre et de la r\u00e9flexion, mais tr\u00e8s vite la parenth\u00e8se s\u2019est referm\u00e9e.<\/p>\n<p>En outre, face \u00e0 une offre tr\u00e8s limit\u00e9e des donn\u00e9es statistiques, la demande des diff\u00e9rents agents \u00e9conomiques et partenaires sociaux reste faible et ne s\u2019exprime qu\u2019\u00e0 travers les m\u00e9dias sp\u00e9cialis\u00e9s pour les besoins d\u2019\u00e9tayer les analyses de la conjoncture \u00e9conomique. M\u00eame au niveau de la recherche scientifique la demande demeure contenue et ne s\u2019exprime pas avec toute l\u2019acuit\u00e9 requise en vue de pouvoir entamer des recherches quantifi\u00e9es sur les effets des politiques publiques d\u2019apporter une analyse ind\u00e9pendante et de qualit\u00e9. Enfin, il me semble qu\u2019il y a un sentiment de confort dans cette situation accept\u00e9e par tous les responsables qui refusent d\u2019assumer pleinement leur responsabilit\u00e9 pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre interpell\u00e9s aussi bien par ceux qui m\u00e8nent des analyses de r\u00e9flexion que par le simple citoyen dont l\u2019exigence intellectuelle est maintenant plus \u00e9lev\u00e9e que par le pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les lacunes du syst\u00e8me d\u2019information \u00e9conomique et social figurent sans conteste parmi les tares qui caract\u00e9risent le mode actuel du fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Office national des statistiques (ONS), qui est officiellement l\u2019organisme en charge de la diffusion de l\u2019information statistique, laisse appara\u00eetre des d\u00e9faillances pr\u00e9judiciables \u00e0 toute analyse \u00e9conomique s\u00e9rieuse et incontestable. Les donn\u00e9es ne sont pas mises \u00e0 jour, les publications sont irr\u00e9guli\u00e8res, et surtout on rel\u00e8ve un manque de dynamisme et de r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 la vie \u00e9conomique et sociale. L\u2019ONS n\u2019est plus un support de travail fiable malgr\u00e9 la largesse de l\u2019enveloppe budg\u00e9taire dont il b\u00e9n\u00e9ficie. Il n\u2019a pas su s\u2019adapter et se moderniser en captant et en renouvelant les ing\u00e9nieurs statisticiens, qui dans le pass\u00e9 ont fait un bon travail pour mener les travaux de planification. Il y a eu beaucoup de d\u00e9perdition de cadres comp\u00e9tents. Et, pourtant, maintenant, l\u2019universit\u00e9 avec ces instituts sp\u00e9cialis\u00e9s dans l\u2019\u00e9conomie quantitative forment des statisticiens et des sp\u00e9cialistes du chiffre, mais l\u2019attractivit\u00e9 de l\u2019emploi et l\u2019environnement socioprofessionnel font que ces jeunes form\u00e9s ne peuvent hisser, \u00e0 eux seuls, le niveau et s\u2019imposer comme des experts reconnus et cr\u00e9dibles. La forme et la pr\u00e9sentation du site web de l\u2019ONS ne met pas en relief d\u2019une fa\u00e7on claire et simple les principaux agr\u00e9gats \u00e9conomiques : population, inflation, ch\u00f4mage et croissance.<\/p>\n<p><strong>Quel est l\u2019impact de cette r\u00e9tention de l\u2019information sur les agents \u00e9conomiques ?<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, les agents \u00e9conomiques basent leurs activit\u00e9s sur la fiabilit\u00e9 et la disponibilit\u00e9 de l\u2019information. L\u2019incertitude et le manque de pr\u00e9cision sont des obstacles certains \u00e0 tout comportement rationnel de nature \u00e0 rendre une activit\u00e9 profitable. Dans une situation caract\u00e9ris\u00e9e par le manque de pr\u00e9cision, comment construire une vision claire et structur\u00e9e de l\u2019avenir ? Toute forme de pr\u00e9vision est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec car elle repose sur des donn\u00e9es qui ne sont pas solides et comprises par tous les agents \u00e9conomiques. Et la cons\u00e9quence est grande sur les agr\u00e9gats \u00e9conomiques, comme la rentabilit\u00e9 du syst\u00e8me fiscal, le niveau de recouvrement, l\u2019efficacit\u00e9 des d\u00e9penses sociales que l\u2019\u00c9tat alloue g\u00e9n\u00e9reusement \u00e0 la population, l\u2019\u00e9tat des finances locales et bien d\u2019autres indicateurs macro\u00e9conomiques. Cette situation de r\u00e9tention de l\u2019information pourrait faire les affaires de cette nouvelle classe sociale qui s\u2019est impos\u00e9e comme partenaire forc\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9vasion et \u00e0 la fraude fiscales et \u00e0 la surfacturation des biens import\u00e9s.<\/p>\n<p>Le grand perdant \u00e9tant bien entendu le Tr\u00e9sor public qui, actuellement, est en d\u00e9tresse pour financer des activit\u00e9s productives g\u00e9n\u00e9ratrices de richesse pour le pays dans son ensemble. La rente p\u00e9troli\u00e8re a toujours jou\u00e9 le r\u00f4le de pompier de secours pour venir colmater les trous b\u00e9ants et arroser des agents \u00e9conomiques d\u2019une fa\u00e7on peu rationnelle pour les maintenir dans la l\u00e9thargie et l\u2019assistanat afin de les \u00e9loigner de la r\u00e9flexion, voire de demander des comptes aux gestionnaires et de devenir, ainsi, de v\u00e9ritables partenaires sociaux.<\/p>\n<p><strong>Dans diff\u00e9rents classements, l\u2019Alg\u00e9rie figure parmi les pays o\u00f9 il y a le moins de transparence dans la gestion des finances publiques. Qu\u2019en est-il actuellement ?<\/strong><\/p>\n<p>H\u00e9las, c\u2019est une bien triste r\u00e9alit\u00e9 que nous observons r\u00e9guli\u00e8rement. Les autorit\u00e9s publiques ne montrent que peu d\u2019importance, voire aucune \u00e0 la question de la transparence dans la gestion des finances publiques. Les r\u00e9sultats de nos enqu\u00eates r\u00e9p\u00e9t\u00e9es le prouvent chaque fois. Il n\u2019y a pas d\u2019am\u00e9lioration de la place de l\u2019Alg\u00e9rie dans le classement mondial. La position plancher est acquise et semble inchang\u00e9e, alors que d\u2019autres pays voisins font d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s. Face \u00e0 cette situation, des recommandations et des commentaires sont \u00e9mis en vue de se rapprocher des bonnes pratiques internationales en mati\u00e8re de transparence budg\u00e9taire, mais aucune d\u00e9cision pratique n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise pour rem\u00e9dier \u00e0 cette situation. Les efforts demand\u00e9s pour am\u00e9liorer la position de l\u2019Alg\u00e9rie ne sont pas \u00e9normes et ne n\u00e9cessitent aucun effort suppl\u00e9mentaire \u00e0 produire. Il s\u2019agit tout simplement de vouloir mettre sur les supports \u00e9lectroniques, le site web en particulier, les diff\u00e9rents rapports produits r\u00e9guli\u00e8rement tout au long de l\u2019ann\u00e9e en ce qui concerne la d\u00e9pense publique et les recouvrements de la fiscalit\u00e9. Il serait tout \u00e0 fait illusoire de dire que ces documents ne sont pas produits par les diff\u00e9rentes directions, en particulier la Direction g\u00e9n\u00e9rale des imp\u00f4ts, la Direction g\u00e9n\u00e9rale du budget ou la Direction du Tr\u00e9sor. Le peu d\u2019informations disponibles rel\u00e8ve du sommaire et ne saurait \u00e9clairer sur l\u2019\u00e9tat de la gestion des finances publiques. Une importante institution centrale, le minist\u00e8re des Finances, dans la gestion des deniers de l\u2019\u00c9tat devrait s\u2019appuyer sur des chiffres, des analyses et une mod\u00e9lisation tr\u00e8s fine pour construire les pr\u00e9visions \u00e9conomiques et donner ainsi un \u00e9clairage aux d\u00e9cideurs et aux investisseurs. Mais il semblerait qu\u2019il y a une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de ne pas diffuser ces informations de gestion de finances publiques. Dans quels buts ? Vouloir exclure le citoyen-chercheur \u00e0 s\u2019engager dans des analyses d\u00e9taill\u00e9es \u00e0 m\u00eame de contribuer \u00e0 \u00e9largir la r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9valuation des politiques publiques ou des choix budg\u00e9taires et fiscaux adopt\u00e9s ? Toujours est-il qu\u2019il y a une volont\u00e9 manifeste absolument rigide qui consiste \u00e0 s\u2019approprier d\u2019une fa\u00e7on exclusive la gestion des deniers publics sans partage et autoritaire. Bien entendu, cette attitude n\u2019affecte pas les d\u00e9l\u00e9gations \u00e9trang\u00e8res des institutions financi\u00e8res qui viennent faire la revue r\u00e9guli\u00e8re de la situation des finances publiques et qui, de ce fait, ont un total acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information. Cette dualit\u00e9 dans l\u2019ouverture de l\u2019information financi\u00e8re est devenue une tradition, et le chercheur local est oblig\u00e9 d\u2019aller qu\u00e9mander l\u2019information aupr\u00e8s de ces sources pour mener son travail de r\u00e9flexion scientifique.<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par :\u00a0M. RABHI<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.liberte-algerie.com\/actualite\/lopacite-est-devenue-une-forme-de-gestion-de-leconomie-du-pays-359169\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Libert\u00e9 : Une forme de black-out sur l\u2019information statistique, notamment \u00e9conomique, a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Comment expliquez-vous cette opacit\u00e9 ? Zine Barka : Il est vrai qu\u2019une forme de raret\u00e9 de l\u2019information statistique s\u2019est manifest\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. 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