{"id":187037,"date":"2026-06-03T17:02:08","date_gmt":"2026-06-03T21:02:08","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/quand-lunivers-resiste-les-mysteres-du-cosmos-a-lheure-des-decouvertes-recentes\/"},"modified":"2026-06-03T17:02:08","modified_gmt":"2026-06-03T21:02:08","slug":"quand-lunivers-resiste-les-mysteres-du-cosmos-a-lheure-des-decouvertes-recentes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/quand-lunivers-resiste-les-mysteres-du-cosmos-a-lheure-des-decouvertes-recentes\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019univers r\u00e9siste: les myst\u00e8res du cosmos \u00e0 l\u2019heure des d\u00e9couvertes r\u00e9centes"},"content":{"rendered":"<p><span><span><em><strong>Par Zouha\u00efr Ben Amor. Universitaire &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> L\u2019univers n\u2019est pas seulement un immense d\u00e9cor d\u2019\u00e9toiles. Il est une question ouverte. Depuis que l\u2019\u00eatre humain a lev\u00e9 les yeux vers le ciel, il a cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se cache derri\u00e8re cette profondeur noire, derri\u00e8re la lumi\u00e8re des astres, derri\u00e8re le silence apparent de l\u2019espace. Mais la science moderne a ajout\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9merveillement une forme nouvelle de vertige: plus nous observons, plus nous d\u00e9couvrons que le r\u00e9el est plus \u00e9trange que nos anciennes certitudes. L\u2019univers n\u2019est pas devenu moins myst\u00e9rieux avec les t\u00e9lescopes, les satellites et les d\u00e9tecteurs d\u2019ondes gravitationnelles. Il est devenu plus pr\u00e9cis dans son myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, la cosmologie a sembl\u00e9 construire un r\u00e9cit solide. L\u2019univers aurait commenc\u00e9 il y a environ 13,8 milliards d\u2019ann\u00e9es, dans un \u00e9tat extr\u00eamement chaud et dense. Il se serait ensuite dilat\u00e9, refroidi, structur\u00e9. Les premi\u00e8res particules auraient donn\u00e9 naissance aux premiers atomes, puis les premi\u00e8res \u00e9toiles auraient allum\u00e9 la nuit cosmique. Les galaxies se seraient assembl\u00e9es lentement, les plan\u00e8tes seraient apparues autour de certaines \u00e9toiles, et quelque part, sur une petite plan\u00e8te ordinaire, la mati\u00e8re aurait appris \u00e0 se regarder elle-m\u00eame. Ce r\u00e9cit demeure puissant. Le mod\u00e8le cosmologique standard, appel\u00e9 \u039bCDM (le mod\u00e8le \u039bCDM se lit \u201cLambda-CDM\u201d. C\u2019est le mod\u00e8le cosmologique standard utilis\u00e9 aujourd\u2019hui pour d\u00e9crire l\u2019univers \u00e0 grande \u00e9chelle. CDM signifie Cold Dark Matter, c\u2019est-\u00e0-dire mati\u00e8re noire froide), reste aujourd\u2019hui l\u2019ossature principale de notre compr\u00e9hension du cosmos. Les donn\u00e9es du satellite Planck ont consolid\u00e9 cette image: un univers domin\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie noire, la mati\u00e8re noire et une petite portion seulement de mati\u00e8re ordinaire, celle dont nous sommes faits (Planck Collaboration, 2020).<\/p>\n<p>Mais ce r\u00e9cit, justement parce qu\u2019il est devenu tr\u00e8s pr\u00e9cis, r\u00e9v\u00e8le mieux ses fissures. La mati\u00e8re ordinaire (les \u00e9toiles, les plan\u00e8tes, les gaz, les poussi\u00e8res, les corps vivants) ne repr\u00e9sente qu\u2019une faible partie de la composition cosmique. La majorit\u00e9 de l\u2019univers \u00e9chappe \u00e0 nos yeux. La mati\u00e8re noire ne brille pas, ne se laisse pas toucher, mais elle p\u00e8se. L\u2019\u00e9nergie noire ne se voit pas non plus, mais elle semble pousser l\u2019univers \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer son expansion. Nous vivons donc dans un cosmos dont la plus grande partie est invisible. La science ne dit pas ici : \u00abtout est compris\u00bb. Elle dit plut\u00f4t : \u00ab nous savons mesurer l\u2019inconnu avec une pr\u00e9cision \u00e9tonnante\u00bb.<\/p>\n<p><span><span><strong>La lumi\u00e8re ancienne et l\u2019ombre de la mati\u00e8re noire<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019un des grands myst\u00e8res de l\u2019univers tient dans cette contradiction: nous comprenons tr\u00e8s bien certaines cons\u00e9quences de la mati\u00e8re noire, mais nous ignorons toujours sa nature profonde. Elle est comme une pr\u00e9sence sans visage. Les galaxies tournent trop vite pour que leur seule mati\u00e8re visible explique leur coh\u00e9sion. Les amas de galaxies d\u00e9forment la lumi\u00e8re des objets situ\u00e9s derri\u00e8re eux, comme si une masse invisible courbait l\u2019espace. \u00c0 grande \u00e9chelle, les galaxies forment une toile cosmique faite de filaments et de vides, et cette architecture semble guid\u00e9e par une mati\u00e8re que nous ne pouvons pas observer directement.<\/p>\n<p>La mati\u00e8re noire n\u2019est donc pas une fantaisie invent\u00e9e pour combler un trou dans les \u00e9quations. Elle est une hypoth\u00e8se impos\u00e9e par des observations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Pourtant, aucune particule de mati\u00e8re noire n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e de mani\u00e8re d\u00e9finitive en laboratoire. C\u2019est l\u00e0 que commence le trouble philosophique: peut-on dire que nous connaissons vraiment quelque chose lorsque nous n\u2019en connaissons que les effets ? La gravit\u00e9 nous parle de cette mati\u00e8re, mais la lumi\u00e8re se tait. Les astronomes en dessinent les contours par la lentille gravitationnelle, par la rotation des galaxies, par la structure de l\u2019univers. Mais la mati\u00e8re noire demeure une ombre organis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce myst\u00e8re change notre rapport \u00e0 la connaissance. Nous pensions souvent que voir, c\u2019\u00e9tait savoir. La cosmologie moderne nous apprend que l\u2019invisible peut \u00eatre plus d\u00e9cisif que le visible. La nuit du ciel n\u2019est pas vide; elle est travaill\u00e9e par des forces, des masses et des structures qui \u00e9chappent \u00e0 la perception humaine. L\u2019univers nous oblige \u00e0 renoncer \u00e0 une forme na\u00efve de r\u00e9alisme : ce qui compte le plus n\u2019est pas toujours ce qui appara\u00eet.<\/p>\n<p><span><span><strong>L\u2019\u00e9nergie noire: l\u2019expansion comme \u00e9nigme<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019autre grande \u00e9nigme est encore plus d\u00e9routante. Depuis la fin du XXe si\u00e8cle, les observations indiquent que l\u2019expansion de l\u2019univers s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Autrement dit, les galaxies lointaines ne s\u2019\u00e9loignent pas seulement les unes des autres: cette fuite semble devenir de plus en plus rapide. Pour expliquer cela, les cosmologistes parlent d\u2019\u00e9nergie noire. Dans le mod\u00e8le standard, elle ressemble \u00e0 une constante cosmologique, une \u00e9nergie du vide qui agit comme une sorte de pression n\u00e9gative \u00e0 l\u2019\u00e9chelle cosmique.<\/p>\n<p>Pendant des ann\u00e9es, cette id\u00e9e a paru stable, m\u00eame si elle restait profond\u00e9ment myst\u00e9rieuse. Mais les observations r\u00e9centes du Dark Energy Spectroscopic Instrument, DESI, ont rendu la question plus vive. En construisant une immense carte en trois dimensions de l\u2019univers \u00e0 partir de millions de galaxies et de quasars, DESI mesure les traces laiss\u00e9es par les oscillations acoustiques baryoniques, sortes d\u2019empreintes fossiles de l\u2019univers jeune. Les r\u00e9sultats publi\u00e9s \u00e0 partir de la Data Release 2, fond\u00e9s sur plus de 14 millions de galaxies et quasars, ont renforc\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle l\u2019\u00e9nergie noire pourrait ne pas \u00eatre parfaitement constante dans le temps (Abdul-Karim et al., 2025).<\/p>\n<p>Il faut \u00eatre prudent: il ne s\u2019agit pas encore d\u2019une r\u00e9volution d\u00e9finitivement \u00e9tablie. Les cosmologistes savent que les grandes annonces doivent r\u00e9sister \u00e0 la v\u00e9rification, aux recalibrages, aux comparaisons entre instruments et m\u00e9thodes. Mais l\u2019id\u00e9e m\u00eame que l\u2019\u00e9nergie noire puisse \u00e9voluer ouvre une br\u00e8che immense. Si elle varie, alors le destin de l\u2019univers pourrait \u00eatre diff\u00e9rent de ce que l\u2019on imaginait. L\u2019expansion pourrait continuer ind\u00e9finiment, ralentir, changer de rythme, ou r\u00e9v\u00e9ler une physique encore inconnue.<\/p>\n<p>Ce point est essentiel: les d\u00e9couvertes r\u00e9centes ne d\u00e9truisent pas forc\u00e9ment le mod\u00e8le standard, mais elles le mettent sous tension. Elles l\u2019obligent \u00e0 se d\u00e9fendre, \u00e0 s\u2019ajuster, \u00e0 devenir plus subtil. La science avance souvent de cette mani\u00e8re: non par l\u2019effondrement brutal des anciens mod\u00e8les, mais par l\u2019apparition de d\u00e9tails qui refusent d\u2019entrer docilement dans le cadre.<\/p>\n<p><span><span><strong>James Webb et l\u2019univers trop pr\u00e9coce<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le t\u00e9lescope spatial James Webb a apport\u00e9 un autre bouleversement. En observant dans l\u2019infrarouge, il peut capter la lumi\u00e8re tr\u00e8s ancienne de galaxies form\u00e9es lorsque l\u2019univers \u00e9tait encore jeune. Or certaines de ces observations ont surpris les astronomes : des galaxies massives, brillantes, d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9es, apparaissent tr\u00e8s t\u00f4t dans l\u2019histoire cosmique. Le probl\u00e8me n\u2019est pas simplement qu\u2019elles existent, mais qu\u2019elles semblent parfois avoir grandi plus vite que pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte de galaxies ultra-massives dans le premier milliard d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s le Big Bang a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement frappante. Certaines, surnomm\u00e9es les \u00abred monsters\u00bb, paraissent avoir converti le gaz en \u00e9toiles avec une efficacit\u00e9 \u00e9tonnante. Cela ne signifie pas n\u00e9cessairement que le Big Bang est faux ou que toute la cosmologie s\u2019effondre. Les auteurs eux-m\u00eames soulignent que ces observations ne d\u00e9truisent pas le mod\u00e8le \u039bCDM, mais elles interrogent fortement les th\u00e9ories de formation des galaxies (Xiao et al., 2024).<\/p>\n<p>L\u2019image est presque enfantine: c\u2019est comme d\u00e9couvrir, dans une cr\u00e8che, des adultes d\u00e9j\u00e0 form\u00e9s. L\u2019univers jeune, que l\u2019on imaginait plus lent, plus h\u00e9sitant, plus pauvre en grandes structures, se r\u00e9v\u00e8le capable de produire rapidement des objets complexes. Peut-\u00eatre que les \u00e9toiles se formaient autrement dans ces conditions extr\u00eames. Peut-\u00eatre que la poussi\u00e8re cosmique, les trous noirs actifs ou les m\u00e9thodes d\u2019estimation des masses nous trompent encore partiellement. Peut-\u00eatre aussi que la nature a toujours \u00e9t\u00e9 plus rapide que nos mod\u00e8les.<\/p>\n<p>James Webb ne nous donne donc pas seulement de belles images. Il nous force \u00e0 reconsid\u00e9rer le rythme de l\u2019histoire cosmique. La question n\u2019est plus seulement: \u00abcomment les galaxies se forment-elles?\u00bb mais: \u00abcomment ont-elles pu se former si vite?\u00bb Ce changement est consid\u00e9rable. Il transforme l\u2019univers primordial en laboratoire critique. Chaque galaxie lointaine devient un message venu d\u2019un temps o\u00f9 les premi\u00e8res structures naissaient \u00e0 peine, mais o\u00f9 certaines semblaient d\u00e9j\u00e0 press\u00e9es de devenir g\u00e9antes.<\/p>\n<p><span><span><strong>Les trous noirs: monstres, m\u00e9moires et fronti\u00e8res<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Parmi les objets les plus fascinants du cosmos, les trous noirs occupent une place particuli\u00e8re. Ils sont \u00e0 la fois des r\u00e9alit\u00e9s astrophysiques et des limites conceptuelles. Un trou noir est une r\u00e9gion o\u00f9 la gravit\u00e9 devient si intense que m\u00eame la lumi\u00e8re ne peut s\u2019\u00e9chapper. Il marque donc une fronti\u00e8re : au-del\u00e0 de l\u2019horizon des \u00e9v\u00e9nements, notre mani\u00e8re habituelle de conna\u00eetre se brise.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, les trous noirs furent surtout des objets th\u00e9oriques. Aujourd\u2019hui, ils sont observ\u00e9s par leurs effets sur la mati\u00e8re, par les rayonnements des disques d\u2019accr\u00e9tion, par les mouvements d\u2019\u00e9toiles autour d\u2019eux, par les images de leur ombre, et surtout par les ondes gravitationnelles. Depuis 2015, l\u2019astronomie n\u2019\u00e9coute plus seulement l\u2019univers par la lumi\u00e8re ; elle l\u2019\u00e9coute par les vibrations de l\u2019espace-temps. Les collisions de trous noirs et d\u2019\u00e9toiles \u00e0 neutrons produisent des ondes gravitationnelles qui traversent le cosmos comme des rides silencieuses.<\/p>\n<p>Le nouveau catalogue GWTC-5 de la collaboration LIGO-Virgo-KAGRA a ajout\u00e9 161 \u00e9v\u00e9nements d\u00e9tect\u00e9s entre avril 2024 et janvier 2025, portant le total des signaux confirm\u00e9s \u00e0 390 depuis la premi\u00e8re d\u00e9tection de 2015 (LIGO-Virgo-KAGRA Collaboration, 2026). Ce chiffre n\u2019est pas seulement impressionnant quantitativement. Il signifie que les ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames ne sont plus des exceptions isol\u00e9es. Nous entrons dans une astronomie statistique des trous noirs. Nous pouvons comparer leurs masses, leurs rotations, leurs fr\u00e9quences de fusion, leurs populations. L\u2019univers violent devient un objet de recensement.<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 encore, les d\u00e9couvertes r\u00e9centes ne dissipent pas tout myst\u00e8re. Elles en cr\u00e9ent de nouveaux. Certains trous noirs semblent trop massifs trop t\u00f4t. D\u2019autres fusions posent des questions sur l\u2019origine des objets impliqu\u00e9s. Les trous noirs supermassifs au centre des galaxies, pesant parfois des millions ou des milliards de masses solaires, interrogent particuli\u00e8rement: comment ont-ils grandi aussi rapidement? Sont-ils n\u00e9s de l\u2019effondrement des premi\u00e8res \u00e9toiles? De l\u2019effondrement direct de nuages de gaz? De graines primordiales form\u00e9es dans les premiers instants de l\u2019univers? La r\u00e9ponse reste ouverte.<\/p>\n<p>Ce qui est fascinant, c\u2019est que les trous noirs relient plusieurs myst\u00e8res \u00e0 la fois : la gravit\u00e9 extr\u00eame, la formation des galaxies, la physique quantique, la naissance du temps cosmique. Ils sont des portes ferm\u00e9es, mais autour de ces portes, la science recueille des indices. Ils nous rappellent que l\u2019univers n\u2019est pas seulement grand; il est profond, au sens o\u00f9 certaines de ses r\u00e9gions d\u00e9fient les cat\u00e9gories m\u00eames avec lesquelles nous pensons.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une nouvelle humilit\u00e9 scientifique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les d\u00e9couvertes r\u00e9centes changent notre vision du cosmos parce qu\u2019elles modifient notre attitude. La science moderne n\u2019est pas une machine \u00e0 fabriquer des certitudes simples. Elle est une discipline de l\u2019incertitude contr\u00f4l\u00e9e. Elle ne remplace pas le myst\u00e8re par des r\u00e9ponses d\u00e9finitives; elle transforme le myst\u00e8re vague en question pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Hier, on pouvait dire: \u00able ciel est myst\u00e9rieux\u00bb. Aujourd\u2019hui, on peut demander : pourquoi l\u2019\u00e9nergie noire semble-t-elle peut-\u00eatre \u00e9voluer? Pourquoi certaines galaxies du jeune univers paraissent-elles si massives? Quelle est la particule de mati\u00e8re noire? Comment naissent les trous noirs supermassifs? Que nous disent les ondes gravitationnelles sur la population invisible des objets compacts? Le myst\u00e8re n\u2019a pas disparu. Il s\u2019est sp\u00e9cialis\u00e9. Il est devenu mesurable, cartographiable, discutable.<\/p>\n<p>Cela repr\u00e9sente une grande le\u00e7on culturelle. Nous vivons dans une \u00e9poque qui aime les r\u00e9ponses rapides, les conclusions d\u00e9finitives, les slogans. L\u2019univers, lui, enseigne la lenteur. Il oblige \u00e0 comparer les donn\u00e9es, \u00e0 reconna\u00eetre les marges d\u2019erreur, \u00e0 accepter qu\u2019une hypoth\u00e8se s\u00e9duisante puisse \u00eatre corrig\u00e9e demain. Loin d\u2019affaiblir la science, cette prudence la rend plus forte. Une science qui doute n\u2019est pas une science faible; c\u2019est une science qui respecte la complexit\u00e9 du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Il faut aussi voir dans ces d\u00e9couvertes une invitation \u00e0 repenser notre place. L\u2019\u00eatre humain n\u2019est pas au centre de l\u2019univers. Il n\u2019est pas fait de la mati\u00e8re dominante du cosmos. Il habite une plan\u00e8te minuscule, autour d\u2019une \u00e9toile ordinaire, dans une galaxie parmi des milliards. Et pourtant, cet \u00eatre fragile est capable de reconstruire l\u2019histoire de la lumi\u00e8re ancienne, de mesurer l\u2019expansion cosmique, d\u2019entendre la collision de trous noirs \u00e0 des milliards d\u2019ann\u00e9es-lumi\u00e8re. Il y a l\u00e0 une grandeur paradoxale : notre petitesse mat\u00e9rielle n\u2019emp\u00eache pas notre puissance de compr\u00e9hension.<\/p>\n<p>L\u2019univers ne nous donne donc pas une le\u00e7on d\u2019humiliation, mais d\u2019humilit\u00e9. Il nous dit que nous sommes peu de chose, mais pas rien. Nous sommes une mani\u00e8re pour le cosmos de devenir question. La mati\u00e8re, en nous, se demande d\u2019o\u00f9 elle vient. Les atomes form\u00e9s dans les \u00e9toiles regardent les \u00e9toiles. Cette id\u00e9e, presque po\u00e9tique, n\u2019est pas contraire \u00e0 la science. Elle en prolonge le vertige.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion: l\u2019inconnu comme horizon<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les myst\u00e8res de l\u2019univers ne sont pas des trous dans le savoir que le progr\u00e8s viendrait simplement remplir. Ils sont le moteur m\u00eame de la recherche. Sans mati\u00e8re noire, sans \u00e9nergie noire, sans galaxies trop pr\u00e9coces, sans trous noirs \u00e9nigmatiques, la cosmologie serait peut-\u00eatre plus confortable, mais moins vivante. Ce sont les anomalies qui font avancer la pens\u00e9e. Ce sont les d\u00e9tails r\u00e9sistants qui obligent les th\u00e9ories \u00e0 devenir meilleures.<\/p>\n<p>Les d\u00e9couvertes r\u00e9centes ne nous disent pas que nous ne savons rien. Elles nous disent que nous savons assez pour comprendre l\u2019ampleur de ce qui nous \u00e9chappe. C\u2019est une position rare, exigeante, presque morale. Elle refuse \u00e0 la fois l\u2019ignorance satisfaite et la certitude arrogante. Elle accepte que l\u2019univers soit intelligible sans \u00eatre \u00e9puis\u00e9 par nos mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre est-ce cela, finalement, le grand changement apport\u00e9 par la science contemporaine : l\u2019univers n\u2019est plus seulement un spectacle lointain, mais un interlocuteur difficile. Nous l\u2019interrogeons avec des t\u00e9lescopes, des \u00e9quations, des d\u00e9tecteurs, des ordinateurs, des cartes immenses. Il r\u00e9pond par fragments, par signaux faibles, par lumi\u00e8res anciennes, par vibrations de l\u2019espace-temps. Et chacune de ses r\u00e9ponses contient une nouvelle question.<\/p>\n<p>Le cosmos demeure donc un myst\u00e8re, mais un myst\u00e8re actif. Non pas une obscurit\u00e9 qui interdit de savoir, mais une profondeur qui appelle \u00e0 chercher encore.<\/p>\n<p>Dans ce sens, les d\u00e9couvertes r\u00e9centes ne ferment pas le livre de l\u2019univers. Elles nous montrent au contraire que nous n\u2019en avons lu que les premi\u00e8res pages.<\/p>\n<p><strong>Zouha\u00efr Ben Amor<\/strong><br \/><em><span>Universitaire<\/span><\/em><\/p>\n<p><span><strong>Bibliographie s\u00e9lective<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span>\u2022 Planck Collaboration. (2020). <em>Planck 2018 results. VI. Cosmological parameters.<\/em> Astronomy &amp; Astrophysics.<br \/>\u2022 Abdul-Karim, M. et al. \/ DESI Collaboration. (2025). <em>DESI DR2 Results II: Measurements of Baryon Acoustic Oscillations and Cosmological Constraints<\/em>.<br \/>\u2022 Xiao, M. et al. (2024). <em>Accelerated formation of ultra-massive galaxies in the first billion years. Nature.<\/em><br \/>\u2022 LIGO-Virgo-KAGRA Collaboration. (2026). <em>GWTC-5.0: Updated Gravitational-Wave Transient Catalog.<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38102-quand-l-univers-resiste-les-mysteres-du-cosmos-a-l-heure-des-decouvertes-recentes\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Zouha\u00efr Ben Amor. Universitaire &#8211; L\u2019univers n\u2019est pas seulement un immense d\u00e9cor d\u2019\u00e9toiles. Il est une question ouverte. Depuis que l\u2019\u00eatre humain a lev\u00e9 les yeux vers le ciel, il a cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se cache derri\u00e8re cette profondeur noire, derri\u00e8re la lumi\u00e8re des astres, derri\u00e8re le silence apparent de l\u2019espace. Mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":187038,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178047588534_content.jpg","fifu_image_alt":"Quand l\u2019univers r\u00e9siste: les myst\u00e8res du cosmos \u00e0 l\u2019heure des d\u00e9couvertes r\u00e9centes","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-187037","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=187037"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187037\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/187038"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=187037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=187037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}