{"id":118478,"date":"2021-06-12T04:00:00","date_gmt":"2021-06-12T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-les-risques-de-la-defiance-a-legard-des-politiques-au-pouvoir\/"},"modified":"2021-06-12T04:00:00","modified_gmt":"2021-06-12T08:00:00","slug":"tunisie-les-risques-de-la-defiance-a-legard-des-politiques-au-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-les-risques-de-la-defiance-a-legard-des-politiques-au-pouvoir\/","title":{"rendered":"Tunisie: Les risques de la d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des politiques au pouvoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\"><span class=\"c2\"><em><strong>Par Riadh Zghal &#8211;<\/strong><\/em><\/span> <strong>Tous les sondages d\u2019opinion des derniers mois refl\u00e8tent la d\u00e9saffection des citoyens \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui les gouvernent depuis les trois pr\u00e9sidents (n\u2019en d\u00e9plaise au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui ne ce cesse de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il y en a un seul et qui n\u2019est autre que lui). Cette d\u00e9saffection ne s\u2019explique pas seulement par la crise multidimensionnelle que vit le pays \u00e9conomiquement, politiquement, socialement, mais aussi par le vide au sommet.<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas faute d\u2019institutions et de titulaires des postes dans ces institutions, mais faute de visibilit\u00e9, de strat\u00e9gie de l\u2019Etat, de stabilit\u00e9 devenue impossible, tant la valse des gouvernements a emp\u00each\u00e9 toute planification de r\u00e9forme conduite \u00e0 son terme et, surtout, mis fin au mandat des ministres comp\u00e9tents qui ont une vision des changements n\u00e9cessaires.De tels ministres, il y en eu certes, mais jamais le maintien dans la dur\u00e9e d\u2019une masse critique de comp\u00e9tences qui aurait pu conduire les v\u00e9ritables r\u00e9formes utiles \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019est finalement faute de leadership cr\u00e9dible, non parce qu\u2019il prof\u00e8re un discours populiste laudateur du \u00ab peuple \u00bb ou s\u2019apitoyant sur les cat\u00e9gories pauvres, mais parce qu\u2019il agit, parce qu\u2019il oriente les esprits et les actions vers l\u2019int\u00e9r\u00eat du plus grand nombre, parce qu\u2019il communique par un discours qui fait sens, parce qu\u2019il refl\u00e8te une vision d\u2019avenir meilleur en mesure de mobiliser les acteurs sociaux, parce qu\u2019il est moins obs\u00e9d\u00e9 par le pouvoir personnel d\u2019un \u00abbig brother\u00bb que par le leadership collectif diffus\u00e9 \u00e0 tous les paliers des responsabilit\u00e9s collectives, parce qu\u2019il dispose d\u2019un sens profond de l\u2019Etat, de la participation, de la bonne gouvernance et de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>La d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des gouvernants existe certes partout, y compris dans les vieilles d\u00e9mocraties, car les \u00e9lections, fussent-elles au suffrage universel, n\u2019\u00e9radiquent ni l\u2019opposition ni la d\u00e9fiance. Ce sont les proportions qui varient d\u2019une d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019autre. Seulement chez nous la d\u00e9fiance est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ou presque, et semble se transformer en m\u00e9fiance. Si la d\u00e9fiance signifie se fier mais sous conditions, la m\u00e9fiance c\u2019est \u00eatre en permanence sur ses gardes parce qu\u2019on soup\u00e7onne des intentions malhonn\u00eates. Cet \u00e9tat des attitudes sociales renferme des risques gravissimes. Cela menace la coh\u00e9sion sociale mais pas seulement.<\/p>\n<p>La d\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e stimule le d\u00e9ni de l\u2019Etat aussi bien en ce qui concerne son autorit\u00e9 qu\u2019en ce qui concerne le sens d\u2019appartenance \u00e0 une nation. Quand on ne croit plus en l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat, cela se traduit par le d\u00e9ni de la l\u00e9galit\u00e9 ce qui ouvre de larges avenues \u00e0 la corruption, au trafic commercial ill\u00e9gal, au rejet de l\u2019autorit\u00e9 des dirigeants. Cela vient de se manifester par la d\u00e9sob\u00e9issance civile lorsque le gouvernement a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le confinement g\u00e9n\u00e9ral quelques jours avant l\u2019A\u00efd. Lorsque la d\u00e9fiance affecte les dirigeants des organismes publics, c\u2019est la valeur travail qui se perd, en plus de l\u2019attractivit\u00e9 des \u00e9tablissements publics pour les plus comp\u00e9tents, ce qui entra\u00eene la m\u00e9diocrit\u00e9 des services publics et ouvre une large avenue \u00e0 la fuite des cerveaux et \u00e0 l\u2019\u00e9migration clandestine. Le feuilleton \u00ab Harga \u00bb, une \u0153uvre associant les genres fiction et documentaire, qui vient d\u2019\u00eatre diffus\u00e9 par la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision nationale, a d\u00e9peint ce sentiment chez des Tunisiens jeunes et vieux qui ont perdu le sens de leur appartenance \u00e0 une nation, jusqu\u2019\u00e0 en perdre la croyance en leur propre valeur d\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>On entend de plus en plus de voix qui appellent au d\u00e9part de la classe politique au pouvoir et l\u2019organisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum. Il y a \u00e9videmment ceux pour qui c\u2019est une tactique politique. N\u00e9anmoins, cela reste l\u2019expression de la d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pouvoir. Certains appellent \u00e0 la dissolution du parlement, d\u2019autres \u00e0 la d\u00e9mission du gouvernement, d\u2019autres au d\u00e9part du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Et puis apr\u00e8s ? Le pays peut-il supporter davantage d\u2019instabilit\u00e9 au sommet de l\u2019Etat encore et encore ? La priorit\u00e9 n\u2019est-elle pas d\u2019abord \u00e0 une reprise \u00e9nergique de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique et l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des citoyens ? Cela ne peut se r\u00e9aliser sans l\u2019engagement des divers acteurs sociaux depuis les employ\u00e9s de la fonction publique, en passant par les \u00e9diles municipaux, les travailleurs dans tous secteurs confondus, les dirigeants d\u2019entreprises et actifs des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Pour que cela se produise, il va falloir assurer un minimum de confiance. Alors se pose la question du comment.<\/p>\n<p>On nous parle encore et encore de dialogue, m\u00eame si de toute \u00e9vidence le discours souvent haineux entre les factions politiques n\u2019augure aucune perspective de dialogue inclusif. Par contre, il faut reconna\u00eetre que toutes les solutions des probl\u00e8mes des citoyens ne viendront pas de l\u2019initiative de l\u2019Etat si on admet que l\u2019on est en d\u00e9mocratie. Le gouvernement est actuellement en voie de lancer des r\u00e9formes, certes douloureuses, mais suppos\u00e9es permettre l\u2019am\u00e9lioration de la situation \u00e9conomique comme cela a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9tait agi du plan de restructuration qui a sorti le pays d\u2019une grave crise \u00e9conomique. Ces programmes de r\u00e9forme, avec leurs points forts et leurs points faibles, s\u2019imposent comme un mal n\u00e9cessaire, une drogue salvatrice du moment que, vu la situation d\u00e9sastreuse des finances publiques, c\u2019est de l\u2019int\u00e9r\u00eat national d\u2019\u00e9viter la faillite. Cependant, la faisabilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9forme en d\u00e9mocratie d\u00e9pend de son acceptation par le plus grand nombre de citoyens.Une fois les programmes de r\u00e9forme sont bien clarifi\u00e9s et que l\u2019on sait o\u00f9 l\u2019on va, leur mise en \u0153uvre n\u00e9cessite un vaste programme d\u2019information, non pas celui de la manipulation mais celui de la v\u00e9rit\u00e9 des d\u00e9fis, des objectifs \u00e0 atteindre et des retomb\u00e9es sur les conditions de vie et l\u2019avenir de la nation. Si campagne d\u2019information il y a, elle devra se concevoir avec des professionnels de haut niveau qui ont fait preuve d\u2019impartialit\u00e9 vis-\u00e0-vis des acteurs politiques.<\/p>\n<p>Comme l\u2019Etat est trop grand pour r\u00e9soudre certains probl\u00e8mes, notamment ceux li\u00e9s \u00e0 des contextes particuliers, il faudra renforcer la d\u00e9volution du pouvoir aux structures d\u00e9centralis\u00e9es, lib\u00e9rer les initiatives d\u00e8s le moment o\u00f9 les contextes locaux et r\u00e9gionaux ont leurs sp\u00e9cificit\u00e9s. Cela si on reconna\u00eet qu\u2019il y a des d\u00e9tails qui \u00e9chappent au sommet et que, souvent, \u00able diable se cache dans les d\u00e9tails\u00bb. La d\u00e9centralisation associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mocratie favorise l\u2019\u00e9largissement de la sph\u00e8re de participation et l\u2019exploitation de l\u2019intelligence collective, car dans la participation, il y a responsabilisation. Celle-ci pousse \u00e0 exercer l\u2019imagination et les habilet\u00e9s permettant l\u2019efficacit\u00e9 dans l\u2019atteinte des objectifs.<\/p>\n<p>En revanche, si le programme de redressement de la situation adopt\u00e9 par le gouvernement s\u2019av\u00e8re irr\u00e9alisable, il revient \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile de prendre la main. Le principal tribut r\u00e9colt\u00e9 apr\u00e8s la r\u00e9volte de 2010-2011 est celui de la dynamisation de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Cette derni\u00e8re a agi lorsque les constituants islamistes ont tent\u00e9 d\u2019imposer un statut d\u00e9valorisant des femmes. Elle a \u00e9galement agi lors du sit-in de \u00abItissam arrahil \u00bb criant sa col\u00e8re suite aux assassinats politiques perp\u00e9tr\u00e9s sous un gouvernement islamiste. Les organisations nationales du travail, de l\u2019entreprise et des droits de l\u2019homme ont r\u00e9ussi \u00e0 conduire une n\u00e9gociation qui a permis de remplacer ce gouvernement islamiste par un autre ind\u00e9pendant. Comme l\u2019histoire ne se r\u00e9p\u00e8te pas \u00e0 l\u2019identique, si la soci\u00e9t\u00e9 civile se doit de prendre la main pour sortir de la grave crise actuelle ce ne sera ni par des sit-in, ni par des gr\u00e8ves sans fin, ni par un dialogue entre politiques qui s\u2019excluent mutuellement, mais par l\u2019action pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, le travail, la participation d\u00e9centralis\u00e9e. Pour cela, il y a besoin des programmes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, r\u00e9gionale et locale. Le pays dispose encore d\u2019un capital humain capable d\u2019en \u00e9laborer.<\/p>\n<p>On a bien compris maintenant que ce syst\u00e8me politique concoct\u00e9 par une assembl\u00e9e constituante hybride n\u2019a pas march\u00e9 et ne marchera pas dans le sens attendu par la r\u00e9volte de 2009-2011. Il est \u00e0 revisiter en commen\u00e7ant par la loi \u00e9lectorale. Cela doit commencer sans d\u00e9lai parall\u00e8lement \u00e0 la mise en place des r\u00e9formes. Cela fera rena\u00eetre des espoirs, nourrir une \u00e9bauche de confiance et certainement une nouvelle dynamique politique qui prot\u00e8gera le pays contre les d\u00e9rives du populisme et de l\u2019autoritarisme, en plus de l\u2019acc\u00e8s au pouvoir de l\u2019inexp\u00e9rience, de l\u2019incomp\u00e9tence, voire de la d\u00e9linquance.<\/p>\n<p class=\"c4\"><strong>Riadh Zghal<\/strong><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/32021-tunisie-les-risques-de-la-defiance-a-l-egard-des-politiques-au-pouvoir\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Riadh Zghal &#8211; Tous les sondages d\u2019opinion des derniers mois refl\u00e8tent la d\u00e9saffection des citoyens \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui les gouvernent depuis les trois pr\u00e9sidents (n\u2019en d\u00e9plaise au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique qui ne ce cesse de r\u00e9p\u00e9ter qu\u2019il y en a un seul et qui n\u2019est autre que lui). 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