{"id":14202,"date":"2019-02-14T05:00:00","date_gmt":"2019-02-14T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lepreuve-de-verite\/"},"modified":"2019-02-14T05:00:00","modified_gmt":"2019-02-14T10:00:00","slug":"lepreuve-de-verite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lepreuve-de-verite\/","title":{"rendered":"\u201cL\u2019\u00e9preuve de v\u00e9rit\u00e9\u201d"},"content":{"rendered":"<div id=\"originalText\" readability=\"280\">\n<p><strong>Le pays est d\u00e9sert\u00e9 par la conviction et le d\u00e9vouement. L\u2019engagement n\u2019est consenti que s\u2019il est suivi par un retour sur investissement rapide et v\u00e9nal. L\u2019Histoire longue est abolie.<\/strong><\/p>\n<p>Cette contribution n\u2019a d\u2019autre objectif que de livrer une analyse aussi claire que possible de la situation alg\u00e9rienne avec, h\u00e9las, ses avatars pr\u00e9sents et ses sombres pr\u00e9sages. L\u2019auteur de ces lignes n\u2019est ni candidat \u00e0 quelque poste que ce soit ni partie prenante de l\u2019une ou l\u2019autre des mises en sc\u00e8ne qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines. Il est d\u00e9sormais superflu de rappeler un constat admis par tous : l\u2019Alg\u00e9rie a manqu\u00e9 son d\u00e9part d\u2019apr\u00e8s-guerre. Afin de justifier une candidature fantasque et humiliante, pour lui-m\u00eame et la nation, le pr\u00e9sident \u00e0 vie n\u2019a rien trouv\u00e9 de mieux que de proclamer son ralliement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de proc\u00e9der aux r\u00e9formes de fond pr\u00e9conis\u00e9es par l\u2019opposition d\u00e9mocratique qu\u2019il a combattues pendant vingt ans d\u2019un r\u00e8gne que paieront, dans le meilleur des cas, deux, sinon trois g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Le d\u00e9ni<br \/>Ce qui peut donc faire d\u00e9bat et m\u00e9riter r\u00e9flexion pour envisager des alternatives, du reste de plus en plus hypoth\u00e9tiques, \u00e0 notre drame, ce sont les raisons objectives et subjectives qui ont fait d\u2019un pays de cocagne une r\u00e9plique africaine du Venezuela dont un chef d\u2019\u00c9tat, ivre de son pouvoir et ignorant la d\u00e9tresse de son peuple, a fini par provoquer la mise sous tutelle de son pays. Encore qu\u2019\u00e0 Caracas des millions de personnes d\u00e9filent dans les rues depuis des mois pour signifier leur refus de la soumission pendant qu\u2019Alger bruisse de rumeurs nourrissant les fantasmes du retour de l\u2019imam el mahdi.<br \/>Dans ses rep\u00e8res symboliques, ses fondements institutionnels et sa geste politique, avec leur cort\u00e8ge de r\u00e9gression culturelle, de d\u00e9labrement social et de marasme \u00e9conomique, l\u2019Alg\u00e9rie que nous avons connue a v\u00e9cu. Et devant ce probl\u00e8me existentiel, la plupart des acteurs politiques se r\u00e9fugient dans le d\u00e9ni. Il est, en effet, assez rare d\u2019entendre dire que le naufrage qui arrive est la cons\u00e9quence m\u00e9canique et pr\u00e9visible d\u2019un syst\u00e8me oligarchique qui a confisqu\u00e9, avant de les \u00e9puiser, les ressources morales, humaines et physiques du pays.<br \/>Les propositions les plus audacieuses ass\u00e8nent que le rejet d\u2019un cinqui\u00e8me mandat, par ailleurs loufoque, suffirait \u00e0 redonner cr\u00e9dibilit\u00e9, stabilit\u00e9 et performance \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Chaque clan assure que la machine qui a d\u00e9tourn\u00e9 le fleuve de l\u2019esp\u00e9rance en 1962, broyant un destin promis \u00e0 toutes les ambitions, serait un outil de progr\u00e8s et une source de bonheur si les manettes lui en \u00e9taient confi\u00e9es. On touche l\u00e0 au fond de la probl\u00e9matique nationale.\u00a0 L\u2019impasse alg\u00e9rienne n\u2019est pas seulement angoissante par sa profondeur, sa complexit\u00e9 et ses implications, elle est ali\u00e9nante par le fait que la domestication culturelle et politique des \u00e9lites interdit la r\u00e9flexion en dehors du p\u00e9rim\u00e8tre conceptuel dessin\u00e9 par des rapports de force historiquement r\u00e9gis par la violence et l\u2019opacit\u00e9. Et depuis 1988 que le pluralisme est tol\u00e9r\u00e9, une rengaine, confondant les causes et les effets, livre un verdict sans appel : l\u2019Alg\u00e9rie ne souffrirait pas d\u2019une conception politique qui, \u00e9touffant la vie publique, m\u00e8ne invariablement au d\u00e9sastre mais de la gestion mal\u00e9fique d\u2019un dirigeant, d\u00e9nonc\u00e9 a posteriori, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 sa fin annonc\u00e9e ou apr\u00e8s sa chute. Au lieu d\u2019explorer les issues, de plus en plus \u00e9troites, qui pourraient encore s\u2019ouvrir devant les bonnes volont\u00e9s, les diff\u00e9rents intervenants pr\u00e9tendent qu\u2019en usant des m\u00eames proc\u00e9dures et en agissant dans les m\u00eames instances, ils pourraient contenir sinon bloquer une tectonique des plaques dont le mouvement \u00e9loigne inexorablement le citoyen du dirigeant. L\u2019affaire est pourtant s\u00e9rieuse car l\u2019amplitude de la faille est d\u00e9sormais telle qu\u2019elle menace l\u2019ensemble du sous-continent nord-africain. Et \u00e0 voir les maigres annonces faites ici et l\u00e0 par les postulants \u00e0 la magistrature supr\u00eame, force est de relever que la gravit\u00e9 du diagnostic de la lourde pathologie alg\u00e9rienne n\u2019est ni vraiment per\u00e7ue ni a fortiori assum\u00e9e. Le pays est d\u00e9sert\u00e9 par la conviction et le d\u00e9vouement. L\u2019engagement n\u2019est consenti que s\u2019il est suivi par un retour sur investissement rapide et v\u00e9nal.<br \/>L\u2019Histoire longue est abolie. Tout se passe comme si, t\u00e9tanis\u00e9 et fascin\u00e9 par son bourreau, le client politique, redoutant la responsabilit\u00e9 de la vie libre pr\u00e9f\u00e8re la s\u00e9curit\u00e9 de son incarc\u00e9ration. Le positionnement politique est dict\u00e9 par l\u2019instinct de survie et l\u2019esprit est brid\u00e9 par l\u2019instant sur lequel nul n\u2019a la moindre prise. Chacun cherche le parrain qui pr\u00e9serverait ses int\u00e9r\u00eats et, si possible, assouvirait ses haines. Se sauver du pr\u00e9sent quitte \u00e0 hypoth\u00e9quer l\u2019avenir de ses propres enfants. Voir l\u2019\u00e9cume et ignorer la houle. Nous en sommes l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Spasmes et calculs<\/strong><br \/>Il y a seulement quinze jours, l\u2019Alg\u00e9rie vivait une situation de l\u00e9vitation constitutionnelle. Un chef d\u2019\u00c9tat inaudible et invisible, un conseil de la nation sans pr\u00e9sident, une Assembl\u00e9e nationale cornaqu\u00e9e par un putschiste, une pr\u00e9sidence du Conseil constitutionnel vacante et\u2026un chef d\u2019\u00e9tat-major qui jurait ne pas vouloir faire de politique constituaient l\u2019invraisemblable virtualit\u00e9 politico-administrative du pays. Pour faire bonne mesure, un homme, parachut\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019agglom\u00e9rat qui se pr\u00e9sente comme la colonne vert\u00e9brale de l\u2019alliance pr\u00e9sidentielle d\u00e9cide seul de dissoudre toutes les structures du parti.<br \/>Dans cet \u00c9tat sans \u00e2me ni visage, quatre gredins, dont les bases militantes effectives ne recouvriraient m\u00eame pas leur propre famille, sont affect\u00e9s aux t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, le temps de permettre aux mentors de pr\u00e9parer le d\u00e9cor, colmater leurs diff\u00e9rends et, autant que faire se peut, lustrer le poster-candidat. Deux partis de l\u2019opposition, le RCD et le FFS &#8211; est-ce vraiment un hasard ? &#8211; ont oppos\u00e9, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, un rejet cat\u00e9gorique \u00e0 un challenge \u00e9lectoral qu\u2019ils disent n\u2019\u00eatre, dans les faits, que la reconduction d\u2019un potentat. Au-del\u00e0, la classe politique est anim\u00e9e par des b\u00e9gaiements mim\u00e9tiques o\u00f9 les tergiversations f\u00e9briles sp\u00e9culent sur un renversement clanique de derni\u00e8re minute qui autoriserait un reclassement dans un moule inamovible. Exception qui confirme la r\u00e8gle : le parti islamiste MSP.<br \/>Adepte r\u00e9solu et assum\u00e9 du mouvement des Fr\u00e8res musulmans, il se place, comme tous ses cong\u00e9n\u00e8res et par principe, au sein de syst\u00e8mes dont ils connaissent parfaitement la faille originelle : l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9. Tactiquement, le fr\u00e8re musulman peut camper conjoncturellement une posture d\u2019opposant mais sa strat\u00e9gie reste intangible : l\u2019entrisme est une approche que rien ne viendra jamais d\u00e9mentir. La d\u00e9marche a sa logique et sa m\u00e9thode. La logique postule que t\u00f4t ou tard la comp\u00e9tition autour du monopole de la religion tourne en faveur de celui qui s\u2019en pr\u00e9vaut officiellement. La pol\u00e9mique sur la pri\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole o\u00f9 le MSP et ses ouailles demandent l\u2019application d\u2019une Constitution qui stipule en son article 2 que l\u2019Islam est religion de l\u2019\u00c9tat vient rappeler les limites des ruses de contorsionnistes quand on pi\u00e8ge les valeurs et principes qui structurent les nations. Concr\u00e8tement, la m\u00e9thode consiste \u00e0 occuper le moindre espace disponible pour avancer ses pions en attendant que le fruit tombe. Pour le reste des pr\u00e9tendants, c\u2019est le brouillard o\u00f9 l\u2019improvisation le dispute \u00e0 la pr\u00e9cipitation.<br \/>Paradoxalement, ce sont les dizaines de candidats folkloriques, trop vite brocard\u00e9s, qui illustrent le mieux ce moment historique singulier. Leur grouillante pr\u00e9sence dans cette cabale est, au fond, l\u2019expression la plus fid\u00e8le de la d\u00e9composition du maelstr\u00f6m politique alg\u00e9rien. Pourquoi diable la candidature d\u2019un prescripteur d\u2019amulettes (il y en a au moins deux) serait-elle moins cr\u00e9dible que celle d\u2019un poster ? Quant \u00e0 ceux qui se pr\u00e9sentent en assurant la jouer s\u00e9rieux, on est constern\u00e9 par l\u2019indigence des propositions qu\u2019ils mettent sur la table. Quelques bons sentiments, des caresses en appelant au nif national et une ou deux id\u00e9es aussit\u00f4t contredites par une confession contraire donnent la mesure de l\u2019impr\u00e9paration \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une fonction aussi \u00e9minente que celle d\u00e9volue \u00e0 une pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>La panne perp\u00e9tuelle<\/strong><br \/>Dans ce lot, un ancien officier sup\u00e9rieur, probablement estimable en tant que personne, assure d\u00e9tenir la solution aux temp\u00eates qui s\u2019accumulent au-dessus de nos t\u00eates. Comme il peine \u00e0 donner du contenu \u00e0 ses intentions ou avancer des m\u00e9thodes \u00e0 m\u00eame d\u2019esquisser une feuille de route lisible, des voix sp\u00e9culent sur des soutiens massifs et actifs dont il b\u00e9n\u00e9ficierait dans les rangs de l\u2019arm\u00e9e. Une fois de plus et faute d\u2019\u00eatre appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9terminer sur des offres politiques, le citoyen est invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer son libre arbitre aux myst\u00e8res des sectes qui lui garantiraient ses droits et sa libert\u00e9. La roulette russe continue. Outre que rien ne vient corroborer ces all\u00e9gations, il convient de redire, encore une fois, que les tractations occultes dans les officines militaires ne sont pas la solution mais la cause du malheur national.<br \/>Quand bien m\u00eame ces suppos\u00e9s soutiens seraient-ils r\u00e9els et v\u00e9rifiables, celui qui en b\u00e9n\u00e9ficierait en serait obligatoirement leur oblig\u00e9, ce qui, en Alg\u00e9rie, est la condition m\u00eame du statu quo. On objecte d\u00e9j\u00e0 qu\u2019une fois au pouvoir, l\u2019heureux adoub\u00e9 pourra toujours se lib\u00e9rer d\u2019attaches encombrantes et orienter le pays vers des pratiques plus saines et plus transparentes. Si l\u2019on s\u2019en tient aux exp\u00e9riences pass\u00e9es, le pari est pour le moins risqu\u00e9. Ni Ben Bella, ni Chadli, ni Zeroual n\u2019ont pu s\u2019\u00e9manciper des liaisons dangereuses qui les ont port\u00e9s au pouvoir. Bouteflika a surv\u00e9cu \u00e0 ses appuis parce qu\u2019en bon artisan du clan d\u2019Oujda, groupe militariste s\u2019il en est, il a assum\u00e9 et r\u00e9pondu \u00e0 toutes les demandes des g\u00e9n\u00e9raux quand il ne les a pas devanc\u00e9es.<br \/>Conc\u00e9der une allocation de 12 milliards de dollars au secteur militaire dans une conjoncture \u00e9conomique aussi atone que celle que vit l\u2019Alg\u00e9rie est la preuve que le pouvoir est toujours r\u00e9gi par une doxa militaire h\u00e9g\u00e9monique. D\u2019aucuns, habit\u00e9s par l\u2019illusion des miracles imm\u00e9rit\u00e9s, se prennent \u00e0 r\u00eaver d\u2019un Attaturk alg\u00e9rien. Ce n\u2019est faire injure \u00e0 personne que de souligner les \u00e9l\u00e9ments qui distinguent \u00e0 tous \u00e9gards l\u2019arm\u00e9e turque de celle de Boumedi\u00e8ne, con\u00e7ue et g\u00e9r\u00e9e de sorte qu\u2019aucune t\u00eate pensante ne d\u00e9passe. Avec Attaturk, l\u2019institution militaire a assum\u00e9 la s\u00e9quence consacrant la fin de l\u2019Empire ottoman. L\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne, pour ce qui la concerne, a pris le pouvoir en 1962 pour imposer l\u2019islamo-socialisme comme matrice doctrinale, mar\u00e9cage dans lequel ont prosp\u00e9r\u00e9 les malentendus les plus obscurs. On aura observ\u00e9 que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, tous ceux qui se sont exprim\u00e9s sont rest\u00e9s vagues et sommaires sur des questions demeur\u00e9es en suspens depuis l\u2019ind\u00e9pendance et qui appellent, pourtant, des r\u00e9ponses aussi urgentes que pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Dans des soci\u00e9t\u00e9s aussi paralys\u00e9es que la n\u00f4tre, la seule intervention de l\u2019arm\u00e9e qui vaille eut \u00e9t\u00e9 celle qui m\u00eet un terme \u00e0 ses propres turpitudes. On voit mal l\u2019av\u00e8nement d\u2019une r\u00e9volution des \u0153illets, qui a dissous le salazarisme au Portugal, advenir dans l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne. Alors on tourne en boucle.<\/p>\n<p><strong>Les fausses pistes<\/strong><br \/>Appelant \u00e0 l\u2019insurrection arm\u00e9e pour la lib\u00e9ration nationale, la Proclamation du premier novembre ne pouvait pas, et ne devait pas, \u00eatre autre chose qu\u2019un texte succinct, un passe-partout politique destin\u00e9 \u00e0 mobiliser dans l\u2019urgence le maximum d\u2019Alg\u00e9riens dans un moment historique o\u00f9 la question nationale \u00e9tait encore en gestation conflictuelle, y compris parmi les militants les plus radicaux. N\u2019engageant \u00e0 rien en terme programmatique et n\u2019impliquant aucune contrainte dans l\u2019exercice du pouvoir, sa finalit\u00e9 ou son contr\u00f4le, elle est invoqu\u00e9e par tous les pr\u00e9tendants qui ne veulent pas ou ne peuvent pas assumer des choix institutionnels, soci\u00e9taux ou g\u00e9opolitiques qui sont la s\u00e8ve de toutes les nations modernes. En apart\u00e9, les anciens militants les plus vertueux d\u00e9plorent cette confusion et les abus qu\u2019elle charrie mais ils sont rares \u00e0 exprimer publiquement leur d\u00e9senchantement et leur col\u00e8re. En la mati\u00e8re, chacun peut relever que la plateforme de la Soummam qui a transform\u00e9 une r\u00e9volte en r\u00e9volution est totalement \u00e9vacu\u00e9e du d\u00e9bat actuel. Ce document, qu\u2019il ne faut ni sacraliser ni diaboliser reste, pourtant, \u00e0 ce jour, le seul acte politique qui ait clairement formul\u00e9 avant l\u2019ind\u00e9pendance les fondamentaux d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 sur lequel se sont engag\u00e9s les Alg\u00e9riens. Ce sont les structures et les orientations du congr\u00e8s d\u2019ao\u00fbt 1956 qui ont encadr\u00e9 et port\u00e9 le combat alg\u00e9rien jusqu\u2019\u00e0 son ultime cons\u00e9cration. Il se trouve que ce compromis a \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat perp\u00e9tr\u00e9 au Caire en ao\u00fbt 1957. Et contrairement \u00e0 ce qui se dit ou se sugg\u00e8re ici et l\u00e0, les causes de ce putsch ne sauraient \u00eatre r\u00e9ductibles \u00e0 une question de temp\u00e9raments ou d\u2019ambitions irr\u00e9conciliables.<br \/>On sait aujourd\u2019hui que ces donn\u00e9es qui ont pu jouer \u00e0 la marge ont \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9es et manipul\u00e9es par des puissances \u00e9trang\u00e8res pour aspirer l\u2019Alg\u00e9rie dans l\u2019orbite de la pens\u00e9e unique et de la gestion de la force brutale, d\u00e9routant ainsi un mouvement qui avait su f\u00e9d\u00e9rer et int\u00e9grer en pleine guerre des sensibilit\u00e9s nuanc\u00e9es et m\u00eame franchement diff\u00e9rentes. S\u2019il faut veiller \u00e0 rester mesur\u00e9 et disponible \u00e0 l\u2019\u00e9coute en ces temps d\u2019\u00e9vanouissement avanc\u00e9 de la conscience nationale alg\u00e9rienne, il convient aussi de ne pas chercher \u00e0 entretenir des leurres alternatifs en cultivant des m\u0153urs politiques qui sont \u00e0 l\u2019origine de la cong\u00e9lation actuelle. Refuser, par ruse politique ou paresse intellectuelle, une mise \u00e0 plat g\u00e9n\u00e9rale des faits et \u00e9v\u00e8nements qui ont conduit \u00e0 notre d\u00e9ch\u00e9ance, les refouler par peur ou culpabilit\u00e9 est la meilleure mani\u00e8re de pr\u00e9cipiter une implosion nationale que tout annonce. Et les forces centrifuges sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre. C\u2019est dire si la censure et les diversions sont vaines. L\u2019\u00e9poque, la r\u00e9volution num\u00e9rique et la d\u00e9mystification de la guerre ont lib\u00e9r\u00e9 la parole. Les tabous peuvent emp\u00eacher le pays de se construire mais ils sont inop\u00e9rants dans la transmission des v\u00e9rit\u00e9s vers de jeunes m\u00e9moires r\u00e9tives \u00e0 l\u2019embrigadement. Cette \u00e9vidence n\u2019a pas imprim\u00e9 la pratique politique ambiante. Ce qui fait que par manque de courage ou incomp\u00e9tence, les bribes de programme \u00e9nonc\u00e9es ne sont que de mi\u00e8vres d\u00e9clinaisons des bouillies politiques de l\u2019arch\u00e9o FLN : vouloir s\u2019immerger encore plus dans un monde arabe d\u00e9liquescent, invoquer la dimension religieuse comme socle lib\u00e9rateur exclusif de la collectivit\u00e9, s\u2019empaler sur des revendications post-coloniales d\u00e9su\u00e8tes ou vanter les m\u00e9rites de la peine de mort alors que toutes les \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 la fatuit\u00e9 de son caract\u00e8re dissuasif est embl\u00e9matique d\u2019un discours vaporeux, qui a de tout temps irrigu\u00e9 le syst\u00e8me alg\u00e9rien. Ces id\u00e9es qui ont parasit\u00e9 une sc\u00e8ne nationale st\u00e9rilis\u00e9e par le dirigisme intellectuel sont maintenant toxiques en ce qu\u2019elles v\u00e9hiculent une charge irrationnelle qui pr\u00e9empte la raison et la libert\u00e9, seuls outils permettant d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 politique.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9renniser l\u2019audace<\/strong><br \/>En plus de la n\u00e9antisation de la question environnementale qui nous r\u00e9serve un r\u00e9veil aussi brutal que douloureux, l\u2019autre grand absent du d\u00e9bat est le dossier, pourtant vital, de la relance de la construction d\u00e9mocratique nord-africaine. Align\u00e9s sur un bellicisme n\u00e9gateur de r\u00e8gles \u00e9conomiques les plus \u00e9l\u00e9mentaires, conditionn\u00e9s par un terrorisme politique entretenu par des parrains couvant des int\u00e9r\u00eats maffieux, les postulants esquivent le principe m\u00eame d\u2019une mise \u00e0 l\u2019ordre du jour d\u2019un chantier qui conditionne l\u2019avenir d\u2019une r\u00e9gion dont nous sommes un des constituants majeurs auquel il revient, en premier, de d\u00e9nouer les ligatures mortif\u00e8res.<br \/>Dans ce climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, la r\u00e9gion qui fut jusque-l\u00e0 le meilleur laboratoire des initiatives et projections politiques innovantes du pays se voit assign\u00e9e une mission \u00e0 contre emploi. Figur\u00e9e par ses d\u00e9chets, la Kabylie a servi de condiment folklorique \u00e0 la tambouille politique du pouvoir et s\u2019expose, pr\u00e9sentement, comme le principe actif d\u2019une spoliation \u00e9hont\u00e9e de la ressource nationale, doubl\u00e9e d\u2019une mission de pollution d\u2019un combat d\u00e9mocratique qu\u2019elle a si souvent amorc\u00e9. Boumedi\u00e8ne a voulu museler la Kabylie, Bouteflika s\u2019est donn\u00e9 comme objectif de la pervertir. A voir la vitalit\u00e9 des caf\u00e9s litt\u00e9raires ou la vigueur des comit\u00e9s de villages, il est ais\u00e9 de d\u00e9duire que malgr\u00e9 la mobilisation de moyens colossaux, les deux options ont fait long feu.<br \/>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les migrations de la jeunesse, asservie par un syst\u00e8me \u00e9ducatif archa\u00efque, vers le Nord ou la permanence de ses contestations dans le grand Sud signent un \u00e9chec patent du mod\u00e8le FLN.<br \/>Enfin, la diaspora alg\u00e9rienne affiche encore une disponibilit\u00e9 que n\u2019ont pas d\u00e9courag\u00e9 les stigmatisations revanchardes et des retours au pays peu stimulants.<br \/>Par quelque angle que l\u2019on appr\u00e9hende la situation, force est de constater que les promesses r\u00e9formatrices lanc\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me se sont toutes av\u00e9r\u00e9es illusoires et qu\u2019en la circonstance, elles ne figurent m\u00eame pas dans l\u2019agenda du pouvoir. Jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, toutes les \u00e9nergies positives naissent, s\u2019organisent et s\u2019expriment dans des espaces autog\u00e9r\u00e9s.<br \/>On entend d\u00e9j\u00e0 les avocats des causes perdues pointer du doigt la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la pr\u00e9sente analyse.<br \/>Ce serait se m\u00e9prendre sur la vraie nature des probl\u00e9matiques qui p\u00e8sent sur notre destin, l\u2019intensit\u00e9 de leurs manifestations sous-terraines et les cons\u00e9quences de leurs projections finales.<br \/>Avec d\u2019autres patriotes, le r\u00e9dacteur de cette contribution a particip\u00e9 \u00e0 des actions et comp\u00e9titions inscrites dans les cadres institutionnels en faisant preuve de la patience, certains ont dit na\u00efvet\u00e9, qu\u2019appelaient les difficult\u00e9s qui pouvaient accompagner la construction d\u2019une jeune nation. Il a bien fallu constater que le syst\u00e8me alg\u00e9rien est inamendable. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment rappel\u00e9, \u00e0 juste titre, que l\u2019exigence et l\u2019obtention des proc\u00e8s-verbaux lors des d\u00e9pouillements n\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 l\u2019administration de transmettre d\u2019autres documents lors de la consolidation des r\u00e9sultats. On se souvient que l\u2019installation officielle et publique des commissions des r\u00e9formes de l\u2019\u00e9cole, de l\u2019\u00c9tat et de la justice, mises comme autant de conditions \u00e0 l\u2019int\u00e9gration au gouvernement, ne connurent aucune suite\u2026 Et la liste des engagements reni\u00e9s est longue.<br \/>Faut-il encore rappeler que la question du pluralisme politique, le dossier de l\u2019identit\u00e9 nationale, celui des droits de l\u2019homme, entre autres, ne sont endoss\u00e9s par le pouvoir, avec retard et malice, qu\u2019au prix de longues et douloureuses luttes ? Comme tout ce qui est consenti de mauvaise foi, le traitement est g\u00e9n\u00e9ralement artisanal, voire, en certaines occasions, plus dommageable que la r\u00e9pression. Il n\u2019emp\u00eache, gr\u00e2ce aux combats audacieux la nation \u00e9voque, vaille que vaille, ce qui touche \u00e0 son intimit\u00e9 politique et soci\u00e9tale. Ces avanc\u00e9es sont le fait d\u2019une militance autonome et offensive qu\u2019il faut savoir faire partager au plus grand nombre.<br \/>Dire aujourd\u2019hui que la r\u00e9surrection alg\u00e9rienne doit se concevoir en dehors des carcans officiels ne rel\u00e8ve ni du d\u00e9pit, ni de la surench\u00e8re, ni de la radicalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Face au destin<\/strong><br \/>La mise en perspective d\u2019un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 une sortie honorable consacrant sa fin de vie. Aucun des acquis qui viennent d\u2019\u00eatre rappel\u00e9s n\u2019a \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019une d\u00e9cision du r\u00e9gime. Il en sera de m\u00eame pour la recherche d\u2019une nouvelle configuration nationale \u00e0 laquelle appellent depuis des ann\u00e9es les opposants les plus raisonnables. Sauf que si on attend de voir le pouvoir s\u2019y r\u00e9soudre, ce sera trop tard car, cette fois, le sujet tient du one shot. On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l\u2019Histoire n\u2019offre pas beaucoup d\u2019exemples de nations ressuscit\u00e9es quand elles ont sombr\u00e9. Or, c\u2019est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux.<br \/>L\u2019in\u00e9vitable menace islamiste qu\u2019on ne manquera pas de brandir ne vaut que s\u2019il y a une volont\u00e9 du r\u00e9gime de l\u2019instrumentaliser pour justifier un maintien que son bilan condamne. Imposer un cahier des charges o\u00f9 les principes d\u00e9mocratiques seraient des postulats auxquels doit souscrire tout comp\u00e9titeur est une chose faisable et \u00e9prouv\u00e9e avec succ\u00e8s chez nos voisins.<br \/>Face \u00e0 l\u2019enjeu du destin national, l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du 18 avril est, au fond, un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne. Ceux qui, ignorant les enseignements du pass\u00e9, ont, malgr\u00e9 tout, voulu s\u2019y engager v\u00e9rifient quotidiennement, et \u00e0 leurs d\u00e9pens, la vanit\u00e9 de disputer dans son antre la victoire \u00e0 un spectre repr\u00e9sent\u00e9 par son image. Qu\u2019ils se retirent au dernier moment ou qu\u2019ils crient leur indignation le soir des r\u00e9sultats est, en v\u00e9rit\u00e9, anecdotique. L\u2019essentiel et l\u2019urgence sont ailleurs. Maintenant que nous nous sommes soumis \u00e0 des affronts que peu de peuples ont accept\u00e9 de supporter, maintenant que le fard par lequel nous avons maquill\u00e9 nos petitesses a fondu, maintenant que l\u2019orgueil m\u00e2tin\u00e9 de racisme que nous opposions \u00e0 nos fr\u00e8res subsahariens nous est interdit, nous sommes oblig\u00e9s de nous regarder tels que nous sommes avant d\u2019affronter le regard de nos enfants.<br \/>Nous n\u2019avons d\u2019autres choix que de nous repenser \u00e0 travers de nouvelles valeurs et par des m\u00e9canismes op\u00e9rationnels \u00e9trangers \u00e0 la grammaire politique du syst\u00e8me.<br \/>La bataille sera rude, ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle ne sera pas loyale si nous nous donnons les moyens de la pr\u00e9parer avec clart\u00e9 et m\u00e9thode. C\u2019est bien connu, il n\u2019y a de bataille perdue que celle qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e. \u00c0 ceux qui seraient impressionn\u00e9s par les menaces d\u2019apparatchiks vantant la capacit\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 contenir la rue, il faut rappeler cette v\u00e9rit\u00e9.<br \/>Les Alg\u00e9riens n\u2019ont pas gagn\u00e9 leur ind\u00e9pendance parce qu\u2019ils disposaient d\u2019une force sup\u00e9rieure \u00e0 celle de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Ils se sont lib\u00e9r\u00e9s le jour o\u00f9 ils ont compris qu\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 esp\u00e9rer de l\u2019ordre colonial.<br \/>Alger, le 13 f\u00e9vrier 2019<\/p>\n<p class=\"c10\"><strong>S. S.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"text_core\" readability=\"280\">\n<p><strong>Le pays est d\u00e9sert\u00e9 par la conviction et le d\u00e9vouement. L\u2019engagement n\u2019est consenti que s\u2019il est suivi par un retour sur investissement rapide et v\u00e9nal. L\u2019Histoire longue est abolie.<\/strong><\/p>\n<p>Cette contribution n\u2019a d\u2019autre objectif que de livrer une analyse aussi claire que possible de la situation alg\u00e9rienne avec, h\u00e9las, ses avatars pr\u00e9sents et ses sombres pr\u00e9sages. L\u2019auteur de ces lignes n\u2019est ni candidat \u00e0 quelque poste que ce soit ni partie prenante de l\u2019une ou l\u2019autre des mises en sc\u00e8ne qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines. Il est d\u00e9sormais superflu de rappeler un constat admis par tous : l\u2019Alg\u00e9rie a manqu\u00e9 son d\u00e9part d\u2019apr\u00e8s-guerre. Afin de justifier une candidature fantasque et humiliante, pour lui-m\u00eame et la nation, le pr\u00e9sident \u00e0 vie n\u2019a rien trouv\u00e9 de mieux que de proclamer son ralliement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de proc\u00e9der aux r\u00e9formes de fond pr\u00e9conis\u00e9es par l\u2019opposition d\u00e9mocratique qu\u2019il a combattues pendant vingt ans d\u2019un r\u00e8gne que paieront, dans le meilleur des cas, deux, sinon trois g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Le d\u00e9ni<br \/>Ce qui peut donc faire d\u00e9bat et m\u00e9riter r\u00e9flexion pour envisager des alternatives, du reste de plus en plus hypoth\u00e9tiques, \u00e0 notre drame, ce sont les raisons objectives et subjectives qui ont fait d\u2019un pays de cocagne une r\u00e9plique africaine du Venezuela dont un chef d\u2019\u00c9tat, ivre de son pouvoir et ignorant la d\u00e9tresse de son peuple, a fini par provoquer la mise sous tutelle de son pays. Encore qu\u2019\u00e0 Caracas des millions de personnes d\u00e9filent dans les rues depuis des mois pour signifier leur refus de la soumission pendant qu\u2019Alger bruisse de rumeurs nourrissant les fantasmes du retour de l\u2019imam el mahdi.<br \/>Dans ses rep\u00e8res symboliques, ses fondements institutionnels et sa geste politique, avec leur cort\u00e8ge de r\u00e9gression culturelle, de d\u00e9labrement social et de marasme \u00e9conomique, l\u2019Alg\u00e9rie que nous avons connue a v\u00e9cu. Et devant ce probl\u00e8me existentiel, la plupart des acteurs politiques se r\u00e9fugient dans le d\u00e9ni. Il est, en effet, assez rare d\u2019entendre dire que le naufrage qui arrive est la cons\u00e9quence m\u00e9canique et pr\u00e9visible d\u2019un syst\u00e8me oligarchique qui a confisqu\u00e9, avant de les \u00e9puiser, les ressources morales, humaines et physiques du pays.<br \/>Les propositions les plus audacieuses ass\u00e8nent que le rejet d\u2019un cinqui\u00e8me mandat, par ailleurs loufoque, suffirait \u00e0 redonner cr\u00e9dibilit\u00e9, stabilit\u00e9 et performance \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Chaque clan assure que la machine qui a d\u00e9tourn\u00e9 le fleuve de l\u2019esp\u00e9rance en 1962, broyant un destin promis \u00e0 toutes les ambitions, serait un outil de progr\u00e8s et une source de bonheur si les manettes lui en \u00e9taient confi\u00e9es. On touche l\u00e0 au fond de la probl\u00e9matique nationale.\u00a0 L\u2019impasse alg\u00e9rienne n\u2019est pas seulement angoissante par sa profondeur, sa complexit\u00e9 et ses implications, elle est ali\u00e9nante par le fait que la domestication culturelle et politique des \u00e9lites interdit la r\u00e9flexion en dehors du p\u00e9rim\u00e8tre conceptuel dessin\u00e9 par des rapports de force historiquement r\u00e9gis par la violence et l\u2019opacit\u00e9. Et depuis 1988 que le pluralisme est tol\u00e9r\u00e9, une rengaine, confondant les causes et les effets, livre un verdict sans appel : l\u2019Alg\u00e9rie ne souffrirait pas d\u2019une conception politique qui, \u00e9touffant la vie publique, m\u00e8ne invariablement au d\u00e9sastre mais de la gestion mal\u00e9fique d\u2019un dirigeant, d\u00e9nonc\u00e9 a posteriori, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 sa fin annonc\u00e9e ou apr\u00e8s sa chute. Au lieu d\u2019explorer les issues, de plus en plus \u00e9troites, qui pourraient encore s\u2019ouvrir devant les bonnes volont\u00e9s, les diff\u00e9rents intervenants pr\u00e9tendent qu\u2019en usant des m\u00eames proc\u00e9dures et en agissant dans les m\u00eames instances, ils pourraient contenir sinon bloquer une tectonique des plaques dont le mouvement \u00e9loigne inexorablement le citoyen du dirigeant. L\u2019affaire est pourtant s\u00e9rieuse car l\u2019amplitude de la faille est d\u00e9sormais telle qu\u2019elle menace l\u2019ensemble du sous-continent nord-africain. Et \u00e0 voir les maigres annonces faites ici et l\u00e0 par les postulants \u00e0 la magistrature supr\u00eame, force est de relever que la gravit\u00e9 du diagnostic de la lourde pathologie alg\u00e9rienne n\u2019est ni vraiment per\u00e7ue ni a fortiori assum\u00e9e. Le pays est d\u00e9sert\u00e9 par la conviction et le d\u00e9vouement. L\u2019engagement n\u2019est consenti que s\u2019il est suivi par un retour sur investissement rapide et v\u00e9nal.<br \/>L\u2019Histoire longue est abolie. Tout se passe comme si, t\u00e9tanis\u00e9 et fascin\u00e9 par son bourreau, le client politique, redoutant la responsabilit\u00e9 de la vie libre pr\u00e9f\u00e8re la s\u00e9curit\u00e9 de son incarc\u00e9ration. Le positionnement politique est dict\u00e9 par l\u2019instinct de survie et l\u2019esprit est brid\u00e9 par l\u2019instant sur lequel nul n\u2019a la moindre prise. Chacun cherche le parrain qui pr\u00e9serverait ses int\u00e9r\u00eats et, si possible, assouvirait ses haines. Se sauver du pr\u00e9sent quitte \u00e0 hypoth\u00e9quer l\u2019avenir de ses propres enfants. Voir l\u2019\u00e9cume et ignorer la houle. Nous en sommes l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>Spasmes et calculs<\/strong><br \/>Il y a seulement quinze jours, l\u2019Alg\u00e9rie vivait une situation de l\u00e9vitation constitutionnelle. Un chef d\u2019\u00c9tat inaudible et invisible, un conseil de la nation sans pr\u00e9sident, une Assembl\u00e9e nationale cornaqu\u00e9e par un putschiste, une pr\u00e9sidence du Conseil constitutionnel vacante et\u2026un chef d\u2019\u00e9tat-major qui jurait ne pas vouloir faire de politique constituaient l\u2019invraisemblable virtualit\u00e9 politico-administrative du pays. Pour faire bonne mesure, un homme, parachut\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019agglom\u00e9rat qui se pr\u00e9sente comme la colonne vert\u00e9brale de l\u2019alliance pr\u00e9sidentielle d\u00e9cide seul de dissoudre toutes les structures du parti.<br \/>Dans cet \u00c9tat sans \u00e2me ni visage, quatre gredins, dont les bases militantes effectives ne recouvriraient m\u00eame pas leur propre famille, sont affect\u00e9s aux t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, le temps de permettre aux mentors de pr\u00e9parer le d\u00e9cor, colmater leurs diff\u00e9rends et, autant que faire se peut, lustrer le poster-candidat. Deux partis de l\u2019opposition, le RCD et le FFS &#8211; est-ce vraiment un hasard ? &#8211; ont oppos\u00e9, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, un rejet cat\u00e9gorique \u00e0 un challenge \u00e9lectoral qu\u2019ils disent n\u2019\u00eatre, dans les faits, que la reconduction d\u2019un potentat. Au-del\u00e0, la classe politique est anim\u00e9e par des b\u00e9gaiements mim\u00e9tiques o\u00f9 les tergiversations f\u00e9briles sp\u00e9culent sur un renversement clanique de derni\u00e8re minute qui autoriserait un reclassement dans un moule inamovible. Exception qui confirme la r\u00e8gle : le parti islamiste MSP.<br \/>Adepte r\u00e9solu et assum\u00e9 du mouvement des Fr\u00e8res musulmans, il se place, comme tous ses cong\u00e9n\u00e8res et par principe, au sein de syst\u00e8mes dont ils connaissent parfaitement la faille originelle : l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9. Tactiquement, le fr\u00e8re musulman peut camper conjoncturellement une posture d\u2019opposant mais sa strat\u00e9gie reste intangible : l\u2019entrisme est une approche que rien ne viendra jamais d\u00e9mentir. La d\u00e9marche a sa logique et sa m\u00e9thode. La logique postule que t\u00f4t ou tard la comp\u00e9tition autour du monopole de la religion tourne en faveur de celui qui s\u2019en pr\u00e9vaut officiellement. La pol\u00e9mique sur la pri\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole o\u00f9 le MSP et ses ouailles demandent l\u2019application d\u2019une Constitution qui stipule en son article 2 que l\u2019Islam est religion de l\u2019\u00c9tat vient rappeler les limites des ruses de contorsionnistes quand on pi\u00e8ge les valeurs et principes qui structurent les nations. Concr\u00e8tement, la m\u00e9thode consiste \u00e0 occuper le moindre espace disponible pour avancer ses pions en attendant que le fruit tombe. Pour le reste des pr\u00e9tendants, c\u2019est le brouillard o\u00f9 l\u2019improvisation le dispute \u00e0 la pr\u00e9cipitation.<br \/>Paradoxalement, ce sont les dizaines de candidats folkloriques, trop vite brocard\u00e9s, qui illustrent le mieux ce moment historique singulier. Leur grouillante pr\u00e9sence dans cette cabale est, au fond, l\u2019expression la plus fid\u00e8le de la d\u00e9composition du maelstr\u00f6m politique alg\u00e9rien. Pourquoi diable la candidature d\u2019un prescripteur d\u2019amulettes (il y en a au moins deux) serait-elle moins cr\u00e9dible que celle d\u2019un poster ? Quant \u00e0 ceux qui se pr\u00e9sentent en assurant la jouer s\u00e9rieux, on est constern\u00e9 par l\u2019indigence des propositions qu\u2019ils mettent sur la table. Quelques bons sentiments, des caresses en appelant au nif national et une ou deux id\u00e9es aussit\u00f4t contredites par une confession contraire donnent la mesure de l\u2019impr\u00e9paration \u00e0 l\u2019exercice d\u2019une fonction aussi \u00e9minente que celle d\u00e9volue \u00e0 une pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>La panne perp\u00e9tuelle<\/strong><br \/>Dans ce lot, un ancien officier sup\u00e9rieur, probablement estimable en tant que personne, assure d\u00e9tenir la solution aux temp\u00eates qui s\u2019accumulent au-dessus de nos t\u00eates. Comme il peine \u00e0 donner du contenu \u00e0 ses intentions ou avancer des m\u00e9thodes \u00e0 m\u00eame d\u2019esquisser une feuille de route lisible, des voix sp\u00e9culent sur des soutiens massifs et actifs dont il b\u00e9n\u00e9ficierait dans les rangs de l\u2019arm\u00e9e. Une fois de plus et faute d\u2019\u00eatre appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9terminer sur des offres politiques, le citoyen est invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer son libre arbitre aux myst\u00e8res des sectes qui lui garantiraient ses droits et sa libert\u00e9. La roulette russe continue. Outre que rien ne vient corroborer ces all\u00e9gations, il convient de redire, encore une fois, que les tractations occultes dans les officines militaires ne sont pas la solution mais la cause du malheur national.<br \/>Quand bien m\u00eame ces suppos\u00e9s soutiens seraient-ils r\u00e9els et v\u00e9rifiables, celui qui en b\u00e9n\u00e9ficierait en serait obligatoirement leur oblig\u00e9, ce qui, en Alg\u00e9rie, est la condition m\u00eame du statu quo. On objecte d\u00e9j\u00e0 qu\u2019une fois au pouvoir, l\u2019heureux adoub\u00e9 pourra toujours se lib\u00e9rer d\u2019attaches encombrantes et orienter le pays vers des pratiques plus saines et plus transparentes. Si l\u2019on s\u2019en tient aux exp\u00e9riences pass\u00e9es, le pari est pour le moins risqu\u00e9. Ni Ben Bella, ni Chadli, ni Zeroual n\u2019ont pu s\u2019\u00e9manciper des liaisons dangereuses qui les ont port\u00e9s au pouvoir. Bouteflika a surv\u00e9cu \u00e0 ses appuis parce qu\u2019en bon artisan du clan d\u2019Oujda, groupe militariste s\u2019il en est, il a assum\u00e9 et r\u00e9pondu \u00e0 toutes les demandes des g\u00e9n\u00e9raux quand il ne les a pas devanc\u00e9es.<br \/>Conc\u00e9der une allocation de 12 milliards de dollars au secteur militaire dans une conjoncture \u00e9conomique aussi atone que celle que vit l\u2019Alg\u00e9rie est la preuve que le pouvoir est toujours r\u00e9gi par une doxa militaire h\u00e9g\u00e9monique. D\u2019aucuns, habit\u00e9s par l\u2019illusion des miracles imm\u00e9rit\u00e9s, se prennent \u00e0 r\u00eaver d\u2019un Attaturk alg\u00e9rien. Ce n\u2019est faire injure \u00e0 personne que de souligner les \u00e9l\u00e9ments qui distinguent \u00e0 tous \u00e9gards l\u2019arm\u00e9e turque de celle de Boumedi\u00e8ne, con\u00e7ue et g\u00e9r\u00e9e de sorte qu\u2019aucune t\u00eate pensante ne d\u00e9passe. Avec Attaturk, l\u2019institution militaire a assum\u00e9 la s\u00e9quence consacrant la fin de l\u2019Empire ottoman. L\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne, pour ce qui la concerne, a pris le pouvoir en 1962 pour imposer l\u2019islamo-socialisme comme matrice doctrinale, mar\u00e9cage dans lequel ont prosp\u00e9r\u00e9 les malentendus les plus obscurs. On aura observ\u00e9 que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, tous ceux qui se sont exprim\u00e9s sont rest\u00e9s vagues et sommaires sur des questions demeur\u00e9es en suspens depuis l\u2019ind\u00e9pendance et qui appellent, pourtant, des r\u00e9ponses aussi urgentes que pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Dans des soci\u00e9t\u00e9s aussi paralys\u00e9es que la n\u00f4tre, la seule intervention de l\u2019arm\u00e9e qui vaille eut \u00e9t\u00e9 celle qui m\u00eet un terme \u00e0 ses propres turpitudes. On voit mal l\u2019av\u00e8nement d\u2019une r\u00e9volution des \u0153illets, qui a dissous le salazarisme au Portugal, advenir dans l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne. Alors on tourne en boucle.<\/p>\n<p><strong>Les fausses pistes<\/strong><br \/>Appelant \u00e0 l\u2019insurrection arm\u00e9e pour la lib\u00e9ration nationale, la Proclamation du premier novembre ne pouvait pas, et ne devait pas, \u00eatre autre chose qu\u2019un texte succinct, un passe-partout politique destin\u00e9 \u00e0 mobiliser dans l\u2019urgence le maximum d\u2019Alg\u00e9riens dans un moment historique o\u00f9 la question nationale \u00e9tait encore en gestation conflictuelle, y compris parmi les militants les plus radicaux. N\u2019engageant \u00e0 rien en terme programmatique et n\u2019impliquant aucune contrainte dans l\u2019exercice du pouvoir, sa finalit\u00e9 ou son contr\u00f4le, elle est invoqu\u00e9e par tous les pr\u00e9tendants qui ne veulent pas ou ne peuvent pas assumer des choix institutionnels, soci\u00e9taux ou g\u00e9opolitiques qui sont la s\u00e8ve de toutes les nations modernes. En apart\u00e9, les anciens militants les plus vertueux d\u00e9plorent cette confusion et les abus qu\u2019elle charrie mais ils sont rares \u00e0 exprimer publiquement leur d\u00e9senchantement et leur col\u00e8re. En la mati\u00e8re, chacun peut relever que la plateforme de la Soummam qui a transform\u00e9 une r\u00e9volte en r\u00e9volution est totalement \u00e9vacu\u00e9e du d\u00e9bat actuel. Ce document, qu\u2019il ne faut ni sacraliser ni diaboliser reste, pourtant, \u00e0 ce jour, le seul acte politique qui ait clairement formul\u00e9 avant l\u2019ind\u00e9pendance les fondamentaux d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 sur lequel se sont engag\u00e9s les Alg\u00e9riens. Ce sont les structures et les orientations du congr\u00e8s d\u2019ao\u00fbt 1956 qui ont encadr\u00e9 et port\u00e9 le combat alg\u00e9rien jusqu\u2019\u00e0 son ultime cons\u00e9cration. Il se trouve que ce compromis a \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat perp\u00e9tr\u00e9 au Caire en ao\u00fbt 1957. Et contrairement \u00e0 ce qui se dit ou se sugg\u00e8re ici et l\u00e0, les causes de ce putsch ne sauraient \u00eatre r\u00e9ductibles \u00e0 une question de temp\u00e9raments ou d\u2019ambitions irr\u00e9conciliables.<br \/>On sait aujourd\u2019hui que ces donn\u00e9es qui ont pu jouer \u00e0 la marge ont \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9es et manipul\u00e9es par des puissances \u00e9trang\u00e8res pour aspirer l\u2019Alg\u00e9rie dans l\u2019orbite de la pens\u00e9e unique et de la gestion de la force brutale, d\u00e9routant ainsi un mouvement qui avait su f\u00e9d\u00e9rer et int\u00e9grer en pleine guerre des sensibilit\u00e9s nuanc\u00e9es et m\u00eame franchement diff\u00e9rentes. S\u2019il faut veiller \u00e0 rester mesur\u00e9 et disponible \u00e0 l\u2019\u00e9coute en ces temps d\u2019\u00e9vanouissement avanc\u00e9 de la conscience nationale alg\u00e9rienne, il convient aussi de ne pas chercher \u00e0 entretenir des leurres alternatifs en cultivant des m\u0153urs politiques qui sont \u00e0 l\u2019origine de la cong\u00e9lation actuelle. Refuser, par ruse politique ou paresse intellectuelle, une mise \u00e0 plat g\u00e9n\u00e9rale des faits et \u00e9v\u00e8nements qui ont conduit \u00e0 notre d\u00e9ch\u00e9ance, les refouler par peur ou culpabilit\u00e9 est la meilleure mani\u00e8re de pr\u00e9cipiter une implosion nationale que tout annonce. Et les forces centrifuges sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre. C\u2019est dire si la censure et les diversions sont vaines. L\u2019\u00e9poque, la r\u00e9volution num\u00e9rique et la d\u00e9mystification de la guerre ont lib\u00e9r\u00e9 la parole. Les tabous peuvent emp\u00eacher le pays de se construire mais ils sont inop\u00e9rants dans la transmission des v\u00e9rit\u00e9s vers de jeunes m\u00e9moires r\u00e9tives \u00e0 l\u2019embrigadement. Cette \u00e9vidence n\u2019a pas imprim\u00e9 la pratique politique ambiante. Ce qui fait que par manque de courage ou incomp\u00e9tence, les bribes de programme \u00e9nonc\u00e9es ne sont que de mi\u00e8vres d\u00e9clinaisons des bouillies politiques de l\u2019arch\u00e9o FLN : vouloir s\u2019immerger encore plus dans un monde arabe d\u00e9liquescent, invoquer la dimension religieuse comme socle lib\u00e9rateur exclusif de la collectivit\u00e9, s\u2019empaler sur des revendications post-coloniales d\u00e9su\u00e8tes ou vanter les m\u00e9rites de la peine de mort alors que toutes les \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 la fatuit\u00e9 de son caract\u00e8re dissuasif est embl\u00e9matique d\u2019un discours vaporeux, qui a de tout temps irrigu\u00e9 le syst\u00e8me alg\u00e9rien. Ces id\u00e9es qui ont parasit\u00e9 une sc\u00e8ne nationale st\u00e9rilis\u00e9e par le dirigisme intellectuel sont maintenant toxiques en ce qu\u2019elles v\u00e9hiculent une charge irrationnelle qui pr\u00e9empte la raison et la libert\u00e9, seuls outils permettant d\u2019appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 politique.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9renniser l\u2019audace<\/strong><br \/>En plus de la n\u00e9antisation de la question environnementale qui nous r\u00e9serve un r\u00e9veil aussi brutal que douloureux, l\u2019autre grand absent du d\u00e9bat est le dossier, pourtant vital, de la relance de la construction d\u00e9mocratique nord-africaine. Align\u00e9s sur un bellicisme n\u00e9gateur de r\u00e8gles \u00e9conomiques les plus \u00e9l\u00e9mentaires, conditionn\u00e9s par un terrorisme politique entretenu par des parrains couvant des int\u00e9r\u00eats maffieux, les postulants esquivent le principe m\u00eame d\u2019une mise \u00e0 l\u2019ordre du jour d\u2019un chantier qui conditionne l\u2019avenir d\u2019une r\u00e9gion dont nous sommes un des constituants majeurs auquel il revient, en premier, de d\u00e9nouer les ligatures mortif\u00e8res.<br \/>Dans ce climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, la r\u00e9gion qui fut jusque-l\u00e0 le meilleur laboratoire des initiatives et projections politiques innovantes du pays se voit assign\u00e9e une mission \u00e0 contre emploi. Figur\u00e9e par ses d\u00e9chets, la Kabylie a servi de condiment folklorique \u00e0 la tambouille politique du pouvoir et s\u2019expose, pr\u00e9sentement, comme le principe actif d\u2019une spoliation \u00e9hont\u00e9e de la ressource nationale, doubl\u00e9e d\u2019une mission de pollution d\u2019un combat d\u00e9mocratique qu\u2019elle a si souvent amorc\u00e9. Boumedi\u00e8ne a voulu museler la Kabylie, Bouteflika s\u2019est donn\u00e9 comme objectif de la pervertir. A voir la vitalit\u00e9 des caf\u00e9s litt\u00e9raires ou la vigueur des comit\u00e9s de villages, il est ais\u00e9 de d\u00e9duire que malgr\u00e9 la mobilisation de moyens colossaux, les deux options ont fait long feu.<br \/>Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les migrations de la jeunesse, asservie par un syst\u00e8me \u00e9ducatif archa\u00efque, vers le Nord ou la permanence de ses contestations dans le grand Sud signent un \u00e9chec patent du mod\u00e8le FLN.<br \/>Enfin, la diaspora alg\u00e9rienne affiche encore une disponibilit\u00e9 que n\u2019ont pas d\u00e9courag\u00e9 les stigmatisations revanchardes et des retours au pays peu stimulants.<br \/>Par quelque angle que l\u2019on appr\u00e9hende la situation, force est de constater que les promesses r\u00e9formatrices lanc\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me se sont toutes av\u00e9r\u00e9es illusoires et qu\u2019en la circonstance, elles ne figurent m\u00eame pas dans l\u2019agenda du pouvoir. Jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, toutes les \u00e9nergies positives naissent, s\u2019organisent et s\u2019expriment dans des espaces autog\u00e9r\u00e9s.<br \/>On entend d\u00e9j\u00e0 les avocats des causes perdues pointer du doigt la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la pr\u00e9sente analyse.<br \/>Ce serait se m\u00e9prendre sur la vraie nature des probl\u00e9matiques qui p\u00e8sent sur notre destin, l\u2019intensit\u00e9 de leurs manifestations sous-terraines et les cons\u00e9quences de leurs projections finales.<br \/>Avec d\u2019autres patriotes, le r\u00e9dacteur de cette contribution a particip\u00e9 \u00e0 des actions et comp\u00e9titions inscrites dans les cadres institutionnels en faisant preuve de la patience, certains ont dit na\u00efvet\u00e9, qu\u2019appelaient les difficult\u00e9s qui pouvaient accompagner la construction d\u2019une jeune nation. Il a bien fallu constater que le syst\u00e8me alg\u00e9rien est inamendable. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment rappel\u00e9, \u00e0 juste titre, que l\u2019exigence et l\u2019obtention des proc\u00e8s-verbaux lors des d\u00e9pouillements n\u2019ont pas emp\u00each\u00e9 l\u2019administration de transmettre d\u2019autres documents lors de la consolidation des r\u00e9sultats. On se souvient que l\u2019installation officielle et publique des commissions des r\u00e9formes de l\u2019\u00e9cole, de l\u2019\u00c9tat et de la justice, mises comme autant de conditions \u00e0 l\u2019int\u00e9gration au gouvernement, ne connurent aucune suite\u2026 Et la liste des engagements reni\u00e9s est longue.<br \/>Faut-il encore rappeler que la question du pluralisme politique, le dossier de l\u2019identit\u00e9 nationale, celui des droits de l\u2019homme, entre autres, ne sont endoss\u00e9s par le pouvoir, avec retard et malice, qu\u2019au prix de longues et douloureuses luttes ? Comme tout ce qui est consenti de mauvaise foi, le traitement est g\u00e9n\u00e9ralement artisanal, voire, en certaines occasions, plus dommageable que la r\u00e9pression. Il n\u2019emp\u00eache, gr\u00e2ce aux combats audacieux la nation \u00e9voque, vaille que vaille, ce qui touche \u00e0 son intimit\u00e9 politique et soci\u00e9tale. Ces avanc\u00e9es sont le fait d\u2019une militance autonome et offensive qu\u2019il faut savoir faire partager au plus grand nombre.<br \/>Dire aujourd\u2019hui que la r\u00e9surrection alg\u00e9rienne doit se concevoir en dehors des carcans officiels ne rel\u00e8ve ni du d\u00e9pit, ni de la surench\u00e8re, ni de la radicalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Face au destin<\/strong><br \/>La mise en perspective d\u2019un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 une sortie honorable consacrant sa fin de vie. Aucun des acquis qui viennent d\u2019\u00eatre rappel\u00e9s n\u2019a \u00e9t\u00e9 le fruit d\u2019une d\u00e9cision du r\u00e9gime. Il en sera de m\u00eame pour la recherche d\u2019une nouvelle configuration nationale \u00e0 laquelle appellent depuis des ann\u00e9es les opposants les plus raisonnables. Sauf que si on attend de voir le pouvoir s\u2019y r\u00e9soudre, ce sera trop tard car, cette fois, le sujet tient du one shot. On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l\u2019Histoire n\u2019offre pas beaucoup d\u2019exemples de nations ressuscit\u00e9es quand elles ont sombr\u00e9. Or, c\u2019est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux.<br \/>L\u2019in\u00e9vitable menace islamiste qu\u2019on ne manquera pas de brandir ne vaut que s\u2019il y a une volont\u00e9 du r\u00e9gime de l\u2019instrumentaliser pour justifier un maintien que son bilan condamne. Imposer un cahier des charges o\u00f9 les principes d\u00e9mocratiques seraient des postulats auxquels doit souscrire tout comp\u00e9titeur est une chose faisable et \u00e9prouv\u00e9e avec succ\u00e8s chez nos voisins.<br \/>Face \u00e0 l\u2019enjeu du destin national, l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du 18 avril est, au fond, un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne. Ceux qui, ignorant les enseignements du pass\u00e9, ont, malgr\u00e9 tout, voulu s\u2019y engager v\u00e9rifient quotidiennement, et \u00e0 leurs d\u00e9pens, la vanit\u00e9 de disputer dans son antre la victoire \u00e0 un spectre repr\u00e9sent\u00e9 par son image. Qu\u2019ils se retirent au dernier moment ou qu\u2019ils crient leur indignation le soir des r\u00e9sultats est, en v\u00e9rit\u00e9, anecdotique. L\u2019essentiel et l\u2019urgence sont ailleurs. Maintenant que nous nous sommes soumis \u00e0 des affronts que peu de peuples ont accept\u00e9 de supporter, maintenant que le fard par lequel nous avons maquill\u00e9 nos petitesses a fondu, maintenant que l\u2019orgueil m\u00e2tin\u00e9 de racisme que nous opposions \u00e0 nos fr\u00e8res subsahariens nous est interdit, nous sommes oblig\u00e9s de nous regarder tels que nous sommes avant d\u2019affronter le regard de nos enfants.<br \/>Nous n\u2019avons d\u2019autres choix que de nous repenser \u00e0 travers de nouvelles valeurs et par des m\u00e9canismes op\u00e9rationnels \u00e9trangers \u00e0 la grammaire politique du syst\u00e8me.<br \/>La bataille sera rude, ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle ne sera pas loyale si nous nous donnons les moyens de la pr\u00e9parer avec clart\u00e9 et m\u00e9thode. C\u2019est bien connu, il n\u2019y a de bataille perdue que celle qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e. \u00c0 ceux qui seraient impressionn\u00e9s par les menaces d\u2019apparatchiks vantant la capacit\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 contenir la rue, il faut rappeler cette v\u00e9rit\u00e9.<br \/>Les Alg\u00e9riens n\u2019ont pas gagn\u00e9 leur ind\u00e9pendance parce qu\u2019ils disposaient d\u2019une force sup\u00e9rieure \u00e0 celle de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Ils se sont lib\u00e9r\u00e9s le jour o\u00f9 ils ont compris qu\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 esp\u00e9rer de l\u2019ordre colonial.<br \/>Alger, le 13 f\u00e9vrier 2019<\/p>\n<p class=\"c10\"><strong>S. S.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.liberte-algerie.com\/contribution\/lepreuve-de-verite-309505\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pays est d\u00e9sert\u00e9 par la conviction et le d\u00e9vouement. L\u2019engagement n\u2019est consenti que s\u2019il est suivi par un retour sur investissement rapide et v\u00e9nal. L\u2019Histoire longue est abolie. 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