{"id":187930,"date":"2026-06-19T13:03:05","date_gmt":"2026-06-19T17:03:05","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/elyes-ghariani-sommet-devian-le-g7-a-lepreuve-du-monde-qui-vient\/"},"modified":"2026-06-19T13:03:05","modified_gmt":"2026-06-19T17:03:05","slug":"elyes-ghariani-sommet-devian-le-g7-a-lepreuve-du-monde-qui-vient","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/elyes-ghariani-sommet-devian-le-g7-a-lepreuve-du-monde-qui-vient\/","title":{"rendered":"Elyes Ghariani &#8211; Sommet d\u2019\u00c9vian: Le G7 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du monde qui vient"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong><em>Par Elyes Ghariani &#8211;<\/em><\/strong><\/span><\/span> Alors que se cl\u00f4t le Sommet d&rsquo;\u00c9vian, le G7 semble avoir act\u00e9 une mutation silencieuse. Face \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence du Sud global et \u00e0 la multiplication des crises, le club des sept a renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universalisme pour embrasser le pragmatisme : plut\u00f4t que de pr\u00e9tendre gouverner le monde, il choisit d\u00e9sormais d&rsquo;agir sur lui \u2014 par coalitions cibl\u00e9es, par accords limit\u00e9s, par ce que les analystes appellent le \u00abminilat\u00e9ralisme\u00bb.<\/p>\n<p><span><span><strong>Du directoire occidental \u00e0 la diplomatie des coalitions<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>En novembre 1975, lorsque les dirigeants des principales puissances industrialis\u00e9es se r\u00e9unissent pour la premi\u00e8re fois au ch\u00e2teau de Rambouillet, le monde ob\u00e9it encore \u00e0 une hi\u00e9rarchie lisible. L&rsquo;Occident fixe les r\u00e8gles, les autres les appliquent \u2014 ou les subissent. Le G7 n&rsquo;est pas simplement un forum: c&rsquo;est le centre nerveux de la gouvernance mondiale, le lieu o\u00f9 se d\u00e9cident, en quelques heures de conclave, les grandes orientations financi\u00e8res, commerciales et strat\u00e9giques de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Cinquante ans plus tard, ce monde-l\u00e0 n&rsquo;existe plus. R\u00e9unis \u00e0 \u00c9vian-les-Bains en juin 2026, leurs successeurs \u00e9voluent dans un environnement radicalement transform\u00e9: mont\u00e9e en puissance des BRICS+, affirmation de nouvelles puissances r\u00e9gionales, fragmentation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des rapports de force. Le G7 n&rsquo;est plus en position de dicter; il doit d\u00e9sormais convaincre, coaliser, s&rsquo;adapter.<\/p>\n<p>Le contexte n&rsquo;a rien d&rsquo;apais\u00e9. La guerre en Ukraine, entr\u00e9e dans sa quatri\u00e8me ann\u00e9e, continue de structurer la fracture entre Moscou et les capitales occidentales. Au Moyen-Orient, les tensions autour du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz rappellent que les routes \u00e9nerg\u00e9tiques mondiales restent des points de rupture potentiels. Quant \u00e0 la comp\u00e9tition pour le lithium, le cobalt ou les terres rares, elle est devenue un enjeu de souverainet\u00e9 aussi strat\u00e9gique que le fut jadis le contr\u00f4le du p\u00e9trole.<\/p>\n<p>La question que pose le Sommet d&rsquo;\u00c9vian est donc celle-ci: s&rsquo;agit-il d&rsquo;un simple ajustement tactique, ou le G7 est-il en train de se r\u00e9inventer?<\/p>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se d\u00e9fendue ici est que ce Sommet consacre moins le retour du leadership occidental qu&rsquo;une mutation de l&rsquo;institution elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion de sa repr\u00e9sentativit\u00e9, le G7 cherche \u00e0 pr\u00e9server son influence par d&rsquo;autres moyens: minilat\u00e9ralisme, partenariats cibl\u00e9s, coalitions \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Une adaptation qui lui permet de rester en jeu \u2014 sans pour autant r\u00e9soudre la question, plus profonde, de sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans un monde devenu irr\u00e9ductiblement pluriel.<\/p>\n<p>Trois axes structureront cette analyse: l&rsquo;\u00e9rosion de la centralit\u00e9; la mani\u00e8re dont le G7 a fait de la gestion des crises sa nouvelle boussole; enfin, l&rsquo;architecture in\u00e9dite des \u00abcercles concentriques\u00bb qui redessine progressivement ses contours.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le G7 face \u00e0 un monde qui lui \u00e9chappe<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, le centre de gravit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale se d\u00e9place vers l&rsquo;Asie \u2014 lentement d&rsquo;abord, puis \u00e0 une vitesse qui a fini par surprendre les analystes les plus avertis. Dans les ann\u00e9es 1970, les membres du G7 repr\u00e9sentaient plus de la moiti\u00e9 du PIB mondial. Leur part est aujourd&rsquo;hui estim\u00e9e \u00e0 environ 30 %. Un recul de vingt points en cinquante ans: ce n&rsquo;est pas une correction, c&rsquo;est un basculement.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Untitled-3(4).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Mais les chiffres ne disent qu&rsquo;une partie de la v\u00e9rit\u00e9. La Chine n&rsquo;est plus simplement une grande puissance commerciale: elle est devenue un acteur syst\u00e9mique dont aucune \u00e9quation internationale ne peut faire l&rsquo;\u00e9conomie. L&rsquo;Inde cumule un poids d\u00e9mographique, une dynamique industrielle et une ambition technologique qui font d&rsquo;elle l&rsquo;une des puissances d\u00e9finissantes du si\u00e8cle qui s&rsquo;ouvre. L&rsquo;\u00e9largissement des BRICS+, conjugu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;affirmation du G20, a d\u00e9finitivement mis fin \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que le G7 pouvait parler au nom de la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>Aux yeux du Sud global, ce groupe n&rsquo;appara\u00eet plus comme le centre naturel de la gouvernance mondiale. Il reste un forum influent \u2014 mais parmi d&rsquo;autres.<\/p>\n<p><span><span><strong>Un paradoxe que peu d&rsquo;observateurs ont su formuler: moins l\u00e9gitime, mais toujours aussi puissant<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Ce recul de repr\u00e9sentativit\u00e9 ne signifie pas un d\u00e9clin de puissance \u2014 et c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;un des paradoxes les plus frappants de la situation actuelle.<\/p>\n<p>Les membres du G7 continuent de contr\u00f4ler les leviers les plus d\u00e9cisifs de la puissance contemporaine. Le dollar, l&rsquo;euro, le yen et la livre sterling structurent encore l&rsquo;essentiel des \u00e9changes et des r\u00e9serves mondiales. Leurs entreprises et laboratoires dominent les secteurs qui dessinent l&rsquo;avenir: intelligence artificielle, semi-conducteurs, biotechnologies, technologies de d\u00e9fense. Leurs alliances militaires restent sans \u00e9quivalent.<\/p>\n<p>Le G7 perd en repr\u00e9sentativit\u00e9 ce qu&rsquo;il conserve en influence. Son autorit\u00e9 ne repose plus sur le nombre ni sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique universelle \u2014 elle repose sur la ma\u00eetrise des instruments qui, dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, font la diff\u00e9rence entre les puissances qui orientent les dynamiques mondiales et celles qui les subissent.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est plus le directoire incontest\u00e9 du syst\u00e8me international. Mais il en reste l&rsquo;un des architectes discrets.<\/p>\n<p><span><span><strong>De la vision \u00e0 l&rsquo;urgence: quand les crises deviennent l&rsquo;agenda<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pendant des d\u00e9cennies, le G7 s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 comme un promoteur de normes : ouverture des march\u00e9s, coop\u00e9ration internationale, valeurs lib\u00e9rales. Il ne g\u00e9rait pas seulement des crises \u2014 il pr\u00e9tendait construire un ordre. Cette ambition normative n&rsquo;a pas disparu, mais elle a c\u00e9d\u00e9 du terrain, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, au profit d&rsquo;une logique plus r\u00e9active.<\/p>\n<p>\u00c0 \u00c9vian, l&rsquo;agenda est avant tout s\u00e9curitaire, \u00e9nerg\u00e9tique et \u00e9conomique. Ce ne sont pas des principes qui s&rsquo;affrontent dans les salles de r\u00e9union, mais des urgences: comment r\u00e9duire les capacit\u00e9s de guerre de la Russie? Comment s\u00e9curiser le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz? Comment garantir l&rsquo;acc\u00e8s aux minerais sans lesquels la transition \u00e9nerg\u00e9tique et la r\u00e9volution num\u00e9rique sont impossibles?<\/p>\n<p>Le G7 ne cherche plus \u00e0 d\u00e9finir une vision globale de l&rsquo;ordre international. Il cherche \u00e0 g\u00e9rer, \u00e0 contenir, \u00e0 pr\u00e9venir. C&rsquo;est moins ambitieux \u2014 mais peut-\u00eatre plus efficace. Et c&rsquo;est cette logique op\u00e9rationnelle qui pr\u00e9pare l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un mod\u00e8le de gouvernance in\u00e9dit, fond\u00e9 non plus sur le consensus universel, mais sur des coalitions limit\u00e9es, cibl\u00e9es, capables d&rsquo;agir vite.<\/p>\n<p><span><span><strong>\u00c9vian 2026: l&rsquo;heure du minilat\u00e9ralisme<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>Quand l&rsquo;efficacit\u00e9 prend le pas sur l&rsquo;universalit\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le multilat\u00e9ralisme a longtemps \u00e9t\u00e9 la religion officielle de la gouvernance mondiale. R\u00e9unir le plus grand nombre d&rsquo;\u00c9tats, construire des consensus larges, \u00e9difier des normes communes \u2014 telle \u00e9tait la promesse des grandes institutions n\u00e9es apr\u00e8s 1945. Mais ici, cette ambition s&rsquo;efface devant une logique radicalement diff\u00e9rente: celle du minilat\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Le principe est simple, presque brutal dans sa pragmatique: plut\u00f4t que de chercher un accord universel \u2014 long \u00e0 n\u00e9gocier, difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre, souvent vid\u00e9 de sa substance par les compromis successifs \u2014, on r\u00e9unit le nombre minimum d&rsquo;acteurs capables d&rsquo;agir efficacement sur un objectif pr\u00e9cis. On ne cherche pas \u00e0 convaincre tout le monde. On cherche \u00e0 faire quelque chose.<\/p>\n<p>Cette logique n&rsquo;est plus, \u00e0 \u00c9vian, une r\u00e9ponse d&rsquo;urgence improvis\u00e9e. Elle est devenue une m\u00e9thode. Trois dossiers l&rsquo;illustrent avec une clart\u00e9 particuli\u00e8re: l&rsquo;Ukraine, le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz, la course aux minerais critiques. Trois crises diff\u00e9rentes, une m\u00eame architecture de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p><span><span><strong>L&rsquo;Ukraine: de la condamnation symbolique \u00e0 la guerre \u00e9conomique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Quand les premi\u00e8res sanctions ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;invasion de f\u00e9vrier 2022, l&rsquo;objectif \u00e9tait politique : signaler une condamnation, marquer une ligne, d\u00e9montrer l&rsquo;unit\u00e9 occidentale. C&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas suffisant.<\/p>\n<p>Quatre ans plus tard, l&rsquo;ambition a chang\u00e9 d&rsquo;\u00e9chelle. Il ne s&rsquo;agit plus de signaler, mais de r\u00e9duire durablement les capacit\u00e9s de financement et de production de l&rsquo;effort de guerre russe. Les sanctions ne visent plus seulement \u00e0 punir; elles visent \u00e0 \u00e9puiser.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution se traduit par des instruments plus sophistiqu\u00e9s: ciblage accru des revenus \u00e9nerg\u00e9tiques, contr\u00f4le financier renforc\u00e9, coordination \u00e9troite des transferts technologiques et industriels vers Kiev. Plus significatif encore: le d\u00e9veloppement de capacit\u00e9s de production militaire sur le sol ukrainien, qui vise \u00e0 r\u00e9duire la d\u00e9pendance structurelle de Kiev vis-\u00e0-vis des livraisons ext\u00e9rieures. L&rsquo;Ukraine ne doit plus seulement recevoir des armes \u2014 elle doit apprendre \u00e0 en fabriquer.<\/p>\n<p>Le G7 a franchi un seuil. Il fonctionne d\u00e9sormais comme une structure de coordination strat\u00e9gique, capable d&rsquo;articuler en temps r\u00e9el sanctions \u00e9conomiques, soutien industriel, assistance militaire et coop\u00e9ration technologique.\u00a0<\/p>\n<p>Ce basculement dit quelque chose d&rsquo;essentiel sur la nature du pouvoir contemporain : l&rsquo;influence ne repose plus seulement sur la capacit\u00e9 \u00e0 convaincre \u2014 elle repose sur la capacit\u00e9 \u00e0 contr\u00f4ler. Contr\u00f4ler les flux financiers, les cha\u00eenes technologiques, les approvisionnements industriels. Celui qui tient ces leviers tient une partie du rapport de force.<\/p>\n<p><span><span><strong>Ormuz: g\u00e9rer l&rsquo;ing\u00e9rable, contenir l&rsquo;incontenable<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz n&rsquo;a pas besoin de pr\u00e9sentation. Par cette voie maritime de quelques kilom\u00e8tres transitent chaque jour environ un cinqui\u00e8me des exportations mondiales d&rsquo;hydrocarbures \u2014 un point o\u00f9 une crise r\u00e9gionale peut, en quelques jours, devenir une crise globale.<\/p>\n<p>Les discussions men\u00e9es \u00e0 \u00c9vian \u2014 n\u00e9gociations entre Washington et T\u00e9h\u00e9ran, pr\u00e9sence navale maintenue par la France et le Royaume-Uni \u2014 ne cherchent pas \u00e0 r\u00e9soudre les contradictions profondes du Moyen-Orient. Ce serait illusoire. Elles cherchent \u00e0 faire une chose plus modeste, mais plus concr\u00e8te : garantir que les tankers passent, que les march\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques ne s&#8217;emballent pas, et que l&rsquo;escalade reste contenue.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 la marque du minilat\u00e9ralisme \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre : ne pas pr\u00e9tendre gu\u00e9rir la maladie, mais emp\u00eacher qu&rsquo;elle ne devienne mortelle. Des acteurs limit\u00e9s, un objectif d\u00e9fini, des r\u00e9sultats mesurables. Ce que les grandes enceintes multilat\u00e9rales \u2014 paralys\u00e9es par leurs proc\u00e9dures et leurs divergences \u2014 sont de moins en moins capables de produire.<\/p>\n<p><span><span><strong>Les minerais critiques: la nouvelle g\u00e9ographie de la souverainet\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Il y a cinquante ans, la souverainet\u00e9 d&rsquo;un \u00c9tat se mesurait en partie \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 contr\u00f4ler son p\u00e9trole. Aujourd&rsquo;hui, elle se mesure aussi \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 acc\u00e9der au lithium, au cobalt, au nickel et aux terres rares \u2014 ces mat\u00e9riaux sans lesquels ni la transition \u00e9nerg\u00e9tique, ni la r\u00e9volution num\u00e9rique, ni les technologies de d\u00e9fense ne sont possibles.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance des \u00e9conomies du G7 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ces ressources \u2014 dont une part significative est extraite ou raffin\u00e9e sous contr\u00f4le chinois \u2014 est devenue l&rsquo;une des vuln\u00e9rabilit\u00e9s les moins r\u00e9solues de la d\u00e9cennie. \u00c9vian marque une tentative de r\u00e9ponse: renforcement des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration, constitution de stocks strat\u00e9giques, mobilisation des institutions financi\u00e8res internationales en faveur de projets d&rsquo;investissement alternatifs.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 des instruments, c&rsquo;est une conception \u00e9largie de la s\u00e9curit\u00e9 qui se dessine. La s\u00e9curit\u00e9 n&rsquo;est plus seulement militaire \u2014 elle est industrielle, logistique, technologique. Elle se joue dans les mines d&rsquo;Afrique, les usines de raffinage d&rsquo;Asie et les cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement qui relient les deux.<br \/>Dans un monde d&rsquo;interd\u00e9pendance et de rivalit\u00e9 simultan\u00e9es, les \u00c9tats ne cherchent plus seulement \u00e0 \u00e9dicter des r\u00e8gles \u2014 ils cherchent \u00e0 s\u00e9curiser les flux qui conditionnent leur prosp\u00e9rit\u00e9 et leur autonomie. Pour cela, les coalitions cibl\u00e9es sont plus utiles que les consensus universels.<\/p>\n<p>\u00c9vian confirme l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une gouvernance par coalitions sp\u00e9cialis\u00e9es \u2014 agiles, op\u00e9rationnelles, taill\u00e9es pour l&rsquo;urgence. Ce mod\u00e8le pr\u00e9pare une transformation plus profonde: celle d&rsquo;un G7 qui cesse de se penser comme un directoire pour se r\u00e9inventer comme une plateforme.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le G7 et ses nouveaux partenaires: l&rsquo;art de rester au centre sans tout contr\u00f4ler<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>Un noyau qui rayonne plut\u00f4t qu&rsquo;un club qui s&rsquo;isole<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Il y a encore une d\u00e9cennie, la question des partenariats ext\u00e9rieurs du G7 \u00e9tait secondaire \u2014 presque protocolaire. Les invit\u00e9s \u00e9taient des faire-valoir; les d\u00e9cisions se prenaient entre membres. \u00c9vian marque la fin de ce mod\u00e8le.<\/p>\n<p>Le G7 ne peut plus pr\u00e9tendre parler au nom du monde. Mais il peut faire quelque chose de diff\u00e9rent \u2014 et peut-\u00eatre de plus adapt\u00e9 : fonctionner comme le noyau d&rsquo;un r\u00e9seau, mobiliser des partenaires selon les enjeux, construire des coalitions sur mesure plut\u00f4t que des alliances fig\u00e9es. Car aucune puissance, aucun forum, ne dispose aujourd&rsquo;hui \u00e0 lui seul de la l\u00e9gitimit\u00e9 et des capacit\u00e9s n\u00e9cessaires pour g\u00e9rer les crises d&rsquo;un monde fragment\u00e9. Face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;architecture souple l&#8217;emporte sur la structure rigide.<\/p>\n<p><span><span><strong>Des cercles concentriques: une g\u00e9ographie du pouvoir \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le qui se dessine \u00e0 \u00c9vian peut \u00eatre lu comme une organisation en cercles concentriques \u2014 une image g\u00e9om\u00e9trique simple, mais g\u00e9opolitiquement dense.<\/p>\n<p>Au centre: les sept membres permanents, garants de la continuit\u00e9 politique et strat\u00e9gique du groupe. Autour gravitent des partenaires associ\u00e9s, invit\u00e9s selon l&rsquo;ordre du jour \u2014 des \u00c9tats dont la pr\u00e9sence n&rsquo;est pas symbolique, mais fonctionnelle. Plus loin encore: des coalitions th\u00e9matiques, convoqu\u00e9es sur des enjeux pr\u00e9cis \u2014 s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, infrastructures critiques, cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement \u2014 et dissoutes une fois l&rsquo;objectif atteint ou la crise pass\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette architecture a un m\u00e9rite d\u00e9cisif: int\u00e9grer des acteurs indispensables sans toucher \u00e0 la structure institutionnelle du groupe, et offrir une r\u00e9activit\u00e9 que les grandes enceintes multilat\u00e9rales, englu\u00e9es dans leurs proc\u00e9dures et leurs compromis, sont incapables de produire.<\/p>\n<p>Le G7 cesse ainsi d&rsquo;\u00eatre un club ferm\u00e9 pour devenir une plateforme \u2014 ouverte \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, dense au centre, adaptable en permanence.<\/p>\n<p><span><span><strong>Les puissances interm\u00e9diaires: les nouveaux arbitres que l&rsquo;on ne peut plus ignorer<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Ce r\u00e9agencement r\u00e9v\u00e8le une r\u00e9alit\u00e9 que la diplomatie classique a longtemps sous-estim\u00e9e: dans le monde multipolaire, ce sont souvent les puissances interm\u00e9diaires qui tiennent les cl\u00e9s des crises.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Untitled-1(10).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>La pr\u00e9sence des \u00c9tats du Golfe dans les discussions sur la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;Ormuz en est l&rsquo;illustration la plus nette. Leur participation \u00e0 \u00c9vian ne rel\u00e8ve pas du protocole \u2014 elle rel\u00e8ve de la n\u00e9cessit\u00e9. Ces \u00c9tats contr\u00f4lent des flux \u00e9nerg\u00e9tiques vitaux, influencent des \u00e9quilibres r\u00e9gionaux complexes et disposent de leviers financiers que ni Washington ni Bruxelles ne peuvent remplacer.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Untitled-2(8).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Au-del\u00e0 du Golfe, le ph\u00e9nom\u00e8ne est structurel. Une nouvelle cat\u00e9gorie d&rsquo;acteurs s&rsquo;est impos\u00e9e: des \u00c9tats qui ne rivalisent pas avec les grandes puissances en termes de puissance globale, mais qui sont devenus incontournables dans des domaines pr\u00e9cis \u2014 \u00e9nergie, finance, m\u00e9diation, logistique, mati\u00e8res premi\u00e8res. La Turquie, l&rsquo;Inde, les \u00c9mirats, l&rsquo;Arabie saoudite, l&rsquo;Indon\u00e9sie: autant de puissances qui n&rsquo;appartiennent \u00e0 aucun bloc, mais que chaque bloc cherche \u00e0 m\u00e9nager.<\/p>\n<p>Pour le G7, cette r\u00e9alit\u00e9 impose une r\u00e9vision profonde de sa posture. Il ne peut plus agir seul \u2014 non par faiblesse, mais parce que les crises contemporaines exigent des coalitions que lui seul ne peut pas former. L&rsquo;adaptation n&rsquo;est pas un aveu de d\u00e9clin; c&rsquo;est une condition de survie strat\u00e9gique.<\/p>\n<p><span><span><strong>L&rsquo;\u00e9quation non r\u00e9solue: efficacit\u00e9 sans l\u00e9gitimit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 quand?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le a une fissure \u2014 et elle est profonde.<\/p>\n<p>Les coalitions \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable sont efficaces. Mais l&rsquo;efficacit\u00e9 n&rsquo;est pas la l\u00e9gitimit\u00e9. Les partenaires associ\u00e9s participent aux initiatives du G7 sans si\u00e9ger dans ses instances de d\u00e9cision \u2014 ils ex\u00e9cutent des orientations qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas d\u00e9finies. Cette asym\u00e9trie passe encore, tant que les r\u00e9sultats sont au rendez-vous et que l&rsquo;alternative est pire. Mais elle est fragile.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que les puissances interm\u00e9diaires consolident leur poids, certaines commenceront \u00e0 poser la question autrement: pourquoi nous associer \u00e0 des d\u00e9cisions que nous n&rsquo;avons pas prises? Pourquoi participer \u00e0 une gouvernance dont nous subissons les r\u00e8gles sans en \u00e9crire les termes?<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi du G7 n&rsquo;est plus seulement op\u00e9rationnel. Il est politique. Trouver un \u00e9quilibre entre efficacit\u00e9 strat\u00e9gique et ouverture r\u00e9elle \u2014 non pas l&rsquo;ouverture de fa\u00e7ade des invitations protocolaires, mais une ouverture qui engage \u2014 sera la condition de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 dans un monde devenu irr\u00e9ductiblement pluriel.<\/p>\n<p><span><span><strong>Ni retour, ni d\u00e9clin \u2014 une mue<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le Sommet d&rsquo;\u00c9vian 2026 ne ressemble ni \u00e0 un triomphe ni \u00e0 un requiem. Il ressemble \u00e0 une mue \u2014 ce processus par lequel un organisme abandonne une enveloppe devenue trop \u00e9troite pour en construire une nouvelle, plus adapt\u00e9e \u00e0 son environnement.<\/p>\n<p>Le G7 qui en ressort n&rsquo;est plus le directoire de 1975. Il ne pr\u00e9tend plus incarner seul la gouvernance mondiale, ni parler au nom d&rsquo;une communaut\u00e9 internationale qui s&rsquo;est depuis longtemps pluralis\u00e9e. Mais il n&rsquo;est pas en voie d&rsquo;extinction. Sur les trois dossiers les plus br\u00fblants \u2014 l&rsquo;Ukraine, Ormuz, les minerais critiques \u2014, il a d\u00e9montr\u00e9 une capacit\u00e9 d&rsquo;action r\u00e9elle, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il a renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universalisme pour embrasser le pragmatisme des coalitions cibl\u00e9es.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/88892044929253_n.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Ce basculement du multilat\u00e9ralisme vers le minilat\u00e9ralisme n&rsquo;est pas propre au G7 \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;une des tendances lourdes de la gouvernance internationale contemporaine. Mais le G7 en est devenu, presque malgr\u00e9 lui, l&rsquo;un des laboratoires les plus visibles.<\/p>\n<p>Reste la question qu&rsquo;aucun sommet ne peut r\u00e9soudre seul : peut-on b\u00e2tir une gouvernance mondiale durable sur l&rsquo;efficacit\u00e9 sans la l\u00e9gitimit\u00e9? Le G7 conserve une puissance financi\u00e8re, technologique et militaire que ses rivaux n&rsquo;ont pas encore \u00e9gal\u00e9e. Mais la puissance sans repr\u00e9sentativit\u00e9 est un \u00e9difice sur sable. Elle convainc tant que personne ne la conteste frontalement. Elle s&rsquo;\u00e9rode d\u00e8s que les exclus trouvent les moyens de s&rsquo;organiser.<\/p>\n<p>L&rsquo;enjeu n&rsquo;est donc pas de savoir si le G7 peut encore agir \u2014 \u00c9vian a prouv\u00e9 qu&rsquo;il le peut. L&rsquo;enjeu est de savoir s&rsquo;il saura transformer son efficacit\u00e9 en autorit\u00e9, et son influence en l\u00e9gitimit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 cette condition, et \u00e0 cette condition seulement, qu&rsquo;il cessera d&rsquo;\u00eatre un forum de l&rsquo;ancien monde pour devenir un acteur constitutif du monde qui vient.<\/p>\n<p><strong>Elyes Ghariani<\/strong><br \/><span><em>Ancien ambassadeur<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38173-sommet-d-evian-le-g7-a-l-epreuve-du-monde-qui-vient\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Elyes Ghariani &#8211; Alors que se cl\u00f4t le Sommet d&rsquo;\u00c9vian, le G7 semble avoir act\u00e9 une mutation silencieuse. Face \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence du Sud global et \u00e0 la multiplication des crises, le club des sept a renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universalisme pour embrasser le pragmatisme : plut\u00f4t que de pr\u00e9tendre gouverner le monde, il choisit d\u00e9sormais d&rsquo;agir [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":187931,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178187960369_content.jpg","fifu_image_alt":"Elyes Ghariani - Sommet d\u2019\u00c9vian: Le G7 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du monde qui vient","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-187930","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187930","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=187930"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187930\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/187931"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187930"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=187930"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=187930"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}