{"id":134808,"date":"2021-12-04T03:00:38","date_gmt":"2021-12-04T08:00:38","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lettre-a-mon-fils-deuxieme-missive\/"},"modified":"2021-12-04T03:00:38","modified_gmt":"2021-12-04T08:00:38","slug":"lettre-a-mon-fils-deuxieme-missive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lettre-a-mon-fils-deuxieme-missive\/","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 mon fils (Deuxi\u00e8me missive)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"153\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/12\/Dr-Imane-Kendili-300x153-1.jpg\" class=\"attachment-medium size-medium wp-post-image\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2021\/12\/Dr-Imane-Kendili-300x153-1.jpg 300w, https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-274x140.jpg 274w, https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili.jpg 746w, https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-165x84.jpg 165w, https:\/\/aujourdhui.ma\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Dr-Imane-Kendili-702x358.jpg 702w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\"><\/p>\n<p>Il est une heure trente du matin quand je me dirige vers la salle de repos des m\u00e9decins pour respirer et ingurgiter un \u00e9ni\u00e8me caf\u00e9.<br \/>\nCasablanca est une de ces villes qui ne dorment jamais ; d\u2019autant plus si vous \u00eates le psychiatre de garde \u00e0 l\u2019unique unit\u00e9 d\u2019urgences psychiatriques de la capitale \u00e9conomique et des villes avoisinantes au sein d\u2019un centre universitaire qui s\u2019est vu octroyer le titre de centre psychiatrique collaborateur de l\u2019OMS gr\u00e2ce \u00e0 un grand Monsieur * qui a pris sa retraite et avec lui la retraite d\u2019un fleuron international d\u2019une grande psychiatrie marocaine universitaire de trente ann\u00e9es ; trente ann\u00e9es de lutte contre la stigmatisation des pouvoirs publics et trente ann\u00e9es de lutte pour imposer une psychiatrie marocaine reconnue aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le burlesque c\u2019est bien qu\u2019ayant obtenu ce titre de centre collaborateur OMS et bien qu\u2019affili\u00e9 au seul CHU d\u2019une grande ville comme Casablanca, le service de psychiatrie, qui brassait et brasse toujours pr\u00e8s du quart de toutes les urgences du CHU Ibn Rochd de Casablanca, \u00e9tait sujet d\u2019amn\u00e9sie totale d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agissait de budgets, de personnel param\u00e9dical sp\u00e9cialis\u00e9 n\u00e9cessaire ou encore quand il y avait besoin d\u2019un simple nouveau tensiom\u00e8tre. Et au grand dam de tous, je le souligne : ce centre survivait dans sa plus grande partie de ses b\u00e9n\u00e9voles, ses donateurs et de l\u2019huile de coude des membres du personnel soignant.<br \/>\nMais ceci n\u2019est pas notre sujet. Je suis tr\u00e8s facilement emport\u00e9e par mes \u00e9lucubrations et je veux cet \u00e9crit vivant et vrai, donc d\u00e8s ces premi\u00e8res lignes je te fais la promesse de ne pas corriger mon message, de te dire dans les mots les plus simples de maman mes pens\u00e9es, mes \u00e9motions et mes dialogues int\u00e9rieurs avec toi mon amour. Donc, ce soir-l\u00e0 j\u2019\u00e9tais de garde de week-end, il pleuvait des cordes et je sirotais ce que je disais \u00eatre un \u00e9ni\u00e8me caf\u00e9, assise apr\u00e8s une soixantaine de consultations ; certaines plus urgentes que d\u2019autres mais toutes tellement humaines. Et c\u2019est cette dimension de mon m\u00e9tier que j\u2019aimerais un jour te faire comprendre mon amour.<\/p>\n<p>* R\u00e9f\u00e9rence au Pr Driss Moussaoui, chef de service du CPU de Casablanca pendant plus de 30 ans<br \/>\nMaman est m\u00e9decin mon amour et a choisi la psychiatrie car dans le monde mercantile dans lequel nous vivons aujourd\u2019hui c\u2019est une sp\u00e9cialit\u00e9 tellement humaine o\u00f9 la grandeur de l\u2019Homme est reconnue dans ses \u00e9tats les plus vils et les plus mis\u00e9rables.<br \/>\nJe te ferai lire Pascal mon b\u00e9b\u00e9 et tu verras qu\u2019\u00eatre grand n\u2019est pas seulement physique ou mat\u00e9riel, qu\u2019\u00eatre grand n\u2019est pas toujours situation ou dipl\u00f4me,qu\u2019\u00eatre grand ne veut pas dire regarder les gens les plus faibles de haut ou toiser du regard les plus forts pour d\u00e9limiter son territoire.<br \/>\n\u00catre grand c\u2019est reconna\u00eetre sa faiblesse, la faiblesse des autres, accepter sa mis\u00e8re et la mis\u00e8re des autres sans jamais perdre espoir en l\u2019Homme et sans pour autant en attendre un retour.\u00catre grand c\u2019est aussi regarder dans les yeux les plus faibles et partager son territoire avec le plus faible et le plus fort en ayant pour seul souci le partage \u00e9motionnel humain qui n\u2019a pas d\u2019\u00e9gal.\u00catre grand c\u2019est reconna\u00eetre sa mis\u00e8re humaine. Ce soir-l\u00e0 \u00e9tait une garde comme les autres o\u00f9 maman, v\u00e9ritable \u00e9ponge de souffrances humaines, partageait ce r\u00f4le avec un monsieur d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es: l\u2019infirmier de nuit des urgences psychiatriques.<br \/>\nZ. faisait ce m\u00e9tier depuis pr\u00e8s de trente ans sans aucune lassitude, avec l\u2019air le plus jovial que je connaisse ; il reconnaissait les patients d\u2019un regard, \u00e9valuait leur dangerosit\u00e9 dans un bonsoir et gagnait leur confiance d\u2019une poign\u00e9e de main. Je te parle d\u2019un monsieur d\u2019un m\u00e8tre soixante-cinq avec de l\u2019embonpoint et une impressionnante moustache, des petits yeux vifs et malicieusement intelligents ainsi qu\u2019un air de paysan breton version marocaine.<\/p>\n<p>Alors que je te parle en moi, Z. d\u00e9boule dans la chambrette de garde, les mains dans les poches et un b\u00e9ret sur la t\u00e8te :<br \/>\n\u00abNous avons de la visite\u00bb, annonce-t-il d\u2019un ton jovial, \u00abune premi\u00e8re consultation, inconnu au bataillon !\u00bb ajoute-t-il de sa voix rocailleuse.<br \/>\n\u00abJe finirai ce caf\u00e9 plus tard\u00bb<br \/>\nJe m\u2019installai sur ce fauteuil rid\u00e9 destin\u00e9 au m\u00e9decin de garde dans la salle d\u2019entretien et me pr\u00e9parai \u00e0 les recevoir. Je vis entrer une dame fluette recroquevill\u00e9e, hirsute, v\u00eatue de ce que je pouvais difficilement dire \u00eatre une djellaba noire malmen\u00e9e et tremp\u00e9e, jetant des regards furtifs effray\u00e9s derri\u00e8re elle.<br \/>\nJe lui demandai de prendre place. Elle devait avoir trente-deux ou trente-trois ans mais son visage ravag\u00e9 et son regard terroris\u00e9 laissaient croire un \u00e2ge beaucoup plus avanc\u00e9.<br \/>\n\u00abVous a-t-on agress\u00e9e Madame ? Que se passe-t-il ?\u00bb<br \/>\nLa t\u00eate entre les mains, toujours recroquevill\u00e9e, elle se mit \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter inlassablement \u00abouldi ! Allah !!Allah !!ouldi\u00bb *<br \/>\nJe r\u00e9p\u00e9tai, en lui demandant de me regarder : \u00abQu\u2019est-il arriv\u00e9 \u00e0 votre fils a lalla** ?\u00bb<br \/>\nComme elle ne r\u00e9pondait pas, je respectai sa douleur et son silence.<br \/>\nIl pleuvait de plus en plus fort et le fouettement de la pluie sur les vitres us\u00e9es devenait aga\u00e7ant.<br \/>\nPuis je repris : \u00abQu\u2019est-il arriv\u00e9 \u00e0 votre enfant a lalla ?\u00bb<br \/>\nElle leva le regard vers moi, plongea ses enfers dans mes yeux et d\u2019une voix lac\u00e9r\u00e9e me dit \u00abmon b\u00e9b\u00e9, mon b\u00e9b\u00e9\u00bb tout en ber\u00e7ant le vide t\u00e9n\u00e9breux de ses bras \u00abmon b\u00e9b\u00e9 se drogue, aidez-moi\u00bb.<br \/>\nJe respectai \u00e0 nouveau sa souffrance pendant quelques minutes interminables.<br \/>\nLa pluie avait cess\u00e9 de tambouriner ces vitres branlantes de mis\u00e8re humaine.<br \/>\n*Mon fils ! Mon Dieu ! Mon fils !<br \/>\n** Lalla dans ce contexte veut dire Madame<br \/>\nJe regardais encore pleuvoir son \u00e2me de m\u00e8re quand Z. entra dans la pi\u00e8ce : \u00abSon fils est intenable, on lui fait une injection docteur ?\u00bb<br \/>\n\u00abJe veux le voir en entretien d\u2019abord\u00bb, dis-je d\u2019une voix sourde.<br \/>\nQuelques secondes apr\u00e8s arrivait un jeune gar\u00e7on freluquet qui avait h\u00e9rit\u00e9 de la physionomie de sa m\u00e8re. Il avait quinze ans et des poussi\u00e8res et un joli visage d\u2019enfant.<br \/>\nIl \u00e9tait furibond, difficilement ma\u00eetris\u00e9 par les deux agents de police qui l\u2019avait amen\u00e9 apr\u00e8s une plainte des voisins qui auraient entendu sa m\u00e8re hurler alors qu\u2019il la battait.<br \/>\nComment ce jeune freluquet au visage d\u2019ange pouvait-il battre sa m\u00e8re ?<br \/>\n\u00c7a aurait \u00e9t\u00e9 ta question mon amour et j\u2019y r\u00e9pondrai.<br \/>\nJe demandai \u00e0 ce qu\u2019on lui retire ses menottes et qu\u2019on le laisse s\u2019asseoir.<br \/>\nIl jetait des regards noirs \u00e0 sa m\u00e8re qui pleurait en silence.<br \/>\n\u00abPourquoi frappais-tu ta m\u00e8re ?\u00bb \u00abQue s\u2019est-il pass\u00e9 ?\u00bb<br \/>\nD\u2019un air d\u00e9sinvolte, le regard fuyant et la t\u00eate haute, il me dit :<br \/>\n\u00abMais Docteur, vous \u00eates la seule \u00e0 pouvoir comprendre. Je suis addict \u00abmoudmin\u00bb, j\u2019ai besoin de fumer, ce n\u2019est que du haschisch, une drogue douce et cette peste refuse de me donner de l\u2019argent ! Elle dit que son fils, son sang, ne doit pas se droguer. \u00abMais c\u2019est normal !\u00bb, ajoute-t-il avec un grand sourire narquois et dans un soupir : \u00abElle n\u2019a pas fait d\u2019\u00e9tudes, elle ne peut pas savoir. Pas comme vous\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est te dire l\u2019intelligence, le pouvoir de manipulation et de s\u00e9duction d\u2019un patient d\u00e9pendant quel que soit son \u00e2ge, son niveau d\u2019\u00e9ducation ou son rang social. Prise de panique, sa m\u00e8re r\u00e9agit : \u00abRegardez ses bras Docteur !!! Il ne faut pas l\u2019\u00e9couter, il dupe tout le monde ! Je vous jure qu\u2019il est malade ! Il prend boula Hamra* !! Gardez-le, hospitalisez-le !! Je vous en conjure !!\u00bb.<br \/>\nAvant qu\u2019on ait eu le temps d\u2019intervenir, le fils d\u00e9boula sur sa m\u00e8re, lui arracha son fichu tartan qu\u2019elle avait ajust\u00e9 pendant qu\u2019on parlait, et lui mit son poing dans les c\u00f4tes.<br \/>\nLes policiers, Z. et moi e\u00fbmes du mal \u00e0 le retenir et devant cette d\u00e9ferlante d\u2019agressivit\u00e9 nous d\u00fbmes d\u2019abord lui faire une injection.<br \/>\n*Boula Hamra : fait r\u00e9f\u00e9rence au Rivotril lequel est d\u00e9tourn\u00e9 de son usage th\u00e9rapeutique et vendu au march\u00e9 noir par plaquettes de 7 ou 10 comprim\u00e9s. Ces plaquettes sont appel\u00e9es \u00absamta\u00bb soit \u00abceinture\u00bb et consomm\u00e9es en grande quantit\u00e9.<br \/>\nPendant que Z. faisait cette injection, la pluie avait repris de plus belle.<br \/>\nInqui\u00e8te, se tortillant les mains, sa m\u00e8re s\u2019inqui\u00e9tait : son b\u00e9b\u00e9 avait tellement peur des piq\u00fbres.<br \/>\nUne fois calm\u00e9, notre jeune patient put reprendre l\u2019entretien.<br \/>\nJe lui demandai de retirer sa chemise : il n\u2019y avait plus une seule parcelle de son torse, ventre, bras et avant-bras qui ne fut lac\u00e9r\u00e9e au couteau donnant lieu \u00e0 une \u00abcarte g\u00e9ographique\u00bb, comme il l\u2019appelait d\u2019un ton railleur non d\u00e9nu\u00e9 de souffrance, carte g\u00e9ographique d\u2019un corps mutil\u00e9 au couteau o\u00f9 s\u2019embrasaient cicatrices p\u00e9nibles et nouvelles scarifications, t\u00e9moignage d\u2019une d\u00e9pendance aux drogues qui creusait passionn\u00e9ment son lit apr\u00e8s s\u2019\u00eatre empar\u00e9e de son corps et r\u00e9duit en esclavage son \u00e2me. Pendant qu\u2019il me montrait d\u2019une fausse fiert\u00e9 ses \u00abblessures de guerre\u00bb sa m\u00e8re caressa son bras et me dit \u00abouldi est beau Docteur, si vous aviez vu sa peau auparavant ? Il \u00e9tait magnifique ! C\u2019est le mauvais \u0153il !\u00bb.<br \/>\nAlors qu\u2019exc\u00e9d\u00e9 par ses d\u00e9monstrations d\u2019amour il la repoussait, elle continuait : \u00abCe n\u2019est pas sa faute Docteur. C\u2019est mon a\u00een\u00e9 \u00e7a a \u00e9t\u00e9 dur pour lui. Son p\u00e8re nous a quitt\u00e9s pour une autre femme et j\u2019ai quatre enfants. Je suis absente \u00e0 travailler comme m\u00e9nag\u00e8re toute la journ\u00e9e pour pas grand-chose puisque je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole et n\u2019ai aucune formation. Et puis on vit \u00e0 la m\u00e9dina,vous savez ce que c\u2019est, Docteur, c\u2019est du haschich, de la colle et des comprim\u00e9s partout\u2026\u00bb.<br \/>\nElle justifiait, s\u2019essoufflait encore et encore pour d\u00e9fendre son fils, restaurer son image, le d\u00e9culpabiliser et se culpabiliser elle de ses agissements, de sa peau de chagrin humaine, de sa d\u00e9pendance. Elle faisait son purgatoire.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois de ma vie que je caressais les limites de l\u2019empathie qui maintiennent le psychiatre \u00e0 distance professionnelle de ses patients.<br \/>\nUne fois la porte ferm\u00e9e, Z. et moi retournions dans le bureau quand la m\u00e8re, qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9e durant l\u2019hospitalisation muscl\u00e9e, surgit de nulle part et se jeta \u00e0 nos pieds en baisant le sol mouill\u00e9.<br \/>\nHorriblement mal \u00e0 l\u2019aise nous tentions de la relever alors qu\u2019elle s\u2019agenouillait de nouveau ou essayait de nous baiser la main nous remerciant, nous suppliant de soigner son fils, de le sauver.<br \/>\nJe la quittai pour me refaire un caf\u00e9 alors que Z. lui offrait un verre d\u2019eau et lui demandait de reprendre ses esprits.<br \/>\nCe caf\u00e9 n\u2019avait plus le m\u00eame go\u00fbt mon amour.<br \/>\nCe caf\u00e9 \u00e9tait charg\u00e9 de son amertume et \u00e9branlait mon angoisse existentielle. L\u2019empathie n\u2019\u00e9tait alors de mise qu\u2019en abord puisque mon \u00e2me transcend\u00e9e envisageait pour la premi\u00e8re fois les \u00abs\u00e9vices\u00bb de la maternit\u00e9.<br \/>\nJe regardai mon ventre de sept mois tout rond, et reposai cette tasse de caf\u00e9.\u00c7a suffisait pour ce soir-l\u00e0.<br \/>\nJe d\u00e9cidai alors de t\u2019\u00e9crire pour t\u2019expliquer les drogues mon amour et te supplier : \u00abJamais de drogues mon fils !!!\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: ALM<br \/>\n<a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/chroniques\/lettre-a-mon-fils-deuxieme-missive\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est une heure trente du matin quand je me dirige vers la salle de repos des m\u00e9decins pour respirer et ingurgiter un \u00e9ni\u00e8me caf\u00e9. 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