{"id":118776,"date":"2021-06-17T06:00:00","date_gmt":"2021-06-17T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/jours-tranquilles-au-sainto1\/"},"modified":"2021-06-17T06:00:00","modified_gmt":"2021-06-17T10:00:00","slug":"jours-tranquilles-au-sainto1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/jours-tranquilles-au-sainto1\/","title":{"rendered":"Jours tranquilles au Saint&rsquo;O(1)"},"content":{"rendered":"<p class=\"c3\">Juin nous avait rejoints \u00e0 la plage de St-Cloud et riait avec nous comme un m\u00f4me tout heureux de faire ses premiers pas sur le sable. Et le soleil, l\u00e0-haut dans le ciel, \u00e9tait encore sain. Vigoureux et authentique. Non encore pollu\u00e9. Il trouvait facilement son chemin \u00e0 travers une couche d&rsquo;ozone qui n&rsquo;avait pas encore de grand trou&#8230; Nous \u00e9tions heureux. Nous n&rsquo;avions pas beaucoup d&rsquo;argent mais pour se baigner et bronzer, fallait-il du fric ? \u00c9tendus sur le sable, nous savourions le dernier tube de Joe Dassin. Quelques voitures passaient sur la route mitoyenne. Il n&rsquo;y en avait pas beaucoup ; elles s&rsquo;arr\u00eataient g\u00e9n\u00e9ralement au \u00abParad\u00e8s\u00bb, un h\u00f4tel-restaurant s\u00e9duisant avec sa fa\u00e7ade tourn\u00e9e vers les premiers rayons du soleil. Le propri\u00e9taire avait am\u00e9nag\u00e9 un espace sur le sable pour ses clients. Quelques parasols sous forme de huttes accueillaient les estivants.\u00a0<br \/>On n&rsquo;avait rien de mieux \u00e0 leur offrir sur la corniche. En ville, il y avait l&rsquo;h\u00f4tel d&rsquo;Orient et l&rsquo;h\u00f4tel de Nice. La grosse carcasse de b\u00e9ton et d&rsquo;aluminium, en face de la wilaya, annon\u00e7ait le Plazza mais le projet tra\u00eenait&#8230; On racontait que, pour \u00e9difier la piscine au 14e \u00e9tage, il fallait prolonger la construction horizontalement afin d&rsquo;atteindre la colline des \u00ab7 Dormants\u00bb (Seba\u00e2 rgoud). Et certains affirmaient que les probl\u00e8mes ont commenc\u00e9 le jour o\u00f9 l\u2019on a d\u00e9rang\u00e9 les 7 marabouts dans leur sommeil \u00e9ternel. Un ouvrier chuta du haut de l&rsquo;immeuble et on \u00e9voqua tout de suite la mal\u00e9diction&#8230;<br \/>Juin nous avait apport\u00e9 beaucoup mieux : les deux baccalaur\u00e9ats, fran\u00e7ais et alg\u00e9rien! Pas \u00e0 tous, malheureusement. Certains de nos amis referont l&rsquo;ann\u00e9e dans ce nouveau lyc\u00e9e que nous n&rsquo;aimions pas beaucoup : Moubarek-El-Mili. Nous l&rsquo;avions rejoint au cours du troisi\u00e8me semestre de l&rsquo;ann\u00e9e scolaire 66-67. Auparavant, nous \u00e9tions au lyc\u00e9e Saint-Augustin. C&rsquo;\u00e9tait un monde \u00e0 part&#8230; Construit au XIXe si\u00e8cle et agrandi au XXe, le lyc\u00e9e Saint-Augustin avait le charme d\u00e9suet des vieux coll\u00e8ges couvant des myst\u00e8res et des secrets enfouis qui ne se r\u00e9veilleront probablement jamais. Nous y entrions en internat d\u00e8s la sixi\u00e8me et le cycle menant au baccalaur\u00e9at durait 7 ann\u00e9es. En quatri\u00e8me ann\u00e9e de scolarit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire en troisi\u00e8me, nous passions le BEPC, l&rsquo;\u00e9quivalent du BEM actuel. Apr\u00e8s la seconde, nous entrions en premi\u00e8re et nous avions, d\u00e9j\u00e0, un bac \u00e0 passer ! C&rsquo;\u00e9tait le premier baccalaur\u00e9at. Enfin, la terminale se concluait par le second bac, le s\u00e9same qui ouvrait les portes de l&rsquo;universit\u00e9.<br \/>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, St-Augustin \u00e9tait le seul lyc\u00e9e d&rsquo;enseignement g\u00e9n\u00e9ral alg\u00e9rien de la wilaya d&rsquo;Annaba (qui s&rsquo;\u00e9tendait jusqu&rsquo;\u00e0 N\u00e9grine, au Sahara, et couvrait les actuelles wilayas de T\u00e9bessa, Souk-Ahras, Guelma, Tarf et Annaba). Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, on \u00e9difia un lyc\u00e9e \u00e0 Guelma et il porta le nom du d\u00e9funt Benmahmoud, directeur de l&rsquo;\u00e9ducation de la wilaya qui fut un homme dou\u00e9, int\u00e8gre et un p\u00e9dagogue confirm\u00e9. Il y avait \u00e9galement le lyc\u00e9e technique et le lyc\u00e9e Mercier (devenu lyc\u00e9e Pierre-et-Marie-Curie). Mais ce dernier d\u00e9pendait de l&rsquo;ambassade de France et dispensait le programme de l&rsquo;Hexagone.<br \/>J&rsquo;ai en m\u00e9moire les premi\u00e8res journ\u00e9es d&rsquo;internat quand, arrach\u00e9 \u00e0 nos familles \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 12 ans, nous d\u00e9barquions dans un monde totalement inconnu, un monde rigoureux et hostile. Douze ann\u00e9es, nous \u00e9tions encore des m\u00f4mes ! Et comme tous les gosses, nous avions pris l&rsquo;habitude de compter sur nos mamans qui nous choyaient, nous r\u00e9veillaient doucement, nous servaient notre petit-d\u00e9jeuner et nous accompagnaient \u00e0 la porte du domicile familial avec un sourire qui nous escortait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Nous avions pris l&rsquo;habitude de compter sur nos p\u00e8res qui veillaient sur nous, nous cajolaient, r\u00e9pondaient \u00e0 nos v\u0153ux et nous recevaient, chaque soir, avec des \u00e9loges et des cadeaux. Fini tout cela ! Un pion s\u00e9v\u00e8re va r\u00e9genter notre vie avec des ordres secs \u00e0 tout bout de champ et des gifles en guise de bonbons !<br \/>Dans cette cour mouill\u00e9e par les premi\u00e8res pluies d&rsquo;automne, je cherchais des yeux mon vieux p\u00e8re qui m&rsquo;avait accompagn\u00e9 depuis M&rsquo;daourouch \u00e0 bord de sa 2 Chevaux et qui \u00e9tait rest\u00e9 longtemps \u00e0 suivre mes premiers pas h\u00e9sitants \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du lyc\u00e9e. Je le voyais \u00e0 travers les vitres de la r\u00e9ception et il m&rsquo;avait sembl\u00e9 qu&rsquo;il pleurait. Mois aussi, je pleurais en regardant les autres enfants jouer, courir et crier, sous l&rsquo;\u0153il vigilant et s\u00e9v\u00e8re du pion. Je voulais quitter ce lyc\u00e9e maussade et courir derri\u00e8re la 2 Chevaux. \u00abPapa, je veux retourner dans mon village. Je veux dormir dans notre grande chambre et manger les plats du terroir pr\u00e9par\u00e9s par ma m\u00e8re, les manger n&rsquo;importe comment : sur la table, sur la me\u00efda, par terre&#8230; je veux caresser Milou, notre chien et le taquiner&#8230; Je veux courir dans la neige et revenir me s\u00e9cher pr\u00e8s de la grande chemin\u00e9e de la pi\u00e8ce mitoyenne \u00e0 la cuisine. Je veux voir ma m\u00e8re mijoter ses plats sur cette grosse cuisini\u00e8re bleue en fonte qui marchait au coke.\u00bb<br \/>Ah ! le coke ! Le jour o\u00f9 un gros camion stationnait devant la maison pour d\u00e9charger sa cargaison de coke, c&rsquo;\u00e9tait la f\u00eate \u00e0 la maison. On pr\u00e9parait \u00e0 manger pour tout le monde : oncle Amar, oncle Mohamed, cousin Tayeb. La m\u00eame op\u00e9ration se r\u00e9p\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;approche de l&rsquo;hiver. Les oncles et les cousins d\u00e9barquaient pour d\u00e9charger le bois du m\u00eame gros camion. Il \u00e9tait destin\u00e9 aux chemin\u00e9es qu&rsquo;on trouvait pratiquement dans chaque chambre. Comme la pauvre couche d&rsquo;ozone coulait encore des jours heureux, nous avions des ann\u00e9es \u00e0 quatre saisons et l&rsquo;hiver ressemblait \u00e0 l&rsquo;hiver de nos livres. Les temp\u00eates de neige \u00e9taient violentes et pouvaient durer des semaines. Une fois, il en tomba tellement qu&rsquo;il a fallu mobiliser la m\u00eame \u00e9quipe pour d\u00e9gager, \u00e0 coups de pioche, l&rsquo;entr\u00e9e de la chambre o\u00f9 nous \u00e9tions cern\u00e9s par la neige.<br \/>Ce monde \u00e9tait fini pour moi. Devant moi, devant nous, sept longues ann\u00e9es \u00e0 passer au lyc\u00e9e. J&rsquo;enviais les externes qui partaient chaque soir vers la chaleur du foyer familial. Cependant, les pleurs de ce premier jour ne dureront pas bien longtemps. On s&rsquo;habitue \u00e0 tout&#8230; Les premiers amis. Les enfants du village d&rsquo;abord : Mohamed Tahar, Abdallah, Abdelkrim. Les autres, ceux d&rsquo;El Kala, de A\u00efn Makhlouf, de Oued Zenati, de Tarf, de A\u00efn Berda, de Souk-Ahras, de Zarouria, de Dr\u00e9a, de Ouenza, de K\u00e9b\u00e9rit, de T\u00e9bessa, du Kouif&#8230; Le grand cercle des copains qui nous fera oublier peu \u00e0 peu la chaleur familiale et le monde f\u00e9erique de l&rsquo;enfance. Nous attendions avec impatience le dimanche pour aller au stade ou au cin\u00e9ma. Nous \u00e9tions divis\u00e9s entre supporters de la JBAC et de l&rsquo;USM Annaba. Mais certains pr\u00e9f\u00e9raient l&rsquo;ES Guelma qui tenait la drag\u00e9e haute aux t\u00e9nors de la capitale.\u00a0<br \/>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque b\u00e9nie du stade v\u00e9lodrome et de son ambiance \u00e9lectris\u00e9e. On chantait \u00e0 tue-t\u00eate Baba Bel Mansour&#8230; J&rsquo;adorais la JBAC pour son jeu l\u00e9ch\u00e9 et acad\u00e9mique. Une pl\u00e9iade d&rsquo;artistes : Attoui, Tamrabet, Okacha, Bouacida&#8230; Mais la JBAC ne savait que bien jouer. Elle ne savait pas gagner. Malgr\u00e9 son niveau technique sup\u00e9rieur, \u00e0 faire p\u00e2lir les \u00e9quipes de l&rsquo;\u00e9lite, elle v\u00e9g\u00e9ta en division honneur. Comme toutes ces \u00e9coles footballistiques rayonnantes que furent l&rsquo;USH Constantine, le CAC Constantine, l&rsquo;US Tebessa, la JSM Skikda, l&rsquo;AS A\u00efn M&rsquo;lila, l&rsquo;USM A\u00efn Be\u00efda, le MC El Eulma, l&rsquo;USM S\u00e9tif, l&rsquo;US Biskra, le CA Batna, etc.\u00a0<br \/>Je n&rsquo;\u00e9tais pas un chaud partisan de l&rsquo;USM Annaba mais je ne pouvais m&#8217;emp\u00eacher de f\u00eater, comme tous les gosses d&rsquo;Annaba, son titre de champion d&rsquo;Alg\u00e9rie pour la saison 1963\/64. A bord d&rsquo;une 2 Chevaux \u2014 encore une ! \u2014 appartenant \u00e0 un parent, nous f\u00eemes le tour de tous les quartiers b\u00f4nois : Kouba, la M\u00e9nadia, Beaus\u00e9jour, El M&rsquo;haffeur, la Colonne, le Cours, la Cit\u00e9 Auzas, les Lauriers roses, l&rsquo;avenue de l&rsquo;ALN, Sidi Brahim, le Ruisseau d&rsquo;Or, Jabanet Lihoud, le Lever de l&rsquo;Aurore&#8230; \u00c9tendard rouge claquant au vent, nous roulions \u00e0 toute vitesse (enfin, au maximum de la vitesse que pouvait offrir notre tortue!). Les gens dansaient et chantaient partout. Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une lointaine \u00e9glise noy\u00e9e dans un champ d&rsquo;orangers, l\u00e0 o\u00f9 se dresse maintenant la cit\u00e9 des Allemands et derri\u00e8re le boulevard de Chapuis, il n&rsquo;y avait rien. Oued Kouba \u00e9tait la derni\u00e8re cit\u00e9 d&rsquo;habitation avant les plages&#8230;<br \/>Temps heureux o\u00f9 \u00eates-vous ?<br \/><em><strong>M. F.<br \/>(\u00c0 suivre)<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/les-choses-de-la-vie\/jours-tranquilles-au-sainto-1-62914\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juin nous avait rejoints \u00e0 la plage de St-Cloud et riait avec nous comme un m\u00f4me tout heureux de faire ses premiers pas sur le sable. Et le soleil, l\u00e0-haut dans le ciel, \u00e9tait encore sain. Vigoureux et authentique. Non encore pollu\u00e9. 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