{"id":131905,"date":"2021-11-03T14:00:00","date_gmt":"2021-11-03T18:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/leloge-de-la-lecture-et-la-puissance-de-lecriture\/"},"modified":"2021-11-03T14:00:00","modified_gmt":"2021-11-03T18:00:00","slug":"leloge-de-la-lecture-et-la-puissance-de-lecriture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/leloge-de-la-lecture-et-la-puissance-de-lecriture\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9loge de la lecture et la puissance de l\u2019\u00e9criture"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"has-text-align-center has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>\u00a0Entretien avec Ga\u00ebtan Brulotte<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-text-align-right has-black-color has-text-color\"><strong>Par Noureddine Mhakkak<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><strong>Ga\u00ebtan Brulotte a publi\u00e9 plus de 300 articles et une quinzaine de livres, couronn\u00e9s d\u2019autant de prix litt\u00e9raires, dont des recueils de nouvelles (<em>Le surveillant<\/em>, <em>Ce qui nous tient<\/em>, <em>\u00c9preuves, La vie de biais, La contagion du r\u00e9el<\/em>), un roman (<em>L\u2019emprise<\/em>), une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (<em>Le client<\/em>, cr\u00e9\u00e9e au Festival d\u2019Avignon), \u00e0 quoi s\u2019ajoutentla premi\u00e8re histoire critique de <em>La nouvelle qu\u00e9b\u00e9coise<\/em> des origines \u00e0 nos jours, ainsi que des essais remarqu\u00e9s sur la peinture (<em>L\u2019univers de Jean Paul Lemieux<\/em>), sur des genres marginaux qui explorent le d\u00e9sir (comme notamment dans <em>\u0152uvres de chair<\/em> et<em> <a>Encyclopedia of Erotic Literature<\/a><\/em>), sur la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine (<em>Les cahiers de Limentinus<\/em>) et sur la cr\u00e9ation litt\u00e9raire (<em>La chambre des lucidit\u00e9s, Nulle part qu\u2019en haut d\u00e9sir<\/em>). Traduites en plusieurs langues, ses \u00e9crits figurent dans une trentaine d\u2019anthologies et <a>ont fait l\u2019objet de nombreuses \u00e9tudes, <\/a>de num\u00e9ros sp\u00e9ciaux de revues (comme dans <em>The American Review of Canadian Studies<\/em> en 2021) ainsi que de monographies, elles-m\u00eames prim\u00e9es (\u00e0 Strasbourg et Montr\u00e9al), dont la plus r\u00e9cente est de Margareta Gyurcsik, <em>Ga\u00ebtan Brulotte ou la lucidit\u00e9 en partage<\/em> (Nota Bene, 2018, 316p.), qui a re\u00e7u la Mention d\u2019Excellence du Prix de la Soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9crivains francophones d\u2019Am\u00e9rique. Il est aussi <em>Fubrighter <\/em>(\u00c9tats-Unis)et Chevalier dans l\u2019Ordre des Palmes acad\u00e9miques (France). Voici un entretien avec lui. Bonne lecture.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>1-Que repr\u00e9sentent les Arts et les Lettres pour vous ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Les deux sont le sens m\u00eame de ma vie, avec l\u2019amour (que j\u2019enseigne depuis des d\u00e9cennies via la litt\u00e9rature et l\u2019art), car les trois ont toujours fait bon m\u00e9nage. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 les lettres et l\u2019esth\u00e9tique jusqu\u2019au bout du parcours universitaire et je n\u2019ai enseign\u00e9 que cela jusqu\u2019ici. Je ne sais plus qui disait que <em>\u00ab\u00a0la litt\u00e9rature est la premi\u00e8re des sciences humaines.\u00a0\u00bb <\/em>C\u2019est peut-\u00eatre Todorov. J\u2019y ajouterais volontiers aussi l\u2019art. L\u2019art et la litt\u00e9rature nous ont donn\u00e9 assur\u00e9ment la premi\u00e8re organisation symbolique de l\u2019histoire, avec du mat\u00e9riel non verbal pour l\u2019un et l\u2019outil fabuleux du langage pour l\u2019autre. De l\u2019initiale mouture des peintures rupestres et des r\u00e9cits primordiaux, sont n\u00e9s les mythes, la philosophie, les concepts scientifiques et la transmission des valeurs et des connaissances. D\u2019un mot, art et litt\u00e9rature, en combinant leurs forces, ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la science et m\u00eame tout le savoir organis\u00e9. Avant les sciences et la philosophie, ils ont d\u00e9frich\u00e9 le terrain, ouvert les principaux chemins, recueilli les perceptions de la sensibilit\u00e9, collig\u00e9 les \u00e9motions fondamentales, contribu\u00e9 \u00e0 la structuration sociale, archiv\u00e9 le pas-\u00e0-pas de l\u2019histoire.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019essentiel de mon travail et de mes publications a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici port\u00e9 par ces deux activit\u00e9s, les plus grandes de toutes les activit\u00e9s humaines \u00e0 mes yeux, que je consid\u00e8re comme indispensables. J\u2019ai consacr\u00e9 ma vie \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire (romans, nouvelles, th\u00e9\u00e2tre, essais critiques) ainsi qu\u2019\u00e0 la lecture car je m\u2019int\u00e9resse intens\u00e9ment aux \u0153uvres des autres \u00e9crivains. La litt\u00e9rature et l\u2019art sont une fen\u00eatre sur le monde et sur l\u2019imaginaire. Ils offrent un partage du sensible, un compendium de mani\u00e8res de vivre qui d\u00e9bouche sur le g\u00e9n\u00e9ral, est r\u00e9appropriable et honore toutes les singularit\u00e9s humaines. Ils mettent en sc\u00e8ne une forme de transcendance profane du r\u00e9el, ils nous transportent dans la relativit\u00e9 des points de vue sur la condition humaine. J\u2019y vois une sorte de spiritualit\u00e9 bien humaine qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019absolutisme. Comme l\u2019art, la litt\u00e9rature implique un attrait fort pour le \u00ab comment \u00bb infiniment vari\u00e9 de la vie jusque dans ses manifestations les plus ordinaires, les plus modestes, les plus \u00e9parses.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Le droit \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 l\u2019art devrait \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 toute d\u00e9claration des droits de l\u2019Homme. Que nous resterait-il aujourd\u2019hui si les Anciens ne nous avaient laiss\u00e9, \u00e0 l\u2019aube de la pens\u00e9e, un immense fond artistique et culturel qui constitue notre m\u00e9moire commune et nous relie tous en tant qu\u2019\u00eatres humains sensibles et nous aide \u00e0 nous r\u00eaver, \u00e0 nous construire, \u00e0 \u00e9changer, \u00e0 vivre ensemble, \u00e0 nous remettre en question, \u00e0 \u00e9prouver, \u00e0 d\u00e9sirer, \u00e0 \u00e9voluer en soci\u00e9t\u00e9. Sans arts et sans litt\u00e9rature pour nous imaginer en toute libert\u00e9, nous porter, nous am\u00e9liorer, nous r\u00e9inventer sans cesse, nous serions d\u00e9nu\u00e9s de sens collectif et nous irions vers la destruction de ce que nous appelons l\u2019humain.<\/p>\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>2- Que repr\u00e9sentent l\u2019\u00e9criture et la lecture\u00a0 \u00a0pour vous ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">J\u2019ai fait deux livres sur ce que repr\u00e9sente l\u2019\u00e9criture, <em>La chambre des lucidit\u00e9s<\/em> et <em>Nulle part qu\u2019en haut d\u00e9sir. <\/em>\u00c9crire permet de ralentir sa vie, d\u2019habiter plus intens\u00e9ment en profondeur chaque instant et, en m\u00eame temps, de se d\u00e9tacher du monde des habitudes, mais le produit de cette activit\u00e9 dans sa finalit\u00e9 est enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers les autres, le lectorat. C\u2019est dans cette position de lecteur comme destinataire de cette activit\u00e9 que j\u2019en tire le plein b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Les grandes \u0153uvres nous \u00e9loignent de la culture de masse et nous plongent dans une r\u00e9flexion \u00e9thique qui exige lenteur et introspection, ainsi que la capacit\u00e9 de saisir et d\u2019\u00eatre saisi. \u00a0Je parle ici, non pas de la lecture \u00e0 haute voix qui est plus une exp\u00e9rience publique de nos jours (apr\u00e8s qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 la seule forme possible de lecture individuelle pendant longtemps jusqu\u2019\u00e0 la Renaissance), mais je parle de la lecture silencieuse qui est devenue notre mode actuel de lire, un mode de pr\u00e9sence intime \u00e0 l\u2019\u00e9criture des autres, qui cr\u00e9e une situation de solitude recluse et m\u00e9nage une sorte de confinement agr\u00e9able qui est ressourcement. Chacun peut y trouver un r\u00e9servoir de possibles existentiels, des rep\u00e8res de mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, des esquisses de fa\u00e7onnement de soi, un bouquet de nuances, une force d\u2019appel \u00e0 l\u2019\u00e9lucidation po\u00e9tique du monde. La lecture est un moteur existentiel, une plong\u00e9e dans l\u2019amplitude de l\u2019humanit\u00e9. Elle participe aux mouvements souterrains de l\u2019\u00eatre. Elle appr\u00eate des d\u00e9sirs (car sans livre, pas de D\u00e9sir, disait Barthes), elle enrichit l\u2019attention, enregistre des intensit\u00e9s, m\u00e9diatise des exp\u00e9riences, aiguise l\u2019intelligence des \u00e9motions, aff\u00fbte la conscience, circonscrit des singularit\u00e9s, nous accroche aux asp\u00e9rit\u00e9s du monde, nous aide \u00e0 l\u2019\u00e9pucer de ses travers, \u00e9claire des zones d\u2019ombre, induit des comportements \u00e0 suivre ou \u00e0 \u00e9viter, sugg\u00e8re des rythmes \u00e0 adopter ou \u00e0 fuir, interroge nos fa\u00e7ons de penser et d\u2019agir, invite \u00e0 nous r\u00e9concilier avec le temps, imprime une vitalit\u00e9, fait r\u00eaver \u00e0 des destins possibles, p\u00e9n\u00e8tre dans des intimit\u00e9s secr\u00e8tes, invite \u00e0 mieux s\u2019ouvrir \u00e0 autrui, permet de franchir des fronti\u00e8res, donne des le\u00e7ons d\u2019empathie, \u00e9veille des ressources endormies en soi, nous enseigne \u00e0 habiter, nous apprend \u00e0 sentir, met \u00e0 distance les probl\u00e8mes, questionne le statut du r\u00e9el, renforce l\u2019esprit critique, nous essore des pr\u00e9jug\u00e9s, soutient la r\u00e9silience, soigne parfois et bouleverse par moments, nous confronte \u00e0 d\u2019autres styles, conf\u00e8re une grammaire \u00e0 notre monde int\u00e9rieur, teinte notre perception du donn\u00e9, cosigne des visions avec ma coop\u00e9ration \u00a0et contribue \u00e0 la stylisation de la vie. Combien de fois se souvient-on d\u2019un passage lu quand on regarde un paysage, tout comme on l\u2019artialise en se rem\u00e9morant une peinture\u00a0: combien de fois devant mon lac de Floride quand j\u2019y habitais me suis-je extasi\u00e9 des nymph\u00e9as en me disant\u00a0: c\u2019est vraiment comme un Monet ou une page de Proust. Le r\u00e9el devient une r\u00e9alit\u00e9 enrichie quand il est timbr\u00e9 du tampon esth\u00e9tique de la litt\u00e9rature et de l\u2019art. Ce serait fabuleux si on pouvait un jour mesurer tout ce qui reste en nous des livres lus, des personnages frappants qui nous ont transform\u00e9s ou repouss\u00e9s, de leurs traces dans notre imaginaire, dans notre conscience, dans notre rapport au r\u00e9el et aux autres, dans le tissu de nos exp\u00e9riences quotidiennes. On aboutirait peut-\u00eatre ainsi, de lecture en lecture, \u00e0 une \u00ab\u00a0litt\u00e9ralisation\u00a0\u00bb du monde.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La lecture permet de s\u2019approprier, de se devancer, de s\u2019inventer, de se red\u00e9couvrir, de se reconna\u00eetre, de se r\u00e9conforter, de faire le tri dans ce qui nous app\u00e8te, et elle fabrique des liens. Une vie sans lecture est une vie appauvrie, au ras du quotidien. Lire n\u2019est pas perdre son temps, mais c\u2019est au contraire injecter de la qualit\u00e9 et du pluriel dans son parcours existentiel. En ne lisant pas on n\u2019a qu\u2019une seule vie, alors que par la lecture on en a 5000, disait Umberto Eco (je paraphrase), parce qu\u2019ainsi on acc\u00e8de, par exemple, aux <em>M\u00e9moires d\u2019Hadrien<\/em>, cet empereur romain \u00e9voqu\u00e9 par Yourcenar qui le saisit dans son intimit\u00e9 en face de son destin, autant qu\u2019aux d\u00e9sirs les plus inavouables du vieil Eguchi dans <em>Les belles endormies<\/em> de Kawabata ou au massacre des hommes bleus du d\u00e9sert dont Le C\u00e9zio a po\u00e9tiquement retrac\u00e9 l\u2019itin\u00e9raire ou encore \u00e0 la vie d\u2019un boy camerounais avec Ferdinand Oyono ou \u00e0 celle d\u2019un enfant noir guin\u00e9en gr\u00e2ce \u00e0 Camara Laye.C\u2019est une activit\u00e9 globalement int\u00e9gratrice. J\u2019ai fonci\u00e8rement besoin de la lecture pour ma constante relance int\u00e9rieure. C\u2019est une de mes assises dans le monde. \u00ab\u00a0Ordonnateur de l\u2019univers\u00a0\u00bb\u00a0: ainsi nommait-on les premiers catalogueurs des anciennes biblioth\u00e8ques dont on trouve des vestiges chez les Sum\u00e9riens, classeurs et ficheurs qui devaient forc\u00e9ment \u00eatre de grands lecteurs. La lecture contribue effectivement \u00e0 l\u2019organisation de son propre univers.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Cependant, point n\u2019est besoin de boire tout le tonneau pour appr\u00e9cier la qualit\u00e9 d\u2019un vin. Il en est de m\u00eame parfois avec certains livres qui tombent des mains et auxquels on n\u2019arrive pas \u00e0 adh\u00e9rer. La th\u00e9orie litt\u00e9raire s\u2019est-elle jamais int\u00e9ress\u00e9e aux abandons de lecture? Barthes a pu parler des lectures qu\u2019on ne fait pas et Scarpetta de lectures sautillantes en qu\u00eate des sc\u00e8nes \u00e9rotiques. Mais existe-t-il une th\u00e9orie de l\u2019abandon lectoriel qui d\u00e9passerait les contingences circonstancielles? On fait souvent des recueils d\u2019articles sur les livres lus. Je caresse, quant \u00e0 moi, depuis longtemps le projet d\u2019\u00e9crire un livre sur les livres dont j\u2019ai abandonn\u00e9 la lecture ou dont je n\u2019ai lu, un peu perversement, que des passages qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec la fin. Pierre Bayard a publi\u00e9 un ouvrage s\u00e9duisant sur la question, <em>Comment parler des livres que l\u2019on n\u2019a pas lus?<\/em> (Minuit, 2007), qui d\u00e9bouche sur une th\u00e9orie de la lecture en passant en revue les livres inconnus, parcourus, \u00e9voqu\u00e9s, oubli\u00e9s, mais il laisse de c\u00f4t\u00e9 les abandons de lecture, c\u2019est-\u00e0-dire ces textes qu\u2019on laisse \u00e0 mi-chemin pour diverses raisons. Ils sont r\u00e9v\u00e9lateurs car ils repr\u00e9sentent d\u2019une mani\u00e8re forte, condens\u00e9e, ce qui ne m\u2019inspire pas dans mes efforts de stylisation de la vie quotidienne et de mon existence. Heureusement, la liste de mes lectures achev\u00e9es est bien plus substantielle que celle des abandons!<\/p>\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>3- Parlez-nous des villes que vous avez visit\u00e9es et qui ont laiss\u00e9 une remarquable trace dans votre parcours artistique.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">C\u2019est banal, mais je suis fortement attach\u00e9 \u00e0 ma r\u00e9gion natale, autour de la ville de Qu\u00e9bec au Canada, o\u00f9 j\u2019ai grandi et fait une partie de mes \u00e9tudes, avant de les terminer \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales. J\u2019ai effectu\u00e9 mes premiers pas dans le monde de l\u2019enseignement \u00e0 une heure de Qu\u00e9bec en voiture, \u00e0 Trois-Rivi\u00e8res, Capitale de la po\u00e9sie, qui a placard\u00e9 des vers partout dans la ville et qui tient un Festival international de po\u00e9sie tr\u00e8s couru chaque ann\u00e9e. Cette ville m\u2019a beaucoup apport\u00e9 et j\u2019y ai gard\u00e9 la m\u00eame r\u00e9sidence au bord du fleuve Saint-Laurent depuis cinquante ans, c\u2019est donc dire que je lui suis fid\u00e8le, car j\u2019y ai \u00e9crit nombre de mes livres. Le gros de ma biblioth\u00e8que s\u2019y trouve d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">J\u2019ai pass\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es pr\u00e8s du Golfe du Mexique, \u00e0 Tampa en Floride, pour mon gagne-pain, parce que l\u2019universit\u00e9 qui s\u2019y trouve m\u2019y avait invit\u00e9 t\u00f4t dans ma carri\u00e8re et m\u2019avait accueilli \u00e0 bras ouverts. J\u2019y ai produit plusieurs de mes essais critiques. La ville de mon c\u0153ur reste Paris, o\u00f9 j\u2019ai fait mes \u00e9tudes et o\u00f9 je me suis endett\u00e9 pour y acqu\u00e9rir un appartement. J\u2019aime y retourner r\u00e9guli\u00e8rement et le plus souvent possible. C\u2019est une ville o\u00f9 on vit plus intens\u00e9ment qu\u2019ailleurs, o\u00f9 chaque instant est comme un trou noir de sensations, o\u00f9 le d\u00e9sir circule dans l\u2019air comme un parfum enivrant.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Les villes du Maroc que j\u2019ai pu visiter lors d\u2019une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences m\u2019ont aussi marqu\u00e9\u00a0: Fez, Rabat, Kenitra, Casablanca, Mohammedia, Marrakech. J\u2019y ai eu des \u00e9changes intellectuels passionnants et nou\u00e9 des amiti\u00e9s durables. \u00c0 Venise, Florence et Rome, j\u2019ai retrouv\u00e9 les racines de mes anc\u00eatres maternels, ce qui fait que j\u2019adore tout ce qui est italien, dont au premier chef les \u00e9crivains et les artistes. Maintenant je r\u00e9side en Louisiane une partie de l\u2019ann\u00e9e pour y occuper la Chaire de sciences humaines qu\u2019on m\u2019a confi\u00e9e il y a cinq ans, et o\u00f9 je d\u00e9couvre une culture originale marqu\u00e9e par son pass\u00e9 colonial et une certaine douceur de vivre.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Ma m\u00e8re me disait que ce qui me caract\u00e9risait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s jeune \u00e9tait que je ne savais pas rester tranquille dans un seul lieu tr\u00e8s longtemps et qu\u2019il me fallait bouger sans arr\u00eat. C\u2019\u00e9tait un peu exag\u00e9r\u00e9, mais il y avait une part de v\u00e9rit\u00e9. Voyager m\u2019a toujours paru fondamental au renouvellement de soi et j\u2019ai commenc\u00e9 d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 16 ans pour un travail d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>4-Que repr\u00e9sente la beaut\u00e9 pour vous ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><em>L\u2019homo sapiens <\/em>est aussi, et je dirais presque surtout, <em>homo<\/em> <em>sitiens<\/em>, autant qu\u2019<em>homo narrans\u00a0<\/em>: le go\u00fbt, on ne le dit jamais, a \u00e9t\u00e9 au sens premier, gustatif, du terme, un dispositif puissant pour le d\u00e9veloppement de la civilisation, en ce qu\u2019il a d\u2019abord motiv\u00e9 les premi\u00e8res explorations de la Terre \u00e0 la recherche d\u2019\u00e9pices, ce qui, du coup, a conduit \u00e0 des d\u00e9couvertes collat\u00e9rales gigantesques comme le caract\u00e8re sph\u00e9rique de la plan\u00e8te et inspir\u00e9 le passage du mod\u00e8le g\u00e9ocentrique \u00e0 l\u2019h\u00e9liocentrique, avec tous les bouleversements \u00e9pist\u00e9mologiques, \u00e9thiques et esth\u00e9tiques qui en ont r\u00e9sult\u00e9, li\u00e9s aux r\u00e9cits fabuleux de contr\u00e9es et de peuplades lointaines qu\u2019on en a rapport\u00e9s et aux \u00e9chantillons d\u2019humanit\u00e9 inconnue qui en ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La qu\u00eate de la beaut\u00e9 est comme inn\u00e9e \u00e0 l\u2019<em>homo sitiens<\/em>, car c\u2019est une pratique esth\u00e9tique dynamique et dynamisante qui met en app\u00e9tit d\u2019\u00eatre plus, qui invite au d\u00e9passement continuel, qui offre l\u2019occasion d\u2019augmenter les modalit\u00e9s de la conscience, qui guide vers des raffinements de tous ordres, des subtilit\u00e9s spirituelles, des valeurs morales m\u00e9lioratives et des pistes sensibles de r\u00e9fection de soi et du monde que l\u2019art et la litt\u00e9rature d\u00e9posent dans notre substrat mental, c\u2019est-\u00e0-dire ce surplus de sens qui fait le sel m\u00eame de l\u2019existence. La beaut\u00e9 est le fruit d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 saisir l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un objet, l\u2019importance d\u2019un \u00eatre, la pertinence d\u2019un d\u00e9sir, l\u2019appel d\u2019un horizon. En tant que m\u00e9diatrice de formes, de directions et de fantasmes transformateurs, elle incite \u00e0 entamer un proc\u00e8s de soi, \u00e0 r\u00e9pondre aux pressions plastiques qu\u2019elle exerce sur le devenir, \u00e0 c\u00e9der \u00e0 des propositions esth\u00e9tiques. Elle nous entra\u00eene vers des allants autres. Elle inspire des initiatives, elle fait faire. En \u00e9criture, elle conf\u00e8re \u00e0 une phrase son poids d\u2019impact. Si un livre peut arrimer un wagon au train narratif qu\u2019est toute vie, la beaut\u00e9 qui le porte y ajoute une locomotive. Comment r\u00e9sister au chant des sir\u00e8nes? C\u2019est la beaut\u00e9 qui m\u2019encourage \u00e0 donner un coup d\u2019\u00e9paule \u00e0 la grande roue des travaux collectifs pour \u00e9tayer et soulager la condition humaine dans nos efforts de d\u00e9passement. C\u2019est une incitation perp\u00e9tuelle \u00e0 styliser son existence selon cet esprit d\u2019\u00e9l\u00e9vation qui est au c\u0153ur de tout <em>homo sitiens.<\/em> Elle ne sauvera peut-\u00eatre pas le monde comme le croyait Dosto\u00efevski, mais tout de m\u00eame aussi bien en faire une de nos valeurs de base et un droit fondamental pour tous puisqu\u2019elle permet de transcender l\u2019ali\u00e9nation humaine. Je la con\u00e7ois comme une force de traction fondamentale. Qu\u2019avons-nous \u00e0 gagner \u00e0 la m\u00e9priser comme on le fait parfois avec une provocation \u00e9cervel\u00e9e ou par ignorance, fain\u00e9antise, impuissance ou affectation, en la consid\u00e9rant inutile ou pass\u00e9iste? Ce n\u2019est pourtant pas pour rien que certains m\u00e9decins avertis la prescrivent comme rem\u00e8de\u00a0: visite au mus\u00e9e, \u00e9coute de musique, lecture d\u2019un bon livre\u2026 Au contraire, nous avons tout \u00e0 gagner \u00e0 la maintenir non pas comme un mod\u00e8le en cage \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer, mais comme une source vive et flexible de motivation profonde \u00e0 tout programme de bien-\u00eatre qui comporte des occasions de sentir, de penser, de d\u00e9sirer, d\u2019aimer, de se ressourcer. Comme je l\u2019ai \u00e9crit dans <em>La contagion du r\u00e9el, <\/em>l\u2019essentiel reste l\u2019\u00e9piphanie de ce qui nous fait humain et qui pourrait se r\u00e9sumer en un mot: d\u00e9passement. Du moins, susciter des scintillances de formes d\u2019\u00eatre, j\u2019en ai fait mon projet de vie en tant qu\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>5- Parlez-nous des livres \/films que vous avez d\u00e9j\u00e0 lus\/vus et qui ont marqu\u00e9 vos pens\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">J\u2019ai publi\u00e9 un livre qui fait justement l\u2019\u00e9loge de la lecture\u00a0: <em>Les cahiers de Limentinus. Lectures fin de si\u00e8cle,<\/em> o\u00f9 j\u2019analyse une cinquantaine d\u2019auteurs qui m\u2019ont marqu\u00e9. Je m\u2019int\u00e9resse beaucoup aux \u0153uvres des autres, je vous le disais. Elles me marquent diff\u00e9remment selon leur \u00e9criture et leur univers. J\u2019ai pourtant grandi dans un foyer sans livres et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9ducation je suis devenu un liseur professionnel. Dans une librairie ou une biblioth\u00e8que, je suis comme un enfant dans un magasin de jouets. Les livres, ce sont des amis qui m\u2019aident \u00e0 vivre et m\u2019entra\u00eenent \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Nombre d\u2019univers et de styles m\u2019ont influenc\u00e9, car la lecture est un acquiescement aux influences, un consentement \u00e0 se laisser emporter par l\u2019autre, conqu\u00e9rir par ses d\u00e9sirs, conduire vers la novation. Je m\u2019accommode de plusieurs souffles. Au sommet Proust (j\u2019ai lu <em>La Recherche<\/em> trois fois en entier), Beckett, Calvino, Cortazar, Tch\u00e9khov, Pinter, Kafka, mais aussi Saint-John Perse (que j\u2019ai d\u2019ailleurs enseign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises), Guillevic, puis dans le d\u00e9sordre, Flaubert, Faulkner, Roth, Ghelderode, Tanizaki, O\u00e9, Horowitz, Garcia Marqu\u00e8s, Ben Jelloun, Memmi, Serhane, Delerme, Bobin, Mann, Handke, Zweig, Cioran, sans oublier Le Cl\u00e9zio avec qui j\u2019ai beaucoup sympathis\u00e9 au Nouveau-Mexique, ainsi qu\u2019une panoplie d\u2019auteurs qu\u00e9b\u00e9cois comme Anne H\u00e9bert et d\u2019\u0153uvres de femmes comme Nathalie Sarraute, Andr\u00e9e Chedid (nous \u00e9tions amis \u00e9galement), Marguerite Duras, Luce Irigaray (que j\u2019ai interview\u00e9e), etc. et sur lesquelles j\u2019ai publi\u00e9 des \u00e9tudes. Bref, les livres lus se mesurent en univers d\u2019auteurs, et ils sont nombreux, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment vari\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Je fr\u00e9quente aussi les livres des philosophes, dont Pascal, Camus, Sartre, Heidegger, Merleau-Ponty, Nietzsche, Compte-Sponville, Onfray, BHL, Bruckner, etc. Je ne suis pas d\u2019accord avec tous, mais ils m\u2019apportent une dimension r\u00e9flexive, malgr\u00e9 des id\u00e9es parfois trop tranch\u00e9es, voire pol\u00e9miques. Ajoutons-y Barthes (grand amoureux du Maroc) qui a dirig\u00e9 ma th\u00e8se, Bachelard, J.-P. Richard et les th\u00e9oriciens de la litt\u00e9rature qui nourrissent mon travail critique, car j\u2019enseigne depuis des d\u00e9cennies la th\u00e9orie litt\u00e9raire. Ceux qui m\u2019ont le plus attir\u00e9 sont ceux qui ont cultiv\u00e9 au premier rang la puissance de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Je suis aussi tr\u00e8s s\u00e9duit par la nouvelle historiographie inspir\u00e9e de Foucault, notamment son <em>Histoire de la folie <\/em>et celle de la sexualit\u00e9<em>.<\/em> Cette tendance a enti\u00e8rement renouvel\u00e9 l\u2019histoire et la mani\u00e8re de l\u2019\u00e9crire. On a red\u00e9couvert l\u2019histoire des mentalit\u00e9s ou l\u2019histoire culturelle\u00a0: par ex. l\u2019histoire de la mort (Ph. Ari\u00e8s), de l\u2019alimentation (Flandrin), de la vie priv\u00e9e (Veyne), de la famille (Ari\u00e8s et Flandrin), de la peur (Delumeau), de la pudeur et du sentiment amoureux (Bologne), de l\u2019hygi\u00e8ne, de la beaut\u00e9 et de la fatigue (Vigarello), du silence et des odeurs (Corbin), du visage (Courtine), du corps et des \u00e9motions (Corbin, Courtine, Vigarello), etc. Dans le m\u00eame esprit je recommande sans cesse d\u2019ailleurs <em>Une histoire de la lecture<\/em> d\u2019Alberto Manguel, ouvrage passionnant qui se lit comme un roman.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Pour ce qui est des films\u00a0il nous faudrait manifestement plus d\u2019espace pour en discuter.<\/p>\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color\"><strong>6-Parlez \u2013nous de vos projets culturels \/Artistiques \u00e0 venir.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Mon nouvel essai, <em>Nulle part qu\u2019en haut d\u00e9sir,<\/em> sort dans quelques semaines dans une collection de carnets d\u2019\u00e9crivains. J\u2019ai remani\u00e9 mon volumineux livre <em>\u0152uvres de chair. Figures du discours \u00e9rotique<\/em> pour sa r\u00e9\u00e9dition en poche en 2021. J\u2019ai aussi un nouveau recueil de nouvelles qui arrive \u00e0 maturit\u00e9, un roman et un floril\u00e8ge d\u2019essais litt\u00e9raires et esth\u00e9tiques parmi mes futurs projets.<\/p>\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped\">\n<ul class=\"blocks-gallery-grid\">\n<li class=\"blocks-gallery-item\">\n<figure><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"508\" height=\"300\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/11\/1-156.jpg\" alt=\"\" data-id=\"124770\" class=\"wp-image-124770\"><\/figure>\n<\/li>\n<li class=\"blocks-gallery-item\">\n<figure><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"508\" height=\"300\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/11\/2-109.jpg\" alt=\"\" data-id=\"124771\" data-link=\"http:\/\/albayane.press.ma\/?attachment_id=124771#main\" class=\"wp-image-124771\"><\/figure>\n<\/li>\n<li class=\"blocks-gallery-item\">\n<figure><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"508\" height=\"300\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/11\/3-87.jpg\" alt=\"\" data-id=\"124772\" data-link=\"http:\/\/albayane.press.ma\/?attachment_id=124772#main\" class=\"wp-image-124772\"><\/figure>\n<\/li>\n<li class=\"blocks-gallery-item\">\n<figure><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"508\" height=\"300\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/11\/5-41.jpg\" alt=\"\" data-id=\"124773\" data-link=\"http:\/\/albayane.press.ma\/?attachment_id=124773#main\" class=\"wp-image-124773\"><\/figure>\n<\/li>\n<li class=\"blocks-gallery-item\">\n<figure><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"508\" height=\"300\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/11\/6-22.jpg\" alt=\"\" data-id=\"124774\" data-full-url=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/11\/6-22.jpg\" data-link=\"http:\/\/albayane.press.ma\/?attachment_id=124774#main\" class=\"wp-image-124774\"><\/figure>\n<\/li>\n<\/ul>\n<\/figure>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/leloge-de-la-lecture-et-la-puissance-de-lecriture.html\">L\u2019\u00e9loge de la lecture et la puissance de l\u2019\u00e9criture<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/\">ALBAYANE<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/leloge-de-la-lecture-et-la-puissance-de-lecriture.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Entretien avec Ga\u00ebtan Brulotte Par Noureddine Mhakkak Ga\u00ebtan Brulotte a publi\u00e9 plus de 300 articles et une quinzaine de livres, couronn\u00e9s d\u2019autant de prix litt\u00e9raires, dont des recueils de nouvelles (Le surveillant, Ce qui nous tient, \u00c9preuves, La vie de biais, La contagion du r\u00e9el), un roman (L\u2019emprise), une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre (Le client, cr\u00e9\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1760,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"http:\/\/albayane.press.ma\/wp-content\/uploads\/1-156.jpg","fifu_image_alt":"L\u2019\u00e9loge de la lecture et la puissance de l\u2019\u00e9criture","footnotes":""},"categories":[73,54],"tags":[],"class_list":["post-131905","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131905","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1760"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=131905"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/131905\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=131905"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=131905"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=131905"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}