{"id":18770,"date":"2019-03-01T06:31:00","date_gmt":"2019-03-01T11:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-lettre-ouverte-a-la-societe-civile-a-propos-dune-strategie-de-sortie-de-crise\/"},"modified":"2019-03-01T06:31:00","modified_gmt":"2019-03-01T11:31:00","slug":"tunisie-lettre-ouverte-a-la-societe-civile-a-propos-dune-strategie-de-sortie-de-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/tunisie-lettre-ouverte-a-la-societe-civile-a-propos-dune-strategie-de-sortie-de-crise\/","title":{"rendered":"Tunisie: Lettre ouverte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 propos d\u2019une strat\u00e9gie de sortie de crise"},"content":{"rendered":"<p>La soci\u00e9t\u00e9 civile se doit de se mobiliser pour jouer son r\u00f4le et centrer le processus \u00e9lectoral de cette ann\u00e9e 2019, sur les besoins fondamentaux du pays : la pacification des rapports sociaux et la centralit\u00e9 de la question sociale. La lettre ouverte examine ce r\u00f4le en conformit\u00e9 avec les avanc\u00e9es th\u00e9oriques et pratiques dans ce domaine. Elle comporte une trentaine de page. Voici un r\u00e9sum\u00e9 de son contenu.<\/p>\n<h2>1. La violence des rapports sociaux<\/h2>\n<p>La lettre ouverte analyse les rapports au sein et entre les principaux partis politiques et conclut \u00e0 la subjectivit\u00e9 de ces rapports. Il n\u2019est plus possible de distinguer le l\u00e9gitime et l&rsquo;ill\u00e9gitime dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y a plus de contrat social, il n y a plus de norme morale, sociale ou culturelle sup\u00e9rieure et fondatrice. L\u2019affaiblissement de l\u2019Etat, de l\u2019Etat de droit, de la justice, laissent la place aux conflits personnels et \u00e0 la violence comme moyen de r\u00e9solution de ces conflits. Un climat de guerre froide civile r\u00e8gne dangereusement dans le pays.<\/p>\n<p>Le pays est fragilis\u00e9, il est devenu de plus en plus tributaire des influences et des imp\u00e9ratifs \u00e9trangers Ces interventions ext\u00e9rieures fragilisent le processus d\u00e9mocratique en cours. La violence et les r\u00e8glements de comptes entre les diff\u00e9rents partis politiques ou les diff\u00e9rentes fractions du m\u00eame parti alimentent et parfois entrainent ces ing\u00e9rences. Il est impossible d\u2019\u00e9tablir une authentique d\u00e9mocratie sans \u00eatre le ma\u00eetre de ses propres d\u00e9cisions et avoir un contexte de paix sociale favorable. D\u00e9mocratie et souverainet\u00e9 nationale sont ins\u00e9parables.<\/p>\n<h2>2. La centralit\u00e9 de la question sociale<\/h2>\n<p>Pour se rendre compte de l\u2019ampleur de la question sociale, il suffit de partir de n\u2019importe quel m\u00e9tier et remonter la chaine. A cet effet, prenons le cas concret des taxis. Ce sont 40.000 chauffeurs utilisant un parc de 30.000 Taxis, transportant environ 1.500.000 passagers quotidiennement. Le m\u00e9tier connait de plus en plus de difficult\u00e9s dues \u00e0 la baisse constante des revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par cette activit\u00e9 qui suffisent \u00e0 peine \u00e0 faire vivre les chauffeurs de taxis et leurs familles. Ils sont incapables financi\u00e8rement de reproduire le cycle en investissant dans une nouvelle voiture pour remplacer l\u2019ancienne. Continuer \u00e0 travailler avec une ancienne voiture augmente les risques et les co\u00fbts jusqu\u2019\u00e0 travailler \u00e0 perte.<br \/>Les louagistes vivent le m\u00eame probl\u00e8me, en plus grave, puisque le prix de leur v\u00e9hicules est plus cher. Pour que ces m\u00e9tiers permettent une vie descente et un renouvellement du capital, il fallait fixer une tarification qui l\u2019aurait permis. Ceci risque de doubler (voire tripler) les tarifs. Or le niveau des salaires est trop bas et ne permet pas un tel \u00ab luxe \u00bb. Ce tarif, si bas, est d\u00e9j\u00e0 cher pour une franche tr\u00e8s importante de la population. Il fallait donc recourir au taxi collectif.<br \/>L\u00e0, on touche le point central de ce syst\u00e8me : Les salaires sont trop bas. Ils ne peuvent pas soutenir la demande int\u00e9rieure et g\u00e9n\u00e9rer des revenus corrects aux m\u00e9tiers interm\u00e9diaires : \u00e0 des salaires bas doivent correspondre des prix de biens de consommation bas, m\u00eame s\u2019ils ne garantissent pas des revenus suffisants. Une perspective de pr\u00e9carit\u00e9 touche tous les m\u00e9tiers du commerce au d\u00e9tail : les \u00e9piciers, les boulangers, les vendeurs de l\u00e9gumes, les boucheries, poissonniers, etc\u2026 On assiste \u00e0 un processus de paup\u00e9risation de pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Au niveau des entreprises, la dynamique de l\u2019\u00e9conomie tunisienne est d\u00e9termin\u00e9e par l\u2019importance des petites et moyennes entreprises. Or, ces PME sont en grandes difficult\u00e9s. La productivit\u00e9 est trop faible et les salaires aussi. Ils sont g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieurs au SMIG (48.4% le sont) surtout pour les femmes.<\/p>\n<p>La situation est encore plus d\u00e9grad\u00e9e au niveau de l\u2019agriculture. Les \u00be des agriculteurs tunisiens (73% en 1995 et 75% en en 2005) poss\u00e8dent moins de 10 hectares. Ces terres sont exploit\u00e9es dans le cadre d\u2019une agriculture traditionnelle qui ne les occupe que quelques mois. Le reste de l\u2019ann\u00e9e c\u2019est la d\u00e9brouillardise dans le cadre d\u2019un ch\u00f4mage d\u00e9guis\u00e9 et une pauvret\u00e9 absolue.<\/p>\n<p>Ainsi, la baisse des salaires r\u00e9els (qui a entrain\u00e9 avec elle tous les revenus) a atteint un niveau trop bas, qui a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9 par l\u2019inflation et les d\u00e9valuations successives du dinar, provoquant la rupture de l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomico-social. La demande int\u00e9rieure s\u2019est effondr\u00e9e et l\u2019\u00e9conomie n\u2019est plus capable de cr\u00e9er des emplois. Pis encore, elle est de moins en moins capable de maintenir les emplois existants en leur assurant un revenu correct. Le syst\u00e8me commence \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer ch\u00f4mage, pauvret\u00e9 et marginalisation.<\/p>\n<h2>3. La soci\u00e9t\u00e9 civile et la strat\u00e9gie de sortie de crise<\/h2>\n<p>La contradiction principale en Tunisie actuellement est que la majorit\u00e9 des mouvements politiques soutiennent un mod\u00e8le \u00e9conomique ultra lib\u00e9ral h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019ancien r\u00e9gime et qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 cette crise. Ceci se traduit par 80% du parlement qui le l\u00e9gitime. Ce qui est en flagrante contradiction avec une majorit\u00e9 \u00e9crasante de la population qui conteste ce mod\u00e8le : des r\u00e9gions enti\u00e8res se sont soulev\u00e9es (Tataouine, Kerkennah, Silinana, Kasserine, le bassin minier, etc ) et aussi des secteurs entiers de l\u2019\u00e9conomie (Le transport, la fonction publique, les enseignants, etc.).<\/p>\n<p>Ce d\u00e9s\u00e9quilibre est extr\u00eamement grave et menace la transition d\u00e9mocratique. En plus, Le niveau dangereusement bas des salaires et des revenus doit interpeler les diff\u00e9rents syndicats (notamment l\u2019UGTT). Il en fait d\u2019eux les principaux acteurs d\u2019un changement de cap. L\u2019\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale devrait \u00eatre l\u2019occasion pour poser la question sociale dans sa globalit\u00e9 et s\u2019assurer de son traitement diligent, dans un contexte de pacification des rapports sociaux. Le regroupement d\u2019autres acteurs sociaux et politiques au tour de cette question, d\u00e9clencherait un processus de mobilisation de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Celle-ci se devrait d\u2019assumer son r\u00f4le pour sortir le pays de la crise qui pr\u00e9vaut actuellement. Pour cela, sa pens\u00e9e devrait s\u2019\u00e9manciper de l\u2019enfermement th\u00e9orique due \u00e0 une conception classique de la d\u00e9mocratie qui lui impose sa \u00ab neutralit\u00e9 politique \u00bb. La lettre ouverte consacre une premi\u00e8re partie (th\u00e9orique) \u00e0 l\u2019examen de cette \u00e9ventualit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des avanc\u00e9es th\u00e9orique et pratique dans ce domaine, qui s\u2019inscrit dans un horizon universel, permettant aux populations de faire de la d\u00e9mocratie, ce qu\u2019elle est, un moyen de r\u00e9solution de leurs probl\u00e8mes fondamentaux.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la deuxi\u00e8me partie, elle distingue deux volets : un premier de court terme (en relation avec les \u00e9lections de cette ann\u00e9e) qui exprime la centralit\u00e9 de la question sociale et la pacification des rapports sociaux.<\/p>\n<p>L\u2019autre volet, strat\u00e9gique, concerne la d\u00e9mocratisation de la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne, l\u2019\u00e9mancipation de la femme au quotidien et l\u2019enracinement de la d\u00e9mocratie en conformit\u00e9 avec le syst\u00e8me universel des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"c3\"><strong>Jalloul Sghari<\/strong><br \/><em>Docteur en Economie<br \/>Enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris 5<\/em><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/26600-tunisie-lettre-ouverte-a-la-societe-civile-a-propos-d-une-strategie-de-sortie-de-crise\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La soci\u00e9t\u00e9 civile se doit de se mobiliser pour jouer son r\u00f4le et centrer le processus \u00e9lectoral de cette ann\u00e9e 2019, sur les besoins fondamentaux du pays : la pacification des rapports sociaux et la centralit\u00e9 de la question sociale. 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