{"id":140088,"date":"2022-02-02T16:41:53","date_gmt":"2022-02-02T21:41:53","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/melegue-traore-ancien-president-de-lassemblee-nationale-le-contact-doit-etre-permanent-entre-la-nouvelle-equipe-dirigeante-et-la-population\/"},"modified":"2022-02-02T16:41:53","modified_gmt":"2022-02-02T21:41:53","slug":"melegue-traore-ancien-president-de-lassemblee-nationale-le-contact-doit-etre-permanent-entre-la-nouvelle-equipe-dirigeante-et-la-population","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/melegue-traore-ancien-president-de-lassemblee-nationale-le-contact-doit-etre-permanent-entre-la-nouvelle-equipe-dirigeante-et-la-population\/","title":{"rendered":"M\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Traor\u00e9, ancien pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale : \u00ab Le contact doit \u00eatre permanent entre  la nouvelle \u00e9quipe dirigeante et la population \u00bb"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>Le pr\u00e9sident du Centre parlementaire panafricain (CPPA), M\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Traor\u00e9, ancien pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, a accord\u00e9 une interview au quotidien Sidwaya dans laquelle il donne sa lecture du coup d\u2019Etat survenu le 24 janvier 2022. Entre autres, l\u2019ancien ambassadeur du Burkina \u00e0 Moscou porte aussi un regard sur l\u2019adresse \u00e0 la nation du pr\u00e9sident du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) et la suspension du Burkina de la CEDEAO.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sidwaya (S) : Le pr\u00e9sident Roch Marc Christian Kabor\u00e9 a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 le lundi 24 janvier dernier par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). Etait-ce, selon vous, pr\u00e9visible au regard de la situation nationale d\u00e9l\u00e9t\u00e8re ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Traor\u00e9 (M. T.) :<\/strong> C\u2019est clair que depuis quelque temps, la situation n\u2019\u00e9tait pas id\u00e9ale. Tous les \u00e9v\u00e9nements sont pr\u00e9visibles d\u00e8s lors qu\u2019ils se produisent. C\u2019est ce qui arrive fr\u00e9quemment. Tout le monde d\u00e9clare \u00e0 pr\u00e9sent que le coup d\u2019Etat \u00e9tait pr\u00e9visible ou m\u00eame pr\u00e9vu. Evidemment, ce n\u2019est pas vrai. Ce qui \u00e9tait vrai, c\u2019est que beaucoup de personnes le souhaitaient.<\/p>\n<p>La d\u00e9cr\u00e9pitude politique au niveau de la gouvernance avait atteint un tel point qu\u2019on pouvait imaginer que cela se termine ainsi, m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas souhaitable. Les meilleurs analystes dans ce domaine, qui pr\u00e9voient les \u00e9v\u00e9nements ne le font que lorsqu\u2019ils se sont produits d\u00e9j\u00e0. Il y avait de quoi s\u2019inqui\u00e9ter, mais nul ne pouvait affirmer avec certitude qu\u2019il y aurait un coup d\u2019Etat.<\/p>\n<p>On m\u2019a souvent pos\u00e9 cette question et il est vrai que, quelque temps avant, j\u2019avais indiqu\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas normal qu\u2019on estime que Roch Kabor\u00e9 devait partir. Car, il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par tous. Il lui revenait de d\u00e9cider de d\u00e9missionner ou de continuer. Mais cela \u00e9tait dit sans compter avec le potentiel d\u2019un changement brutal toujours possible en Afrique.<\/p>\n<p>On n\u2019est plus dans la m\u00eame logique quand il y a coup d\u2019Etat. On change compl\u00e8tement de logique une fois que le coup d\u2019Etat se produit. Certains estimaient que Roch Kabor\u00e9 devait d\u00e9missionner, d\u2019autres disaient qu\u2019il n\u2019y avait pas de raison qu\u2019il d\u00e9missionne. La perspective est d\u00e9sormais compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, je reconnais que la situation \u00e9tait devenue de moins en moins tenable. Surtout qu\u2019on ne savait pas o\u00f9 le gouvernement voulait aller en ce qui concerne la crise s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p><strong>S : Le coup d\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 accueilli par une liesse de certains citoyens. Que faut-il comprendre \u00e0 travers ces manifestations de joie ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> M. T. :<\/strong> Les gens \u00e9taient fatigu\u00e9s et attendaient probablement trop du gouvernement. Ils l\u2019\u00e9taient d\u2019autant plus que nous sommes dans cette situation depuis pratiquement huit ans. Ni notre arm\u00e9e ni notre opinion n\u2019\u00e9taient pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 affronter cette crise s\u00e9curitaire. Quand il y a eu les premi\u00e8res attaques au Nord, personne ne s\u2019imaginait que la crise s\u2019installerait dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais il y a trois ans, j\u2019ai adress\u00e9 une note confidentielle au pr\u00e9sident Kabor\u00e9. Car, il ne recevait pas les dirigeants du CDP (NDLR : Congr\u00e8s pour la d\u00e9mocratie et le progr\u00e8s). M\u00eame moi qu\u2019il connait depuis septembre 1968. Depuis cette date, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 son chef de la troupe scoute du coll\u00e8ge de la Salle.<\/p>\n<p>Et ensuite on a chemin\u00e9 ensemble. Il a \u00e9t\u00e9 mon Premier ministre quand j\u2019\u00e9tais ministre des Enseignements. Et quand je suis devenu pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, il a \u00e9t\u00e9 mon premier vice-pr\u00e9sident pendant cinq ans. Et tout le temps que Roch Kabor\u00e9 est rest\u00e9 au pouvoir, il ne m\u2019a jamais re\u00e7u. J\u2019ai essay\u00e9, j\u2019ai tout fait, cela n\u2019a pas march\u00e9. Finalement, j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 de demander des audiences.<\/p>\n<p>Les seules fois qu\u2019il m\u2019a re\u00e7u, c\u2019\u00e9tait toujours au sein de groupes tels que les d\u00e9l\u00e9gations de la r\u00e9gion des Cascades ou de l\u2019association des ambassadeurs dont je suis vice-pr\u00e9sident. En dehors de cela, il ne m\u2019a jamais re\u00e7u. Ce que je faisais habituellement, c\u2019\u00e9tait de lui adresser des notes en les faisant passer par son aide de camp.<\/p>\n<p>Et je lui avais adress\u00e9 une note confidentielle qui date de trois ou quatre ans pour lui donner mon opinion sur la crise terroriste et les attaques dont le Burkina est l\u2019objet. J\u2019expliquais que j\u2019\u00e9tais \u00e0 Moscou comme ambassadeur quand Michael Gorbatchev avait envoy\u00e9 100 mille militaires en Afghanistan pour combattre les Talibans.<\/p>\n<p>Ils y sont rest\u00e9s dix ans sans pouvoir vaincre les terroristes alors que l\u2019Afghanistan est un petit pays de rien du tout. Les Russes ont d\u00fb retirer leurs soldats finalement sans vaincre les Talibans. Les Am\u00e9ricains sont venus \u00e0 leur tour et ont fait 20 ans sans pouvoir non plus vaincre les terroristes afghans. Ce genre de guerre, on sait quand \u00e7a commence, mais on ne sait pas quand \u00e7a finit. Par cons\u00e9quent, j\u2019indiquais au pr\u00e9sident du Faso un certain nombre de choses dans ma note.<\/p>\n<p>Les principales \u00e9taient que la menace allait s\u2019\u00e9tendre \u00e0 tout le territoire burkinab\u00e8. Depuis les premi\u00e8res attaques au Nord, je disais que cela n\u2019allait pas finir vite, pire elles allaient s\u2019\u00e9tendre. Il fallait vraiment trouver les moyens de se battre, examiner la situation froidement, prendre un certain nombre d\u2019initiatives. Surtout, je sugg\u00e9rais de cr\u00e9er un think-tank \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Tous les chefs d\u2019Etat en ont.<\/p>\n<p>Ce sont des structures dont on ne rend pas l\u2019existence publique. Les think-tank ont l\u2019avantage de n\u2019\u00eatre pas connus officiellement. Leurs membres font des missions officielles, mais le public n\u2019est pas au courant. Je pensais qu\u2019il fallait le faire. De plus, j\u2019indiquais qu\u2019il sera difficile de vaincre les terroristes sans la coop\u00e9ration de l\u2019Alg\u00e9rie parce que les Alg\u00e9riens ont beaucoup d\u2019exp\u00e9rience. Ils ont vaincu le terrorisme chez eux.<\/p>\n<p>Mais ils ont d\u00fb mettre quasiment dix ans. Je disais que la crise s\u2019installait dans la dur\u00e9e. Or, tout le monde pensait \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019on allait finir rapidement avec le terrorisme. Il ne m\u2019a jamais r\u00e9pondu. Je crois que le mal a \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part. A pr\u00e9sent, de toute fa\u00e7on, ce qui est arriv\u00e9 est arriv\u00e9, il n\u2019y a pas lieu de pleurnicher l\u00e0-dessus, ce n\u2019est pas mon genre. Ce qu\u2019on doit faire aujourd\u2019hui, c\u2019est d\u2019aider le nouveau gouvernement pour que le pays gagne cette guerre.<\/p>\n<p><strong>S : Quelle appr\u00e9ciation faites-vous de l\u2019adresse \u00e0 la nation du pr\u00e9sident du MPSR, le lieutenant-colonel, Paul- Henri Sandaogo Damiba ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M. T. :<\/strong> Ce qui m\u2019a frapp\u00e9, par rapport \u00e0 d\u2019autres proclamations que nous avons connues par le pass\u00e9, c\u2019est qu\u2019il y a d\u2019abord eu un temps de battement entre le moment o\u00f9 le coup d\u2019Etat est survenu et celui o\u00f9 le nouveau premier responsable de l\u2019Etat a pris la parole. D\u2019ailleurs, on a mis un certain temps pour savoir qui \u00e9tait le leader du groupe qui arrivait au pouvoir.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, c\u2019est le ton mod\u00e9r\u00e9. Il n\u2019y a pas eu d\u2019invectives. J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 parce que cela d\u00e9note un sens de l\u2019ouverture chez les jeunes militaires. Ils font preuve de mesure et on peut penser que ce ne serait pas surprenant de retrouver des membres du gouvernement Lassina Zerbo dans le prochain ex\u00e9cutif. Dans ce domaine, je suis plut\u00f4t optimiste parce que le ton a \u00e9t\u00e9 vraiment mesur\u00e9. En science politique, on classe les coups d\u2019Etat en plusieurs cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>Principalement, on cite les coups d\u2019Etat dans l\u2019ordre. Face au d\u00e9litement de l\u2019Etat, les militaires interviennent dans la gouvernance au sommet de l\u2019Etat. Il y a par ailleurs des coups d\u2019Etat corporatistes. Dans ce genre de situations, l\u2019arm\u00e9e consid\u00e8re que ses int\u00e9r\u00eats sont menac\u00e9s, et elle prend le pouvoir. Il y a d\u2019autres cat\u00e9gories. J\u2019ai fait ma th\u00e8se de doctorat de sciences politiques \u00e0 l\u2019Institut d\u2019\u00e9tudes politiques de Bordeaux avec comme sujet \u00ab La variable militaire dans la politique africaine de la Haute-Volta \u00bb.<\/p>\n<p>Cela dit, il faut faire attention pour qu\u2019il n\u2019y ait pas trop d\u2019attentes non satisfaites. On ne doit pas s\u2019imaginer qu\u2019une fois que le coup d\u2019Etat est intervenu, il n\u2019y a plus de probl\u00e8me. Ce n\u2019est pas le coup qui effacera la situation de guerre dans laquelle le Burkina se trouve. Au contraire, si les Burkinab\u00e8 ne voient pas rapidement des r\u00e9sultats sur le terrain, cela peut devenir difficile pour le nouveau pouvoir.<\/p>\n<p><strong>S : Dans quelle cat\u00e9gorie peut-on ranger le coup d\u2019Etat qui vient de survenir ? <\/strong><\/p>\n<p>Un coup d\u2019Etat comme celui-l\u00e0, est venu de la paralysie et du d\u00e9litement au niveau de l\u2019Etat. Le 3 janvier 1966 n\u2019\u00e9tait pas loin d\u2019une telle situation. Visiblement on tournait en rond. Cette fois-ci, on ne voyait pas o\u00f9 le pouvoir de Roch Kabor\u00e9 voulait en venir finalement. Je ne suis pas s\u00fbr que le gouvernement lui-m\u00eame savait o\u00f9 il voulait aller face \u00e0 la crise terroriste.<\/p>\n<p><strong>S : Dans son allocution, le pr\u00e9sident du MPSR a \u00e9voqu\u00e9 la mise en place d\u2019une feuille de route pour le redressement du pays en concertation avec toutes les forces vives de la nation. Quelle lecture faites-vous de cette proposition ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M. T. :<\/strong> Je ne pense m\u00eame pas qu\u2019il ait le choix, car le Burkina a beaucoup \u00e9volu\u00e9. Ici, on a \u00e0 faire \u00e0 un coup d\u2019Etat qui essaie de r\u00e9tablir l\u2019ordre, en exer\u00e7ant un vrai leadership. Mais je pense qu\u2019il faut attendre pour voir. L\u2019id\u00e9e m\u00eame de faire la concertation avant de prendre les principales options est un changement dans l\u2019ordre des coups d\u2019Etat au Burkina Faso. Souvenez-vous du CNR (NDLR : Conseil national de la R\u00e9volution) o\u00f9 quasiment tout avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par les militaires sans concertation avec ce qu\u2019on appelle maintenant les forces vives de la nation.<\/p>\n<p>Le nouveau r\u00e9gime aura besoin d\u2019une base sociale et politique solide et la plus large possible. C\u2019est plut\u00f4t nouveau dans l\u2019histoire de la vie politique du Burkina. Il y a de la concertation et c\u2019est bien ainsi. Ces bases sociales ne peuvent \u00eatre fournies que par les syndicats, les associations, la soci\u00e9t\u00e9 civile et autres. Vous aurez remarqu\u00e9 que contrairement \u00e0 ce qu\u2019on a connu pendant longtemps, les militaires n\u2019ont pas dit qu\u2019ils suspendent les partis ou qu\u2019ils interdisent leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le 3 janvier 1966, pendant un an, Sangoul\u00e9 Lamizana avait pouss\u00e9 les partis politiques \u00e0 se concerter notamment en septembre et en novembre. Ils n\u2019ont pas pu s\u2019entendre, et c\u2019est \u00e0 la suite de cet \u00e9chec que l\u2019arm\u00e9e a cherch\u00e9 des appuis et une base sociale et va l\u2019obtenir, parce que beaucoup de Burkinab\u00e8 attendaient un changement dans la conduite de l\u2019Etat face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>S : Quels devraient \u00eatre les principaux d\u00e9fis que doivent relever les militaires dans notre contexte actuel ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M. T. :<\/strong> Dans le contexte actuel, il faut, \u00e0 mon avis, essayer de faire en sorte que la nouvelle direction du pays soit la plus consensuelle possible et que le pr\u00e9sident Damiba exerce un vrai leadership. C\u2019est-\u00e0-dire impliquer le plus d\u2019acteurs possibles. C\u2019est dans ce cadre qu\u2019il faudrait un gouvernement d\u2019union nationale et de salut public comme je le pr\u00e9conisais dans plusieurs interviews ces derni\u00e8res semaines.<\/p>\n<p>L\u2019une des erreurs qui ont \u00e9t\u00e9 commises par Roch Kabor\u00e9 pendant tout ce temps, c\u2019est d\u2019avoir syst\u00e9matiquement refus\u00e9 l\u2019option d\u2019un gouvernement d\u2019union nationale, en ne se fondant que sur le soutien du MPP et ses alli\u00e9s. Un tel gouvernement devrait impliquer toutes les grandes tendances politiques et sociales du pays. Je ne sais pas si on peut vraiment contourner cette exigence.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi dont je parlais est certes, institutionnel mais le plus gros, c\u2019est d\u2019inverser en faveur de l\u2019arm\u00e9e la situation s\u00e9curitaire. Et si les militaires n\u2019obtiennent pas rapidement des r\u00e9sultats, l\u2019opinion peut se retourner. Or il y a l\u00e0 un gros point d\u2019interrogation. Comment retourner la situation militaire en notre faveur ? On sait bien que des r\u00e9sultats sur ce plan sont rarement imm\u00e9diats.<\/p>\n<p>Supposons que demain il y ait des tueries d\u2019ampleur quelque part sur le territoire, la situation dans ce cas sera d\u00e9licate pour le gouvernement. Or, il a besoin d\u2019un certain temps. Il faut recruter massivement dans l\u2019arm\u00e9e, la gendarmerie et la police parce que les quelques milliers de militaires que nous avons ne sont pas suffisants pour d\u00e9fendre le territoire. Il faudrait certainement voir de ce c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Certes, le coup d\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 soutenu par l\u2019opinion mais elle peut se retourner rapidement. Donc, on ne peut pas s\u2019en sortir s\u2019il n\u2019y a pas des r\u00e9sultats significatifs et imm\u00e9diats sur le terrain. Or, personne ne sait objectivement ce qui va se passer. On ne conna\u00eet pas les actions que le nouveau r\u00e9gime va lancer contre les terroristes.<\/p>\n<p>Le peuple est dans l\u2019attente. \u00c7a peut \u00eatre difficile. Vous voyez par exemple, dans les Cascades, nous sommes dans une r\u00e9gion qui a \u00e9t\u00e9 relativement pr\u00e9serv\u00e9e pendant longtemps. Mais le simple fait que les terroristes soient descendus jusqu\u2019\u00e0 Mangodara a effray\u00e9 tout le monde au point que beaucoup \u00e9vitent d\u2019aller au march\u00e9. Nous pensions \u00eatre \u00e9pargn\u00e9s ; on a bien eu tort.<\/p>\n<p>Nous sommes \u00e0 pr\u00e8s de 1000 km du Nord du Burkina. Certaines zones du Poni, de la Como\u00e9 et de la L\u00e9raba sont encore \u00e9pargn\u00e9es, mais cela va durer combien de temps ? Pour toutes ces raisons, les gens attendent des r\u00e9sultats imm\u00e9diats. Le nouveau gouvernement devra prendre des mesures rapides. Parce qu\u2019il y a eu beaucoup de coups d\u2019Etat dans le pass\u00e9, mais il n\u2019y a jamais eu de situation aussi d\u00e9licate que celle-ci.<\/p>\n<p>Il faut accepter de modifier la loi de finances de mani\u00e8re \u00e0 ce que la priorit\u00e9 soit donn\u00e9e \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. Autrement si l\u2019on a encore quelques massacres, la situation sera difficile pour le gouvernement. C\u2019est pour cette raison qu\u2019il faut que le pr\u00e9sident Damiba fasse preuve d\u2019intelligence des faits et des situations.<\/p>\n<p><strong>S : Qu\u2019est-ce qui doit \u00eatre entrepris pour r\u00e9ussir la future Transition qui sera mise en place ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M. T. :<\/strong> A mon avis, il ne faut pas qu\u2019il y ait une rupture entre le r\u00e9gime politique et la soci\u00e9t\u00e9 comme dans le pass\u00e9. Et il faut arriver \u00e0 impliquer la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 fond, de m\u00eame que les travailleurs, et l\u2019intelligentsia, de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019on sente qu\u2019il y a eu un changement, et que la lutte pour l\u2019Etat est l\u2019affaire de tout le monde. Malgr\u00e9 la rupture dans notre cursus, il y a quelques minist\u00e8res dont on pourrait ainsi maintenir les titulaires. Je verrais bien le maintien de Rosine Sory aux Affaires \u00e9trang\u00e8res et du ministre de l\u2019Economie et des Finances.<\/p>\n<p>Ce sont des minist\u00e8res cl\u00e9s et les titulaires, solides. Ils sont incontestablement \u00e0 leur place. On peut penser aussi \u00e0 deux ou trois autres minist\u00e8res. Le chef de l\u2019Etat ferait montre d\u2019originalit\u00e9. Il n\u2019\u00e9tait pas indispensable de suspendre la Constitution. Dans cette situation, il faudrait de toute fa\u00e7on un organe parlementaire, ou au moins para parlementaire comme ce qu\u2019on a fait en 2015. Il n\u2019est pas trop tard pour le faire. On pourrait m\u00eame penser \u00e0 un organe l\u00e9gislatif pl\u00e9nier, comp\u00e9tent pour voter des lois.<\/p>\n<p>Si on ne peut pas faire cela, il faut retenir l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019on a eue en 1966 apr\u00e8s le 3 janvier. C\u2019est-\u00e0-dire une esp\u00e8ce d\u2019organe qui a des pouvoirs purement consultatifs. Mais il faut bien se dire que m\u00eame la loi de finances \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e9tait soumise au Conseil consultatif. Les d\u00e9cisions d\u2019ordre juridique \u00e9taient l\u2019apanage du gouvernement.<\/p>\n<p>Si on veut que la Transition r\u00e9ussisse, le contact doit \u00eatre permanent entre l\u2019\u00e9quipe dirigeante et la population. C\u2019est comme cela que je vois les choses. Dans pareille situation, tout le monde attend de voir les r\u00e9sultats. Or, au vu de la situation dans laquelle nous nous trouvons, les r\u00e9sultats ne seront peut-\u00eatre pas imm\u00e9diats. Cela peut prendre un certain temps, et c\u2019est pourquoi la question est pos\u00e9e quant \u00e0 savoir combien de temps la Transition durera.<\/p>\n<p>Surtout que la pression internationale sera forte. Pour un pays d\u00e9pendant comme le n\u00f4tre, beaucoup de choses d\u00e9pendront de la CEDEAO. Aussi, dans de situations pareilles, l\u2019ONU ne regarde que ce que la CEDEAO d\u00e9cide ou propose, les partenaires ext\u00e9rieurs bilat\u00e9raux aussi.<\/p>\n<p><strong> S : La CEDEAO a suspendu le Burkina Faso de ses instances vendredi dernier. Quels pourraient \u00eatre les effets de cette suspension ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.T. :<\/strong> Dans l\u2019histoire des coups d\u2019Etat en Afrique, tant que la Transition ne dure pas ind\u00fbment, elle n\u2019a pas beaucoup de cons\u00e9quences. Mais si elle devait s\u2019installer dans la dur\u00e9e, cela ne sera pas bon pour le Burkina. Autrement, une suspension qui dure un \u00e0 deux ans \u00e0 mon avis, c\u2019est g\u00e9rable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0, cela am\u00e8nera des complications. Nous sommes tellement d\u00e9pendants, que d\u00e8s que l\u2019environnement devient hostile, c\u2019est difficile \u00e0 vivre. On ne peut pas se passer de la CEDEAO. Il ne faut pas \u00e9couter ceux qui racontent des histoires.<\/p>\n<p>Si le Mali est entr\u00e9 en conflit avec la CEDEAO, c\u2019est \u00e0 cause de la dur\u00e9e du r\u00e9gime d\u2019exception. Il ne serait pas bon d\u2019en arriver l\u00e0 chez nous. J\u2019imagine que les nouveaux dirigeants ont quelques id\u00e9es l\u00e0-dessus. Un pays tr\u00e8s vuln\u00e9rable comme le Burkina, n\u2019a pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 se mettre \u00e0 dos notre environnement imm\u00e9diat et plus lointain. On ne doit pas suivre les diff\u00e9rents groupuscules va-t-en guerre qui s\u2019\u00e9panchent dans les journaux et les conf\u00e9rences de presse.<\/p>\n<p>Cela montre qu\u2019il y a la libert\u00e9 d\u2019expression, mais ce n\u2019est pas la libert\u00e9 d\u2019expression qui fait vivre les Burkinab\u00e8. En tout cas, je suis optimiste parce que le ton employ\u00e9 par les nouveaux dirigeants du pays est mod\u00e9r\u00e9 et c\u2019est une excellente chose.<\/p>\n<p><strong>S : La CEDEAO est l\u2019objet de vives critiques. D\u2019aucuns disent qu\u2019elle sert plut\u00f4t les int\u00e9r\u00eats des chefs d\u2019Etat au d\u00e9triment de ceux des peuples. Peut-elle \u00eatre cr\u00e9dible dans cette posture ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M. T. :<\/strong> Tout d\u00e9pend de comment on pose la question. Elle est mal pos\u00e9e, pourquoi ? La CEDEAO est dans son r\u00f4le et elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour cela. Ce n\u2019est m\u00eame pas une question des chefs d\u2019Etat. Si on s\u2019en tient aux textes actuels de l\u2019organisation, elle ne peut pas faire moins que ce qu\u2019elle est en train de faire. L\u2019exemple malien n\u2019est pas le bon. D\u00e8s le d\u00e9part, le choix de la confrontation avec la CEDEAO ne pouvait pas produire d\u2019autres r\u00e9sultats que ce qui est advenu. Nous devons en tirer les le\u00e7ons.<\/p>\n<p>Une transition qui dure autant qu\u2019un mandat pr\u00e9sidentiel est difficilement acceptable pour la CEDEAO. C\u2019est pour cette raison que j\u2019esp\u00e8re que nos dirigeants auront l\u2019habilit\u00e9 de discuter avec la CEDEAO, et ne pas tomber dans le pi\u00e8ge de la confrontation. Nous n\u2019en avons pas les moyens. Et les textes de la CEDEAO sont faits de telle sorte qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9viter certaines contradictions.<\/p>\n<p>Ils ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us de telle sorte que sur les questions de fond, la CEDEAO n\u2019a aucun moyen d\u2019intervenir dans les affaires int\u00e9rieures des Etats. Comme tous les Etats tiennent qu\u2019on ne s\u2019ing\u00e8re pas dans leurs affaires int\u00e9rieures, on ne peut dire cela, et en m\u00eame temps exiger de la CEDEAO d\u2019intervenir dans les processus constitutionnels.<\/p>\n<p>En l\u2019\u00e9tat actuel des textes de l\u2019organisation, celle-ci ne peut faire plus que ce qu\u2019elle fait sur ce terrain. Mais on peut imaginer qu\u2019elle m\u00e8ne une r\u00e9flexion pour modifier compl\u00e8tement ses modes d\u2019intervention. Mais alors, il faudrait que les Etats soient pr\u00eats \u00e0 renoncer \u00e0 une part de leur souverainet\u00e9. On ne peut pas affirmer que les Etats sont souverains de mani\u00e8re absolue et demander en m\u00eame temps \u00e0 la CEDEAO de s\u2019ing\u00e9rer dans leur fonctionnement. Ou alors il faut modifier la nature de cet organisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Propos recueillis par Karim BADOLO <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2022\/02\/02\/melegue-traore-ancien-president-de-lassemblee-nationale-le-contact-doit-etre-permanent-entre-la-nouvelle-equipe-dirigeante-et-la-population\/\">M\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Traor\u00e9, ancien pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale : \u00ab Le contact doit \u00eatre permanent entre  la nouvelle \u00e9quipe dirigeante et la population \u00bb<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/\">Quotidien Sidwaya<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: JK. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2022\/02\/02\/melegue-traore-ancien-president-de-lassemblee-nationale-le-contact-doit-etre-permanent-entre-la-nouvelle-equipe-dirigeante-et-la-population\/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=melegue-traore-ancien-president-de-lassemblee-nationale-le-contact-doit-etre-permanent-entre-la-nouvelle-equipe-dirigeante-et-la-population\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sident du Centre parlementaire panafricain (CPPA), M\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Traor\u00e9, ancien pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, a accord\u00e9 une interview au quotidien Sidwaya dans laquelle il donne sa lecture du coup d\u2019Etat survenu le 24 janvier 2022. Entre autres, l\u2019ancien ambassadeur du Burkina \u00e0 Moscou porte aussi un regard sur l\u2019adresse \u00e0 la nation du pr\u00e9sident du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1816,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,81],"tags":[],"class_list":["post-140088","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-burkina-faso"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140088","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1816"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=140088"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/140088\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=140088"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=140088"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=140088"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}