{"id":118516,"date":"2021-06-12T19:45:00","date_gmt":"2021-06-12T23:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/presentation-de-melanges-dhistoire-ancienne-du-professeur-ammar-mahjoubi-un-hommage-a-lhistorien-de-latunisie-antique\/"},"modified":"2021-06-12T19:45:00","modified_gmt":"2021-06-12T23:45:00","slug":"presentation-de-melanges-dhistoire-ancienne-du-professeur-ammar-mahjoubi-un-hommage-a-lhistorien-de-latunisie-antique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/presentation-de-melanges-dhistoire-ancienne-du-professeur-ammar-mahjoubi-un-hommage-a-lhistorien-de-latunisie-antique\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9sentation de M\u00e9langes d\u2019Histoire ancienne du Professeur Ammar Mahjoubi : un hommage \u00e0 l&rsquo;historien de laTunisie antique"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c2\"><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Houcine-Ja\u00efdi(18).jpg\" alt=\"\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\"\/>Par Professeur Houcine Ja\u00efdi &#8211;<\/strong><\/em><\/span> Monsieur le Pr\u00e9sident de l\u2019Acad\u00e9mie, madame la Directrice\u00a0 du D\u00e9partement des Sciences Humaines et Sociales, mesdames et messieurs les membres de l\u2019Acad\u00e9mie, monsieur le Directeur g\u00e9n\u00e9ral des <a href=\"https:\/\/www.leadersbooks.com.tn\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Editions<\/strong> <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span><\/a>, cher(e)s coll\u00e8gues et ami(e)s, mesdames et messieurs.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ouvrage du Professeur Ammar Mahjoubi que j\u2019ai l\u2019honneur et le plaisir de vous pr\u00e9senter, il y a beaucoup de science, de p\u00e9dagogie et d\u2019engagement. L\u2019exercice difficile auquel je m\u2019adonne, aujourd\u2019hui, devant vous, consiste \u00e0 dire, en peu de mots, o\u00f9 r\u00e9side la grande science, o\u00f9 se d\u00e9gage la p\u00e9dagogie de haut niveau et o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le l\u2019engagement sans rel\u00e2che.<br \/>Mais avant de montrer les qualit\u00e9s de l\u2019ouvrage, je commencerai par donner un aper\u00e7u de son contenu. Je terminerai ma pr\u00e9sentation par des remarques qui soulignent\u00a0 l\u2019originalit\u00e9 de la co\u00e9dition.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Une publication destin\u00e9e au grand public<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ceux parmi vous qui ont d\u00e9j\u00e0 pris connaissance de l\u2019ouvrage savent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un choix d\u2019articles\u00a0 publi\u00e9s, du mois de juin 2017 au mois de d\u00e9cembre 2019, dans le\u00a0 magazine <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> et mis en ligne sur le site Web portant le m\u00eame nom.\u00a0 Dans cette trentaine de contributions qui totalisent pr\u00e8s de 320 pages et dont chacune est compos\u00e9e d\u2019une dizaine de pages en moyenne, l\u2019auteur a trait\u00e9 divers sujets qui se rapportent tous \u00e0 son domaine de sp\u00e9cialit\u00e9, l\u2019histoire ancienne, celle de la Tunisie et du Maghreb d\u2019abord, mais aussi celle de la M\u00e9diterran\u00e9e hors Maghreb, avec quelques prolongements en direction de la M\u00e9sopotamie, et du Plateau iranien.<\/p>\n<p>Dans le livre, les articles ont regroup\u00e9s en cinq rubriques :<\/p>\n<p><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>Le Proche-Orient antique (4 articles):<\/strong><\/span> <em>Palmyre\/Tadmur et Zenobia<\/em> <em>; A l\u2019aube de l\u2019Histoire, la M\u00e9sopotamie ; L\u2019\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh ; Les Perses Ach\u00e9m\u00e9nides.<\/em><\/p>\n<p><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>Carthage et les royaumes numides (6 articles):<\/strong><\/span> <em>A l\u2019aube de l\u2019histoire de la Tunisie. De la fondation de Carthage \u00e0 son ancrage africain ; Les relations ext\u00e9rieures de l\u2019Etat carthaginois. Trait\u00e9s, pactes et conventions conclus du VIe au IIIe s. av.-J.-C. ;\u00a0 La constitution de Carthage ; Les royaumes indig\u00e8nes du Maghreb antique ; Hannibal ; 149-146 av. J.-C. \u00e0 Carthage : les ann\u00e9es finales.<\/em><\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>Rome et sa province africaine (8 articles):<\/strong><\/span> <em>Pomp\u00e9i ; Everg\u00e9tisme et charit\u00e9 ; La corruption \u00e9lectorale \u00e0 Rome ; Augustin et la qu\u00eate de la sagesse ; Augustin, \u00e9v\u00eaque d\u2019Hippone ; Henchir el-Faouar. La cit\u00e9 antique des Belalitani Maiores ; L\u2019\u00e9radication de la langue et de la culture latines au Maghreb ; Survivance du latin et de la Culture antique au Maghreb.<\/em><\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>Les H\u00e9breux et le monoth\u00e9isme (3 articles):<\/strong><\/span> <em>Du paganisme au monoth\u00e9isme. L\u2019\u00e9volution religieuse des H\u00e9breux ; Compte rendu du livre de l\u2019historien Shlomo Sand \u00ab Comment le peuple juif fut invent\u00e9 \u00bb ; A propos du fondamentalisme religieux et ses ant\u00e9c\u00e9dents.<\/em><\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>R\u00e9flexions et opinions diverses:<\/strong><\/span> (8 articles) : <em>Du classement des constitutions \u00e0 la distinction entre d\u00e9mocratie et ochlocratie ; De l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de la d\u00e9mocratie grecque et des d\u00e9mocraties occidentales contemporaines ; La cit\u00e9 antique ; Le r\u00e9gime des notables dans la cit\u00e9 antique ; Soumission ou opinion publique ? ; D\u00e9politisation et apolitisme ; L\u2019historiographie du Maghreb antique ; Au c\u0153ur de la M\u00e9diterran\u00e9e, mers et littoraux.<\/em><br \/>Les titres des rubriques, \u00e0 eux seuls, montrent la grande diversit\u00e9 des sujets.<\/p>\n<p>Du contenu de l\u2019ouvrage\u00a0 se d\u00e9gagent\u00a0 trois caract\u00e9ristiques principales:<\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>De par sa nature,<\/strong><\/span> le livre n\u2019est pas une mati\u00e8re organis\u00e9e en chapitres \u00e9crits de mani\u00e8re suivie, et rattach\u00e9 \u00e0 un sujet global. Mais cela n\u2019exclut pas une continuit\u00e9 \u00e9vidente entre certains articles comme c\u2019est le cas des deux contributions consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019histoire du latin et de la culture antique au Maghreb ainsi que les des deux articles qui traitent de saint Augustin ou encore les trois articles o\u00f9 sont pr\u00e9sent\u00e9s la cit\u00e9 antique et des aspects de la vie municipale.<\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>Au total,<\/strong><\/span> l\u2019ouvrage appara\u00eet comme un manuel de haute vulgarisation de l\u2019histoire ancienne de la Tunisie et de son environnement plus ou moins proche qui a laiss\u00e9 des empreintes dans sa longue aventure historique. Mais si des faits sont utilement rappel\u00e9s dans chaque contribution, c\u2019est la r\u00e9flexion qui domine et qui charpente l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p class=\"c6\"><span class=\"c5\">\u2022<\/span> <span class=\"c5\"><strong>Les contributions se rapportent\u00a0 \u00e0 des sujets pr\u00e9cis qui se justifient par eux-m\u00eames.<\/strong><\/span> Mais de nombreux sujets sont un clin d\u2019\u0153il et parfois m\u00eame un parall\u00e8le d\u00e9taill\u00e9 entre des r\u00e9alit\u00e9s antiques et celles de nos jours, en Tunisie, dans le mode arabe ou dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales. De ce fait, ils apportent l\u2019\u00e9clairage de la mise en perspective d\u2019o\u00f9 l\u2019historien fait ressortir les filiations, les alt\u00e9rations et les ruptures.<\/p>\n<p>Compte tenu de ces caract\u00e9ristiques, on ne peut que saluer\u00a0 le fait que l\u2019auteur ait choisi pour son ouvrage le titre\u00a0 <em>\u2018\u2019M\u00e9langes d\u2019histoire ancienne\u2019\u2019<\/em>.<\/p>\n<p>Je pourrai parler longuement de chaque sujet trait\u00e9 par l\u2019auteur mais je ne le ferai pas parce que je ne voudrais pas vous priver du plaisir de lire ou de relire l\u2019ouvrage pour en appr\u00e9cier \u00e0 la fois la diversit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9. C\u2019est\u00a0 plut\u00f4t aux qualit\u00e9s de l\u2019ouvrage que je voudrais consacrer l\u2019essentiel de mon propos.<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Un ouvrage aux multiples qualit\u00e9s<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>Un condens\u00e9 de vastes connaissances<\/strong><\/span><\/p>\n<p>On ne pr\u00e9sente pas le Professeur Ammar Mahjoubi. Mais je voudrais rappeler aux non sp\u00e9cialistes de l\u2019histoire ancienne les fondements des vastes connaissances historiques qui se r\u00e9v\u00e8lent dans l\u2019ouvrage autour duquel nous sommes r\u00e9unis.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019auteur, qui est aujourd\u2019hui le doyen des historiens universitaires tunisiens toutes sp\u00e9cialit\u00e9s confondues et de Be\u00eft<\/p>\n<p>l-Hikma, vit avec la discipline \u2018\u2019Histoire\u2019\u2019 depuis pr\u00e8s de trois quarts de si\u00e8cle, en tant qu\u2019\u00e9tudiant, chercheur \u00e0 plein temps et enseignant-chercheur universitaire en exercice puis en retraite studieuse. Apr\u00e8s la formation solide qu\u2019il a re\u00e7ue au Coll\u00e8ge Sadiki puis \u00e0 l\u2019Institut des Hautes Etudes de Tunis, c\u2019est en 1961 qu\u2019il a soutenu, en Sorbonne, sa th\u00e8se de doctorat de 3e Cycle dont le sujet \u00e9tait <em>\u2018\u2019 La r\u00e9gion de B\u00e9j\u00e0 dans l\u2019Antiquit\u00e9\u2019\u2019<\/em>.<\/p>\n<p>Ce travail \u00e9tait, en fait, une premi\u00e8re approche d\u2019un sujet sur lequel, il avait commenc\u00e9 \u00e0 travailler en 1959 et auquel il allait consacrer l\u2019essentiel de son temps pendant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es. L\u2019enqu\u00eate consistait en fouilles arch\u00e9ologiques et recherches historiques concernant le site de Henchir el-Faouar, situ\u00e9 \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres au nord-est de la ville de B\u00e9ja. Au fil des campagnes de fouilles, ce site s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre celui d\u2019une petite cit\u00e9 d\u2019origine numide dont les citoyens s\u2019appelaient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine, les <em>\u2018\u2019Belalitani Maiores\u2019\u2019<\/em>. De cet ethnique, le Professeur Mahjoubi, qui en est le d\u00e9couvreur,\u00a0 a d\u00e9duit que la cit\u00e9 devait s\u2019appeler tr\u00e8s probablement Belalis Maior. Ces recherches tr\u00e8s fructueuses ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es dans le cadre d\u2019une th\u00e8se de doctorat d\u2019\u00c9tat, soutenue en Sorbonne, en 1974 et publi\u00e9e par l\u2019Universit\u00e9 de Tunis en 1978. La publication a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par les plus grandes sp\u00e9cialistes de l\u2019Antiquit\u00e9 tardive comme une avanc\u00e9e majeure dans la connaissance du Maghreb romain et plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019Occident romain, surtout durant le IVe si\u00e8cle ap. J.-C. Avant la parution de ce grand livre,\u00a0 le Professeur Mahjoubi avait publi\u00e9, seul ou en tant que coauteur,\u00a0 plusieurs \u00e9tudes qui ont fait \u00e9tat de d\u00e9couvertes importantes en plusieurs endroits : Carthage, Kerkouane, Raqqada, Kairouan, les environs de B\u00e9j\u00e0 \u2026. Ses nombreuses publications en Tunisie et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ont embrass\u00e9 un large spectre allant de la d\u00e9couverte arch\u00e9ologique ou \u00e9pigraphique \u00e0 la synth\u00e8se relative \u00e0 un vaste sujet.\u00a0 Sa contribution au d\u00e9veloppement des \u00e9tudes anciennes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Tunis se r\u00e9v\u00e8le aussi \u00e0 travers les nombreux m\u00e9moires et th\u00e8ses qu\u2019il a dirig\u00e9s et qui ont couvert, avec des sujets tr\u00e8s vari\u00e9s, toutes les p\u00e9riodes de la longue Antiquit\u00e9 tunisienne.<\/p>\n<p>Les contributions publi\u00e9es dans le livre autour duquel nous nous r\u00e9unissons aujourd\u2019hui sont donc bas\u00e9es sur un grand savoir accumul\u00e9 pendant plus de deux g\u00e9n\u00e9rations et nourri d\u2019une exp\u00e9rience d\u2019homme de terrain dot\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s vaste culture. C\u2019est cette vaste culture, servie par une connaissance approfondie des langues grecque, latine et arabe, et de plusieurs langues vivantes \u00e9trang\u00e8res qui a permis \u00e0 l\u2019auteur de traiter, dans son livre, avec beaucoup d\u2019assurance, des sujets qui ne font pas partie de son domaine de recherch\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 qui est l\u2019histoire ancienne de la Tunisie et particuli\u00e8rement la p\u00e9riode romaine.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c7\"><strong>Une p\u00e9dagogie \u00e9prouv\u00e9e<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans l\u2019ouvrage, les marques de la p\u00e9dagogie sont omnipr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>On les constate d\u2019abord au niveau du \u2018\u2019format\u2019\u2019 choisi pour le livre. L\u2019auteur n\u2019a pas voulu \u00e9crire un livre au sens o\u00f9 en entend ce mot g\u00e9n\u00e9ralement et comme il l\u2019a fait lui-m\u00eame tant de fois pour d\u2019autres publics. Il a choisi d\u2019offrir \u00e0 ses lecteurs des articles parus, au fil des mois, dans un magazine en version papier et dans sa version \u00e9lectronique. L\u2019avantage n\u2019est pas mince dans la mesure o\u00f9 le lecteur peut aborder, par des textes courts et dans l\u2019ordre qu\u2019il choisit, des d\u00e9veloppements aussi instructifs les uns que les autres et dont la date de parution dans <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> est toujours indiqu\u00e9e pour en rappeler le contexte.<\/p>\n<p>La p\u00e9dagogie se r\u00e9v\u00e8le aussi dans les nombreuses pr\u00e9cautions prises par l\u2019auteur afin de faciliter la lecture de l\u2019ouvrage aux non sp\u00e9cialistes. Ainsi, a-t-il souvent rappel\u00e9 les \u00e9tymologies et les d\u00e9finitions de certains concepts propres \u00e0 l\u2019histoire ancienne. Au besoin,\u00a0 il n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 donner la traduction d\u2019un mot en arabe ou \u00e0 entreprendre des\u00a0 rapprochements avec des r\u00e9alit\u00e9s plus proches et plus connues, sans tomber dans l\u2019extrapolation. Le recours aux notes de bas de page est extr\u00eamement rare et quand la citation des sources ou des \u00e9tudes est jug\u00e9e n\u00e9cessaire, elle est faite, le plus souvent, entre parenth\u00e8ses, dans le corps du texte. De cette mani\u00e8re, le propos est pr\u00e9cis tout en \u00e9tant digeste et fluide.<\/p>\n<p>Mais faut-il s\u2019\u00e9tonner de tant de p\u00e9dagogie de la part d\u2019un auteur qui a commenc\u00e9 \u00e0 enseigner l\u2019histoire, il y a plus de soixante ans. Le jeune enseignant\u00a0 qui a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re au Lyc\u00e9e de gar\u00e7ons de Sousse a, apr\u00e8s la parenth\u00e8se des ann\u00e9es de th\u00e8se, pass\u00e9es \u00e0 Paris, exerc\u00e9, pendant une demi-douzaine d\u2019ann\u00e9es en tant que chercheur \u00e0 plein temps \u00e0 l\u2019Institut national d\u2019Arch\u00e9ologie et d\u2019Arts (l\u2019actuel Institut national du Patrimoine), charg\u00e9 d\u2019animer les recherches historiques et arch\u00e9ologiques. Puis, il entama, \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres et Sciences Humaines de Tunis, une carri\u00e8re d\u2019enseignant-chercheur qui s\u2019est \u00e9tal\u00e9e sur pr\u00e8s de trente ans.<\/p>\n<p>Moins de dix ans apr\u00e8s le d\u00e9but de cette troisi\u00e8me tranche de vie professionnelle, il a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de la direction de l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure de Tunis o\u00f9 il continu\u00e9 \u00e0 enseigner tout en assurant une formation de 3e Cycle dans sa Facult\u00e9 d\u2019origine. Apr\u00e8s cette charge, la direction de l\u2019Institut Sup\u00e9rieur de l\u2019Education et de la Formation Continue et celle de\u00a0 l\u2019Institut Sup\u00e9rieur de l\u2019Histoire du Mouvement National (l\u2019actuel Institut Sup\u00e9rieur de l\u2019Histoire de la Tunisie Contemporaine) ne l\u2019ont jamais coup\u00e9 de l\u2019enseignement et de l\u2019encadrement des travaux des jeunes chercheurs.<\/p>\n<p>Son d\u00e9part \u00e0 la retraite, au milieu des ann\u00e9es 1990,\u00a0 lui a permis de publier, \u00e0 partir de l\u2019ann\u00e9e 2000, de nombreux ouvrages r\u00e9dig\u00e9s en arabe ou en fran\u00e7ais. Ces publications commenc\u00e9es au Centre des Publications Universitaires (CPU), ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es, en partie, par la maison d\u2019\u00e9dition \u2018\u2019Ibn Zeidoun\u2019\u2019 fond\u00e9e par le regrett\u00e9 Mohamed Abdeljaoued et par\u00a0 l\u2019Or du Temps. Destin\u00e9s d\u2019abord aux \u00e9tudiants et au\u00a0 grand public, ces ouvrages n\u2019\u00e9taient pas seulement des synth\u00e8ses commodes et utiles ; ils portaient la marque personnelle d\u2019un grand sp\u00e9cialiste des questions abord\u00e9es. En cela, comme dans ses enseignements, le Professeur Mahjoubi respectait parfaitement la r\u00e8gle \u00e9nonc\u00e9e, au\u00a0 d\u00e9but du Ve si\u00e8cle ap. J.-C., par saint J\u00e9r\u00f4me qui, dans une lettre c\u00e9l\u00e8bre, adress\u00e9e \u00e0 une jeune fille tr\u00e8s cultiv\u00e9e qui se plaignait \u00e0 lui du niveau d\u00e9plorable de son pr\u00e9cepteur, a proclam\u00e9 : \u00abIl faut longtemps apprendre ce qu\u2019on doit enseigner\u00bb.<\/p>\n<p>En consacrant, au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies,\u00a0 une bonne partie de son temps \u00e0 \u00e9crire pour le public estudiantin et, plus g\u00e9n\u00e9ralement\u00a0 pour le grand public, le Professeur Mahjoubi renouait, en fait, avec ce qu\u2019il avait commenc\u00e9 \u00e0 faire plus de trente ans auparavant et qu\u2019il avait d\u00e9laiss\u00e9, un temps, pour se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 la recherche, \u00e0 l\u2019enseignement, \u00e0 l\u2019encadrement des jeunes chercheur et \u00e0 la gestion des \u00e9tablissements de recherche et d\u2019enseignement. Il faut rappeler, ici, qu\u2019il a fait partie, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, de la jeune \u00e9quipe d\u2019enseignants-chercheurs tunisiens qui a r\u00e9dig\u00e9, en plusieurs tomes, la premi\u00e8re <em>\u2018\u2019Histoire de la Tunisie\u2019\u2019<\/em>. Dans le cadre de cette publication entam\u00e9e, en 1968, par la Soci\u00e9t\u00e9 Tunisienne de Diffusion (STD), l\u2019\u00e9laboration du premier tome de la s\u00e9rie, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 feu H\u00e9di Slim, au Professeur Mahjoubi et au Professeur Khaled Belhkodja.<\/p>\n<p>En plus de sa contribution \u00e0 la r\u00e9daction de ce volume, le\u00a0 Professeur Mahjoubi s\u2019est charg\u00e9, dans le cadre de la m\u00eame s\u00e9rie, de la r\u00e9daction d\u2019un ouvrage consacr\u00e9 aux cit\u00e9s romaines de Tunisie. Ces deux volumes (comme tous les autres de la m\u00eame s\u00e9rie) ont combl\u00e9 un vide immense. Ils sont toujours utilis\u00e9s apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9s, avec une mise \u00e0 jour substantielle, l\u2019un, en 2003, par Sud \u00c9ditions anim\u00e9es, alors, par feu Mohamed Masmoudi\u00a0 et l\u2019autre, en 2004, par\u00a0 l\u2019Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle. La mise \u00e0 jour et le souci de refl\u00e9ter la nouvelle teneur des deux ouvrages ont dict\u00e9 une modification de leurs titres : L\u2019 <em>\u2018\u2019Histoire de la Tunisie\u2019\u2019 est devenue \u2018\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale de la Tunisie\u2019\u2019 et \u2018\u2019Les cit\u00e9s romaines de Tunisie\u2019\u2019 ont c\u00e9d\u00e9 la place aux \u2018\u2019Cit\u00e9s antiques de Tunisie\u2019\u2019.<\/em><\/p>\n<p>Avant ces deux \u00e9ditions revues et augment\u00e9es, le Professeur Mahjoubi avait contribu\u00e9, par un chapitre substantiel, \u00e0 <em>\u2018\u2019L\u2019Histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique \u2018\u2019<\/em>, publi\u00e9e par l\u2019Unesco, en 1980 et qui \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 la fois aux \u00e9tudiants en Histoire et au grand public.<br \/>Dans cette \u00e9num\u00e9ration des \u00e9crits qui rel\u00e8vent de la haute vulgarisation, il faut aussi citer le recueil de textes d\u2019Apul\u00e9e, le c\u00e9l\u00e8bre auteur latin africain du IIe si\u00e8cle ap.-C. Les textes de ce recueil, choisis et introduits par le Professeur Mahjoubi, ont \u00e9t\u00e9 traduits en arabe par feu Larbi Abderrazzak et publi\u00e9s par Be\u00eft al-Hikma, en 1998.<\/p>\n<p>Quand feu Mohamed Charfi a entam\u00e9, \u00e0 la fin l\u2019ann\u00e9e 1989, en tant que ministre de l\u2019Education et des Sciences, la r\u00e9forme des programmes et des manuels scolaires, la pr\u00e9sidence de la commission relative \u00e0 l\u2019histoire ancienne a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e au Professeur Mahjoubi. Sous sa houlette, une refonte radicale a \u00e9t\u00e9 entreprise. La r\u00e9forme a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e, entre autres, par l\u2019introduction d\u2019un enseignement consistant de l\u2019histoire ancienne dans les programmes de la premi\u00e8re Ann\u00e9e de l\u2019Enseignement Secondaire alors qu\u2019elle n\u2019existait jusque l\u00e0 qu\u2019au niveau de la 7e Ann\u00e9e de l\u2019Ecole de Base. C\u2019est ainsi que, depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, les \u00e9l\u00e8ves tunisiens ont droit \u00e0 une meilleure connaissance de la longue histoire ancienne de leur pays.<\/p>\n<p>Les loyaux services rendus par le Professeur Mahjoubi au monde \u00e9ducatif ont \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9s, plus d\u2019une fois, par la reconnaissance publique qu\u2019il n\u2019a jamais cherch\u00e9e. Parmi les nombreuses d\u00e9corations tunisiennes et maghr\u00e9bines qu\u2019il a re\u00e7ues \u00e0 partir de 1969, figure sa d\u00e9coration, en 1995, de l\u2019Ordre tunisien du M\u00e9rite de l\u2019Enseignement.<\/p>\n<p>Il est donc \u00e9vident que le Professeur Mahjoubi n\u2019a pas commenc\u00e9, en 2017, \u00e0 \u00e9crire pour les \u00e9tudiants en Histoire et pour le grand public. Il avait commenc\u00e9 \u00e0 le faire un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t tout en continuant \u00e0 publier dans le cadre acad\u00e9mique, comme en t\u00e9moignent, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, ses nombreuses contributions aux activit\u00e9s scientifiques de Be\u00eft al-Hikma, parues r\u00e9guli\u00e8rement dans la s\u00e9rie\u00a0 intitul\u00e9e <em>\u2018\u2019Les conf\u00e9rences de Be\u00eft al Hikma\u2019\u2019<\/em>.<\/p>\n<p><span class=\"c7\"><strong>L\u2019engagement continu<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les th\u00e8mes trait\u00e9s par le Professeur Mahjoubi dans ses contributions parues dans\u00a0 <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> ont souvent \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9es par l\u2019actualit\u00e9 parfois br\u00fblante. Mais cela ne poussait pas forc\u00e9ment l\u2019auteur \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 chaud. Au besoin, il prenait le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, de se documenter longuement, de demander l\u2019avis d\u2019un connaisseur sur un aspect particulier de la question. En somme, il s\u2019occupait de la question \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un savant qui, tout en \u00e9tant s\u00fbr de tout ce qu\u2019il sait, n\u2019h\u00e9site pas, pour tout le reste, \u00e0 demander l\u2019avis d\u2019un tiers en qui il a confiance. Pour illustrer cette d\u00e9marche, je prendrai deux exemples.<\/p>\n<p>L\u2019article intitul\u00e9 <em>\u2018\u2019<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/21638-palmyre-tadmur\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Palmyre \/Tadmur et Zenobia<\/a> \u2018\u2019<\/em> (p. 41-54) a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> du mois de mars 2017. En ce mois, le c\u00e9l\u00e8bre site antique de Syrie, class\u00e9 au patrimoine mondial de l\u2019Unesco, venait de sortir d\u2019un cycle d\u2019atrocit\u00e9s inou\u00efes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es par les hordes de Daech, en deux sinistres \u00e9pisodes qui ont secou\u00e9 la conscience mondiale, du mois de mai 2015 au mois de janvier 2017. Des monuments d\u2019une valeur inestimable avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits ou pulv\u00e9ris\u00e9s \u00e0 l\u2019explosif ; des centaines d\u2019habitants avaient \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s. Parmi les victimes, il y avait l\u2019arch\u00e9ologue et universitaire Khaled al Assad qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 81 ans, l\u00e0 o\u00f9 il avait travaill\u00e9 pendant 40 ans. Je peux t\u00e9moigner que tous ces grands malheurs, qui ont afflig\u00e9 \u00e0 la fois les \u00eatres humains et les vestiges pr\u00e9cieux de la c\u00e9l\u00e8bre cit\u00e9 antique, ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cus, pendant pr\u00e8s de deux ans, par le Professeur Mahjoubi avec une grande douleur. Mais pour \u00e9crire son article sur Palmyre, il a pris le temps de lire, entre autres, l\u2019excellent livre de Paul Veyne, publi\u00e9 en d\u00e9cembre 2015 sous le titre <em>\u2018\u2019Palmyre. L\u2019irrempla\u00e7able tr\u00e9sor\u2019\u2019<\/em>. Et comme Z\u00e9nobie, la reine de Palmyre n\u2019\u00e9tait autre que\u00a0 Al Zaba\u00e0 des auteurs arabes, le Professeur Mahjoubi n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 s\u2019adresser \u00e0 son grand ami de longue date, feu Mohamed Yalaoui, pour l\u2019\u00e9clairer sur l\u2019apport des sources arabes. De l\u00e0 est sortie la lumineuse page 52 du livre o\u00f9 se conjuguent l\u2019\u00e9rudition de l\u2019historien de l\u2019Antiquit\u00e9 et celle du sp\u00e9cialiste de la langue et de la litt\u00e9rature arabes.\u00a0<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019article intitul\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/25321-ammar-mahjoubi-du-classement-des-constitutions-a-la-distinction-entre-democratie-et-ochlocratie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>\u2018\u2019Du classement des constitutions \u00e0 la distinction entre d\u00e9mocratie et ochlocratie\u2019\u2019<\/em><\/a> (p. 248-257) est paru, dans <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span>, au mois d\u2019ao\u00fbt 2018. Dans cette contribution, l\u2019auteur a cherch\u00e9 \u00e0 distinguer la vraie d\u00e9mocratie de ce que Polybe, l\u2019historien grec du IIe si\u00e8cle av. J.-C. avait appel\u00e9 \u2018\u2019ochlocratie\u2019\u2019, ce qui veut dire en grec \u2018\u2019le gouvernement de la multitude\u2019\u2019\u00a0 ou \u2018\u2019le gouvernement de la foule\u2019\u2019. Au mois d\u2019ao\u00fbt 2018, notre pays sortait des premi\u00e8res \u00e9lections municipales organis\u00e9es apr\u00e8s l\u2019adoption de la nouvelle constitution. La campagne \u00e9lectorale\u00a0 s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e dans un contexte marqu\u00e9 par des contestations populaires qui sont all\u00e9es jusqu\u2019au blocage des routes et des sites de production des mati\u00e8res premi\u00e8res. Ces comportements avaient \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9s, de temps \u00e0 autre, par de nombreux discours d\u00e9magogiques qui ne perdaient pas de vue l\u2019\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale toute proche. Attentif \u00e0 tout cela, le Professeur Mahjoubi a voulu montrer, dans son article, que ce qui se passait dans notre pays avait des ant\u00e9c\u00e9dents bien anciens qui se pr\u00e9sentaient bien \u00e9videmment sous les formes de leur \u00e9poque.\u00a0 En s\u2019appuyant sur les textes anciens, d\u2019H\u00e9rodote \u00e0 Polybe, sur les analyses\u00a0 pr\u00e9cieuses de Jacqueline de Romilly mais aussi sur celles, si proches dans le temps, du constitutionnaliste et politologue Oscar Ferreira, il a rappel\u00e9 que le diktat de la foule peut, en tout temps, \u00eatre soumis \u00e0 la tutelle d\u2019un d\u00e9magogue, avec le risque de d\u00e9boucher sur une tyrannie pure et dure.<\/p>\n<p>Dans plus d\u2019un article, l\u2019auteur a mis en valeur les grands acquis de notre pays pendant sa longue Antiquit\u00e9 qui couvre la moiti\u00e9 de ses trois mille ans d\u2019histoire. Cela l\u2019a amen\u00e9 \u00e0 rappeler l\u2019importance des contributions des femmes et des hommes de notre pays \u00e0 l\u2019\u00e9dification de la civilisation universelle. Avec beaucoup de douleur, il a, plus d\u2019une fois, constat\u00e9 que\u00a0 de nombreux Tunisiens, y compris parmi les plus instruits, ne sont plus port\u00e9s \u00e0 s\u2019approprier l\u2019immense histoire ancienne de leur pays,\u00a0 en la consid\u00e9rant comme la leur \u00e0 part enti\u00e8re. Ses appels argument\u00e9s pour cette appropriation ont le souffle d\u2019un message qui est la fois celui de la raison et du patriotisme.<\/p>\n<p>Voici quelques lignes de l\u2019un des deux articles qu\u2019il a consacr\u00e9s \u00e0 Saint Augustin sous le titre \u2018<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/25955-ammar-mahjoubi-saint-augustin-eveque-d-hippone\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u2019Saint Augustin, \u00e9v\u00eaque d\u2019Hippone\u2019\u2019<\/a>, publi\u00e9 dans le magazine <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> du mois de juin 2018 :<\/p>\n<p>\u00abSait-on qu\u2019en reniant Augustin, on renierait l\u2019h\u00e9ritage de plus d\u2019un mill\u00e9naire de notre histoire ? Mill\u00e9naire qui fit de la Carthage punique puis romano-africaine l\u2019un des p\u00f4les principaux de la culture antique. Sait-on qu\u2019avec ce reniement on ent\u00e9rine implicitement les desseins de la politique coloniale ? En proc\u00e9dant \u00e0 une destruction progressive de notre identit\u00e9, celle-ci commen\u00e7a par s\u2019approprier, en nous en d\u00e9pouillant, le legs de notre histoire ancienne. Sait-on enfin qu\u2019il est vain de renier Augustin, car l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re et l\u2019Occident en particulier v\u00e9hiculent, consciemment ou non, des concepts augustiniens ? \u2018\u2019Parfois m\u00eame, \u00e9crit A. Mandouze, elle parle Augustin sans le savoir\u2019\u2019. Or c\u2019est peu ou prou, notre culture des IVe et Ve si\u00e8cles qui irrigue l\u2019\u0153uvre d\u2019Augustin, et partant irrigue le tissu de toute l\u2019humanit\u00e9. [\u2026] Certes notre religion est l\u2019islam et notre langue est l\u2019arabe ; mais en quoi l\u2019adoption de cette langue et de cette religion justifierait-elle le reniement du legs de nos anc\u00eatres, le reniement de notre culture ancienne ?\u00bb (p. 170).\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Dans tous ces exemples que je viens de citer, le professeur Mahjoubi, sans se d\u00e9partir de la rigueur scientifique qui l\u2019a toujours habit\u00e9, fait preuve d\u2019un engagement constant \u00e0 d\u00e9fendre la v\u00e9rit\u00e9 autant qu\u2019elle peut \u00eatre accessible \u00e0 l\u2019historien, et \u00e0 servir les causes justes et l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Cette posture intellectuelle est en conformit\u00e9 avec une ligne de conduite, un choix de vie qu\u2019il a fait depuis sa prime jeunesse. N\u2019a t-il pas commenc\u00e9 \u00e0 militer dans le Mouvement national alors qu\u2019il \u00e9tait encore \u00e9l\u00e8ve au Coll\u00e8ge Sadiki ? N\u2019a-t-il pas\u00a0 particip\u00e9, en mars 1952, \u00e0 l\u2019organisation d\u2019une audacieuse manifestation d\u2019opposition au pouvoir colonial, dans son propre coll\u00e8ge et dans six autres lyc\u00e9es du pays ? N\u2019a-t-il pas \u00e9t\u00e9 l\u2019un des fondateurs de l\u2019UGET en 1952 ?<\/p>\n<p>Devenu enseignant puis enseignant-chercheur, responsable de structures scientifiques ou p\u00e9dagogiques, ou alors directeur d\u2019\u00e9tablissements de natures diverses, il a toujours consid\u00e9r\u00e9 la charge universitaire comme un devoir qu\u2019il accomplissait \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un sacerdoce.\u00a0<\/p>\n<p><span class=\"c4\"><strong>Une co\u00e9dition originale et bienvenue<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Voila donc un ouvrage dans lequel un grand savant s\u2019adresse au grand public pour l\u2019entretenir, avec les mots qu\u2019il faut,\u00a0 de questions g\u00e9n\u00e9ralement\u00a0 pointues mais souvent d\u2019actualit\u00e9. Quel meilleur cadre pour l\u2019\u00e9dition d\u2019un tel ouvrage qu\u2019une co\u00e9dition entre la v\u00e9n\u00e9rable Acad\u00e9mie dont l\u2019auteur est membre actif et Les <strong>Editions<\/strong> <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> dont le magazine et le site Web ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 diffuser les textes aupr\u00e8s du grand public ? Maintenant que la chose est faite, elle peut sembler \u00e9vidente, couler de source. Mais ce serait oublier toute la distance qui s\u00e9pare encore, dans notre pays, le monde acad\u00e9mique de la presse f\u00fbt-elle de grande qualit\u00e9. Il est vrai que Be\u00eft al-Hikma\u00a0 a quelques pr\u00e9c\u00e9dents en mati\u00e8re de co\u00e9dition et que le v\u00e9n\u00e9rable \u00e9tablissement a lanc\u00e9, il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps, L\u2019Encyclop\u00e9die tunisienne en version papier puis, r\u00e9cemment, en version \u00e9lectronique. Cette Publication a, aujourd\u2019hui, \u00e0 son compte, une masse appr\u00e9ciable de savoir mis \u00e0 la disposition du grand public sous forme de notices qui ont, tr\u00e8s souvent, combl\u00e9 un vide complet. Il est vrai aussi que <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> a compt\u00e9, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, de nombreux universitaires, parmi ses collaborateurs r\u00e9guliers, leur assurant une libert\u00e9 totale d\u2019expression \u00e0 tel point que le magazine est devenu pour certains d\u2019entre eux une sorte de seconde famille. Mais il n\u2019est pas moins vrai que la co\u00e9dition de l\u2019ouvrage du Professeur Mahjoubi est doublement originale, de par la gen\u00e8se de l\u2019\u0153uvre comme de par le statut des deux partenaires. Il faut, donc, en savoir gr\u00e9 aux initiateurs du projet.<\/p>\n<p><span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span> est, depuis quelques ann\u00e9es, un \u00e9diteur d\u2019ouvrages originaux et importants dont un bon nombre est issu des contributions d\u2019universitaires qui \u00e9crivent r\u00e9guli\u00e8rement dans des sujets relevant de leur sp\u00e9cialit\u00e9 premi\u00e8re ou avec lesquels ils sont tr\u00e8s familiaris\u00e9s. La librairie en ligne (<a href=\"https:\/\/www.leadersbooks.com.tn\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Leaders.books.com.tn<\/a>) qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9e, il y a peu, est un moyen de diffusion moderne et pratique. Parmi les nombreux ouvrages publi\u00e9s par Les <strong>Editions<\/strong> <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span>, une demi-douzaine de titres, dont celui du Professeur Mahjoubi, sont disponibles en version \u00e9lectronique. Ces copies digitales, sont destin\u00e9es \u00e0 un public qui, pour une raison ou une autre, pr\u00e9f\u00e8re ce format. Dans la collection de <span class=\"c3\"><strong>Leaders<\/strong><\/span>, un ouvrage est disponible, en deux versions : l\u2019une, qui est baptis\u00e9e \u2018\u2019Edition Gold\u2019\u2019 est un grand format quadrichromie richement illustr\u00e9 alors que la seconde est d\u00e9sign\u00e9e \u2018\u2019Livre universitaire\u2019\u2019. La version \u00e9lectronique d\u2019un autre ouvrage est, depuis quelques jours, disponible sur la plateforme Amazon.<\/p>\n<p>Ainsi, la co\u00e9dition de l\u2019ouvrage du Professeur Mahjoubi a inaugur\u00e9, \u00e0 ma connaissance, la vente des ouvrages des membres de Be\u00eft al-Hikma en version digitale. C\u2019est l\u00e0, le r\u00e9sultat heureux d\u2019un Partenariat Public Priv\u00e9 auquel on ne peut qu\u2019esp\u00e9rer un d\u00e9veloppement rapide.<\/p>\n<p>Mesdames et messieurs, jusqu\u2019ici, je me suis adress\u00e9 \u00e0 vous pour une pr\u00e9sentation du livre, \u00e9clair\u00e9e, je l\u2019esp\u00e8re, par des jalons de la longue vie d\u2019auteur du Professeur Ammar Mahjoubi. Je voudrais, avec votre permission, terminer en m\u2019adressant \u00e0 l\u2019auteur en lui disant ceci :<\/p>\n<p>Monsieur le Professeur et cher Ma\u00eetre,<\/p>\n<p>En assistant, en votre 90e ann\u00e9e, \u00e0 la pr\u00e9sentation de votre livre disponible en version papier et en version digitale, vous faites honneur, une fois de plus, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 tunisienne, \u00e0 Be\u00eft al-Hikma et au monde de l\u2019\u00e9dition de qualit\u00e9. En retour, vous avez bien m\u00e9rit\u00e9 de ces trois milieux qui se r\u00e9v\u00e8lent, \u00e0 travers la publication de votre livre, solidaires\u00a0 pour assurer l\u2019\u00e9panouissement de la pens\u00e9e libre et responsable et pour la diffusion des \u0153uvres utiles \u00e0 notre pays qui est pour vous plus cher que tout.<br \/>Quel meilleur v\u0153u, cher Ma\u00eetre, en cette grande assembl\u00e9e qui vous rend un hommage appuy\u00e9 malgr\u00e9 le contexte sanitaire tr\u00e8s particulier, que de vous souhaiter la bonne sant\u00e9 et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 gr\u00e2ce auxquelles vous continuerez, \u00e0 gratifier vos nombreux lecteurs, encore longtemps, de vos \u00e9crits \u00e0 la fois instructifs et stimulants ?<\/p>\n<p class=\"c8\"><strong>Professeur Houcine Ja\u00efdi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c9\"><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p class=\"c9\"><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/32000-pr-ammar-mahjoubi-ce-vendredi-a-beit-al-hikma-pour-la-presentation-de-son-livre-melange-d-histoire-ancienne\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pr Ammar Mahjoubi ce vendredi 13 juilet \u00e0 Beit al Hikma pour la pr\u00e9sentation de son livre \u2018\u2019M\u00e9lange d\u2019histoire ancienne\u2019\u2019<\/a><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/32026-les-melanges-d-histoire-ancienne-du-professeur-ammar-mahjoubi\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Professeur Houcine Ja\u00efdi &#8211; Monsieur le Pr\u00e9sident de l\u2019Acad\u00e9mie, madame la Directrice\u00a0 du D\u00e9partement des Sciences Humaines et Sociales, mesdames et messieurs les membres de l\u2019Acad\u00e9mie, monsieur le Directeur g\u00e9n\u00e9ral des Editions Leaders, cher(e)s coll\u00e8gues et ami(e)s, mesdames et messieurs. Dans l\u2019ouvrage du Professeur Ammar Mahjoubi que j\u2019ai l\u2019honneur et le plaisir de vous [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"\/uploads\/FCK_files\/Houcine-Ja\u00efdi(18).jpg","fifu_image_alt":"<div>Pr\u00e9sentation de M\u00e9langes d\u2019Histoire ancienne du Professeur Ammar Mahjoubi : un hommage \u00e0 l'historien de laTunisie antique<\/div>","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-118516","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118516","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=118516"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/118516\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=118516"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=118516"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=118516"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}