{"id":17132,"date":"2019-02-25T07:04:00","date_gmt":"2019-02-25T12:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-kilani-mustapha-filali-une-vie-riche-et-altruiste\/"},"modified":"2019-02-25T07:04:00","modified_gmt":"2019-02-25T12:04:00","slug":"mohamed-kilani-mustapha-filali-une-vie-riche-et-altruiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-kilani-mustapha-filali-une-vie-riche-et-altruiste\/","title":{"rendered":"Mohamed Kilani: Mustapha Filali, une vie riche et altruiste"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"c3\">A pr\u00e8s de 98, Mustapha Filali, l\u2019une des figures politiques et syndicalistes, mais aussi litt\u00e9raires tunisiennes de proue nous a quitt\u00e9s, dimanche 20 janvier dernier Dans un peu plus deux ans, le 5 juillet 2021, il aurait \u00e9t\u00e9 centenaire. Jusqu\u2019\u00e0 tout r\u00e9cemment, il \u00e9tait rest\u00e9 toujours actif, revigor\u00e9 apr\u00e8s le 14 janvier 2011, participant \u00e0 tous les d\u00e9bats, d\u00e9clinant toute charge \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat ou du gouvernement.<\/span>Pendant\u00a0 quelques heures, il a \u00e9t\u00e9 le chef du gouvernement qui a fait l\u2019unanimit\u00e9. S\u2019il s\u2019\u00e9tait r\u00e9tract\u00e9, c\u2019\u00e9tait suite \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration fulgurante de l\u2019environnement tant au niveau des r\u00e9seaux sociaux que de l\u2019\u00e9gocentrisme de certains partis influents. Ainsi Mustapha Filali est rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 sa philosophie de vie, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation qu\u2019il a re\u00e7ue et \u00e0 son ancrage\u00a0 rural que la vie citadine n\u2019est jamais parvenue \u00e0 pervertir.\u00a0 Il\u00a0 faisait m\u00eame partie de ceux qui cherchaient la lumi\u00e8re pour mieux voir et non pour briller comme c\u2019est le cas de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019hommes publics. C\u2019est ainsi qu\u2019il est demeur\u00e9 sa vie durant un homme simple, humble et, surtout,\u00a0 disponible et accessible. Mais d\u00e8s que vous engagez avec lui une discussion, vous d\u00e9couvrez un esprit vif, dot\u00e9 d\u2019une \u00e9rudition qui met son interlocuteur dans l\u2019obligation d\u2019observer un minimum de rigueur pour tenir la route. Mais tous ceux qui l\u2019ont c\u00f4toy\u00e9 peuvent t\u00e9moigner: Mustapha Filali a une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute impressionnante car, d\u2019une part, il aime se transformer \u00e0 chaque instant en apprenti, qui est la qualit\u00e9 des grands et, d\u2019autre part, il cherche \u00e0 conna\u00eetre son vis-\u00e0-vis pour mieux cerner sa personnalit\u00e9 et le classer dans la cat\u00e9gorie intellectuelle ou cognitive qui lui sied. C\u2019est donc un homme rationnel et pragmatique qui ne se laissait pas tromper par les pr\u00e9jug\u00e9s. Cela concernait l\u2019homme, mais le personnage avait plusieurs statuts et plus d\u2019une corde \u00e0 son arc puisqu\u2019il est \u00e9tabli que tout homme est complexe et multiple et que chaque catalyseur peut d\u00e9gager une facette de sa personnalit\u00e9.<br \/>Voyage dans le pass\u00e9 de cet homme que les Tunisiens ont d\u00e9couvert sur le tard \u00e0 la faveur d\u2019une r\u00e9volution qui tra\u00eene encore et qui ne semble pas pr\u00eate \u00e0 livrer son verdict.<\/p>\n<h2>Parcours<\/h2>\n<p>Mustapha Filali est n\u00e9 le 5 juillet 1921 \u00e0 Adhla, un village situ\u00e9 \u00e0 dix kilom\u00e8tres de Sidi Ali Ben Nasrallah. Apr\u00e8s un court passage \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, il poursuit sa scolarit\u00e9 au coll\u00e8ge Sadiki gr\u00e2ce \u00e0 la bienveillante tutelle de son oncle maternel Mohamed\u00a0 Foudhaili, magistrat \u00e0 la Driba de Tunis. Mais la guerre interrompt brusquement ses \u00e9tudes en 1940, baccalaur\u00e9at en poche. Son p\u00e8re d\u00e9sire le promettre dans le corps des kalifats (d\u00e9l\u00e9gu\u00e9) mais la fonction n\u2019emballe pas le bonhomme qui ne se sent pas pr\u00eat pour cette notabilit\u00e9 servile et qui ali\u00e8ne son \u00e9lan vers d\u2019autres paliers du Savoir. Il tente m\u00eame une travers\u00e9e clandestine vers l\u2019Europe mais sans succ\u00e8s. Un premier emploi \u00e0 la radio en 1943 lui permet de parcourir le pays en tant que reporter mais un sous-pr\u00e9fet malveillant, officiant chez lui \u00e0 Nasrallah, lui cause du tort en lui collant un d\u00e9lit imaginaire pour plaire aux Fran\u00e7ais et r\u00e9duire \u00e0 deux ans la carri\u00e8re de ce jeune Tunisien vif et dynamique. Douze ans apr\u00e8s, il savourera sa revanche en revenant \u00e0 la radio en tant que directeur. Le mariage en 1944 dans l\u2019intimit\u00e9 et l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 est son grand premier \u00e9v\u00e9nement existentiel avant de s\u2019envoler pour Paris et comprimer en deux ans ce qui exige habituellement quatre ann\u00e9es pour l\u2019obtention d\u2019une licence \u00e0 la Sorbonne en lettres arabes.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/4(23).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"686\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Avide d\u2019apprendre, il assiste \u00e0 toutes les joutes culturelles dans le Quartier latin o\u00f9 se c\u00f4toient le Coll\u00e8ge de France, la Sorbonne, le Panth\u00e9on, soit autant d\u2019institutions qui \u00e9veillent l\u2019\u00e9tudiant sur les arguments de la grandeur de la France et sur les conditions de la r\u00e9ussite tant individuelle que collective. C\u2019est alors qu\u2019il fait la connaissance \u00e0 Pau du plus illustre des Tunisiens, Moncef Bey, auquel il a rendu visite en compagnie d\u2019Ahmed Ben Salah. Il en profite pour mesurer la dimension de l\u2019homme et saisir la r\u00e9alit\u00e9 tunisienne sous d\u2019autres latitudes.Le retour en Tunisie le confronte \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 am\u00e8re : la France qui a suscit\u00e9 son admiration et parachev\u00e9 sa formation est la m\u00eame qui maltraite ses concitoyens en tant que colonisateur ne conc\u00e9dant que tr\u00e8s peu \u00e0 la souverainet\u00e9 du Bey ou du gouvernement. Il retrouve Sadiki mais en tant qu\u2019enseignant et choisit le syndicat pour se lancer dans le combat politique; sa rencontre avec Farhat Hached g\u00e9n\u00e8re une amiti\u00e9 fr\u00f4lant la complicit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2(40).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"531\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Le 5 d\u00e9cembre 1952, c\u2019est chez Mustapha Filali \u00e0 Rad\u00e8s que se rend le grand syndicaliste pour y laisser son fils a\u00een\u00e9 Noureddine avant son rendez-vous avec la mort quinze minutes plus tard, le reste de la famille \u00e9tant \u00e0 Sousse. C\u2019est un drame qui aiguise chez Mustapha Filali la rage de revanche avec tous les moyens dont il peut disposer pour honorer la m\u00e9moire de son prestigieux ami. A l\u2019Ugtt, il se d\u00e9ploie \u00e0 fond et c\u00f4toie des hommes de qualit\u00e9 : Mahmoud Messaadi, Lamine Chebbi, Abdallah Farhat, Mahmoud Khiari, Ahmed Ben Salah, etc. Au congr\u00e8s du Parti destourien en novembre 1955 quand, \u00e0 la faveur d\u2019une confusion inattendue, la pr\u00e9sentation du programme \u00e9conomique lui \u00e9choit en sa qualit\u00e9 de repr\u00e9sentant de l\u2019Ugtt au fait de la r\u00e9alit\u00e9 socio\u00e9conomique du pays, il r\u00e9alise qu\u2019il a un grand rendez-vous avec l\u2019Histoire.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/3(29).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"519\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Il passe une nuit blanche pour structurer et r\u00e9diger le projet, mais quand on lui demande de le pr\u00e9senter, il pr\u00e9f\u00e8re simuler l\u2019improvisation, impressionnant ainsi l\u2019auditoire et surtout Habib Bourguiba qui retient son nom pour les besoins d\u2019une cause imminente. Quelques mois plus t\u00f4t, il \u00e9tait nomm\u00e9 premier directeur tunisien de la radio l\u00e0 o\u00f9 il avait connu ses d\u00e9buts professionnels avec la m\u00e9saventure qui a failli briser son avenir. Cette fois, c\u2019est un test grandeur nature qui va r\u00e9v\u00e9ler son savoir-faire et son sens politique.<\/p>\n<h2>Bonjour la R\u00e9publique<\/h2>\n<p>Le 15 avril 1956, Mustapha Filali figure donc tr\u00e8s naturellement dans le premier gouvernement de la Tunisie ind\u00e9pendante, ce qui d\u00e9passe de loin le projet initial du g\u00e9niteur. D\u2019abord pressenti aux Finances, il atterrit \u00e0 l\u2019Agriculture, Bourguiba l\u2019ayant nomm\u00e9 \u00e0 ce poste pour son ancrage r\u00e9gional qui doit l\u2019avoir impr\u00e9gn\u00e9 sur les m\u00e9canismes du secteur, tout en lui faisant confiance pour son bagage intellectuel qui doit le secourir aux moments difficiles. De Gaulle disait \u00e0 juste titre: \u00abIl y a des probl\u00e8mes qu\u2019on r\u00e9sout gr\u00e2ce \u00e0 la culture g\u00e9n\u00e9rale.\u00bb Le jeune ministre est confront\u00e9 d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la plus vaste invasion de sauterelles. La protection du patrimoine v\u00e9g\u00e9tal contre les acridiens s\u2019organise dans des conditions d\u2019une s\u00e9v\u00e8re p\u00e9nurie financi\u00e8re. Filali fait \u00e9galement face \u00e0 des difficult\u00e9s complexes d\u00e9coulant de la mainmise des colons, des probl\u00e8mes de financement, d\u2019exploitation, de distribution et de modernisation, sans entraver la question de l\u2019emploi. Vaste programme qui n\u00e9cessite une strat\u00e9gie, des moyens et de la patience. Mais l\u2019homme ne durera pas \u00e0 son poste et doit suppl\u00e9er le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 de B\u00e9chir Ben Yahmed de l\u2019Information* (en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est Abdallah Farhat qui assure l\u2019int\u00e9rim du 20 septembre au 1er octobre 1957). Cette nouvelle fonction le mettra devant des situations autrement plus d\u00e9licates en raison des motivations du Pr\u00e9sident dans son ascension politique et des libert\u00e9s consomm\u00e9es par la presse internationale. Quant \u00e0 la presse locale, elle ne pr\u00e9sente pas de menaces majeures par le m\u00e9canisme pervers de la nomination et de la dissuasion. Dans ce contexte, Mustapha Filali doit trouver le bon \u00e9quilibre et g\u00e9rer les humeurs de Bourguiba autant soucieux de son image que de son autorit\u00e9. Cela doit durer un an car l\u2019in\u00e9luctable finit par se produire puisque son remplacement s\u2019imposait. En pr\u00e9sentant sa d\u00e9mission, il tenta de sauver son amour-propre sans signifier au pr\u00e9sident la moindre insubordination. Il se retrouve alors en charge des Domaines de l\u2019Etat au Premier minist\u00e8re \u00e0 la faveur de l\u2019exp\u00e9rience acquise au minist\u00e8re de l\u2019Agriculture.<\/p>\n<p class=\"c4\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(42).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"377\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<p>Ce fut sans doute la plus difficile mission \u00e0 laquelle un responsable se trouve confront\u00e9: conjuguer la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019un peu plus d\u2019un million d\u2019hectares du patrimoine foncier spoli\u00e9 avec la sauvegarde du potentiel de production agricole. C\u2019est une bonne pr\u00e9paration pour une fonction nouvellement cr\u00e9\u00e9e: la banque agricole\u00a0 (1960-62). Mais c\u2019est ensuite qu\u2019il doit durer dans une fonction qui va l\u2019\u00e9veiller sur la r\u00e9alit\u00e9 du pays : la direction des \u00e9tudes \u00e9conomiques et sociales \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Tunis. Pendant cinq ans, il dirige et c\u00f4toie une population avis\u00e9e de chercheurs et d\u2019universitaires aux prises avec les statistiques, les tendances et les contraintes tant des gouvernants que des gouvern\u00e9s.\u00a0 Au m\u00eame moment, son compagnon \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019Ugtt et au gouvernement, Ahmed Ben Salah, doit se d\u00e9ployer au-del\u00e0 de la capacit\u00e9 d\u2019un seul homme pour relever un d\u00e9fi insens\u00e9 et improbable: ancrer le coop\u00e9rativisme en Tunisie. Ses dispositions psychologiques, malgr\u00e9 son d\u00e9vouement au service du pays, ne sont pas au meilleur niveau. Mais il affectionne de combattre le scepticisme de la r\u00e9flexion par l\u2019optimisme de l\u2019action. A l\u2019Assembl\u00e9e nationale o\u00f9 il si\u00e8ge depuis 1956, il a parfois le sentiment de ramer \u00e0 contre-courant tellement les suppos\u00e9s \u00e9lus du peuple ont dans leur grande majorit\u00e9 abandonn\u00e9 leur libert\u00e9 d\u2019esprit au profit du Parti et du Combattant supr\u00eame.<\/p>\n<p>Lui refuse de vendre son \u00e2me et ne songe pas un moment \u00e0 c\u00e9der sur les principes pour une \u00e9ph\u00e9m\u00e8re nomination qui ne figure pas dans ses aspirations essentielles, m\u00e9prisant au passage tous les thurif\u00e9raires, les hypocrites et les opportunistes comme le montre une croustillante chronique figurant dans son livre Les tables de l\u2019Inchirah o\u00f9 il relate des p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019abandon du calendrier h\u00e9girien. C\u2019est que l\u2019homme avait jur\u00e9 all\u00e9geance \u00e0 la nation sans manquer de loyaut\u00e9 envers Bourguiba. Il ne reviendra plus au gouvernement n\u2019\u00e9tant pas un homme capable de d\u00e9magogie pour exalter les vertus et les choix du chef de l\u2019Etat. Il a le sentiment d\u2019\u00eatre un homme seul mais en sauvant son \u00e2me, il est en mesure de savourer sa solitude; m\u00eame ses adversaires, dans leur for int\u00e9rieur, lui conc\u00e8dent une respectabilit\u00e9 inversement proportionnelle \u00e0 sa taille.\u00a0 L\u2019Organisation internationale du travail vient \u00e0 son secours, en 1967, pour lui offrir l\u2019opportunit\u00e9 de vivre une autre exp\u00e9rience et de s\u2019expatrier \u00e0 Alger avec une navette r\u00e9guli\u00e8re sur Gen\u00e8ve. Pendant cinq ans, il se d\u00e9lecte d\u2019un travail qui le prom\u00e8ne \u00e0 travers ses domaines de pr\u00e9dilection tout en s\u2019enrichissant de rencontres d\u2019un grand acabit et de divers horizons. Et c\u2019est \u00e0 Alger qu\u2019il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec deux Tunisiens de marque: Drs Ali Okbi et Saadeddine Zmerli. Il ne revient en Tunisie que lorsque Bourguiba le rappellera \u00e0 son bon souvenir pour lui confier la direction du Parti, un an et demi apr\u00e8s avoir jet\u00e9 en prison son ami Ahmed Ben Salah. Mustapha Filali vit un v\u00e9ritable dilemme et craint d\u2019\u00eatre qualifi\u00e9 par son ami d\u2019infid\u00e9lit\u00e9 pour avoir accept\u00e9 de coop\u00e9rer avec le bourreau. Mais quelle marge peut-il avoir avec un pr\u00e9sident gagn\u00e9 par l\u2019ivresse du pouvoir?<\/p>\n<p>Au PSD, il doit g\u00e9rer les d\u00e9g\u00e2ts collat\u00e9raux du congr\u00e8s de Monastir (11-15 octobre 1971). Durant quinze mois, il vit des situations et des sc\u00e8nes qui l\u2019\u00e9veillent sur l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019instaurer la d\u00e9mocratie en Tunisie; ni Bourguiba ni les membres du Bureau politique ne sont enclins \u00e0 conc\u00e9der au peuple pouvoir ou privil\u00e8ges. En partant le 31 d\u00e9cembre 1972, il a le sentiment de se d\u00e9faire d\u2019un fardeau plus lourd que sa capacit\u00e9 d\u2019endurance, sortant d\u00e9finitivement du giron national. Sa carri\u00e8re se poursuit \u00e0 l\u2019\u00e9chelle maghr\u00e9bine en sa qualit\u00e9 de repr\u00e9sentant de la Tunisie au sein de la commission consultative maghr\u00e9bine (1973-89), ce qui l\u2019habilitera \u00e0 devenir le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UMA pendant deux ans (1990 et 91). Cette exp\u00e9rience l\u2019\u00e9difie sur le potentiel de la r\u00e9gion; mais \u00e9galement sur les occasions manqu\u00e9es en raison des blocages politiques d\u00e9coulant de l\u2019ego surdimensionn\u00e9 des dirigeants de la r\u00e9gion et de leur l\u00e2chet\u00e9 envers leurs peuples respectifs. Mustapha Filali en parlera avec amertume lors du 17\u00e8me anniversaire de l\u2019UMA (voir encadr\u00e9). Mais c\u2019est le 7 novembre 1987 qu\u2019il vit une sensation \u00e9trange: en tant que d\u00e9put\u00e9, il doit accepter le nouveau pr\u00e9sident, sans pr\u00e9juger de la capacit\u00e9 de Ben Ali \u00e0 s\u2019\u00e9lever \u00e0 la hauteur de sa fonction. Le naufrage de Bourguiba l\u2019\u00e9coeure sans le surprendre; il ne peut s\u2019emp\u00eacher de conclure que \u00abla politique est cruelle, elle ne fait gr\u00e2ce \u00e0 personne, m\u00eame pas \u00e0 ses enfants g\u00e2t\u00e9s.\u00bb (Fran\u00e7oise Giroud)<\/p>\n<p class=\"c4\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/0(10).jpg\" alt=\"\" width=\"700\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"743\" align=\"middle\"\/><\/p>\n<h2>La R\u00e9volution ou la seconde vie<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s deux coups du sort durs \u00e0 traverser, \u2014le d\u00e9c\u00e8s de sa fille puis celui de son \u00e9pouse\u2014, Mustapha Filali\u00a0 retrouve une autre vie \u00e0 la faveur d\u2019une r\u00e9volution qui l\u2019a surpris par sa vitesse. Du coup, il occupe sa place dans l\u2019espace public jusque-l\u00e0 verrouill\u00e9 et r\u00e9serv\u00e9 exclusivement aux thurif\u00e9raires des anciens r\u00e9gimes. Ses prestations \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision le r\u00e9v\u00e8lent au grand public gr\u00e2ce \u00e0 autant de d\u00e9monstrations de sagesse et de perspicacit\u00e9. Son approche ne n\u00e9glige aucun aspect des exigences de la mat\u00e9rialisation dans les actes de la rupture avec un r\u00e9gime fond\u00e9 sur l\u2019oligarchie et les privil\u00e8ges. Il souffle m\u00eame l\u2019id\u00e9e d\u2019un toilettage \u00e0 apporter \u00e0 la Constitution pour installer le pays dans la stabilit\u00e9. Sollicit\u00e9 par le pr\u00e9sident par int\u00e9rim Foued Mebazza, il prend l\u2019initiative d\u2019y associer ses compagnons Ahmed Ben Salah et Ahmed Mestiri, estimant que le trio peut avoir davantage de poids. Une initiative candide qui fera avorter le projet d\u2019un Conseil r\u00e9publicain annonc\u00e9 puis d\u00e9menti en raison des r\u00e9ticences occultes de ceux qui souhaitent jouer un r\u00f4le politique et qui y sont parvenus plus tard. Le 15 mars, il se retrouve membre de la Haute instance pour la r\u00e9alisation des objectifs de la r\u00e9volution, de la r\u00e9forme politique et de la transition d\u00e9mocratique. A quatre-vingt-dix ans, il est encore reconnu capable de servir son pays. S\u2019il en est flatt\u00e9 et rassur\u00e9, il n\u2019est pas moins contrari\u00e9 par le d\u00e9roulement des s\u00e9ances pl\u00e9ni\u00e8res tant la passion a le plus souvent domin\u00e9 les d\u00e9bats. En tant que doyen de cette instance, il s\u2019emploie \u00e0 faire pr\u00e9valoir la voix de la sagesse au c\u0153ur d\u2019un tumulte symptomatique des frustrations du pass\u00e9. Il se contentera de vivre cette exp\u00e9rience inesp\u00e9r\u00e9e avec l\u2019espoir qu\u2019elle servira \u00e0 baliser la voie de la d\u00e9mocratie. Son action touche \u00e9galement au domaine associatif et culturel sans infl\u00e9chir son programme habituel fond\u00e9 sur la lecture et l\u2019\u00e9criture. Il est sollicit\u00e9 par les m\u00e9dias, les associations et certains hommes politiques d\u00e9sireux de s\u2019inspirer de son exp\u00e9rience \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019embrigader. Il affiche une disponibilit\u00e9 tout en prenant ses distances d\u2019autant qu\u2019aucune formation politique n\u2019a pu r\u00e9pondre \u00e0 ses exigences. Apr\u00e8s les \u00e9lections du 23 octobre 2011, son r\u00f4le se modifie par la force des choses: l\u2019\u00e9quilibre des forces bascule dangereusement en faveur de la rue. Cela lui inspire une chronique tr\u00e8s charg\u00e9e: \u00ab<em>Y a-t-il encore un Etat en Tunisie?<\/em>\u00bb, publi\u00e8e par Assabah le 31 mai 2012. Il y d\u00e9veloppe, faits \u00e0 l\u2019appui, la f\u00e2cheuse tendance de la d\u00e9liquescence de l\u2019Etat, tout en tirant la sonnette d\u2019alarme pour mettre les gouvernants devant leur responsabilit\u00e9 historique. Son inqui\u00e9tude cro\u00eet \u00e0 mesure que d\u00e9ferlent les travers\u00e9es clandestines sur l\u2019Europe synonymes de d\u00e9sesp\u00e9rance. Il reprend sa plume pour fustiger \u00e0 Assabah le 5 septembre 2012 \u00ab<em>Les embarcations de la mort<\/em>\u00bb les pouvoirs publics pour leur passivit\u00e9, \u00e0 la limite de la complaisance, voire de la complicit\u00e9, tant le fl\u00e9au est devenu flagrant et monstrueux. De son c\u00f4t\u00e9, le projet de loi visant la protection de la r\u00e9volution l\u2019interpelle et l\u2019indigne. Il brode un r\u00e9quisitoire d\u2019une grande pertinence mettant en garde sur les menaces que pourrait induire ce projet de loi qualifi\u00e9 \u00e0 juste titre \u00abLa loi de la s\u00e9dition\u00bb <em>(Le Maghreb\u2014version arabe\u2014, 4 d\u00e9cembre 2012)<\/em>. Il rejoint ainsi l\u2019analyse d\u00e9velopp\u00e9e sept ans plus t\u00f4t par H\u00e9l\u00e9 B\u00e9ji dans son ouvrage Une force qui demeure: \u00ab<em>C\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 bien inhumaine que celle qui cultive l\u2019amalgame, qui oublie l\u2019humain pour le g\u00e9n\u00e9rique et englobe la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 dans le cycle de sa vendetta<\/em>\u00bb. Devenu prolifique par la force de l\u2019habitude et la richesse du r\u00e9pertoire intellectuel, il pr\u00e9sente sa vision lors du second acte du d\u00e9bat national organis\u00e9 par l\u2019Ugtt qui impressionne tout le monde sans toutefois conna\u00eetre de suite malgr\u00e9 la pr\u00e9sence du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, de Rached Ghannouchi, etc. Ce dernier aura plus tard le privil\u00e8ge de recevoir une lettre ouverte (<em>\u00abC\u2019est \u00e0 vous, Cheikh\u00bb<\/em>) sur les colonnes d\u2019Achourouk du 28 juin 2013 de ce m\u00eame Mustapha Filali qui le renvoie \u00e0 ses ch\u00e8res \u00e9tudes. En la circonstance, l\u2019exp\u00e9diteur puise dans le r\u00e9f\u00e9rentiel du leader d\u2019Ennahdha, c\u2019est-\u00e0-dire le Coran et la Sunna, les arguments irr\u00e9futables pour mettre \u00e0 nu les choix et pratiques conduisant a priori \u00e0 l\u2019impasse et \u00e0 la discorde. Dans la foul\u00e9e, il contribue \u00e0 la d\u00e9tente des travaux de la Constituante par une proposition qui fera du chemin: la constitution d\u2019une commission paritaire pour d\u00e9nouer les litiges n\u00e9s de l\u2019\u00e9laboration du projet de Constitution, d\u2019autant qu\u2019il a assist\u00e9 \u00e0 une pl\u00e9ni\u00e8re houleuse qui ne pouvait le laisser indiff\u00e9rent. Mais un autre chantier requiert tout son int\u00e9r\u00eat: quel mode de soci\u00e9t\u00e9 convient pour la Tunisie au vu des derniers d\u00e9veloppements de tous ordres? En constituant un groupe de penseurs qui s\u2019attellent \u00e0 la t\u00e2che pour \u00e9baucher un projet d\u2019avenir pour le pays, il entend livrer un combat d\u2019une autre nature dont les dividendes d\u00e9pendront de l\u2019\u00e9coute et de l\u2019humilit\u00e9 de tous les destinataires de ce travail. Lui, il se contentera de satisfaire sa conscience en s\u2019acquittant de ses devoirs, convaincu <em>qu\u2019\u00abentre le pass\u00e9 o\u00f9 il y a notre m\u00e9moire et le futur o\u00f9 r\u00e9side notre espoir, il y a le pr\u00e9sent o\u00f9 il y a nos devoirs.<\/em>\u00bb Mustapha Filali, en homme infatigable et d\u00e9termin\u00e9, se consacrera jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle \u00e0 servir. Il ne peut concevoir la vie que sous l\u2019angle de l\u2019utilit\u00e9 pour autrui. Et l\u00e0 ce ne sont pas les actions qui manquent, partant de ses r\u00e9alisations \u00e0 Flailia, \u00e0 Nasrallah, jusqu\u2019\u00e0 Rad\u00e8s, pour ne citer que les fiefs qui ont abrit\u00e9 ses tranches de vie et auxquels il n\u2019a cess\u00e9 de ressentir de la gratitude avec ce qu\u2019elle doit induire comme devoirs.S\u2019appropriant les frustrations et les souffrances de tous les Tunisiens, il se charge aujourd\u2019hui de leur traitement tout en proc\u00e9dant \u00e0 une savante hi\u00e9rarchisation entre le principal, l\u2019accessoire et le d\u00e9risoire pour \u00e9clairer ses concitoyens sur les conditions et les instruments du salut tant individuel que collectif. Citant souvent Chatibi, l\u2019un des quatre grands imams sunnites, il s\u2019inspire de son commandement qui stipule que l\u2019homme doit tant prot\u00e9ger:<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>1-<\/strong><\/span> le soi (l\u2019\u00e2me);<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>2-<\/strong><\/span> la religion;<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>3-<\/strong><\/span> le cerveau (la raison);<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>4-<\/strong><\/span> le patrimoine;<\/p>\n<p><span class=\"c5\"><strong>5-<\/strong><\/span> la r\u00e9putation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u062d\u0641\u0638 \u0627\u0644\u0646\u0641\u0633 \u0648\u0627\u0644\u062f\u064a\u0646 \u0648\u0627\u0644\u0639\u0642\u0644 \u0648\u0627\u0644\u0645\u0627\u0644 \u0648\u0627\u0644\u0639\u0631\u0636\u00a0\u00bb Comme il lui pla\u00eet d\u2019\u00e9voquer Mawardi, l\u2019un des oul\u00e9mas chaf\u00e9ites, qui subordonne le bonheur collectif \u00e0 six conditions concomitantes, \u00e0 savoir : une religion observ\u00e9e, un gouvernant (sultan) puissant, une justice g\u00e9n\u00e9rale, une s\u00e9curit\u00e9 ambiante, un bien suffisant et un espoir vaste \u00ab\u00a0\u062f\u064a\u0646 \u0645\u062a\u0628\u0639 \u0648\u0633\u0644\u0637\u0627\u0646 \u0642\u0627\u0647\u0631 \u0648\u0639\u062f\u0644 \u0634\u0627\u0645\u0644 \u0648\u0623\u0645\u0646 \u0633\u0627\u0628\u063a \u0648\u0631\u0632\u0642 \u0628\u0627\u0631 \u0648\u0623\u0645\u0644 \u0641\u0633\u064a\u062d\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est que l\u2019ancrage arabo-musulman est tr\u00e8s fort chez un homme authentique qui se pr\u00e9sente \u00e9galement comme un chantre de la modernit\u00e9 pour incarner l\u2019ouverture qu\u2019il a cultiv\u00e9e depuis son enfance gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019influence de son oncle, de ses ma\u00eetres \u00e0 Sadiki, notamment Ali Belhouane, \u00e0 La Sorbonne et au Coll\u00e8ge de France qu\u2019il fr\u00e9quentait en tant qu\u2019auditeur libre. C\u2019est suffisant pour qu\u2019il clame aujourd\u2019hui haut et fort: \u00abCessons de nous entretuer. La discorde peut condamner le pays ainsi que plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. La Tunisie est une terre de tol\u00e9rance et d\u2019hospitalit\u00e9. Musulmans et non-musulmans ont toujours cohabit\u00e9 en totale intelligence dans la concorde.\u00bb Chercher \u00e0 rompre cet \u00e9quilibre reviendrait, selon lui, \u00e0 pervertir l\u2019histoire et \u00e0 souiller un pays qui a travers\u00e9 et charri\u00e9 trois mille ans de civilisation et qui ne m\u00e9rite pas de se retrouver confront\u00e9 \u00e0 des \u00e9cueils au-dessus de ses forces. Mustapha Filali est, de l\u2019avis de tous, la voix la plus sage qui r\u00e9unit la lucidit\u00e9, la sinc\u00e9rit\u00e9, le d\u00e9tachement et le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. Le jour o\u00f9 l\u2019\u00e9coute du pays sera nette, attentive et dynamique, l\u2019on pourra alors entrevoir la fin du tunnel. En mars 2014, il ouvre un nouveau chantier en convoquant chez lui une brochette d\u2019amis de diverses appartenances professionnelles et intellectuelles pour plancher sur un th\u00e8me qui lui est tr\u00e8s cher car salutaire : le g\u00e9nie du travail.\u00a0 A l\u2019\u00e9vidence, c\u2019est la d\u00e9t\u00e9rioration de cette valeur pr\u00e9cieuse qui lui a inspir\u00e9 cette derni\u00e8re action qui doit visiblement accaparer l\u2019essentiel de son temps et de son \u00e9nergie. Admirateur\u00a0 d\u2019Appolinaire, il aime souvent d\u00e9clamer le Pont Mirabeau pour se repr\u00e9senter son refrain : \u00abVienne la nuit sonne l\u2019heure.\u00a0 Les jours s\u2019en vont, je demeure\u00bb. Mustapha Filali doit demeurer l\u2019\u00e9claireur dans l\u2019imaginaire collectif, et surtout dans la conscience des gouvernants, si conscience il y a.<\/p>\n<p class=\"c6\"><strong>Mohamed Kilani<\/strong><\/p>\n<p><strong>Post scriptum:<\/strong> Ce portrait a rencontr\u00e9 pour sa publication une r\u00e9sistance farouche de la part de Mustapha Filali de son vivant. Tr\u00e8s pudique, il a estim\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de le mettre sous les projecteurs des m\u00e9dias. Il a fallu le convaincre, avec parfois une certaine violence intellectuelle, pour l\u2019amener \u00e0 adh\u00e9rer et \u00e0 coop\u00e9rer.<\/p>\n<p class=\"c4\"><a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/le_mensuel_abonnez_vous\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/banniere%20fr%2093.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" height=\"128\" align=\"middle\"\/><\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26573-mohamed-kilani-mustapha-filali-une-vie-riche-et-altruiste\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A pr\u00e8s de 98, Mustapha Filali, l\u2019une des figures politiques et syndicalistes, mais aussi litt\u00e9raires tunisiennes de proue nous a quitt\u00e9s, dimanche 20 janvier dernier Dans un peu plus deux ans, le 5 juillet 2021, il aurait \u00e9t\u00e9 centenaire. 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