{"id":188932,"date":"2026-07-07T13:04:21","date_gmt":"2026-07-07T17:04:21","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mourad-bourehla-laleca-a-lepreuve-des-choix-strategiques-tunisiens\/"},"modified":"2026-07-07T13:04:21","modified_gmt":"2026-07-07T17:04:21","slug":"mourad-bourehla-laleca-a-lepreuve-des-choix-strategiques-tunisiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mourad-bourehla-laleca-a-lepreuve-des-choix-strategiques-tunisiens\/","title":{"rendered":"Mourad Bourehla: L&rsquo;ALECA \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des choix strat\u00e9giques tunisiens"},"content":{"rendered":"<p><span><span><em><strong>Par Mourad Bourehla, ancien ambassadeur \u00e0 Rome, Berne et Islamabad<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>1\/Avant-propos<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les n\u00e9gociations sur la zone de libre-\u00e9change approfondi et complet entre l&rsquo;UE et la Tunisie (ALECA) ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 une paralysie politique et diplomatique prolong\u00e9e. Alors que Bruxelles pr\u00e9sente l&rsquo;accord comme un outil de modernisation \u00e9conomique, Tunis le consid\u00e8re comme une menace existentielle pour ses secteurs fragiles de l&rsquo;agriculture et des services.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9poque de grave instabilit\u00e9 mondiale \u2014 marqu\u00e9e par des conflits prolong\u00e9s au Moyen-Orient et en Ukraine \u2014 les enjeux et les priorit\u00e9s g\u00e9opolitiques ont fondamentalement chang\u00e9.<\/p>\n<p>Cet article analyse les blocages structurels de l&rsquo;ALECA du point de vue tunisien,\u00a0 contraste la position prudente de la Tunisie face aux strat\u00e9gies du Maroc et de l&rsquo;Alg\u00e9rie, met en relief\u00a0 le rapport de force social interne qui a fa\u00e7onn\u00e9 cette prudence, et d\u00e9veloppe l&rsquo;id\u00e9e que la Tunisie a int\u00e9r\u00eat \u00e0 transformer son attentisme actuel en strat\u00e9gie explicite de diversification des partenaires tout en dessinant les lignes rouges par un consensus national et fa\u00e7onner ainsi la position tunisienne dans les n\u00e9gociations avec l&rsquo;UE.<\/p>\n<p><span><span><strong>2\/Introduction<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Depuis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, les n\u00e9gociations sur l&rsquo;Accord de libre-\u00e9change approfondi et complet (ALECA) avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne se heurtent \u00e0 une paralysie que ni Tunis ni Bruxelles ne semblent press\u00e9s de r\u00e9soudre. Ce blocage, souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un simple diff\u00e9rend technique, r\u00e9v\u00e8le en r\u00e9alit\u00e9 une question plus fondamentale: quel mod\u00e8le d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique la Tunisie souhaite-t-elle construire, et avec quels partenaires?<\/p>\n<p>Dans un contexte r\u00e9gional o\u00f9 le Maroc a choisi l&rsquo;alignement r\u00e9glementaire total et l&rsquo;Alg\u00e9rie une posture protectionniste, la Tunisie occupe une position singuli\u00e8re, ni totalement int\u00e9gr\u00e9e, ni totalement en marge.<\/p>\n<p><span><span><strong>3\/Contexte: les limites du cadre de 1995<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;accord d&rsquo;association UE-Tunisie de 1995 a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9manteler les droits de douane sur les produits industriels, int\u00e9grant profond\u00e9ment, en particulier les secteurs textile et m\u00e9canique tunisiens, dans les cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Cependant, les indicateurs statistiques ont montr\u00e9, surtout apr\u00e8s la r\u00e9volution de 2011, une d\u00e9t\u00e9rioration des donn\u00e9es \u00e9conomiques (inflation \u00e9lev\u00e9e, taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 des dipl\u00f4m\u00e9s, d\u00e9ficit commercial, d\u00e9veloppement r\u00e9gional d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9&#8230;) et par cons\u00e9quent, ces signes non trompeurs indiquent que le mod\u00e8le aurait atteint ses propres limites:<\/p>\n<p><span><span><strong>3.1\/ La contrainte agricole:<\/strong><\/span><\/span> les principales exportations de la Tunisie, telles que l&rsquo;huile d&rsquo;olive et les produits agricoles, restent soumises \u00e0 des quotas stricts de l&rsquo;UE et \u00e0 des barri\u00e8res tarifaires et non tarifaires protectionnistes, en r\u00e9alit\u00e9 la Tunisie n&rsquo;a jamais exploit\u00e9 totalement ses quotas exception faite de l&rsquo;huile d&rsquo;olive.<\/p>\n<p><span><span><strong>3.2\/ Le d\u00e9ficit commercial:<\/strong><\/span><\/span> l&rsquo;\u00e9cart structurel entre les importations europ\u00e9ennes de haute valeur technologique et l&rsquo;assemblage industriel de sous traitance de faible valeur ajout\u00e9e a aggrav\u00e9 les difficult\u00e9s de la balance commerciale de la Tunisie.<\/p>\n<p><span><span><strong>3.3\/ L&rsquo;expansion du champ d&rsquo;application:<\/strong><\/span><\/span> l&rsquo;ALECA cherche \u00e0 \u00e9tendre cette int\u00e9gration \u00e0 l&rsquo;agriculture, aux services et aux march\u00e9s publics, tout en exigeant que la Tunisie adopte l&rsquo;acquis communautaire de l&rsquo;UE sans offrir les instruments financiers g\u00e9n\u00e9ralement accord\u00e9s aux \u00c9tats candidats \u00e0 l&rsquo;UE.<\/p>\n<p><span><span><strong>4\/ Principaux points de friction strat\u00e9giques pour la Tunisie<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>4.1\/Le d\u00e9ficit asym\u00e9trique de l&rsquo;agriculture<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La politique agricole commune (PAC) de l&rsquo;UE subventionne massivement les agriculteurs europ\u00e9ens, ce qui emp\u00eache les petits et moyens agriculteurs tunisiens de rivaliser sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Les n\u00e9gociateurs tunisiens soutiennent \u00e0 juste titre que la lib\u00e9ralisation imm\u00e9diate des sous-secteurs strat\u00e9giques (produits laitiers, c\u00e9r\u00e9ales, viande) d\u00e9vasterait les moyens de subsistance ruraux, menacerait la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire nationale et d\u00e9clencherait une grave instabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique dans le pays.<\/p>\n<p><span><span><strong>4.2\/ La Souverainet\u00e9 r\u00e9glementaire contre la copie l\u00e9gislative<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;ALECA exige une harmonisation profonde des lois tunisiennes sanitaires, phytosanitaires (SPS) et de la concurrence avec les normes europ\u00e9ennes. La mise \u00e0 niveau des infrastructures locales et des laboratoires d&rsquo;essais pour r\u00e9pondre aux exigences de l&rsquo;UE n\u00e9cessite des investissements massifs en capital que l&rsquo;\u00c9tat tunisien ne peut actuellement se permettre. La Tunisie rejette l&rsquo;adoption massive de l\u00e9gislations \u00e9trang\u00e8res sans une pr\u00e9sence active et franche \u00e0 la table des n\u00e9gociations r\u00e9glementaires \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n<p><span><span><strong>4.3\/ Le dilemme de la mobilit\u00e9 (Mode 4: d\u00e9placement des personnes physiques)<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;une des principales contradictions structurelles de l&rsquo;approche de l&rsquo;UE est d&rsquo;exiger la libre circulation des services et des capitaux tout en maintenant des contr\u00f4les stricts aux fronti\u00e8res pour les personnes qui les fournissent. Pour la Tunisie, un accord de libre-\u00e9change dans les services ne vaut rien sans la lib\u00e9ralisation du \u00abMode 4\u00bb: acc\u00e8s clair aux visas pour les professionnels tunisiens (ing\u00e9nieurs, informaticiens, m\u00e9decins), r\u00e9duction des barri\u00e8res administratives, reconnaissance des qualifications. Cette demande, port\u00e9e sans rel\u00e2che depuis le d\u00e9but des n\u00e9gociations, n&rsquo;a \u00e0 ce jour produit aucun r\u00e9sultat concret \u2014 ce qui interroge sur la volont\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;UE d&rsquo;avancer sur ce dossier.<\/p>\n<p><span><span><strong>5\/ Le front int\u00e9rieur: des acteurs sociaux historiquement mobilis\u00e9s, mais un rapport de force qui a chang\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La prudence de la Tunisie face \u00e0 l&rsquo;ALECA ne rel\u00e8ve pas seulement d&rsquo;un calcul gouvernemental \u2014 elle est le produit d&rsquo;une mobilisation sociale ancienne, port\u00e9e depuis le lancement des n\u00e9gociations en 2015 par une coalition inhabituelle mais dont les arguments convergeaient,\u00a0 L&rsquo;UGTT , l&rsquo;UTICA , le FTDES (Forum tunisien pour les droits \u00e9conomiques et sociaux) et la LTDH (Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme) ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;accord, d\u00e8s le d\u00e9but , sur une m\u00eame exigence : \u00e9tablir un bilan ind\u00e9pendant de l&rsquo;accord d&rsquo;association de 1995 avant toute reprise s\u00e9rieuse des n\u00e9gociations sur l&rsquo;ALECA, en raison de ses effets jug\u00e9s n\u00e9gatifs sur la balance commerciale et le tissu industriel national.<\/p>\n<p>Cette convergence entre syndicat des travailleurs et patronat a pes\u00e9 dans la paralysie persistante du dossier. Un autre grief revenait de fa\u00e7on r\u00e9currente dans les critiques de la soci\u00e9t\u00e9 civile: l&rsquo;absence d&rsquo;un mandat de n\u00e9gociation clair confi\u00e9 par l&rsquo;Assembl\u00e9e des repr\u00e9sentants du peuple aux n\u00e9gociateurs tunisiens afin d&rsquo;arr\u00eater des lignes rouges d\u00e9finies consensuellement.<\/p>\n<p><span><span><strong>5.1\/ Un contexte social aujourd&rsquo;hui plus fragile<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Cette capacit\u00e9 de mobilisation ne peut cependant plus \u00eatre tenue pour acquise. L&rsquo;UGTT traverse depuis 2025 une phase de transition ouverte au sein m\u00eame du bureau de la centrale syndicale avec l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un nouveau secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral,\u00a0 avec en arri\u00e8re-plan le blocage prolong\u00e9 des n\u00e9gociations salariales avec l&rsquo;UTICA. Cette fragilisation du paysage syndical n&rsquo;est pas neutre pour le dossier ALECA: historiquement, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la mobilisation conjointe des corps interm\u00e9diaires qui a contraint l&rsquo;ex\u00e9cutif \u00e0 ne pas avancer unilat\u00e9ralement sur l&rsquo;accord. Un affaiblissement durable de cette capacit\u00e9 de contre-pouvoir social pourrait, \u00e0 terme, d\u00e9placer la d\u00e9cision sur l&rsquo;ALECA vers un cercle administratif plus restreint, avec moins de garde-fous issus du d\u00e9bat public.<\/p>\n<p>La \u00abprudence tunisienne\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ALECA n&rsquo;est donc pas un simple choix diplomatique du gouvernement, mais l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;un rapport de force social sp\u00e9cifique, toute recommandation appelant la Tunisie \u00e0 formuler des \u00ablignes rouges explicites\u00bb suppose un minimum de d\u00e9lib\u00e9rations et consensus\u00a0 social, faute de quoi ces lignes rouges resteront des positions administratives, plus vuln\u00e9rables aux pressions conjoncturelles que ne l&rsquo;\u00e9taient les positions port\u00e9es collectivement auparavant\u00a0 par l&rsquo;UGTT, l&rsquo;UTICA et la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p><span><span><strong>6\/ Dynamiques r\u00e9gionales compar\u00e9es: deux doctrines maghr\u00e9bines, un contrepoids tunisien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les r\u00e9serves tunisiennes face \u00e0 l&rsquo;ALECA prennent tout leur sens compar\u00e9es aux strat\u00e9gies oppos\u00e9es de ses voisins.<\/p>\n<p><span><span><strong>6.1\/ Le Maroc a choisi l&rsquo;alignement r\u00e9glementaire proactif,<\/strong><\/span><\/span> sous le r\u00e9gime du \u00abStatut Avanc\u00e9\u00bb, Rabat a adopt\u00e9 unilat\u00e9ralement de nombreuses normes techniques europ\u00e9ennes, transformant Tanger Med en plateforme majeure d&rsquo;exportation automobile et a\u00e9ronautique. Cette int\u00e9gration \u00e9conomique profonde, coupl\u00e9e \u00e0 une coop\u00e9ration s\u00e9curitaire et migratoire \u00e9troite avec l&rsquo;UE, s&rsquo;est traduite par un levier diplomatique r\u00e9el: le Maroc a pu ainsi maintenir un acc\u00e8s pr\u00e9f\u00e9rentiel \u00e0 ses produits malgr\u00e9 des contentieux juridiques europ\u00e9ens, tout en se positionnant comme futur exportateur d&rsquo;hydrog\u00e8ne vert vers l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p><span><span><strong>6.2\/ L&rsquo;Alg\u00e9rie repr\u00e9sente la position oppos\u00e9e.<\/strong><\/span><\/span> N&rsquo;ayant jamais engag\u00e9 de n\u00e9gociations ALECA, elle reste r\u00e9gie par l&rsquo;accord d&rsquo;association de 2005, jug\u00e9 \u00e0 Alger structurellement d\u00e9favorable \u00e0 son \u00e9conomie non p\u00e9troli\u00e8re. Le pays a renforc\u00e9 ses licences d&rsquo;importation et ses restrictions de change pour r\u00e9duire sa d\u00e9pendance ext\u00e9rieure, tout en s&rsquo;appuyant sur son statut de fournisseur gazier strat\u00e9gique pour l&rsquo;Europe afin d&rsquo;exiger du Co-investissement direct plut\u00f4t qu&rsquo;une lib\u00e9ralisation de march\u00e9.<\/p>\n<p><span><span><strong>6.3\/ La position tunisienne se distingue de ces deux mod\u00e8les,<\/strong><\/span><\/span> sans relever ni de l&rsquo;un ni de l&rsquo;autre: ni alignement total sur les normes europ\u00e9ennes, ni d\u00e9marche protectionniste.<\/p>\n<p>Cette posture ouvre la possibilit\u00e9 \u00e0 une troisi\u00e8me voie fond\u00e9e sur la diversification des partenariats et une consolidation des relations avec l&rsquo;Europe mais \u00e0 plusieurs vitesses avec comme point de mire la pr\u00e9servation des secteurs les plus vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p><span><span><strong>7\/ Recommandations politiques pour une voie \u00e0 suivre \u00e9quilibr\u00e9e<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><span><span><strong>7.1\/ Du c\u00f4t\u00e9 tunisien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><em><strong>7.1.1\/ Tirer parti des corridors commerciaux alternatifs:<\/strong><\/em> une diversification difficile mais possible \u00e0 construire.<\/p>\n<p>Le constat de d\u00e9part est sans appel. En 2025, les exportations tunisiennes vers l&rsquo;Union europ\u00e9enne repr\u00e9sentaient 69,9 % du total des exportations, tandis que les importations en provenance de l&rsquo;UE atteignaient 43,7 % du total. Le d\u00e9ficit commercial global s&rsquo;est par ailleurs creus\u00e9, passant de -18,9 milliards de dinars en 2024 \u00e0 -21,8 milliards de dinars en 2025 .<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> <strong>La Zone de libre-\u00e9change continentale africaine (ZLECAf)<\/strong><\/p>\n<p>La Tunisie n&rsquo;a enregistr\u00e9 que 1,6 milliard de dinars d&rsquo;\u00e9changes commerciaux avec l&rsquo;Afrique subsaharienne en 2024,\u00a0 une croissance annuelle moyenne de 9,7 % au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie . Sur le plan op\u00e9rationnel, la Tunisie a certes pris de l&rsquo;avance dans l&rsquo;usage du dispositif, avec 275 op\u00e9rations d&rsquo;exportation r\u00e9alis\u00e9es gr\u00e2ce aux certificats d&rsquo;origine ZLECAf et un objectif de 300 entreprises tunisiennes certifi\u00e9es. Mais le potentiel inexploit\u00e9 reste consid\u00e9rable. Les explications avanc\u00e9es par les experts convergent : le manque de liaisons a\u00e9riennes et maritimes directes avec les march\u00e9s subsahariens, mais aussi l&rsquo;absence de demande r\u00e9currente et pr\u00e9visible, aggrav\u00e9e par la volatilit\u00e9 politique r\u00e9gionale.<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> <strong>Le COMESA<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;appartenance de la Tunisie au COMESA depuis 2018 \u00e9tait une pierre angulaire dans\u00a0 \u00a0 l&rsquo;int\u00e9gration de notre pays dans ce groupement de 21 pays de l&rsquo;Afrique orientale et australe, malgr\u00e9 un pic d&rsquo;exportation de 3 milliards de dinars atteints en 2023, le potentiel\u00a0 reste toutefois sous-exploit\u00e9: notre pays ne valorise actuellement que 22,7 % de son potentiel commercial sur le continent africain, malgr\u00e9 l&rsquo;avantage comparatif\u00a0 que conf\u00e8re le COMESA aux investisseurs install\u00e9s en Tunisie pour acc\u00e9der au march\u00e9 africain \u00e9largi. Les secteurs identifi\u00e9s comme prioritaires \u2014 \u00e9lectronique, produits m\u00e9talliques, textile, ainsi que sant\u00e9, \u00e9ducation et technologies \u2014 offrent une base de diversification sectorielle plus r\u00e9aliste qu&rsquo;une approche g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>Ces chiffres racontent une histoire simple: la diversification africaine, bien r\u00e9elle dans les discours officiels depuis une d\u00e9cennie, reste marginale dans les flux commerciaux effectifs. Tant qu&rsquo;elle repr\u00e9sente environ 3,5 % des exportations totales tunisiennes face \u00e0 pr\u00e8s de 70 % pour l&rsquo;UE seule, elle ne change pas le rapport de force dans les n\u00e9gociations de l&rsquo;ALECA \u2014 elle reste un argument diplomatique plus qu&rsquo;un levier \u00e9conomique. La transformer en v\u00e9ritable alternative suppose des investissements cibl\u00e9s en logistique (liaisons maritimes directes) et une strat\u00e9gie sectorielle dynamique et innovative.<\/p>\n<p><em><strong>7.1.2\/ Initier des audits sp\u00e9cifiques aux secteurs:<\/strong><\/em> condition de toute reprise des n\u00e9gociations de l&rsquo;ALECA, une \u00e9valuation compl\u00e8te et ind\u00e9pendante de l&rsquo;impact \u00e9conomique des secteurs de l&rsquo;agriculture et des services, fixant des \u00ab lignes rouges \u00bb explicites pour les industries nationales vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p><span><span><strong>7.2 \/ Pour l&rsquo;Union europ\u00e9enne<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><em><strong>7.2.1\/ Reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique:<\/strong><\/em> Bruxelles devrait \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 comprendre que d\u00e9clencher des chocs \u00e9conomiques au Maghreb par des exigences commerciales rigides constitue un risque majeur pour la s\u00e9curit\u00e9. Avec une guerre prolong\u00e9e sur le flanc oriental de l&rsquo;Europe et de profonds troubles au Moyen-Orient, le maintien de la stabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique de l&rsquo;Afrique du Nord est un int\u00e9r\u00eat de s\u00e9curit\u00e9 vital pour la M\u00e9diterran\u00e9e et l&rsquo;UE.<\/p>\n<p><em><strong>7.2.2\/ Mobiliser le leadership de l&rsquo;Europe du Sud:<\/strong><\/em> les \u00c9tats de premi\u00e8re ligne comme l&rsquo;Italie, la France et l&rsquo;Espagne doivent jouer un r\u00f4le de premier plan pour pousser Bruxelles vers plus de flexibilit\u00e9, en plaidant pour des accords \u00e9conomiques qui \u00e9radiquent la pauvret\u00e9 structurelle plut\u00f4t que de miser uniquement sur la s\u00e9curisation des fronti\u00e8res. Le plan Mattei italien illustre cette \u00e9volution d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit notamment en direction des trois pays du Maghreb.<\/p>\n<p><em><strong>7.2.3 \/ Institutionnaliser l&rsquo;asym\u00e9trie structurelle:<\/strong><\/em> remplacer l&rsquo;exigence d&rsquo;une convergence r\u00e9glementaire totale par une approche modulaire, avec de longues p\u00e9riodes de transition (15 \u00e0 20 ans) pour les secteurs sensibles et des clauses de protection permanentes pour assurer une certaine s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><em><strong>7.2.4\/ Mettre en place un fonds d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la modernisation:<\/strong><\/em> faire \u00e9voluer l&rsquo;aide financi\u00e8re d&rsquo;une assistance macro financi\u00e8re bas\u00e9e sur des pr\u00eats vers des fonds structurels directs, bas\u00e9s sur des subventions et dons.<\/p>\n<p><em><strong>7.2.5\/ S\u00e9parer la mobilit\u00e9 professionnelle et scientifique de la politique migratoire:<\/strong><\/em> cr\u00e9er un cadre d\u00e9di\u00e9 de \u00ab visa professionnel Euro-Med \u00bb sous le mode 4.<\/p>\n<p><span><span><strong>8\/ Conclusion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur l&rsquo;ALECA ne devrait pas se r\u00e9duire \u00e0 la question de savoir si l&rsquo;Union europ\u00e9enne fera preuve de plus de flexibilit\u00e9 \u2014 elle le fera ou non, selon ses propres contraintes internes et ses priorit\u00e9s g\u00e9opolitiques du moment. La v\u00e9ritable question, pour la Tunisie, est ailleurs : doit-on arr\u00eater une strat\u00e9gie claire, consensuelle et r\u00e9aliste pour parrainer de nouveaux corridors commerciaux tout en portant nos relations s\u00e9culaires avec l\u2019Europe \u00e0 un palier de gagnant -gagnant?<\/p>\n<p>La position tunisienne face \u00e0 l&rsquo;ALECA ne peut se maintenir ind\u00e9finiment sans provoquer de co\u00fbts d&rsquo;opportunit\u00e9 \u2014 acc\u00e8s limit\u00e9 aux financements europ\u00e9ens, retard dans la modernisation des infrastructures SPS, incertitude pour les investisseurs&#8230;<\/p>\n<p>La diversification vers la ZLECAf (plan d&rsquo;action \u00e9tabli lors de la visite du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<p>En Tunisie en juin 2026, participation active durant le TIF 2026), le COMESA et l\u2019adoption officielle en d\u00e9cembre 2025 des r\u00e8gles d&rsquo;origine paneuro-m\u00e9diterran\u00e9ennes refl\u00e8tent une volont\u00e9 politique de dynamiser les \u00e9changes commerciaux avec l\u2019Afrique mais ne peut rester une clause de style dans les documents de n\u00e9gociation car il exige un engagement concret port\u00e9 tant par le secteur public que priv\u00e9.<\/p>\n<p>Le Maghreb offre deux trajectoires oppos\u00e9es vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Europe. Celle de la Tunisie reste \u00e0 r\u00e9inventer \u2014 et elle appartient d&rsquo;abord \u00e0 nous tous tunisiens de l&rsquo;\u00e9crire.<\/p>\n<p><strong>Mourad Bourehla<\/strong><br \/><span><em>Ancien ambassadeur \u00e0 Rome, Berne et Islamabad<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38229-mourad-bourehla-l-aleca-a-l-epreuve-des-choix-strategiques-tunisiens\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mourad Bourehla, ancien ambassadeur \u00e0 Rome, Berne et Islamabad 1\/Avant-propos Les n\u00e9gociations sur la zone de libre-\u00e9change approfondi et complet entre l&rsquo;UE et la Tunisie (ALECA) ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 une paralysie politique et diplomatique prolong\u00e9e. 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