{"id":188587,"date":"2026-06-30T21:37:33","date_gmt":"2026-07-01T01:37:33","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/marginalite-juvenile-et-determinants-de-la-consommation-abusive-des-substances-psychoactives\/"},"modified":"2026-06-30T21:37:33","modified_gmt":"2026-07-01T01:37:33","slug":"marginalite-juvenile-et-determinants-de-la-consommation-abusive-des-substances-psychoactives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/marginalite-juvenile-et-determinants-de-la-consommation-abusive-des-substances-psychoactives\/","title":{"rendered":"Marginalit\u00e9 juv\u00e9nile et d\u00e9terminants de la consommation abusive  des substances psychoactives"},"content":{"rendered":"<div class=\"td-post-featured-image\"><a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune.jpg\" data-caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"595\" height=\"482\" class=\"entry-thumb td-modal-image\" src=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune.jpg\" srcset=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune.jpg 595w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune-300x243.jpg 300w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune-150x122.jpg 150w, https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune-518x420.jpg 518w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" alt=\"\" title=\"tribune\"\/><\/a><\/div>\n<p><strong>Le monde entier a comm\u00e9mor\u00e9, le vendredi 26 juin 2026, la Journ\u00e9e internationale de lutte contre l\u2019abus et le trafic de drogue. Dans cette tribune, le Dr Roger Zerbo, Directeur de recherche en Sociologie et Anthropologie \u00e0 l\u2019Institut des sciences des soci\u00e9t\u00e9s (INSS) du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) Burkina Faso, interpelle sur l\u2019urgence de se pr\u00e9occuper de la situation des jeunes dont le rapport aux stup\u00e9fiants m\u00e9rite une attention toute particuli\u00e8re et de d\u00e9velopper des actions en direction de leur plein \u00e9panouissement.<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs facteurs d\u00e9terminants sont associ\u00e9s \u00e0 la consommation des stup\u00e9fiants et autres drogues par les jeunes. Il s\u2019agit des d\u00e9terminants environnementaux, individuels, ceux li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me social et la pression v\u00e9cue dans les milieux scolaires et familiaux. Le sujet est abord\u00e9 ici en prenant le concept de \u00ab marginalit\u00e9 \u00bb comme porte d\u2019entr\u00e9e \u00e0 m\u00eame de pouvoir cerner plusieurs dimensions de la probl\u00e9matique. Ce concept traduit les facteurs d\u2019affaiblissement ou de rupture de liens sociaux qui font basculer vers la toxicomanie.<\/p>\n<p>En effet, d\u00e8s ses d\u00e9buts, la sociologie a caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019\u00e9volution des liens sociaux dans un contexte d\u2019individualisation croissant, perceptible dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Une individualisation qui a des d\u00e9clinaisons vers la \u00ab d\u00e9viance \u00bb sociale et les conduites addictives n\u00e9fastes pour l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9. S\u2019agissant de la criminalit\u00e9 de nombreux experts \u00e9tablissent le lien entre comportement violent et consommation abusive de substances psychoactives.<\/p>\n<p>Le constat indique que dans nos villes, nos campagnes, autant dans les espaces de travail et de loisir, les individus font face \u00e0 une pluralit\u00e9 de comportements agressifs et d\u00e9viants r\u00e9sultants des \u00e9carts de conduite, de rejet et de marginalisation sociale, signe d\u2019une rupture des liens sociaux et de d\u00e9fiance de l\u2019autorit\u00e9 publique. En Afrique particuli\u00e8rement, la criminalit\u00e9 n\u2019a cess\u00e9 d\u2019augmenter au cours de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Le trafic illicite, les abus de consommation des substances psychoactives et le terrorisme sont devenus end\u00e9miques dans de nombreuses r\u00e9gions du continent.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 les pays du sahel combattent durement le terrorisme dans toutes ses formes, le grand banditisme ainsi que d\u2019autres comportements d\u00e9viants sont constat\u00e9s quotidiennement dans les villes et campagnes tels que rapport\u00e9s par les m\u00e9dias et les r\u00e9seaux sociaux. Plusieurs facteurs d\u00e9terminants sont associ\u00e9s \u00e0 la consommation des stup\u00e9fiants et autres drogues par les jeunes. Il s\u2019agit des d\u00e9terminants environnementaux, individuels, ceux li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me social et les conflits ou pression v\u00e9cue dans les milieux scolaires (Zerbo, R. 2023).<\/p>\n<p>Le sujet est abord\u00e9 ici en prenant le concept de \u00ab marginalit\u00e9 \u00bb comme porte d\u2019entr\u00e9e \u00e0 m\u00eame de pouvoir cerner plusieurs dimensions de la probl\u00e9matique (Paugam, S. 2008). Ce concept traduit les facteurs d\u2019affaiblissement ou de rupture de liens sociaux qui font basculer vers la toxicomanie. En effet, d\u00e8s ses d\u00e9buts, la sociologie a caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019\u00e9volution des liens sociaux dans un contexte d\u2019individualisation croissant (Durkheim, E. 2007) perceptible dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Une individualisation qui a des d\u00e9clinaisons vers la \u00ab d\u00e9viance \u00bb (Becker H., (dir.), 1985) et les conduites addictives n\u00e9fastes pour l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>S\u2019agissant de la criminalit\u00e9 de nombreux experts \u00e9tablissent le lien entre comportement violent et consommation de substances psychoactives (Paul J. Goldstein,1985). Le constat indique que dans nos villes, nos campagnes, autant dans les espaces de travail et de loisir, les individus font face \u00e0 une pluralit\u00e9 de comportements agressifs et d\u00e9viants r\u00e9sultants des \u00e9carts de conduite, de rejet et de marginalisation sociale, signe d\u2019une rupture des liens sociaux et de d\u00e9fiance de l\u2019autorit\u00e9 publique. Selon les estimations de la Commission \u00e9conomique pour l\u2019Afrique du syst\u00e8me des Nations Unis, le nombre des jeunes \u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 24 ans a progress\u00e9 de 90,8 millions en 1980 \u00e0 230 millions en 2015, et devrait s\u2019accro\u00eetre \u00e0 293 millions en 2025 et \u00e0 535 millions en 2065 (ONU, 2026, p.19).<\/p>\n<p>Selon les statistiques de l\u2019INSD (2022), dans le RGPH 2019, la population du Burkina Faso est extr\u00eamement jeune, avec 45,3% d\u2019enfants de moins de 15 ans, 64,2% ayant moins de 24 ans et plus de 77,9 % des habitants \u00e2g\u00e9s de moins de 35 ans. Ouagadougou (2,5 millions d\u2019hab.) et Bobo-Dioulasso (903 000 hab.) concentrent la majorit\u00e9 de la population urbaine. Cette situation de la population interpelle sur l\u2019urgence de se pr\u00e9occuper de la situation des jeunes et de d\u00e9velopper des actions en direction de son plein \u00e9panouissement. Il s\u2019agit d\u2019une proportion importante de la population dont le rapport aux stup\u00e9fiants m\u00e9rite une attention toute particuli\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>I- La marginalit\u00e9 juv\u00e9nile et ses risques<\/strong><\/p>\n<p>La marginalit\u00e9 est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe qui comporte plusieurs dimensions. Elle r\u00e9sulte de processus \u00e0 la fois historiques, \u00e9conomiques et des d\u00e9terminants sociaux qui excluent un individu, ou une partie de la population. Cette marginalit\u00e9 se manifeste parfois par une pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame et traduit un d\u00e9calage entre les normes dominantes et la transgression de certaines r\u00e8gles \u00e9tablies. Selon le sociologue Howard Becker (1985), la marginalit\u00e9 est le r\u00e9sultat d\u2019un processus social o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9signe certains comportements comme \u201chors-normes\u201d. C\u2019est le regard des autres qui cr\u00e9e le marginal par \u00e9tiquetage et par cat\u00e9gorisation.<\/p>\n<p>La marginalit\u00e9 est un terreau fertile pour les violences, les d\u00e9linquances et autres ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9viance ou de criminalit\u00e9s qui sont au centre des d\u00e9bats contemporains afin d\u2019orienter les politiques publiques en vue de promouvoir le bon vivre-ensemble et la coh\u00e9sion sociale. Comprendre les marginalit\u00e9s constitue d\u00e9j\u00e0 un point de d\u00e9part pour une maitrise du ph\u00e9nom\u00e8ne. Cette marginalit\u00e9 se manifeste parfois par une pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame, un d\u00e9calage vis-\u00e0-vis des normes dominantes, la transgression de certaines r\u00e8gles sociales \u00e9tablies. C\u2019est une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 sociale qui devient un facilitateur des attitudes de violence. Elle r\u00e9v\u00e8le des liens sociaux fragiles ou des d\u00e9liaisons sociales, une absence d\u2019encadrement et un \u00e9chec de socialisation des individus.<\/p>\n<p>Selon les analyses du sociologue Serge Paugam (2008) l\u2019int\u00e9gration sociale apporte \u00e0 l\u2019individu de la reconnaissance et la protection. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de marginalit\u00e9 ou de d\u00e9liaison social s\u2019explique par l\u2019affaiblissement des liens qui peut entrainer l\u2019effritement des autres liens. Il s\u2019agit premi\u00e8rement, des liens de filiation. C\u2019est-\u00e0-dire les relations familiales et la vie domestique. Deuxi\u00e8mement des liens de participation \u00e9lective. C\u2019est-\u00e0-dire le choix libre des amis et des compagnons de loisir. Troisi\u00e8mement, des liens de participation organique. C\u2019est-\u00e0-dire, des groupes et relation de travail et clubs d\u2019affaire. Quatri\u00e8mement, des liens de citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire un engagement communautaire, l\u2019esprit de patriotisme, le respect des droits, la possession des documents administratifs \u00e0 jour. Les facteurs d\u2019affaiblissement ou de rupture de liens sociaux sont entre autres, la faible quantit\u00e9 des liens, la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 des liens (Serge Paugam, 2008). On peut lier la crise ou l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sociale au ch\u00f4mage, \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 et aux diff\u00e9rentes formes de m\u00e9pris qui sont stigmatisantes. Par ailleurs, le sociologue Robert Castel (2000) attire l\u2019attention sur le processus de rupture cumulative de ces liens qui peut \u00eatre une situation aggravante qui entraine l\u2019exclusion, la rupture des liens sociaux par la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame. Il parle aussi de d\u00e9saffiliation pour traduire une perte progressive de protection sociale et des liens.<\/p>\n<p>De nombreuses donn\u00e9es empiriques et des observations des dynamiques sociales indiquent que la d\u00e9liaison sociale est un facteur d\u00e9terminant qui poussent les jeunes dans la consommation des substances psychoactives.<\/p>\n<p><strong>II- Le nexus substances psychoactives et comportement violent<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS, 2016) d\u00e9finit la \u2018\u2019substance psychoactive\u2019\u2019 comme suit \u00ab toute substance psychotrope ou psychoactive qui, en raison de leur nature chimique, perturbe le fonctionnement du syst\u00e8me nerveux central (sensations, perceptions, humeurs, sentiments, motricit\u00e9) ou qui modifie les \u00e9tats de conscience. \u00bb. La probl\u00e9matique qui se passe d\u00e8s lors, c\u2019est de pouvoir \u00e9tablie une distinction claire, dans les nomenclatures et les usages des substances psychoactives dites licites et celles dites illicites dans la mesure o\u00f9 de nombreuses situations d\u2019usages d\u00e9tourn\u00e9s sont per\u00e7us au quotidien. Ce n\u2019est pas l\u2019objectif vis\u00e9 dans ce pr\u00e9sent document.<\/p>\n<p>En effet, selon le rapport d\u2019activit\u00e9 du Comit\u00e9 National de Lutte contre la Drogue au Burkina Faso, environ 668 000 kg de drogues illicites saisis de 2020 \u00e0 2022 au Burkina Faso. 330 530,13 kg en 2020, 122 817,10 kg en 2021 et 240 985,15 kg en 2022 (SP-CNLD, 2023). De nombreux travaux indiquent que les substances psychotropes jouent un r\u00f4le facilitateur de la violence par une transformation des perceptions des actes et une alt\u00e9ration du jugement. B\u00e8gue-Shankland, L. (2014), fait remarquer que l\u2019usage de substances psychoactives est li\u00e9 \u00e0 des dommages sociaux et des actes de violence d\u2019une gravit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, o\u00f9 l\u2019auteur, la victime ou bien les deux protagonistes \u00e9taient sous l\u2019influence d\u2019une drogue.<\/p>\n<p>Selon les donn\u00e9es de l\u2019Unit\u00e9 Anti-Drogue (UAD), 789 \u00e9l\u00e8ves d\u2019\u00e2ge se situant entre 11 \u00e0 14 ans ont \u00e9t\u00e9 interpel\u00e9s pour fait de drogue entre 2018 et 2022. Au primaire en milieu urbain tout comme rural, 1074 cas de violences ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s de 2019 \u00e0 2021. Il convient de rappeler aussi, que l\u2019abus de la consommation de substance psychotrope soul\u00e8ve aussi un probl\u00e8me socio-sanitaire et de s\u00e9curit\u00e9 publique \u00e9mergent et pr\u00e9occupant qui interpelle l\u2019action publique (Zerbo, R. ; Sarr, M, 2021, Zida, S. et al., 2023) En nous inspirant du mod\u00e8le tripartite de Paul Goldstein (1998), d\u00e9velopp\u00e9 en 1985, nous empruntons un cadre conceptuel influent utilis\u00e9 pour comprendre les liens de causalit\u00e9 entre les abus de consommation des drogues et la survenus des actes de violence, de d\u00e9fiance de l\u2019autorit\u00e9 ou de criminalit\u00e9.<\/p>\n<ul>\n<li>Le facteur psychopharmacologique<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il s\u2019agit des effets des stup\u00e9fiants sur le syst\u00e8me nerveux, qui modifient le psychisme et le comportement. Il entraine une distorsion des sens et une alt\u00e9ration des jugements. Ce mod\u00e8le sugg\u00e8re que la consommation de certaines substances peut rendre les individus excit\u00e9s, irrationnels, d\u00e9sinhib\u00e9s ou parano\u00efaques, ce qui augmente la probabilit\u00e9 de comportements violents. La violence serait donc une cons\u00e9quence directe de l\u2019effet du stup\u00e9fiant sur le cerveau.<\/p>\n<ul>\n<li>Le facteur \u00e9conomique-compulsive<\/li>\n<\/ul>\n<p>Selon cette perspective, l\u2019acte violent pos\u00e9 r\u00e9pondrait \u00e0 un besoin financier pour assurer la consommation du stup\u00e9fiant. La violence serait cons\u00e9cutive \u00e0 la pression \u00e9conomique pour l\u2019acquisition du produit consomm\u00e9. Dans la pratique, ce type de violence d\u00e9coule du besoin d\u2019argent pour acheter des substances psychoactives et autres drogues. Des consommateurs, souvent d\u00e9pendants, peuvent recourir \u00e0 des crimes violents (braquages, vols \u00e0 main arm\u00e9e) pour financer leur consommation. On constate que la violence n\u2019est pas le but premier, mais un moyen d\u2019obtenir les fonds pour acqu\u00e9rir des produits de consommation.<\/p>\n<ul>\n<li>Le facteur syst\u00e9mique<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il s\u2019agit de d\u00e9montrer que le ph\u00e9nom\u00e8ne de violence est inh\u00e9rent au milieu des consommations des stup\u00e9fiants. La d\u00e9socialisation, le mode de vie de la rue et l\u2019habitude d\u2019entrer facilement dans des rapports de force o\u00f9 se laisser aller \u00e0 la violence. Il s\u2019agit de la violence inh\u00e9rente au syst\u00e8me de trafic et de distribution de drogue ill\u00e9gale. Elle inclut les conflits li\u00e9s aux territoires de vente, la r\u00e9pression des informateurs, la punition des vols de drogue ou d\u2019argent, ou les r\u00e8glements de comptes entre trafiquants A partir du model d\u2019analyse de Paul Goldstein (1998), il faut noter que l\u2019emprise des stup\u00e9fiants (cannabis, amph\u00e9tamine, h\u00e9ro\u00efne, fentanyl ou le tramadol d\u00e9tourn\u00e9) influe directement sur la criminalit\u00e9, mais le lien avec les agressions violentes est souvent indirect.<\/p>\n<p><strong>III-D\u00e9terminants de la consommation des stup\u00e9fiants par les jeunes<\/strong><\/p>\n<p>-D\u00e9terminants environnementaux<\/p>\n<p>La consommation des stup\u00e9fiants peut \u00eatre favoris\u00e9e par des facteurs environnementaux. La d\u00e9viance sociale des jeunes apparait comme un sympt\u00f4me r\u00e9v\u00e9lateur de la faiblesse de l\u2019autorit\u00e9 des adultes sur les jeunes qui sont parfois tiraill\u00e9s par un entre-deux normatif issu des valeurs sociales traditionnelles et contemporaines. Chez d\u2019autres jeunes, la drogue repr\u00e9sente un moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une douloureuse r\u00e9alit\u00e9 et aux situations troublantes et parfois douloureuse (OMS, 1989). Ainsi que l\u2019affirme le sociologue Howard Becker (1963), la disponibilit\u00e9 de ces produits psychoactifs \u00e0 port\u00e9e de main (fraude, trafic en augmentation) est un facteur d\u00e9terminant qui poussent \u00e0 des abus de consommation. Ce qui invite \u00e0 la vigilance. Par ailleurs, la tendance \u00e0 la d\u00e9viance est parfois per\u00e7ue comme une construction sociale (Howard Becker, 1963). Les pens\u00e9es populaires telles que \u00ab il faut que la jeunesse se fasse \u00bb, \u00ab Ah les jeunes !!! \u00bb sont des discours \u00e0 d\u00e9construire face \u00e0 la probl\u00e9matique actuelle des drogues. Un autre ph\u00e9nom\u00e8ne qui prend de plus en plus de l\u2019ampleur, est la passivit\u00e9 de l\u2019entourage face aux d\u00e9viances, d\u00e9rives et abus des stup\u00e9fiants (Sarigda, M et al, 2025), surtout la banalisation du toxique dans l\u2019environnement (C. Lucet a, J.P. Oli\u00e9, 2020).<\/p>\n<p>-D\u00e9terminants individuels<\/p>\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 de conditions d\u2019existence traduite par la pauvret\u00e9 et le d\u00e9nuement mat\u00e9riel expose les jeunes \u00e0 l\u2019abus de consommation des stup\u00e9fiants. En la mati\u00e8re, l\u2019initiation commence par la cigarette avant que le consommateur \u00e9volue jusqu\u2019aux drogues \u00ab dures \u00bb. Les travaux rapportent \u00e9galement l\u2019envie pressant des jeunes de faire des exp\u00e9riences stimulantes en exp\u00e9rimentant les drogues pour le frisson et braver les interdits (OMS, 1998). Ces exp\u00e9riences ont lieu dans une ignorance totale ou partielle des effets et des cons\u00e9quences des stup\u00e9fiants (Zerbo R., Sarr, M., 2021) Par ailleurs, la curiosit\u00e9, la pression des camarades et paire et le mim\u00e9tisme sont des attitudes qui font basculer le jeune dans la consommation des drogues (Zerbo R., Sarr, M., 2021). Dans une certaine mesure, les \u00e9checs dans les projets de vie et des chocs \u00e9motionnels ou des violences traumatiques sont des facteurs conduisant \u00e0 la consommation du tabac, drogues et autres produits psychoactifs (Zerbo, R. et Sarr, M., 2021, Zerbo ; 2023).<\/p>\n<p>-D\u00e9terminants de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me social<\/p>\n<p>La d\u00e9liaison familiale ou les ruptures des liens sociaux, selon la th\u00e9orie du sociologue Serge Paugam (2008) traduisent des situations d\u2019interactions sociales troublantes dans lesquelles les personnes marginalis\u00e9es qui sont en qu\u00eate de sociabilit\u00e9. Elles peuvent \u00eatre victimes de rejet, de stigmatisation, ou de pr\u00e9carit\u00e9. Dans la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, il s\u2019agit d\u2019\u00e9voquer des points d\u2019attention, dans la mesure o\u00f9 les travaux sur les substances psychoactives par les jeunes sont embryonnaires et n\u00e9cessitent encore des analyses plus approfondies. Le premier point est relatif \u00e0 la situation du m\u00e9nage, la famille ou le foyer \u00ab toxicomane \u00bb qui cr\u00e9e des conditions pour le jeune de s\u2019initier et de progresser vers l\u2019abus des drogues.<\/p>\n<p>Le second point concerne les situations de monoparentalit\u00e9 et les rapports intra-familiaux conflictuels qui laissent transparaitre des tension permanentes qui d\u00e9bouchent sur une indiff\u00e9rence affective aux jeunes. Un environnement famille conflictuel affaibli et fragilise l\u2019intensit\u00e9 des liens sociaux qui pousse \u00e0 la consommation des substances psychoactives comme solution alternative ou lieu de refuge permanent.<\/p>\n<p>-D\u00e9terminants li\u00e9s au milieu scolaire<\/p>\n<p>L\u2019espace scolaire est de plus en plus menac\u00e9 par les pratiques de consommation abusive de substances psychoactives et soul\u00e8ve un d\u00e9fi r\u00e9el pour la sant\u00e9 et le bien-\u00eatre des apprenants. Le premier facteur de consommation, c\u2019est la disponibilit\u00e9 et l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 la drogue dans l\u2019espace scolaire (Niki\u00e9ma, L., S. Kouanda, I. Seck, et al. 2011 ; Bonkoungou, K-N., 2023 ; Sarigda, M. et al, 2025) qui s\u2019accompagnent de l\u2019influence des pairs consommateurs et expliquent ce comportement d\u00e9viant (Soulama\/Coulibaly, Z. et al, 2023).<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoutent les attitudes n\u00e9gatives et propos blessants de certains enseignants envers les \u00e9l\u00e8ves (Bonkoungou, K-N., 2023 ; Sarigda, M et al, 2025) qui occasionnent des chocs \u00e9motionnels difficiles \u00e0 contenir par les jeunes. De nombreux t\u00e9moignages et des observations de terrain, rapportent que la pression des parents pour des r\u00e9sultats scolaires performants, ou le mirage de l\u2019intelligence et l\u2019excellents induisent \u00e0 la consommation des substance psychoactives par les jeunes (Zerbo, R., 2023 ; Sarigda, M et al, 2025). Dans une certaine mesure l\u2019absent\u00e9isme scolaire chronique occasionn\u00e9 volontairement constitue un point d\u2019attention parce que les consommateurs de stup\u00e9fiant mettent \u00e0 profit le temps libre sans la supervision des parents ou des enseignants pour consommer les substances psychoactives (Sarigda, M., et al, 2025).<\/p>\n<p><strong>IV-Cons\u00e9quences des conduites addictives li\u00e9s aux stup\u00e9fiants<\/strong><\/p>\n<p>La toxicomanie est une conduite addictive. Elle se d\u00e9finit comme un \u00e9tat de d\u00e9pendance physique ou psychologique (voire les deux) envers une ou plusieurs substances psychoactives, qu\u2019elles soient illicites ou d\u00e9tourn\u00e9es de leur usage m\u00e9dical. Il s\u2019agit d\u2019une pathologie qui repose sur la consommation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et abusive d\u2019un produit consid\u00e9r\u00e9 comme nocif (tabac, alcool, drogue\u2026). C\u2019est une forme d\u2019\u2019addiction per\u00e7ue comme un trouble de sant\u00e9 mentale qui se manifeste par une d\u00e9pendance \u00e0 une substance psychoactive (creasing). C\u2019est aussi, au sens large, une pratique anormalement excessive d\u2019un comportement (jeux, r\u00e9seaux sociaux\u2026) qui a des cons\u00e9quences n\u00e9fastes sur la sant\u00e9 mentale et globale de la personne affect\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019addiction conduit \u00e0 une perte de contr\u00f4le du niveau de consommation\/pratique et une modification de l\u2019\u00e9quilibre \u00e9motionnel. En effet, les addictions aux stup\u00e9fiants sont r\u00e9v\u00e9latrices d\u2019une d\u00e9tresse sociale. Elles traduisent une d\u00e9structuration du tissu social, la d\u00e9liaison sociale et occasionne des probl\u00e8mes de sant\u00e9 physique et mentale. Les cons\u00e9quences socio-sanitaires se traduisent par des risques d\u2019infections au VIH, H\u00e9patite B, H\u00e9patite C, Syphilis, etc. (Zida S., et al, 2024). On note \u00e9galement une \u00e9mergence des troubles psychosexuels chez les jeunes et les adultes. Selon Hall et Degenhardt (2009), l\u2019usage de cannabis affecte n\u00e9gativement les capacit\u00e9s d\u2019apprentissage, ce qui affecte la r\u00e9ussite scolaire et, augmente ainsi la probabilit\u00e9 de d\u00e9crocher.<\/p>\n<p>En somme, Il s\u2019agit de proposer des id\u00e9es pour des actions en perspective en vue de lutter contre le fl\u00e9au de la drogue et ses effets sur la jeunesse actuelle au Burkina et en Afrique de l\u2019Ouest. D\u2019abord, il convient de renforcer les liens sociaux \u00e0 travers la socialisation par la transmission et la promotion des valeurs sociales (dialogue, franchise, honn\u00eatet\u00e9, probit\u00e9, loyaut\u00e9, vivre ensemble, solidarit\u00e9, hospitalit\u00e9). Ensuite, renforcer le contr\u00f4le de l\u2019offre des drogues parce que la production mondiale est en augmentation et les typologies sont en constante variation. Cette perceptive commande la cr\u00e9ation d\u2019un observatoire des stup\u00e9fiants et drogues, un test sur les produits de grande consommation pour d\u00e9celer le produits addictog\u00e8nes. Il s\u2019agit d\u2019une plateforme multi-acteurs orient\u00e9 vers les alertes pr\u00e9coces et les capacit\u00e9s de contr\u00f4le des trafics impliquant les jeunes. Enfin organiser des structures de prise en charge m\u00e9dicales ou des traitements par socioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p><strong>Dr Roger ZERBO<\/strong><\/p>\n<p>Directeur de Recherche en Sociologie et Anthropologie<\/p>\n<p>INSS\/CNRST \u2013Burkina Faso<\/p>\n<p>Auteur: JK. Sidwaya<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/marginalite-juvenile-et-determinants-de-la-consommation-abusive-des-substances-psychoactives\/\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le monde entier a comm\u00e9mor\u00e9, le vendredi 26 juin 2026, la Journ\u00e9e internationale de lutte contre l\u2019abus et le trafic de drogue. Dans cette tribune, le Dr Roger Zerbo, Directeur de recherche en Sociologie et Anthropologie \u00e0 l\u2019Institut des sciences des soci\u00e9t\u00e9s (INSS) du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) Burkina Faso, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1816,"featured_media":188588,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.sidwaya.info\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/tribune.jpg","fifu_image_alt":"Marginalit\u00e9 juv\u00e9nile et d\u00e9terminants de la consommation abusive  des substances psychoactives","footnotes":""},"categories":[73,81],"tags":[],"class_list":["post-188587","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-burkina-faso"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188587","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1816"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=188587"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188587\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/188588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=188587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=188587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=188587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}