{"id":186800,"date":"2026-05-29T17:02:51","date_gmt":"2026-05-29T21:02:51","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/moncef-machta-je-te-revois-pere-de-tahar-bekri-entre-silences-et-paroles-emues\/"},"modified":"2026-05-29T17:02:51","modified_gmt":"2026-05-29T21:02:51","slug":"moncef-machta-je-te-revois-pere-de-tahar-bekri-entre-silences-et-paroles-emues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/moncef-machta-je-te-revois-pere-de-tahar-bekri-entre-silences-et-paroles-emues\/","title":{"rendered":"Moncef Machta: \u00abJe te revois, p\u00e8re\u00bb de Tahar Bekri, entre silences et paroles \u00e9mues"},"content":{"rendered":"<p><span><span><em><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Moncef-Machta.jpg\" width=\"15%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Moncef Machta* &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> D\u00e9j\u00e0, de par le titre qu\u2019il donne \u00e0 son r\u00e9cit, Tahar Bekri annonce la tonalit\u00e9 qui caract\u00e9risera la totalit\u00e9 de l\u2019hommage qu\u2019il rend, d\u2019abord \u00e0 son p\u00e8re, ensuite \u00e0 sa m\u00e8re, mais aussi \u00e0 sa palmeraie natale. Un ton qui souligne la pr\u00e9sence \u00e9crasante d\u2019un p\u00e8re dont il \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 durant de nombreuses ann\u00e9es pass\u00e9es en exil et dont les circonstances vont faire qu\u2019il ne le reverra plus, de son vivant.<\/p>\n<p>L\u2019intitul\u00e9 du livre indique l\u2019objet m\u00eame de cet hommage posthume, lettre d\u2019amour et litanie \u00e0 la fois, une \u00e9l\u00e9gie, une longue invocation adress\u00e9e \u00e0\u00a0 l\u2019\u00eatre disparu \u00e0 jamais et dont il tient \u00e0 \u00e9voquer, tout le long de ces quatre-vingt-dix pages, les \u00e9pisodes les plus marquants de sa vie, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Le\u00a0 personnage nous est pr\u00e9sent\u00e9 avec ses moindres gestes, ses moindres sautes d\u2019humeur, mais aussi sa tendresse et ses difficult\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un fils qu\u2019il veut \u00e9lever \u00e0 sa fa\u00e7on, tr\u00e8s autoritaire.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re est \u00e0 l\u2019image de tous ces p\u00e8res qui ont v\u00e9cu au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle, fond\u00e9e sur les lois religieuses, o\u00f9 le chef de famille, ob\u00e9it lui-m\u00eame \u00e0 des r\u00e8gles rigides que les anc\u00eatres lui ont inculqu\u00e9 et qu\u2019il tient surtout \u00e0 transmettre, \u00e0 son tour, \u00e0 ses enfants, sans se rendre compte que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue et que ses enfants, ayant fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019\u00e9cole, suivi une instruction nouvelle, ont du mal \u00e0 accepter la rigidit\u00e9 de ce syst\u00e8me patriarcal.<\/p>\n<p>Face \u00e0 un tel p\u00e8re, la vie du fils sera forc\u00e9ment difficile. Marqu\u00e9e par le non-dit et la souffrance. L\u2019auteur relate l\u2019atmosph\u00e8re qui r\u00e9git ses rapports avec son p\u00e8re, atmosph\u00e8re domin\u00e9e par le silence: \u00abil y a toujours eu plus de silence que de parole\u00bb. Il en r\u00e9sulte l\u2019incompr\u00e9hension, celle d\u2019un p\u00e8re qui constate que son fils lui \u00e9chappe, que les livres qu\u2019il lit ne font que l\u2019\u00e9loigner du \u00abdroit chemin\u00bb, pense-t-il, qui l\u2019emp\u00eachent d\u2019avoir les pieds sur terre. Il estime que son fils doit suivre une voie trac\u00e9e d\u2019avance, qui ne doit souffrir aucun \u00e9cart des normes \u00e9tablies par la loi religieuse. Et le fils de se demander \u00e0 la fin: <em>\u00abCombien de fois n\u2019avait-je pas tent\u00e9 de concilier son regard et le mien, sa col\u00e8re et ma patience, ses ordres et ma contrari\u00e9t\u00e9\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re est m\u00e9fiant de ce fils, silencieux, peu loquace\u00a0 Le fils est craintif, attentif au moindre geste de son p\u00e8re \u00e0 la stature imposante, au comportement impr\u00e9visible. Son caract\u00e8re autoritaire oblige le fils \u00e0 adopter une attitude t\u00eate basse: <em>\u00abJ\u2019avan\u00e7ais vers lui comme un coupable\u00bb<\/em><em>, \u00abMon fr\u00e8re et moi nous nous faisions petits et sages\u00bb<\/em>. Le narrateur raconte, par exemple, la grande col\u00e8re de son p\u00e8re lorsqu\u2019un jour il cherche \u00e0 aborder, de fa\u00e7on critique, la question religieuse. Le p\u00e8re r\u00e9agit violemment en renversant la table, en s\u2019adressant \u00e0 son fils en ces termes: <em>\u00abJe n\u2019ai personne qui doute ici, sous mon toit\u2026 Si tu veux faire le malin, gare \u00e0 toi, tu pourras habiter ailleurs\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le narrateur, comme pour apaiser une tension ou un conflit, rappelle la vie dure que m\u00e8ne la famille nombreuse, les fins de mois difficiles, le m\u00e9contentement du p\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un fils qui,\u00a0 loin d\u2019\u00eatre un scientifique, et comble de la futilit\u00e9 <em>\u00aba une sensibilit\u00e9 litt\u00e9raire\u00bb<\/em>. Et le fils de faire ce constat: <em>\u00abAu fond, il se m\u00e9fiait des Lettres, des pens\u00e9es, des id\u00e9es et des t\u00eates br\u00fbl\u00e9es\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, l\u2019auteur \u00e9voque des faits relatifs \u00e0 la duret\u00e9 du travail de son p\u00e8re, employ\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des chemins de fer, la SNCFT, un p\u00e8re charg\u00e9 de diriger de petites gares, en p\u00e9riode coloniale, comme celle de Majel Bel Abbas, situ\u00e9e dans une r\u00e9gion steppique o\u00f9 il n\u2019y a ni \u00e9cole ni coll\u00e8ge, sa fonction est de veiller au transport de l\u2019alfa et le contr\u00f4le de son chargement, contraint de vivre avec sa famille, loin de sa ville natale, parmi des gens modestes et pauvres, \u00e0 la merci des labeurs p\u00e9nibles, \u00e0 qui tout manque, m\u00eame l\u2019eau achemin\u00e9e dans des wagons-citernes. Le p\u00e8re mut\u00e9 de gare en gare, jusqu\u2019\u00e0 finir chef de gare de petite vitesse, \u00e0 Sfax o\u00f9 il supervise l\u2019acheminement de l\u2019alfa vers le port, en vue de son exportation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, dans le froid rigoureux des hivers, tard dans la nuit o\u00f9 il attrapait r\u00e9guli\u00e8rement froid.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Toutefois, il y a entre le p\u00e8re et le fils, une infinie tendresse non dite. Car le p\u00e8re ne doit jamais faiblir. Une fois \u00e0 l\u2019universit\u00e9, le fils participe \u00e0 des manifestations estudiantines men\u00e9es en 1972, o\u00f9 il sera arr\u00eat\u00e9 une premi\u00e8re fois puis de nouveau, arr\u00eat\u00e9 en 1975 et mis en prison. A sa sortie, le fils rend visite \u00e0 son p\u00e8re qui \u00e9prouve beaucoup de compassion et l\u2019encourage \u00e0 s\u2019expatrier, interdit maintenant qu\u2019il est de poursuivre ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures. La sc\u00e8ne est \u00e9mouvante et bouleversante qui surprend le fils, peu habitu\u00e9 \u00e0 de telles attitudes.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me r\u00e9cit est un conte po\u00e9tique o\u00f9 l\u2019auteur rend hommage \u00e0 sa palmeraie natale, conte d\u2019\u00e9merveillement et de c\u00e9l\u00e9bration de la nature, entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9, beaut\u00e9 et d\u00e9couverte du monde. C\u2019est la palmeraie de l\u2019enfance \u00e0 Gab\u00e8s, dans l\u2019oasis de Chenini, chantant le moindre arbre, la moindre plante, un long po\u00e8me-conte nostalgique, qu\u2019il serait bon de lire pour exorciser l\u2019\u00e9tat actuel.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me volet de ce r\u00e9cit concerne la m\u00e8re du narrateur, une \u00e9vocation d\u2019un \u00e9pisode douloureux, toujours pr\u00e9sent dans la m\u00e9moire de l\u2019adulte, la maladie suivie de la mort de sa m\u00e8re. Un souvenir particuli\u00e8rement \u00e9prouvant, celui o\u00f9 les tantes demandent \u00e0 l\u2019enfant de dix ans de venir au chevet de sa m\u00e8re agonisante. Evocation d\u2019une m\u00e8re-courage qui a accept\u00e9 de partir de la palmeraie, o\u00f9 elle est n\u00e9e, pour suivre son mari dans son travai o\u00f9 il est mut\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement, de passer sa courte vie dans les endroits les plus recul\u00e9s et les plus difficiles, une m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante-cinq ans, apr\u00e8s avoir mis au monde onze enfants.<\/p>\n<p>Ces deux r\u00e9cits rendent hommage aux deux parents, ce sont des lettres d\u2019amour \u00e0 l\u2019accent \u00e9l\u00e9giaque, exprimant la place profonde dans la vie de l\u2019auteur, entre vide plein et pr\u00e9sence vide. Au p\u00e8re d\u00e9funt, l\u2019auteur aurait souhait\u00e9 lui <em>\u00abraconter sur le banc, assis ensemble \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du basilic\u2026les p\u00e9r\u00e9grinations de l\u2019oiseau migrateur, ses joies et ses peines\u00bb<\/em>. A la m\u00e8re d\u00e9funte, il aurait aim\u00e9 lui dre qu\u2019il <em>\u00aberrerait sur la vaste terre, celle-l\u00e0 qui porte en son sein le corps de (sa) m\u00e8re,\u00a0 qu\u2019il emporterait au fond de (lui) son visage comme une lumi\u00e8re\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Tahar Bekri, Je te revois, p\u00e8re, r\u00e9cit, Ed. Asmod\u00e9e Edern, Bruxelles, 21E<\/strong><\/p>\n<p><strong>Moncef Machta<\/strong><br \/><span><em>* Universitaire<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38090-moncef-machta-je-te-revois-pere-de-tahar-bekri-entre-silences-et-paroles-emues\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Moncef Machta* &#8211; D\u00e9j\u00e0, de par le titre qu\u2019il donne \u00e0 son r\u00e9cit, Tahar Bekri annonce la tonalit\u00e9 qui caract\u00e9risera la totalit\u00e9 de l\u2019hommage qu\u2019il rend, d\u2019abord \u00e0 son p\u00e8re, ensuite \u00e0 sa m\u00e8re, mais aussi \u00e0 sa palmeraie natale. 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