{"id":137884,"date":"2022-01-06T17:17:04","date_gmt":"2022-01-06T22:17:04","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-ndongo-samba-sylla-analyste-senegalais-il-ny-a-pas-une-crise-de-la-democratie-en-afrique-mais-plutot-lechec-du-mimetisme-institutionnel-irreflechi\/"},"modified":"2022-01-06T17:17:04","modified_gmt":"2022-01-06T22:17:04","slug":"dr-ndongo-samba-sylla-analyste-senegalais-il-ny-a-pas-une-crise-de-la-democratie-en-afrique-mais-plutot-lechec-du-mimetisme-institutionnel-irreflechi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-ndongo-samba-sylla-analyste-senegalais-il-ny-a-pas-une-crise-de-la-democratie-en-afrique-mais-plutot-lechec-du-mimetisme-institutionnel-irreflechi\/","title":{"rendered":"Dr Ndongo Samba Sylla, analyste s\u00e9n\u00e9galais \u00ab Il n\u2019y a pas une crise de la d\u00e9mocratie en Afrique, mais plut\u00f4t l\u2019\u00e9chec du mim\u00e9tisme institutionnel irr\u00e9fl\u00e9chi \u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>Docteur en \u00e9conomie du d\u00e9veloppement, Ndongo Samba Sylla est un analyste s\u00e9n\u00e9galais tr\u00e8s averti des questions de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. Auteur, coauteur et coordonnateur de nombreux ouvrages dont \u00ab De Brazzaville \u00e0 Montpellier : regards critiques sur le n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais \u00bb, Dr Sylla est par ailleurs quatre fois champion du monde de scrabble francophone. Dans cette interview accord\u00e9e \u00e0 Sidwaya depuis Dakar, il fait un tour d\u2019horizon sur les sujets dominants de l\u2019actualit\u00e9 africaine : les crises d\u00e9mocratiques, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au Sahel, le franc CFA, l\u2019Eco, l\u2019avenir des relations France-Afrique, la ZLECAf\u2026. Un d\u00e9cryptage sans filtre ! Lisez plut\u00f4t. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S) : Quel regard r\u00e9trospectif portez-vous sur l\u2019Afrique en 2021 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dr Ndongo Samba Sylla (N.S.S.) :<\/strong> 2021 a \u00e9t\u00e9 une ann\u00e9e difficile pour les populations un peu partout sur le continent. Celles qui ont \u00e9chapp\u00e9 un tant soit peu aux cons\u00e9quences sanitaires de la pand\u00e9mie de la COVID-19, ainsi que les mesures contraignantes mises en place ici et l\u00e0, n\u2019ont pas h\u00e9las \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ses cons\u00e9quences socio- \u00e9conomiques. La baisse des revenus d\u2019activit\u00e9s dans un contexte inflationniste a accru la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des couches les plus d\u00e9munies.<\/p>\n<p>Le paiement d\u2019un service de la dette ext\u00e9rieure socialement et financi\u00e8rement non soutenable continue de plomber un certain nombre de pays africains. A travers cette question de la dette ext\u00e9rieure et ce qui a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 d\u2019\u00ab apartheid vaccinal \u00bb, l\u2019Afrique a re\u00e7u la confirmation \u00e0 nouveau qu\u2019elle ne peut compter sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou la solidarit\u00e9 des pays d\u00e9velopp\u00e9s pour s\u2019en sortir. Un motif de satisfaction est que les pronostics catastrophistes sur la mortalit\u00e9 COVID-19 en Afrique semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9jou\u00e9s jusqu\u2019ici, m\u00eame avec de faibles taux de vaccination.<\/p>\n<p>Avec la disparition de Desmond Tutu, c\u2019est aussi une page importante de l\u2019histoire du continent qui se referme.<\/p>\n<p><strong>S : En 2021, la sous-r\u00e9gion ouest-africaine a encore connu des crises politiques marqu\u00e9es par des coups d\u2019Etat au Mali, en Guin\u00e9e, la \u00ab pand\u00e9mie \u00bb des troisi\u00e8mes mandats\u2026 Est-ce de mauvais signes pour la d\u00e9mocratie et la bonne gouvernance sur le continent ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Tout comme les coups d\u2019Etat civils (cas des pr\u00e9sidents au pouvoir qui briguent un \u00e9ni\u00e8me mandat en violation de la Constitution de leur pays), qui peuvent parfois constituer leur toile de fond, les coups d\u2019Etat militaires sont des \u00e9v\u00e9nements regrettables. Il faut y voir un indicateur des pathologies dont souffrent les syst\u00e8mes dits de \u00ab d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative \u00bb dans certaines parties du continent. Les crises politiques et sociales sont des opportunit\u00e9s pour repenser et changer nos syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Malheureusement, bien souvent, ces opportunit\u00e9s ne sont pas bien utilis\u00e9es : on essaie de tout faire pour retourner rapidement \u00e0 la \u00ab normalit\u00e9 constitutionnelle \u00bb qui a au d\u00e9part produit la crise sociopolitique. D\u2019o\u00f9 parfois un sentiment d\u2019\u00e9ternel recommencement.<\/p>\n<p><strong> S : Avec ces crises d\u00e9mocratiques, faut-il donner raison au pr\u00e9sident fran\u00e7ais, Jacques Chirac, qui disait d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 1990 que l\u2019Afrique n\u2019\u00e9tait pas m\u00fbre pour la d\u00e9mocratie ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Non, pas du tout. En r\u00e9alit\u00e9, les pays occidentaux sont mal plac\u00e9s pour donner des le\u00e7ons \u00e0 l\u2019Afrique et cela d\u2019autant plus qu\u2019ils ne sont pas des d\u00e9mocraties, au sens savant du mot. J\u2019ai \u00e9crit un livre intitul\u00e9 : \u00ab La D\u00e9mocratie contre la R\u00e9publique. L\u2019autre histoire du gouvernement du peuple \u00bb (L\u2019Harmattan 2015).<\/p>\n<p>Ce livre retrace l\u2019\u00e9volution du mot d\u00e9mocratie, un concept rest\u00e9 savant pendant plus de deux mill\u00e9naires avant son retournement\/ d\u00e9tournement de sens \u00e0 partir du milieu du XIXe si\u00e8cle. On s\u2019aper\u00e7oit que s\u2019il y a une valeur qui n\u2019est pas occidentale, c\u2019est bien la \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb, le mot (et concept renvoyant \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique) le plus d\u00e9test\u00e9 de toute l\u2019histoire de la pens\u00e9e politique occidentale.<\/p>\n<p>Raison pour laquelle il n\u2019y a aucune trace du mot d\u00e9mocratie dans l\u2019actuelle Constitution f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine qui remonte \u00e0 1787. L\u00e0 o\u00f9 les constituants am\u00e9ricains de l\u2019\u00e9poque disaient de la d\u00e9mocratie qu\u2019elle est \u00ab le pire de tous les maux politiques \u00bb, le Dictionnaire classique de la Langue fran\u00e7aise, \u00e9dition 1827, la d\u00e9finissait ainsi : \u00ab subdivision de la tyrannie entre plusieurs citoyens \u00bb.<\/p>\n<p>Les r\u00e9gimes que nous appelons de nos jours frauduleusement \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb portaient au XIXe si\u00e8cle les noms non \u00e9quivoques de \u00ab gouvernement bourgeois \u00bb, \u00ab aristocratie \u00e9lective \u00bb, \u00ab gouvernement repr\u00e9sentatif \u00bb. Ces r\u00e9gimes ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s pour limiter la participation des peuples dans la vie politique.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de syst\u00e8mes oligarchiques, donc \u00e9litistes (rappelons que les mots \u00e9lection et \u00e9lite partagent la m\u00eame racine), qui ont la caract\u00e9ristique d\u2019avoir g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans des circonstances historiques donn\u00e9es (domination d\u2019une grande partie du monde par l\u2019Occident, d\u00e9mocratisation de la rente imp\u00e9rialiste sous l\u2019effet de la pr\u00e9sence de l\u2019alternative communiste et des luttes des mouvements ouvriers, des femmes, etc.) des performances d\u00e9mocratiques (respect plus ou moins important des libert\u00e9s ; augmentation du bien-\u00eatre des populations) qui sont aujourd\u2019hui sur une tendance d\u00e9clinante.<\/p>\n<p>L\u2019erreur en Afrique a \u00e9t\u00e9 de croire que ces performances d\u00e9mocratiques pouvaient \u00eatre obtenues simplement en important les formes (\u00e9lections, s\u00e9paration des pouvoirs, etc.) que ce syst\u00e8me oligarchique rev\u00eat dans les pays occidentaux. Nous n\u2019avons donc pas une crise de la d\u00e9mocratie en Afrique. Nous constatons plut\u00f4t l\u2019\u00e9chec du mim\u00e9tisme institutionnel irr\u00e9fl\u00e9chi. Nous vivons plut\u00f4t une crise de l\u2019imagination et de la cr\u00e9ativit\u00e9 d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>Renforcer les progr\u00e8s d\u00e9mocratiques en Afrique suppose de faire obstacle aux imp\u00e9rialismes divers (une condition du droit des peuples \u00e0 s\u2019autod\u00e9terminer) et aussi de mettre en place des syst\u00e8mes politiques encore plus d\u00e9mocratiques que ce qui existe en Occident, c\u2019est-\u00e0-dire plus inclusifs, moins tributaires du pouvoir de l\u2019argent et moins \u00e9lectoralistes.<\/p>\n<p><strong>S : Sur le plan s\u00e9curitaire, l\u2019Afrique de l\u2019Ouest connait une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent, avec des Etats qui peinent \u00e0 vaincre l\u2019hydre terroriste. La situation ne s\u2019est gu\u00e8re am\u00e9lior\u00e9e en 2021. Quelle est votre opinion sur cette crise s\u00e9curitaire ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Cette crise dite s\u00e9curitaire a plusieurs dimensions. Il est s\u00fbr qu\u2019elle n\u2019aurait pas pris l\u2019ampleur qu\u2019on voit si la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l\u2019OTAN n\u2019avaient pas d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9truire la Libye de Kadhafi. Il faudra travailler dans une d\u00e9marche panafricaniste \u00e0 reconstituer l\u2019unit\u00e9 territoriale des Etats de la r\u00e9gion sah\u00e9lienne, \u00e0 assurer leur s\u00e9curit\u00e9 et \u00e9galement \u00e0 trouver des perspectives \u00e9conomiques aux populations. Une approche purement s\u00e9curitaire est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec.<\/p>\n<p>La crise dite s\u00e9curitaire a ses racines profondes dans le sous-d\u00e9veloppement et la stagnation des Etats sah\u00e9liens, enclav\u00e9s et en proie au changement climatique.<\/p>\n<p><strong>S : Au cours de 2021, il y a eu \u00e9galement la brouille entre Paris et Bamako \u00e0 propos de la pr\u00e9sence des mercenaires russes au Mali, sanctionn\u00e9e par la sortie du pr\u00e9sident Macron avec des mots assez durs vis-\u00e0-vis des autorit\u00e9s maliennes. Votre commentaire\u2026 <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Tout comme le gouvernement actuel de la R\u00e9publique centrafricaine, le gouvernement de transition malien a la volont\u00e9 de diversifier ses partenaires diplomatiques et de ne plus laisser la France avoir le dernier mot sur la gestion de la crise s\u00e9curitaire en territoire malien. Le courroux de Paris est compr\u00e9hensible. L\u2019attitude de Bamako l\u2019est \u00e9galement, au vu de l\u2019enlisement et du bilan plus que mitig\u00e9 de l\u2019op\u00e9ration Barkhane.<\/p>\n<p><strong>S : Selon vous, comment l\u2019Afrique doit-elle s\u2019y prendre pour sortir de ces crises multiformes, s\u00e9curitaires, politiques, d\u00e9mocratiques\u2026 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Il faut des changements profonds dans les syst\u00e8mes politiques qui sont d\u00e9connect\u00e9s des pr\u00e9occupations populaires et aussi dans les syst\u00e8mes \u00e9conomiques rest\u00e9s coloniaux, donc param\u00e9tr\u00e9s pour servir les int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers et les besoins d\u2019\u00e9lites locaux pr\u00e9dateurs. Ces changements ne se feront pas du jour au lendemain. Mais il me semble qu\u2019une bonne approche devrait n\u00e9cessairement cibler la jeunesse, la composante d\u00e9mographique la plus importante.<\/p>\n<p>Elle constitue le d\u00e9mo, mais est ordinairement exclue des instances politiques. Alors qu\u2019elle d\u00e9terminera ce que l\u2019Afrique sera, elle est, pour une frange significative, laiss\u00e9e en rade : ni \u00e0 l\u2019\u00e9cole ni \u00e0 l\u2019universit\u00e9, ni en formation professionnelle ni en emploi. Comment peut-on aspirer au d\u00e9veloppement \u00e9conomique et \u00e0 une stabilit\u00e9 politique et sociale dans le contexte de syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques qui n\u2019offrent aucun avenir aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations ?<\/p>\n<p><strong> S : A l\u2019initiative du pr\u00e9sident fran\u00e7ais, Emmanuel Macron, le traditionnel sommet France-Afrique, tenu le 8 octobre 2021 \u00e0 Montpellier, a connu une \u00e9volution dans son format habituel. En lieu et place des chefs d\u2019Etat, le sommet a r\u00e9uni autour du pr\u00e9sident Macron la soci\u00e9t\u00e9 civile et la jeunesse du continent pour d\u00e9battre des maux qui minent le continent africain. Est-ce une innovation salutaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> N. S. S. :<\/strong> Cette \u00ab innovation \u00bb est un revers pour les chefs d\u2019Etat africains, traditionnels alli\u00e9s de la France. Paris les a \u00ab sanctionn\u00e9s \u00bb parce qu\u2019ils ne seraient pas suffisamment \u00e0 l\u2019\u00e9coute de leur jeunesse.<\/p>\n<p>Qui peut croire s\u00e9rieusement que Montpellier est l\u2019endroit appropri\u00e9 pour discuter en deux jours des probl\u00e8mes d\u2019un continent, voire de la relation franco-africaine et, qui plus est, avec une soci\u00e9t\u00e9 civile africaine qu\u2019Emmanuel Macron s\u2019est taill\u00e9 sur mesure ?<\/p>\n<p>Quelle cr\u00e9dibilit\u00e9 peut avoir l\u2019annonce, \u00e0 l\u2019issue de ce sommet, de la mise en place d\u2019un Fonds pour la promotion de la d\u00e9mocratie en Afrique, de la part d\u2019un Emmanuel Macron qui a donn\u00e9 son onction \u00e0 un coup d\u2019Etat militaire au Tchad et au troisi\u00e8me mandat de Alassane Ouattara en C\u00f4te d\u2019Ivoire ? Face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du recul \u00e9conomique de la France en Afrique et de la d\u00e9gradation de son image, le gouvernement fran\u00e7ais semble avoir mis\u00e9 sur des artifices publicitaires et des effets d\u2019annonce.<\/p>\n<p><strong>S : A la veille de ce sommet, le 7 octobre 2021, en collaboration avec d\u2019autres intellectuels africains, dans le cadre du Collectif pour le renouveau africain (CORA), vous avez sorti un livre intitul\u00e9 \u00ab De Brazzaville \u00e0 Montpellier : regards critiques sur le n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais \u00bb. Que d\u00e9noncez-vous ou d\u00e9cryptez-vous dans cet ouvrage ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Cet ouvrage a \u00e9t\u00e9 coordonn\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain tchadien Koulsy Lamko, la politiste s\u00e9n\u00e9galaise Amy Niang, le juriste franco-b\u00e9ninois Lionel Zevounou et moi-m\u00eame. Nous avons rassembl\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une vingtaine de textes qui, comme le souligne la pr\u00e9face de Koulsy Lamko, jettent \u00ab un faisceau sur l\u2019histoire et les contextes actuels dans la relation France-Afrique \u00bb tout en constituant \u00ab le lieu d\u2019esquisses de chemins de traverse vers la souverainet\u00e9 totale des peuples africains et leur autonomie d\u2019action et de pens\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Si un accent a \u00e9t\u00e9 mis sur les nombreuses facettes du n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais et ses mutations, cet ouvrage collectif a aussi eu pour objectif de resituer le sommet de Montpellier dans une histoire plus longue. Comme l\u2019\u00e9crit l\u2019historien Khadim Ndiaye dans la conclusion de son chapitre : \u00ab L\u2019esprit de Brazzaville, c\u2019est la libert\u00e9 sous contr\u00f4le lorsque les transformations impos\u00e9es par le contexte, deviennent in\u00e9vitables \u00bb.<\/p>\n<p>Montpellier en 2021 s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de la conf\u00e9rence de Brazzaville tenue en 1944 sans les Africains.<\/p>\n<p><strong>S : De la Conf\u00e9rence de Brazzaville de 1944 au Sommet de Montpellier du 8 octobre 2021 entre la France et la soci\u00e9t\u00e9 civile africaine, rien n\u2019a v\u00e9ritablement chang\u00e9 dans les rapports entre l\u2019Afrique et l\u2019ancienne puissance coloniale ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Le comportement de la France vis-\u00e0-vis de ses anciennes colonies africaines rel\u00e8ve toujours du registre du n\u00e9ocolonialisme. Mais, cette configuration est de moins en moins tenable face au d\u00e9clin \u00e9conomique et g\u00e9opolitique de la France, l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux concurrents comme la Chine, la Russie, la Turquie, etc., et l\u2019irruption d\u2019une jeunesse en d\u00e9sh\u00e9rence, de personnalit\u00e9s politiques, de leaders d\u2019opinion et de mouvements panafricanistes qui veulent tourner la page de la Fran\u00e7afrique.<\/p>\n<p><strong> S : Il y a de plus en plus un sentiment anti-fran\u00e7ais ou du moins antipolitique fran\u00e7aise qui se d\u00e9veloppe en Afrique, notamment au sein de sa jeunesse. On a vu par exemple des jeunes burkinab\u00e8 et nig\u00e9riens qui ont essay\u00e9 de bloquer des convois de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise traversant leurs pays ! Comment expliquez-vous cette sorte de r\u00e9volte de la jeunesse africaine ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Le concept de \u00ab sentiment anti-fran\u00e7ais \u00bb est un concept de propagande qui pourrait insinuer \u00e0 tort l\u2019existence d\u2019un \u00ab sentiment anti-blanc \u00bb voire d\u2019un rejet syst\u00e9matique de tout ce qui est \u00ab fran\u00e7ais \u00bb. Ce concept n\u2019explique rien, mais sert plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9naturer le sens et la port\u00e9e de la critique contre l\u2019\u00ab exceptionnalisme fran\u00e7ais \u00bb en Afrique.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a que la France qui, dans son \u00ab pr\u00e9 carr\u00e9 \u00bb, se permet d\u2019humilier publiquement des chefs d\u2019Etat, d\u2019intervenir militairement \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition sans mandat l\u00e9gal, de soutenir des dirigeants impopulaires au d\u00e9triment de la volont\u00e9 des peuples, de maintenir quatorze pays dans un syst\u00e8me mon\u00e9taire d\u2019origine coloniale, etc. La jeunesse africaine francophone a un fort d\u00e9sir d\u2019autod\u00e9termination et donc un \u00ab sentiment anti-Fran\u00e7afrique \u00bb de plus en plus manifeste.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 objective est que la France est en train de r\u00e9colter ce qu\u2019elle a sem\u00e9 pendant plus de six d\u00e9cennies postind\u00e9pendance : elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des peuples africains, mais plut\u00f4t en solidarit\u00e9 avec ses dirigeants oppresseurs et, donc, s\u2019est toujours \u00e9rig\u00e9e en obstacle vis-\u00e0-vis de leur droit \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination.<\/p>\n<p>Les mouvements actuels revendiquent un r\u00e9\u00e9quilibrage et une normalisation des relations entre la France et ses anciennes colonies, donc la fin de l\u2019\u00ab exceptionnalisme \u00bb fran\u00e7ais. Ce qui est l\u2019anath\u00e8me pour les officiels fran\u00e7ais qui pr\u00e9f\u00e8rent se voiler la face en parlant de sentiment anti-fran\u00e7ais et en sugg\u00e9rant que la jeunesse africaine serait manipul\u00e9e par des puissances rivales.<\/p>\n<p><strong>S : Il y a \u00e9galement la question du franc CFA qui vient exacerber ce sentiment. En tant qu\u2019\u00e9conomiste, qu\u2019est-ce que la France perd en perdant le contr\u00f4le de cette monnaie ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Le syst\u00e8me CFA offre \u00e0 la France un contr\u00f4le \u00e9conomique et politique sur les pays africains qui l\u2019utilisent. Avec le franc CFA, la France jouit localement du privil\u00e8ge<\/p>\n<figure id=\"attachment_44010\" aria-describedby=\"caption-attachment-44010\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-44010\" src=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/01\/daSamba-Sylla-300x243-1.gif\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"243\" srcset=\"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/01\/daSamba-Sylla-300x243-1.gif 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/daSamba-Sylla-768x621.gif 768w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/daSamba-Sylla-150x121.gif 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/daSamba-Sylla-696x563.gif 696w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/daSamba-Sylla-519x420.gif 519w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\"><figcaption id=\"caption-attachment-44010\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019analyste Ndongo Samba Sylla :<br \/>\u00ab il faudra travailler dans une d\u00e9marche panafricaniste \u00e0 reconstituer l\u2019unit\u00e9 territoriale des Etats de la r\u00e9gion sah\u00e9lienne, \u00e0 assurer leur s\u00e9curit\u00e9 et \u00e9galement \u00e0 trouver des perspectives \u00e9conomiques aux populations \u00bb.<\/figcaption><\/figure>\n<p>global que les Etats-Unis ont avec le dollar. Elle peut payer dans sa devise et \u00e0 cr\u00e9dit ses importations en zone franc.<\/p>\n<p>Outre les d\u00e9bouch\u00e9s pour les entreprises et produits fran\u00e7ais, la France b\u00e9n\u00e9ficie de surplus commerciaux vis-\u00e0-vis des pays CFA dont elle contr\u00f4le une partie ou totalit\u00e9 de leurs r\u00e9serves de change. Quand cela est n\u00e9cessaire, le syst\u00e8me CFA peut \u00eatre utilis\u00e9 pour asphyxier financi\u00e8rement les pays dont les dirigeants politiques sont en r\u00e9bellion vis-\u00e0-vis de Paris. Paris peut demander \u00e0 la BCEAO de restreindre l\u2019acc\u00e8s du gouvernement dissident \u00e0 ses comptes, aux banques fran\u00e7aises de stopper leurs activit\u00e9s et de couper les relations financi\u00e8res du pays avec l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 fait en 2011 contre le r\u00e9gime de Laurent Gbagbo en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Le franc CFA est donc une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de la t\u00eate de tout gouvernement progressiste soucieux de cr\u00e9er un avenir radieux pour sa population. La r\u00e9forme du franc CFA annonc\u00e9e en d\u00e9cembre 2021 par Macron et Ouattara reste cosm\u00e9tique. Rien n\u2019a v\u00e9ritablement chang\u00e9.<\/p>\n<p>Les repr\u00e9sentants fran\u00e7ais ne si\u00e8gent plus \u00e0 la BCEAO (Banque centrale des Etats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest), mais gardent un certain contr\u00f4le au terme du nouvel accord de coop\u00e9ration entre la France et les pays de l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire ouest-africaine (UEMOA). Les r\u00e9serves de change de la BCEAO d\u00e9tenues aupr\u00e8s du Tr\u00e9sor fran\u00e7ais vont \u00eatre plac\u00e9es ailleurs (sans doute dans un compte de la BCEAO aupr\u00e8s de la Banque de France) et continueront d\u2019\u00eatre utilis\u00e9es pour la d\u00e9fense de la parit\u00e9 du franc CFA avec l\u2019euro.<\/p>\n<p>Quant au changement du nom franc CFA en Eco, il n\u2019existe aucun document officiel qui l\u2019atteste. A souligner que le nom Eco est le diminutif de ECOWAS (sigle anglais de CEDEAO). Macron et Ouattara ont donc usurp\u00e9 le nom Eco et cr\u00e9\u00e9 de la confusion entre \u00ab leur \u00bb r\u00e9forme du franc CFA et le projet de monnaie unique CEDEAO. Notons par ailleurs que Macron et Ouattara ont annonc\u00e9 \u00ab leur \u00bb r\u00e9forme sans que la BCEAO n\u2019ait \u00e9t\u00e9 mise au courant ! Si la France voulait vraiment faire taire les critiques sur le franc CFA, elle aurait pu juste abolir l\u2019accord de coop\u00e9ration mon\u00e9taire avec les pays de l\u2019UEMOA et celui avec leurs homologues d\u2019Afrique centrale.<\/p>\n<p>Mais elle tient \u00e0 maintenir le syst\u00e8me, en pr\u00e9textant une garantie budg\u00e9taire imaginaire qu\u2019elle apporterait, car cela fait l\u2019affaire de ses entreprises qui op\u00e8rent en Afrique. Seules 4% d\u2019entre elles voient le franc CFA comme une contrainte.<\/p>\n<p><strong> S : La souverainet\u00e9 mon\u00e9taire constitue-t-elle un imp\u00e9ratif ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> N. S. S. :<\/strong> Quelle que soit l\u2019opinion que l\u2019on peut avoir au sujet de la monnaie coloniale qu\u2019est le franc CFA, il est important de rappeler des faits \u00e9l\u00e9mentaires. La monnaie, avant d\u2019\u00eatre un instrument d\u2019\u00e9change, est d\u2019abord une unit\u00e9 de compte d\u00e9finie l\u00e9galement par l\u2019Etat, qui a le monopole de son \u00e9mission et qui l\u2019utilise pour d\u00e9placer des ressources r\u00e9elles (biens, main-d\u2019\u0153uvre).<\/p>\n<p>Aucun Etat ne devrait \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de sa devise, car aucun d\u00e9veloppement \u00e9conomique n\u2019est envisageable sans la ma\u00eetrise de l\u2019instrument mon\u00e9taire. Aucune politique coh\u00e9rente de d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale n\u2019est possible sans une devise nationale. Un Etat qui s\u2019estime incapable de battre sa monnaie est un Etat qui ne devrait pas exister et qui donc devrait se dissoudre dans un ensemble f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>Car battre monnaie est une condition n\u00e9cessaire de l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re et donc de l\u2019ind\u00e9pendance politique tout court de tout Etat formellement souverain. Un Etat qui bat monnaie n\u2019a, a priori, aucune contrainte pour financer tous les projets qui mobilisent essentiellement des ressources r\u00e9elles (terres, main-d\u2019\u0153uvre, \u00e9quipements, etc.) disponibles localement.<\/p>\n<p>Autrement dit, tout ce qui est possible sur le plan technique localement peut \u00eatre financ\u00e9 en devise nationale sans \u00eatre contraint par le niveau des recettes fiscales ou de l\u2019\u00e9pargne nationale. En d\u2019autres termes, la plupart des Etats africains peuvent offrir une vie d\u00e9cente \u00e0 leurs populations pourvu qu\u2019ils optent pour un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur la mobilisation des ressources locales.<\/p>\n<p>Si les \u00e9coles, h\u00f4pitaux et autres infrastructures de base sont en manque dans la plupart des pays africains, cela ne d\u00e9coule pas d\u2019un \u00ab manque d\u2019argent \u00bb, car aucun Etat disposant de sa devise ne peut manquer de sa propre devise. Tous ces d\u00e9ficits, y compris le sous-emploi et le ch\u00f4mage, refl\u00e8tent des choix politiques. On pourra toujours faire remarquer que beaucoup de pays africains disposent de leur devise nationale sans vraiment s\u2019en sortir. Cela est vrai.<\/p>\n<p>Ces pays ont une devise nationale seulement en apparence, car leur devise n\u2019est pas utilis\u00e9e principalement pour d\u00e9placer des ressources r\u00e9elles internes. Les pays qui choisissent un d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur les ressources financi\u00e8res et r\u00e9elles en provenance de l\u2019ext\u00e9rieur ne pourront pas faire un usage b\u00e9n\u00e9fique de leur devise nationale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans certains pays comme ceux de l\u2019UEMOA, le ch\u00f4mage et le sous-emploi de masse sont l\u2019option privil\u00e9gi\u00e9e par les banques centrales pour lutter contre l\u2019inflation et maintenir une \u00ab stabilit\u00e9 mon\u00e9taire \u00bb. Malheureusement, le projet de monnaie unique CEDEAO, \u00e0 supposer qu\u2019il soit lanc\u00e9 un jour, ne sera pas la solution aux probl\u00e8mes africains. Copier-coller de l\u2019euro, une monnaie sans souverainet\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 con\u00e7u dans une perspective n\u00e9olib\u00e9rale d\u2019assujettissement des gouvernements et des travailleurs aux diktats de la finance globale.<\/p>\n<p>Sans un Etat f\u00e9d\u00e9ral et des m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 budg\u00e9taire, une monnaie unique CEDEAO ne serait ni plus ni moins qu\u2019un corset mon\u00e9taire \u00e9touffant et cela quand bien m\u00eame elle pourrait \u00eatre per\u00e7ue comme une avanc\u00e9e symbolique vis-\u00e0-vis du franc CFA.<\/p>\n<p><strong>S : On a souvent l\u2019impression que la France n\u2019a pas encore pris la pleine mesure des choses, de la forte envie des Africains d\u2019un changement r\u00e9el de paradigme dans sa coop\u00e9ration avec leur continent \u2026 <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Cela est effectivement le cas. Le philosophe d\u2019origine jama\u00efcaine, Charles Wade Mills, parle d\u2019\u00ab \u00e9pist\u00e9mologie de l\u2019ignorance \u00bb, une \u00ab \u00e9pist\u00e9mologie invers\u00e9e \u00bb \u00e0 la base du \u00ab Contrat racial \u00bb et qui conduit au r\u00e9sultat ironique et paradoxal que \u00ab l\u2019homme blanc sera en g\u00e9n\u00e9ral incapable de comprendre le monde qu\u2019il a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9 \u00bb. Ce concept d\u00e9crit bien la posture des officiels Fran\u00e7ais vis-\u00e0-vis de ce qui se passe en ce moment en Afrique.<\/p>\n<p><strong>S : Quel avenir pour les relations France-Afrique ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> La France est un petit pays de 67 millions d\u2019habitants alors que l\u2019Afrique est un continent de 1,3 milliard d\u2019habitants qui abritera 40% de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019horizon 2100. La tendance est que les relations se r\u00e9\u00e9quilibrent et se normalisent : l\u2019Afrique va prendre du poids alors que la France va perdre en influence. L\u2019avenir des relations France-Afrique ne sera pas a priori diff\u00e9rent des relations Suisse-Afrique ou Espagne-Afrique.<\/p>\n<p>Le partage d\u2019une langue et d\u2019une culture communes, notamment avec l\u2019Afrique francophone, pourrait \u00eatre un atout pour la France, mais ce capital est en train d\u2019\u00eatre dilapid\u00e9 par son intransigeance n\u00e9ocoloniale. Les relations entre la France et l\u2019Afrique seront au beau fixe quand la France se rendra compte que le monde a chang\u00e9 depuis le XIXe si\u00e8cle, qu\u2019elle ne peut plus compter sur ses ex-colonies pour jouer les grands r\u00f4les sur la sc\u00e8ne internationale et qu\u2019elle doit accepter d\u2019\u00eatre un petit pays normal et respectueux de leur souverainet\u00e9.<\/p>\n<p><strong>S : Th\u00e9oriquement, la zone de libre-\u00e9change continental africaine (ZLECAf) est entr\u00e9e en vigueur depuis le 1er janvier 2021. Une ann\u00e9e apr\u00e8s son entr\u00e9e en vigueur, quel bilan peut-on en faire ? A quelles conditions ce vaste march\u00e9 africain pourrait \u00eatre une r\u00e9ussite, une solution au d\u00e9veloppement du continent ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> La ZLECAf est une initiative phare de l\u2019Union africaine qui vise \u00e0 int\u00e9grer le continent en supprimant les barri\u00e8res \u00e0 la libre circulation des biens, services, capitaux et personnes. Mon avis est que c\u2019est une initiative pr\u00e9matur\u00e9e. Le libre-\u00e9change n\u2019est pas la solution. Ce n\u2019est pas la comp\u00e9tition entre les pays africains qui sortira le continent de l\u2019orni\u00e8re, mais plut\u00f4t la solidarit\u00e9, la compl\u00e9mentarit\u00e9 et l\u2019\u00e9mulation.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9gration par les march\u00e9s va juste renforcer les in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement et celles entre groupes sociaux. Elle ne rendra pas les populations plus prosp\u00e8res. La lib\u00e9ralisation commerciale b\u00e9n\u00e9ficiera d\u2019abord aux capitaux \u00e9trangers qui contr\u00f4lent les secteurs cl\u00e9s dans la plupart des pays africains. D\u2019ailleurs, la premi\u00e8re recherche ayant simul\u00e9 les impacts \u00e9conomiques de la ZLECAf, et d\u2019o\u00f9 d\u00e9rive la projection que sa mise en \u0153uvre va doubler le volume du commerce intra-africain, a trouv\u00e9 que la moiti\u00e9 des pays seront perdants, notamment les pays importateurs nets de produits alimentaires.<\/p>\n<p>Une simulation r\u00e9cente de la Banque mondiale a abouti \u00e0 des effets mitig\u00e9s en ce qui concerne l\u2019industrialisation du continent. Or, toutes ces \u00e9tudes favorables au libre-\u00e9change et \u00e0 la ZLECAf partent d\u2019un ensemble d\u2019hypoth\u00e8ses d\u00e9lirantes : le continent est au plein emploi, donc ni ch\u00f4mage ni sous-emploi ; les d\u00e9s\u00e9quilibres commerciaux sont temporaires et se r\u00e9solvent automatiquement ; la perte de recettes douani\u00e8res ne va pas affecter les d\u00e9penses publiques et la croissance \u00e9conomique\u2026<\/p>\n<p>A mon avis, il faut concevoir l\u2019int\u00e9gration autrement. Les pays africains doivent se mettre ensemble pour atteindre leur souverainet\u00e9 alimentaire, \u00e9nerg\u00e9tique et dans d\u2019autres domaines (comme les produits pharmaceutiques). Au lieu de mettre leurs paysans en concurrence, ils devraient plut\u00f4t leur garantir des prix stables et r\u00e9mun\u00e9rateurs. Ils pourraient avoir une politique commune et concert\u00e9e de vente de leurs mati\u00e8res premi\u00e8res. Les programmes d\u2019industrialisation pourraient \u00eatre coordonn\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, voire continentale (ce que ne permet pas le libre-\u00e9change).<\/p>\n<p>De m\u00eame, les pays africains pourraient mettre en place des programmes de garantie d\u2019emploi, de sorte \u00e0 \u00e9radiquer le ch\u00f4mage et le sous-emploi. Ce n\u2019est pas le libre-\u00e9change qui permettra d\u2019atteindre ces diff\u00e9rents objectifs. D\u2019ailleurs, l\u2019id\u00e9e panafricaniste originelle est que l\u2019int\u00e9gration politique doit pr\u00e9c\u00e9der l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique. Il y a ainsi une diff\u00e9rence entre panafricanisme et afro-lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>La ZLECAf, projet soutenu financi\u00e8rement par l\u2019Union europ\u00e9enne, rel\u00e8ve de ce dernier cas. Ceci \u00e9tant dit, l\u2019une des r\u00e9alisations que je retiendrais de la ZLECAf est la mise en place d\u2019un syst\u00e8me de paiement et de r\u00e8glement permettant aux pays africains de commercer entre eux dans leurs devises nationales.<\/p>\n<p><strong>S : Selon vous, quels sont les grands d\u00e9fis pour l\u2019Afrique en 2022 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> N. S. S. :<\/strong> En Afrique, nous avons des d\u00e9fis structurels et pressants. Ils ne changent pas d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Nous sommes dans l\u2019obligation de cr\u00e9er une prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e et d\u2019\u0153uvrer \u00e0 mettre en place les conditions permettant \u00e0 chaque habitant de notre continent de vivre en s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 l\u2019abri de la peur, dans le respect de ses opinions et de la dignit\u00e9 qui lui est due. Dans le contexte actuel de COVID-19, nous avons plus que jamais besoin de faire preuve de solidarit\u00e9, d\u2019audace ainsi que de cr\u00e9ativit\u00e9 intellectuelle et sociale.<\/p>\n<p><strong>S : Vos v\u0153ux pour l\u2019Afrique en 2022\u2026 <\/strong><\/p>\n<p><strong>N. S. S. :<\/strong> Beaucoup de succ\u00e8s et de courage \u00e0 tous ceux et celles qui luttent au quotidien pour une Afrique meilleure, lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019ali\u00e9nation, de l\u2019oppression, de la domination et de l\u2019exploitation.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong> Interview r\u00e9alis\u00e9e par Mahamadi SEBOGO<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Windmad76@gmail.com<\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2022\/01\/06\/dr-ndongo-samba-sylla-analyste-senegalais-il-ny-a-pas-une-crise-de-la-democratie-en-afrique-mais-plutot-lechec-du-mimetisme-institutionnel-irreflechi\/\">Dr Ndongo Samba Sylla, analyste s\u00e9n\u00e9galais \u00ab Il n\u2019y a pas une crise de la d\u00e9mocratie en Afrique, mais plut\u00f4t l\u2019\u00e9chec du mim\u00e9tisme institutionnel irr\u00e9fl\u00e9chi \u00bb<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/\">Quotidien Sidwaya<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: JK. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2022\/01\/06\/dr-ndongo-samba-sylla-analyste-senegalais-il-ny-a-pas-une-crise-de-la-democratie-en-afrique-mais-plutot-lechec-du-mimetisme-institutionnel-irreflechi\/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=dr-ndongo-samba-sylla-analyste-senegalais-il-ny-a-pas-une-crise-de-la-democratie-en-afrique-mais-plutot-lechec-du-mimetisme-institutionnel-irreflechi\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Docteur en \u00e9conomie du d\u00e9veloppement, Ndongo Samba Sylla est un analyste s\u00e9n\u00e9galais tr\u00e8s averti des questions de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. Auteur, coauteur et coordonnateur de nombreux ouvrages dont \u00ab De Brazzaville \u00e0 Montpellier : regards critiques sur le n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais \u00bb, Dr Sylla est par ailleurs quatre fois champion du monde de scrabble francophone. Dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1816,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/daSamba-Sylla-300x243.gif","fifu_image_alt":"Dr Ndongo Samba Sylla, analyste s\u00e9n\u00e9galais \u00ab Il n\u2019y a pas une crise de la d\u00e9mocratie en Afrique, mais plut\u00f4t l\u2019\u00e9chec du mim\u00e9tisme institutionnel irr\u00e9fl\u00e9chi \u00bb","footnotes":""},"categories":[73,81],"tags":[],"class_list":["post-137884","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-burkina-faso"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137884","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1816"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=137884"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137884\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=137884"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=137884"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=137884"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}