{"id":118352,"date":"2021-06-10T06:50:00","date_gmt":"2021-06-10T10:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/entre-fmi-notation-souveraine-et-contraintes-sociales-larbitrage-difficile-pour-le-gouvernement-tunisien\/"},"modified":"2021-06-10T06:50:00","modified_gmt":"2021-06-10T10:50:00","slug":"entre-fmi-notation-souveraine-et-contraintes-sociales-larbitrage-difficile-pour-le-gouvernement-tunisien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/entre-fmi-notation-souveraine-et-contraintes-sociales-larbitrage-difficile-pour-le-gouvernement-tunisien\/","title":{"rendered":"Entre FMI,  notation souveraine et contraintes sociales : l&rsquo;arbitrage difficile pour le gouvernement tunisien"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong>Par Zouhair El Kadhi et F\u00e9rid Ben Brahim &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Il est incontestable que l\u2019\u00e9conomie tunisienne traverse sa plus mauvaise d\u00e9cennie depuis l\u2019ind\u00e9pendance et qu\u2019elle va se heurter \u00e0 de rudes \u00e9cueils. Une croissance en berne, un ch\u00f4mage et une dette qui explosent et les besoins de financement du budget ont atteint des sommets historiques. Faut-il rappeler que cette situation n\u2019est que le r\u00e9sultat d\u2019une fuite en avant pratiqu\u00e9e depuis dix ans. Dit autrement, le gouvernement actuel assumera sa responsabilit\u00e9 certes mais il serait injuste de lui faire porter les erreurs du pass\u00e9. L\u2019enjeu n\u2019est pas de chercher des boucs \u00e9missaires mais de trouver une voie de sortie face \u00e0 une situation extr\u00eamement fragile. En tout \u00e9tat de cause, l\u2019actuel gouvernement doit mobiliser plus de 16 milliards de dinars pour boucler son budget.<\/p>\n<p>Ainsi, le recours au FMI devient incontournable dans la mesure o\u00f9 celui-ci permettra de mobiliser d\u2019autres financements, si n\u00e9cessaires et sur lesquels vient s\u2019ajouter la menace d\u2019une d\u00e9gradation de la note souveraine !<\/p>\n<p>Partant, l\u2019enjeu actuel est comment trouver un accord avec le FMI? D\u2019une mani\u00e8re concr\u00e8te comment arbitrer entre les exigences du FMI, notamment d\u2019importantes coupes budg\u00e9taires, et les contraintes sociales dans une conjoncture morose.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Les exigences du FMI, certes impopulaires mais b\u00e9n\u00e9fiques pour le pays\u2026<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Parmi les exigences du FMI, on retrouve en premier lieu<\/strong><\/span> la question de la masse salariale. En effet, il ne faut pas \u00eatre un grand clerc pour constater que le niveau de la masse salariale est non seulement important mais \u00e9galement inacceptable. C\u2019est m\u00eame injuste car, au final, seuls les fonctionnaires de l\u2019Etat b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019argent ducontribuable.<\/p>\n<p>Rappelons \u00e0 cet \u00e9gard que la masse salariale repr\u00e9sente 61% de nos ressources budg\u00e9taires propres, soit l\u2019\u00e9quivalent de 17,4% du PIB. Il se trouve que 30% de la masse salariale est consacr\u00e9 au secteur de l\u2019\u00e9ducation avec des r\u00e9sultats plus que m\u00e9diocres. Le gouvernement s\u2019est fix\u00e9 comme objectif tr\u00e8s ambitieux de 15% le ratio masse salariale rapport\u00e9e au PIB d\u2019ici 2022. Un tel objectif est tr\u00e8s difficile \u00e0 atteindre avec l\u2019unique action des d\u00e9parts volontaires. Pis encore, la centrale syndicale (UGTT) r\u00e9clame un nouveau round de n\u00e9gociation salariale, ce qui rend l\u2019objectif du gouvernement tr\u00e8s peu probable.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>La seconde exigence<\/strong><\/span> est en lien avec les subventions. Le FMI demande une rationalisation des subventions notamment \u00e9nerg\u00e9tiques. Dans ce contexte, le gouvernement propose une hausse des prix des denr\u00e9es alimentaires, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 et le gaz naturel d&rsquo;ici 2024. Il s\u2019agit de remplacer les subventions actuelles par des transferts directs en esp\u00e8ces (cash transferts) pour les plus d\u00e9munis. Ce m\u00e9canisme n\u2019est pas ais\u00e9 \u00e0 mettre en place sachant que l\u2019Etat ne dispose pas d\u2019une base de donn\u00e9es fiables permettant le succ\u00e8s de ces actions. Il faut \u00e9galement \u00eatre tr\u00e8s prudent quant aux subventions \u00e9nerg\u00e9tiques et s\u2019assurer que les hausses s\u2019agissant des bouteilles de gaz soient graduelles.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>La troisi\u00e8me exigence<\/strong><\/span> concerne le fardeau des entreprises publiques. Le FMI souhaite des solutions concr\u00e8tes et efficaces pour mettre fin \u00e0 une h\u00e9morragie budg\u00e9taire inqui\u00e9tante. A cet \u00e9gard l\u2019option de privatisation de quelques entreprises n\u2019est plus \u00e9cart\u00e9e. Le gouvernement, tentant d\u2019amadouer l\u2019UGTT, ne veut pas parler de privatisation et pr\u00e9f\u00e8re utiliser le terme restructuration.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Le besoin d\u2019un recours massif au financement sur le march\u00e9 local devient in\u00e9luctable mais n\u2019est pas sans risques<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Avec un acc\u00e8s limit\u00e9 aux financements externes, le gouvernement et les grandes entreprises publiques pourraient se tourner vers les banques locales comme ce fut le cas l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. En effet, l&rsquo;exposition des banques au secteur public s&rsquo;en est trouv\u00e9e accrue, allant jusqu\u2019\u00e0 45% du total des actifs des banques.<\/p>\n<p>Les perspectives d&rsquo;un recours massif aux march\u00e9s internationaux \u00e9tant limit\u00e9es, l&rsquo;exposition des banques \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat devrait s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Cela pourrait \u00e9vincer le cr\u00e9dit au secteur priv\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 le financement priv\u00e9 est absolument n\u00e9cessaire pour stimuler la reprise. En outre, les perspectives \u00e9conomiques pour la Tunisie\u00a0 nous am\u00e8nent \u00e0 estimer que les besoins budg\u00e9taires pourraient encore s&rsquo;aggraver de 3 points du PIB suppl\u00e9mentaires dans le cadre d&rsquo;un sc\u00e9nario de choc impliquant un resserrement rapide des conditions financi\u00e8res mondiales et un retard de l&rsquo;ajustement budg\u00e9taire d\u00fb \u00e0 une reprise lente. Si les banques nationales financent ces besoins inattendus, en plus du financement n\u00e9cessaire pr\u00e9vu en 2021-22, l\u2019Etat absorberait 10 \u00e0 20 % suppl\u00e9mentaires des actifs des banques sous forme de dette publique \u00e0 la fin de 2022. En cons\u00e9quence, les banques publiques et priv\u00e9es pourraient atteindre des niveaux d&rsquo;exposition au secteur public similaires \u00e0 ceux observ\u00e9s actuellement au Liban. Rappelons \u00e0 ce titre que le gouvernement a couvert plus de 50 % de ses besoins de financement publics bruts par des financements bancaires nationaux en 2020.<\/p>\n<p>La Tunisie aurait besoin d&rsquo;une strat\u00e9gie budg\u00e9taire et d&rsquo;une gestion de la dette \u00e0 moyen terme cr\u00e9dibles et clairement communiqu\u00e9es. Cette strat\u00e9gie n\u00e9cessitera une \u00e9troite coordination entre la politique mon\u00e9taire (Banque Centrale), la politique budg\u00e9taire et la r\u00e9glementation du secteur financier, afin de parvenir \u00e0 une vision commune de la capacit\u00e9 d&rsquo;absorption globale des march\u00e9s financiers nationaux.<br \/>La Tunisie dont la marge de man\u0153uvre budg\u00e9taire est limit\u00e9e, voire inexistante, devra lancer des plans d&rsquo;assainissement favorables \u00e0 la croissance lorsque la crise s&rsquo;estompera. Les d\u00e9cideurs doivent d\u00e8s lors s&rsquo;efforcer d&rsquo;att\u00e9nuer de mani\u00e8re proactive le risque de refinancement et de l\u2019ass\u00e8chement du march\u00e9 aux acteurs priv\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>Les op\u00e9rations de gestion du passif (telles que l&rsquo;allongement des \u00e9ch\u00e9ances) pourront am\u00e9liorer les conditions de la dette \u00e0 court terme et le profil de la dette \u00e0 moyen terme.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le gouvernement a int\u00e9r\u00eat \u00e0 proposer une vision globale du redressement \u00e9conomique et \u00e9viter le repl\u00e2trage. Une telle vision devrait clairement distinguer objectifs et moyens tout comme l\u2019horizon court et moyen terme. Les actions doivent \u00eatre orient\u00e9es vers le redressement de l\u2019appareil de production, la cr\u00e9ation de valeur ajout\u00e9e et l\u2019exportation.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause l\u2019avenir n\u2019est pas radieux mais \u00e9chapper \u00e0 la d\u00e9magogie des lobbies et des avantages acquis doit \u00eatre la boussole de tout gouvernement cr\u00e9dible et sinc\u00e8re. Si cette strat\u00e9gie de la v\u00e9rit\u00e9 est enterr\u00e9e par les adeptes de la politique de l\u2019autruche alors les r\u00e9veils seront douloureux et les r\u00e9\u00e9chelonnements in\u00e9luctables.<\/p>\n<p><a href=\"\/uploads\/FCK_files\/TBE%20juin%202021%20AFC.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">T\u00e9l\u00e9charger le Tableau de bord de la conjoncture \u00e9conomique de la Tunisie juin 2021<\/a><\/p>\n<p class=\"c5\"><strong>Zouhair El Kadhi, et F\u00e9rid Ben Brahim<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/32013-naviguer-entre-exigences-du-fmi-menace-sur-la-notation-souveraine-et-contraintes-sociales-un-arbitrage-difficile-pour-le-gouvernement\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Zouhair El Kadhi et F\u00e9rid Ben Brahim &#8211; Il est incontestable que l\u2019\u00e9conomie tunisienne traverse sa plus mauvaise d\u00e9cennie depuis l\u2019ind\u00e9pendance et qu\u2019elle va se heurter \u00e0 de rudes \u00e9cueils. 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