{"id":117557,"date":"2021-05-28T07:29:00","date_gmt":"2021-05-28T11:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/hakim-el-karoui-interpelle-leurope-pour-soutenir-les-pays-du-maghreb-letranger-proche\/"},"modified":"2021-05-28T07:29:00","modified_gmt":"2021-05-28T11:29:00","slug":"hakim-el-karoui-interpelle-leurope-pour-soutenir-les-pays-du-maghreb-letranger-proche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/hakim-el-karoui-interpelle-leurope-pour-soutenir-les-pays-du-maghreb-letranger-proche\/","title":{"rendered":"Hakim El Karoui interpelle l\u2019Europe pour soutenir les pays du Maghreb, \u2018\u2019l\u2019\u00e9tranger proche\u2019\u2019"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Le Maghreb constitue un nouvel enjeu strat\u00e9gique pour l\u2019Europe. C\u2019est pourquoi elle doit rester tr\u00e8s attentive \u00e0 la situation dans cette r\u00e9gion et trouver des solutions, pas seulement d\u2019ordre financier, pour contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 de ces pays. Cela d\u00e9pend du bien-\u00eatre des populations, bien plus que le seul soutien aux r\u00e9gimes. Agissons tant qu\u2019il est encore temps. \u00bb C\u2019est l\u2019appel pressant que lance Hakim El Karoui dans une tribune parue dans le quotidien le Monde de ce vendredi 28 mai. Il est adoss\u00e9 une note intitul\u00e9e : \u00ab La stabilit\u00e9 du Maghreb, un imp\u00e9ratif pour l\u2019Europe \u00bb, publi\u00e9e par l\u2019Institut Montaigne.<\/p>\n<p>Analysant les indicateurs \u00e9conomiques et financiers du Maroc, de l\u2019Alg\u00e9rie et de la Tunisie, et l\u2019effet que la crise sanitaire du Covid et ses suites ont provoqu\u00e9, Hakim El Karoui prend \u00e9galement en compte les int\u00e9r\u00eats r\u00e9cemment manifest\u00e9s pour la r\u00e9gion par certains pays comme la Chine, la Turquie et le Qatar. Il met surtout en exergue les risques encourus par l\u2019Europe faut d\u2019une prise de conscience agissante de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 apporter au Maghreb un regard nouveau et un appui substantiel.<\/p>\n<p>S&rsquo;agissant de la Tunisie, il \u00e9crit notamment : Selon les sc\u00e9narios les plus optimistes, les besoins de financement tunisiens seraient entre 3 et 5 milliards de dollars, et entre 5 et 9 milliards de dollars pour les sc\u00e9narios pessimistes. La Tunisie a besoin de trouver en urgence des financements compl\u00e9mentaires. (&#8230;) En cas de d\u00e9faillance des alli\u00e9s traditionnels de la Tunisie, il ne peut \u00eatre exclu que la Turquie du Pr\u00e9sident Erdogan sollicite des investissements qataris en Tunisie. Ainsi, elle prendrait des parts de march\u00e9 en Tunisie mais gagnerait aussi en poids politique. En effet, la Turquie dispose en Tunisie d\u2019un alli\u00e9 de poids en la personne de Rached Ghannouchi, chef du parti Ennahda.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.institutmontaigne.org\/publications\/la-stabilite-du-maghreb-un-imperatif-pour-leurope\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">T\u00e9l\u00e9charger la note int\u00e9grale<\/a><\/p>\n<p>La M\u00e9diterran\u00e9e n\u2019est pas une fronti\u00e8re : les flux d\u2019hommes, d\u2019id\u00e9es, de marchandises, d\u2019argent en ont fait depuis longtemps une interface beaucoup plus qu\u2019une barri\u00e8re. Les six millions de Fran\u00e7ais originaires du Maghreb font aujourd\u2019hui que le destin de la France est li\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9gion du monde. C\u2019est aussi le cas pour l\u2019Espagne, avec le Maroc, et l\u2019Italie, avec la Tunisie et la Libye. Le Sud de l\u2019Europe est arrim\u00e9 au Nord de l\u2019Afrique, pour le meilleur &#8211; les \u00e9changes culturels, les services comme le tourisme, l\u2019\u00e9conomie du care, la coop\u00e9ration industrielle &#8211; comme pour le pire, avec l\u2019islamisme radical europ\u00e9en qui prend ses racines au Maghreb.<\/p>\n<p>L\u2019Europe &#8211; et particuli\u00e8rement la France &#8211; n\u2019a pas n\u00e9cessairement su prendre la mesure des transformations sociales qui ont provoqu\u00e9 les r\u00e9voltes du printemps arabe il y a une d\u00e9cennie. Ce rendez-vous manqu\u00e9 ne doit pas se reproduire \u00e0 l\u2019occasion de la crise sanitaire et de ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Depuis de nombreuses ann\u00e9es, les pays europ\u00e9ens ont le sentiment de voir se r\u00e9tr\u00e9cir leur sph\u00e8re d\u2019influence en Afrique du Nord. D\u2019autres pays, notamment des \u00e9conomies \u00e9mergentes, ont su trouver leur place aupr\u00e8s des nouvelles \u00e9lites \u00e9conomiques et formuler des propositions de partenariat concurrentes \u00e0 celles des Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Les d\u00e9s ne sont pourtant pas jet\u00e9s. Il n\u2019y a aucune fatalit\u00e9 \u00e0 ce que les liens entre les deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e s\u2019estompent au profit d\u2019une pr\u00e9sence turque, qatarie, chinoise ou russe renforc\u00e9e. Nous avons de nombreux atouts et au-del\u00e0 nous partageons une histoire et un destin communs avec ces pays.<\/p>\n<p>Cette note dresse un \u00e9tat des lieux complet du Maroc, de la Tunisie et de l\u2019Alg\u00e9rie, avant la crise du Covid-19 et depuis. L\u2019Institut Montaigne y plaide pour que les Europ\u00e9ens octroient un soutien massif au Maghreb, notamment \u00e0 la Tunisie, sans contrepartie trop brutale, pour \u00e9viter un choc social et politique qui y menacerait le fragile \u00e9difice d\u00e9mocratique.<\/p>\n<h2>Avant le Covid-19 et depuis : quel \u00e9tat des lieux \u00e9conomique ?<\/h2>\n<p><span class=\"c4\"><strong>La Tunisie, une d\u00e9mocratie au mod\u00e8le \u00e9conomique \u00e0 r\u00e9inventer<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Symbole politique unique dans le monde arabe, la Tunisie a r\u00e9ussi sa transition d\u00e9mocratique. Ses indices de transparence sont au niveau des grandes d\u00e9mocraties \u00e9mergentes, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019Inde ou du Br\u00e9sil. Mais, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des pays les plus comp\u00e9titifs du continent africain, la Tunisie voit sa situation \u00e9conomique et financi\u00e8re se d\u00e9grader depuis les ann\u00e9es 2010 pour atteindre -7 % de croissance en 2020.<\/p>\n<p>Le pays est d\u00e9sormais caract\u00e9ris\u00e9 par un potentiel de croissance trop peu exploit\u00e9, un manque de productivit\u00e9 et une certaine stagnation \u00e9conomique. Le secteur primaire (pr\u00e8s de 13 % des emplois tunisiens), trop orient\u00e9 vers la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire nationale, est insuffisamment tourn\u00e9 vers le commerce ext\u00e9rieur. La Tunisie ne dispose d\u2019aucune rente naturelle. C\u2019est donc sur les exportations li\u00e9es aux services (principalement le tourisme) et sur les flux d\u2019investissements \u00e9trangers (IDE), notamment dans le textile et la micro-\u00e9lectronique, que repose l\u2019\u00e9conomie tunisienne. Malgr\u00e9 une forte diversification de son \u00e9conomie et de r\u00e9els atouts comme le faible co\u00fbt du travail associ\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me de formation relativement efficace, la Tunisie peine \u00e0 valoriser pleinement ses atouts.<\/p>\n<p>La Tunisie conna\u00eet un fort taux de ch\u00f4mage, environ 15 % de la population active. Sa croissance d\u00e9mographique rapide, d\u2019environ 1 % par an, ralentit la capacit\u00e9 d\u2019absorption du march\u00e9 du travail de sorte que les taux de ch\u00f4mage des 15-24 ans comme celui des dipl\u00f4m\u00e9s s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 environ 35 % et 30 % respectivement.<\/p>\n<p>Afin de calmer la col\u00e8re sociale, les autorit\u00e9s ont massivement eu recours \u00e0 l\u2019augmentation de l\u2019emploi public, en titularisant notamment des personnes en contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e et en recrutant massivement dans la fonction publique dans les zones les plus pauvres. D\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 2016, on d\u00e9nombrait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s de 600 000 emplois publics, contre un peu moins de 450 000 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2010. Aujourd\u2019hui, la masse salariale repr\u00e9sente environ la moiti\u00e9 de la d\u00e9pense publique tunisienne. L\u2019emploi public culmine \u00e0 pr\u00e8s de 18 % du total &#8211; un record mondial.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le \u00e9conomique a fortement \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9 par la crise de 2020 et le \u00ab\u00a0Grand confinement\u00a0\u00bb. La r\u00e9ponse des autorit\u00e9s tunisiennes a \u00e9t\u00e9 coh\u00e9rente sur le plan sanitaire mais limit\u00e9e financi\u00e8rement. Par exemple, le gouvernement a vers\u00e9 deux tiers du SMIC aux familles les plus pauvres, soit 140 euros.<\/p>\n<p>Avec un total d\u2019environ 2 points de PIB, le plan de relance li\u00e9 aux mesures d\u2019urgence demeure modeste, compar\u00e9 \u00e0 la moyenne mondiale et \u00e0 celle des pays \u00e9mergents (respectivement, pr\u00e8s de 3,5 et 3 points de PIB).<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Le Maroc, un mod\u00e8le de croissance expansif malgr\u00e9 de fortes in\u00e9galit\u00e9s<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le Maroc et la Tunisie partagent certaines caract\u00e9ristiques de d\u00e9veloppement :<br \/>un mod\u00e8le de croissance \u00ab\u00a0ouvert\u00a0\u00bb (taux d\u2019ouverture avant-crise proche de 90 %) qui repose sur les exportations touristiques et sur la consommation; un secteur primaire important, qui repr\u00e9sente 12,5 % du PIB et concerne un tiers de la population active.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0printemps arabe\u00a0\u00bb et la recrudescence de l\u2019instabilit\u00e9 r\u00e9gionale ont largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 au Maroc. Le pays se situe une vingtaine de places devant la Tunisie dans les classements Doing Business et Global Competitive Index. Les flux touristiques le d\u00e9montrent : le Maroc a enregistr\u00e9 une croissance nettement plus importante que la Tunisie ou m\u00eame l\u2019\u00c9gypte &#8211; o\u00f9 les arriv\u00e9es se sont effondr\u00e9es lors des manifestations de 2011 et des vagues d\u2019attentats de 2015 et 2016.<\/p>\n<p>Mais de fortes in\u00e9galit\u00e9s y persistent. Le Maroc souffre, comme la Tunisie, d\u2019un taux de ch\u00f4mage important, principalement chez les jeunes de 15-24 ans (21,9 %). La participation des femmes au march\u00e9 du travail (19,9 % en 2020) est pr\u00e8s de deux fois inf\u00e9rieure \u00e0 la moyenne des pays en voie de d\u00e9veloppement (45 %). Le taux d\u2019alphab\u00e9tisation des femmes est inf\u00e9rieur d\u2019environ 20 points \u00e0 celui des hommes. Par cons\u00e9quent, les femmes marocaines sont plus nombreuses qu\u2019ailleurs dans le secteur informel.<\/p>\n<p>Plus largement, les principaux indicateurs sociaux sont inf\u00e9rieurs au reste des pays du Maghreb. Mais si le Maroc peine \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s structurelles, le pays a rapidement mobilis\u00e9 un grand nombre d\u2019outils de financement pour g\u00e9rer l\u2019urgence sanitaire de 2020 et soutenir les populations fragiles. D\u00e8s le d\u00e9but de la crise de Covid-19, les autorit\u00e9s marocaines ont effectivement mobilis\u00e9 3 milliards de dollars, soit 3 % du PIB. Mais ce montant ne suffit pas \u00e0 contenir l\u2019accroissement rapide du ratio d\u2019endettement et le creusement des d\u00e9ficits courants.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>L\u2019Alg\u00e9rie, des fondamentaux \u00e9conomiques d\u00e9pendants du cours des hydrocarbures<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de croissance alg\u00e9rien est fond\u00e9 sur un triptyque :<\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\"><strong>\u2022<\/strong><\/span> production et exportation des ressources, notamment en hydrocarbures qui repr\u00e9sentent entre 20 et 25 % du PIB national et plus de 90 % des exportations ;<\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\"><strong>\u2022<\/strong><\/span> faible tertiarisation de l\u2019activit\u00e9, notamment en ce qui concerne le tourisme et les services \u00e0 la personne ;<br \/>forte pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>La p\u00e9rennit\u00e9 de ce mod\u00e8le de croissance d\u00e9pend donc fortement des cours des hydrocarbures. Or, depuis 2014, on observe une baisse tendancielle des rentes p\u00e9troli\u00e8res, ce qui impacte r\u00e9ellement le PIB alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>La baisse des recettes p\u00e9troli\u00e8res a conduit \u00e0 un accroissement du d\u00e9ficit budg\u00e9taire depuis cinq ans. En 2015, il atteignait -16 % du PIB. L\u2019endettement public int\u00e9rieur a continu\u00e9 \u00e0 se creuser, passant \u00e0 46,3 % du PIB en 2019. Le double choc p\u00e9trolier et sanitaire du premier semestre 2020 a abouti \u00e0 une contraction du secteur des hydrocarbures, une baisse de la consommation et une chute de l\u2019investissement. La crise est financi\u00e8re mais aussi sociopolitique. La stabilit\u00e9 sociale et politique de l\u2019Alg\u00e9rie repose depuis la fin des ann\u00e9es 1990 sur ses d\u00e9penses sociales.<\/p>\n<p>Les d\u00e9penses sociales au sens large repr\u00e9sentent environ 25 % du PIB, soit 5 points de plus que la moyenne de l\u2019OCDE &#8211; un montant consid\u00e9rable. La soutenabilit\u00e9 de ce syst\u00e8me de redistribution massive via les transferts sociaux en Alg\u00e9rie est conditionn\u00e9e \u00e0 un prix \u00e9lev\u00e9 du baril de p\u00e9trole. L\u2019effondrement des prix du p\u00e9trole au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020 a ainsi mis en p\u00e9ril un syst\u00e8me de transferts sociaux essentiels pour la stabilit\u00e9 politique du pays.<\/p>\n<p>Cette politique de transferts sociaux permet de compenser un taux d\u2019emploi tr\u00e8s faible, avec un taux d\u2019activit\u00e9 parmi les plus bas au monde (42 % en moyenne).<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie doit donc trouver d\u2019autres sources de financement pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de son syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Avant la pand\u00e9mie, les pays du Maghreb \u00e9taient porteurs de fragilit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales. Ces derni\u00e8res se sont accentu\u00e9es avec la crise. Pour y faire face, cette note projette des sc\u00e9narios macro\u00e9conomiques par lesquels l\u2019Institut Montaigne \u00e9value clairement et pr\u00e9cis\u00e9ment les besoins de financement des trois pays maghr\u00e9bins.<\/p>\n<h2>Sortir de la crise : quels sc\u00e9narios ?<\/h2>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Le cas tunisien<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La Tunisie a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un pr\u00eat d\u2019urgence d\u2019environ 753 millions de dollars de la part du FMI en avril 2020. Cette somme ne suffira pas \u00e0 couvrir l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du besoin de financement public du pays en 2021. 1 milliard de dollars suppl\u00e9mentaires pourraient lui \u00eatre accord\u00e9s, mais ils sont conditionn\u00e9s \u00e0 la mise en place de r\u00e9formes structurelles n\u00e9goci\u00e9es avec le pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement.<\/p>\n<p>Selon les sc\u00e9narios les plus optimistes, les besoins de financement tunisiens seraient compris entre 3 et 5 milliards de dollars, et entre 5 et 9 milliards de dollars pour les sc\u00e9narios pessimistes. La Tunisie a besoin de trouver en urgence des financements compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p><span class=\"c4\">Le cas marocain<\/span><\/p>\n<p>Le Maroc a lev\u00e9 environ 3 milliards de dollars en d\u00e9cembre 2020. Le FMI soulignait d\u00e9but 2021 que la dette marocaine semblait soutenable \u00e0 court terme.<br \/>Le pays doit n\u00e9anmoins financer un grand plan de d\u00e9veloppement \u00e0 moyen terme : renforcement de son capital humain (d\u00e9ficiences structurelles pour l\u2019\u00e9ducation par exemple), financement en infrastructures et industries de r\u00e9seaux (notamment le r\u00e9seau routier), transition \u00e9nerg\u00e9tique et modernisation du syst\u00e8me de protection sociale et de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Selon les sc\u00e9narios optimistes, les besoins de financement par le Maroc se situeraient entre 3,5 et 6,5 milliards de dollars. Entre 6 et 11 milliards de dollars seront n\u00e9cessaires selon les sc\u00e9narios pessimistes, s\u2019il ne dispose pas d\u2019aide des bailleurs internationaux.<\/p>\n<p><strong><span class=\"c4\">Le cas alg\u00e9rien<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Des trois pays du Maghreb, c\u2019est l\u2019Alg\u00e9rie qui d\u00e9tient le d\u00e9ficit budg\u00e9taire le plus important : il devrait atteindre 13,5 % du PIB en 2021. L\u2019Alg\u00e9rie ma\u00eetrise cependant son taux d\u2019endettement (46,3 % de son PIB en 2019). D\u00e9clinant un soutien multilat\u00e9ral (en particulier du FMI), le gouvernement finance ses transferts sociaux sans difficult\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la richesse de ses ressources en hydrocarbures. N\u00e9anmoins, la p\u00e9rennit\u00e9 de ce syst\u00e8me social d\u00e9pend fortement du param\u00e8tre tr\u00e8s \u00e9volutif du prix des hydrocarbures.<\/p>\n<h2>Soutenir le Maghreb, un imp\u00e9ratif pour l\u2019Europe<\/h2>\n<p><strong><span class=\"c4\">Relancer le partenariat euro-m\u00e9diterran\u00e9en<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le bilan est clair : les pays du Maghreb, et particuli\u00e8rement la Tunisie, ont besoin d\u2019\u00eatre soutenus financi\u00e8rement dans le contexte de la crise sanitaire. Les \u00e9conomies de la r\u00e9gion et la stabilit\u00e9 de ces pays sont sous tension. L\u2019Europe doit pouvoir inclure le Maghreb dans son plan europ\u00e9en de 750 milliards d&rsquo;euros. Faire b\u00e9n\u00e9ficier la capacit\u00e9 d\u2019emprunt europ\u00e9enne aux trois pays du Maghreb leur permettrait d\u2019acqu\u00e9rir les liquidit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 la transformation de leurs mod\u00e8les de d\u00e9veloppement. \u00c0 cette condition, la crise pourra constituer une opportunit\u00e9 \u00e0 saisir pour se relancer durablement.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Le Maghreb, nouvel enjeu strat\u00e9gique<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le Maghreb n\u2019est plus un pr\u00e9-carr\u00e9 europ\u00e9en. Les trois pays du Maghreb font l\u2019objet d\u2019un int\u00e9r\u00eat de la part des grands acteurs r\u00e9gionaux et mondiaux.<\/p>\n<p>L\u2019influence de l\u2019Europe &#8211; et particuli\u00e8rement celle de la France &#8211; recule progressivement.<\/p>\n<p>Seule d\u00e9mocratie du monde arabe, proche de l\u2019Europe par ses \u00e9changes commerciaux, la Tunisie repr\u00e9sente un fort symbole politique. La France demeure un partenaire majeur de la Tunisie : environ 14 % des importations tunisiennes en 2019 (contre 21 % en 2009). Mais l\u2019analyse des flux d\u2019investissements directs montre que d\u2019autres puissances s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la Tunisie. 39 % du stock d\u2019IDE en 2019 provenaient des pays du Golfe, dont 11 % pour le Qatar. La Turquie est \u00e9galement tr\u00e8s implant\u00e9e sur le march\u00e9 tunisien, notamment dans le domaine des travaux publics et des infrastructures.<\/p>\n<p>Le Maroc, passerelle entre l\u2019Europe et l&rsquo;Afrique, plateforme commerciale et financi\u00e8re importante, \u00e9conomie ouverte aux \u00e9changes et ins\u00e9r\u00e9e dans les principaux flux \u00e9conomiques et financiers, est au c\u0153ur des int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionaux et internationaux. Le Maroc int\u00e9resse de plus en plus la Chine, dont la diaspora est assez importante sur le littoral marocain. La Chine regarde de pr\u00e8s les implantations logistiques, notamment \u00e0 Tanger, et exporte beaucoup de biens manufactur\u00e9s et de mat\u00e9riel au Maroc. Elle a aussi construit un partenariat avec le Royaume pendant la crise du Covid-19 : envois de masques, test avanc\u00e9 de vaccins, distribution massive de vaccins chinois, etc. La Chine est en bonne position sur le plan des importations marocaines : elle repr\u00e9sente 10 % du total en 2019, m\u00eame si elle demeure derri\u00e8re l\u2019Espagne (15 %) et la France (12 %).<\/p>\n<p>Fondamentalement souverainiste mais tr\u00e8s ouverte sur l\u2019international par ses \u00e9changes commerciaux, l\u2019Alg\u00e9rie se caract\u00e9rise par son paradoxe. Riche en hydrocarbures et tr\u00e8s attentive aux choix de ses partenaires \u00e9conomiques, l\u2019Alg\u00e9rie d\u00e9tient les clients et les fournisseurs les plus diversifi\u00e9s de la r\u00e9gion. La Russie et la Chine sont devenues des partenaires importants de l\u2019Alg\u00e9rie (17 % des importations alg\u00e9riennes provenaient de Chine en 2019). Longtemps concentr\u00e9es sur le secteur de la d\u00e9fense, les relations entre Moscou et Alger ont r\u00e9cemment \u00e9volu\u00e9 avec la crise du Covid-19 vers le domaine de la sant\u00e9 (utilisation du vaccin russe en Alg\u00e9rie).<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019Europe doit rester tr\u00e8s attentive \u00e0 la situation du Maghreb et trouver des solutions, pas seulement d\u2019ordre financier, pour contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 de ces pays. Celles-ci d\u00e9pendent du bien-\u00eatre des populations, davantage que le seul soutien aux r\u00e9gimes. Agissons tant qu\u2019il est encore temps.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong><em>Hakim El Karoui<\/em><\/strong><\/span> <em>Senior Fellow &#8211; Monde arabe, Islam<br \/>Normalien, agr\u00e9g\u00e9 de g\u00e9ographie, Hakim El Karoui a enseign\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Lyon II avant de rejoindre le cabinet du Premier ministre en 2002. Apr\u00e8s un passage \u00e0 Bercy, il rejoint, en 2006, la banque Rothschild. Depuis le mois d&rsquo;avril 2021, il dirige le bureau parisien de Brunswick. Il est \u00e9galement essayiste et entrepreneur social et a cr\u00e9\u00e9 le club du XXIe si\u00e8cle et les Young Mediterranean Leaders. Hakim El Karoui est senior fellow de l\u2019Institut Montaigne et auteur de plusieurs rapports, dont Nouveau monde arabe, nouvelle \u00ab\u00a0politique arabe\u00a0\u00bb pour la France (2017).<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31943-hakim-el-karoui-interpelle-l-europe-pour-soutenir-les-pays-du-maghreb-l-etranger-proche\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Le Maghreb constitue un nouvel enjeu strat\u00e9gique pour l\u2019Europe. C\u2019est pourquoi elle doit rester tr\u00e8s attentive \u00e0 la situation dans cette r\u00e9gion et trouver des solutions, pas seulement d\u2019ordre financier, pour contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 de ces pays. Cela d\u00e9pend du bien-\u00eatre des populations, bien plus que le seul soutien aux r\u00e9gimes. 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