{"id":186905,"date":"2026-06-01T17:02:24","date_gmt":"2026-06-01T21:02:24","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/agriculture-tunisienne-quand-les-statistiques-deviennent-un-enjeu-strategique\/"},"modified":"2026-06-01T17:02:24","modified_gmt":"2026-06-01T21:02:24","slug":"agriculture-tunisienne-quand-les-statistiques-deviennent-un-enjeu-strategique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/agriculture-tunisienne-quand-les-statistiques-deviennent-un-enjeu-strategique\/","title":{"rendered":"Agriculture tunisienne: quand les statistiques deviennent un enjeu strat\u00e9gique"},"content":{"rendered":"<p><span><span><em><strong>Par Ridha Bergaoui &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> Qu\u2019il s\u2019agisse de la crise du mouton de l\u2019A\u00efd, des flamb\u00e9es r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des prix de certains l\u00e9gumes (comme la tomate, le piment ou la pomme de terre), de l\u2019augmentation spectaculaire et parfois difficilement justifiable des prix de certains fruits (notamment le cas la banane) ou encore de l\u2019effondrement des prix de l\u2019huile d\u2019olive en d\u00e9but de cette campagne, parfois en dessous du co\u00fbt de production au point de d\u00e9courager certains ol\u00e9iculteurs de r\u00e9colter leurs olives, toutes ces situations traduisent les profondes fragilit\u00e9s des march\u00e9s agricoles tunisiens.<\/p>\n<p>Pour les produits fortement d\u00e9pendants des importations, comme les c\u00e9r\u00e9ales, le sucre, le riz ou certains aliments de b\u00e9tail, toute mauvaise anticipation des besoins peut rapidement provoquer rumeurs, tensions d\u2019approvisionnement, p\u00e9nuries ponctuelles, hausse des prix et m\u00e9contentement social.<\/p>\n<p>Ces crises, qui p\u00e9nalisent \u00e0 la fois les producteurs et les consommateurs, sont souvent aggrav\u00e9es par les d\u00e9s\u00e9quilibres entre l\u2019offre et la demande, l\u2019importance des interm\u00e9diaires et les ph\u00e9nom\u00e8nes de sp\u00e9culation.<\/p>\n<p><span><span><strong>N\u00e9cessit\u00e9 de donn\u00e9es pr\u00e9cises pour piloter correctement le secteur agricole<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des tensions conjoncturelles, les crises rapport\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment r\u00e9v\u00e8lent surtout, faute de donn\u00e9es suffisamment pr\u00e9cises, actualis\u00e9es et accessibles, la difficult\u00e9 \u00e0 anticiper correctement l\u2019\u00e9volution des productions, des stocks et des march\u00e9s. Elles mettent en lumi\u00e8re les limites d\u2019un syst\u00e8me agricole encore largement pilot\u00e9 \u00e0 partir d\u2019informations parfois fragment\u00e9es, incompl\u00e8tes ou publi\u00e9es avec retard, ce qui r\u00e9duit fortement la capacit\u00e9 des d\u00e9cideurs \u00e0 intervenir efficacement et au bon moment.<\/p>\n<p>De la crise du mouton de l&rsquo;A\u00efd aux tensions sur les march\u00e9s agricoles, la qualit\u00e9 des donn\u00e9es devient un facteur d\u00e9terminant pour anticiper les crises, orienter les politiques publiques et renforcer la souverainet\u00e9 alimentaire du pays.<\/p>\n<p>Dans un contexte marqu\u00e9 par le changement climatique, la volatilit\u00e9 des march\u00e9s internationaux et les crises g\u00e9opolitiques, la ma\u00eetrise de l\u2019information agricole devient un v\u00e9ritable enjeu strat\u00e9gique de gouvernance et de souverainet\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p>Produire, importer, stocker, subventionner ou r\u00e9guler les march\u00e9s suppose d\u00e9sormais de disposer de donn\u00e9es fiables, pr\u00e9cises et r\u00e9guli\u00e8rement actualis\u00e9es. Une mauvaise estimation des r\u00e9coltes, des stocks disponibles ou des besoins du march\u00e9, peut rapidement entra\u00eener p\u00e9nuries, tensions sur les prix ou importations co\u00fbteuses.<\/p>\n<p>Faute d\u2019outils modernes d\u2019observation, de suivi et d\u2019analyse en temps r\u00e9el, les crises agricoles risquent de devenir plus fr\u00e9quentes. Trop souvent, elles ne sont pas v\u00e9ritablement anticip\u00e9es ni ma\u00eetris\u00e9es, mais simplement constat\u00e9es une fois install\u00e9es, avec des cons\u00e9quences parfois lourdes pour les producteurs, les consommateurs et les \u00e9quilibres \u00e9conomiques du pays.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une enqu\u00eate agricole ancienne face \u00e0 une agriculture profond\u00e9ment transform\u00e9e<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La derni\u00e8re grande enqu\u00eate sur la structure des exploitations agricoles remonte \u00e0 2004-2005, soit il y a plus de vingt ans. Depuis, l\u2019agriculture tunisienne a connu de profondes mutations sous l\u2019effet combin\u00e9 des pressions \u00e9conomiques, sociales, climatiques et g\u00e9opolitiques. Les syst\u00e8mes de production \u00e9voluent rapidement, les march\u00e9s deviennent plus instables, les comportements des consommateurs changent et les ressources naturelles se rar\u00e9fient. Les superficies cultiv\u00e9es \u00e9voluent, les productions aussi, les cheptels fluctuent et les comportements des agriculteurs changent en suivant des dynamiques devenues extr\u00eamement rapides. Dans un tel contexte, les statistiques agricoles deviennent rapidement obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>Depuis 2025, les autorit\u00e9s \u00e9voquent le lancement d\u2019une nouvelle enqu\u00eate nationale destin\u00e9e \u00e0 actualiser les donn\u00e9es existantes. Cette op\u00e9ration, initialement envisag\u00e9 autour de 2019, est particuli\u00e8rement attendue car elle devrait fournir une image plus pr\u00e9cise des superficies exploit\u00e9es, des syst\u00e8mes de production, des ressources en eau, des \u00e9quipements, des cheptels et des caract\u00e9ristiques socio-\u00e9conomiques des exploitations. Cependant, cette enqu\u00eate semble avancer plus lentement que pr\u00e9vu. Or, plus ce chantier tarde, plus le risque augmente de piloter un secteur agricole \u00e0 partir de donn\u00e9es devenues partiellement d\u00e9pass\u00e9es face aux mutations rapides du terrain.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le probl\u00e8me avec ces enqu\u00eates p\u00e9riodiques, parfois trop espac\u00e9es dans le temps, c\u2019est que, rapidement, les donn\u00e9es ne correspondent plus \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du terrain surtout qu\u2019aujourd\u2019hui le monde est devenu tr\u00e8s instable sous l\u2019effet de crises multiples et successives. Les changements g\u00e9opolitiques et climatiques graves et les progr\u00e8s scientifiques et techniques ne cessent de secouer et r\u00e9volutionner l\u2019actualit\u00e9 et notre environnement quotidien.<\/p>\n<p>Piloter une agriculture en mutation avec des donn\u00e9es anciennes revient \u00e0 g\u00e9rer un syst\u00e8me complexe avec une vision partielle et parfois erron\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9. Une agriculture moderne ne se pilote plus \u00e0 l\u2019intuition, mais par la donn\u00e9e.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une agriculture moderne se pilote par la donn\u00e9e actualis\u00e9e<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Un syst\u00e8me agricole performant exige une connaissance fine des productions, des rendements, des co\u00fbts, des flux commerciaux, des ressources hydriques et des dynamiques des march\u00e9s. Lorsque ces informations sont disponibles en temps r\u00e9el ou presque, elles permettent d\u2019anticiper les d\u00e9s\u00e9quilibres: baisse de production c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re, tension sur les aliments de b\u00e9tail, chute de rendement dans une r\u00e9gion donn\u00e9e ou flamb\u00e9e des prix \u00e0 la consommation.<\/p>\n<p>Mais lorsque les donn\u00e9es sont incompl\u00e8tes, tardives ou dispers\u00e9es entre plusieurs institutions, la r\u00e9action devient n\u00e9cessairement plus lente et moins efficace. Les crises ne sont plus anticip\u00e9es, elles sont subies.<\/p>\n<p>Dans un secteur soumis aux al\u00e9as et aux fluctuations mondiales constantes, le facteur temps devient d\u00e9cisif. Une donn\u00e9e publi\u00e9e avec plusieurs mois de retard perd une grande partie de sa valeur op\u00e9rationnelle. La capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9tecter t\u00f4t les signaux faibles et \u00e0 agir avant la crise font la diff\u00e9rence entre une agriculture pilot\u00e9e et une agriculture subie.<\/p>\n<p><span><span><strong>Un syst\u00e8me de donn\u00e9es fragment\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me statistique agricole tunisien repose aujourd\u2019hui sur plusieurs institutions et sur plusieurs minist\u00e8res. Les principaux intervenants d\u00e9pendent des minist\u00e8res de l\u2019agriculture, du commerce et de l\u2019\u00e9conomie-planification.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, \u00e0 travers ses directions g\u00e9n\u00e9rales et les CRDA, collecte une grande partie des donn\u00e9es de terrain. Ses offices sp\u00e9cialis\u00e9s (OEP, ONH, OC, ONF\u2026 ) et ses groupements interprofessionnels (GIF, GIL, GD, GIVLait, GIPAC, GIPP\u2026) assurent le suivi de plusieurs fili\u00e8res agricoles et agroalimentaires. L\u2019ONAGRI joue quant \u00e0 lui un r\u00f4le important dans le suivi des march\u00e9s, l\u2019analyse \u00e9conomique et la diffusion des donn\u00e9es agricoles.<\/p>\n<p>Le portail des donn\u00e9es agricoles ouvertes en Tunisie (agridata.tn) constitue \u00e9galement une avanc\u00e9e importante. Il met \u00e0 disposition du public des donn\u00e9es relatives aux ressources en eau, aux productions v\u00e9g\u00e9tales et animales, aux prix agricoles ou encore aux indicateurs climatiques. Toutefois, malgr\u00e9 son potentiel strat\u00e9gique, cette plateforme reste, avec des donn\u00e9es brutes et parfois incompl\u00e8tes, encore insuffisamment exploit\u00e9e et parfois insuffisamment actualis\u00e9e.<\/p>\n<p>De son cot\u00e9, le minist\u00e8re du Commerce joue \u00e9galement un r\u00f4le important, dans le suivi et la r\u00e9gulation des march\u00e9s agricoles et alimentaires, \u00e0 travers ses structures centrales et r\u00e9gionales ainsi que des organismes sous tutelle comme l\u2019Office du Commerce de Tunisie (OCT). Celui-ci intervient notamment dans la gestion des stocks et l\u2019importation de plusieurs produits alimentaires strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Enfin, l\u2019Institut National de la Statistique (INS), \u00e9tablissement public plac\u00e9 sous la tutelle du Minist\u00e8re de l\u2019Economie et de la planification, joue un r\u00f4le central dans la production et la coordination des statistiques nationales, y compris agricoles, \u00e0 travers les recensements g\u00e9n\u00e9raux de la population et de l\u2019habitat ainsi que les enqu\u00eates structurelles. Il assure \u00e9galement la coh\u00e9rence m\u00e9thodologique des donn\u00e9es produites par les diff\u00e9rentes institutions publiques, garantissant ainsi une certaine comparabilit\u00e9 et fiabilit\u00e9 des indicateurs utilis\u00e9s pour le pilotage des politiques \u00e9conomiques et sociales. Plusieurs offices de d\u00e9veloppement r\u00e9gional\u00a0 d\u00e9pendant du CGDR et sous tutelle du MEP, jouent un r\u00f4le crucial dans le soutien et l\u2019encouragement de l\u2019investissement et du d\u00e9veloppement \u00e9conomique r\u00e9gional. Ils sont responsables de la collecte et de la diffusion de l\u2019information statistique r\u00e9gionale, de l\u2019\u00e9laboration de programmes de d\u00e9veloppement et de la coordination des projets au niveau r\u00e9gional.<\/p>\n<p><span><span><strong>Des donn\u00e9es parfois peu accessibles<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette architecture relativement d\u00e9velopp\u00e9e, l\u2019efficacit\u00e9 de la r\u00e9gulation reste souvent limit\u00e9e suite \u00e0 la fragmentation des donn\u00e9es, l\u2019importance du secteur informel, la multiplicit\u00e9 des interm\u00e9diaires et l\u2019absence d\u2019un syst\u00e8me int\u00e9gr\u00e9 et interconnect\u00e9 de partage de l\u2019information entre les diff\u00e9rentes institutions concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce ci conduit \u00e0 des faiblesses graves comme des donn\u00e9es publi\u00e9es avec retard, des s\u00e9ries statistiques incompl\u00e8tes, une fragmentation des sources, des plateformes parfois peu actualis\u00e9es et des difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s ou d\u2019exploitation pour les d\u00e9cideurs, chercheurs, journalistes, \u00e9tudiants ou investisseurs, et\u00a0<br \/>La Tunisie dispose d\u2019un cadre juridique (loi organique n\u00b0 2016-22 du 24 mars 2016) qui r\u00e9glemente le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information, pour toute personne physique ou morale, aux informations d\u00e9tenues par les organismes publics. Cette loi impose \u00e9galement aux administrations, minist\u00e8res, \u00e9tablissements publics et collectivit\u00e9s locales une obligation de publication proactive et de mise \u00e0 jour r\u00e9guli\u00e8re de certaines donn\u00e9es d\u2019int\u00e9r\u00eat public. Cependant, dans la pratique, plusieurs difficult\u00e9s sont souvent signal\u00e9es : retards dans les r\u00e9ponses, donn\u00e9es parfois incompl\u00e8tes ou insuffisamment actualis\u00e9es, plateformes num\u00e9riques peu aliment\u00e9es, dispersion des informations entre plusieurs institutions et culture administrative encore parfois r\u00e9ticente au partage des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est pas uniquement l\u2019existence des donn\u00e9es, mais leur coh\u00e9rence, leur actualisation et leur circulation efficace. Il s\u2019agit \u00e9galement de renforcer les m\u00e9canismes concrets de transparence et de diffusion des donn\u00e9es publiques afin que les d\u00e9cideurs, les citoyens, les chercheurs, les journalistes et les acteurs \u00e9conomiques puissent en profiter. Une information difficilement accessible ou publi\u00e9e avec retard perd rapidement une grande partie de sa valeur op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p><span><span><strong>De nouveaux outils pour un syst\u00e8me d\u2019information moderne<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les outils num\u00e9riques offrent aujourd\u2019hui des perspectives consid\u00e9rables pour moderniser le syst\u00e8me d\u2019information agricole. Internet, les syst\u00e8mes d\u2019information g\u00e9ographique (SIG), l\u2019imagerie satellitaire, l\u2019identification \u00e9lectronique du cheptel et les plateformes num\u00e9riques agricoles permettent d\u00e9j\u00e0 d\u2019am\u00e9liorer le suivi des productions, des ressources naturelles et des march\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u2019autres technologies renforcent encore la fiabilit\u00e9 des donn\u00e9es: capteurs connect\u00e9s, drones agricoles, syst\u00e8mes mobiles de collecte via Smartphones ou tablettes. Les donn\u00e9es issues des march\u00e9s de gros, des abattoirs, des circuits de distribution ou encore des syst\u00e8mes financiers agricoles peuvent compl\u00e9ter cette panoplie des moyens disponibles pour avoir \u00e0 temps, des donn\u00e9es pr\u00e9cises et fiables. L\u2019intelligence artificielle pourrait \u00e9galement jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant en croisant les diverses donn\u00e9es (climatiques, \u00e9conomiques et agricoles) afin d\u2019anticiper les tensions sur les march\u00e9s, pr\u00e9voir les rendements ou simuler diff\u00e9rents sc\u00e9narios de politique agricole. Ces technologies ne peuvent \u00eatre pleinement efficaces qu\u2019\u00e0 une condition de disposer de donn\u00e9es fiables, actualis\u00e9es et centralis\u00e9es.<\/p>\n<p>En France par exemple, les statistiques agricoles reposent sur des syst\u00e8mes int\u00e9gr\u00e9s et fortement digitalis\u00e9s associant recensements agricoles r\u00e9guliers, donn\u00e9es satellitaires, bases v\u00e9t\u00e9rinaires, identification \u00e9lectronique du cheptel, donn\u00e9es climatiques et transactions des march\u00e9s. Gr\u00e2ce \u00e0 cette infrastructure num\u00e9rique, les autorit\u00e9s peuvent suivre presque en temps r\u00e9el l\u2019\u00e9volution des productions, des prix ou des crises sanitaires et climatiques.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les grandes puissances agricoles investissent massivement dans les syst\u00e8mes d\u2019information, les plateformes num\u00e9riques et l\u2019intelligence artificielle appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019agriculture. La donn\u00e9e devient un instrument de souverainet\u00e9 alimentaire, de comp\u00e9titivit\u00e9 et m\u00eame de s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p><span><span><strong>Vers une culture de la donn\u00e9e en continu<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Dans un contexte marqu\u00e9 par le changement climatique, la pression sur les ressources hydriques et les incertitudes \u00e9conomiques mondiales, la donn\u00e9e agricole devient une infrastructure strat\u00e9gique au m\u00eame titre que l\u2019eau, l\u2019\u00e9nergie ou les infrastructures rurales.<\/p>\n<p>Des statistiques fiables ne suffisent certainement pas \u00e0 elles seules \u00e0 r\u00e9soudre les crises agricoles, mais elles constituent une condition indispensable pour mieux les anticiper, les comprendre et limiter leurs cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>En Tunisie, le d\u00e9fi n\u2019est plus uniquement technique. Il est aussi organisationnel et culturel. Il s\u2019agit de passer d\u2019un syst\u00e8me de production statistique p\u00e9riodique classique \u00e0 un syst\u00e8me de donn\u00e9es moderne quasi continues. Ceci suppose:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Une meilleure interconnexion entre les diff\u00e9rents minist\u00e8res et institutions;<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Une digitalisation plus avanc\u00e9e des remont\u00e9es de terrain;<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Une standardisation des indicateurs;<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> et surtout une logique de transparence et de partage de l\u2019information.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, l\u2019ONAGRI pourrait \u00e9voluer vers un v\u00e9ritable centre national de donn\u00e9es et d\u2019intelligence agricoles, capable de relier climat, ressources hydriques, productions, march\u00e9s et politiques publiques au sein d\u2019un syst\u00e8me d\u2019information int\u00e9gr\u00e9. Une telle plateforme permettrait d\u2019am\u00e9liorer les pr\u00e9visions, de mieux orienter les d\u00e9cisions publiques, d\u2019anticiper les tensions sur les march\u00e9s et de renforcer la pr\u00e9vention des crises agricoles.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu fondamental des statistiques agricoles est de passer d\u2019une gestion souvent r\u00e9active des crises \u00e0 une v\u00e9ritable culture de l\u2019anticipation et de la pr\u00e9vention.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La question des statistiques agricoles est devenue de nos jours, centrale. Elle conditionne la qualit\u00e9 de la d\u00e9cision publique, la capacit\u00e9 d\u2019anticipation et la r\u00e9activit\u00e9 face aux crises. Une agriculture moderne ne se pilote plus \u00e0 l\u2019intuition ni avec des statistiques vieilles de quelques ann\u00e9es. Elle se pilote gr\u00e2ce \u00e0 une information fiable, accessible, actualis\u00e9e et partag\u00e9e. Dans un monde marqu\u00e9 par les s\u00e9cheresses, les tensions alimentaires et la volatilit\u00e9 des march\u00e9s nationaux et internationaux, la donn\u00e9e agricole devient une ressource strat\u00e9gique essentielle au m\u00eame titre que les ressources naturelles importantes (l\u2019eau, la terre ou l\u2019\u00e9nergie).<\/p>\n<p>La Tunisie dispose d\u2019une nature, d\u2019un climat et d\u2019un savoir-faire favorables aux pratiques agricoles. Elle ne manque ni de comp\u00e9tences, ni d\u2019agriculteurs qualifi\u00e9s, ni d\u2019institutions. Ce qui fait surtout d\u00e9faut, c\u2019est un v\u00e9ritable syst\u00e8me coh\u00e9rent de production, de centralisation, d\u2019analyse, de traitement et de diffusion rapide de l\u2019information.<\/p>\n<p>Sans information ma\u00eetris\u00e9e, il ne peut y avoir ni de v\u00e9ritables strat\u00e9gies agricoles ni de souverainet\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><strong>Ridha Bergaoui<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38096-agriculture-tunisienne-quand-les-statistiques-deviennent-un-enjeu-strategique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ridha Bergaoui &#8211; Qu\u2019il s\u2019agisse de la crise du mouton de l\u2019A\u00efd, des flamb\u00e9es r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des prix de certains l\u00e9gumes (comme la tomate, le piment ou la pomme de terre), de l\u2019augmentation spectaculaire et parfois difficilement justifiable des prix de certains fruits (notamment le cas la banane) ou encore de l\u2019effondrement des prix de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":186906,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178031944742_content.jpg","fifu_image_alt":"Agriculture tunisienne: quand les statistiques deviennent un enjeu strat\u00e9gique","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-186905","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/186905","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=186905"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/186905\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/186906"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=186905"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=186905"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=186905"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}