{"id":145853,"date":"2022-04-18T14:00:00","date_gmt":"2022-04-18T18:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-modele-agro-exportateur-et-la-surexploitation-de-nos-ressources-hydrauliques\/"},"modified":"2022-04-18T14:00:00","modified_gmt":"2022-04-18T18:00:00","slug":"le-modele-agro-exportateur-et-la-surexploitation-de-nos-ressources-hydrauliques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-modele-agro-exportateur-et-la-surexploitation-de-nos-ressources-hydrauliques\/","title":{"rendered":"Le mod\u00e8le agro-exportateur et la surexploitation de nos ressources hydrauliques*"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"has-text-align-right has-black-color has-text-color\">Par Abdeslam Seddiki.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><strong>Le stress hydrique, li\u00e9 entre autres aux changements climatiques, interroge s\u00e9rieusement notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement agricole bas\u00e9 sur une utilisation intensive de l\u2019eau, devenue une ressource tare et co\u00fbteuse. D\u2019autant plus que l\u2019agriculture est le premier utilisateur des ressources hydrauliques disponibles avec plus de 80% (voire 86%). Le reste est constitu\u00e9 de l\u2019eau potable et de l\u2019eau utilis\u00e9e par l\u2019industrie. Ces donn\u00e9es montrent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que tout effort de rationalisation et d\u2019\u00e9conomie de l\u2019eau, devenu par ailleurs imp\u00e9ratif et urgent, doit porter essentiellement sur le secteur agricole. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de revoir de fond en comble les orientations actuelles de notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement en cours comme cela a \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 par la Commission Sp\u00e9ciale sur le Nouveau Mod\u00e8le de D\u00e9veloppement et sugg\u00e9r\u00e9 dans plusieurs \u00e9tudes universitaires ou des positions exprim\u00e9es par certaines formations politiques.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Il faut rappeler, en effet, que le contexte dominant lors du lancement de la politique des barrages au cours des ann\u00e9es 60 avec l\u2019objectif d\u2019irriguer un million d\u2019hectares, n\u2019est plus le m\u00eame. D\u2019abord au niveau des ressources hydrauliques qui ont baiss\u00e9 de 2500 m3 (m\u00e8tre cube) par habitant \u00e0 moins de 700 m3 aujourd\u2019hui. Ensuite, personne ne parlait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de variations climatiques et leur impact sur l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9, du moins au niveau des instances officielles qu\u2019elles soient nationales ou internationales. Les discussions sur le changement climatique ne commen\u00e7aient \u00e0 prendre de l\u2019ampleur qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 90 suite \u00e0 la cr\u00e9ation du GIEC en 1988 (Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat).<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Logiquement, il aurait fallu anticiper les changements en\u00a0 \u00a0proc\u00e9dant \u00e0 un examen en profondeur de nos choix agricoles et en modifiant notre comportement par rapport \u00e0 l\u2019eau. Mais cela ne s\u2019est pas produit pour au moins deux raisons fondamentales. D\u2019abord, le Maroc avait d\u00e9j\u00e0 pris des engagements dans le cadre des accords de libre-\u00e9change en faisant sienne la th\u00e9orie ricardienne des avantages comparatifs. Selon cette th\u00e9orie, largement critiqu\u00e9e par ailleurs, un pays aurait int\u00e9r\u00eat \u00e0 produire des biens dans lesquels il dispose d\u2019un avantage et les \u00e9changer contre des biens dans lesquels il est relativement d\u00e9savantag\u00e9. On ne se pose nullement la question de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique et de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019assurer la souverainet\u00e9 alimentaire ou autres\u00a0! La deuxi\u00e8me raison tient au poids qu\u2019exerce le lobby agro-exportateur, bien organis\u00e9 dans le cadre associatif et politique et largement influent dans l\u2019administration marocaine.\u00a0<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Le Plan Maroc vert (2008-2020) relay\u00e9 aujourd\u2019hui par le \u00ab\u00a0plan green g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb\u00a0 s\u2019inscrit dans cette vision et n\u2019a fait qu\u2019ent\u00e9riner ces choix en distinguant deux piliers\u00a0: le pilier I\u00a0 celui de l\u2019agriculture moderne (entendue capitaliste et exportatrice)\u00a0 qui\u00a0 int\u00e9resse quelques milliers \u00a0de personnes a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la part de lion des investissements\u00a0 et des subventions publics (100 MM DH en 10 ans ramen\u00e9s \u00e0 78MM) \u00a0; le pilier II, celui de l\u2019agriculture \u00a0solidaire qui int\u00e9resse l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 de la paysannerie, et qui produit de surcroit\u00a0 les biens essentiels pour l\u2019alimentation de la population, \u00a0n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 que d\u2019un montant somme toute modeste (20 MM DH port\u00e9s \u00e0 21,4MM DH). Ces chiffres sont parlants \u00e0 eux seuls\u00a0: le choix de classe ne fait l\u2019objet du moindre doute.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Quid des r\u00e9alisations de ce PMV\u00a0? Si certains indicateurs ont connu effectivement une am\u00e9lioration sensible comme l\u2019investissement, les exportations, la valeur ajout\u00e9e agricole avec une modification sensible de sa structure, l\u2019intensit\u00e9 capitalistique, force est de constater que sur d\u2019autres aspects, on peut consid\u00e9rer qu\u2019il a connu un \u00e9chec. Tel est le cas au niveau de la r\u00e9alisation de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, de la gestion efficace des ressources en eaux, de la transformation du monde rural\u00a0: faible taux de valorisation \u00a0de la production agricole qui ne touche que 40 %\u00a0; \u00a0persistance de \u00a0la pauvret\u00e9 et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0; \u00a0d\u00e9ficit \u00a0des services sociaux etc\u2026Ce qui nous fait dire que le PMV a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper le capitalisme agraire en enrichissant effectivement\u00a0 une cat\u00e9gorie limit\u00e9e de la population\u00a0 tout en appauvrissant le pays\u00a0 et en aggravant sa d\u00e9pendance pour les\u00a0 biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9\u00a0 tels que les c\u00e9r\u00e9ales, le sucre, les huiles alimentaires pour lesquels le pays d\u00e9gage des taux de d\u00e9pendance sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux qui \u00e9taient en vigueur dans les ann\u00e9es 60 du si\u00e8cle dernier.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Par ailleurs, si les promoteurs du PMV s\u2019enorgueillissent de l\u2019augmentation spectaculaire des exportations agricoles qui ont d\u00e9pass\u00e9 44 MM DH, ils oublient le fait que nos achats en produits alimentaires d\u00e9passent largement ce montant en avoisinant les 60 MM DH. Mais l\u00e0 n\u2019est pas l\u2019essentiel. En exportant ces produits agricoles, on brade une ressource rare qui est l\u2019eau. Alors que le co\u00fbt r\u00e9el du m3 de l\u2019eau d\u2019irrigation varie, selon les bassins hydrauliques, en int\u00e9grant le co\u00fbt des barrages, entre 2,7 DH et 7Dh (selon un rapport de l\u2019AFD relativement ancien), les agriculteurs exportateurs ne d\u00e9boursent qu\u2019un prix symbolique ne d\u00e9passant pas dans le meilleur des cas 0,4 DH le m3. En prenant un co\u00fbt moyen de 5 DH le m3, et sur la base des superficies cultiv\u00e9es ou plant\u00e9es, nous avons abouti aux r\u00e9sultats suivants et qui sont \u00e0 consid\u00e9rer comme ordres de grandeur eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019indigence de l\u2019information. \u00a0Ainsi, l\u2019avocat qui couvre 4000 ha, consomme en moyenne 24 millions m3 d\u2019eau, soit un co\u00fbt r\u00e9el de 120 MDH. Pour les tomates qui couvrent une superficie de 20000 ha avec une consommation de 9200 m3 d\u2019eau l\u2019ha, le co\u00fbt r\u00e9el total de l\u2019eau utilis\u00e9e serait de \u00a0\u00a0920 M DH. Les Oranges, qui s\u2019\u00e9tendent sur une superficie de 60000 ha, consomment \u00e0 leur tour 7700 m3 en irrigation localis\u00e9e et 15400 m3 en irrigation gravitaire pour chaque hectare, soit \u00a0\u00a0un co\u00fbt total de plus de 3 MMDH. En prenant les agrumes dans leur ensemble, (130000 ha), ce co\u00fbt d\u00e9passerait 7 MM DH. Le m\u00eame raisonnement peut \u00eatre fait pour les autres fruits et l\u00e9gumes export\u00e9s, et pour certains par des exploitants \u00e9trangers (cas des fraises et framboises). Ces milliards de DH constituent une perte consid\u00e9rable pour la collectivit\u00e9 et une rente \u00e0 la fois pour les exportateurs marocains et le consommateur europ\u00e9en. \u00a0\u00a0\u00a0Voici une illustration du revers de la m\u00e9daille du libre-\u00e9change\u00a0!!<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">N\u2019est-il pas opportun de marquer un temps d\u2019arr\u00eat dans cette course \u00e0 l\u2019aveuglette et sans pr\u00e9caution \u00a0\u00a0pour proc\u00e9der \u00e0 un examen de notre conscience collective et mesurer en toute objectivit\u00e9 l\u2019ampleur des g\u00e2chis caus\u00e9s \u00e0 notre pays\u00a0? En faisant pr\u00e9valoir les int\u00e9r\u00eats vitaux de notre peuple et de notre nation. Notre s\u00e9curit\u00e9 hydrique et alimentaire en d\u00e9pend. Voire notre s\u00e9curit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Et celle-ci n\u2019a pas de prix.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">\u00a0Synth\u00e8se de notre intervention \u00e0 la rencontre organis\u00e9e par le PPS le 14 avril dernier sur le th\u00e8me\u00a0\u00ab\u00a0quelle gouvernance pour faire face au stress hydrique et aux changements climatiques\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/le-modele-agro-exportateur-et-la-surexploitation-de-nos-ressources-hydrauliques.html\">Le mod\u00e8le agro-exportateur et la surexploitation de nos ressources hydrauliques*<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/\">ALBAYANE<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/le-modele-agro-exportateur-et-la-surexploitation-de-nos-ressources-hydrauliques.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abdeslam Seddiki. Le stress hydrique, li\u00e9 entre autres aux changements climatiques, interroge s\u00e9rieusement notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement agricole bas\u00e9 sur une utilisation intensive de l\u2019eau, devenue une ressource tare et co\u00fbteuse. D\u2019autant plus que l\u2019agriculture est le premier utilisateur des ressources hydrauliques disponibles avec plus de 80% (voire 86%). Le reste est constitu\u00e9 de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1760,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"","fifu_image_alt":"","footnotes":""},"categories":[73,54],"tags":[],"class_list":["post-145853","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualite","category-maroc"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/145853","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1760"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=145853"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/145853\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=145853"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=145853"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=145853"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}