{"id":152555,"date":"2022-07-14T14:00:00","date_gmt":"2022-07-14T18:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ou-va-le-theatre-au-maroc\/"},"modified":"2022-07-14T14:00:00","modified_gmt":"2022-07-14T18:00:00","slug":"ou-va-le-theatre-au-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ou-va-le-theatre-au-maroc\/","title":{"rendered":"O\u00f9 va le th\u00e9\u00e2tre au Maroc ?"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"has-text-align-center has-vivid-cyan-blue-color has-text-color\"><strong>Post mortem<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><strong>Cet article de l\u2019\u00e9minent journaliste,\u00a0 Abdellah Stouky, publi\u00e9 en 1966 sur les colonnes de la revue maghr\u00e9bine \u00ab\u00a0Souffles\u00a0\u00bb consiste une v\u00e9ritable diatribe contre la production th\u00e9\u00e2trale apr\u00e8s une d\u00e9cennie de l\u2019ind\u00e9pendance du Royaume. Dot\u00e9 un regard anthropologique, l\u2019auteur affirme que le 6<sup>\u00e8me<\/sup> art existait bel et bien avant l\u2019\u00e8re du colonialisme. En puisant dans l\u2019histoire, notre regrett\u00e9 affirme que la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale est inscrite dans les g\u00e8nes des Marocains, contrairement \u00e0 ce qu\u2019avance le mouvement soi-disant moderniste. En termes plus clairs, des expressions artistiques comme la \u00ab\u00a0halka\u00a0\u00bb relatent le g\u00e9nie populaire marocain. Cela \u00e9tant \u00ab\u00a0 le Maroc n\u2019a donc jamais \u00e9t\u00e9 un pays vierge de formes d\u2019expression th\u00e9\u00e2trale, mais a connu dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et continue de conna\u00eetre dans une certaine mesure une vie artistique intense\u00a0\u00bb, note-t-il en substance.<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><strong>Par feu Abdallah Stouky<\/strong><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><em>Le th\u00e9\u00e2tre est l\u2019art qui consiste \u00e0 assembler des hommes pour exposer et d\u00e9battre devant eux leur propre destin\u00e9e en ce qu\u2019elle a de probl\u00e9matique, et cela par le moyen d\u2019un microscome central en \u00e9tat de crise o\u00f9 le conflit vital d\u2019un petit nombre de personnages incarne, r\u00e9fl\u00e9chit, comme un miroir et rend pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit et aux sens, par son action, la condition du macrocosme humain dont il est le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 provisoire et le repr\u00e9sentant. \u00bb<\/em><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\"><em>E. Sourtau<\/em><\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Le public marocain n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s g\u00e2t\u00e9 en spectacles cette ann\u00e9e. La saison th\u00e9\u00e2trale a \u00e9t\u00e9, en effet, la plus pauvre de la premi\u00e8re d\u00e9cennie de l\u2019ind\u00e9pendance. Fort peu de pi\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9es. Le festival de th\u00e9\u00e2tre amateur, apr\u00e8s une courte interruption, a repris cette ann\u00e9e, pour illustrer la m\u00e9diocrit\u00e9 de l\u2019amateurisme. Aucun effort de renouvellement dans la cr\u00e9ation dramatique. Le ch\u00f4mage s\u00e9vit parmi les com\u00e9diens et les techniciens qui tra\u00eenent dans les caf\u00e9s de Casablanca et de Rabat. Quant \u00e0 la production de la Radiodiffusion T\u00e9l\u00e9vision Marocaine, tout le monde s\u2019accorde \u00e0 constater qu\u2019elle n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019une production alimentaire.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Bref, il est manifeste que le th\u00e9\u00e2tre conna\u00eet dans notre pays une crise grave. Il est m\u00eame certain qu\u2019une certaine conception du th\u00e9\u00e2tre, en divorce avec les besoins populaires, est en train de mourir d\u2019inanition. Et c\u2019est tant mieux. Toutefois, il s\u2019agit de comprendre les raisons de cette crise, de faire le bilan de l\u2019exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale nationale et d\u2019essayer de trouver des chemins nouveaux.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Au Maroc, le th\u00e9\u00e2tre, quoi qu\u2019en disent certains sp\u00e9cialistes, n\u2019est pas apparu avec le colonialisme. Des si\u00e8cles avant la consommation du viol colonial franco-espagnol, existaient dans notre pays des formes diverses et vivantes d\u2019expression dramatique. Partout, aussi bien dans les souks ruraux hebdomadaires que sur les places publiques des grandes cit\u00e9s, florissaient les diff\u00e9rents types de conteurs, Maddaha, Immediazen et autres, qui r\u00e9unissaient autour d\u2019eux sur la place Jamaa l\u2019fna, \u00e0 Bab Guissa ou dans les moussems, des dizaines d\u2019auditeurs fid\u00e8les, avides d\u2019\u00e9couter les aventures de Jha, de paysans finauds ou mal d\u00e9grossis, les \u00e9pop\u00e9es de Seif Ibn di Yazan (Al Azaliate) et parfois de tendres amourettes de princesses et de princes charmants. Puisant tour \u00e0 tour dans le riche r\u00e9pertoire populaire national ou dans la litt\u00e9rature arabe (Mille et une nuits, \u00e9pop\u00e9e d\u2019Antar\u2026), ces v\u00e9ritables \u00e9manations du g\u00e9nie populaire racontent\u2026 Non, ils ne racontent pas, ils miment, ils vivent, ils cr\u00e9ent devant les spectateurs les personnages les plus divers. Lyriques, amusants, didactiques, mena\u00e7ants, implorants. Et soudain, ils rompent le cours du r\u00e9cit \u00e0 un moment particuli\u00e8rement path\u00e9tique \u2013 comme les romans feuilletons et les films \u00e0 \u00e9pisodes \u2013 pour demander le salaire de leurs efforts. Et le public, m\u00eame le plus n\u00e9cessiteux, n\u2019est jamais avare de ses sous.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Toutes les techniques modernes du r\u00e9cit \u2013 suspense, coup de th\u00e9\u00e2tre, renversement de la situation, quiproquo\u2026 \u2013 sont judicieusement utilis\u00e9es par ces conteurs, dont les plus c\u00e9l\u00e8bres survivent tr\u00e8s longtemps dans la m\u00e9moire populaire.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Suite de la Une<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">D\u2019autre part, l\u2019art de la mise en sc\u00e8ne n\u2019\u00e9tait pas en 1912 inconnu dans notre pays. Des exemples de mise en sc\u00e8ne pens\u00e9e existent dans les danses collectives surtout berb\u00e8res (ahouach, ahidous\u2026), dans les spectacles des fameux saltimbanques Hmad-Ou-Moussa, dans les c\u00e9r\u00e9monies civiles (mariages, circoncisions\u2026), rituelles, liturgiques ou d\u2019exorcismes (pri\u00e8res collectives, s\u00e9ances de confr\u00e9ries, etc\u2026).<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Mais l\u00e0 o\u00f9 le g\u00e9nie populaire marocain donne toute sa mesure, c\u2019est sans conteste dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de la halka (cercle). Spontan\u00e9ment, le peuple marocain a trouv\u00e9 ce vers quoi tendent actuellement les tentatives les plus audacieuses du th\u00e9\u00e2tre occidental. C\u2019est-\u00e0-dire le th\u00e9\u00e2tre en rond o\u00f9 la communicabilit\u00e9 entre le public et les com\u00e9diens est autrement plus importante que dans les salles dites \u00e0 l\u2019italienne.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Certains continuent \u00e0 vouloir consid\u00e9rer la halka comme un spectacle mineur, tout juste t bon \u00e0 divertir la populace \u00bb. Or tout indique, au contraire, que nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un th\u00e9\u00e2tre authentiquement marocain. Et de se demander jusqu\u2019\u00e0 quand on s\u2019obstinera \u00e0 n\u2019appeler th\u00e9\u00e2tre que les formes occidentales.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Entour\u00e9s de quelques dizaines de spectateurs, dont la premi\u00e8re rang\u00e9e est g\u00e9n\u00e9ralement accroupie, les com\u00e9diens incarnent chacun un personnage d\u00e9termin\u00e9 et brodent avec beaucoup d\u2019esprit autour d\u2019un synopsis sommaire. Les costumes, ainsi que les accessoires, sont tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9roclites, et font fi de tout souci de vraisemblance. La troupe, g\u00e9n\u00e9ralement compos\u00e9e de quatre \u00e0 sept personnes, ne comporte aucun \u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin. Les r\u00f4les de femmes sont tenus par des hommes affubl\u00e9s de robes mais dont le maquillage laisse \u00e0 d\u00e9sirer. Les com\u00e9diens font eux-m\u00eames leur bruitage et leur musique.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Certains com\u00e9diens qui ont pu camper des types de bouffons et de pitres particuli\u00e8rement originaux sont c\u00e9l\u00e8bres dans toute leur r\u00e9gion et m\u00eame au-del\u00e0, tel Bak\u2019Chich \u00e0 Marrakech.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Toutefois, ce th\u00e9\u00e2tre en rond ne va pas sans poser certains probl\u00e8mes techniques que les com\u00e9diens sont arriv\u00e9s \u00e0 r\u00e9soudre assez rapidement. Ainsi, lorsque certains com\u00e9diens font face \u00e0 une certaine partie du public, ils tournent le dos au reste. C\u2019est pour cela que les com\u00e9diens se tiennent rarement au milieu du cercle form\u00e9 par les badauds. Ils \u00e9voluent plut\u00f4t pr\u00e8s des spectateurs de fa\u00e7on \u00e0 avoir en face d\u2019eux la majorit\u00e9 du public. Quant \u00e0 ceux qui se trouvent derri\u00e8re eux, ils n\u2019ont m\u00eame pas besoin de voir leurs visages tellement ils les sentent pr\u00e8s d\u2019eux.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Aucun d\u00e9cor ou accessoire fixe ; tout se d\u00e9place selon les besoins de l\u2019action.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Dans la halka, le com\u00e9dien utilise des proc\u00e9d\u00e9s plus efficaces que la rupture pure et simple de l\u2019action \u00e0 un moment path\u00e9tique pour avoir son public en main. Parmi ces moyens divers, citons : l\u2019int\u00e9gration d\u2019un ou de plusieurs spectateurs dans le spectacle, ordres ou simples demandes d\u2019agrandir ou de r\u00e9tr\u00e9cir le cercle, de b\u00e9nir la m\u00e9moire du proph\u00e8te ou de saints locaux, etc\u2026 Et le public obtemp\u00e8re de bonne ou de mauvaise gr\u00e2ce. Le but recherch\u00e9 est de cr\u00e9er chez le spectateur un certain \u00e9tat de disponibilit\u00e9 pour qu\u2019en fin de compte il puisse sans regimber mettre la main dans la poche et donner de l\u2019argent.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">De toutes mani\u00e8res, nul n\u2019est tenu de payer s\u2019il n\u2019a pas d\u2019argent ou si le spectacle ne lui a pas plu. Belle le\u00e7on d\u2019honn\u00eatet\u00e9 artistique que bon nombre de directeurs de salles de th\u00e9\u00e2tre, qui s\u2019empressent de filer avec la caisse par la sortie de service quand le public demande le remboursement des places, feraient bien de m\u00e9diter.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Le Maroc n\u2019a donc jamais \u00e9t\u00e9 un pays vierge de formes d\u2019expression th\u00e9\u00e2trale, mais a connu dans la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et continue de conna\u00eetre dans une certaine mesure une vie artistique intense.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">En 1912, lorsque notre pays fut introduit de force dans le monde technicien de l\u2019Occident, certaines salles de th\u00e9\u00e2tre furent construites et diff\u00e9rentes compagnies dramatiques commenc\u00e8rent \u00e0 inclure le Maroc dans leurs programmes de tourn\u00e9es. Mais ces salles ne devaient pas \u00eatre, dans l\u2019esprit de leurs administrateurs, \u00e0 l\u2019usage des autochtones. Construites sur son propre sol, le marocain s\u2019en voyait interdire l\u2019acc\u00e8s. Seuls y paradaient des hommes de troupes fran\u00e7ais ou espagnols, ainsi que les employ\u00e9s des administrations coloniales. Ce th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait d\u2019ailleurs essentiellement boulevardier. Etaient envoy\u00e9es au Maroc les pi\u00e8ces ne pouvant plus tenir l\u2019affiche, ni \u00e0 Paris ni en province. Toutefois, malgr\u00e9 leur m\u00e9diocrit\u00e9, elles plaisaient au pied-noir, lui donnant l\u2019impression d\u2019acc\u00e9der aux divertissements bourgeois de la m\u00e9tropole.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Mais l\u2019histoire de ce th\u00e9\u00e2tre-l\u00e0 n\u2019offre aucun int\u00e9r\u00eat pour nous.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Les premi\u00e8res manifestations th\u00e9\u00e2trales modernes eurent lieu dans les coll\u00e8ges marocains. Des troupes de th\u00e9\u00e2tre, dont la plupart des animateurs sont des personnalit\u00e9s politiques en vue aujourd\u2019hui, se form\u00e8rent. D\u2019autre part, dans les \u00e9tablissements scolaires nationalistes, o\u00f9 se faisait sentir l\u2019influence du renouveau litt\u00e9raire qui s\u2019op\u00e9rait au Proche-Orient arabe, commen\u00e7ait \u00e0 se dessiner un important mouvement, anim\u00e9 par des militants istiglaliens ou d\u00e9mocrates qui, s\u2019emparant des traductions orientales de Moli\u00e8re, entreprirent de donner un contenu politique aux repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales. Mis \u00e0 part Moli\u00e8re, on jouait tr\u00e8s peu de th\u00e9\u00e2tre occidental. Jorji Zaydane, avec ses pi\u00e8ces tir\u00e9es des mille et une nuits, offrait un r\u00e9pertoire tr\u00e8s riche. Quoique peu int\u00e9ressant.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Ce th\u00e9\u00e2tre, qui avait au d\u00e9but des allures de e saine distraction d\u2019adolescents \u00bb, tourna bien vite en de v\u00e9ritables manifestations nationalistes.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Des nationaux se mirent \u00e0 traduire et \u00e0 adapter \u2013 rarement \u00e0 \u00e9crire \u2013 des pi\u00e8ces puis\u00e9es dans le r\u00e9pertoire moli\u00e9resque. Un des plus brillants et des plus fervents animateurs de ce mouvement fut l\u2019intellectuel fassi, Al Korri, ardent nationaliste, mort sous la torture colonialiste.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019\u00e9picentre de ce mouvement se trouvait naturellement co\u00efncider avec les hauts lieux de la lutte anticolonialiste, donc surtout \u00e0 F\u00e8s. Sa base sociale se trouvait circonscrite dans les classes moyenne et petite bourgeoise.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La R\u00e9sidence ne devait d\u2019ailleurs pas s\u2019y tromper, puisqu\u2019elle entreprit une s\u00e9v\u00e8re r\u00e9pression contre ces troupes. La pr\u00e9sentation de\u00a0 \u00ab\u00a0Al Mounaffiq\u00a0\u00bb a, adapt\u00e9 du Tartuffe de Moli\u00e8re, fut interdite, car le personnage principal offrait trop de ressemblance avec le traitre Abdelhay Al Kettani, chef de la zaouia tijania.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La lutte nationale prenant de jour en jour plus d\u2019acuit\u00e9, au cours de la seconde guerre mondiale, pour finalement aboutir \u00e0 l\u2019insurrection arm\u00e9e du peuple marocain, le th\u00e9\u00e2tre ne fut plus chose permise. En dehors de sa port\u00e9e en tant que th\u00e9\u00e2tre, la R\u00e9sidence trouvait aberrant de permettre \u00e0 quelques centaines de marocains de se trouver r\u00e9unis dans une m\u00eame salle, ne serait-ce que pour assister \u00e0 un spectacle anodin. P\u00e9riode d\u2019\u00e9clipse donc, qui devait durer jusqu\u2019\u00e0 la moiti\u00e9 des ann\u00e9es cinquante.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Avec l\u2019ind\u00e9pendance politique, le Maroc devait conna\u00eetre le ph\u00e9nom\u00e8ne culturel le plus extraordinaire de son histoire.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Dans l\u2019euphorie de la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9e et du roi r\u00e9tabli sur son tr\u00f4ne, un raz de mar\u00e9e th\u00e9\u00e2tral d\u2019une ampleur in\u00e9gal\u00e9e d\u00e9ferla sur le pays. Le peuple cherchait \u00e0 s\u2019exprimer. Et tout naturellement adopta le th\u00e9\u00e2tre, art \u00e9minemment social, qu\u2019il pouvait directement appr\u00e9hender.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Dans les lointains douars, dans les sections du jeune syndicat UMT, dans les rues des cit\u00e9s plusieurs fois centenaires et dans les art\u00e8res industrielles de Casablanca, surgissaient des tr\u00e9teaux de fortune. Tout le monde \u00e9tait en m\u00eame temps acteur, dramaturge, metteur en sc\u00e8ne, souffleur, d\u00e9corateur, etc\u2026<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">On jouait de tout : des improvisations, des farces avec force coups de b\u00e2tons, de grandes trag\u00e9dies, ainsi que des pi\u00e8ces d\u2019un doux manich\u00e9isme. Ce th\u00e9\u00e2tre fut essentiellement moralisant. Mais sa morale \u00e9tait celle du combat.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Les masses populaires s\u2019emparant du th\u00e9\u00e2tre en firent une arme puissante pour exprimer leur enthousiasme, leurs espoirs et leurs revendications. Moli\u00e8re encore une fois se vit port\u00e9 en triomphe.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">En Alg\u00e9rie, \u00e9galement, on a pu, \u00e0 un certain moment, constater cet engouement pour Moli\u00e8re. Ce qui a fait dire \u00e0 l\u2019un des piliers du th\u00e9\u00e2tre alg\u00e9rien, Mustapha Kateb : c Moli\u00e8re en Afrique du Nord est le plus appr\u00e9ci\u00e9. Il y a l\u00e0 un merveilleux anachronisme\u2026 L\u2019homme qui avait soutenu les premiers pas du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais et qui l\u2019avait conduit \u00e0 sa maturit\u00e9, allait retrouver sa jeunesse dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re diff\u00e9rente de celle qui refusait \u00e0 Jean-Baptiste Poquelin la d\u00e9risoire cons\u00e9cration d\u2019un corbillard officiel. Pour le peuple alg\u00e9rien, Moli\u00e8re n\u2019est pas un \u00e9tranger, il n\u2019a rien \u00e0 voir avec la puissance colonisatrice, il nous apporte au contraire la douloureuse exp\u00e9rience de sa propre pers\u00e9cution et il nous enseigne que le premier ennemi c\u2019est l\u2019ennemi int\u00e9rieur : le seigneur et le f\u00e9odal qu\u2019il avait su d\u00e9masquer en France et qui, en Alg\u00e9rie, tendait les bras aux conqu\u00e9rants,..\u00a0\u00bb\u00a0 Et Kateb de conclure : \u00ab\u00a0On ne peut int\u00e9grer un peuple, mais le peuple alg\u00e9rien a int\u00e9gr\u00e9 Moli\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">suite<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Ce ph\u00e9nom\u00e8ne exceptionnel dura, on s\u2019en doute, fort peu de temps. Sit\u00f4t l\u2019euphorie pass\u00e9e, des probl\u00e8mes cruciaux se pos\u00e8rent au pays et mobilis\u00e8rent tout le monde.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">N\u00e9anmoins, les troupes th\u00e9\u00e2trales les plus organis\u00e9es et dont les animateurs ont pu pers\u00e9v\u00e9rer dans leur t\u00e2che, surv\u00e9curent et se d\u00e9velopp\u00e8rent gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide efficace des services de la Jeunesse et des Sports. Cette aide se concr\u00e9tisait par des subventions, mais surtout par des stages p\u00e9riodiques de formation dramatique et technique.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les services de la Jeunesse et des Sports cr\u00e9\u00e8rent un centre permanent de formation dramatique, dirig\u00e9 par des instructeurs plus ou moins comp\u00e9tents. Ce centre s\u2019appliqua \u00e0 former \u2013 pendant une dur\u00e9e de trois ans \u2013 de jeunes \u00e9l\u00e9ments que recrutait automatiquement la troupe nationale marocaine naissante.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">De tout cela d\u00e9coula un fait nouveau et tr\u00e8s important : la cr\u00e9ation d\u2019un \u00e9norme public \u2013 \u00e9norme par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale \u2013 avide de spectacle. Un public en friche, un public exploitable.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Et il fut exploit\u00e9. Des artistes dits populaires, tels feu Bouchaib Al Bidaoui, Abdeljabar Laouzir, Hammadi Amor et d\u2019autres, s\u2019appliqu\u00e8rent \u00e0 lui pr\u00e9senter de pauvres pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019intrigue st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e et aux effets m\u00e9diocres.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019essentiel \u00e9tait d\u2019aller dans le sens du public et de le rendre de moins en moins exigeant. Il suffisait de mettre en sc\u00e8ne un bon type de marrakchi ou de fassi, une caricature de chleuh avare ou de juif crasseux pour faire rire ce e bon public &gt; (1). Mais il faut quand m\u00eame rendre hommage \u00e0 ces hommes pour leur lucidit\u00e9. Tablant sur les travers du public et les exploitant \u00e0 fond, ils n\u2019ont jamais cru v\u00e9ritablement en la p\u00e9rennit\u00e9 de leur succ\u00e8s. Ils se sont tous h\u00e2t\u00e9s d\u2019investir leurs b\u00e9n\u00e9fices dans des affaires de b\u00e2timents ou de bijouterie par exemple.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019influence de ce th\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement n\u00e9faste. Il a tout d\u2019abord grandement contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9formation du go\u00fbt du public. D\u2019autant plus qu\u2019il \u00e9tait largement diffus\u00e9 par la radio et la t\u00e9l\u00e9vision. Par ailleurs, ce th\u00e9\u00e2tre a fig\u00e9 la pi\u00e8ce qui ne devenait plus que pr\u00e9texte \u00e0 coups de b\u00e2tons, \u00e0 jeux de mots grivois, etc\u2026 D\u2019o\u00f9 une scl\u00e9rose compl\u00e8te du sujet.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Aucun effort n\u2019\u00e9tait fait dans le sens d\u2019une recherche quelconque dans le costume ou dans le d\u00e9cor. La b\u00e2tardise et le manque de soin r\u00e9gnaient en ma\u00eetres.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Mais tout \u00e9tait justifi\u00e9 par un didactisme et une morale de bon aloi. Que de pi\u00e8ces m\u00e9diocres ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es portant en sous-titre \u2013 comme pour couper court \u00e0 toute critique malintentionn\u00e9e \u2013 pi\u00e8ce populaire, sociale let humanitaire \u00bb !<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Ce th\u00e9\u00e2tre, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, occupait \u2013 et occupe encore \u2013 une place de choix dans les programmes de la RTM, o\u00f9 s\u00e9vit d\u2019ailleurs la production-fleuve indigeste de M. Abdallah Chakroune.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Nous pouvons concevoir que des commer\u00e7ants v\u00e9reux essaient de faire fortune sur le dos du public, mais il est intol\u00e9rable que ces gens-l\u00e0 se trouvent dans un organisme \u00e9tatique qui se veut avant tout \u00e9ducateur du peuple.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Beaucoup de troupes amateurs tomb\u00e8rent dans le plagiat de ce th\u00e9\u00e2tre. N\u00e9anmoins un certain nombre de formations dramatiques firent de r\u00e9els efforts pour essayer de trouver la voie du th\u00e9\u00e2tre marocain. Que ce soit \u00e0 F\u00e8s, \u00e0 Casablanca ou \u00e0 Marrakech, nombre de jeunes gens consacr\u00e8rent tous leurs moments de loisirs au th\u00e9\u00e2tre. Rarement d\u2019ailleurs, leurs efforts furent reconnus et sanctionn\u00e9s par des r\u00e9compenses. Les diff\u00e9rents jurys \u2013 peu comp\u00e9tents \u2013 des festivals de th\u00e9\u00e2tre amateur pr\u00e9f\u00e9raient aux entreprises audacieuses celles plus conformistes.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019un mouvement amateur tr\u00e8s important florissait au Maroc. Aid\u00e9 plus ou moins efficacement par les services de la Jeunesse et des Sports et par les municipalit\u00e9s locales, il arrivait \u00e0 s\u2019imposer parfois par des \u0153uvres di5nes d\u2019int\u00e9r\u00eat. La vitalit\u00e9 ou le d\u00e9p\u00e9rissement de l\u2019amateurisme sont pour nous fort symptomatiques. Car la sant\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre amateur est le signe de la vitalit\u00e9 du mouvement th\u00e9\u00e2tral entier. Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que la crise du th\u00e9\u00e2tre que nous vivons actuellement ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par la baisse du niveau de l\u2019amateurisme.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019Etat a certes encourag\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre. Du moins \u00e0 un certain moment. Des moyens appr\u00e9ciables ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la disposition des animateurs du Centre des Recherches Dramatiques (\u00e9cole de formation), dont le r\u00f4le \u00e9tait de fournir \u00e0 la troupe nationale des techniciens et des com\u00e9diens.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Ce centre, malgr\u00e9 ses faiblesses, a rempli ce r\u00f4le. Il a p\u00each\u00e9 peut-\u00eatre par trop d\u2019occidentalisme. Les principaux animateurs \u2013 europ\u00e9ens du reste \u2013 ont toujours eu tendance suivant leurs conceptions politiques \u00e0 osciller entre Brecht et Moli\u00e8re. Etaient laiss\u00e9es dans l\u2019ombre toutes les traditions populaires marocaines.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Mais sit\u00f4t un certain nombre de com\u00e9diens et de techniciens fournis \u00e0 la troupe nationale, on se h\u00e2ta, \u00e0 la faveur de certaines circonstances, de fermer ce centre et de le liquider juridiquement.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La troupe nationale, pour sa part, a eu une influence d\u00e9terminante sur l\u2019\u00e9volution du th\u00e9\u00e2tre marocain. Elle a permis \u2013 avec des hauts et des bas \u2013 de tenter des exp\u00e9riences et a cristallis\u00e9 tous les efforts. C\u2019est par elle que le Maroc a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 et appr\u00e9ci\u00e9 plusieurs fois \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Mais, l\u00e0 encore, l\u2019aide de l\u2019Etat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 efficiente. Et tr\u00e8s t\u00f4t, la troupe s\u2019est d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9e et ses \u00e9l\u00e9ments sont partis vers des horizons divers.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Malgr\u00e9 tout cela, l\u2019Etat ne r\u00e9pugne pas \u00e0 remettre sur le tapis la question de la recr\u00e9ation de la troupe nationale \u00e0 l\u2019approche de manifestations officielles diverses.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Nous ne sommes pas contre tout th\u00e9\u00e2tre de circonstance. Car le v\u00e9ritable th\u00e9\u00e2tre a toujours \u00e9t\u00e9 un art de circonstance. Le th\u00e9\u00e2tre grec, les festivals d\u2019Avignon ou de Hammamet, les moussems au Maroc, etc\u2026 Mais pour nous, ces circonstances doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es dans la vie du peuple. Elles ne doivent pas r\u00e9pondre \u00e0 un besoin de propagande st\u00e9rile.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Or, pour que ce th\u00e9\u00e2tre r\u00e9ussisse, il lui faut des conditions telles qu\u2019il puisse s\u2019\u00e9panouir : libert\u00e9 d\u2019expression, moyens financiers\u2026<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Des exp\u00e9riences marginales ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9es, soit par certains hommes, soit par certaines organisations de masses.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La plus belle exp\u00e9rience fut patronn\u00e9e par l\u2019Union Marocaine du Travail (UMT) : celle du Th\u00e9\u00e2tre Travailliste. La centrale syndicale permit \u00e0 un certain nombre de jeunes \u00e9l\u00e9ments form\u00e9s au Maroc ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger de monter des pi\u00e8ces de leur choix pour les repr\u00e9senter en premier lieu aux masses ouvri\u00e8res et paysannes affili\u00e9es \u00e0 l\u2019UMT. Malgr\u00e9 1\u2033enthousiasme de certains, le manque de coh\u00e9sion de cette troupe ne lui permit pas de r\u00e9sister longtemps. L\u2019exp\u00e9rience avorta et l\u2019UMT n\u2019insistant pas, l\u2019affaire fut class\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019Union Nationale des Etudiants Marocains (UNEM), pour sa part, se vit offrir de patronner la jeune troupe du Th\u00e9\u00e2tre Universitaire Marocain. R\u00e9solument progressiste et tr\u00e8s engag\u00e9 politiquement, le TUM monta une pi\u00e8ce de Brecht et une pi\u00e8ce d\u2019Arrabal. En butte \u00e0 des difficult\u00e9s financi\u00e8res et autres tracasseries, le TUM cessa d\u2019exister. Pour sa part, l\u2019UNEM sut mal faire la part d\u2019un combat politique quotidien et d\u2019une exp\u00e9rience qui devait \u00eatre de longue haleine.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">L\u2019\u00e9chec de ces deux exp\u00e9riences prouve que seule une troupe de th\u00e9\u00e2tre jouissant d\u2019assez d\u2019autonomie par rapport \u00e0 toute organisation syndicale ou politique peut, dans la coh\u00e9sion et l\u2019enthousiasme, oeuvrer pour un th\u00e9\u00e2tre marocain moderne.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Paradoxalement par rapport au foisonnement de com\u00e9diens de talent, il existe tr\u00e8s peu d\u2019animateurs de troupes th\u00e9\u00e2trales .Farid Ben Barek a \u00e9t\u00e9 un des premiers jeunes metteurs en sc\u00e8ne qui, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une formation technique moderne, tant au Maroc qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger, ont rompu le monopole moli\u00e8resque et ont introduit des conceptions avant-gardistes dans le th\u00e9\u00e2tre marocain. Le nom de Ben Barek, qui a mont\u00e9 dans le cadre de la troupe nationale plusieurs pi\u00e8ces marocaines, notamment de Laalej, n\u2019est pas tant \u00e0 retenir \u00e0 cause d\u2019un souci de refonte et de reformulation du patrimoine artistique national qu\u2019\u00e0 cause de son effort d\u2019adaptation et de mise en sc\u00e8ne d\u2019un r\u00e9pertoire international qui sort des chemins battus. Tayeb Seddiki, autre metteur en sc\u00e8ne, eut, pourrait-on dire, plus de bonheur. Servi par une b\u00e9n\u00e9fique ambition et par un certain talent, il est devenu un peu apr\u00e8s 1956 un des piliers du th\u00e9\u00e2tre marocain. Principal animateur de l\u2019exp\u00e9rience du Th\u00e9\u00e2tre Travailliste et de la compagnie du Th\u00e9\u00e2tre Municipal de Casablanca, il se r\u00e9v\u00e9la tr\u00e8s t\u00f4t comme un excellent adaptateur. Son oeuvre a permis de d\u00e9montrer que le public marocain est capable d\u2019appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur le meilleur du r\u00e9pertoire international. L\u00e0 r\u00e9side la port\u00e9e de l\u2019\u0153uvre de la compagnie du Th\u00e9\u00e2tre Municipal de Casablanca. Non sans un certain courage, il sut d\u00e9passer le stade moli\u00e9resque et pr\u00e9senter le th\u00e9\u00e2tre \u00e9lisab\u00e9thain, russe\u2026 Il alla jusqu\u2019\u00e0 adapter s En attendant Godot a de Beckett. Ses spectacles ont toujours \u00e9t\u00e9 un exemple de s\u00e9rieux sur le plan technique. Quoique ses recherches n\u2019aient jamais \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement audacieuses, on peut constater chez lui un r\u00e9el souci de recherche esth\u00e9tique.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Sur le plan du langage, l\u2019apport de Seddiki est \u00e9galement positif. Rompant avec la tradition qui voulait que tout th\u00e9\u00e2tre d\u2019un niveau \u00ab s\u00e9rieux a emploie l\u2019arabe classique, difficilement compr\u00e9hensible pour le peuple, il opta une fois pour toutes pour le dialectal. II sut l\u2019enrichir de mani\u00e8re \u00e0 lui faire v\u00e9hiculer les id\u00e9es les plus complexes. Toutefois, il ne put \u00e9viter certaines facilit\u00e9s, tel l\u2019emploi abusif de jeux de mots primaires et d\u2019expressions frisant une obsc\u00e9nit\u00e9 de mauvais go\u00fbt. Mais Seddiki pr\u00e9sente des contradictions plus graves. La vacuit\u00e9 qui existe dans le domaine du th\u00e9\u00e2tre au Maroc met dangereusement en relief les quelques noms disponibles. Noms qui imposeront une optique \u00e9triqu\u00e9e au d\u00e9triment d\u2019un mouvement de recherche qui ne trouve pas les structures n\u00e9cessaires \u00e0 son \u00e9laboration. De l\u00e0 une ad\u00e9quation de l\u2019article \u00e0 la commande au lieu de la poursuite d\u2019une aventure cr\u00e9atrice personnelle. L\u2019artiste adopte finalement un opportunisme payant et prostitue son talent jusqu\u2019\u00e0 devenir un simple amuseur officiel. L\u00e0 encore, nous nous devons de pr\u00e9ciser que nous ne sommes pas contre tout artiste qui participe \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie officielle. Mais nous sommes contre toute syst\u00e9matisation et contre l\u2019exc\u00e8s dans la propagande.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Seddiki se trouve \u00eatre, par la force des choses, le repr\u00e9sentant du th\u00e9\u00e2tre marocain \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Il est le seul auquel on reconna\u00eet la compl\u00e8te repr\u00e9sentativit\u00e9, c\u2019est pour cela que nous estimons de notre devoir d\u2019\u00eatre intransigeant envers lui et son \u0153uvre.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Seddiki est un artiste talentueux, non pas tellement comme acteur mais comme animateur. Il est de ces hommes autour desquels se cristallise un mouvement. Mais a-t-il rempli son r\u00f4le ? Non, car le th\u00e9\u00e2tre est une entreprise collective, une entreprise de groupe. Une forte personnalit\u00e9 comme Seddiki ne peut \u00eatre efficiente que dans la mesure o\u00f9 elle r\u00e9unit autour d\u2019elle une \u00e9quipe homog\u00e8ne et enthousiaste. Ce qui est tout \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la politique de Seddiki qui a l\u2019air de consid\u00e9rer que le th\u00e9\u00e2tre est une affaire o\u00f9 l\u2019on n\u2019emploie \u00e0 plein temps que sa famille. Jamais des artistes professionnels qu\u2019on r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat de mercenaires d\u2019occasion, corv\u00e9ables \u00e0 merci.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Dans ces conditions, aucune oeuvre de longue haleine ne peut \u00eatre entreprise. L\u00e0 est le d\u00e9faut de la cuirasse seddikienne.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Actuellement un tournant semble s\u2019op\u00e9rer chez Seddiki qui entreprend \u2013 avec bonheur ? \u2013 d\u2019\u00e9crire. Il est malgr\u00e9 tout trop t\u00f4t pour essayer de parler du Seddiki dramaturge. Toutefois la d\u00e9cision de Seddiki de commencer \u00e0 \u00e9crire est r\u00e9v\u00e9latrice. Ind\u00e9niablement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir des dramaturges nationaux se fait sentir. Le public a soif de production nationale et ne trouve pour sa consommation que les fort mauvaises pi\u00e8ces dont nous avons parl\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Or il n\u2019existe actuellement, ou du moins il ne s\u2019est impos\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, qu\u2019un seul dramaturge marocain : Ahmed Ta\u00efeb Laalej. Les oeuvres d\u2019un Al Badoui, d\u2019un Abdallah Chakroune ou d\u2019un Al Masbahi par exemple sont tellement indi\u00acgentes sur le plan litt\u00e9raire qu\u2019il ne serait pas s\u00e9rieux de consid\u00e9rer leurs auteurs comme des dramaturges. Aziz Seghrouchni manque d\u00e9cid\u00e9ment d\u2019originalit\u00e9. Quant \u00e0 la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, qui se veut \u00eatre dans la lign\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre occidental de l\u2019absurde, elle n\u2019a pas encore assez produit pour permettre de faire parler d\u2019elle. De toutes mani\u00e8res, ce th\u00e9\u00e2tre se trouve \u00eatre beaucoup plus parabolique qu\u2019autre chose.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019expression fran\u00e7aise (Kaddour ben Ghabrit, Farid Faris) est sans aucune profondeur. II est compl\u00e8tement d\u00e9phas\u00e9 par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 linguistique du pays qui devient intol\u00e9rante lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019expression th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Reste alors le seul Ta\u00efeb Laalej. V\u00e9ritable homme du peuple et m\u00e9moire extraordinaire, Laalej est un des moments les plus importants du th\u00e9\u00e2tre national. N\u2019ayant au d\u00e9part \u00e9t\u00e9 handicap\u00e9 par aucun apport \u00e9tranger, il a d\u2019embl\u00e9e essay\u00e9 de puiser son inspiration dans la riche tradition orale. Lui-m\u00eame d\u2019ailleurs se d\u00e9fend d\u2019\u00eatre un cr\u00e9ateur et ne se veut qu\u2019un adaptateur du fond populaire. Laalej est donc essentiellement une m\u00e9moire peu commune au service d\u2019une voix originale. Car Laalej n\u2019\u00e9crit pas, il raconte comme ses ma\u00eetres de Bab Guissa ou de Jama\u00e2 Lfna.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Malheureusement il s\u2019av\u00e8re qu\u2019il ne poss\u00e8de pas assez de souffle pour d\u00e9passer ce stade et arriver \u00e0 diluer ce fond oral pour faire oeuvre moderne. Laalej ne sent pas le moisi, loin de l\u00e0 ; il est m\u00eame p\u00e9tillant de vie mais il donne l\u2019impression de t\u00e9moigner d\u2019un autre c monde a qui n\u2019est plus le n\u00f4tre.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Par ailleurs, la facture dramatique de ses pi\u00e8ces n\u2019est pas assez muscl\u00e9e et ses sc\u00e8nes sont la plupart du temps insuffisamment travaill\u00e9es. Les personnages sont g\u00e9n\u00e9ralement mal d\u00e9limit\u00e9s et de m\u00eames effets abusivement exploit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Mais malgr\u00e9 tous ses d\u00e9fauts, Laalej demeure le seul dramaturge authentiquement marocain, le seul \u00e0 contribuer r\u00e9ellement \u00e0 la cr\u00e9ation au Maroc d\u2019un arabe moderne et fonctionnel, adapt\u00e9 aux conditions sp\u00e9cifiques du pays. Judicieux alliage entre l\u2019arabe classique et le dialectal, la langue de Laalej \u2013 malgr\u00e9 des imperfections \u2013 est un bel exemple \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 ceux qui nous assomment avec des formules st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es venant tout droit des moua\u2019Ilaqat ant\u00e9-islamiques.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Des hommes valables et des exemples \u00e0 suivre sont donc l\u00e0 sous nos yeux. N\u2019emp\u00eache que tout le monde s\u2019accorde \u00e0 constater un \u00e9tat de crise dans notre th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Or le public existe. Comme nous le remarquions plus haut, l\u2019ind\u00e9pendance a op\u00e9r\u00e9 un tournant radical dans la mentalit\u00e9 marocaine. Depuis 1956, nous assistons \u00e0 un rush des marocains vers les loisirs. Ce rush a \u00e9t\u00e9 et continue d\u2019\u00eatre exploit\u00e9 par des gens malhonn\u00eates. N\u00e9anmoins, des exp\u00e9riences int\u00e9ressantes ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9es et nous semblent indiquer le chemin \u00e0 suivre (le Th\u00e9\u00e2tre Municipal de Casablanca).<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">La demande populaire se fait grandissante mais cela n\u2019est pas une garantie de qualit\u00e9. Ce n\u2019est donc que par une politique d\u2019aide intelligente que l\u2019Etat peut \u00e9lever le niveau g\u00e9n\u00e9ral du th\u00e9\u00e2tre marocain. Cr\u00e9er une troupe nationale valable et subventionner les th\u00e9\u00e2tres les plus dynamiques, obligerait les m\u00e9diocres \u00e0 dispara\u00eetre devant la concurrence.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Malheureusement on semble consid\u00e9rer le th\u00e9\u00e2tre \u2013 et en g\u00e9n\u00e9ral tout art \u2013 comme un parent pauvre. D\u00e8s qu\u2019on commence \u00e0 parler aust\u00e9rit\u00e9, on songe \u00e0 asphyxier entre autres le th\u00e9\u00e2tre. Etat de fait regrettable qui emp\u00eache la tenue, par exemple, du festival de th\u00e9\u00e2tre amateur.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Nous sommes d\u2019ailleurs heureux que l\u2019\u00e9tat de crise actuel ait \u00e9t\u00e9 mortel pour un certain th\u00e9\u00e2tre alimentaire. Actuellement il s\u2019agit de repenser notre th\u00e9\u00e2tre en fonction de nos besoins et du devenir de notre pays. Il ne faut pas que les services de la Jeunesse et des Sports se croient oblig\u00e9s de mettre dans une circulaire : Pr\u00e9senter pi\u00e8ce parlant du barrage de l\u2019Oued Ziz \u00bb. Le danger est grand de tomber dans un dirigisme inintelligent. Si notre th\u00e9\u00e2tre se fait populaire, il ne peut qu\u2019\u00eatre le reflet agissant de notre lutte pour un Maroc meilleur.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Pour l\u2019instant, des t\u00e2ches semblent devoir se poser \u00e0 tout artiste. D\u2019abord lutter pour constituer des cellules de travail, c\u2019est-\u00e0-dire des troupes homog\u00e8nes qui ne seraient pas des instruments entre les mains d\u2019apprentis dictateurs. Faire des recherches pour retrouver et nous impr\u00e9gner de notre patrimoine national, pour aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un th\u00e9\u00e2tre original et authentiquement marocain. C\u2019est dans cette seule mesure que nous pourrions nous targuer de contribuer \u00e0 l\u2019enrichissement de la culture mondiale.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Etat doit contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9largissement du public th\u00e9\u00e2tral, actuellement circonscrit dans les grandes villes (1) en construisant des salles de spectacles, ou en trouvant les moyens de porter le th\u00e9\u00e2tre \u2013 d\u2019une mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re et non pas \u00e9pisodique \u2013 jusque dans les plus lointains douars.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Car si le public actuel est \u00e9norme par rapport \u00e0 celui d\u2019avant 1956, il ne repr\u00e9sente \u00e0 peu pr\u00e8s rien comparativement au public potentiel. Ajoutons \u00e0 cela que l\u2019Etat se doit de contr\u00f4ler l\u2019emploi de ses subventions et de son aide. Est-il normal que Tayeb Seddiki, directeur du th\u00e9\u00e2tre Municipal de Casablanca, emploie l\u2019argent du contribuable marocain \u00e0 pr\u00e9senter des spectacles boulevardiers (Galas Karsenty) et des chanteurs y\u00e9-y\u00e9. Le Th\u00e9\u00e2tre de Casablanca appartient \u00e0 ceux qui le financent, c\u2019est-\u00e0-dire aux marocains et non \u00e0 une minorit\u00e9 de privil\u00e9gi\u00e9s \u00e9trangers.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Nous trouvons donc tout \u00e0 fait normal que dans la situation o\u00f9 il se trouve (divorce d\u2019avec le vrai public), le th\u00e9\u00e2tre marocain connaisse une crise grave. Elle peut \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique dans la mesure o\u00f9 responsables et artistes op\u00e8rent un changement radical et s\u2019appliquent \u00e0 aller dans le sens de la demande populaire.<\/p>\n<p class=\"has-black-color has-text-color\">Au contact de son v\u00e9ritable public qui l\u2019irriguera, le th\u00e9\u00e2tre marocain retrouvera sa vitalit\u00e9 et occupera une place de choix sur les sc\u00e8nes internationales.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Le mariage sans permission\u00a0\u00bb, pi\u00e8ce type de ce genre de th\u00e9\u00e2tre a re\u00e7u le premier prix au 4e festival de th\u00e9\u00e2tre amateur et a \u00e9t\u00e9 Jou\u00e9e plus de 300 fois au Maroc (chiffre record).<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2022\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et m\u00eame dans les grandes villes, la situation n\u2019est pas brillante. Marrakech, ville de 250.000 habitants, pas de th\u00e9\u00e2tre. Casablanca, ville d\u2019un million d\u2019habitants, une salle plus les ar\u00e8nes (en ville moderne).<\/p>\n<p>L\u2019article <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/ou-va-le-theatre-au-maroc.html\">O\u00f9 va le th\u00e9\u00e2tre au Maroc ?<\/a> est apparu en premier sur <a rel=\"nofollow\" href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/\">ALBAYANE<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>Auteur: M&rsquo;hammed rahal<br \/>\n<a href=\"http:\/\/albayane.press.ma\/ou-va-le-theatre-au-maroc.html\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Post mortem Cet article de l\u2019\u00e9minent journaliste,\u00a0 Abdellah Stouky, publi\u00e9 en 1966 sur les colonnes de la revue maghr\u00e9bine \u00ab\u00a0Souffles\u00a0\u00bb consiste une v\u00e9ritable diatribe contre la production th\u00e9\u00e2trale apr\u00e8s une d\u00e9cennie de l\u2019ind\u00e9pendance du Royaume. Dot\u00e9 un regard anthropologique, l\u2019auteur affirme que le 6\u00e8me art existait bel et bien avant l\u2019\u00e8re du colonialisme. 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