{"id":122652,"date":"2021-07-28T16:53:52","date_gmt":"2021-07-28T20:53:52","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/region-du-centre-nord-le-systeme-sanitaire-lautre-victime-du-terrorisme\/"},"modified":"2021-07-28T16:53:52","modified_gmt":"2021-07-28T20:53:52","slug":"region-du-centre-nord-le-systeme-sanitaire-lautre-victime-du-terrorisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/region-du-centre-nord-le-systeme-sanitaire-lautre-victime-du-terrorisme\/","title":{"rendered":"R\u00e9gion du Centre-Nord : Le syst\u00e8me sanitaire, l\u2019autre victime  du terrorisme"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>Dans la r\u00e9gion du Centre-Nord, les attaques terroristes ont provoqu\u00e9 un dysfonctionnement du syst\u00e8me sanitaire, entra\u00eenant la fermeture de certains centres de sant\u00e9. Cette situation a limit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des populations aux services de sant\u00e9, dans les localit\u00e9s rest\u00e9es enclav\u00e9es et en proie aux forces terroristes.<\/strong><\/p>\n<p>Silmiougou, village situ\u00e9 sur l\u2019axe Kaya-Barsalogho. Deux pick-up de l\u2019arm\u00e9e burkinab\u00e8 avec une dizaine d\u2019\u00e9l\u00e9ments, kalachnikovs en main, arr\u00eatent tous les usagers. En voiture, \u00e0 motocyclette, en charrette\u2026il faut d\u00e9cliner son identit\u00e9 pour emprunter le tron\u00e7on Silmiougou-Barsalogho, long de 45 kilom\u00e8tres. Apr\u00e8s le contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9, nous sommes autoris\u00e9s \u00e0 poursuivre le trajet. Des Volontaires pour la d\u00e9fense de la patrie (VDP), armes en bandouli\u00e8re, jonch\u00e9s sur des motos, sont en patrouille pour riposter \u00e0 toutes attaques. Le temps d\u2019\u00ab admirer \u00bb les villages d\u00e9sert\u00e9s de leurs habitants, le GPS nous indique : Barsalogho. A l\u2019entr\u00e9e de la ville, des dizaines de tentes estampill\u00e9es \u00abUNHCR (Haut-commissariat des Nations unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s)\u00bb sont dress\u00e9s p\u00eale-m\u00eale.<\/p>\n<p>La persistance des violences arm\u00e9es ciblant des malades, agents de sant\u00e9, ambulances et des structures m\u00e9dicales ont contraint les populations \u00e0 s\u2019y r\u00e9fugier. Dans le district sanitaire de Barsalogho, la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation s\u00e9curitaire a occasionn\u00e9 une limitation d\u2019acc\u00e8s aux services de sant\u00e9 et une fermeture des centres de sant\u00e9. Gagn\u00e9s par la psychose, les agents de sant\u00e9 ont abandonn\u00e9 les formations sanitaires. Cela a affect\u00e9 l\u2019offre de soins, surtout dans les zones \u00e0 s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9caire ou abritant les d\u00e9plac\u00e9s internes. Mardi 23 f\u00e9vrier 2021, le Poste de sant\u00e9 avanc\u00e9 (PSA) de M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF) est pris d\u2019assaut par des enfants, femmes enceintes, vieillards\u2026<\/p>\n<p>Dans une gigantesque cour, qui sert d\u00e9sormais de \u00ab Centre de sant\u00e9 et de promotion sociale (CSPS) d\u2019urgence \u00bb, sont am\u00e9nag\u00e9es des salles de consultation\u2026pour apporter une assistance aux 143 184 \u00e2mes qui ont trouv\u00e9 refuge \u00e0 Barsalogho. Fataou Zagr\u00e9 est \u00e2g\u00e9e de 18 mois. Amaigrie, accompagn\u00e9e de sa m\u00e8re, elle fait la fi\u00e8vre depuis la veille. L\u2019infirmier Abdoul Sawadogo ordonne qu\u2019elle soit rapidement auscult\u00e9e. Le thermom\u00e8tre marque 37,8\u00b0C. Le test r\u00e9alis\u00e9 est n\u00e9gatif pour le paludisme. Dans ce \u00abCSPS d\u2019urgence\u00bb, le paludisme grave, les samolo\u00efdes digestives, les infections respiratoires sont fr\u00e9quentes. 10h45mn. Le registre indique d\u00e9j\u00e0 43 consultations d\u2019adultes, 25 enfants (moins de 5 ans) et 14 autres (5-14 ans).<\/p>\n<h3>Un PSA pour 143 184 personnes<\/h3>\n<p>Depuis la fuite des agents de sant\u00e9 d\u2019Arbinda, en 2017, le septuag\u00e9naire Adama Ou\u00e9draogo, refugi\u00e9 \u00e0 Barsalogho, n\u2019a plus b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de soins contre sa conjonctivite bact\u00e9rienne. Assis sur un banc, en attente de consultation, il craint d\u00e9sormais de perdre la vue. Les yeux remplis de larmes, peu audible, le vieillard l\u00e2che : \u00absi je perds la vue, c\u2019est \u00e0 cause des terroristes. Je n\u2019arrive plus \u00e0 me soigner. Qu\u2019une solution soit vite trouv\u00e9e pour mettre fin \u00e0 notre souffrance\u00bb. Au 21 ao\u00fbt 2019, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) d\u00e9nombrait 60 centres de sant\u00e9 ferm\u00e9s contre 39 en fin juillet 2019. Cons\u00e9quence : 626 000 personnes \u00e9taient priv\u00e9es de soins. Depuis la fin du mois de mai 2020, 38 centres ne fonctionnaient qu\u2019\u00e0 minima. Dans les districts sanitaires de Barsalogho, Boulsa, Kaya et Kongoussi, des centres de sant\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sert\u00e9s par les agents.<\/p>\n<p>Le district sanitaire de Barsalogho couvre 4 communes (Barsalogho, Pensa, Dablo, Namissiguima) pour une population estim\u00e9e \u00e0 plus de 227 000 habitants. A Pensa, les CSPS de Guimbila, Dak\u00e9, Ankouna, Zindib\u00e9ogo et Yalgo ne sont plus fonctionnels. Dans le district sanitaire de Kaya, les CSPS de Wountokoulga, Tibilou, Kemna (environ 50 Km de Kaya)\u2026n\u2019offrent plus de soins. Dans le district de Kongoussi, le CSPS de Nafo, dans la province du Bam est ferm\u00e9. Dans son bulletin n\u00b014, le cluster sant\u00e9 Burkina, pr\u00e9cise qu\u2019au 15 f\u00e9vrier 2021, au Centre-Nord, sur 189 formations sanitaires, 10 sont ferm\u00e9es (5,3%) et 42 fonctionnent \u00e0 minima (22%). Les populations couvertes par les formations sanitaires ferm\u00e9es, elles, sont estim\u00e9es \u00e0 119 634 personnes. \u00ab Il y a eu beaucoup d\u2019\u00e9volutions. En 2020, dans le district de Kaya, au moins 13 CSPS \u00e9taient ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>A Barsalogho, le Centre m\u00e9dical avec antenne chirurgicale (CMA) a connu un temps de fermeture et tous les CSPS \u00e9taient aussi ferm\u00e9s. Les partenaires ont pu recruter des agents pour faire fonctionner le CMA et les CSPS des chefs-lieux des communes de Dablo, Namissiguima, Pensa\u2026Des efforts sont faits par les partenaires, mais beaucoup restent \u00e0 faire \u00bb, regrette le Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral (SG) sortant du Syndicat national des travailleurs de la sant\u00e9 humaine et animale (SYNTSHA)-Sanmatenga, Mahamadi Sawadogo. Contraint de fuir les violences, le d\u00e9placement massif des populations a contribu\u00e9 \u00e0 une d\u00e9gradation de leurs conditions de vie (promiscuit\u00e9, manque d\u2019eau, d\u2019hygi\u00e8ne\u2026) avec des difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux soins.<\/p>\n<h3>17 morts\u2026<\/h3>\n<p>Le Mouvement burkinab\u00e8 des droits de l\u2019homme et des peuples (MBDHP) du Centre-Nord, au premier semestre de 2020 a alert\u00e9 les autorit\u00e9s locales de Barsalogho sur les dangers li\u00e9s aux conditions de vie pr\u00e9caires des Personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (PDI) de Foub\u00e9 et de Barsalogho. \u00ab Les gens d\u00e9f\u00e9quaient \u00e0 l\u2019air libre. Les conditions n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9unies pour qu\u2019ils se retrouvent en grand nombre dans ces lieux. Nous avons attir\u00e9 l\u2019attention des autorit\u00e9s locales que si toutefois, il y a une \u00e9pid\u00e9mie, elle peut s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s dangereuse pour ces personnes\u00bb, rappelle le pr\u00e9sident du MBDHP-Sanmatenga, Issaka Ou\u00e9draogo. L\u2019alerte n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entendue. \u00abRien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait. Cela veut dire qu\u2019elles ne l\u2019ont pas prise au s\u00e9rieux\u00bb, s\u2019indigne-t-il.<\/p>\n<p>Alors, une \u00e9pid\u00e9mie d\u2019h\u00e9patite \u00ab E \u00bb, une maladie dite des mains sales, due \u00e0 la consommation d\u2019eau impropre, contamin\u00e9e par des mati\u00e8res f\u00e9cales, des aliments sales, \u00e9clate \u00e0 Barsalogho, au sein des d\u00e9plac\u00e9s internes. \u00abLes premiers cas qui sont arriv\u00e9s \u00e9taient assez graves. Nous avons d\u00e9plor\u00e9 des d\u00e9c\u00e8s de femmes enceintes et d\u2019autres qui venaient d\u2019accoucher\u2026\u00bb, confie Rachid Kanazo\u00e9, m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste de MSF, en service aux urgences m\u00e9dico-chirurgicales du CMA de Barsalogho. Les investigations, selon Dr Kanazo\u00e9, ont permis de d\u00e9couvrir que certains points d\u2019eau \u00e9taient contamin\u00e9s par le virus de l\u2019h\u00e9patite \u00ab E \u00bb.<\/p>\n<p>Entre juillet 2020 et janvier 2021, les \u00e9quipes de MSF ont re\u00e7u environ 730 patients, atteints de syndrome ict\u00e9rique f\u00e9brile. 4\/5 d\u2019entre eux \u00e9taient atteints d\u2019h\u00e9patite \u00ab E \u00bb, et plus de la moiti\u00e9 \u00e9taient des femmes. Bilan : 17 morts (un homme et 16 femmes). Nous nous lan\u00e7ons \u00e0 la \u00ab traque \u00bb des rescap\u00e9s. Au secteur 3, nous retrouvons Kay\u00e9l\u00e9 Ou\u00e9draogo, d\u00e9plac\u00e9 de Nagraogo, village situ\u00e9 \u00e0 15 km de Barsalogho. Attrist\u00e9, son fr\u00e8re cadet, Kiougou (25 ans) souffrant de diarrh\u00e9e, douleurs\u2026a pass\u00e9 deux mois sans soins. \u00abLorsque l\u2019Agent de sant\u00e9 \u00e0 base communautaire (ASBC) a constat\u00e9 son \u00e9tat, il nous a dit de tout faire pour l\u2019amener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, le m\u00e9decin a trouv\u00e9 que son \u00e9tat \u00e9tait tr\u00e8s critique\u00bb, relate Kay\u00e9l\u00e9. Admis au CMA, le 22 janvier 2021, son \u00e9tat se d\u00e9grade. \u00abL\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale, nous a demand\u00e9 de rentrer avec lui \u00e0 la maison\u00bb, t\u00e9moigne-t-il. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Kay\u00e9l\u00e9 et son malade regagnent leur bicoque en terre cuite. S\u2019il a pu gagner \u00absa course- poursuite\u00bb contre les terroristes, Kiougou n\u2019a pas pu \u00e9chapper \u00e0 l\u2019h\u00e9patite \u00ab E \u00bb. Le 26 janvier 2021, sur le chemin du retour, il a rendu l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<h3>Persona non grata<\/h3>\n<p>Si Kiougou n\u2019a pas pu \u00eatre sauv\u00e9, B. Sawadogo ne pouvait rester insensible aux souffrances des populations de Pensa, l\u2019une des zones rouges du Centre-Nord. L\u2019animateur de l\u2019Association pour la solidarit\u00e9 des veuves et orphelins du Sanmatenga a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller \u00e0 la rescousse des populations qui risquent de mourir de paludisme, avec la fermeture des centres de sant\u00e9. En juin 2019, ses activit\u00e9s de supervision de la campagne de distribution des Moustiquaires impr\u00e9gn\u00e9es \u00e0 longue dur\u00e9e d\u2019action (MILDA) \u00e0 Zindib\u00e9ogo ont failli lui co\u00fbter la vie. \u00abA mon arriv\u00e9e, j\u2019ai constat\u00e9 que l\u2019ASBC avait fait des erreurs de saisie sur le nombre de MILDA \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer par m\u00e9nage\u00bb, explique-t-il. Apr\u00e8s la correction, il d\u00e9cide de rebrousser chemin. Mais, le pneu arri\u00e8re de sa moto a crev\u00e9.<\/p>\n<p>Les ASBC, lui proposent de rester pour r\u00e9parer son moyen de locomotion. Il oppose un niet pr\u00e9textant d\u2019aller le r\u00e9parer au CSPS. A moins de 5 Km, il re\u00e7oit un appel de l\u2019ASBC, A.K. En fuite, la voix tremblotante, il le supplie d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer ses pas, car les terroristes viennent de faire irruption dans le CSPS. De 9h \u00e0 18H, A.K est injoignable. \u00ab Lorsqu\u2019il m\u2019a rappel\u00e9, il m\u2019a dit qu\u2019il a pu s\u2019\u00e9chapper. Mais au CSPS, il a retrouv\u00e9 ses 5 coll\u00e8gues abattus \u00bb, t\u00e9moigne-t-il. Depuis lors, les ASBC ont pris la poudre d\u2019escampette. Plus d\u2019activit\u00e9s de sant\u00e9 communautaire \u00e0 Barsalogho et dans les CSPS de Zindib\u00e9ogo, Ankounan, Yalgo, Pensa-ville. \u00ab Nous ne pouvons plus acc\u00e9der \u00e0 des localit\u00e9s pour aider la population \u00bb, regrette-t-il. Pourquoi risquez votre vie en affrontant ces multiples dangers ?<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est notre contribution pour sauver les populations qui souffrent de toutes sortes de maladies dans ces zones \u00e0 risque. Pour 5000 FCFA par sortie, les sensibilisateurs mettent en p\u00e9ril leur vie. Nous voulons travailler, mais c\u2019est tr\u00e8s risqu\u00e9 \u00bb, se justifie-t-il. Ce risque pour apporter assistance aux populations, le major du CSPS de Wountokoulga, Olivier Ou\u00e9draogo, l\u2019a pay\u00e9 de sa vie en 2019. Son CSPS ferm\u00e9, il a voulu porter secours aux enfants qui y sont rest\u00e9s en repartant leur donner les vaccins contre la poliomy\u00e9lite. \u00ab Ses coll\u00e8gues l\u2019ont dissuad\u00e9 de ne pas aller. Mais, il tenait \u00e0 sauver les enfants. Il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 en cours de route. Selon des t\u00e9moins, les terroristes ont pris sa moto et les vaccins apr\u00e8s l\u2019avoir abattu\u00bb, confie le SG adjoint du SYNTSHA-Sanmatenga, Nouraogo Ou\u00e9draogo. Devenus la cible des terroristes, les agents de sant\u00e9 sont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<h3>\u00ab M\u00e9decin \u00bb sans qualification<\/h3>\n<p>De facto, les ASBC, des agents mobilisateurs des populations pour fr\u00e9quenter les centres de sant\u00e9, sont devenus des \u00ab m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes \u00bb.<br \/>\n\u00ab L\u2019Etat a d\u00e9missionn\u00e9 parce qu\u2019il n\u2019assure pas la s\u00e9curit\u00e9 des agents. Si l\u2019infirmier, sage-femme\u2026ne sont pas pr\u00e9sents dans les h\u00f4pitaux, quelqu\u2019un qui a \u00e9t\u00e9 form\u00e9, m\u00eame au rabais, qui fait un accouchement, c\u2019est tant mieux. M\u00eame si, nous ne sommes pas d\u2019accord \u00bb, lance Nouraogo Ou\u00e9draogo. Pour lui, l\u2019Etat a abandonn\u00e9 le syst\u00e8me sanitaire dans ces zones \u00e0 d\u00e9fis s\u00e9curitaires. Pour assurer le service et soulager les souffrances des populations, les agents avaient propos\u00e9 d\u2019amener la police dans les centres de sant\u00e9 lors des gardes, mais rien n\u2019y f\u00eet, r\u00e9v\u00e8le-t-il.<\/p>\n<p>Alors, les volontaires prennent des risques pour fournir des soins aux populations. L\u2019ASBC, O.S. a failli passer de vie \u00e0 tr\u00e9pas pour avoir accompli ce \u00ab devoir \u00bb. Apr\u00e8s la fuite des agents de sant\u00e9, il est devenu durant deux ann\u00e9es, le \u00ab major \u00bb du CSPS de Dak\u00e9, village situ\u00e9 \u00e0 15 Km de Dablo. M\u00eame s\u2019il reconna\u00eet ne pas avoir la qualification n\u00e9cessaire, il administre des soins aux patients pour soigner leur paludisme grave, la diarrh\u00e9e\u2026et diverses pathologies dont il ignore les noms. \u00ab Ils ont tous fui en me laissant avec le CSPS et le d\u00e9p\u00f4t pharmaceutique\u2026Je recevais assez de patients. Il y a certaines maladies que je n\u2019arrivais pas \u00e0 soigner, car je les ignore. Malgr\u00e9, les risques de se faire assassiner, je demandais \u00e0 certains patients d\u2019essayer d\u2019aller \u00e0 Dablo ou Barsalogho pour une meilleure prise en charge \u00bb, mart\u00e8le-t-il.<\/p>\n<p>A Dak\u00e9, il est devenu, le seul \u00ab agent de sant\u00e9 \u00bb sur qui les populations comptent pour ne pas succomber \u00e0 leur mal. Malheureusement, Kibsa Sawadogo (36 ans) n\u2019a pas surv\u00e9cu \u00e0 sa crise de paludisme et de diarrh\u00e9e. Tr\u00e8s souffrant dans son village sous blocus terroriste, il n\u2019a pas pu \u00eatre \u00e9vacu\u00e9 pour des soins appropri\u00e9s. \u00ab Lorsqu\u2019il est arriv\u00e9 au CSPS, il \u00e9tait tr\u00e8s souffrant. Je lui ai donn\u00e9 les m\u00e9dicaments que j\u2019avais \u00e0 ma disposition. Mais, il n\u2019a pas surv\u00e9cu. J\u2019ai perdu deux personnes dans mon CSPS par manque de soins \u00bb, regrette le \u00ab major \u00bb O.S. Pour les accouchements, il est aid\u00e9 par l\u2019accoucheuse du village,<br \/>\nS.S. \u00ab Avec mes conseils, elle arrivait \u00e0 faire<br \/>\ndes accouchements sans difficult\u00e9 \u00bb, r\u00e9v\u00e8le-t-il.<\/p>\n<p>Avec le dysfonctionnement du CSPS, plusieurs femmes ont accouch\u00e9 dans la rue, devant leur concession, en tentant de rejoindre l\u2019h\u00f4pital, confie-t-il. \u00ab Lorsqu\u2019on m\u2019informe d\u2019une pareille situation, avec l\u2019accoucheuse, nous l\u2019aidons \u00e0 arriver au CSPS. Avec de l\u2019alcool, nous d\u00e9sinfectons ses plaies et coupons le cordon ombilical de l\u2019enfant \u00bb, dit-il. Mais, la mission de continuation du service public de sant\u00e9 qu\u2019il s\u2019est assign\u00e9e n\u2019est pas du go\u00fbt des terroristes. Seul \u00e0 faire fonctionner le CSPS, il est devenu l\u2019homme \u00e0 abattre. Sa t\u00eate est mise \u00e0 prix. Une chasse \u00e0 l\u2019homme s\u2019engage contre lui. Son CSPS a \u00e9t\u00e9 la cible d\u2019une attaque qui a fait 8 morts parmi ses patients. De guet-apens \u00e0 guet-apens, il r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019enfuir pour trouver refuge \u00e0 Kaya.<br \/>\n\u00ab Ma seule chance de survie, c\u2019\u00e9tait de fuir en abandonnant mes patients \u00e0 leur triste sort \u00bb, raconte le veinard.<\/p>\n<h3>Une semaine sans soins<\/h3>\n<p>Dans le camp des d\u00e9plac\u00e9s, de Linoghin, village situ\u00e9 \u00e0 17 Km de Kaya, c\u2019est le m\u00eame son de cloche des d\u00e9plac\u00e9s venus de Dablo, Pensa,<br \/>\nPissila, Silmagu\u00e9\u2026Avec une population estim\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 800 \u00e2mes, les deux camps de Linoghin, distants l\u2019un de l\u2019autre de 2 Km, sont d\u00e9pourvus de centres de sant\u00e9. Pas de PSA ni de CSPS. Le jeudi 25 f\u00e9vrier 2021, la clinique mobile de MSF est venue leur offrir des soins. \u00abNotre cible, c\u2019est les d\u00e9plac\u00e9s \u00e9loign\u00e9s des h\u00f4pitaux. Nous avons jug\u00e9 n\u00e9cessaire de venir leur apporter des soins\u00bb, indique l\u2019infirmi\u00e8re Solange To\u00e9.<\/p>\n<p>Dans cet \u00ab h\u00f4pital \u00e0 ciel ouvert \u00bb, \u00e9rig\u00e9 avec du bois et du plastique, pas de salles d\u2019attente, ni de lits d\u2019hospitalisation\u2026 Certains malades sont couch\u00e9s sur des nattes en attente de consultation, d\u2019autres assis \u00e0 l\u2019ombre des arbres. Apr\u00e8s une semaine sans soins, Mamouna Ou\u00e9draogo ne tient plus sur ses jambes. \u00ab C\u2019est un cas compliqu\u00e9 \u00bb, lance un agent humanitaire. Ag\u00e9e de 30 ans, cette m\u00e8re d\u2019un nourrisson a des vertiges. Tr\u00e8s affaiblie, elle n\u2019a pas pu se rendre au CSPS de Louda, situ\u00e9 \u00e0 8 Km de son camp pour une consultation. La salle de consultation est rapidement \u00ab lib\u00e9r\u00e9e \u00bb. L\u2019infirmi\u00e8re, Mariam Zabr\u00e9, va enfin la consulter.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Ass\u00e8ta Ou\u00e9draogo (35 ans), elle souffre d\u2019arthrose, une maladie musculo-squelettique dont elle ignore comment elle l\u2019a contract\u00e9e. \u00ab La maladie a \u00e9volu\u00e9 depuis 5 jours. Si elle avait eu des soins durant ce temps, sa maladie n\u2019aurait pas atteint ce stade \u00bb, informe l\u2019infirmier, Henri Ouelen\u00e9. La rescap\u00e9e des attaques d\u2019Arbinda doit patienter encore 5 jours pour son prochain contr\u00f4le lors du passage de la clinique mobile. Malgr\u00e9 sa souffrance, la quinquag\u00e9naire dit croiser les doigts pourvu que le pire ne lui arrive pas. Eloign\u00e9 des centres de sant\u00e9, dans ces camps, les pathologies les plus fr\u00e9quentes sont les infections respiratoires, les dermatoses, le paludisme grave, les bronchites graves, la malnutrition chez les enfants.<\/p>\n<p>Ressortissant de Dablo, le chef des d\u00e9plac\u00e9s, Adama Ou\u00e9draogo, avoue qu\u2019avant les passages des humanitaires \u00e0 Linoghin, l\u2019acc\u00e8s aux soins \u00e9tait impossible pour cette ribambelle de personnes, car, il fallait traverser un bas-fond et la Route nationale n\u00b03 au p\u00e9ril de sa vie pour esp\u00e9rer atteindre le CSPS de Louda. \u00ab Qu\u2019on vienne \u00e0 notre secours, notre site compte beaucoup d\u2019enfants, de vieux et surtout de femmes enceintes \u00bb, supplie-t-il, car, il estime que l\u2019Etat ne devrait pas les laisser p\u00e9rir par manque de soins !<br \/>\n\u00ab Nous consultons entre 120 et 130 patients par semaine. Nous venons les mardis et jeudis. Lorsque nous arrivons, il y a des urgences que nous devons \u00e9vacuer dans nos PSA ou au CHR\u00bb, regrette l\u2019infirmi\u00e8re To\u00e9. D\u00e9sormais, seul centre de r\u00e9f\u00e9rence, de la r\u00e9gion, plusieurs cas d\u2019urgence sont r\u00e9f\u00e9r\u00e9s au CHR de Kaya.<\/p>\n<h3>R\u00e9surgence des \u00e9pid\u00e9mies\u2026<\/h3>\n<p>L\u00e0-bas, le constat est alarmant. Des malades sont couch\u00e9s \u00e0 m\u00eame le sol. Les urgences traumatologiques, salles de malnutrition\u2026sont bond\u00e9es<br \/>\nde patients. Avec le dysfonctionnement du syst\u00e8me sanitaire, de multiples cas de complications d\u2019accouchement, de ruptures ut\u00e9rines, des mort-n\u00e9s, des d\u00e9c\u00e8s maternels\u2026y sont l\u00e9gion, confirme le SG adjoint du SYNTSHA-Sanmatenga.<br \/>\n\u00ab Parmi, les cas qui arrivent au CHR, notamment en maternit\u00e9 et en chirurgie, le taux de mortalit\u00e9 et de morbidit\u00e9 est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Pour les femmes enceintes, souvent le travail commence et il n\u2019y a pas de moyens d\u2019\u00e9vacuation.<\/p>\n<p>Elles se d\u00e9brouillent pour atteindre Barsalogho. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9vacuation au CHR, nous nous rendons compte que ce sont des cas tr\u00e8s compliqu\u00e9s \u00bb, regrette-t-il. Avec la concentration des populations dans les zones dites \u00ab s\u00e9curis\u00e9es \u00bb et leur acc\u00e8s limit\u00e9 aux soins, M. Ou\u00e9draogo craint une r\u00e9surgence des \u00e9pid\u00e9mies telles que le chol\u00e9ra, la m\u00e9ningite, la rougeole\u2026L\u2019augmentation des cas de malnutrition inqui\u00e8te aussi le SYNTSHA. Le coordonnateur sant\u00e9\/nutrition du projet \u00ab Victoire sur la malnutrition de Save the Children \u00bb, Issiaka Konat\u00e9, explique que l\u2019aggravation des cas chez les enfants est due au d\u00e9placement des femmes qui n\u2019ont pas acc\u00e8s aux centres de sant\u00e9.<\/p>\n<h3>\u00ab La sant\u00e9 est un droit \u00bb<\/h3>\n<p>Le pr\u00e9sident du MBDHP-Sanmatenga, Issaka Ou\u00e9draogo, d\u00e9plore que les populations soient laiss\u00e9es \u00e0 leur sort. Et, ceci, est une violation des droits humains, car la sant\u00e9 est un droit que l\u2019Etat doit garantir aux populations. \u00ab Malgr\u00e9 la situation s\u00e9curitaire, l\u2019Etat doit faire un effort \u00bb, s\u2019indigne-t-il. Le SG adjoint du SYNTSHA-Sanmatenga ajoute : \u00ab L\u2019Etat a abandonn\u00e9 le syst\u00e8me de sant\u00e9 au Centre-Nord. Pour une r\u00e9gion attaqu\u00e9e, nous n\u2019avons pas de m\u00e9decin-anesth\u00e9siste. Nous n\u2019avons qu\u2019un seul chirurgien recrut\u00e9 par le projet Alima. Or, tous les districts \u00e9vacuent au CHR de Kaya \u00bb. \u00ab Je sens une d\u00e9mission de l\u2019Etat \u00bb, insiste Mahamadi Sawadogo. Des efforts sont faits selon, le m\u00e9decin-chef du district sanitaire de Barsalogho, Lamine Ou\u00e9draogo.<\/p>\n<p>Il r\u00e9plique en disant que malgr\u00e9 la fermeture des centres de sant\u00e9, il y a toujours l\u2019offre de soins \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. Car, certaines pathologies, notamment le paludisme, la malnutrition, les diarrh\u00e9es infantiles\u2026sont rapidement prises en charge par les acteurs communautaires et les cas graves sont r\u00e9f\u00e9r\u00e9s aux CSPS fonctionnels. \u00ab Nous offrons le maximum de soins en termes de vaccination, d\u2019accompagnement des femmes enceintes, de prise en charge des malades\u2026 Les ASBC participent \u00e0 l\u2019offre de soins en collaboration avec les CSPS. Mieux, on a trouv\u00e9 des gens dans d\u2019autres localit\u00e9s pour renforcer cet appui communautaire \u00bb, rassure-t-il. La r\u00e9ouverture des centres de sant\u00e9 reste une priorit\u00e9 et des initiatives sont prises dans ce sens, selon le Directeur r\u00e9gional (DR) de la sant\u00e9, Anicet Poda. En attendant, l\u2019accessibilit\u00e9 aux services de sant\u00e9 demeure un d\u00e9fi pour de milliers de personnes.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Abdel Aziz NABALOUM<\/strong><br \/>\nemirathe@yahoo.fr<\/p>\n<hr>\n<p><strong>Des milliers d\u2019enfants en danger\u2026<\/strong><\/p>\n<p>La situation humanitaire dans les zones en proie aux attaques terroristes est pr\u00e9occupante. Malgr\u00e9 les efforts de l\u2019Etat et ses partenaires, de nombreux enfants \u00e9chappent aux campagnes de vaccination contre les maladies mortelles et invalidantes, \u00e0 cause de l\u2019inaccessibilit\u00e9 de certaines zones. Or, certains vaccins sont vitaux pour eux, d\u00e8s les premi\u00e8res heures ou semaines de leur naissance. Si, rien n\u2019est fait pour sauver ces milliers d\u2019enfants, les cons\u00e9quences seront dramatiques pour eux, \u00e0 court, moyen et long terme\u2026\u00ab A Pensa, Dablo\u2026la population s\u2019est retrouv\u00e9e au chef-lieu de la commune. Depuis deux ans, les enfants ne sont pas vaccin\u00e9s. Leur immunit\u00e9 a baiss\u00e9\u2026Les m\u00e9faits de cette situation sont une catastrophe sanitaire \u00bb, s\u2019indigne le SG sortant du SYNTSHA-Sanmatenga.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>A.A.N<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2021\/07\/28\/region-du-centre-nord-le-systeme-sanitaire-lautre-victime-du-terrorisme\/\">R\u00e9gion du Centre-Nord : Le syst\u00e8me sanitaire, l\u2019autre victime  du terrorisme<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/\">Quotidien Sidwaya<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: JK. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2021\/07\/28\/region-du-centre-nord-le-systeme-sanitaire-lautre-victime-du-terrorisme\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la r\u00e9gion du Centre-Nord, les attaques terroristes ont provoqu\u00e9 un dysfonctionnement du syst\u00e8me sanitaire, entra\u00eenant la fermeture de certains centres de sant\u00e9. Cette situation a limit\u00e9 l\u2019acc\u00e8s des populations aux services de sant\u00e9, dans les localit\u00e9s rest\u00e9es enclav\u00e9es et en proie aux forces terroristes. Silmiougou, village situ\u00e9 sur l\u2019axe Kaya-Barsalogho. 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