{"id":117840,"date":"2021-06-02T06:49:00","date_gmt":"2021-06-02T10:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/les-changements-climatiques-lagriculture-la-securite-alimentaire-et-le-developpement-rural-en-tunisie\/"},"modified":"2021-06-02T06:49:00","modified_gmt":"2021-06-02T10:49:00","slug":"les-changements-climatiques-lagriculture-la-securite-alimentaire-et-le-developpement-rural-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/les-changements-climatiques-lagriculture-la-securite-alimentaire-et-le-developpement-rural-en-tunisie\/","title":{"rendered":"Les changements climatiques, l\u2019agriculture, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et le d\u00e9veloppement rural en Tunisie"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ali-Mhiri.jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"right\"\/><\/strong><\/em><\/span><span class=\"c2\"><em><strong>Par Ali Mhiri &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <span class=\"c3\"><strong>L\u2019urgence climatique<\/strong><\/span> est d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, dans tous les pays, \u00e0 des degr\u00e9s divers, pour ma\u00eetriser le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te et atteindre l\u2019objectif de la <span class=\"c3\"><strong>neutralit\u00e9 carbone vers 2050<\/strong><\/span>. Engag\u00e9e dans ce processus, la Tunisie s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 l\u2019\u0153uvre pour contribuer \u00e0 atteindre cet objectif, dans tous les secteurs \u00e9conomiques, dont notamment celui de l\u2019agriculture, en mettant en \u0153uvre une strat\u00e9gie nationale appropri\u00e9e \u00e0 son <span class=\"c3\"><strong>contexte aride<\/strong><\/span>, s\u2019articulant autour de deux axes compl\u00e9mentaires de gestion des risques climatiques, \u00e0 savoir:<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>1-<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>L\u2019att\u00e9nuation<\/strong><\/span> des \u00e9missions des gaz \u00e0 effet de serre (GES) moyennant de multiples r\u00e9formes visant la d\u00e9carbonations des modes de vie et<\/p>\n<p class=\"c4\"><span class=\"c3\"><strong>2-<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>l\u2019adaptation<\/strong><\/span> des populations menac\u00e9es au regard des risques climatiques par le d\u00e9veloppement de leurs <span class=\"c3\"><strong>\u00abcapacit\u00e9s\u00bb<\/strong><\/span> \u00e0 modifier leurs pratiques dans leurs environnements nouveaux, condition pour <span class=\"c3\"><strong>maintenir leurs niveaux de vie et assurer leurs s\u00e9curit\u00e9s.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Pour la Tunisie aride sur plus de 80 % de son territoire, survivant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une p\u00e9nurie hydrique structurelle tr\u00e8s contraignante, les risques li\u00e9s aux al\u00e9as climatiques projet\u00e9s (lNM, 2017 et MARHP, 2020-2021 Etude des impacts des changements climatiques sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire\u2026), impacteront fortement les ressources en eau mobilisables et les performances de leurs usages agricoles. Par voie de cons\u00e9quence, cela affectera directement la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et le d\u00e9veloppement rural. Face \u00e0 ces menaces, la question qui s\u2019impose avec insistance aux parties prenantes concern\u00e9es serait la suivante: Y aurait-t-il encore une marge d\u2019adaptation du secteur de l\u2019agriculture, \u00e0 une exacerbation de l\u2019aridit\u00e9, alors qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 atteint ses limites de durabilit\u00e9? Et dans tous les cas de figure, quels seraient les d\u00e9terminants et les caract\u00e9ristiques de toute nouvelle agriculture et de ses impacts pr\u00e9visibles sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et le d\u00e9veloppement rural? C\u2019est que les populations autochtones qui s\u2019\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9es dans ce pays avaient d\u00e9velopp\u00e9, depuis la pr\u00e9histoire, des modes de vie bien adapt\u00e9s (habitation, habillement, di\u00e8te, am\u00e9nagement des terres, mobilisation de l\u2019eau, s\u00e9lection des esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s adapt\u00e9es locales) aux contraintes de leur environnement aride, pour mener une vie sobre, \u00e9conome, mais n\u00e9anmoins tr\u00e8s vuln\u00e9rable aux \u00e0-coups climatiques. Dans toute tentative de r\u00e9pondre \u00e0 cette interrogation, il importe de d\u00e9crire au pr\u00e9alable: i- Le diagnostic de l\u2019\u00e9tat actuel de ce secteur agricole, ii- Les mutations soci\u00e9tales sur le long terme et le niveau de la demande sociale, \u00e0 l\u2019horizon temporel fix\u00e9, en droits citoyens et en biens et services attendus de l\u2019 agriculture et des ressources naturelles, iii- Le profil de l\u2019agriculture qui serait apte, non seulement \u00e0 maintenir le niveau de vie actuel, jug\u00e9 tr\u00e8s insuffisant, mais \u00e0 satisfaire lesdits droits et besoins futurs croissants iv- La capacit\u00e9 de cette agriculture \u00e0 se soustraire aux facteurs limitant qui handicapent ses performances et \u00e0 s\u2019adapter, en plus, aux importantes incertitudes de p\u00e9jorations climatiques sur le long terme et de la mondialisation\u2026<\/p>\n<p class=\"c5\"><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Neutralit\u00e9-du-carbone-moy.jpg\" alt=\"\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p><span class=\"c6\"><strong>L\u2019agriculture tunisienne face aux changements climatiques, aux mutations soci\u00e9tales et \u00e0 la mondialisation<\/strong><\/span><\/p>\n<p>De nombreuses \u00e9tudes avaient d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019\u00e9tat des lieux de notre agriculture depuis longtemps, mais dont les termes ne cessent d\u2019empirer au fil du temps. Nous l\u2019avions rappel\u00e9 dans notre livre <span class=\"c3\"><strong>\u00abl\u2019agriculture tunisienne \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Quelle vision pour une agriculture durable?\u00bb<\/strong><\/span> Publi\u00e9 en 2018. Bri\u00e8vement, ce secteur est tr\u00e8s peu performant dans ses trois fonctions : \u00e9conomique (tr\u00e8s faible valeur ajout\u00e9e, malgr\u00e9 un soutien substantiel de l\u2019Etat), sociale (paup\u00e9risation des exploitants, de leurs salari\u00e9s et de l\u2019ensemble de la population rurale, \u00e9migration des jeunes\u2026) et environnementale (co\u00fbt tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9gradation des ressources naturelles\u2026). En bref, aucun des principaux syst\u00e8mes de production (agriculture pluviale, agriculture irrigu\u00e9e, \u00e9levage, parcours steppiques et for\u00eats) n\u2019est durable, ils \u00e9voluent dans un cercle vicieux de r\u00e9gression les conduisant insidieusement \u00e0 une \u00abautophagie\u00bb annonc\u00e9e. Ils sont tr\u00e8s vuln\u00e9rables et de plus en plus expos\u00e9s \u00e0 la p\u00e9nurie hydrique. A l\u2019exception de quelques cas de succ\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s par ci, par l\u00e0 (sur moins de 5 % des terres cultiv\u00e9es). Et comme depuis toujours, le lourd fardeau de cette situation d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, dont la principale cause est l\u2019al\u00e9a pluviom\u00e9trique, reste principalement le lot des producteurs, des consommateurs prol\u00e9taires et des populations rurales.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9tude du MARHP susmentionn\u00e9e, les principaux impacts des perturbations climatiques s\u2019expriment, dans une dynamique d\u2019aridification croissante touchant les diff\u00e9rents \u00e9tages bioclimatiques, par: <span class=\"c3\"><strong>i-<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>Une r\u00e9duction substantielle<\/strong><\/span> des deux composantes des ressources hydriques mobilisables, eau verte(pluies valoris\u00e9es directement par les cultures et les formations v\u00e9g\u00e9tales naturelles) et eau bleue (eau d\u2019irrigation), suite \u00e0 une baisse notable de la pluviom\u00e9trie, entrainant un glissement du quota d\u2019eau per capita de 366 m<sup>3<\/sup> d\u2019eau renouvelable \/habitant\/an actuellement \u00e0 200m3 en 2050 et 150 m3 en 2100), <span class=\"c3\"><strong>ii-<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>Une d\u00e9gradation de la productivit\u00e9 de diff\u00e9rents syst\u00e8mes de culture<\/strong><\/span> (effondrement de l\u2019ol\u00e9iculture, importante baisse des productions c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, r\u00e9duction des superficies irrigu\u00e9es, intensification de la surexploitation des for\u00eats et parcours, r\u00e9duction de la production fourrag\u00e8re, d\u00e9sertification) <span class=\"c3\"><strong>iii-<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>Une importante r\u00e9duction<\/strong><\/span> de la contribution de l\u2019agriculture \u00e0 <span class=\"c3\"><strong>la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du pays<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>iv-<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>Un d\u00e9sinvestissement<\/strong><\/span> dans le secteur agricole conduisant \u00e0 une <span class=\"c3\"><strong>d\u00e9sagricolisation<\/strong><\/span> du milieu rural avec les perturbations sociales qui s\u2019ensuivent. De plus, les impacts pr\u00e9visibles des al\u00e9as climatiques se conjuguent \u00e0 deux autres sources d\u2019aggravation de la d\u00e9stabilisation de ce secteur: <span class=\"c3\"><strong>i-<\/strong><\/span> les mutations soci\u00e9tales du milieu rural qui s\u2019expriment par une aspiration affirm\u00e9e et l\u00e9gitime des exploitants agricoles, de leurs m\u00e9nages et ceux de leurs salari\u00e9s \u00e0 une vie digne et stable. <span class=\"c3\"><strong>ii-<\/strong><\/span> les incertitudes du march\u00e9 que la mondialisation des \u00e9changes en produits et intrants agricoles ne cesse d\u2019accro\u00eetre.<\/p>\n<p><span class=\"c6\"><strong>Une urgence existentielle devrait \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Au vu de ces risques, il y a lieu de d\u00e9clarer pour la Tunisie d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, non seulement <span class=\"c3\"><strong>l\u2019urgence climatique<\/strong><\/span>, mais une <span class=\"c3\"><strong>urgence existentielle<\/strong><\/span>. Car, en l\u2019absence d\u2019une nouvelle vision de l\u2019avenir de ce secteur et sa traduction en une politique agricole susceptible d\u2019assurer pleinement les fonctions qui sont les siennes sur le long terme, les tunisiens courraient le risque d\u2019\u00eatre plus nombreux \u00e0 avoir soif, \u00e0 avoir faim, et \u00e0 ne point jouir d\u2019une vie digne tant clam\u00e9e et r\u00e9clam\u00e9e en 2011.<\/p>\n<p><span class=\"c6\"><strong>Pour un red\u00e9ploiement de l\u2019agriculture: une nouvelle vision<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Sur la base des quatre d\u00e9terminants d\u00e9crits pr\u00e9c\u00e9demment, il y aurait trois principales options de r\u00e9ponse, parmi d\u2019autres, \u00e0 l\u2019interrogation relative \u00e0 l\u2019avenir de l\u2019agriculture tunisienne et ses capacit\u00e9s d\u2019adaptation aux d\u00e9r\u00e8glements climatiques.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>i- Option 1:<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>Notre agriculture actuelle qui a atteint ses limites est inapte<\/strong><\/span> \u00e0 s\u2019adapter aux risques \u00e9lev\u00e9s (endog\u00e8nes et exog\u00e8nes) d\u00e9crits plus haut : on la n\u00e9gligerait alors, disent certains, au profit d\u2019autres secteurs \u00e9conomiques innovants plus rentables et pourvoyeurs de nouveaux m\u00e9tiers. La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire serait assur\u00e9e par des importations appropri\u00e9es. De notre point de vue, cette option est irrecevable pour diverses raisons d\u2019ordres politique et g\u00e9opolitique.<br \/><span class=\"c3\"><strong>ii- Option 2: L\u2019adaptation incr\u00e9mentale:<\/strong><\/span> Il s\u2019agit de laisser le secteur \u00e9voluer au gr\u00e9 des aptitudes des producteurs \u00e0 exploiter les gisements d\u2019incr\u00e9ments de productivit\u00e9 des facteurs de production (capital, travail, ressources naturelles), et de les valoriser au mieux. Cette option est tout \u00e0 fait valable pour les syst\u00e8mes irrigu\u00e9s comportant encore de grands gisements de productivit\u00e9 et les syst\u00e8mes pluviaux rationnels des grandes cultures dans les zones du subhumide et du semi-aride sup\u00e9rieur. Leurs performances actuelles pourraient \u00eatre doubl\u00e9es, voire tripl\u00e9es. Quant aux syst\u00e8mes pluviaux qui couvrent environ 90% des terres cultiv\u00e9es, leurs marges de gain de productivit\u00e9, lorsqu\u2019elles existent, sont trop faibles pour \u00eatre en mesure de les viabiliser. Sans parler des lourdes r\u00e9formes de diverses natures (institutionnelle, juridique, financi\u00e8re, fonci\u00e8re\u2026) \u00e0 mettre en \u0153uvre au pr\u00e9alable.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>iii- Une option volontariste d\u2019\u00e9volution par adaptation<\/strong><\/span> aux divers risques, dont ceux li\u00e9s aux al\u00e9as climatiques. Elle mise sur la mutation de notre agriculture actuelle en une autre beaucoup plus performante, inclusive et durable, diversifi\u00e9e, int\u00e9gr\u00e9e, propre, en mesure de r\u00e9tribuer \u00e9quitablement les diff\u00e9rents acteurs des chaines de valeurs, dont en premier lieu l\u2019exploitant agricole et ses salari\u00e9s, valorisant au mieux nos ressources naturelles et nos avantages comparatifs pour en faire la colonne vert\u00e9brale du d\u00e9veloppement rural int\u00e9gr\u00e9. Elle est bas\u00e9e sur un nouveau <span class=\"c3\"><strong>paradigme de rupture et de transformation<\/strong><\/span> des syst\u00e8mes pluviaux, en deux \u00e9tapes.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>\u2022<\/strong><\/span> La premi\u00e8re consiste <span class=\"c3\"><strong>en une rupture avec la contrainte de l\u2019al\u00e9a pluviom\u00e9trique<\/strong><\/span> avec pour objectif l\u2019augmentation des rendements mais aussi et surtout leur stabilisation \u00e0 un niveau de r\u00e9f\u00e9rence, celui consid\u00e9r\u00e9 comme <span class=\"c3\"><strong>un bon rendement du syst\u00e8me pluvial, au niveau local.<\/strong><\/span> Ainsi, Il n\u2019y aura plus de mauvaises r\u00e9coltes pour cause de d\u00e9ficit pluviom\u00e9trique.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9couplage des syst\u00e8mes pluviaux de l\u2019al\u00e9a pluviom\u00e9trique sera assur\u00e9 par le comblement du d\u00e9ficit pluviom\u00e9trique mensuel par rapport \u00e0 la pluviom\u00e9trie moyenne locale <span class=\"c3\"><strong>par des Irrigations Compl\u00e9mentaires D\u00e9ficitaires (ICD)<\/strong><\/span> qui, tr\u00e8s \u00e9conomes en eau, auraient en cons\u00e9quence une <span class=\"c3\"><strong>efficacit\u00e9 hydrique sup\u00e9rieure qui se traduirait par un gain de productivit\u00e9 physique et d\u2019efficience \u00e9conomique.<\/strong><\/span> Evidemment, l\u2019application de ce paradigme n\u00e9cessitera la mobilisation d\u2019une nouvelle ressource en eau non conventionnelle de qualit\u00e9, en adoptant le <span class=\"c3\"><strong>nexus \u00ab\u00e9nergies renouvelables-eau-agriculture\u00bb<\/strong><\/span>. Dans cette perspective, le recours au traitement des eaux us\u00e9es et dessalement des eaux souterraines saum\u00e2tres et l\u2019eau de mer nous para\u00eet tout indiqu\u00e9, en d\u00e9pit de leurs co\u00fbts encore \u00e9lev\u00e9s, mais en baisse rapide. La chert\u00e9 relative de cette eau sera compens\u00e9e par leur haute valorisation \u00e9conomique. Cette premi\u00e8re \u00e9tape assure la sauvegarde des syst\u00e8mes en vigueur et leur ouvre de grandes perspectives d\u2019intensification dans une seconde \u00e9tape. Il serait utile de rappeler que le concept de rupture n\u2019est pas nouveau dans l\u2019histoire universelle de l\u2019agriculture, loin s\u2019en faut. Plusieurs ruptures avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine des grands progr\u00e8s d\u2019am\u00e9lioration de la productivit\u00e9 des ressources naturelles et du travail, dont les plus d\u00e9cisives \u00e9taient: i-la s\u00e9dentarisation des population nomades, avec leur passage de la \u00abcueillette, chasse, p\u00eache\u00bb \u00e0 l\u2019agriculture et la domestication des animaux, ii- l\u2019irrigation dans les zones arides par la domestication des crues saisonni\u00e8res des cours d\u2019eau et leur \u00e9pandage sur les terres des plaines des grands fleuves (M\u00e9sopotamie, vall\u00e9e du Nil, de l\u2019Indus et Gange\u2026) et m\u00eame des oueds en Tunisie centrale, la serriculture et finalement les cultures en milieu contr\u00f4l\u00e9 (cultures hors sol\u2026).<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>\u2022<\/strong><\/span> <span class=\"c3\"><strong>La deuxi\u00e8me \u00e9tape de cette adaptation r\u00e9side dans la transformation<\/strong><\/span> de ces syst\u00e8mes pluviaux, une fois stabilis\u00e9s et mis \u00e0 l\u2019abri de l\u2019al\u00e9a pluviom\u00e9trique, en syst\u00e8mes de polycultures plus efficients, \u00e0 plusieurs paliers d\u2019intensification raisonn\u00e9e (voir figure ci-dessus) par diversification, densification, int\u00e9gration des cultures fourrag\u00e8res et de l\u2019\u00e9levage, conversion en syst\u00e8me biologique ou \u00e9cologique, allongement des chaines de valeurs\u2026).<\/p>\n<p>A terme, le bilan global de ces deux \u00e9tapes devrait se traduire par l\u2019instauration de syst\u00e8mes durablement plus performants, d\u00e9cartonn\u00e9s, inclusifs assurant plus d\u2019emplois. Ils seront, de surcro\u00eet, suffisamment souples pour s\u2019adapter aux incertitudes de la mondialisation et aux d\u00e9fis des mutations sociales et l\u2019imp\u00e9ratif de la conservation des ressources naturelles.<\/p>\n<p>A titre d\u2019exemple, cette option d\u2019\u00e9volution par rupture et transformation est ais\u00e9ment applicable en <span class=\"c3\"><strong>ol\u00e9iculture pluviale<\/strong><\/span> situ\u00e9e au Sud de la Dorsale (sur 1,5 millions ha). Le premier r\u00e9sultat de cette rupture est la <span class=\"c3\"><strong>stabilisation<\/strong><\/span> des rendements \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019exploitation; Elle pourrait conduire \u00e0 une production nationale en huile d\u2019olive, en ann\u00e9e de fructification, \u00e0 une fourchette de production de 300 000 \u00e0 500 000 tonnes d\u2019huile\/an, en fonction des performances des oliveraies du Nord. L\u2019itin\u00e9raire de transformation de ce syst\u00e8me serait balis\u00e9 par: <span class=\"c3\"><strong>i- La conversion de la monoculture d\u2019olivier<\/strong><\/span> en syst\u00e8mes int\u00e9gr\u00e9s de polyculture et \u00abd\u2019\u00e9levage en bergerie\u00bb, par l\u2019exploitation du sol intercalaire (cultures fourrag\u00e8res, fruiti\u00e8res et autres\u2026, transformation et conditionnement de nouveaux produits de terroirs labellis\u00e9s) <span class=\"c3\"><strong>ii- La conversion du syst\u00e8me conventionnel en syst\u00e8me biologique<\/strong><\/span> ou \u00e9cologique, <span class=\"c3\"><strong>iii- le rallongement des cha\u00eenes de valeurs<\/strong><\/span> de la fili\u00e8re ol\u00e9icole, ainsi que celles \u00e0 cr\u00e9er, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019exploitation ou du terroir par des produits \u00e0 hautes valeurs ajout\u00e9es. Quant aux besoins nets en eau pour assurer les ICD, ils \u00e9volueraient entre de 200 m3\/ha\/an pour le premier palier (sauvegarde des oliviers) \u00e0 1000m3\/ha\/an pour l\u2019ensemble du syst\u00e8me diversifi\u00e9, avec une valorisation \u00e9conomique tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e (jusqu\u2019\u00e0 10 fois, et m\u00eame plus, la marge brute des oliveraies conventionnelles). Il importe de reconna\u00eetre qu\u2019empiriquement, les premi\u00e8res initiatives prises dans cette orientation reviennent au g\u00e9nie paysan du Sahel tunisien, il y a plus de 50 ans, dans une d\u00e9marche progressive de d\u00e9veloppement des cultures mara\u00eech\u00e8res de primeur dans l\u2019espace intercalaire des oliveraies, assurant un bilan \u00e9conomique largement positif, en recourant parfois l\u2019eau de la SONEDE. <span class=\"c3\"><strong>L\u2019option de rupture<\/strong><\/span> que nous pr\u00e9conisons ici se propose de croiser ce savoir faire paysan avec celui des \u2018\u2019Jnens\u2019\u2019 strictement pluviaux, s\u00e9culaires et largement r\u00e9pandus dans le Sud-est (Sfax-Kerkenna-Jerba\u2026). Elle vise, \u00e0 terme, la transformation de la majeure partie des <span class=\"c3\"><strong>for\u00eats de monoculture d\u2019olivier des zones arides<\/strong><\/span> (un noyau dur de 1 million ha) du Centre et du Sud du pays en <span class=\"c3\"><strong>\u2018\u2019oasis pluviales\u2019\u2019<\/strong><\/span> o\u00f9 l\u2019olivier restera la culture structurante de base, \u00e0 l\u2019instar du palmier dans les \u2018\u2019oasis traditionnelles\u2019\u2019 conduites en \u00e9tages.<\/p>\n<p>Ce point de rupture et de transformation mat\u00e9rialis\u00e9 par l\u2019adoption du nexus \u2018\u2019\u00e9nergies renouvelables \u2013eau- agriculture\u2019\u2019 devrait constituer un nouveau <span class=\"c3\"><strong>tournant d\u00e9cisif dans la politique de l\u2019eau<\/strong><\/span>, en Tunisie durant ce si\u00e8cle, pour satisfaire tous les usages, y compris ceux de l\u2019agriculture pluviale menac\u00e9e d\u2019un d\u00e9litement pr\u00e9visible. Ce tournant devrait \u00eatre \u00e0 la hauteur des <span class=\"c3\"><strong>grands tournants de l\u2019hydraulique tunisienne<\/strong><\/span> qui avaient jalonn\u00e9 l\u2019histoire du pays (hydraulique romaine, arabe, fran\u00e7aise, et tunisienne depuis l\u2019ind\u00e9pendance), dont le tout dernier, concr\u00e9tis\u00e9 par les multiples ouvrages de mobilisation et de transfert de l\u2019eau r\u00e9alis\u00e9s en ex\u00e9cution des <span class=\"c3\"><strong>trois Plans Directeurs des Eaux<\/strong><\/span> du Nord, du Centre et du Sud, depuis 1980. A ce propos, les \u00e9quipes classiques gestionnaires des ressources en eau (hydrologues, hydrauliciens, hydrog\u00e9ologues\u2026) devraient s\u2019adjoindre dor\u00e9navant de nouveaux profils de sp\u00e9cialistes dans les domaines des \u00e9nergies renouvelables, de dessalement et de traitement des eaux.<\/p>\n<p>Mais l\u2019on ne peut \u00e9luder la question du co\u00fbt de production de cette eau dessal\u00e9e qui est actuellement sup\u00e9rieur \u00e0 ceux des eaux conventionnelles. Dans les r\u00e9gions arides fortement expos\u00e9es \u00e0 une aggravation de leur p\u00e9nurie d\u2019eau, il nous para\u00eet ais\u00e9 de comprendre que le conglom\u00e9rat des questions <span class=\"c3\"><strong>de l\u2019eau et de son usage agricole pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et du d\u00e9veloppement des populations rurales<\/strong><\/span> (environ 30% de la population totale) est domin\u00e9 par la dimension sociale, en plus de l\u2019exigence de la souverainet\u00e9 nationale. Par cons\u00e9quent, la probl\u00e9matique du prix d\u2019allocation de l\u2019eau dessal\u00e9e devrait trouver sa r\u00e9ponse, non dans les m\u00e9thodes classiques de rentabilit\u00e9 de leur usage au niveau de l\u2019exploitation agricole, mais en tenant compte de tous les biens et services rendus sur toute la trajectoire des impacts positifs qui jalonnent la cha\u00eene \u00abagriculture- s\u00e9curit\u00e9 alimentaire nationale- paix sociale- conservation des ressources naturelles- stabilisation des populations rurales sur leurs terroirs et autres effets d\u2019entrainement\u2026\u00bb. Les \u00e9conomistes affirment disposer des outils n\u00e9cessaires pour faire cette analyse \u00e9conomique globale, dans une approche d\u2019optimisation multi-objectifs, par arbitrage, pour satisfaire la dimension sociale de l\u2019usage de l\u2019eau agricole sans compromettre son efficience \u00e9conomique.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, partant de cette vision volontariste, il reviendra aux futurs d\u00e9cideurs de bien comprendre que dans notre pays en cours d\u2019aridification exacerb\u00e9e, qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019am\u00e9lioration de la gestion des ressources d\u00e9j\u00e0 mobilis\u00e9es, le dessalement de l\u2019eau devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme <span class=\"c3\"><strong>une n\u00e9cessit\u00e9 vitale<\/strong><\/span> pour satisfaire les besoins croissants de tous les usages. Faut-il rappeler la d\u00e9claration de B. Cyrulnik, \u00e0 la suite des investissements colossaux consacr\u00e9s \u00e0 la gestion de la pand\u00e9mie du Covid-19, particuli\u00e8rement dans les pays riches \u00abpour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 on fait passer la vie des individus avant l\u2019\u00e9conomie\u00bb. Pour la plupart des tunisiens, qu\u2019y a-t-il de plus vital que l\u2019eau et ses multiples usages? Dans cette orientation, l\u2019avenir de l\u2019eau, de l\u2019agriculture et de ses services devrait \u00eatre exprim\u00e9 en termes de ma\u00eetrise des technologies des \u00e9nergies renouvelables et de dessalement des eaux d\u2019une part, et de la solidarit\u00e9 nationale en mati\u00e8re de prise en charge des co\u00fbts y aff\u00e9rents, d\u2019autre part.<\/p>\n<p>Telle qu\u2019elle vient d\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e, et pour qu\u2019elle ne reste pas comme une vue de l\u2019esprit, cette vision a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019essai, certes \u00e0 petite \u00e9chelle aupr\u00e8s d\u2019un exploitant et par lui-m\u00eame dans le Sud tunisien, avec des r\u00e9sultats positifs, sur tous les plans ayant d\u00e9pass\u00e9 de l\u2019avis de nombreux \u00e9valuateurs toutes les pr\u00e9visions, montrant par l\u00e0 toute sa pertinence et son bien-fond\u00e9.<\/p>\n<p>Ne serait-il pas temps, aujourd\u2019hui, pour nos d\u00e9cideurs de tous bords, de prendre \u00e0 bras le corps cette question vitale des risques climatiques et leurs impacts sur l\u2019agriculture, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et le d\u00e9veloppement rural? Il leur suffirait d\u2019exploiter, \u00e0 travers une lecture crois\u00e9e, les trois \u00e9tudes en cours de finalisation au MARHP (\u00abLe Code de eaux\u00bb, \u00abl\u2019eau 2050\u00bb et \u00abEtude des impacts des changements climatiques sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire\u2026\u00bb pour en d\u00e9gager, en connaissance de cause, une vision holistique sp\u00e9cifique \u00e0 la Tunisie, embrassant la probl\u00e9matique de l\u2019eau en relation avec les objectifs ambitieux s\u2019inscrivant dans la ligne du d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tablissement d\u2019un \u2018\u2019Plan Directeur de Dessalement des eaux saum\u00e2tres et marines\u2019\u2019 pourrait \u00eatre le premier pas sur la voie de la rupture avec les risques climatiques au profit des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p class=\"c8\"><strong>Ali Mhiri<\/strong><br \/><span class=\"c7\"><em>Ancien Professeur \u00e0 l\u2019INAT<br \/>Auteur du livre \u2018\u2019L\u2019agriculture tunisienne \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Quelle vision pour une agriculture durable?\u2018\u2019<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31972-les-changements-climatiques-l-agriculture-la-securite-alimentaire-et-le-developpement-rural-en-tunisie\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ali Mhiri &#8211; L\u2019urgence climatique est d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, dans tous les pays, \u00e0 des degr\u00e9s divers, pour ma\u00eetriser le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te et atteindre l\u2019objectif de la neutralit\u00e9 carbone vers 2050. 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