{"id":134709,"date":"2021-12-02T17:17:22","date_gmt":"2021-12-02T22:17:22","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/financement-participatif-en-afrique-eviter-de-toujours-se-retourner-vers-les-ressources-exterieures-dixit-sibry-tapsoba-ancien-cadre-de-la-bad\/"},"modified":"2021-12-02T17:17:22","modified_gmt":"2021-12-02T22:17:22","slug":"financement-participatif-en-afrique-eviter-de-toujours-se-retourner-vers-les-ressources-exterieures-dixit-sibry-tapsoba-ancien-cadre-de-la-bad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/financement-participatif-en-afrique-eviter-de-toujours-se-retourner-vers-les-ressources-exterieures-dixit-sibry-tapsoba-ancien-cadre-de-la-bad\/","title":{"rendered":"Financement participatif en Afrique  : \u00ab Eviter de toujours se retourner  vers les ressources ext\u00e9rieures \u00bb, dixit Sibry Tapsoba, ancien cadre de la BAD"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>Actuel pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration du cabinet Capitalis-SAS, bas\u00e9 \u00e0 Abidjan, Sibry Tapsoba, dans cette interview accord\u00e9e \u00e0 Sidwaya, fait un diagnostic sans complaisance de la probl\u00e9matique de la mobilisation des ressources internes pour le financement du d\u00e9veloppement en Afrique et y propose des solutions innovantes, tel le financement participatif. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S) : Vous \u00eates le pr\u00e9sident du Conseil d\u2019administration de la firme Capital- SAS, bas\u00e9 \u00e0 Abidjan. Pouvez-vous nous pr\u00e9sentez cette structure ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> <img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-42838 alignleft\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/12\/3-2-300x194-1.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/12\/3-2-300x194-1.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/3-2-150x97.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/3-2.jpg 595w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\">Sibry Tapsoba (S.T.)<\/strong> : Avec des amis, nous avons trouv\u00e9 que la question de la mobilisation des ressources locales m\u00e9rite une plus grande attention, car les pays africains sont endett\u00e9s et rencontrent des difficult\u00e9s dans la mise en \u0153uvre des projets de d\u00e9veloppement. Sans trop rejeter l\u2019apport des ressources ext\u00e9rieures, l\u2019objectif est de dire que nos pays doivent pouvoir mobiliser cons\u00e9quemment des ressources locales propres. Les ressources ext\u00e9rieures que nous partons chercher viennent en r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9pargne int\u00e9rieure des pays donateurs. Pourquoi vont-ils nous donner cet argent pour que nous nous d\u00e9veloppions ? Ont-ils les m\u00eames int\u00e9r\u00eats, les m\u00eames ambitions que nous ? Pour nous, la question de l\u2019am\u00e9lioration de la mobilisation des ressources nationales pour le financement du d\u00e9veloppement doit \u00eatre au c\u0153ur de tous les d\u00e9bats. Capitalis-SAS est une firme bas\u00e9e \u00e0 Abidjan et qui ambitionne de mobiliser le maximum de ressources locales pour nos Etats africains, mais aussi de trouver des m\u00e9canismes de mobilisation des ressources ext\u00e9rieures qui n\u2019endettent pas nos pays. Et ces m\u00e9canismes existent. Malheureusement, nos Etats sont harcel\u00e9s par des institutions de financement qui leur proposent des projets fin-pr\u00eats au point qu\u2019ils n\u2019ont pas le temps de voir ailleurs ! Ces types de ressources qui n\u2019endettent pas l\u2019Etat prennent du temps mais lorsque la m\u00e9canique est bien prise, les choses coulent naturellement. A Capitalis-SAS, l\u2019objectif est d\u2019explorer toutes les opportunit\u00e9s de financements. Et nos Etats ont plusieurs possibilit\u00e9s \u00e0 travers, entre autres, les ressources naturelles, les dynamiques nationales de transformation des produits locaux, etc. Nous nous positionnons exclusivement dans la mobilisation des ressources, des investissements locaux, au profit de l\u2019Etat mais aussi du secteur priv\u00e9. Il faudrait que l\u2019on \u00e9vite ce r\u00e9flexe de toujours se retourner vers les ressources ext\u00e9rieures pour financer notre d\u00e9veloppement. Il faut chercher les solutions en nous-m\u00eame d\u2019abord. Car, nous avons assez de ressources dans nos pays ! Les deux entreprises les plus rentables de notre pays, le Burkina Faso, sont celles qui fabriquent l\u2019alcool, bien que nous soyons un pays \u00e0 plus de 50% musulman. L\u2019Angleterre, \u00e0 un certain moment de son histoire, avait de s\u00e9rieux probl\u00e8mes financiers. Le pays est sorti de cette situation, lorsque le gouvernement a pris des mesures protectionnistes mais aussi visant \u00e0 freiner l\u2019exc\u00e8s d\u2019alcoolisme. Cela ne veut pas dire que les Anglais ne boivent plus, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des dynamiques qui a permis \u00e0 l\u2019Angleterre de r\u00e9orienter ces ressources qui partaient dans l\u2019alcool vers l\u2019\u00e9pargne et l\u2019investissement.<\/p>\n<p><strong>S : Apr\u00e8s plus de 60 ann\u00e9es d\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019Afrique peine encore \u00e0 assurer convenablement le financement de son d\u00e9veloppement. Comment expliquez-vous cette situation ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : C\u2019est une question qui peut faire l\u2019objet d\u2019une th\u00e8se de doctorat. Nous pouvons l\u2019aborder sur plusieurs angles et retomber souvent sur les m\u00eames causes. Mais, je dirai que cela est d\u00fb \u00e0 notre tr\u00e8s grande d\u00e9pendance de l\u2019aide ext\u00e9rieure. Je ne sais pas ce qu\u2019on nous a inject\u00e9s pour que nous soyons tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure. Il en est de m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos pays o\u00f9 les populations d\u00e9pendent trop de l\u2019Etat, attentent tout de lui ! Cette d\u00e9pendance est aussi beaucoup li\u00e9e \u00e0 notre pass\u00e9 colonial, au syst\u00e8me \u00e9ducatif fran\u00e7ais ; car les choses sont un peu diff\u00e9rentes dans les pays anglophones. La deuxi\u00e8me raison est due au fait que la culture de l\u2019\u00e9pargne peine \u00e0 s\u2019ancrer dans nos pays. A une certaine \u00e9poque, \u00e0 l\u2019occasion des mariages ou bapt\u00eames, les gens \u00e9taient fiers de montrer les carnets d\u2019\u00e9pargne ouverts pour les mari\u00e9s ou les enfants. Aujourd\u2019hui, cela est r\u00e9volu. Au contraire, on va s\u2019endetter pour se marier, s\u2019acheter une nouvelle voiture qui est un poste de d\u00e9pense ! Alors que l\u2019on doit aller le maximum possible vers des postes qui nous apportent des revenus ! La cr\u00e9ation des postes de d\u00e9penses doit se faire sur la base de la n\u00e9cessit\u00e9. La troisi\u00e8me raison est li\u00e9e au manque d\u2019engagement dans la collecte des ressources financi\u00e8res locales. Il n\u2019y a pas un v\u00e9ritable m\u00e9canisme transparent qui permet de collecter l\u2019imp\u00f4t, les taxes dans les march\u00e9s et autres. On a un monsieur qui y passe, r\u00e9cup\u00e8re l\u2019argent aupr\u00e8s des commer\u00e7ants. Mais rien ne garantit que la totalit\u00e9 de cet argent ira dans les caisses de l\u2019Etat ! Dans beaucoup de pays de la sous-r\u00e9gion, la collecte de l\u2019imp\u00f4t se fait \u00e0 travers une plateforme \u00e9lectronique confi\u00e9e \u00e0 des priv\u00e9s, avec une cl\u00e9 de r\u00e9partition bien d\u00e9finie entre la commune et l\u2019Etat central. Ce m\u00e9canisme a permis \u00e0 des pays de passer des taux importants de d\u00e9perdition de l\u2019imp\u00f4t \u00e0 des taux de collecte tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s. Cela facilite la reddition des comptes. Je ne sais pas pourquoi le Burkina Faso tarde \u00e0 entrer dans ce syst\u00e8me ! La quatri\u00e8me raison est li\u00e9e au manque d\u2019unit\u00e9s de transformation dans nos collectivit\u00e9s locales. Je ne parle pas d\u2019abord d\u2019industrialisation. Quand on va arriver \u00e0 la question sur le financement participatif, j\u2019expliquerai comment les gens peuvent accepter d\u2019adh\u00e9rer, s\u2019impliquer, de mettre leur agent dans des projets de transformation locale. Le cinqui\u00e8me probl\u00e8me est li\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019on appelle en finances publiques, le gap budg\u00e9taire. J\u2019ai vu un cas qui m\u2019a beaucoup sid\u00e9r\u00e9 o\u00f9 le pays n\u2019arrivait pas \u00e0 boucler son budget. Dans ce cas de figure, vous avez beau faire, vous devenez un gouvernement vuln\u00e9rable. Les partenaires vous malm\u00e8nent, vos fonctionnaires sont dans la rue, vos cr\u00e9anciers vous talonnent tous les jours ! Le gap budg\u00e9taire doit \u00eatre la priorit\u00e9 de tout gouvernement. Face au d\u00e9ficit budg\u00e9taire, il y a deux solutions : r\u00e9duire le train de vie de l\u2019Etat ou augmenter les imp\u00f4ts. La derni\u00e8re option est difficile \u00e0 op\u00e9rer car plus de la moiti\u00e9 de la population n\u2019a pas un revenu salarial et beaucoup d\u2019acteurs priv\u00e9s sont dans l\u2019informel. Il y a probablement d\u2019autres raisons mais en r\u00e9glant ces cinq pr\u00e9occupations, nos pays devraient pouvoir avancer dans la mobilisation des ressources internes.<\/p>\n<p><strong>S : Aujourd\u2019hui, vous faites partie de ceux qui pensent que le financement participatif constitue l\u2019une des alternatives au financement du d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. Que renferme ce concept ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : Le financement participatif n\u2019est pas si nouveau, il a commenc\u00e9 dans les pays anglophones, notamment aux Etats-Unis. Il vient du mot crowdfunding, crowd qui veut dire masse, peuple. Il s\u2019agit donc d\u2019un financement populaire. Il implique que celui qui a une id\u00e9e de projet, la mette sur une plateforme ou la partage avec sa communaut\u00e9, de sorte que ceux qui sont int\u00e9ress\u00e9s par le projet acceptent de mettre leur argent, en y injectant 5000 F CFA ou 10 000 F CFA. Au lieu donc de chercher un investisseur qui va vous apporter 1 milliard F CFA, vous cherchez au niveau local, 10 mille investisseurs qui vont apporter chacun 10 000 F CFA ! Cet investissement a plusieurs avantages. D\u2019abord, ce n\u2019est plus une affaire d\u2019une seule personne ou de X et fr\u00e8res mais devient un projet collectif, avec l\u2019implication et le contr\u00f4le des parties prenantes pour le succ\u00e8s du projet.<\/p>\n<p><strong>S : Concr\u00e8tement, quels sont les m\u00e9canismes ou modalit\u00e9s op\u00e9ratoires du financement participatif ? <\/strong><\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-42837 alignright\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/12\/2-6-300x197-1.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"197\" srcset=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/12\/2-6-300x197-1.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/2-6-150x99.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/2-6.jpg 595w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\">S. T.<\/strong> : Les m\u00e9canismes du financement participatif sont simples. La premi\u00e8re des choses est de cr\u00e9er une plateforme d\u2019information de la communaut\u00e9 sur votre id\u00e9e de projet. Elle peut \u00eatre digitale. Toute personne int\u00e9ress\u00e9e signe un document de respect des clauses du projet afin d\u2019\u00e9viter les \u00e9ventuels piratages ou vols d\u2019id\u00e9es. En mati\u00e8re d\u2019investissements ou d\u2019\u00e9pargne, il y a trois choses qui retiennent l\u2019attention des gens : la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019investissement, la liquidit\u00e9 et l\u2019accessibilit\u00e9. Ce dernier \u00e9l\u00e9ment est tr\u00e8s important. J\u2019ai rencontr\u00e9 des Burkinab\u00e8 en C\u00f4te d\u2019Ivoire, notamment dans la boucle du cacao, qui sont des milliardaires mais qui ont peur de d\u00e9poser leur argent en banque. Car, ils ne sont pas s\u00fbrs d\u2019en disposer quand ils veulent comme ils veulent. Par exemple, le monsieur d\u00e9pose 1 milliard FCFA dans sa banque ; le jour o\u00f9 il a besoin de son argent, la succursale de la banque en r\u00e9gion n\u2019est pas en mesure de lui donner 200 millions pour qu\u2019il g\u00e8re urgemment une affaire. Il y a probl\u00e8me ! Le financement participatif est rassurant, car ceux qui ont mis leur argent dans le projet ont des moyens de contr\u00f4le de la gestion, surtout qu\u2019aujourd\u2019hui, il y a des textes qui encadrent l\u2019activit\u00e9 et peuvent conduire les contrevenants en prison. La deuxi\u00e8me \u00e9tape consiste \u00e0 se focaliser sur les \u00e9l\u00e9ments de mise en \u0153uvre du projet qui peuvent \u00eatre confi\u00e9s au porteur de projet, qui lui-m\u00eame, peut s\u2019ouvrir \u00e0 d\u2019autres comp\u00e9tences ! Le succ\u00e8s du projet r\u00e9side dans la possibilit\u00e9 qu\u2019il a de recruter l\u2019expertise locale, au sein de la communaut\u00e9. Car il n\u2019est pas indiqu\u00e9 de collecter l\u2019argent de la communaut\u00e9 pour un financement participatif et faire appel \u00e0 des experts fran\u00e7ais ou chinois pour venir g\u00e9rer le projet. Ceux qui ont inject\u00e9 leur argent sont davantage rassur\u00e9s quand ils voient que leurs enfants y sont employ\u00e9s ! La mise en place d\u2019un m\u00e9canisme de redevabilit\u00e9 constitue le dernier \u00e9l\u00e9ment important dans le financement participatif. Il s\u2019agit de faire en sorte que le porteur du projet puisse rendre compte de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re et transparente. L\u2019instauration de la confiance est un \u00e9l\u00e9ment capital.<\/p>\n<p><strong>S : A qui s\u2019adresse le financement participatif ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : La beaut\u00e9 du financement participatif est qu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 tout le monde. Une femme, un paysan ou un jeune peut lancer un projet de financement participatif. Ce qui est important ici est qu\u2019on n\u2019est plus dans le jeu de cache-cache villageois o\u00f9 les gens gardent jalousement leurs projets. Il n\u2019y a pas meilleure chose que de mobiliser la communaut\u00e9 pour un projet qui va b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 celle-ci.<\/p>\n<p><strong>S : Quels en sont ses avantages ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : L\u2019avantage du financement participatif r\u00e9side dans le fait qu\u2019il permet de mobiliser la communaut\u00e9, de cr\u00e9er un mouvement d\u2019ensemble. Prenons l\u2019exemple d\u2019un projet de construction d\u2019un barrage port\u00e9 par un jeune, avec un syst\u00e8me permettant au projet de g\u00e9n\u00e9rer de l\u2019argent et de r\u00e9mun\u00e9rer ceux qui ont contribu\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9alisation en mettant leur argent. Lorsque que ce projet de retenu d\u2019eau connait du succ\u00e8s, il devient un probl\u00e8me de d\u00e9veloppement r\u00e9solu pour la communaut\u00e9, qui va se tourner vers autre pr\u00e9occupation et avancer ainsi. A Capitalis-SAS, nous consid\u00e9rons que le d\u00e9veloppement est beaucoup plus une question de groupe, d\u2019ensemble et non d\u2019individus. Malheureusement, nous oublions tr\u00e8s souvent cela. Quand on est dans une dynamique de projet de groupe, il y a toujours quelqu\u2019un pour t\u2019interpeller quand tu ne vas pas dans la bonne direction. Dans un financement participatif, quelqu\u2019un te dira que si tu n\u2019am\u00e9liores pas la qualit\u00e9 du produit ou si tu ne fais pas ceci ou cela, notre projet ne r\u00e9ussira pas ! S : Peut-on dire que le financement participatif constitue une sorte de retour \u00e0 ce que Pr Joseph Ki-Zerbo appelle le d\u00e9veloppement endog\u00e8ne ? S. T. : Oui, il s\u2019agit de cela. Nos anciens comme Joseph Ki-Zerbo, Nazi Boni, Thomas Sankara, etc. ont d\u00e9velopp\u00e9 des id\u00e9es solides. Quand j\u2019\u00e9tais \u00e9l\u00e8ve \u00e0 l\u2019Ecole Normale de Ouagadougou (actuel Lyc\u00e9e Bogodogo), j\u2019ai eu la chance de suivre une conf\u00e9rence du Pr Joseph Ki-Zerbo. Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, je me souviens de ce qu\u2019il a d\u00e9velopp\u00e9 et qui est toujours d\u2019actualit\u00e9. Il disait que la jeunesse constitue l\u2019avenir ; mais si les jeunes commettent les m\u00eames erreurs que leurs ain\u00e9s, l\u2019Afrique est foutue ! Malheureusement, nous sommes en train de commettre les m\u00eames erreurs. Pire, nous transf\u00e9rons \u00e0 notre jeunesse la responsabilit\u00e9 de g\u00e9rer nos pays, sans lui avoir montr\u00e9 le cap. Il faut faire confiance aux jeunes et \u00e0 leurs id\u00e9es. Au lieu de cela, on leur tourne le dos et souvent on confisque leurs projets. C\u2019est du capitalisme mal assimil\u00e9 ! J\u2019ai toujours dit \u00e0 certains hommes politiques, il ne sert \u00e0 rien d\u2019\u00eatre riche tout seul. Nous devons avoir des champions nationaux ; nous n\u2019en avons pas. Il faut soutenir les jeunes pour qu\u2019ils deviennent ces champions. Le financement participatif participe \u00e0 ce processus de fabrication des champions en soutenant le porteur du projet.<\/p>\n<p><strong>S : Sur le plan culturel, n\u2019y a-t-il pas des freins au d\u00e9veloppement du financement participatif sous nos tropiques, surtout quand on est habitu\u00e9 aux projets d\u2019entreprises individuelles ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : C\u2019est une dynamique qui se met en place lentement. Car il est difficile d\u2019aller tr\u00e8s vite avec le financement participatif. Il implique une gestion coll\u00e9giale \u00e0 mettre en place. Ce qui, culturellement, n\u2019est pas aussi simple \u00e0 faire ; le projet pouvant, par exemple, \u00eatre port\u00e9 par le plus jeune, avec des risques de conflits avec les ain\u00e9s. Mais en r\u00e9alit\u00e9, le financement participatif n\u2019est pas nouveau, il \u00e9tait pratiqu\u00e9 dans nos soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles. Mais nous avons tout abandonn\u00e9 pour entrer dans le capitalisme mal assimil\u00e9 ! Je demande toujours \u00e0 mes amis d\u2019enfance, quel est votre projet de vie ? Avez-vous l\u2019impression d\u2019apporter quelque chose \u00e0 votre communaut\u00e9 ? Les Burkinab\u00e8 ne sont pas tous individualistes. Si l\u2019on a l\u2019opportunit\u00e9 de mettre en place un projet pilote \u00e0 financement participatif qui marche, cela va faire tache d\u2019huile !<\/p>\n<p><strong>S : Au niveau politique, l\u2019Etat n\u2019a-t-il pas un r\u00f4le \u00e0 jouer pour la vulgarisation de cette approche de d\u00e9veloppement ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : Le r\u00f4le de l\u2019Etat est de mettre en place des textes, un cadre institutionnel et juridique favorable. Une fois que ce cadre existe, les gens vont y op\u00e9rer. Mais l\u2019Etat peut voir une id\u00e9e fantastique et d\u00e9cider d\u2019accompagner le porteur du projet en lui apportant des ressources ! C\u2019est le travail que le Fonds burkinab\u00e8 de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social (FBDES) est en train de faire. En dehors de cela, l\u2019Etat n\u2019a pas forc\u00e9ment besoin de mettre de l\u2019argent dans le financement participatif.<\/p>\n<p><strong>S : L\u2019un des freins au d\u00e9veloppement des PME reste l\u2019acc\u00e8s au financement, notamment bancaire. Le financement participatif constitue-t-il une solution adapt\u00e9e \u00e0 cette cat\u00e9gorie d\u2019entreprises ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : Il faut \u00e9viter de faire du financement participatif une alternative \u00e0 tout. Il est une modalit\u00e9 qui doit \u00eatre mise en place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres modalit\u00e9s. A mon avis, on ne peut pas \u00eatre un pays assis sur un sous-sol riche comme le n\u00f4tre et continuer \u00e0 tendre la main aux autres pour demander des ressources, cela n\u2019est pas normal. Il faudrait un cri d\u2019appel \u00e0 nos autorit\u00e9s pour qu\u2019elles revoient le code minier afin de permettre \u00e0 l\u2019Etat d\u2019actionner un certain nombre de soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, pas telles qu\u2019elles sont mises en exploitation suivant le mod\u00e8le actuel. Mais de sorte que l\u2019Etat puisse utiliser ces mines en garantie et avoir les ressources n\u00e9cessaires pour les projets de d\u00e9veloppement ! L\u2019endettement n\u2019est pas un probl\u00e8me ; le probl\u00e8me r\u00e9side dans ce qu\u2019on fait de l\u2019argent de la dette. Si les revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la dette contract\u00e9e sont g\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re correcte et transparente, l\u2019Etat sera \u00e0 mesure de rembourser la dette. En s\u2019endettant pour investir dans la construction d\u2019infrastructures comme l\u2019autoroute Ouagadougou-fronti\u00e8re de C\u00f4te d\u2019Ivoire, en moins d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, non seulement la dette sera rembours\u00e9e, mais aussi les taxes routi\u00e8res collect\u00e9es constitueront un fonds qui permettra de contribuer \u00e0 la construction d\u2019autres autoroutes. Personne ne croyait au troisi\u00e8me pont d\u2019Abidjan mais il a \u00e9t\u00e9 rembours\u00e9 avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance ! La C\u00f4te d\u2019Ivoire est en train de faire l\u2019autoroute Abidjan\/fronti\u00e8re du Burkina. Si l\u2019on n\u2019y prend garde, le temps que le Burkina Faso commence sa partie, la C\u00f4te d\u2019Ivoire aura fini de rembourser son investissement. Mais payer par qui ? Par nous ! Il faut qu\u2019on se r\u00e9veille ! Nous avons plus d\u2019une dizaine de mines, pourquoi attendre un financement chinois pour faire cette autoroute ! Nous pouvons affecter exclusivement les ressources d\u2019une mine \u00e0 la construction de cette infrastructure ! Cela peut durer trois, cinq ans.<\/p>\n<p><strong>S : Pouvez-vous expliciter davantage l\u2019id\u00e9e d\u2019utiliser les mines comme garantie pour avoir des financements ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : Personne ne vous donnera de l\u2019argent sans garantie ! La garantie n\u2019est jamais touch\u00e9e si vous respectez vos engagements. Si vous empruntez 500 millions de dollars pour construire l\u2019autoroute que vous ne payez pas, se posera \u00e9videmment un probl\u00e8me. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une gestion stricte des ressources g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par l\u2019endettement.<\/p>\n<p><strong>S : Cela est-il possible avec des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res totalement priv\u00e9es, \u00e9trang\u00e8res ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : Une fois que vous donnez la mine \u00e0 un priv\u00e9, national ou \u00e9tranger, vous ne pouvez plus y retourner pour donner cette mine en garantie pour obtenir des ressources pour financer des projets de d\u00e9veloppement ! On peut trouver un m\u00e9canisme pour dire qu\u2019\u00e0 la fin d\u2019un certain nombre d\u2019ann\u00e9es d\u2019exploitation, la mine revient \u00e0 l\u2019Etat. Tout d\u00e9pend des clauses du contrat. Cette mine de l\u2019Etat peut \u00eatre mise en garantie pour construire telle route ou infrastructure.<\/p>\n<p><strong>S : Au niveau local, les collectivit\u00e9s territoriales n\u2019arrivent pas \u00e0 mobiliser des ressources propres pour leur d\u00e9veloppement, avec pr\u00e8s de 80% de leur budget financ\u00e9 par l\u2019Etat, les ONG, les PTF. O\u00f9 r\u00e9side le probl\u00e8me et comment s\u2019en sortir ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> S. T.<\/strong> : Nous sommes en train de regarder les textes en la mati\u00e8re ! Si c\u2019est la commune qui g\u00e8re toutes les recettes sur son ressort territorial, elle doit pouvoir mettre en place un syst\u00e8me qui lui permet de g\u00e9n\u00e9rer des ressources. Et l\u2019une des solutions peut r\u00e9sider dans la digitalisation de la collecte. Cette digitalisation doit \u00eatre confi\u00e9e \u00e0 un priv\u00e9 et non g\u00e9r\u00e9e par l\u2019Etat ! Ce priv\u00e9 ne peut gagner de l\u2019argent qu\u2019en collectant le maximum de recettes. On peut m\u00eame lui coller l\u2019obligation de mobiliser 80% ou 90% des recettes sur telle p\u00e9riode. Mais quand vous logez une telle plateforme aux services des imp\u00f4ts, il n\u2019est pas \u00e9vident qu\u2019elle soit efficace. Car elle sera soumise aux humeurs des agents des imp\u00f4ts ! Je sais qu\u2019il y a des droits acquis et qu\u2019il est difficile d\u2019y toucher mais il faut r\u00e9guli\u00e8rement poser les bonnes questions et y apporter les r\u00e9ponses ad\u00e9quates. Par exemple la question de l\u2019assurance-maladie universelle est int\u00e9ressante. Mais comment faire en sorte qu\u2019elle puisse profiter \u00e0 tous les Burkinab\u00e8, surtout les plus d\u00e9munis ? C\u2019est une grosse question ! S : Autrement, nos pays ont les moyens de mobiliser les ressources \u00e0 l\u2019interne pour financer le d\u00e9veloppement ? S. T. : Tous les pays du monde sont oblig\u00e9s, de temps en temps, de se tourner vers les ressources ext\u00e9rieures. La COVID-19 a ouvert nos yeux, en montrant qu\u2019on peut faire des choses \u00e0 l\u2019interne ! C\u2019est dommage que jusque-l\u00e0, aucun pays africain n\u2019ait pu trouver un rem\u00e8de. Mais, je comprends que les enjeux \u00e9taient \u00e9normes ! Nous n\u2019avons pas forc\u00e9ment besoin d\u2019une recherche sophistiqu\u00e9e mais une recherche endog\u00e8ne qui apporte des solutions \u00e0 nos probl\u00e8mes.<\/p>\n<p><strong>S : Cela me permet de bondir sur la question de la recherche. Peut-on dire qu\u2019elle n\u2019occupe pas la place qui doit \u00eatre la sienne dans le d\u00e9veloppement de notre continent ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S. T.<\/strong> : C\u2019est \u00e9vident ! J\u2019ai pass\u00e9 dix ans au CRDI. Au cours de mes trois derni\u00e8res ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le directeur pour l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et du Centre qui regroupe 24 pays. Nous avons financ\u00e9 plusieurs projets de recherche, y compris au Burkina Faso o\u00f9 nous avons financ\u00e9 le programme PTCI pour le troisi\u00e8me cycle en \u00e9conomie. Nous avons mis en place des r\u00e9seaux de recherche sur l\u2019\u00e9ducation, les langues nationales, la sant\u00e9, l\u2019environnement, etc. La plupart des r\u00e9sultats de ces recherches dorment dans les tiroirs de nos minist\u00e8res. Nous les ignorons alors qu\u2019ils sont connus en Europe, surtout au Canada. Nous ne donnons pas \u00e0 la recherche la place qu\u2019elle m\u00e9rite. Contrairement \u00e0 ce que nous pensons, la recherche n\u2019est pas unique ; elle est biais\u00e9e par rapport \u00e0 la culture, aux enjeux g\u00e9ostrat\u00e9giques, \u00e0 ce que les utilisateurs vont en faire. Le Burkina Faso doit faire ses propres recherches, explorations, les contr\u00f4ler. Par la suite, il pourra, par appel d\u2019offres, dire que nous avons tel minerai dans telle zone ; et inviter ceux qui sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 postuler pour l\u2019exploitation, dans les conditions d\u00e9finies par le Burkina ! La recherche, dans ce sens, il faudrait que l\u2019Etat s\u2019y mette. Et le Burkina fait partie des pays de l\u2019Afrique francophone qui a plus de comp\u00e9tences, int\u00e8gres, travailleuses. Nos chercheurs sont tr\u00e8s bons ; il faut leur donner les moyens de travailler et de s\u2019\u00e9panouir dans la recherche.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong> Interview r\u00e9alis\u00e9e par <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Mahamadi SEBOGO Windmad76@gmail.com<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2021\/12\/02\/financement-participatif-en-afrique-eviter-de-toujours-se-retourner-vers-les-ressources-exterieures-dixit-sibry-tapsoba-ancien-cadre-de-la-bad\/\">Financement participatif en Afrique  : \u00ab Eviter de toujours se retourner  vers les ressources ext\u00e9rieures \u00bb, dixit Sibry Tapsoba, ancien cadre de la BAD<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/\">Quotidien Sidwaya<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: JK. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2021\/12\/02\/financement-participatif-en-afrique-eviter-de-toujours-se-retourner-vers-les-ressources-exterieures-dixit-sibry-tapsoba-ancien-cadre-de-la-bad\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actuel pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration du cabinet Capitalis-SAS, bas\u00e9 \u00e0 Abidjan, Sibry Tapsoba, dans cette interview accord\u00e9e \u00e0 Sidwaya, fait un diagnostic sans complaisance de la probl\u00e9matique de la mobilisation des ressources internes pour le financement du d\u00e9veloppement en Afrique et y propose des solutions innovantes, tel le financement participatif. 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