{"id":188042,"date":"2026-06-22T13:03:05","date_gmt":"2026-06-22T17:03:05","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lecole-de-mon-enfance-un-bonheur-savoure-et-partage-par-nos-instituteurs\/"},"modified":"2026-06-22T13:03:05","modified_gmt":"2026-06-22T17:03:05","slug":"lecole-de-mon-enfance-un-bonheur-savoure-et-partage-par-nos-instituteurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/lecole-de-mon-enfance-un-bonheur-savoure-et-partage-par-nos-instituteurs\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9cole de mon enfance: Un bonheur savour\u00e9 et partag\u00e9 par nos instituteurs"},"content":{"rendered":"<p><span><span><em><strong>Par Abdellaziz Ben-Jebria &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> J\u2019avais presque six ans le 20 mars 1956, jour de l\u2019ind\u00e9pendance de la Tunisie. C\u2019\u00e9tait une date historique pour la nation toute enti\u00e8re. Mais c\u2019\u00e9tait aussi, pour moi particuli\u00e8rement, un m\u00e9morable souvenir, un remarquable \u00e9v\u00e8nement, et une date marquante qui co\u00efncida, en avance de deux mois et demi, avec mon 6<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire, donc fortuitement avec ma tr\u00e8s proche premi\u00e8re ann\u00e9e scolaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole de mon village natal, Ksibet-Sousse, qui se trouve \u00e0 six kilom\u00e8tre de Sousse, Hadrum\u00e8te, la Perle du Sahel.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la m\u00eame \u00e9cole qu\u2019avait fr\u00e9quent\u00e9e mon p\u00e8re, un espace formidable auquel je restais vitalement attach\u00e9, et je demeurais fid\u00e8lement reconnaissant, pour mon impr\u00e9gnation intellectuelle, mon \u00e9panouissement culturel, et ma r\u00e9ussite professionnelle. C\u2019\u00e9tait en effet dans cette \u00e9cole que nos instituteurs, sous l\u2019impulsion de Bourguiba, nous d\u00e9voilaient des horizons illimit\u00e9s, et nous stimulaient \u00e0 devenir les leaders et les b\u00e2tisseurs de cette Tunisie nouvelle. C\u2019\u00e9tait le r\u00eave insoup\u00e7onn\u00e9, l\u2019obsession permanente, la pr\u00e9occupation constante, et la d\u00e9termination incessante du combattant supr\u00eame, comme il aimait se faire appeler, sans d\u2019ailleurs se g\u00eaner, car il le pensait r\u00e9ellement et sinc\u00e8rement.<\/p>\n<p>En cette premi\u00e8re ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance, le premier jour d\u2019\u00e9cole fut, pour ma g\u00e9n\u00e9ration, un \u00e9v\u00e8nement heureux dans notre vie villageoise, car nous nous f\u00fbmes retrouv\u00e9s fraternellement ensemble, pauvres et moins pauvres, infirmes et valides, dans l\u2019\u00e9cole de notre enfance, proprement habill\u00e9s et respectueusement pr\u00e9sentables devant nos instituteurs. Mes camarades de classe et moi \u00e9tions particuli\u00e8rement fiers, \u00e0 Ksibet-Sousse, d\u2019accompagner presque tous les matins, notre ma\u00eetre bien-aim\u00e9, Si<span><strong><sup>(<\/sup><sup>*)<\/sup><\/strong><\/span>\u00a0Chadli Regaya, en parcourant avec lui les 500 m du chemin qui s\u00e9paraient sa petite maison (lou\u00e9e) de l\u2019\u00e9cole; et ce faisant, on se relayaient \u00e0 porter son lourd cartable qui \u00e9tait toujours rempli de nos petits cahiers, contenant nos devoirs de classe qu\u2019il corrigeait chez lui durant ses soir\u00e9es. Nous l\u2019aimions joyeusement et il nous adorait r\u00e9ciproquement.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Jebria.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Et en cette ann\u00e9e 1956, la Tunisie compte environ trois millions et demi d\u2019habitants, mais dont la moiti\u00e9 ont moins de 20 ans. Et comme le montre la photo de fin d\u2019ann\u00e9e scolaire (1956-1957), nous \u00e9tions en effet assez nombreux dans ma classe \u00e9l\u00e9mentaire du cours pr\u00e9paratoire (CP), avec un total de 45 \u00e9l\u00e8ves du village: 33 avaient l\u2019\u00e2ge normal de scolarit\u00e9 (6 ans); et une douzaine d\u2019autres, plus \u00e2g\u00e9s (9 \u00e0 11 ans), n\u2019avaient pas pu commencer \u00e0 temps leurs \u00e9tudes dans un \u00e9tablissement scolaire la\u00efc, mais l\u2019appel incessant de Bourguiba les avait forcement convaincus de rattraper le temps perdu, en suivant la marche du train, et en se joignant \u00e0 nous pour apprendre, s\u2019instruire, se former, s\u2019\u00e9duquer, et se cultiver. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 o\u00f9 se cachait la difficile \u00e9preuve du challenge, mais c\u2019\u00e9tait aussi dans cette jeunesse o\u00f9 r\u00e9sidait la grosse richesse et le grand investissement de la nouvelle Tunisie: une jeunesse \u00e9duqu\u00e9e, assoiff\u00e9e du savoir, et tourn\u00e9e ambitieusement vers l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Cependant, il y avait, en cette ann\u00e9e-l\u00e0, deux petites \u00e9coles primaires \u00e0 Ksibet-Sousse; une ancienne, la mienne, celle des gar\u00e7ons, qui existait depuis le protectorat fran\u00e7ais, et une fraichement-nouvelle qui fut construite rapidement juste \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, pour les filles. En effet, pendant quelques ann\u00e9es qui avaient suivi celle de l\u2019ind\u00e9pendance, les filles et les gar\u00e7ons faisaient \u00e9coles \u00e0 part, mais pas pour longtemps. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9el d\u00e9part en douceur, avec une approche de connaissance pragmatique, une action p\u00e9dagogique \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, et une d\u00e9marche temporellement progressive. C\u2019\u00e9tait un paradigme, cher \u00e0 Bourguiba, qu\u2019il utilisait pour roder les parents conservateurs \u00e0 jeter du lest, et \u00e0 se familiariser avec une soci\u00e9t\u00e9 moderne en pleine mutation des m\u0153urs ; et ce faisant, il avait finalement r\u00e9ussi, avec l\u2019engagement d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9ducateurs, \u00e0 convaincre ces m\u00eames parents h\u00e9sitants que l\u2019\u00e9ducation de leurs filles ne pouvait \u00eatre que b\u00e9n\u00e9fique pour elles-m\u00eames, pour leurs familles, et pour le pays.<\/p>\n<p>J\u2019aimais sinc\u00e8rement et profond\u00e9ment mon \u00e9cole primaire qui \u00e9tait, pour moi, tout simplement un lieu o\u00f9 j\u2019apprenais d\u2019abord \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 calculer, puis \u00e0 r\u00e9citer des po\u00e8mes avec l\u2019oration d\u2019un acteur, et \u00e0 r\u00e9diger progressivement des petits textes, en arabe <strong>(\u062a\u062d\u0631\u064a\u0631\u060c \u0673\u0646\u0634\u0627\u0621)<\/strong>, et des courtes r\u00e9dactions, en fran\u00e7ais. Ce n\u2019\u00e9tait pas un lieu pour r\u00e9ussir quoique ce soit, car je ne connaissais pas le sens de ce verbe pendant la candeur de mon enfance ou de mon adolescence, \u00e0 part peut-\u00eatre devancer mes camarades dans les notes de classe, \u00e0 la mani\u00e8re de nos sauts en hauteur, de nos courses \u00e0 pied, ou de nos matchs de foot.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ben-Jebria-moy.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Je prenais donc tous les jours, comme mes camarades, le chemin de l\u2019\u00e9cole avec le plaisir naturel, pour le loisir enfantin, et par enchantement magique, \u00e0 la recherche de ces nouvelles connaissances sans me poser trop de questions. Naturellement, je m\u2019appliquais \u00e0 r\u00e9pondre aux attentes de mes ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole, et surtout \u00e0 satisfaire les expectatives de mon p\u00e8re qui \u00e9tait s\u00e9v\u00e8rement exigeant, mais tout de m\u00eame fi\u00e8rement reconnaissant de mes r\u00e9sultats ; alors que ma gentille petite m\u00e8re se souciait plut\u00f4t de ma maigreur qu\u2019elle attribuait \u00e0 l\u2019accumulation de mes diverses activit\u00e9s journali\u00e8res altern\u00e9es entre mon \u00e9cole bien aim\u00e9e, les matchs de foot de mon quartier, et la campagne de nos oliviers.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Comme nous \u00e9tions tous pauvres, mais pas mis\u00e9rables, je me souviens encore que tous les \u00e9l\u00e8ves recevaient gratuitement les trois simples outils de base scolaire: les livres de lectures, les cahiers d\u2019\u00e9critures, et les ardoises de pratique. C\u2019\u00e9tait le juste n\u00e9cessaire, mais c\u2019\u00e9tait suffisant, pour apprendre \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire, et \u00e0 compter. Mais, lorsque je vois, aujourd\u2019hui, les enfants se donner de la peine \u00e0 trimballer de lourds cartables bourr\u00e9s de produits pseudo-scolaires commerciaux, ch\u00e8rement pay\u00e9s, je me pose la question sur leur justification, leur utilit\u00e9, et leur efficacit\u00e9 p\u00e9dagogiques pour les enfants de l\u2019\u00e9cole primaire?<\/p>\n<p>Et enfin, je me rappelle et je m\u00e9morise encore le fameux po\u00e8me, \u00ab\u00a0La Veuve qui Allaite\u00a0\u00bb <strong>(\u0627\u0644\u0623\u0631\u0645\u0644\u0629 \u0627\u0644\u0645\u0631\u0636\u0639\u0629)<\/strong>, de Ma\u00e2rouf Arrasafi (1875-1945), qui \u00e9tait connu pour \u00eatre un po\u00e8te de la libert\u00e9, et qui s\u2019\u00e9tait distingu\u00e9 par ses audacieuses opinions politiques \u00e0 travers la litt\u00e9rature iraquienne moderne. Son plaidoyer pour le d\u00e9veloppement est clairement exprim\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9crit que \u00ab\u00a0le peuple ferait mieux de s\u2019activer au d\u00e9veloppement de son future que de se lamenter sur l\u2019historique de son pass\u00e9\u00a0\u00bb; et son regard sur la mis\u00e8re soci\u00e9tale, qu\u2019il attribuait en partie \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme britannique, s\u2019imprime \u00e9motionnellement dans ce triste, mais joli, po\u00e8me, \u00ab\u00a0La Veuve qui Allaite\u00a0\u00bb. D\u2019ailleurs, ce r\u00e9cit est tellement dramatique, \u00e9mouvant, et bouleversant, que nos ma\u00eetres d\u2019\u00e9cole nous encourageaient \u00e0 le d\u00e9clamer dans une sorte de comp\u00e9tition vocale d\u2019oration th\u00e9\u00e2trale.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Ecole-2.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Je termine donc avec ces quelques vers de \u00ab\u00a0La Veuve qui Allaite\u00a0\u00bb que je traduis \u00e0 ma propre guise, sans pr\u00e9tendre \u00e0 la perfection qu\u2019elle m\u00e9rite ; je suis presque certain que les quelques trentaines survivants, des 45 copains de ma premi\u00e8re classe, de l\u2019\u00e9cole de mon enfance, le m\u00e9morisent encore sans aucune h\u00e9sitation; et je conclus finalement avec l\u2019exposition de la derni\u00e8re photo de ma classe terminale qui \u00e9tait moins dense que la premi\u00e8re \u00e9l\u00e9mentaire, avec 45 gar\u00e7ons, et raisonnablement mixte avec les 23 gar\u00e7ons et 10 filles; ce qui \u00e9tait tout de m\u00eame un progr\u00e8s tangible en peu de temps, consid\u00e9rant le conservatisme av\u00e9r\u00e9 des parents de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai crois\u00e9e, sans l\u2019avoir souhait\u00e9 *** Elle marchait lourdement, elle trimballait son b\u00e9b\u00e9<br \/>Minablement v\u00eatue, elle tra\u00eenait pieds nus *** Les yeux larmoyaient ses joues en pleine crue<br \/>\u00c0 force de pleurer son sort, ses larmes rougissent *** \u00c0 force d\u2019an\u00e9mier son corps, ses joues palissent<br \/>La mort lui fait peur, la mis\u00e8re la fait bl\u00eamir *** La d\u00e9tresse la fait g\u00e9mir, et le chagrin la laisse fl\u00e9trir<\/p>\n<p>\u0644\u0642\u064a\u062a\u0647\u0627 \u0644\u064a\u062a\u0646\u064a \u0645\u0627 \u0643\u0646\u062a \u0623\u0644\u0642\u0627\u0647\u0627 *** \u062a\u0645\u0634\u064a \u0648 \u0642\u062f \u0623\u062b\u0642\u0644 \u0627\u0644\u0625\u0645\u0644\u0627\u0642 \u0645\u0645\u0634\u0627\ufeeb\ufe8e<br \/>\u0623\u062b\u0648\u0627\u0628\u0647\u0627 \u0631\u062b\u0629 \u0648\u0627\u0644\u0631\u062c\u0644 \u062d\u0627\u0641\u064a\u0629 *** \u0648\u0627\u0644\u062f\u0645\u0639 \u062a\u0630\u0631\u0641\u0647 \u0641\u064a \u0627\u0644\u062e\u062f \u0639\u064a\u0646\u0627\u0647\u0627<br \/>\u0628\u0643\u062a \u0645\u0646 \u0627\u0644\u0641\u0642\u0631 \u0641\u0627\u062d\u0645\u0631\u062a \u0645\u062f\u0627\u0645\u0639\u0647\u0627 *** \ufeee\u0623\u0635\u0641\u0631\u0643\u0627\u0644\u0648\u0631\u0633 \ufee4\ufee6 \ufea0\ufeee\ufec9 \ufee4\ufea4\ufef3\ufe8e\ufeeb\ufe8e<br \/>\u0627\u0644\u0645\u0648\u062a \u0623\u0641\u062c\u0639\u0647\u0627 \u0648\u0627\u0644\u0641\u0642\u0631 \u0623\u0648\u062c\u0639\u0647\u0627 *** \u0648\u0627\u0644\u0647\u0645 \u0623\u0646\u062d\u0644\u0647\u0627 \u0648\u0627\u0644\u063a\u0645 \u0623\u0636\u0646\u0627\u0647\u0627<\/p>\n<p><strong>Abdellaziz Ben-Jebria<\/strong><\/p>\n<p><span><em>* En Tunisie, le terme \u00ab\u00a0Si\u00a0\u00bb est un raccourci du mot \u00ab\u00a0Sidi\u00a0\u00bb qui signifie \u00ab\u00a0Monsieur\u201d ; il est souvent employ\u00e9 pour s\u2019adresser respectueusement \u00e0 un homme plus \u00e2g\u00e9. Pareillement, pour une femme, \u00e7a d\u00e9pend des r\u00e9gions ; mais \u00e0 Ksibet-Sousse, c\u2019est souvent le terme \u00ab\u00a0Dada\u00a0\u00bb qui est employ\u00e9 respectueusement pour \u00ab\u00a0Madame\u00a0\u00bb.<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38180-l-ecole-de-mon-enfance-un-bonheur-savoure-et-partage-par-nos-instituteurs\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abdellaziz Ben-Jebria &#8211; J\u2019avais presque six ans le 20 mars 1956, jour de l\u2019ind\u00e9pendance de la Tunisie. C\u2019\u00e9tait une date historique pour la nation toute enti\u00e8re. 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