{"id":118223,"date":"2021-06-08T08:04:00","date_gmt":"2021-06-08T12:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-tyrannie-dans-la-democratie\/"},"modified":"2021-06-08T08:04:00","modified_gmt":"2021-06-08T12:04:00","slug":"tunisie-tyrannie-dans-la-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-tyrannie-dans-la-democratie\/","title":{"rendered":"Tunisie: Tyrannie dans la d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Monji-Ben-Ra\u00efes-min(12).jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Monji Ben Raies &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Il est dit que pour avoir un peuple docile, il ne faut pas lui laisser trop de libert\u00e9. Un homme qui a faim n\u2019a pas de temps pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 sa condition. La p\u00e9nurie cr\u00e9e le besoin. Donne aux gens ce dont ils ont besoin et ils resteront sages et ob\u00e9issants.<\/p>\n<p>Triste exemple de l&rsquo;\u00e9tat de la d\u00e9mocratie de notre pays, o\u00f9 l&rsquo;autoritarisme de l&rsquo;\u00c9tat gagne du terrain au d\u00e9triment des libert\u00e9s individuelles et o\u00f9 l&rsquo;absence de d\u00e9mocratie directe, m\u00eame au niveau local, prive le citoyen d&rsquo;une v\u00e9ritable participation \u00e0 la vie politique de son pays, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une aspiration citoyenne constante. Le traitement de la population est aux antipodes des normes du droit national et international et de bien loin en dessous des obligations d\u00e9finies par les crit\u00e8res d&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la Nation, qui exigent le respect du citoyen.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence ind\u00e9sirable de la d\u00e9mocratie, une majorit\u00e9 m\u00eame compos\u00e9e, \u00e9lue d\u00e9mocratiquement peut opprimer la population si certains droits pour prot\u00e9ger la population ne sont pas reconnus. Au d\u00e9part, le mot \u00ab D\u00e9mocratie \u00bb et ses d\u00e9riv\u00e9s (D\u00e9mocrate, D\u00e9mocratique) agissent comme des repoussoirs, des \u00e9tiquettes connot\u00e9es p\u00e9jorativement qui \u00e9voquent la participation du peuple aux affaires publiques et l\u2019irrationalit\u00e9, la turbulence et un certain chaos. Le mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e8le que la Tunisie d\u2019apr\u00e8s 2011 a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb en raison de strat\u00e9gies discursives des membres de l&rsquo;\u00e9lite politique qui cherchaient \u00e0 accro\u00eetre leur capacit\u00e9 de mobiliser les masses \u00e0 l&rsquo;occasion des risques de guerres civile, et non pas \u00e0 la suite de modifications constitutionnelles ou institutionnelles qui auraient justifi\u00e9 un changement d&rsquo;appellation du r\u00e9gime. La grande pauvret\u00e9 o\u00f9 vit plus de la moiti\u00e9 de la population d\u00e9montre que le mouvement de protestation inspir\u00e9 par le printemps arabe n\u2019a ni r\u00e9ussi \u00e0 rendre la vie meilleure aux Tunisiens ni contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9mocratiser le pays. La Tunisie se trouve toujours dans un \u00e9tat de profonde division et de crise devenue structurelle au fil des ann\u00e9es, politique, sociale et \u00e9conomique, et qui semble reporter sine die l\u2019horizon de la stabilisation et de la r\u00e9conciliation dans le pays. Aussi est-on en droit de s\u2019interroger sur le legs v\u00e9ritable de la R\u00e9bellion de 2010-2011. De fait, la \u00ab transition \u00bb Tunisienne autour de laquelle tant d\u2019encre a coul\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es a-t-elle v\u00e9ritablement eu lieu, ou ne se r\u00e9duit-elle, en d\u00e9finitive, qu\u2019\u00e0 une coquille vide, qui se r\u00e9sorbe comme peau de chagrin ?Alors que le renversement du r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent avait donn\u00e9 l\u2019espoir \u00e0 de nombreux Tunisiens d\u2019un r\u00e9el changement, d\u2019un affranchissement d\u00e9finitif du joug de la tyrannie, la \u00ab lib\u00e9ration \u00bbpromise a rapidement pris les traits d\u2019un nouvel asservissement, mais sous d\u2019autres formes. Beaucoup consid\u00e8rent ainsi qu\u2019au diktat de l\u2019ancien ordre politique ne s\u2019est finalement substitu\u00e9e qu\u2019une nouvelle tyrannie, celle de la violence quotidienne multiforme, et celle pratiqu\u00e9e par une \u2018\u2019\u00e9lite\u2019\u2019 politique autoproclam\u00e9e corrompue, centr\u00e9e sur ses seuls int\u00e9r\u00eats. La Tunisie est en effet aujourd\u2019hui l\u2019un des pays les plus corrompus au monde, (selon l\u2019organisation non-gouvernementale \u00ab Transparency International \u00bb), tandis que le pouvoir central tend \u00e0 prendre un visage de plus en plus autoritaire qui reproduit certaines d\u00e9rives du pass\u00e9 et fait peser de nombreuses incertitudes sur l\u2019\u00e9volution du pays \u00e0 court et plus long terme.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Plus d\u2019une d\u00e9cennie de gestion d\u00e9sastreuse<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Tout en Tunisie d\u00e9montre que la d\u00e9mocratie ne peut \u00eatre un produit import\u00e9, ni impos\u00e9, aux motifs profond\u00e9ment id\u00e9ologiques, improvis\u00e9e et plus encore meurtri\u00e8re. Un bref rappel des erreurs fondatrices commises par les coalitions successives d\u00e8s leur installation permet, \u00e0 ce titre, de mieux comprendre pourquoi et comment la situation a tr\u00e8s vite d\u00e9rap\u00e9 sur le terrain, et dans quelle mesure les \u00e9lites politiques ont, en quelque sorte, cr\u00e9\u00e9 les conditions de leur propre embourbement. En confondant la mise \u00e0 bas du r\u00e9gime ancien avec celle, beaucoup plus grave et devenue irr\u00e9versible, de l\u2019\u00c9tat Tunisien et de ses institutions, les forces de la r\u00e9bellion ont, en effet, d\u2019embl\u00e9e pos\u00e9 les jalons d\u2019un chaos durable. In fine, c\u2019est une transition grossi\u00e8re et plus encore d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s sociales et historiques du pays qui a pris place en Tunisie ces derni\u00e8res ann\u00e9es et qui, telle qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue et constitutionnalis\u00e9e, avait peu de chances d\u2019accoucher d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie. De plus, et bien qu\u2019une majorit\u00e9 de Tunisiens aspir\u00e2t \u00e0 se d\u00e9barrasser du tyran, les dirigeants promus au pouvoir depuis 2011, \u00e9taient pour la plupart d\u2019anciens exil\u00e9s coup\u00e9s du pays parfois depuis plusieurs d\u00e9cennies. R\u00e9fugi\u00e9s dans la zone verte, ils faisaient figure d\u2019\u00ab opposition de grands h\u00f4tels \u00bb aux yeux d\u2019un grand nombre, et ont, de fait, \u00e9t\u00e9 souvent plus dispos\u00e9s \u00e0 r\u00e9gler leurs comptes avec les adversaires du pass\u00e9 qu\u2019\u00e0 offrir au peuple une vision d\u2019avenir. La fin du r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent ne s\u2019est donc pas traduite par une quelconque am\u00e9lioration de la situation en Tunisie, mais au contraire par une d\u00e9gradation continue. Tout ce qui a suivi ne ressemble, en effet, qu\u2019\u00e0 une succession de petits arrangements qui n\u2019ont, il faut le reconna\u00eetre, \u00e0 aucun moment, permis de rem\u00e9dier \u00e0 ces mesures d\u00e9sastreuses. Sur un plan s\u00e9curitaire, ils ont \u00e9chou\u00e9 \u00e0 apporter la stabilit\u00e9 et le bien-\u00eatre initialement promis \u00e0 la population. Ainsi, la r\u00e9sistance populaire croissante et les tensions notamment religieuses menacent \u00e9galement de conna\u00eetre un nouveau regain. Pour cause, la composante la\u00efque, mise en marge des instances politiques depuis 2011, rejette de plus en plus violemment le monopole des islamistes et affili\u00e9s sur les affaires du pays, ainsi que les ing\u00e9rences de la Turquie, du Qatar, de l\u2019Alg\u00e9rie et de l\u2019Egypte. Beaucoup d\u2019autres Tunisiens, partagent ce sentiment d\u2019une transition confisqu\u00e9e.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Une impasse politique devenue structurelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p>S\u2019est ouverte une phase d\u2019impasse politique depuis des mois, dont on ne voit plus le terme, par le biais de laquelle le chef du gouvernement actuel est parvenu \u00e0 se maintenir au pouvoir en s\u2019assurant une majorit\u00e9 favorable au Parlement apr\u00e8s maintes tractations et de nombreuses tentatives d\u2019intimidation. Depuis l\u2019investiture du chef du gouvernement comme Premier ministre, la mouvance politique, conduite par le Chef de l\u2019Etat, entretient des relations particuli\u00e8rement complexes avec le gouvernement et le parlement, s\u2019opposant et s\u2019alliant tour \u00e0 tour selon les circonstances. Dans l\u2019ensemble, il n\u2019est donc pas si surprenant de voir la crise ressurgir syst\u00e9matiquement au c\u0153ur de l\u2019actualit\u00e9. La politique du Premier ministre et les modalit\u00e9s de gestion de l\u2019\u00c9tat ne sont que client\u00e9lisme et corruption. Plusieurs d\u00e9put\u00e9s mettaient en lumi\u00e8re l\u2019absence de consultation de ses partenaires par le gouvernement, sur certains dossiers cruciaux tels que la politique s\u00e9curitaire, actuellement aux seules mains du chef du gouvernement apr\u00e8s que le portefeuille minist\u00e9riel de l\u2019Int\u00e9rieur soit demeur\u00e9 vacant du fait de graves d\u00e9saccords avec le chef de l\u2019Etat. Au lieu d\u2019essayer de calmer la temp\u00eate, le Chef du gouvernement a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ignorer ces critiques fort du soutien de la de la branche Tunisienne des Fr\u00e8res musulmans formant la coalition majoritaire islamiste au parlement.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>D\u00e9rives du pouvoir, un nouvel autoritarisme<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ces d\u00e9chirements \u00e9clairent sur l\u2019existence d\u2019un probl\u00e8me beaucoup plus structurel et tr\u00e8s inqui\u00e9tant pour l\u2019avenir du pays, celui d\u2019une pratique du pouvoir encore largement inchang\u00e9e. Il semblerait, en effet, que la r\u00e9bellion de 2011 n\u2019ait pas contribu\u00e9 \u00e0 \u00ab d\u00e9mocratiser \u00bb la Tunisie, mais plut\u00f4t abouti \u00e0 une perp\u00e9tuation de l\u2019autoritarisme pass\u00e9. Il s\u2019agit du reste de la principale accusation aujourd\u2019hui port\u00e9e contre le fonctionnement des institutions constitu\u00e9es de l\u2019Etat et de la justice pour couvrir des m\u00e9faits qui leur sont reproch\u00e9s de complots contre l\u2019Etat, de trahison, de corruption, client\u00e9lisme et n\u00e9potisme. L\u2019actuel Premier ministre a toutes les allures d\u2019un \u00ab dictateur \u00bb, usant des m\u00eames instruments de musellement politique et de verrouillage social que le pr\u00e9sident de l\u2019ancien r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Plus symptomatiquement, l\u2019oppression f\u00e9roce des derni\u00e8res mesures prise, fournit une illustration \u00e9difiante de cette d\u00e9rive autoritaire du pouvoir. De fait, au lieu de privil\u00e9gier le dialogue et la n\u00e9gociation avec la rue tunisienne, le gouvernement n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9primer au sang, la population de sa d\u00e9cence de vie et de son pouvoir d\u2019achat au point d\u2019acculer 80% des Tunisiens aux portes de la pauvret\u00e9, ce qui n\u2019est pas sans rappeler \u00e0 beaucoup les pires heures de la dictature pr\u00e9c\u00e9dente. Elle t\u00e9moigne sans conteste d\u2019une permanence encore bien r\u00e9elle de l\u2019autoritarisme en Tunisie, sous couvert d\u2019avancement d\u00e9mocratique. Les dirigeants d\u2019Ennahdha ont \u00e9t\u00e9 les artisans et ont valid\u00e9 la loi de finances source des derni\u00e8res augmentations des prix, du sucre et des produits de forte consommation, d\u2019une gravit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent compte tenu de la situation mat\u00e9rielle d\u00e9sastreuse de 80% des m\u00e9nages ; ce faisant, ils \u00e9taient conscients du m\u00e9contentement des tunisiens \u00e0 ce propos, qui pourrait co\u00fbter extr\u00eamement cher au pays. Le peuple ne peut en supporter davantage, croulant sous une pression fiscale surr\u00e9aliste et des augmentations du prix des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, quasi-quotidiennes sur les m\u00eames produits, agressives et sans commune mesures.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me \u00e9ducatif lui-m\u00eame n\u2019est pas en reste. Le co\u00fbte que co\u00fbte a remplac\u00e9 la valeur de la formation et la cr\u00e9dibilit\u00e9 des dipl\u00f4mes nationaux. Il faut \u00e0 tout prix finir l\u2019ann\u00e9e dans la meilleure routine que possible, quitte \u00e0 sacrifier le niveau d\u2019\u00e9ducation. Les examens nationaux comme les concours de sixi\u00e8me et de neuvi\u00e8mes ann\u00e9es, tout comme l\u2019examen du Baccalaur\u00e9at ont \u00e9t\u00e9 all\u00e9g\u00e9s, comme s\u2019il s\u2019agissait de produits de r\u00e9gime, de beurre ou de yaourt sans mati\u00e8res grasses. Les cons\u00e9quences de ce type de compromis ont un prix que les \u00e9l\u00e8ves vont devoir payer lorsqu\u2019ils seront confront\u00e9s \u00e0 leur avenir avec un dipl\u00f4me qui ne vaut m\u00eame pas le prix du papier sur lequel il est imprim\u00e9.<\/p>\n<p>Cette configuration soul\u00e8ve une interrogation plus fondamentale ; la transition tunisienne a-t-elle eu lieu ? Autrement dit, peut-on consid\u00e9rer que le pays est v\u00e9ritablement sorti de la tyrannie pour passer \u00e0 un ordre d\u00e9mocratique ? Force est de constater que la greffe politique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es s\u2019est souvent davantage apparent\u00e9e \u00e0 un calendrier formel, conduit sous pression de forces occultes, qu\u2019\u00e0 un ancrage de la d\u00e9mocratie dans les actes et les esprits.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>D\u2019une violence \u00e0 l\u2019autre, l\u2019histoire se continue<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En consid\u00e9rant de plus pr\u00e8s le temps long de l\u2019histoire tunisienne, au fond le pays ne semble \u00eatre pass\u00e9 que d\u2019un \u00e9tat de violence, pour ne pas dire de \u00ab barbarie \u00bb (Michel Seurat, L\u2019\u00c9tat de barbarie, Paris, Le Seuil, 1989) \u00e0 un autre. Et celui-ci risque de se poursuivre, compte tenu de l\u2019h\u00e9ritage qui est celui de la Tunisie. Par ailleurs, on a toujours trop tendance \u00e0 oublier dans quelle situation pr\u00e9caire se trouvait d\u00e9j\u00e0 le pays, apr\u00e8s un long coma social. La violence n\u2019a cess\u00e9 de marquer le conflit sociopolitique tunisien dans son ensemble, \u00e0 des degr\u00e9s parfois extr\u00eames. Elle a surtout \u00e9t\u00e9 un obstacle cl\u00e9 \u00e0 la r\u00e9conciliation et \u00e0 la reconstruction r\u00e9elle. Ainsi, \u00e0 une vision qui voudrait que la Tunisie soit aujourd\u2019hui stabilis\u00e9e r\u00e9pondent des menaces quotidiennes, qui visent \u00e0 la fois la population et les institutions, per\u00e7u par le peuple comme le nouvel ennemi. L\u2019Islamisme demeure, \u00e0 ce titre, la menace la plus s\u00e9rieuse pour la Tunisie, une menace \u00e0 laquelle les mesures et les forces de s\u00e9curit\u00e9 ne parviennent pas \u00e0 r\u00e9pondre. Et pour cause, celles-ci sont elles-m\u00eames prisonni\u00e8res des logiques partisanes ambiantes, et ne b\u00e9n\u00e9ficient plus d\u2019aucun entra\u00eenement. Les Fr\u00e8res musulmans, qui ont jur\u00e9 la perte de l\u2019Etat tunisien, exercent sur la population tunisienne une v\u00e9ritable tyrannie, avec la complicit\u00e9 du parlement et du gouvernement. Les institutions de l\u2019Etat sont la proie d\u2019individus sans scrupule, le banditisme a envahi la rue, la corruption est institutionnalis\u00e9e et la criminalit\u00e9 galopante. Le peuple est exasp\u00e9r\u00e9 et en col\u00e8re, \u2026<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>L\u2019illusoire r\u00e9conciliation institutionnelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La relance du processus de r\u00e9conciliation institutionnelle, \u00e0 laquelle continuent d\u2019appeler de nombreuses forces politiques et citoyennes, para\u00eet pour l\u2019heure encore tr\u00e8s compromise. Jusqu\u2019ici, toutes les tentatives pour amorcer cette r\u00e9conciliation et permettre aux diff\u00e9rentes parties de surmonter leurs divergences se sont sold\u00e9es par une s\u00e9rie d\u2019\u00e9checs. Lors de la derni\u00e8re visite du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 Bruxelles, pour le sommet Union Europ\u00e9enne-Tunisie, les responsables europ\u00e9ens, lui ont intim\u00e9 l\u2019ordre de mettre fin \u00e0 son ent\u00eatement, et de ne plus aggraver la crise politique en Tunisie. Ce fait diplomatique constitue une ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re dans les affaires int\u00e9rieures de l\u2019Etat qui va \u00e0 l\u2019encontre de sa souverainet\u00e9 et risque d\u2019aggraver la crise. Vid\u00e9 de son sens \u00e0 ce point, le th\u00e8me de la r\u00e9conciliation s\u2019est transform\u00e9 en simple mascarade et discours de fa\u00e7ade, voire en instrument politique cynique. Pour preuve, le comportement de certains membres du gouvernement, ou de l\u2019administration qui, non contents d\u2019affirmer leur opposition au chef du gouvernement, font de l\u2019obstruction et de la r\u00e9sistance aux d\u00e9cisions. Par ailleurs, la r\u00e9gion du Kram vit sous la tyrannie de son maire. Ce sinistre personnage, non seulement d\u00e9fit l\u2019Etat central, dont il ne reconnait pas l\u2019autorit\u00e9, mais prend des d\u00e9cisions arbitraires et qui constituent de flagrants abus de pouvoir. Il conteste les lois et d\u00e9crets en vigueur, prend des arr\u00eat\u00e9s municipaux pour imposer ses propres interdits, viole syst\u00e9matiquement les droits de ses administr\u00e9s. Plusieurs plaintes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 son encontre pour abus et d\u00e9tournement de biens publics, corruption et malversations et pour abus de pouvoir et mauvaise gouvernance. De surcroit il ordonne la perception de contributions fiscales non consenties par le parlement (cr\u00e9ation d\u2019un fonds de la Zakat sp\u00e9cialement pour la municipalit\u00e9 de la ville). Des administr\u00e9s de la ville, notamment des commer\u00e7ants, ont vu leur commerce ferm\u00e9 discr\u00e9tionnairement, simplement parce qu\u2019ils ont manifest\u00e9 leur d\u00e9saccord envers le maire de la ville. Ce sont des comportements de mafieux et de racketteurs d\u2019un autre temps. Ce personnage se prendrait-il pour la r\u00e9incarnation d\u2019Al Capone ? Dans tous les cas, sa place est en prison ou dans un h\u00f4pital psychiatrique. En fin de compte, il semble irr\u00e9aliste d\u2019esp\u00e9rer une stabilisation rapide du pays tant les maux de l\u2019histoire restent grands, et emp\u00eachent encore une majorit\u00e9 de Tunisiens d\u2019entrevoir l\u2019avenir. La r\u00e9ussite d\u2019une r\u00e9conciliation supposerait que celle-ci s\u2019incarne dans un gouvernement national, tourn\u00e9 vers l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous et de chacun, et non plus vers celui d\u2019un groupe restreint. Une r\u00e9conciliation supposerait aussi de r\u00e9unir tous les acteurs Tunisiens \u00e0 la table des n\u00e9gociations, y compris les opposants qui, tant qu\u2019ils ne seront pas ramen\u00e9s \u00e0 une vie civique, ne d\u00e9poseront pas les armes. Il en va de m\u00eame pour les r\u00e9gions d\u00e9centralis\u00e9es, et aujourd\u2019hui largement laiss\u00e9es pour compte.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Apres la pand\u00e9mie, entre incertitudes et d\u00e9fis<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Une page historique va indiscutablement \u00eatre tourn\u00e9e en Tunisie, celle d\u2019une gestation ayant dur\u00e9 plus d\u2019une d\u00e9cennie. Mais le pays reste min\u00e9 par les tensions entre communaut\u00e9s et par des violences que l\u2019\u00c9tat ne parvient pas \u00e0 endiguer. Les d\u00e9fis sont donc nombreux pour les semaines et les mois \u00e0 venir, au premier rang desquels la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver une issue \u00e0 l\u2019interminable crise qui ronge la vie politique tunisienne depuis des ann\u00e9es et plus particuli\u00e8rement celle-ci. Au niveau \u00e9conomique, la Tunisie ne poss\u00e8de pas d\u2019immenses r\u00e9serves p\u00e9troli\u00e8res, lui rapportant chaque ann\u00e9e des centaines de milliards de dollars. Mais ce manque \u00e9conomique strat\u00e9gique prend aussi les traits d\u2019une v\u00e9ritable \u00ab b\u00e9n\u00e9diction \u00bb en syst\u00e9matisant moins les r\u00e9flexes de pr\u00e9dation \u00e0 tous les \u00e9chelons du pouvoir et de la soci\u00e9t\u00e9. Cette pr\u00e9dation r\u00e8gne d\u00e9j\u00e0 sur le peu dont dispose la Tunisie, et se voit aggrav\u00e9e par le d\u00e9labrement actuel du pays. Les services de base comme la distribution d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau sont en train de pointer aux abonn\u00e9s absents, plus de la moiti\u00e9 de la population vivant aujourd\u2019hui dans la plus grande pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue g\u00e9opolitique, l\u2019\u00e9volution int\u00e9rieure de la Tunisie aura aussi de s\u00e9rieuses r\u00e9percussions sur les \u00e9quilibres de la r\u00e9gion dans son ensemble. En effet, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le pays semble progressivement r\u00e9affirmer sa souverainet\u00e9, l\u2019inqui\u00e9tude est palpable quant \u00e0 l\u2019issue de la crise politique int\u00e9rieure, mais aussi des affrontements qui opposent Tunis et la frange littorale du pays aux provinces du Nord-Ouest et de l\u2019int\u00e9rieur. Enfin, l\u2019\u00e9mergence de pouvoirs islamistes en Tunisie, semble pousser vers une alliance renforc\u00e9e avec l\u2019\u00c9gypte, la Turquie, le Qatar ou encore l\u2019Alg\u00e9rie et la Libye, et il s\u2019agit l\u00e0 sans doute de la plus grande inqui\u00e9tude nourrie \u00e0 ce jour. Si la Tunisie a constitu\u00e9 un \u00ab contre-mod\u00e8le \u00bb \u00e9vident pour les r\u00e9volutionnaires arabes en d\u00e9montrant, a posteriori, qu\u2019un \u00e9lan d\u00e9mocratique pouvait surgir m\u00eame par le biais d\u2019une ing\u00e9rence ext\u00e9rieure, le pays reste le premier du Monde arabo-musulman \u00e0 \u00eatre sorti de l\u2019autoritarisme et \u00e0 avoir fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une transition, quand bien m\u00eame serait-elle mal achev\u00e9e. \u00c0 ce titre, son exp\u00e9rience r\u00e9cente pourrait r\u00e9v\u00e9ler que la trajectoire tunisienne de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 la fois complexe et violente, rappelle combien la d\u00e9mocratie est un id\u00e9al difficile \u00e0 atteindre. En retour, les insurrections arabes pourraient-elles faire prendre conscience \u00e0 ses citoyens qu\u2019ils ne sont pas condamn\u00e9s au d\u00e9sespoir mais \u00e9galement capables d\u2019exiger des comptes \u00e0 leurs gouvernants s\u2019ils sont mus par un m\u00eame id\u00e9al de dignit\u00e9 et de justice.<\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Monji Ben Raies<\/strong><br \/><span class=\"c4\"><em>Universitaire, juriste internationaliste et politiste<br \/>Enseignant et chercheur en Droit Public et science politique<br \/>Universit\u00e9 de Tunis El Manar<br \/>Facult\u00e9 de Droit et des Sciences Politiques de Tunis.<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/31998-tunisie-tyrannie-dans-la-democratie\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Monji Ben Raies &#8211; Il est dit que pour avoir un peuple docile, il ne faut pas lui laisser trop de libert\u00e9. 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