{"id":14304,"date":"2019-02-14T15:27:22","date_gmt":"2019-02-14T20:27:22","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/attentats-tueries-enlevements-au-sahel-tranche-de-vie-dans-le-soum\/"},"modified":"2019-02-14T15:27:22","modified_gmt":"2019-02-14T20:27:22","slug":"attentats-tueries-enlevements-au-sahel-tranche-de-vie-dans-le-soum","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/attentats-tueries-enlevements-au-sahel-tranche-de-vie-dans-le-soum\/","title":{"rendered":"Attentats, tueries, enl\u00e8vements au Sahel : tranche de vie dans le Soum\u2026"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?fit=709%2C531&#038;ssl=1\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"696\" height=\"521\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?resize=696%2C521&#038;ssl=1\" srcset=\"https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?w=709&#038;ssl=1 709w, https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?resize=300%2C225&#038;ssl=1 300w, https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?resize=80%2C60&#038;ssl=1 80w, https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?resize=265%2C198&#038;ssl=1 265w, https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?resize=696%2C521&#038;ssl=1 696w, https:\/\/i2.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/1-20.jpg?resize=561%2C420&#038;ssl=1 561w\" sizes=\"auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px\" alt=\"\" title=\"1\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Les populations du Soum, dans la r\u00e9gion du Sahel, c\u00f4toient des \u00ab\u00a0individus arm\u00e9s non identifi\u00e9s\u00a0\u00bb qui m\u00e8nent des attaques meurtri\u00e8res au quotidien. La menace terroriste est permanente. Malgr\u00e9 tout, les habitants, la peur au ventre, vaquent tant bien que mal \u00e0 leurs occupations.<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4320 size-medium\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?resize=300%2C222&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"222\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?resize=300%2C222&#038;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?resize=80%2C60&#038;ssl=1 80w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?resize=485%2C360&#038;ssl=1 485w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?resize=696%2C514&#038;ssl=1 696w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?resize=568%2C420&#038;ssl=1 568w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/2-5.jpg?w=709&#038;ssl=1 709w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\"\/>L\u2019\u00e9mir de Djibo\u00a0: \u00abM\u00eame s\u2019il reste une seule personne, je serai l\u00e0 pour lui tenir compagnie\u00bb.<\/p>\n<p>La ville de Djibo s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e, ce vendredi 1er f\u00e9vrier 2019, apr\u00e8s une \u00ab\u00a0folle\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0longue\u00a0\u00bb nuit, rythm\u00e9e par une forte d\u00e9tonation qui a d\u00e9truit le b\u00e2timent administratif d\u2019une \u00e9cole primaire, la veille. Produite peu avant le d\u00e9but du couvre-feu (20h), l\u2019explosion a cr\u00e9\u00e9 la panique, amenant les habitants \u00e0 se terrer chez eux. La cit\u00e9 frontali\u00e8re au Mali voisin enregistrait une \u00e9ni\u00e8me attaque des groupes djihadistes. Le Burkina Faso, notamment la province du Soum, est r\u00e9guli\u00e8rement victime d\u2019actes terroristes depuis plus de trois ans, dont la premi\u00e8re d\u2019envergure a \u00e9t\u00e9 celle du d\u00e9tachement militaire de Nassoumbou, en d\u00e9cembre 2016, qui avait fait 12 morts. Braquages, assassinats cibl\u00e9s, explosions d\u2019engins improvis\u00e9s, enl\u00e8vements\u2026 y sont monnaies courantes. Malgr\u00e9 la menace devenue quasi quotidienne, la province du Soum s\u2019est r\u00e9solue \u00e0 vivre. Ce matin du 1er f\u00e9vrier, les rues, le march\u00e9, les kiosques, les administrations, les \u00e9coles\u2026 sont anim\u00e9es. On dirait, \u00e0 vue d\u2019\u0153il, que \u00ab\u00a0tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est lorsqu\u2019on engage la conversation avec les citoyens, que l\u2019on d\u00e9c\u00e8le une certaine hantise dans les esprits. Certaines expressions sont d\u2019office \u00e9lud\u00e9es dans le langage. Il en est ainsi des termes \u00ab\u00a0djihadistes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0terroristes\u00a0\u00bb. Pour les d\u00e9signer, il faut dire \u00ab\u00a0Ils\u00a0\u00bb et on comprend all\u00e8grement de qui on parle. \u00ab\u00a0Ils ont r\u00e9ussi \u00e0 semer la m\u00e9fiance, \u00e0 instaurer la terreur et la peur. La psychose r\u00e8gne, les gens se cherchent\u2026 Djibo a chang\u00e9. Ce n\u2019est plus comme avant, mais on s\u2019adapte\u00bb, affirme un habitant, que nous l\u2019appellerons Moussa. Il est natif de \u00abHongkong\u00bb, autre appellation du secteur n\u00b01 de la ville de Djibo.<\/p>\n<p><strong>\u00abLa solution n\u2019est pas de fuir\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Apeur\u00e9, chacun vaque \u00e0 ses occupations. Adama enseigne dans l\u2019une des rares \u00e9coles encore ouvertes dans la localit\u00e9. Depuis 7h30, il s\u2019\u00e9vertue \u00e0 expliquer aux \u00e9l\u00e8ves les r\u00e8gles de conjugaison des verbes du second groupe. Le c\u0153ur est \u00e0 l\u2019ouvrage, mais l\u2019esprit est plus attir\u00e9 par les mouvements \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la salle de classe. Devoir patriotique d\u2019accord, mais mesure de s\u00e9curit\u00e9 d\u2019abord.<\/p>\n<p>La vigilance est de mise. \u00ab\u00a0Nous ouvrons les fen\u00eatres et les portes pour \u00eatre \u00e0 l\u2019aff\u00fbt. Nous ne savons pas \u00e0 quel moment et d\u2019o\u00f9 ils peuvent surgir. Nous veillons les uns sur les autres comme du lait sur le feu.\u00bb, explique l\u2019enseignant. Les \u00e9l\u00e8ves sont autoris\u00e9s \u00e0 rejoindre leur domicile au moindre incident. Il n\u2019y a pas de risques \u00e0 prendre. S\u2019armer mentalement et moralement, voici les secrets de la \u00abr\u00e9sistance\u00bb de Adama. \u00ab\u00a0Le moral est au talon, mais c\u2019est un devoir pour nous\u00a0\u00bb, estime-t-il. Sans aucune arme, les civils tiennent bon dans cette zone r\u00e9guli\u00e8rement prise pour cible par la n\u00e9buleuse terroriste. M. Kabor\u00e9 travaille dans une agence de t\u00e9l\u00e9phonie mobile. En poste dans le Soum depuis 8 ans, il dit \u00ab\u00a0vivre difficilement\u00a0\u00bb la situation s\u00e9curitaire qu\u2019il a vue se d\u00e9grader au fil du temps. Sa principale source de motivation, ce sont les encouragements de ses sup\u00e9rieurs et sa conscience professionnelle. \u00ab\u00a0C\u2019est vrai que ce n\u2019est pas du tout facile, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 affect\u00e9\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4321 size-medium\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/3-4.jpg?resize=300%2C117&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"117\" srcset=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/3-4.jpg?resize=300%2C117&#038;ssl=1 300w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/3-4.jpg?resize=768%2C299&#038;ssl=1 768w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/3-4.jpg?resize=696%2C271&#038;ssl=1 696w, https:\/\/i1.wp.com\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/3-4.jpg?w=797&#038;ssl=1 797w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" data-recalc-dims=\"1\"\/>Plus de 90% des \u00e9coles ont ferm\u00e9 leurs portes.<\/p>\n<p>J\u2019essaie de travailler comme je peux en \u00e9tant prudent\u00a0\u00bb, argue-t-il. Se mettre \u00e0 l\u2019abri est devenu le premier r\u00e9flexe. Ali s\u2019est fait l\u2019id\u00e9e qu\u2019il faut bien mourir de quelque chose. Agent d\u2019un d\u00e9partement minist\u00e9riel, il est membre de l\u2019\u00e9quipe en charge de la gestion des d\u00e9plac\u00e9s des attaques terroristes. A l\u2019en croire, les exactions ont entra\u00een\u00e9 un \u00ab\u00a0afflux massif\u00a0\u00bb des populations des huit autres communes de la province du Soum vers Djibo, Aribinda et Kelbo : 30\u00a0000, selon un d\u00e9compte officiel en fin novembre 2018. A Djibo, l\u2019administration publique \u00ab\u00a0se d\u00e9bat\u00a0\u00bb pour maintenir la pr\u00e9sence de l\u2019Etat. \u00ab\u00a0La solution n\u2019est pas de fuir. En fuyant, nous laissons le terrain \u00e0 l\u2019ennemi\u2026 Ils auront alors gagn\u00e9\u00a0\u00bb, dit-on au haut-commissariat du Soum.<\/p>\n<p><strong>Le drapeau flotte\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Les populations du Sahel se sont r\u00e9sign\u00e9es \u00e0 vivre, peu importe le prix \u00e0 payer. La maxime est on ne peut plus clair\u00a0: \u00ab\u00a0la vie doit continuer\u2026\u00a0\u00bb. Salam ne se contente pas de mots pieux. Le sexag\u00e9naire a \u00abfi\u00e8rement\u00bb accroch\u00e9 le drapeau du Burkina devant sa cour. Au risque de sa vie, il exprime, \u00e0 qui veut l\u2019entendre, son appartenance et son attachement au \u00abpays des Hommes int\u00e8gres\u00a0\u00bb. \u00abJ\u2019ai fix\u00e9 ce drapeau apr\u00e8s l\u2019attaque de la gendarmerie (18 octobre 2018, ndlr). C\u2019est un devoir pour nous de d\u00e9fendre ce pays\u00bb, d\u00e9clare-t-il. Certes, Salam reproche \u00e0 l\u2019Etat d\u2019avoir \u00ab\u00a0abandonn\u00e9\u00a0\u00bb la zone aux mains de \u00ab\u00a0grands bandits\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Peu importe ce qui t\u2019oppose \u00e0 ta famille, elle reste ton dernier rempart. Il faut la d\u00e9fendre contre l\u2019ennemi\u00a0\u00bb, sugg\u00e8re-t-il. Face aux attaques terroristes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, les habitants ont \u00ab\u00a0fini par d\u00e9velopper une certaine r\u00e9silience\u00a0\u00bb, commente un journaliste. Les leaders d\u2019opinion locaux vivent aujourd\u2019hui cach\u00e9s ou sous haute surveillance. Acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile, hommes politiques, chefs religieux et coutumiers sont de \u00abbelles cibles\u00bb. Toute personne influente qui peut mobiliser du monde et qui n\u2019adh\u00e8re pas \u00e0 la cause des terroristes, est dans le collimateur, explique un acteur de la soci\u00e9t\u00e9 civile. La r\u00e8gle d\u2019or est de \u00abvivre cacher\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le viseur des groupes arm\u00e9s, le chef de canton, l\u2019Emir de Djibo, b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une protection rapproch\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e. Depuis deux ans maintenant, il a d\u00fb arr\u00eater ses visites inopin\u00e9es \u00e0 ses \u00ab\u00a0sujets\u00a0\u00bb dans les villages environnants. L\u2019\u00e9mir est vivement sollicit\u00e9. Il participe aux r\u00e9unions au niveau local, accorde des audiences et conseille les autorit\u00e9s administratives, politiques et les citoyens. \u00ab\u00a0Je sais qu\u2019il y a la peur mais je demande aux gens de rester. M\u00eame s\u2019il reste une seule personne, je serai l\u00e0 pour lui tenir compagnie. Nous avons l\u2019espoir et nous prions pour que les choses entrent dans l\u2019ordre\u00a0\u00bb, affirme l\u2019\u00e9mir, le regard dans le vide.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0On ne sait pas qui est qui\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0petit paradis\u00a0o\u00f9 l\u2019on dormait \u00e0 la belle \u00e9toile en ville comme en brousse\u00a0\u00bb s\u2019est transform\u00e9, peu \u00e0 peu, en zone hant\u00e9e. Dans le Soum, les esprits ne sont pas tranquilles.\u00a0\u00ab\u00a0Quand tu vas dans les villages, ton c\u0153ur bat plus fort\u00a0\u00bb, ironise Aboubacar, enseignant, natif du Soum. Nous d\u00e9cidons de tenter l\u2019exp\u00e9rience en allant dans un village. \u00ab La voie n\u2019est plus pratiqu\u00e9e, vous risquez, soit de sauter sur une mine artisanale, soit de vous faire enlever. Je vous le d\u00e9conseille vivement\u00bb, sugg\u00e8re un officier de gendarmerie. Nous nous nous lan\u00e7ons tout de m\u00eame. Direction Tongomayel, commune rurale situ\u00e9e \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres, \u00e0 l\u2019Est de Djibo\u00a0! 30 minutes de route, et nous voil\u00e0 sur place. Dans ce d\u00e9partement, r\u00e8gne un silence de cimeti\u00e8re. Les habitants sont terr\u00e9s chez eux. Les mouvements et exactions des groupes arm\u00e9s ont eu raison de la coh\u00e9sion sociale et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 d\u2019antan. \u00ab\u00a0On est ensemble mais on ne sait pas qui est qui\u00a0\u00bb, souffle Aboubacar. Pour lui, les terroristes ont infiltr\u00e9 toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. Les b\u00e2timents de la police et de la municipalit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9s par les terroristes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On ne parle plus de Tongomayel. Qui se souvient de ce village? M\u00eame ses ressortissants n\u2019en parlent plus\u00a0\u00bb, fulmine Lamine, 43 ans. Victimes d\u2019attaques, les policiers auraient d\u00e9sert\u00e9 les lieux selon des sources s\u00e9curitaires, avant d\u2019\u00eatre remplac\u00e9s par des soldats qui, \u00e0 leur tour, l\u2019auraient aussi abandonn\u00e9 \u00ab\u00a0pour aller en appui au d\u00e9tachement militaire de Nassoumbou\u00a0\u00bb, attaqu\u00e9 le 28 janvier 2019. \u00ab\u00a0Les terroristes font la patrouille chaque semaine comme la police avant eux\u00a0\u00bb, informe Lamine. Aujourd\u2019hui, les actes des groupes arm\u00e9s sont en passe de devenir des faits divers dans la localit\u00e9. Chacun a en m\u00e9moire le visage et\/ou le nom d\u2019une victime de leur barbarie. L\u2019\u00e9leveur a tout perdu \u00e0 cause du terrorisme\u00a0: son troupeau de b\u0153ufs lui a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9, son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 (\u00e9lu local) a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 et son fr\u00e8re cadet s\u2019est lui radicalis\u00e9 et rejoint le mouvement Ansaru Islam du pr\u00e9dicateur Malam Dicko.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 ici\u2026 je vais mourir ici\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De quoi aurai-je peur encore\u00a0? Ils m\u2019ont pris ma famille et toute ma richesse. Ce qui est s\u00fbr, ils ne pourront pas et ne vont pas tous nous tuer\u00a0\u00bb, \u00a0laisse entendre Lamine, en col\u00e8re. La commune de Djibo se vide peu \u00e0 peu de ses habitants, agress\u00e9s par les \u00ab\u00a0forces obscurantistes\u00a0\u00bb. Assane, 25 ans, ne se souvient plus de la derni\u00e8re nuit qu\u2019il a pass\u00e9e dans son propre village. Plusieurs jeunes de son \u00e2ge ont \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9s de force ou simplement abattus par les assaillants.<\/p>\n<p>Il a \u00e9lu domicile dans la ville de Djibo. Chaque matin, il rentre dans son Tongomayel natal pour g\u00e9rer sa boutique et rejoint la ville avant 17 heures. Assane effectue \u00e9galement les transferts d\u2019argent et recharges d\u2019unit\u00e9s t\u00e9l\u00e9phoniques dans la localit\u00e9. \u00ab\u00a0C\u2019est une situation difficile \u00e0 vivre. C\u2019est humainement insupportable de ne pas se sentir en s\u00e9curit\u00e9 chez soi-m\u00eame. C\u2019est mon village, je ne le quitterai jamais \u00bb, confie-t-il. Amidou a conduit ses proches chez des parents \u00e0 Djibo. L\u2019octog\u00e9naire dit vouloir vivre ses derniers jours sur la terre de ses a\u00efeux. \u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 ici, j\u2019ai grandi ici, je me suis mari\u00e9 et j\u2019ai eu mes enfants ici.<\/p>\n<p>Je vais mourir sur cette terre, celle de mes parents et grands-parents. Je veux \u00eatre inhum\u00e9 ici. Dans tous les cas, je n\u2019ai plus o\u00f9 aller\u00a0\u00bb, confesse-t-il. Nostalgique de la belle \u00e9poque o\u00f9 il parcourait les march\u00e9s des communes environnantes et des villages du Mali voisin, Amidou est noy\u00e9 par le chagrin. \u00ab\u00a0Je circulais \u00e0 n\u2019importe quelle heure sans aucune crainte. Mais aujourd\u2019hui, on a peur de prendre la route\u00a0\u00bb, commente l\u2019ancien colporteur.<\/p>\n<p>Le vieux Amidou a un seul conseil\u00a0: \u00ab\u00a0ne durez pas ici\u2026surtout, n\u2019y passez pas la nuit, vous \u00eates un joli troph\u00e9e de guerre\u00a0pour les terroristes \u00bb. Retour donc \u00e0 Djibo\u00a0! La ville se pr\u00e9pare \u00e0 nouveau \u00e0 entrer dans le couvre-feu. Devant les concessions, en groupe d\u2019amis, les uns et les autres partagent la fin d\u2019une journ\u00e9e \u00ab\u00a0assez calme\u00a0\u00bb autour du th\u00e9. Les restaurants, les commerces, les rues\u2026 grognent toujours de monde. Les maquis aussi. Djibo \u00ab\u00a0by night\u00a0\u00bb bat son plein \u00e0 17 heures. Au rythme de sonorit\u00e9s nationales et \u00e9trang\u00e8res, les jeunes font montre de leur talent de danseur.<\/p>\n<p>La sucrerie et l\u2019alcool coulent \u00e0 flot. Les gigots de moutons et les gallinac\u00e9es sont servis \u00e0 gogo. \u00abOn vient se d\u00e9fouler avant l\u2019heure du couvre-feu (20 heures). Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est attaqu\u00e9 qu\u2019il faut arr\u00eater de vivre\u00a0\u00bb, soutient Ousmane. Et d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Le Soum a connu des jours meilleurs. Aujourd\u2019hui, il agonise, mais il vit\u00a0!\u00bb.<\/p>\n<p class=\"c1\"><strong>Djakaridia SIRIBIE<\/strong><br \/><strong>dsiribie15@gmail.com<\/strong><\/p>\n<div class=\"td-a-rec td-a-rec-id-content_bottom td_uid_21_5c65ef49ec538_rand td_block_template_1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1724\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/sidwaya-pub.jpg\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"90\"\/><\/div>\n<p>Auteur: DD. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/blog\/2019\/02\/14\/attentats-tueries-enlevements-au-sahel-tranche-de-vie-dans-le-soum\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les populations du Soum, dans la r\u00e9gion du Sahel, c\u00f4toient des \u00ab\u00a0individus arm\u00e9s non identifi\u00e9s\u00a0\u00bb qui m\u00e8nent des attaques meurtri\u00e8res au quotidien. La menace terroriste est permanente. Malgr\u00e9 tout, les habitants, la peur au ventre, vaquent tant bien que mal \u00e0 leurs occupations. L\u2019\u00e9mir de Djibo\u00a0: \u00abM\u00eame s\u2019il reste une seule personne, je serai l\u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1816,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,81],"tags":[],"class_list":["post-14304","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-burkina-faso"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14304","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1816"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14304"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14304\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14304"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14304"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}