{"id":117436,"date":"2021-05-26T04:00:00","date_gmt":"2021-05-26T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/limprevisibilite-de-la-politique-etrangere-tunisienne\/"},"modified":"2021-05-26T04:00:00","modified_gmt":"2021-05-26T08:00:00","slug":"limprevisibilite-de-la-politique-etrangere-tunisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/limprevisibilite-de-la-politique-etrangere-tunisienne\/","title":{"rendered":"L\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 de la politique \u00e9trang\u00e8re Tunisienne"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Monji-Ben-Ra\u00efes-min(10).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par Monji Ben Raies &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Ce qui caract\u00e9rise K. Sa\u00efed, c&rsquo;est sa m\u00e9connaissance totale du monde,&#8230;, mais cette tare aura \u00e9t\u00e9 le propre de tous les Pr\u00e9sidents tunisiens, hormis H. Bourguiba. Y compris Beji Ca\u00efd Essebsi qui demandait \u00e0 l&rsquo;Europe d&rsquo;int\u00e9grer la Turquie, qui reprochait \u00e0 la France l&rsquo;interdiction de la burqa, alors que m\u00eame le roi du Maroc avait pris position contre le voile int\u00e9gral, tout comme l&rsquo;ensemble des musulmans mod\u00e9r\u00e9s du Maghreb ou traitait la Russie de \u00ab\u00a0petit pays\u00a0\u00bb. Cette absolue incompr\u00e9hension du reste du monde, li\u00e9e \u00e0 un nationalisme arabe exacerb\u00e9 et obsol\u00e8te, caract\u00e9rise l&rsquo;ensemble de la classe politique d&rsquo;outre-M\u00e9diterran\u00e9e et une bonne partie de leurs media. Ce qui diff\u00e9rencie l\u2019actuel Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, c&rsquo;est avant tout son caract\u00e8re tranchant et son acerbit\u00e9, sa brutalit\u00e9 verbale, son absence de vernis diplomatique, et bien s\u00fbr son absolutisme oratoire, mais pour le reste&#8230;Lorsqu&rsquo;on se penche sur la politique \u00e9trang\u00e8re tunisienne, on s\u2019\u00e9tonnede l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des modes de prise de d\u00e9cisions. Mais jamais nous n\u2019aurions imagin\u00e9 avoir un jour un Pr\u00e9sident aussi impr\u00e9visible que celui que nous avons aujourd\u2019hui \u00e0 Carthage. L\u2019orientation de sa politique varie selon les journ\u00e9es, les dossiers, ses humeurs du moment, sur l\u2019Europe, la Syrie, le climat, le commerce, le terrorisme, la Palestine. Pour la caract\u00e9riser il faudrait consid\u00e9rer qu\u2019elle est assez floue et folle \u00e0 la fois. Apr\u00e8s un an et demi, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une politique \u00e9trang\u00e8re boulevers\u00e9e par rapport aux premiers mois.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>La gestion actuelle est une politique \u00e9trang\u00e8re incons\u00e9quente,<\/strong><\/span> mot exact qui la caract\u00e9rise et qui recouvre deux acceptions ; elle est incons\u00e9quente, parce qu\u2019elle est incoh\u00e9rente. Il est possible d\u2019avoir une vision un jour, et le contraire ou presque le lendemain. La direction n\u2019est pas claire, ni constante. Elle est incons\u00e9quente en ce que les cons\u00e9quences des d\u00e9cisions ne sont pas mesur\u00e9es. Sur le commerce, les finances\u2026, c\u2019est une politique pulsionnelle, m\u00eame paradoxale, sansaucun cadre strat\u00e9gique. Chacune des t\u00eates de l\u2019ex\u00e9cutif gouverne sans en r\u00e9f\u00e9rer, sans coordination, et m\u00e8ne \u00e0 sa guise ses propres dossiers retenus. L\u2019Etat est devenu schizophr\u00e8ne, souffrant de d\u00e9doublement de la personnalit\u00e9, conduisant \u00e0 des cons\u00e9quences contradictoires.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>L\u2019appareil diplomatique du d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res est mis hors circuit<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Il n\u2019y a aucun doute sur ce point, m\u00eame si cela pourrait changer. Le Ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, n\u2019a plus vraiment l\u2019oreille duPr\u00e9sident, ce qui, entre nous, n\u2019est pas un mal en soi. Mais depuis janvier 2020, la chancellerie tunisienne a subi deux atteintes graves \u00e0 son existence. Elle a \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9e dans la prise de d\u00e9cision et la politique \u00e9trang\u00e8re a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e hors du D\u00e9partement et sans concertation avec lui. La deuxi\u00e8me atteinte, est que son financement a \u00e9t\u00e9 amput\u00e9 s\u00e9rieusement et avec lui, non seulement son fonctionnement, mais aussi sa position face aux institutions internationales. Ka\u00efs Sa\u00efed a vir\u00e9, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, de nombreux conseillers ou collaborateurs, ainsi que nombre d\u2019ambassadeurs, notamment aux Nations Unies.Cela aussi est in\u00e9dit. Lepr\u00e9sident, que l\u2019on d\u00e9crirait comme le docteur Folamour, semble aujourd\u2019hui vouloir se poser comme le sauveur de la d\u00e9mocratie et de la constitution. Il veut contenir les ardeurs et les inepties d\u2019Ennahdha et d\u2019El Karama, des personnages de l\u2019ombre que l\u2019on appelle les \u00ab \u00e9minences grises de l\u2019Etat \u00bb, pour faire en sorte que l\u2019approche traditionnelle pr\u00e9vale, que l\u2019establishment puisse se d\u00e9fendre et que la Tunisie rame \u00e0 contre-courant. L\u2019avenir n\u2019est pas s\u00fbr et n\u2019offre aucun sauveur, mais pour combien de temps. Les changements apport\u00e9s sont significatifs. Othman Jerandi souhaiterait prendre en main de mani\u00e8re plus influente la direction de la diplomatie Tunisienne. Le fait qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre par le chef de l\u2019Etat est une marque de d\u00e9fiance \u00e9vidente, qui lui fait de l\u2019ombre.<\/p>\n<p>Le dossier palestinien est sans aucun doute, avec celui de la Libye,le dossier de politique \u00e9trang\u00e8re le plus lourd de cons\u00e9quence pour la pr\u00e9sidence de Ka\u00efs Sa\u00efed, et pour la plan\u00e8te, compte tenu du fait que la Tunisie est membre non permanent du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des NU pour encore le reste de l\u2019ann\u00e9e, m\u00eame si elle a rat\u00e9 sa pr\u00e9sidence en janvier 2021.Nous esp\u00e9rons qu\u2019Emmanuel Macron aura pu avoir quelque influence positive, et certainementque c\u2019aura \u00e9t\u00e9 un des points tr\u00e8s forts de la visite en France de K. Sa\u00efed. La relation Sa\u00efed-Macron est celle de deux contraires, mais ce sont deux chefs d\u2019Etat pragmatiques. Cela colle parfaitement avec le caract\u00e8re cart\u00e9sien des Fran\u00e7ais. En revanche, lePr\u00e9sident tunisien tire \u00e0 hue et \u00e0 dia, travaillant en corps \u00e0 corps les dossiers qu\u2019il ne ma\u00eetrise pas et dont il a un contr\u00f4le illusoire, essayant de chercher qui sont ses amis et qui sont les ennemis.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Les faucons de Carthage s\u2019en sont all\u00e9s,<\/strong><\/span> autant en apparence qu\u2019en th\u00e9orie, et les mod\u00e9r\u00e9s sont en perte de vitesse. Il ne reste en l\u2019occurrence que les corneilles. En termes d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9, on ne peut pas mieux faire et c\u2019est ce qui inqui\u00e8te face aux dossierslibyen et\/ou palestinien.Le front moyen-oriental est tr\u00e8s explosif\u2026A supposer qu\u2019il ait r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 une strat\u00e9gie, il n\u2019y a aucun plan de match, jusqu\u2019ici et l\u2019on ne peuts\u2019aventurer sur une \u00e9ventuelle solutionSa\u00efed.Certains observateurs disent qu\u2019en Tunisie, la m\u00e9thode est toujours de sortir des trucs \u00e9normes, pour tenter d\u2019obtenir quelque chose. Au final, cela semble quand m\u00eame tr\u00e8s impulsif, car ni en politique int\u00e9rieure, ni en politique \u00e9trang\u00e8re, on ne voit un r\u00e9el plan, une vue d\u2019ensemble. C\u2019est tr\u00e8s improvis\u00e9et il n\u2019est pas s\u00fbr du tout qu\u2019il y ait une r\u00e9flexion sur le que fait-on apr\u00e8s.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Parfois, ce qui est important, c\u2019est de se parler, cr\u00e9do permanent de la diplomatie<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Cela aurait pu \u00eatre la comm\u00e9moration d\u2019un anniversaire. Celui d\u2019un Etat, Isra\u00ebl, c\u00e9l\u00e9brant ses soixante-treize ans d\u2019existence, le temps d\u2019un instant de vie, apr\u00e8s des si\u00e8cles de souffrance, de pers\u00e9cutions et d\u2019errance. Pour cela, il eut fallu un geste de paix, un minimum de modestie humaniste devant l\u2019Histoire, pour faire m\u00e9moire. Pour mesurer, en 1948, que la naissance de l\u2019Etat isra\u00e9lien devait aller de pairavec la naissance d\u2019un Etat palestinien,alors que, lui, n\u2019a toujours pas vu le jour, m\u00eame apr\u00e8s pr\u00e8s de trois-quarts de si\u00e8cle de combats disproportionn\u00e9s. De ce mois de mai 2021, on retiendra en revanche le profond malaise suscit\u00e9 par les images qui nous parviennent \u00e0 travers les media. Pendant que le Premier ministre isra\u00e9lien, tout sourire, expose J\u00e9rusalem comme on brandit un troph\u00e9e, on meurt \u00e0 Gaza sous les balles, les roquettes et les missiles de l\u2019arm\u00e9e isra\u00e9lienne et des villes charg\u00e9es d\u2019histoire sont r\u00e9duites en cendres et poussi\u00e8res.L\u2019heure n\u2019\u00e9tait donc pas \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 comme pourrait l\u2019exiger le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la ville trois fois sainte de J\u00e9rusalem, mais \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019Histoire politique. Avec son flot de paroles guerri\u00e8res, on continue donc de mourir pour J\u00e9rusalem.La d\u00e9cision am\u00e9ricaine de transf\u00e9rer son ambassade de Tel Aviv \u00e0 J\u00e9rusalem, sans aucune contrepartie \u00e0 ce jour connue, n\u2019\u00e9tait pas seulement contraire \u00e0 l\u2019esprit de sept d\u00e9cennies de diplomatie. C\u2019\u00e9tait un geste incendiaire, comme les aime l\u2019extr\u00eame-droite, dans une r\u00e9gion qui ne manque d\u00e9j\u00e0 pas de braises. Un geste d\u2019histoire dans le sang qui a \u00e9loign\u00e9 toute m\u00e9diation possible, du c\u00f4t\u00e9 palestinien et que le peuple paie encore aujourd\u2019hui. Car les hypoth\u00e8ses sur un plan de paix reconnaissant un Etat palestinien, ne laissent gu\u00e8re de place \u00e0 l\u2019optimisme. Il ne trancherait pas sur le principe ou non des deux Etats, et ne limiterait qu\u2019\u00e0 la marge les colonies d\u2019implantation isra\u00e9liennes. Mais \u00e0 l\u2019heure actuelle ni les plans \u00e0 un ni ceux \u00e0 deux Etats ne sont admis. Ce sont les armes qui parlent, pas les hommes. Le Hamas ne veut pas n\u00e9gocier avec Isra\u00ebl, fondant sa politique sur son \u00e9radication inconditionnelle.<\/p>\n<p>Yitzhak Rabin, le soir de son assassinat en novembre 1995 avait pu dire que \u00ab Sans partenaires pour la paix, il ne peut y avoir de paix \u00bb. Depuis, cette d\u00e9claration r\u00e9sonne comme un anath\u00e8me tant les interlocuteurs valables font cruellement d\u00e9faut. Un mur tonitruant de silence s\u00e9pare d\u00e9sormais les deux peuples. Ils n\u2019ont m\u00eame plus en partage la quotidiennet\u00e9 pour ressentir, dans toute son \u00e9vidence, l\u2019absurdit\u00e9 de la guerre et de la haine de l\u2019autre.O\u00f9 sont les partenaires pour la paix aujourd\u2019hui ? Pas dans l\u2019extr\u00eame-droite isra\u00e9lienne qui domine le pays, ni au sein du Hamas et de leurs soutiens iraniens, qui n\u2019ont jamais cess\u00e9 de pr\u00f4ner la destruction d\u2019Isra\u00ebl ; pas non plus dans les pays arabes, d\u00e9liquescents ou incroyablement indiff\u00e9rents \u00e0 la cause palestinienne, encore moins dans une Am\u00e9rique aveugle et arrogante qui ne s\u2019embarrasse plus de jouer les interm\u00e9diaires. La situation se d\u00e9grade, et aucune solution viable ne reste comme membre d\u2019une alternative cr\u00e9dible.Bien s\u00fbr, nul n\u2019ignore que les pr\u00e9cautions diplomatiques ont quelque chose d\u2019artificiel, mais m\u00eame les formes deviennent importantes sur ce coin de terre proche-oriental, quand tout un peuple, depuis soixante-dix ans, attend encore de pouvoir dignement compter sur un Etat, pour exister comme population.<\/p>\n<p>Tous les diplomates qui ont travaill\u00e9, depuis des d\u00e9cennies, sur le conflit isra\u00e9lo-palestinien \u00e9taient d\u2019accord au moins sur un point, ne pas toucher au nerf le plus sensible de la n\u00e9gociation, J\u00e9rusalem, la ville sainte pour les trois grandes religions monoth\u00e9istes, convoit\u00e9e comme capitale par les deux nations en conflit depuis si longtemps. La r\u00e9solution de l\u2019ONU sur le partage de la Palestine, en 1947, faisait d\u2019ailleurs de la ville de J\u00e9rusalem un corps s\u00e9par\u00e9, sous administration internationale. M\u00eame les accords d\u2019Oslo de 1993, pr\u00e9voyaient que son statut ne pouvait \u00eatre d\u00e9fini que par la n\u00e9gociation ; contrairement aux pr\u00e9tentions isra\u00e9liennes, depuis 1980, de proclamer J\u00e9rusalem capitale \u00e9ternelle et indivisible.Le ch\u0153ur des condamnations, du Pape \u00e0 P\u00e9kin en passant par les chancelleries europ\u00e9ennes et arabes, \u00e9taient d\u2019une rare unanimit\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant le monde fait une fixation sur un seul cas de figure, th\u00e9orique, sans volont\u00e9 de changer de m\u00e9thode, sans m\u00eame l\u2019amorce d\u2019un processus de red\u00e9finition des \u00e9quilibres r\u00e9gionaux qui pourrait permettre la naissance, enfin, de l\u2019Etat palestinien. Une solution \u00e0 un ou deux Etats, et dont J\u00e9rusalem, probablement, pourrait aussi devenir la capitale de la Palestine, comme celle d\u2019Isra\u00ebl.<br \/>A dire vrai, il y a bien effectivement un air satur\u00e9 au Moyen-Orient. En Syrie, en Irak, au Liban et au Y\u00e9men, des drames se consument dans le silence. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019Iran a patiemment tiss\u00e9 sa toile depuis le fiasco irakien et p\u00e8se, dor\u00e9navant, sur de nombreuses pi\u00e8ces du puzzle r\u00e9gional. Pour contrer cette emprise, un rapprochement assez in\u00e9dit est en cours entre diff\u00e9rents pays arabes, dont l\u2019Arabie Saoudite, et Isra\u00ebl, sous la b\u00e9n\u00e9diction des USA, selon un processus de normalisation d\u00e9sign\u00e9s par les accords d\u2019Abraham. Mais ces man\u0153uvres sentent davantage la poudre que la paix. La brutalit\u00e9 am\u00e9ricaine offre sur un plateau un terrain d\u2019entente entre Turcs, Russes, Egyptiens et Iraniens, ce qui inqui\u00e8te certains strat\u00e8ges. Car si aucun plan de paix s\u00e9rieux ne leur succ\u00e8de, ce que l\u2019on peut ais\u00e9ment imaginer, la perte de fiabilit\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique n\u2019en sera que plus patente, au risque de mettre le feu aux poudres.<\/p>\n<p>Si l\u2019indignation des Etats est compr\u00e9hensible, elle ne peut aller jusqu\u2019\u00e0 la propagande de la haine en encourageant et en tol\u00e9rant des manifestations telles que celles qu\u2019a connu la Tunisie. Mais porter le drapeau palestinien associ\u00e9 \u00e0 celui tunisien au revers de son veston, pour un chef d\u2019Etat, est ostentatoire et une marque de subjectivit\u00e9 qui compromettent la diplomatie. Il est de plus scandaleux d\u2019\u00e9taler le probl\u00e8me palestinien dans les \u00e9coles primaires et de diffuser insidieusement des messages latents de haine raciale et religieuse \u00e0 travers le salut de deux drapeaux ; ou encore en d\u00e9cr\u00e9tant la semaine de la Palestine dans les \u00e9coles tunisiennes du 17 au 22 mai 2021. Que sont la s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s de sensibilisation et d\u2019\u00e9ducation, dans le cadre de la volont\u00e9 d\u2019\u00e9duquer les jeunes \u00e0 la cause palestinienne. Le gouvernement tunisien souhaite peut-\u00eatre endoctriner les enfants \u00e0 la haine et entretenir le cycle. Il demeure que cette initiative est tendancieuse et inopportune. Laissons nos enfants loin de la guerre et de la politique et pr\u00e9servons-les.<\/p>\n<p>La question des rapports entre la Palestine et le Maghreb, et plus particuli\u00e8rement la Tunisie ne doit pas se limiter \u00e0 la seule transnationalisation activiste adoptant la violence politique comme principal r\u00e9pertoire d\u2019action. L\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie strat\u00e9gique doit rejeter l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un rapport de force militaire face \u00e0 Isra\u00ebl de la part des \u00c9tats arabes. La Tunisie doit se dissocier de l\u2019attitude maximaliste des \u00c9tats arabes vis-\u00e0-vis d\u2019Isra\u00ebl, notre Etat se devant de pr\u00e9server des lignes d\u2019alliances g\u00e9opolitiques aussi diverses que parfois contradictoires.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>De l\u2019image de la Palestine que l\u2019on dessine d\u00e9pend aussi l\u2019image de la Tunisie que l\u2019on souhaite<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le r\u00e9gime actuel raccroche la Tunisie au conflit isra\u00e9lo-arabe, et, de mani\u00e8re concomitante, pose la Palestine comme symbole mobilisateur pour la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne. La centralit\u00e9 de la question palestinienne dans la pratique politique tunisienne sert encore de r\u00e9f\u00e9rent l\u00e9gitimant et de signifiant structurant. Le recours \u00e0 la th\u00e9matique palestinienne s\u2019inscrit pour l\u2019ensemble des tendances politiques dans une strat\u00e9gie d\u2019instrumentalisation li\u00e9e \u00e0 des enjeux politiques internes.Les uns comme les autres cherchent dans la question palestinienne, entre autres \u00e9l\u00e9ments, le ferment de leur propre l\u00e9gitimit\u00e9 politique. La signification donn\u00e9e \u00e0 la question palestinienne sert pour l\u2019essentiel \u00e0 contester la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019adversaire du moment. De l\u2019image de la Palestine que l\u2019on dessine d\u00e9pend aussi l\u2019image de la Tunisie que l\u2019on souhaite. La vision de la Palestine est celle qui s\u2019attache \u00e0 l\u2019histoire d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration politique form\u00e9e pour l\u2019essentiel dans le souvenir des nationalismes arabes, des gauches radicales, et des tiers-mondismes dits \u00ab progressistes \u00bb du pass\u00e9, qu\u2019il s\u2019agirait encore de r\u00e9activer. Pour Ennahdha et la mouvance tunisienne des fr\u00e8res musulmans, l\u2019image de la Palestine est intimement li\u00e9e \u00e0 celle du mouvement islamiste palestinien, qui forment, \u00e0 partir de 1987, le Hamas (Mouvement de la r\u00e9sistance islamique) et, partant, \u00e0 l\u2019essor politique des formations issues des Fr\u00e8res musulmans dans le contexte des soul\u00e8vements arabes. Ces deux visions de la Palestine renvoient \u00e0 un d\u00e9bat interne, portant sur l\u2019identit\u00e9 politique m\u00eame de la Tunisie, les uns privil\u00e9giant une vision arabo-tiers-mondiste-progressiste, les autres une identit\u00e9 arabo-islamique. Ce serait une Tunisie avec, en miroir, plusieurs Palestine, celle, distante et pass\u00e9e, bourguibienne, celle du mouvement Ennahdha, et celle du mouvement syndical et de la gauche radicale tunisienne. Et pourtant, la diversit\u00e9 des interpr\u00e9tations et des significations donn\u00e9es \u00e0 la question palestinienne en Tunisie, son instrumentalisation politique dans la conjoncture actuelle par les diff\u00e9rentes parties, t\u00e9moignent aussi de son effet continu d\u2019attraction et de s\u00e9duction politique. Elles confirment peut-\u00eatre le fait que la question palestinienne, m\u00eame marginalis\u00e9e par les r\u00e9volutions arabes, m\u00eame mise en retrait par la pand\u00e9mie de Sars-Cov-2, en demeure un des enjeux symboliques majeurs.<\/p>\n<p>Les populations sont plus frustr\u00e9es que jamais par l\u2019absence de toute perspective de paix et de s\u00e9curit\u00e9. Les Politiques ont de moins en moins de prise sur les factions radicales, y compris au sein du Hamas. Les deux responsables qui devraient n\u00e9gocier, M. Abbas et B. Netanyahu, sont dans une impasse. Le repr\u00e9sentant Palestinien, us\u00e9 par le temps et marginalis\u00e9 pour n\u2019avoir rien obtenu de ses ann\u00e9es de m\u00e9diation. Le premier ministre Isra\u00e9lien, enferm\u00e9 dans une logique radicale et aveugle, sous la pression des extr\u00e9mistes de son propre camp qui voient, dans la d\u00e9liquescence de la cause palestinienne, la perspective d\u2019une mainmise d\u00e9finitive isra\u00e9lienne sur J\u00e9rusalem. Le risque islamiste n\u2019est pas une lubie isra\u00e9lienne. Dans le conflit actuel, le Hamas a fini par incarner, de mani\u00e8re assez tragique, la r\u00e9sistance palestinienne. Il n\u2019y a pas de leadership pour sortir de cette situation et donc celle-ci va se d\u00e9rouler de mani\u00e8re assez classique, en fonction de l\u2019\u00e9valuation par les parties du co\u00fbt\/b\u00e9n\u00e9fice, sans solution politique, sans n\u00e9gociation entre les bellig\u00e9rants. B\u00e2tir un Etat palestinien dans un d\u00e9sert diplomatique, lorsque les Etats arabes de la r\u00e9gion s\u2019effondrent, para\u00eet plus impossible que jamais.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Les responsabilit\u00e9s du gouvernement isra\u00e9lien, au pouvoir depuis huit ans, sont ind\u00e9niables.<\/strong><\/span> Sa politique de colonisation injustifiable au regard du droit international, les destructions des habitations palestiniennes sortant de l\u2019imp\u00e9ratif s\u00e9curitaire. L\u2019esplanadedes Mosqu\u00e9es, ou Mont du temple pour les H\u00e9breux, est de nouveau au c\u0153ur des esprits d\u2019aujourd\u2019hui. Les vieilles pierres nous parlent de guerres anciennes, mais elles peuvent aussi nourrir celles d\u2019aujourd\u2019hui dans la vieille ville de J\u00e9rusalem.Faire table rase des vis\u00e9es palestiniennes sur J\u00e9rusalem-Est, sans remettre en question la pr\u00e9tention isra\u00e9lienne sur J\u00e9rusalem-ouest comme certains ministres isra\u00e9liens sont tent\u00e9s de le faire, c\u2019est allumer un feu incontr\u00f4lable. C\u2019est donner force \u00e0 l\u2019alibi religieux sur la raison politique, qui a pourtant toujours distingu\u00e9 la cause palestinienne. Le contexte r\u00e9gional nous dit l\u2019ampleur du risque de laisser J\u00e9rusalem glisser sur cette pente.Il serait peut-\u00eatre opportun de faire de J\u00e9rusalem une Cit\u00e9-Etat sous protection internationale comme le Vatican. Qui sait ?! mais encore faudrait-il que quelqu\u2019un porte le projet en hauts lieux. La Tunisie, pourquoi pas ? Nous sommesdans une impasse, et \u00e0 tout moment un d\u00e9rapage peut se produire avec des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses qui montrent bien que le pire n&rsquo;est plus \u00e0 exclure.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Isra\u00ebl commet un meurtre de masse et un crime de guerre<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Isra\u00ebl, en employant sa machine militaire contre une population civile d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e, et qui sert de bouclier humain au Hamas, sans parler de l&rsquo;engagement des \u00c9tats-Unis \u00e0 fournir une aide de 38 milliards de dollars, au cours de la prochaine d\u00e9cennie, n&rsquo;exerce pas \u00able droit de se d\u00e9fendre\u00bb. La l\u00e9gitime d\u00e9fense est r\u00e8glement\u00e9e en droit international par le chapitre VII de la Charte des NU et est r\u00e9gie par le principe de proportionnalit\u00e9 des contre-mesures mises en \u0153uvre.Isra\u00ebl commet un meurtre de masse et un crime de guerre. Gaza, la plus grande prison \u00e0 ciel ouvert du monde, o\u00f9 plus de 2 millions de Palestiniens vivent dans des conditions inhumaines, au bord de la famine, luttent pour trouver de l&rsquo;eau potable et endurent la terreur isra\u00e9lienne constante. L&rsquo;utilisation aveugle par Isra\u00ebl d&rsquo;armes modernes et industrielles fait que ce conflitn&rsquo;est pas une guerre mais une terreur soutenue par un \u00c9tat, tout comme peuvent l\u2019\u00eatre les tirs aveugles de roquettes par le Hamas sur Isra\u00ebl, ou encore les attentatssuicides, \u00e0 consid\u00e9rer aussi comme des crimes de guerre.Il faut \u00eatre conscient de l&rsquo;\u00e9norme disproportionnalit\u00e9 qu\u2019il peut y avoir entre la violence industrielle men\u00e9e par Isra\u00ebl contre des civils et les actes minimaux qu\u2019il subit, violences men\u00e9es par des groupes extr\u00e9mistes tels que le Hamas. Contrevenant au droit international, Isra\u00ebl enfreint syst\u00e9matiquement plus de 30 r\u00e9solutions du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;ONU. Il est en violation de <em>l&rsquo;article 33 de la quatri\u00e8me Convention de Gen\u00e8ve qui d\u00e9finit le ch\u00e2timent collectif d&rsquo;une population civile comme un crime de guerre. Il est aussi en contravention de l&rsquo;article 49 de la quatri\u00e8me Convention de Gen\u00e8ve sur l&rsquo;installation de plus d&rsquo;un demi-million d&rsquo;Isra\u00e9liens juifs sur des terres palestiniennes occup\u00e9es et sur la \u00ab purification ethnique \u00bb d&rsquo;au moins 750000 Palestiniens, lorsque l&rsquo;\u00c9tat isra\u00e9lien a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 et 300000 autres apr\u00e8s Gaza, J\u00e9rusalem-Est et La Cisjordanie occup\u00e9e apr\u00e8s la guerre de 1967 ; l\u2019annexion de J\u00e9rusalem-Est et des hauteurs du Golan syrien viole manifestement le droit international, tout comme la construction d&rsquo;une barri\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 en Cisjordanie, enviolation de la r\u00e9solution 194 de l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies du 11 d\u00e9cembre 1948, qui dispose que \u00ables r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens souhaitant rentrer chez eux et vivre en paix avec leurs voisins devraient \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 le faire le plus t\u00f4t possible\u00bb.<\/em> Ces crimes et ces violations du droit international humanitaire sont perp\u00e9tr\u00e9s avec la complicit\u00e9 de l\u2019Arabie Saoudite et l\u2019Egypte actuelle, qui garde sa fronti\u00e8re commune avec l\u2019 \u00ab Autorit\u00e9 Palestinienne \u00bb ferm\u00e9e aux Palestiniens, les pi\u00e9geant dans la bande de Gaza, l&rsquo;un des endroits les plus dens\u00e9ment peupl\u00e9s de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><em>Universitaire,<br \/>Enseignant et chercheur en Droit public et sciences politiques,<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences Politiques de Tunis<\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31929-l-imprevisibilite-de-la-politique-etrangere-tunisienne\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monji Ben Raies &#8211; Ce qui caract\u00e9rise K. Sa\u00efed, c&rsquo;est sa m\u00e9connaissance totale du monde,&#8230;, mais cette tare aura \u00e9t\u00e9 le propre de tous les Pr\u00e9sidents tunisiens, hormis H. Bourguiba. 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