{"id":118597,"date":"2021-06-14T16:49:00","date_gmt":"2021-06-14T20:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-nestorine-sangare-experte-en-genre-la-faible-representation-des-femmes-dans-les-instances-de-decisions-temoigne-de-la-mauvaise-qualite-de-la-democratie\/"},"modified":"2021-06-14T16:49:00","modified_gmt":"2021-06-14T20:49:00","slug":"dr-nestorine-sangare-experte-en-genre-la-faible-representation-des-femmes-dans-les-instances-de-decisions-temoigne-de-la-mauvaise-qualite-de-la-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-nestorine-sangare-experte-en-genre-la-faible-representation-des-femmes-dans-les-instances-de-decisions-temoigne-de-la-mauvaise-qualite-de-la-democratie\/","title":{"rendered":"Dr Nestorine Sangar\u00e9, experte en genre : \u00ab La faible repr\u00e9sentation des femmes dans les instances de d\u00e9cisions t\u00e9moigne de la mauvaise qualit\u00e9 de la d\u00e9mocratie \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\">\n<figure><a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine.jpg\" data-caption=\"L\u2019experte en genre, Dr Nestorine Sangar\u00e9, n\u00e9e Compaor\u00e9, a invit\u00e9 les femmes \u00e0 s\u2019organiser pour mieux se faire entendre.\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"472\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine-696x472.jpg\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine-696x472.jpg 696w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine-300x203.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine-768x521.jpg 768w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine-150x102.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine-619x420.jpg 619w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine.jpg 780w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" alt=\"\" title=\"nestorine\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">L\u2019experte en genre, Dr Nestorine Sangar\u00e9, n\u00e9e Compaor\u00e9, a invit\u00e9 les femmes \u00e0 s\u2019organiser pour mieux se faire entendre.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p><strong>Titulaire d\u2019un doctorat en sociologie du d\u00e9veloppement, d\u2019une ma\u00eetrise en g\u00e9ographie rurale, Dr Nestorine Sangar\u00e9 n\u00e9e Compaor\u00e9, ex-ministre de la Promotion de la femme du Burkina Faso, a accord\u00e9 une interview \u00e0 Sidwaya. La directrice ex\u00e9cutive du Centre de recherche et d\u2019intervention en genre et du d\u00e9veloppement (CRIGED) a fait l\u2019\u00e9tat des lieux des droits politiques de la femme, les obstacles qui emp\u00eachent l\u2019application de la loi sur le quota genre entre autres.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S) : Quel est votre entendement des droits politiques de la femme ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nestorine Sangar\u00e9 (N.S.) :<\/strong> Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il faut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la loi fondamentale. La Constitution du Burkina Faso consacre que tous les hommes naissent libres en droit, sans distinction d\u2019ethnie, de race, de sexe, de langue, de religion. Il ne devrait donc pas y avoir une distinction bas\u00e9e sur l\u2019appartenance sexuelle pour pr\u00e9tendre \u00e0 un poste \u00e9lectif ou nominatif. Tous les droits qui sont pr\u00e9vus dans notre Constitution sont reconnus aux hommes et aux femmes.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re de d\u00e9mocratie et de droit politique en l\u2019occurrence, la Constitution dispose que tout Burkinab\u00e8, tout citoyen peut \u00eatre \u00e9ligible et \u00e9lecteur. Donc, les droits politiques de la femme sont les m\u00eames que ceux reconnus \u00e0 tous les citoyens du pays sans exception. Mais, au moment de l\u2019application, les textes semblent ne pas \u00eatre compris ou accept\u00e9s par certains citoyens, car ils ne veulent pas permettre \u00e0 un individu de sexe f\u00e9minin de pr\u00e9tendre avoir des droits politiques. Cette appr\u00e9hension est li\u00e9e \u00e0 une mauvaise compr\u00e9hension, mais c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9. Les textes consacrent les droits politiques \u00e9gaux pour les hommes et les femmes, mais il existe des personnes du fait de leurs perceptions, croyances et valeurs culturelles remettent en cause ces droits.<\/p>\n<p><strong>S : Pensez-vous que ces droits ne sont pas respect\u00e9s<\/strong><br \/><strong>au Burkina Faso malgr\u00e9 l\u2019adoption de la loi sur le quota genre en 2009 et sa relecture en 2020 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> Non, la loi n\u2019est pas respect\u00e9e. Il n\u2019y aurait pas eu de loi sur le quota genre si les droits \u00e9taient respect\u00e9s. En fait, la loi sur le quota est une loi in\u00e9galitaire, puisqu\u2019elle mentionnait la pr\u00e9sence de 30% de l\u2019autre sexe sur les listes \u00e9lectorales. La nouvelle loi pr\u00f4ne la parit\u00e9, mais elle est aussi in\u00e9galitaire, puisqu\u2019il existe plus de 51% de femmes au Burkina Faso. Or, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on adopte les lois successives sur le quota genre, il y a eu plus de 80% d\u2019hommes sur les listes \u00e9lectorales.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019adoption de cette loi, certains partis politiques ont jou\u00e9 le jeu en ayant plus de 30% de femmes sur leurs listes \u00e9lectorales, d\u2019autres ne l\u2019ont pas respect\u00e9e. La r\u00e9vision r\u00e9cente de la loi en 2020 a m\u00eame \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019un recul parce que beaucoup de partis politiques ne l\u2019ont pas appliqu\u00e9e. Certains ont d\u00e9j\u00e0 des listes \u00e9lectorales o\u00f9 il n\u2019y a que des hommes. En somme, les droits politiques des femmes ne sont pas appliqu\u00e9s quand bien m\u00eame il existe des textes juridiques qui font leur promotion.<\/p>\n<p><strong>S : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ce que les Burkinab\u00e8 font pour l\u2019effectivit\u00e9 de leurs droits politiques, notamment l\u2019application effective de la loi sur le quota genre ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> La premi\u00e8re des choses \u00e9tait la sensibilisation de l\u2019opinion par rapport \u00e0 l\u2019existence des droits politiques, tant au niveau des femmes elles-m\u00eames qu\u2019au niveau des hommes. Ensuite, il y a eu le renforcement des instruments juridiques avec l\u2019adoption de la loi sur le quota genre. Il faut travailler de sorte \u00e0 accompagner les acteurs politiques en termes d\u2019\u00e9ducation politique. A l\u2019approche de chaque \u00e9lection, plusieurs structures forment les candidates potentielles et une fois qu\u2019elles sont inscrites sur les listes \u00e9lectorales, elles b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un accompagnement pour pouvoir battre campagne.<\/p>\n<p>Cet accompagnement continue apr\u00e8s les campagnes pour les aider \u00e0 bien remplir correctement leurs mandats. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des acteurs politiques et OSC se sont int\u00e9ress\u00e9s aux jeunes gar\u00e7ons et aux jeunes filles pour pr\u00e9parer la rel\u00e8ve au sein des partis. C\u2019est dire que plusieurs types d\u2019actions sont men\u00e9es afin que l\u2019effectivit\u00e9 de la jouissance des droits politiques des femmes soit une r\u00e9alit\u00e9 dans notre pays.<\/p>\n<p><strong>S : Quel est l\u2019\u00e9tat des lieux en termes d\u2019effectivit\u00e9 des droits politiques de la femme, 12 ans apr\u00e8s l\u2019adoption de la loi sur le quota genre au pays des Hommes int\u00e8gres ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> 12 ans apr\u00e8s l\u2019adoption de la premi\u00e8re loi sur le quota genre, on peut dire qu\u2019on a observ\u00e9 des hauts et des bas. A l\u2019Assembl\u00e9e nationale notamment, apr\u00e8s les \u00e9lections de 2012, on a vu 24 femmes acc\u00e9der au Parlement, mais apr\u00e8s les \u00e9lections r\u00e9centes du 22 novembre 2020, nous constatons qu\u2019il n\u2019y a que 16 femmes. Apr\u00e8s les premiers d\u00e9comptes, on n\u2019avait que seulement 11 femmes. Les r\u00e9sultats ne sont pas \u00e0 la hauteur des attentes.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats ont \u00e9volu\u00e9 en dents de scie, parce qu\u2019on se rend compte qu\u2019apr\u00e8s l\u2019insurrection de 2014, les droits des femmes ont recul\u00e9. Juste apr\u00e8s l\u2019adoption de la loi en 2012, nous avons constat\u00e9 une nette am\u00e9lioration tant au niveau national que communal, mais \u00e0 partir de 2015 et 2020 le nombre des femmes a progressivement diminu\u00e9. L\u2019une des pr\u00e9occupations est qu\u2019apr\u00e8s l\u2019insurrection, leur minist\u00e8re a \u00e9t\u00e9 fusionn\u00e9 avec le minist\u00e8re de l\u2019Action sociale. Avec la crise humanitaire, on parle de moins en moins des droits des femmes, m\u00eame si les actions en faveur de l\u2019autonomisation \u00e9conomique sont maintenues. Il faut reconna\u00eetre que dans la crise humanitaire une majorit\u00e9 de femmes est prise en charge. Cependant, celles qui ne sont pas concern\u00e9es par la crise se sentent oubli\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>S : En tant que leader f\u00e9minin, pensez-vous que cette loi peut corriger le gap entre l\u2019homme et la femme sur l\u2019\u00e9chiquier politique au Burkina Faso ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> Dans certains pays, cela a \u00e9t\u00e9 possible. Il faut une volont\u00e9 politique au sommet de l\u2019Etat. Par exemple, il y a le Rwanda qui a pris une double provision. La Constitution pr\u00e9voit le nombre de postes r\u00e9serv\u00e9s aux femmes \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale. En plus, il existe une loi qui autorise les partis politiques \u00e0 positionner des femmes pour la comp\u00e9tition \u00e9lectorale et ce nombre vient s\u2019ajouter \u00e0 ce que la Constitution r\u00e9serve comme si\u00e8ges.<\/p>\n<p>La France aussi a une longue exp\u00e9rience avec le quota constitutionnel qui consacre une loi sur la parit\u00e9 et l\u2019acc\u00e8s des femmes aux postes politiques, notamment au gouvernement. Ces exemples sont des preuves qui montrent qu\u2019avec une loi sur le quota comprise et bien appliqu\u00e9e, on peut parvenir \u00e0 des r\u00e9sultats. L\u2019absence ou la faible repr\u00e9sentation des femmes dans les instances de d\u00e9cisions politiques au niveau \u00e9lectif et nominatif t\u00e9moigne de la mauvaise qualit\u00e9 de la d\u00e9mocratie. Du fait qu\u2019une grande partie de la population n\u2019est pas repr\u00e9sent\u00e9e dans les instances de d\u00e9cisions ou en est exclue, cela montre que la culture d\u00e9mocratique n\u2019est pas enracin\u00e9e et que le principe de participation citoyenne \u00e0 la gestion de la cit\u00e9 reste surtout l\u2019apanage des hommes.<\/p>\n<p>Personnellement, j\u2019ai milit\u00e9 pour l\u2019adoption de la loi sur le quota pour une raison pr\u00e9cise. Il y a des femmes qui, du fait de leur origine sociale, de leur pouvoir \u00e9conomique, de leur niveau d\u2019\u00e9tudes peuvent acc\u00e9der \u00e0 des postes d\u00e9cisionnels. Cependant, il y a d\u2019autres femmes qui ne vont jamais acc\u00e9der \u00e0 des postes m\u00eame si elles ont des comp\u00e9tences parce qu\u2019elles sont m\u00e9connues et non engag\u00e9es politiquement. Il existe des barri\u00e8res socioculturelles et ces barri\u00e8res sont structurelles et li\u00e9es aux partis politiques. Ceux-ci reproduisent en leur sein la division sexuelle des r\u00f4les qui pr\u00e9vaut dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les femmes sont cantonn\u00e9es dans des r\u00f4les de mobilisatrices \u00e0 la base et de danseuses de<br \/>\u00ab djanjoba \u00bb lors des meetings \u00e9lectoraux et ne seront sur les listes \u00e9lectorales que si elles apprennent \u00e0 marchander leurs appuis aux candidats hommes contre leur inscription comme candidates. Personne ne va jamais les proposer pour \u00eatre sur une liste ni les appuyer pour \u00eatre \u00e9lues si elles ne revendiquent pas leurs droits \u00e0 \u00eatre \u00e9ligibles.<\/p>\n<p><strong>S : Selon vous, quels sont les obstacles majeurs qui entravent l\u2019application effective de la loi sur le quota genre au Burkina Faso ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> Le premier obstacle c\u2019est la r\u00e9sistance des hommes au sein des partis politiques. Les leaders des partis politiques r\u00e9sistent pour appliquer la loi car cela ne les avantage pas. Le deuxi\u00e8me obstacle, c\u2019est le manque de pouvoir \u00e9conomique. Faire la politique demande beaucoup d\u2019argent et les femmes n\u2019ont pas d\u2019argent, ne serait-ce que pour payer la caution. Pour \u00eatre candidate, si on demande \u00e0 une femme de d\u00e9poser 5 \u00e0 25 millions F CFA avant m\u00eame la campagne, o\u00f9 est-ce qu\u2019elle trouvera cette somme ? Beaucoup ne savent pas comment faire la mobilisation des ressources financi\u00e8res et les op\u00e9rateurs \u00e9conomiques n\u2019investissent pas souvent pour soutenir des candidatures f\u00e9minines lors des \u00e9lections.<\/p>\n<p>En dehors de \u00e7a, il y a les contraintes sociocultuelles, parce que pour s\u2019engager, la femme doit avoir l\u2019aval et l\u2019accompa-gnement des membres de sa famille et de sa belle-famille. En r\u00e9alit\u00e9, le milieu de la politique burkinab\u00e8 est un milieu tr\u00e8s hostile, un milieu d\u2019hommes, un milieu o\u00f9 la violence sous toutes ses formes est pr\u00e9sente et sans piti\u00e9. Quand une femme s\u2019engage dans ce milieu, elle a besoin d\u2019une protection rapproch\u00e9e de ses proches. Cela lui permet de ne pas \u00eatre victime des maltraitances diverses. En d\u00e9finitive, la peur de la violence en politique, comme on a pu le voir dans notre pays ces derni\u00e8res ann\u00e9es, emp\u00eache beaucoup de femmes de s\u2019engager.<\/p>\n<p>Au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, si on consi-d\u00e8re les diff\u00e9rentes crises sociopolitiques, le nombre de femmes victimes directes et indirectes est significatif. C\u2019est le cas de l\u2019insurrection o\u00f9 des femmes ont vu leurs domiciles saccag\u00e9s malgr\u00e9 le fait qu\u2019elles ne soient pas forc\u00e9ment engag\u00e9es au m\u00eame titre que leurs maris. Voici une autre raison suppl\u00e9mentaire qui fait que certaines femmes ne veulent pas s\u2019engager en politique. Il y a aussi l\u2019auto censure des femmes du fait du manque d\u2019exp\u00e9-riences et de comp\u00e9tences en politique, du faible respect des principes et r\u00e8gles de bonne gouvernance politique et d\u00e9mocratique, la peur des violences \u00e9lectorales et le manque de moyens financiers pour pratiquer la corruption \u00e9lectorale.<\/p>\n<p><strong>S : La relecture de la loi sur le quota genre a apport\u00e9 des innovations notamment la<\/strong> <strong>\u00ab sanction positive \u00bb qui vise \u00e0 r\u00e9compenser \u00e0 hauteur de 20% du financement public les partis politiques ayant respect\u00e9 la loi. Quelle appr\u00e9ciation faites-vous de cette innovation ?<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_36412\" aria-describedby=\"caption-attachment-36412\" class=\"wp-caption alignleft c1\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-36412\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine2-300x120.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"120\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine2-300x120.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine2-768x307.jpg 768w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine2-150x60.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine2-696x279.jpg 696w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/nestorine2.jpg 787w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\"\/><figcaption id=\"caption-attachment-36412\" class=\"wp-caption-text\">La loi sur le quota genre n\u2019est pas respect\u00e9e au sein du gouvernement qui compte neuf femmes sur 32 membres.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> C\u2019est une r\u00e9gression car l\u2019ancienne loi de 2009 (art 5) indiquait que les partis dont les listes ne respectaient pas les dispositions de la loi perdaient 50% du financement public pour la campagne. Par ailleurs, la loi pr\u00e9voyait (art 6) qu\u2019un parti qui obtenait ou d\u00e9passait 30% de femmes \u00e9lues recevrait le double du financement effectu\u00e9 par ce parti au titre de la campagne. La loi de 2020 indique que les partis qui appliquent la loi recevront un surplus de 20% du montant allou\u00e9 par l\u2019Etat pour la campagne \u00e9lectorale. Cependant, ce sont 20% de l\u2019enveloppe totale du financement public qui doivent \u00eatre redistribu\u00e9s entre l\u2019ensemble des partis qui auraient appliqu\u00e9 la loi.<\/p>\n<p>Il semble, selon les pr\u00e9cisions de l\u2019Ex\u00e9cutif, que la r\u00e9partition des 20% du budget sera au prorata de ce que le parti aurait eu comme financement de sa campagne. Selon les informations, il n\u2019y a qu\u2019un seul parti politique qui a rempli le quota mais qui n\u2019a pas pu avoir les 20% du financement. Cela est dommage, parce que ce n\u2019est pas encourageant pour les partis qui ont jou\u00e9 le jeu et qui ont appliqu\u00e9 la loi.<\/p>\n<p><strong>S : Les organisations f\u00e9minines de la soci\u00e9t\u00e9 civile proposeraient que le code \u00e9lectoral pr\u00e9voie des sanctions contre les contrevenants \u00e0 cette loi notamment l\u2019annulation pure et simple des listes \u00e9lectorales non conformes. Qu\u2019en pensez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> Dans certains pays, cela est v\u00e9rifi\u00e9. Quand un parti ne respecte pas la loi, on rejette la liste et le parti se r\u00e9organise pour remplir les conditions. Mais quand le probl\u00e8me a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 au Burkina, il est ressorti apr\u00e8s les discussions, que cela entravera le processus \u00e9lectoral, puisque la plupart des partis risquent de se voir recaler au d\u00e9p\u00f4t des listes. Les experts avaient conseill\u00e9 donc de ne pas appliquer cette sanction n\u00e9gative qui consiste \u00e0 rejeter les listes. En plus, la plupart des partis viennent d\u00e9poser leurs listes \u00e0 la derni\u00e8re minute, la veille m\u00eame de la cl\u00f4ture souvent tr\u00e8s tard la nuit. L\u2019ancienne loi pr\u00e9voyait qu\u2019apr\u00e8s les d\u00e9p\u00f4ts, la CENI disposait de 15 jours pour r\u00e9agir apr\u00e8s examen. Cela donnait le temps \u00e0 la CENI d\u2019interpeler les partis politiques non en r\u00e8gle. La nouvelle loi ne contient plus cette disposition dont l\u2019application paraissait assez faible depuis 2012.<\/p>\n<p><strong>S : Les femmes ne sont-elles pas leur propre bourreau dans la mesure o\u00f9 elles pr\u00e9f\u00e8rent jouer le r\u00f4le de mobilisatrices et d\u2019\u00e9lectrices ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> C\u2019est plus profond que vous le pensez. Les femmes ne sont pas bien organis\u00e9es. Il y a quelques individualit\u00e9s qui arrivent \u00e0 \u00e9merger du fait de leur affiliation avec certains hommes politiques et qui favorisent l\u2019entr\u00e9e en politique de certaines femmes leaders. En dehors de cela, il y a d\u2019autres femmes qui, du fait de leur capacit\u00e9, arrivent \u00e0 se faire attribuer une place politique. Le probl\u00e8me est plus pr\u00e9occupant en termes de solidarit\u00e9 puisque le mouvement f\u00e9minin s\u2019est effrit\u00e9.<\/p>\n<p>Le manque de mouvement de pression de grande envergure au niveau des femmes fait qu\u2019on ne peut pas faire pression sur l\u2019autorit\u00e9.<br \/>Si les femmes arrivaient \u00e0 s\u2019organiser, se faire \u00e9couter et s\u2019entendre, les partis politiques auraient peur de ne pas respecter le quota. Pour le moment, beaucoup de femmes ne sont pas politiques, parce qu\u2019elles n\u2019ont pas une capacit\u00e9 en communication politique pour se<br \/>faire \u00e9couter et s\u2019imposer puisqu\u2019elles viennent de fa\u00e7on isol\u00e9e. Il y a aussi un probl\u00e8me de solidarit\u00e9 entre les femmes.<\/p>\n<p><strong>S : A l\u2019issue des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 22 novembre 2020, l\u2019Assembl\u00e9e nationale compte 16 femmes sur 127 d\u00e9put\u00e9s. Quant au gouvernement, on n\u2019y d\u00e9nombre que 9 femmes sur 32 ministres.<\/strong><br \/><strong>Quel est votre commentaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> La premi\u00e8re loi sur le quota a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e quand l\u2019actuel pr\u00e9sident du Faso \u00e9tait le Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale et il a \u00e9t\u00e9 favorable \u00e0 son adoption. Aujourd\u2019hui, son parti doit composer avec des partis politiques qui ne partagent pas forc\u00e9ment le m\u00eame avis que lui par rapport \u00e0 la participation politique des femmes. Cela suscite un marchandage continu. Les leaders de certains partis politiques veulent eux-m\u00eames si\u00e9ger. A d\u00e9faut d\u2019avoir un poste minist\u00e9riel, s\u2019ils obtiennent un poste de d\u00e9put\u00e9, ils ne refusent pas.<\/p>\n<p>Dans le jeu des alliances, si on impose aux responsables de ces partis, surtout les plus dominants de mettre des femmes, il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019ils le fassent. Ils vont d\u2019abord se positionner parce qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9 leurs partis pour leurs propres ambitions politiques. Pour plusieurs hommes politiciens, cr\u00e9er un parti devient un business. Aux jeux des alliances, m\u00eame s\u2019il y a une loi, le marchandage entre partis l\u2019a vid\u00e9e de son contenu. Ce sont autant de r\u00e9alit\u00e9s qui emp\u00eachent aussi la mise en \u0153uvre de la loi sur le quota genre.<\/p>\n<p><strong>S : En tant que sociologue, quelles peuvent \u00eatre les cons\u00e9quences sociopolitiques de ces r\u00e9sultats ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> La cons\u00e9quence est que beaucoup de femmes vont se d\u00e9courager. Imaginons les femmes qui sont sorties avec des spatules manifester pendant l\u2019insurrection qui se retrouvent aujourd\u2019hui avec leurs droits politiques ni\u00e9s, combattus et l\u00e0 o\u00f9 elles comptaient avoir des faveurs tel n\u2019est pas le cas. Est-ce qu\u2019elles auront encore le courage de le refaire ? Pendant plus de sept d\u00e9cennies, c\u2019est-\u00e0-dire depuis les ind\u00e9pendances, les femmes ont tenu en haleine le jeu politique, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on les qualifie de b\u00e9tail \u00e9lectoral. Lors des rassemblements, ce sont les femmes qui sortent danser et faire les animations ; c\u2019est elles qui partent voter le jour des \u00e9lections et en fin de compte, ce sont les hommes qui profitent des avantages en occupant les postes \u00e9lectifs.<\/p>\n<p>Certaines femmes manifestent ouvertement leur m\u00e9contentement en disant qu\u2019elles sont fatigu\u00e9es de sortir chaque fois et rien de tangible ne bouge. Les femmes s\u2019engagent maintenant par int\u00e9r\u00eat, ne serait-ce que pour des gadgets, de l\u2019argent et m\u00eame un poste, elles attendent quelque chose en retour. Avant, elles s\u2019engageaient par affection, par la proximit\u00e9 qu\u2019elles entretiennent avec les candidats, mais maintenant, ce n\u2019est plus forc\u00e9ment le cas et cela va continuer \u00e0 tuer la d\u00e9mocratie si l\u2019on n\u2019y prend garde.<\/p>\n<p><strong>S : Au regard de vos multiples exp\u00e9riences, quel appel avez-vous \u00e0 lancer \u00e0 vos s\u0153urs afin que les droits politiques de la femme soient une r\u00e9alit\u00e9 au Burkina Faso ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>N.S. :<\/strong> La perception ou la conception que j\u2019ai de la politique est tout \u00e0 fait diff\u00e9rente de ce que les gens pensent. Pour moi, la premi\u00e8re fa\u00e7on de faire la politique est de s\u2019engager \u00e0 d\u00e9fendre les aspirations des populations, porter la voix des plus pauvres, des personnes d\u00e9munies en g\u00e9n\u00e9ral, ceux ou celles qui n\u2019ont pas acc\u00e8s aux instances de d\u00e9cisions du fait de leur niveau d\u2019instruction.<\/p>\n<p>La d\u00e9fense des causes comme l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et l\u2019eau potable, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des soins de sant\u00e9 de qualit\u00e9 constitue ma seconde raison de faire la politique. Le vrai engagement politique est un engagement utilitariste pour servir et non attendre quelque chose en retour. Comme le dit un adage \u00ab des \u00eelots de prosp\u00e9rit\u00e9 ne peuvent pas subsister dans un oc\u00e9an de mis\u00e8re \u00bb. Il faut faire en sorte que chaque citoyen puisse avoir de quoi subsister. Aujourd\u2019hui, nous assistons \u00e0 l\u2019expansion d\u2019une fa\u00e7on mat\u00e9rialiste et \u00e9go\u00efste de faire la politique, qui consiste juste \u00e0 aller s\u2019accaparer ind\u00e9finiment, de mani\u00e8re vorace et cupide, de toutes les richesses.<\/p>\n<p>Cette image impacte les jeunes g\u00e9n\u00e9rations actuelles et \u00e0 venir. Il faut donc se d\u00e9partir de telle fa\u00e7on de faire la politique. L\u2019appartenance sexuelle n\u2019est pas un crit\u00e8re \u00e0 utiliser car il est contre les dispositions de la Constitution relatives \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et aux droits politiques des citoyens. L\u2019action et la participation citoyennes sont n\u00e9cessaires pour le processus de conscientisation et la d\u00e9mocratie et vont au-del\u00e0 des a priori bas\u00e9s sur l\u2019appartenance sexuelle.<\/p>\n<p class=\"c2\">Interview r\u00e9alis\u00e9e par<br \/><strong>Souaibou NOMBRE<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom tdi_33_673 td_block_template_1\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-27454\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/PUB-Bandeau-paiement-mobile-siteweb.jpg\" alt=\"\" width=\"728\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p>Auteur: JK. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2021\/06\/14\/dr-nestorine-sangare-experte-en-genre-la-faible-representation-des-femmes-dans-les-instances-de-decisions-temoigne-de-la-mauvaise-qualite-de-la-democratie\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019experte en genre, Dr Nestorine Sangar\u00e9, n\u00e9e Compaor\u00e9, a invit\u00e9 les femmes \u00e0 s\u2019organiser pour mieux se faire entendre. Titulaire d\u2019un doctorat en sociologie du d\u00e9veloppement, d\u2019une ma\u00eetrise en g\u00e9ographie rurale, Dr Nestorine Sangar\u00e9 n\u00e9e Compaor\u00e9, ex-ministre de la Promotion de la femme du Burkina Faso, a accord\u00e9 une interview \u00e0 Sidwaya. 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