{"id":185772,"date":"2026-05-07T07:59:51","date_gmt":"2026-05-07T11:59:51","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/aimer-sans-modele-le-couple-marocain-en-recomposition\/"},"modified":"2026-05-07T07:59:51","modified_gmt":"2026-05-07T11:59:51","slug":"aimer-sans-modele-le-couple-marocain-en-recomposition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/aimer-sans-modele-le-couple-marocain-en-recomposition\/","title":{"rendered":"Aimer sans mod\u00e8le : Le couple marocain  en recomposition"},"content":{"rendered":"<p><span><strong>Mutation<\/strong><\/span><br \/><strong>Le couple n\u2019est plus uniquement une affaire de familles : il devient, progressivement, une affaire d\u2019individus. Pour autant, cette transformation ne se fait ni sans r\u00e9sistances ni sans contradictions.<\/strong><\/p>\n<p><span id=\"more-519369\"\/><br \/>Entre h\u00e9ritage social et aspirations individuelles, le couple traverse une mutation silencieuse mais profonde. Au Maroc comme dans d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s en transition, il ne dispara\u00eet pas : il change de nature. Moins institutionnel, plus n\u00e9goci\u00e9, il devient le miroir des tensions contemporaines entre libert\u00e9, norme et incertitude.<br \/>Le couple n\u2019est plus un destin, mais une construction. Longtemps, il s\u2019imposait comme une \u00e9vidence sociale, encadr\u00e9 par la famille, la religion et les imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques. Aujourd\u2019hui, il rel\u00e8ve davantage d\u2019un choix, parfois assum\u00e9, parfois contraint. Comme l\u2019\u00e9crivait le sociologue Ulrich Beck, \u00abla biographie devient une biographie de choix\u00bb : chacun est somm\u00e9 de d\u00e9cider de sa vie, y compris de ses engagements affectifs.<br \/>Cette \u00e9volution s\u2019inscrit dans ce que le sociologue Zygmunt Bauman a nomm\u00e9 \u00abl\u2019amour liquide\u00bb. Les liens se font plus souples, mais aussi plus pr\u00e9caires. L\u2019engagement ne dispara\u00eet pas, il devient r\u00e9versible. Le couple cesse d\u2019\u00eatre une structure stable pour devenir une relation en perp\u00e9tuelle red\u00e9finition. Dans le m\u00eame esprit, Anthony Giddens \u00e9voque la \u00abrelation pure\u00bb, fond\u00e9e sur la satisfaction mutuelle plut\u00f4t que sur des obligations ext\u00e9rieures. Aimer, dans ce cadre, signifie rester tant que la relation apporte du sens.<br \/>Au Maroc, cette mutation prend une forme particuli\u00e8re. Le mariage demeure une institution centrale, fortement valoris\u00e9e socialement et juridiquement. Mais ses contours \u00e9voluent. Le choix du partenaire tend \u00e0 s\u2019individualiser, l\u2019\u00e2ge au mariage recule, et les trajectoires conjugales se diversifient. Le couple n\u2019est plus uniquement une affaire de familles : il devient, progressivement, une affaire d\u2019individus.<br \/>Pour autant, cette transformation ne se fait ni sans r\u00e9sistances ni sans contradictions. La pression sociale reste forte, notamment sur les femmes. Le mariage conserve une fonction de l\u00e9gitimation essentielle, et les normes traditionnelles continuent de structurer les attentes. Le r\u00e9sultat est une forme d\u2019hybridation : modernit\u00e9 dans les aspirations, tradition dans les cadres.<br \/>Cette tension produit des paradoxes. Les individus aspirent \u00e0 l\u2019autonomie, mais redoutent la solitude. Ils valorisent l\u2019amour, mais se heurtent \u00e0 des contraintes \u00e9conomiques croissantes. Ils revendiquent l\u2019\u00e9galit\u00e9, mais reproduisent parfois des r\u00f4les genr\u00e9s h\u00e9rit\u00e9s. Le couple devient ainsi un espace de n\u00e9gociation permanente, o\u00f9 se confrontent des logiques parfois oppos\u00e9es.<br \/>Dans les pays en transition, ces dynamiques sont amplifi\u00e9es par des transformations structurelles : urbanisation rapide, acc\u00e8s accru \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, participation croissante des femmes au march\u00e9 du travail, influence des m\u00e9dias globaux. La famille \u00e9largie recule au profit de la cellule nucl\u00e9aire, plus autonome mais aussi plus expos\u00e9e. Les solidarit\u00e9s traditionnelles s\u2019effritent, sans toujours \u00eatre remplac\u00e9es par des dispositifs institutionnels solides.<br \/>Le mariage, dans ce contexte, ne dispara\u00eet pas. Il se transforme. Il tend \u00e0 devenir plus contractuel, plus individualis\u00e9. Il n\u2019est plus n\u00e9cessairement un point de d\u00e9part, mais parfois une \u00e9tape parmi d\u2019autres. Sa fonction \u00e9volue : moins garante de stabilit\u00e9, davantage symbole d\u2019engagement choisi.<br \/>\u00c0 l\u2019horizon des cinquante prochaines ann\u00e9es, plusieurs tendances se dessinent. D\u2019abord, une poursuite de l\u2019individualisation des parcours. Le couple sera de plus en plus fond\u00e9 sur l\u2019affinit\u00e9 \u00e9lective plut\u00f4t que sur la conformit\u00e9 sociale. Ensuite, une diversification des formes d\u2019union : cohabitation, unions tardives, recompositions familiales. Enfin, une red\u00e9finition continue des r\u00f4les de genre, avec des avanc\u00e9es, mais aussi des tensions.<br \/>Mais cette \u00e9volution pose une question fondamentale : que devient le lien lorsqu\u2019il n\u2019est plus soutenu par des cadres collectifs forts ? La libert\u00e9 relationnelle s\u2019accompagne d\u2019une fragilit\u00e9 accrue. Comme le note Bauman, \u00ables relations deviennent des projets \u00e0 court terme\u00bb, soumis \u00e0 l\u2019\u00e9valuation constante de leur utilit\u00e9 affective.<br \/>Le philosophe Alain Badiou rappelle pourtant que \u00abl\u2019amour est une construction durable\u00bb, qui suppose de d\u00e9passer la logique du risque z\u00e9ro. Or, la postmodernit\u00e9 valorise souvent la s\u00e9curit\u00e9, la ma\u00eetrise, la r\u00e9versibilit\u00e9. Le couple se trouve ainsi pris entre deux exigences contradictoires : se prot\u00e9ger et s\u2019engager.<br \/>Au Maroc, comme dans d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s comparables, l\u2019avenir du couple ne sera ni un retour au mod\u00e8le traditionnel, ni une rupture totale. Il sera fait de recompositions, d\u2019ajustements, de compromis. Le couple continuera d\u2019exister, mais sous des formes plus diverses, plus souples, et parfois plus incertaines.<br \/>Peut-\u00eatre faut-il alors changer de regard. Plut\u00f4t que de parler de crise du couple, il serait plus juste d\u2019\u00e9voquer une mutation. Le couple n\u2019est pas en train de dispara\u00eetre : il est en train de se r\u00e9inventer. Et dans cette r\u00e9invention se joue une question essentielle: comment \u00eatre deux, dans un monde qui valorise avant tout l\u2019individu ?<br \/>Comme l\u2019\u00e9crivait Anthony Giddens, \u00abaimer aujourd\u2019hui, c\u2019est construire sans garantie\u00bb. C\u2019est l\u00e0, sans doute, toute la difficult\u00e9 \u2013 mais aussi toute la singularit\u00e9 \u2013 du couple contemporain.<\/p>\n<p>Auteur: Imane Kendili<br \/>\n<a href=\"https:\/\/aujourdhui.ma\/chroniques\/aimer-sans-modele-le-couple-marocain-en-recomposition\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>MutationLe couple n\u2019est plus uniquement une affaire de familles : il devient, progressivement, une affaire d\u2019individus. Pour autant, cette transformation ne se fait ni sans r\u00e9sistances ni sans contradictions. Entre h\u00e9ritage social et aspirations individuelles, le couple traverse une mutation silencieuse mais profonde. 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