{"id":186642,"date":"2026-05-26T17:02:18","date_gmt":"2026-05-26T21:02:18","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ridha-bergaoui-une-agriculture-tunisienne-sous-pression-et-des-ingenieurs-agronomes-en-quete-dintegration\/"},"modified":"2026-05-26T17:02:18","modified_gmt":"2026-05-26T21:02:18","slug":"ridha-bergaoui-une-agriculture-tunisienne-sous-pression-et-des-ingenieurs-agronomes-en-quete-dintegration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/ridha-bergaoui-une-agriculture-tunisienne-sous-pression-et-des-ingenieurs-agronomes-en-quete-dintegration\/","title":{"rendered":"Ridha Bergaoui: Une agriculture tunisienne sous pression et des ing\u00e9nieurs agronomes en qu\u00eate d\u2019int\u00e9gration"},"content":{"rendered":"<p>La Tunisie est aujourd\u2019hui confront\u00e9e \u00e0 une accumulation de d\u00e9fis majeurs : changement climatique, pression croissante sur les ressources en eau, fragilit\u00e9 \u00e9conomique, tensions g\u00e9opolitiques et d\u00e9pendance alimentaire accrue. Dans un contexte mondial instable, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire n\u2019est plus un enjeu sectoriel, mais une question centrale de souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Pays historiquement agricole, la Tunisie voit pourtant son agriculture fragilis\u00e9e par des contraintes multiples et d\u00e9sormais bien connues : stress hydrique structurel, d\u00e9gradation des sols, hausse des co\u00fbts de production, fragmentation fonci\u00e8re, faible productivit\u00e9 et d\u00e9pendance aux importations de produits strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Le pays doit mobiliser l\u2019ensemble de ses ressources, naturelles et humaines, pour transformer ces contraintes en leviers de d\u00e9veloppement. L\u2019avenir d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 moderniser ses syst\u00e8mes de production et valoriser ses comp\u00e9tences et transformer ses contraintes en leviers de d\u00e9veloppement. Pourtant, un paradoxe s\u2019impose : jamais autant d\u2019ing\u00e9nieurs agronomes n\u2019ont eu autant de difficult\u00e9s \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans le tissu \u00e9conomique national.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une agriculture sous fortes contraintes et des performances limit\u00e9es<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019agriculture tunisienne \u00e9volue dans un environnement de plus en plus contraint. Le stress hydrique est devenu structurel, les s\u00e9cheresses plus fr\u00e9quentes, les temp\u00e9ratures plus \u00e9lev\u00e9es et les sols de plus en plus fragilis\u00e9s. \u00c0 cela s\u2019ajoute une hausse continue des co\u00fbts des intrants et de la main-d\u2019\u0153uvre qui p\u00e8sent lourdement sur la rentabilit\u00e9 des exploitations.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance alimentaire demeure importante pour plusieurs produits de base, ce qui expose le pays aux fluctuations des march\u00e9s internationaux et renforce la vuln\u00e9rabilit\u00e9 globale du syst\u00e8me alimentaire national.<\/p>\n<p>De nombreux facteurs freinent la modernisation du secteur agricole. On peut citer:<\/p>\n<p><span><span><strong>Deux blocages majeurs: foncier et financement<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><strong>Le premier blocage<\/strong> est foncier. Une partie importante des terres agricoles n\u2019est pas titr\u00e9e ou demeure en indivision, parfois depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Cette situation limite la s\u00e9curisation des exploitations, freine les investissements et rend difficile l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit.<\/p>\n<p><strong>Le second blocage<\/strong> est financier. Les exploitations agricoles, surtout les plus petites, ont un acc\u00e8s limit\u00e9 aux financements bancaires en raison de l\u2019absence de garanties suffisantes et de la forte variabilit\u00e9 des revenus agricoles.<\/p>\n<p>Ce double verrou entretient le sous-investissement, explique en partie la faible productivit\u00e9 et la fragilit\u00e9 \u00e9conomique des exploitations.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une agriculture domin\u00e9e par la petite exploitation familiale<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les exploitations sont nombreuses, dispers\u00e9es et souvent faiblement capitalis\u00e9es. La petite taille des exploitations entra\u00eene plusieurs effets : difficult\u00e9 de m\u00e9canisation, co\u00fbts \u00e9lev\u00e9s des services agricoles, faible adoption des technologies modernes et organisation collective limit\u00e9e. Elle accentue aussi l\u2019isolement des agriculteurs, ce qui r\u00e9duit leur capacit\u00e9 d\u2019adaptation aux \u00e9volutions techniques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><span><span><strong>Un d\u00e9ficit persistant d\u2019encadrement technique<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019agriculture tunisienne souffre d\u2019un d\u00e9ficit profond d\u2019encadrement technique de proximit\u00e9. La vulgarisation agricole ne parvient plus \u00e0 couvrir efficacement l\u2019ensemble des besoins du terrain. Les moyens humains et mat\u00e9riels sont limit\u00e9s, et la pr\u00e9sence sur le terrain reste insuffisante face \u00e0 la complexit\u00e9 croissante des syst\u00e8mes agricoles.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses exploitations, les d\u00e9cisions techniques reposent encore sur l\u2019exp\u00e9rience empirique, alors que les solutions modernes existent mais restent peu diffus\u00e9es. L\u2019agriculteur est souvent confront\u00e9 seul \u00e0 des questions complexes : gestion de l\u2019eau, fertilit\u00e9 des sols, choix vari\u00e9tal, protection des cultures ou adaptation au changement climatique.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9ficit d\u2019accompagnement constitue aujourd\u2019hui l\u2019un des principaux freins \u00e0 la modernisation du secteur, dans une agriculture de plus en plus fond\u00e9e sur la connaissance, la donn\u00e9e et la pr\u00e9cision.<\/p>\n<p><span><span><strong>Des performances agricoles limit\u00e9es et une d\u00e9pendance persistante<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Ces contraintes structurelles se traduisent par des performances agricoles globalement insuffisantes.<\/p>\n<p>Les rendements c\u00e9r\u00e9aliers restent irr\u00e9guliers et souvent inf\u00e9rieurs aux potentiels techniques. L\u2019olivier, pilier strat\u00e9gique de l\u2019agriculture tunisienne, est marqu\u00e9 par une forte alternance et une irr\u00e9gularit\u00e9 de production qui fragilise les revenus et les exportations.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9levage, la production nationale reste insuffisante, ce qui oblige le recours aux importations de lait en poudre, de viandes et d\u2019aliments pour b\u00e9tail. Cette d\u00e9pendance fragilise davantage les fili\u00e8res animales, d\u00e9j\u00e0 sensibles aux al\u00e9as climatiques.<\/p>\n<p>Au niveau global, la Tunisie pr\u00e9sente une balance alimentaire structurellement d\u00e9ficitaire, d\u00e9pendante des importations de c\u00e9r\u00e9ales, d\u2019huiles des graines, de sucre et autres produits de base. Cette situation p\u00e8se sur les \u00e9quilibres \u00e9conomiques et sur la souverainet\u00e9 alimentaire du pays.<\/p>\n<p><span><strong><span>Pour une agriculture modernis\u00e9e: transformer les contraintes en opportunit\u00e9s<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Face \u00e0 ces limites, la modernisation de l\u2019agriculture n\u2019est plus une option, mais une n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique. Il est n\u00e9cessaire de:<\/p>\n<p><span><span><strong>1\/ R\u00e9habiliter l\u2019agriculture<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019agriculture demeure un pilier fondamental de l\u2019\u00e9conomie, de l\u2019emploi et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Pourtant, elle souffre encore d\u2019un d\u00e9ficit de reconnaissance sociale. Dans l\u2019imaginaire collectif, le travail de la terre est souvent associ\u00e9 \u00e0 la p\u00e9nibilit\u00e9, \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 et \u00e0 un manque de prestige. La r\u00e9ussite sociale est g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7ue \u00e0 travers les m\u00e9tiers urbains et tertiaires, rarement agricoles. Cette perception contribue \u00e0 l\u2019exode rural et aux difficult\u00e9s de renouvellement de la main-d\u2019\u0153uvre agricole.<\/p>\n<p>R\u00e9habiliter l\u2019agriculture signifie lui redonner sa place strat\u00e9gique dans la soci\u00e9t\u00e9 : un secteur de souverainet\u00e9, d\u2019innovation et de cr\u00e9ation de valeur.<\/p>\n<p><span><span><strong>2\/ R\u00e9habiliter la petite exploitation<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La petite exploitation est souvent per\u00e7ue comme un frein \u00e0 la modernisation. Pourtant, elle peut devenir un atout si elle est mieux organis\u00e9e et mieux accompagn\u00e9e. Dans plusieurs pays europ\u00e9ens (Pays-Bas, Belgique\u2026), des structures de petite taille ont atteint des niveaux \u00e9lev\u00e9s de productivit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la mutualisation des services, \u00e0 la coop\u00e9ration et \u00e0 l\u2019encadrement technique.<br \/>En Tunisie, le d\u00e9veloppement de services partag\u00e9s, de r\u00e9seaux de producteurs et de structures coop\u00e9ratives peut permettre de transformer cette contrainte en levier de performance.<\/p>\n<p><span><span><strong>3\/ Renforcer l\u2019encadrement technique de proximit\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La vulgarisation agricole constitue un levier central de modernisation et de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Elle doit \u00eatre repens\u00e9e comme un syst\u00e8me structur\u00e9, professionnalis\u00e9 et ancr\u00e9 dans le terrain.<\/p>\n<p>Le renforcement de la pr\u00e9sence des ing\u00e9nieurs sur les exploitations, le d\u00e9veloppement de structures priv\u00e9es et collectives d\u2019appui technique, ainsi que la modernisation des outils de conseil sont essentiels.<\/p>\n<p><span><span><strong>4\/ Les terres domaniales comme levier de modernisation<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les terres domaniales, estim\u00e9es \u00e0 environ 500 000 hectares, repr\u00e9sentent un potentiel strat\u00e9gique foncier encore insuffisamment exploit\u00e9. Mieux organis\u00e9es, elles pourraient devenir des espaces de d\u00e9monstration, d\u2019innovation et de production int\u00e9gr\u00e9e, combinant m\u00e9canisation, irrigation performante et valorisation agroalimentaire.<\/p>\n<p><strong><span><span>5\/ Miser sur les nouvelles technologies et l\u2019agriculture intelligente<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019agriculture moderne conna\u00eet une transformation radicale. Les technologies num\u00e9riques, les capteurs, les drones, l\u2019intelligence artificielle, l\u2019agriculture de pr\u00e9cision et la robotique, deviennent des outils incontournables. Elles permettent une meilleure gestion de la main d\u2019\u0153uvre, de l\u2019eau, des intrants et des risques, tout en am\u00e9liorant les rendements et la durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes de production.<\/p>\n<p>Dans un pays confront\u00e9 au stress hydrique, ces technologies repr\u00e9sentent un levier strat\u00e9gique majeur.<\/p>\n<p><span><span><strong>6\/ D\u00e9velopper les m\u00e9tiers verts et les fili\u00e8res qualit\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La comp\u00e9titivit\u00e9 agricole ne repose plus uniquement sur les volumes, mais aussi sur la qualit\u00e9 et la valeur ajout\u00e9e. L\u2019agriculture biologique, les labels, les indications g\u00e9ographiques et autres appellations d\u2019origine offrent des opportunit\u00e9s importantes de valorisation.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les m\u00e9tiers li\u00e9s \u00e0 l\u2019environnement et \u00e0 la durabilit\u00e9 prennent de l\u2019ampleur : gestion des ressources naturelles, \u00e9conomie de l\u2019eau, r\u00e9duction des \u00e9missions, agriculture carbone et adaptation climatique.<\/p>\n<p>La modernisation de l\u2019agriculture tunisienne n\u2019est plus une option, mais une n\u00e9cessit\u00e9 dict\u00e9e par l\u2019intensification des contraintes naturelles, \u00e9conomiques et alimentaires. Elle suppose une mont\u00e9e en puissance de la ma\u00eetrise technologique et scientifique des syst\u00e8mes de production, \u00e0 travers l\u2019innovation, la pr\u00e9cision des itin\u00e9raires techniques, la gestion rationnelle des ressources et l\u2019int\u00e9gration des nouvelles technologies agricoles. Dans ce contexte, les ing\u00e9nieurs agronomes disposent des comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour accompagner cette transformation, acc\u00e9l\u00e9rer la modernisation du secteur et am\u00e9liorer durablement ses performances.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le r\u00f4le fondamental de l\u2019ing\u00e9nieur agronome<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>De par sa formation, l\u2019ing\u00e9nieur agronome peut intervenir \u00e0 plusieurs niveaux essentiels : gestion rationnelle de l\u2019eau, am\u00e9lioration des rendements, protection phytosanitaire des cultures, organisation technique et \u00e9conomique des exploitations, ainsi que l\u2019adaptation des syst\u00e8mes de production aux effets du changement climatique. L\u2019agriculture d\u2019aujourd\u2019hui, et surtout celle de demain, exige une pr\u00e9sence technique forte sur le terrain, au contact direct des agriculteurs, des fili\u00e8res et des territoires.<\/p>\n<p>L\u2019ing\u00e9nieur agronome doit \u00eatre replac\u00e9 au c\u0153ur du dispositif productif, comme interface entre la recherche, l\u2019innovation et la r\u00e9alit\u00e9 des exploitations agricoles.<\/p>\n<p>Dans un pays o\u00f9 la petite agriculture familiale domine et o\u00f9 les contraintes naturelles et \u00e9conomiques s\u2019intensifient, le besoin d\u2019encadrement technique de proximit\u00e9 devient strat\u00e9gique. L\u2019am\u00e9lioration de la productivit\u00e9, la diffusion des innovations, la gestion des risques climatiques et la modernisation des pratiques agricoles ne peuvent se faire sans un r\u00e9seau dense et op\u00e9rationnel de comp\u00e9tences agronomiques.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement d\u2019un tel encadrement constitue \u00e0 la fois une n\u00e9cessit\u00e9 pour la performance du secteur agricole et une opportunit\u00e9 majeure pour l\u2019emploi des jeunes ing\u00e9nieurs. Il ouvre la voie \u00e0 de nouveaux espaces professionnels encore peu structur\u00e9s en Tunisie : cabinets priv\u00e9s de conseil agricole, coop\u00e9ratives de services techniques, bureaux d\u2019ing\u00e9nierie rurale, structures d\u2019appui aux fili\u00e8res, ainsi que startups sp\u00e9cialis\u00e9es dans l\u2019agriculture intelligente, la gestion des donn\u00e9es agricoles et les technologies vertes.<\/p>\n<p>Les ing\u00e9nieurs agronomes repr\u00e9sentent un potentiel strat\u00e9gique humain capable de jouer un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la modernisation de l\u2019agriculture tunisienne et dans la cr\u00e9ation d\u2019emplois qualifi\u00e9s durables.<\/p>\n<p><span><span><strong>Des agronomes en qu\u00eate d\u2019int\u00e9gration<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La Tunisie forme chaque ann\u00e9e entre 300 et 500 ing\u00e9nieurs agronomes. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, ce chiffre n\u2019est pas excessif au regard des besoins du pays et des d\u00e9fis auxquels son agriculture est confront\u00e9e. Rapport\u00e9 \u00e0 la surface agricole utile, la Tunisie forme m\u00eame proportionnellement moins d\u2019ing\u00e9nieurs agronomes que certains pays agricoles avanc\u00e9s comme la France (environ un ing\u00e9nieur form\u00e9 par an pour 10 000 \u00e0 12 500 hectares de SAU, contre un pour 5 500 \u00e0 7 000 hectares en France).<\/p>\n<p>Alors que l\u2019agriculture tunisienne souffre d\u2019un d\u00e9ficit \u00e9vident d\u2019encadrement technique, de vulgarisation, d\u2019innovation et d\u2019accompagnement des producteurs, de nombreux jeunes ing\u00e9nieurs agronomes peinent \u00e0 trouver un emploi stable. Ces comp\u00e9tences, pourtant essentielles pour moderniser l\u2019agriculture, am\u00e9liorer la productivit\u00e9 et renforcer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, restent insuffisamment mobilis\u00e9es.<\/p>\n<p>Le ch\u00f4mage des ing\u00e9nieurs agronomes est une r\u00e9alit\u00e9 ancienne et structurelle. Les \u00e9tudes disponibles, notamment celle de l\u2019ONEQ (2016) sur l\u2019insertion des ing\u00e9nieurs agronomes, montrent une insertion professionnelle lente, fortement d\u00e9pendante du secteur public, ainsi qu\u2019un d\u00e9calage persistant entre la formation et les capacit\u00e9s d\u2019absorption du march\u00e9 du travail. Beaucoup de dipl\u00f4m\u00e9s connaissent des situations de sous-emploi ou exercent des activit\u00e9s \u00e9loign\u00e9es de leur sp\u00e9cialit\u00e9. M\u00eame si les chiffres disponibles restent impr\u00e9cis, les estimations de l\u2019Ordre des Ing\u00e9nieurs Tunisiens r\u00e9v\u00e8lent l\u2019ampleur du malaise.<\/p>\n<p>Toutefois, le probl\u00e8me ne r\u00e9side pas dans un exc\u00e8s d\u2019ing\u00e9nieurs agronomes, mais dans l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me agricole et \u00e9conomique \u00e0 valoriser pleinement ces comp\u00e9tences pourtant indispensables \u00e0 la modernisation de l\u2019agriculture tunisienne et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du pays.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il est n\u00e9cessaire de mettre en place un dispositif permanent de suivi du devenir des ing\u00e9nieurs agronomes, \u00e0 travers un observatoire de l\u2019insertion professionnelle et des bases de donn\u00e9es actualis\u00e9es. Cet outil permettrait non seulement de mieux comprendre les trajectoires d\u2019emploi et les d\u00e9lais d\u2019insertion, mais aussi d\u2019ajuster les politiques de formation et d\u2019orienter plus efficacement les choix de d\u00e9veloppement agricole en fonction des besoins r\u00e9els du secteur.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Dans une agriculture soumise \u00e0 des pressions croissantes (climat, eau, march\u00e9s, ressources), le d\u00e9ficit d\u2019encadrement technique n\u2019est plus acceptable. L\u2019avenir de l\u2019agriculture tunisienne sera n\u00e9cessairement plus technique, plus innovant et plus intensif en expertise. Cela implique une r\u00e9habilitation profonde de l\u2019ing\u00e9nieur agronome, une modernisation des structures d\u2019encadrement et une ouverture vers les nouveaux m\u00e9tiers de l\u2019agriculture.<\/p>\n<p>En Tunisie, le v\u00e9ritable probl\u00e8me n\u2019est pas un exc\u00e8s d\u2019ing\u00e9nieurs agronomes, mais l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 mobiliser pleinement ces comp\u00e9tences pour moderniser l\u2019agriculture, renforcer sa productivit\u00e9 et garantir durablement la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du pays.<\/p>\n<p><strong>Ridha Bergaoui<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38068-ridha-bergaoui-la-tunisie-peut-elle-encore-se-permettre-de-snober-ses-ingenieurs-agronomes\" target=\"_blank\">Ridha Bergaoui: La Tunisie peut-elle encore se permettre de snober ses ing\u00e9nieurs agronomes?<\/a><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38086-ridha-bergaoui-une-agriculture-tunisienne-sous-pression-et-des-ingenieurs-agronomes-en-quete-d-integration\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tunisie est aujourd\u2019hui confront\u00e9e \u00e0 une accumulation de d\u00e9fis majeurs : changement climatique, pression croissante sur les ressources en eau, fragilit\u00e9 \u00e9conomique, tensions g\u00e9opolitiques et d\u00e9pendance alimentaire accrue. Dans un contexte mondial instable, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire n\u2019est plus un enjeu sectoriel, mais une question centrale de souverainet\u00e9 nationale. 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