{"id":124619,"date":"2021-08-19T03:03:08","date_gmt":"2021-08-19T07:03:08","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/trafic-humain-enquete-sur-lexploitation-des-indiens-au-cameroun-1-3\/"},"modified":"2021-08-19T03:03:08","modified_gmt":"2021-08-19T07:03:08","slug":"trafic-humain-enquete-sur-lexploitation-des-indiens-au-cameroun-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/trafic-humain-enquete-sur-lexploitation-des-indiens-au-cameroun-1-3\/","title":{"rendered":"Trafic humain : enqu\u00eate sur l\u2019exploitation des indiens au Cameroun (1\/3)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>Son nom n\u2019\u00e9voque certainement pas grand-chose pour la plupart des citoyens camerounais. Parlons de Sammys Cr\u00e9ations, une maison de couture situ\u00e9e au quartier Bastos ou de R\u00eaves voyages, une agence de voyage agr\u00e9e par le minist\u00e8re du tourisme, et quelques indications viendront probablement dans la t\u00eate de certains. C\u2019est en effet \u00e0 travers ces deux entreprises que l\u2019op\u00e9rateur \u00e9conomique indien Avinash Hingorani, 65 ans, a pris pied au Cameroun depuis un peu plus de 10 ans.Sammys Cr\u00e9ations qui a ouvert ses portes en 2010 est aujourd\u2019hui l\u2019une des principales adresses de la ville en mati\u00e8re de confection de costume sur mesure. L\u2019homme d\u2019affaires qui importe la mati\u00e8re premi\u00e8re depuis la chine o\u00f9 se trouvent ses ateliers, facture la pi\u00e8ce \u00e0 300.000 francs Cfa en moyenne. Un business florissant qui cr\u00e9dite son propri\u00e9taire de pr\u00e8s de 30 millions de chiffre d\u2019affaires mensuel selon des documents consult\u00e9s par la r\u00e9daction.<\/p>\n<p>Fort du succ\u00e8s de Sammys Creations, Avinash Hingorani a entrepris quelques ann\u00e9es apr\u00e8s de diversifier ses activit\u00e9s en se lan\u00e7ant dans la vente de billets d\u2019avion et d\u2019autres services de voyage. Ici encore, la formule est payante. L\u2019enseigne R\u00eaves voyages qui soutient cette activit\u00e9 est aujourd\u2019hui sollicit\u00e9e par de nombreuses administrations publiques. Son portefeuille client comprend notamment le minist\u00e8re des mines, de l\u2019industrie et du d\u00e9veloppement technologique (Minmidt), ou encore le comit\u00e9 local d\u2019Organisation de la CAN (COCAN). En 2019, le chiffre d\u2019affaires annuel de la compagnie culminait \u00e0 pr\u00e8s de 800 millions de francs CFA selon nos informations.<\/p>\n<p><strong>Haut-commissariat d\u2019Inde au Cameroun<\/strong><\/p>\n<p>Success story \u00e0 l\u2019orientale pour le natif de Mumba\u00ef, parti de son pays en 2005 pour travailler comme contremaitre pour un de ses compatriotes, avant de se lancer \u00e0 son propre compte. Parties du Cameroun, ses entreprises sont aujourd\u2019hui repr\u00e9sent\u00e9e dans 5 autres pays africains : Gabon, Congo, C\u00f4te-D\u2019ivoire, Burkina Faso et S\u00e9n\u00e9gal. Sauf que c\u2019est ici que s\u2019arr\u00eate la beaut\u00e9 du tableau. L\u2019envers du d\u00e9cor pr\u00e9sente une autre face, plut\u00f4t sombre, des activit\u00e9s de l\u2019homme d\u2019affaires indien dans le pays d\u2019accueil de ses entreprises. Selon des t\u00e9moignages recueillis par EcoMatin aupr\u00e8s des sources concordantes, Avinash Hingorani serait en effet \u00e0 la t\u00eate d\u2019un vaste r\u00e9seau m\u00ealant exploitation abusive de ses employ\u00e9s (indiens), actes de tortures psychologique et physique, ainsi que des man\u0153uvres d\u2019intimidation. A ces curiosit\u00e9s manag\u00e9riales s\u2019ajoutent des pratiques fiscales douteuses qui font de cet homme d\u2019affaires l\u2019un des plus obscurs de la communaut\u00e9 indienne install\u00e9e au Cameroun. Des m\u00e9thodes dignes d\u2019un autre si\u00e8cle rapport\u00e9es dans une s\u00e9rie de courriers \u2013 et autant de plaintes \u2013 r\u00e9dig\u00e9s par des personnes ayant \u00e9t\u00e9 abus\u00e9es par l\u2019entrepreneur. Elles sont adress\u00e9es au Haut-commissariat d\u2019Inde au Cameroun, dans le but de d\u00e9noncer les dossiers secrets de celui qu\u2019on appelle \u00ab Maalik \u00bb (patron en hindi).<\/p>\n<p>A chaque fois, le principe est le m\u00eame. Avinash Hingorani recrute son personnel dans les populaires villes de l\u2019Inde, leur promettant un contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9 (CDD) de deux ans minimum avec un salaire de base de 25.000 roupies (185 000 francs cfa). Le mod\u00e8le de contrat dont Ecomatin a obtenu copie, stipule que l\u2019entreprise s\u2019occupe du transport, du logement, de l\u2019alimentation des employ\u00e9s : des avantages non d\u00e9ductibles de leurs salaires qui leur sont revers\u00e9s dans leur compte en Inde.<\/p>\n<p><strong>T\u00e9moignages bouleversants<\/strong><\/p>\n<p>Mais une fois au Cameroun, la r\u00e9alit\u00e9 est toute autre. Avinash Hingorani confisque syst\u00e9matiquement les passeports de ses employ\u00e9s, impose des retenues non contractuelles sur les salaires, et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 priver ses employ\u00e9s de nourriture ou \u00e0 les exclure de ses logements afin de les intimider. Dans une des plaintes, un employ\u00e9 d\u2019Avinash Hingorani affirme n\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 que pendant trois des 16 derniers mois qu\u2019il a pass\u00e9 au Cameroun \u00e0 travailler. \u00ab Lorsque j\u2019ai voulu revendiquer mon d\u00fb, il a commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019intimider (\u2026) Plusieurs fois j\u2019ai dormi sur les escaliers sans manger. Face \u00e0 mon ent\u00eatement, ils ont fait un montage vid\u00e9o avec mes images et celle d\u2019une fille nue et ont menac\u00e9 de publier cela sur la toile \u00bb, rapporte-t-il.<\/p>\n<p>\u00ab Lorsque je suis arriv\u00e9 au Cameroun apr\u00e8s avoir sign\u00e9 mon contrat, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 par M Avinash que chaque faute que je commettrai entrainerait une d\u00e9duction de 500 roupies indiennes (environ 5000 fcfa) de mon salaire, relate un autre. J\u2019ai appel\u00e9 ma famille pour lui parler de la situation. Le lendemain, tous mes t\u00e9l\u00e9phones ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la porte sans aucun papier \u00bb ajoute-t-il, affirmant avoir d\u00fb payer une ran\u00e7on pour pouvoir r\u00e9cup\u00e9rer son passeport.<\/p>\n<p>De l\u2019avis de Mathieu Njocke, sp\u00e9cialiste du code du travail camerounais, les pratiques de l\u2019entrepreneur Avinash Hingorani violent plusieurs articles du code du travail camerounais, et sont de natures \u00e0 entrainer de nombreuses sanctions p\u00e9nales contre lui. \u00ab D\u00e9j\u00e0 l\u2019article 30, alin\u00e9a 1 du code du travail interdit \u00e0 l\u2019employeur d\u2019infliger des amendes. L\u2019alin\u00e9a 2 ajoute que la seule sanction fond\u00e9e sur le pouvoir disciplinaire de l\u2019employeur qui puisse entra\u00eener la privation de salaire est celle de la mise \u00e0 pied qui entra\u00eene l\u2019absence de prestation de travail \u00bb, indique-t-il.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 sur les contrats brandis par les employ\u00e9s de l\u2019homme d\u2019affaires, notre sp\u00e9cialiste accable d\u2019avantage Avinash Hingorani. \u00ab Il est \u00e9vident que ces contrats n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s au minist\u00e8re du travail comme le pr\u00e9voit les textes. Cet homme ne paye clairement aucune taxe au fisc Camerounais sur les salaires de ses employ\u00e9s, encore moins la taxe sur les revenus (TSR) \u00e9tablie \u00e0 5% du salaire et qui est pr\u00e9lev\u00e9e \u00e0 la source lorsque les salaires des employ\u00e9s sont revers\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Des hauts cadres de la police et de la justice index\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Assailli de d\u00e9nonciation, le haut-commissariat de l\u2019Inde au Cameroun a convoqu\u00e9 Avinash Hingorani le 17 mai dernier, afin de s\u2019expliquer sur la dizaine de plaintes re\u00e7ues entre mars et mai 2021. L\u2019homme d\u2019affaires qui se tague d\u2019entretenir des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec des hauts cadres de la police et de la justice camerounaise, n\u2019a pas cru devoir r\u00e9pondre \u00e0 la sollicitation du diplomate indien. Avinash Hingorani a r\u00e9serv\u00e9 le m\u00eame sort aux sollicitations d\u2019EcoMatin, qu\u2019il a bloqu\u00e9 de tous les r\u00e9seaux sociaux apr\u00e8s avoir dans un premier temps manifest\u00e9 sa volont\u00e9 de faire la lumi\u00e8re sur l\u2019ensemble des zones d\u2019ombres soulev\u00e9es par ses employ\u00e9s. Lors d\u2019un entretien avec ses repr\u00e9sentants \u00e0 Yaound\u00e9, l\u2019homme d\u2019affaires avait contest\u00e9 les all\u00e9gations prof\u00e9r\u00e9es par ses anciens employ\u00e9s, promettant de fournir \u00e0 la r\u00e9daction d\u2019EcoMatin des \u00e9l\u00e9ments \u00e9tayant ses d\u00e9clarations. Jusqu\u2019\u00e0 la mise sous presse de cet article, lesdits documents \u00e9taient toujours attendus.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, la r\u00e9daction a eu vent de menaces et d\u2019insultes prof\u00e9r\u00e9s par celui-ci \u00e0 ses employ\u00e9s et ex-employ\u00e9s qu\u2019il soup\u00e7onne d\u2019avoir livr\u00e9 des informations au journal. Une attitude qui corrobore avec la r\u00e9putation de maitre-chanteur qu\u2019il traine. Le refus de collaborer d\u2019Avinash Hingorani n\u2019a \u00e9videmment aucun effet sur la volont\u00e9 de votre journal de faire la lumi\u00e8re autour du flou qui entoure les montages financiers de cet entrepreneur, en complicit\u00e9 avec des hauts cadres de l\u2019administration camerounaise. Lesquels feront l\u2019objet du second volet de cette s\u00e9rie sur le \u00abtrafic des travailleurs indiens au Cameroun\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/ecomatin.net\/affaire-avinash-hingorani-ecomatin-a-la-barre-plaide-non-coupable\/\">Trafic humain : enqu\u00eate sur l\u2019exploitation des indiens au Cameroun (1\/3)<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/ecomatin.net\/\">EcoMatin<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: Yannick KENNE<br \/>\n<a href=\"https:\/\/ecomatin.net\/affaire-avinash-hingorani-ecomatin-a-la-barre-plaide-non-coupable\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son nom n\u2019\u00e9voque certainement pas grand-chose pour la plupart des citoyens camerounais. 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