{"id":189457,"date":"2026-07-17T13:04:51","date_gmt":"2026-07-17T17:04:51","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/chiens-errants-concilier-securite-publique-et-bien-etre-animal\/"},"modified":"2026-07-17T13:04:51","modified_gmt":"2026-07-17T17:04:51","slug":"chiens-errants-concilier-securite-publique-et-bien-etre-animal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/chiens-errants-concilier-securite-publique-et-bien-etre-animal\/","title":{"rendered":"Chiens errants : concilier s\u00e9curit\u00e9 publique et bien-\u00eatre animal"},"content":{"rendered":"<p><span><span><em><strong>Par Ouajdi Souilem &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> <strong>Entre risque sanitaire, d\u00e9s\u00e9quilibres urbains et attentes sociales, la gestion des chiens errants appelle une r\u00e9ponse structur\u00e9e fond\u00e9e sur des mesures \u00e9prouv\u00e9es et une approche int\u00e9gr\u00e9e. D\u00e9bat.<\/strong><\/p>\n<p>Un drame suffit parfois \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les fragilit\u00e9s silencieuses d\u2019un syst\u00e8me: le sujet des chiens errants en est aujourd\u2019hui l\u2019une des illustrations les plus tangibles. Le d\u00e9c\u00e8s r\u00e9cent d\u2019un enfant \u00e0 la suite d\u2019une morsure de chien a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019opinion publique. Il rappelle avec force que la gestion des chiens errants rel\u00e8ve avant tout d\u2019un imp\u00e9ratif de s\u00e9curit\u00e9 publique. Dans un pays o\u00f9 la rage demeure end\u00e9mique, la persistance de populations canines non contr\u00f4l\u00e9es constitue un risque r\u00e9el pour les citoyens, en particulier dans les zones urbaines et p\u00e9riurbaines.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, la pr\u00e9sence des chiens errants, ou plus largement des chiens en divagation, ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une simple nuisance urbaine. Elle r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9s\u00e9quilibre plus profond, \u00e0 la crois\u00e9e de la sant\u00e9 publique, de l\u2019environnement urbain et des dynamiques sociales. Le chien s\u2019impose ainsi comme le principal maillon d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 se m\u00ealent risques sanitaires, gestion des espaces urbains et comportements humains. Cette probl\u00e9matique d\u00e9passe d\u00e8s lors le cadre de la gestion animale pour devenir un r\u00e9v\u00e9lateur de la coh\u00e9rence des strat\u00e9gies adopt\u00e9es.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/D646303.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>La distribution des chiens errants est fortement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019environnement urbain. Les concentrations les plus \u00e9lev\u00e9es sont observ\u00e9es autour des abattoirs, des march\u00e9s et des sites de d\u00e9charges, qui constituent de v\u00e9ritables points d\u2019attraction \u00e9cologique. La disponibilit\u00e9 alimentaire y favorise la survie, la reproduction et parfois la structuration de groupes, pouvant g\u00e9n\u00e9rer localement des comportements plus comp\u00e9titifs, voire agressifs. Les recommandations de la FAO soulignent \u00e0 ce titre que la gestion des d\u00e9chets et des ressources alimentaires anthropiques constitue un levier central de r\u00e9gulation. Le chien errant appara\u00eet ainsi moins comme une cause que comme le sympt\u00f4me d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre environnemental et urbain.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le rapport au chien errant demeure profond\u00e9ment ambivalent. Une partie de la population exprime de la compassion \u00e0 travers le nourrissage ou la protection ponctuelle des animaux, tandis qu\u2019une autre manifeste des inqui\u00e9tudes l\u00e9gitimes li\u00e9es aux morsures et aux risques sanitaires. Cette dualit\u00e9 traduit une tension sociale structurelle: l\u2019animal est simultan\u00e9ment per\u00e7u comme victime et menace. Elle r\u00e9v\u00e8le surtout l\u2019absence d\u2019un cadre structurant capable de transformer ces comportements individuels en une action collective coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le comportement du citoyen constitue un d\u00e9terminant majeur de la dynamique canine. Influenc\u00e9 \u00e0 la fois par l\u2019empathie, la perception du risque et l\u2019absence de r\u00e8gles claires, il peut contribuer \u00e0 entretenir le ph\u00e9nom\u00e8ne autant qu\u2019\u00e0 le r\u00e9guler. Agir sur ce levier suppose une approche progressive, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9ducation et la sensibilisation aux risques sanitaires et aux pratiques responsables, l\u2019encadrement du nourrissage plut\u00f4t que son interdiction brutale, l\u2019int\u00e9gration du tissu associatif comme relais de terrain, l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019environnement urbain \u2014 notamment en mati\u00e8re de gestion des d\u00e9chets \u2014 ainsi que la responsabilisation progressive des propri\u00e9taires d\u2019animaux.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Chien-01-10-23.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Les exp\u00e9riences internationales montrent que les approches fond\u00e9es sur l\u2019\u00e9limination ponctuelle des chiens sont inefficaces \u00e0 long terme, car elles ne traitent ni les causes environnementales ni la dynamique des populations. \u00c0 l\u2019inverse, les strat\u00e9gies combinant vaccination, st\u00e9rilisation et gestion des sources alimentaires permettent de r\u00e9duire durablement les risques sanitaires tout en limitant la souffrance animale. Dans cette perspective, le bien-\u00eatre animal ne constitue pas une contrainte, mais un levier d\u2019efficacit\u00e9 des politiques publiques.<\/p>\n<p>Ainsi, la gestion des chiens errants impose de d\u00e9passer l\u2019opposition apparente entre s\u00e9curit\u00e9 publique et compassion pour construire une r\u00e9ponse \u00e9quilibr\u00e9e, fond\u00e9e sur la responsabilit\u00e9 collective, la coordination de l\u2019action publique et l\u2019int\u00e9gration des acteurs de terrain. \u00c0 la lumi\u00e8re de l\u2019approche \u00ab One Health \u00bb, il appara\u00eet clairement que ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne rel\u00e8ve pas d\u2019un probl\u00e8me isol\u00e9, mais d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 interagissent \u00e9troitement sant\u00e9 humaine, sant\u00e9 animale et environnement. Seule une approche int\u00e9gr\u00e9e, coh\u00e9rente et durable permettra d\u2019assurer une coexistence plus s\u00fbre et mieux ma\u00eetris\u00e9e entre l\u2019homme et l\u2019animal.<\/p>\n<p><span><span><strong>Recommandations pour une gestion durable des chiens errants en Tunisie<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Face \u00e0 une probl\u00e9matique \u00e0 la fois sanitaire, environnementale et sociale, la r\u00e9ponse doit \u00eatre structur\u00e9e, progressive et fond\u00e9e sur des mesures \u00e9prouv\u00e9es. Plusieurs axes d\u2019action prioritaires peuvent \u00eatre mobilis\u00e9s.<\/p>\n<p><span><span><strong>1. Contr\u00f4ler la population canine et le risque sanitaire<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La priorit\u00e9 op\u00e9rationnelle consiste \u00e0 r\u00e9duire le risque pour la population tout en ma\u00eetrisant durablement la dynamique canine. Cela implique le d\u00e9ploiement de campagnes de vaccination antirabique visant une couverture d\u2019au moins 70 %, seuil recommand\u00e9 par Organisation mondiale de la sant\u00e9 animale, afin d\u2019interrompre la transmission du virus, ainsi que des programmes de st\u00e9rilisation cibl\u00e9e dans les zones \u00e0 forte densit\u00e9 canine pour limiter la reproduction. L\u2019articulation de ces deux leviers permet \u00e0 la fois de s\u00e9curiser les populations humaines et de stabiliser les groupes de chiens.<\/p>\n<p>Dans cette dynamique, le recours au protocole TNVR (Trap\u2013Neuter\u2013Vaccinate\u2013Release : capture, st\u00e9rilisation, vaccination et rel\u00e2chement) constitue une approche op\u00e9rationnelle reconnue pour la gestion des populations canines errantes. Cette m\u00e9thode s\u2019inscrit dans les lignes directrices de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 animale (OMSA), qui pr\u00e9conisent des strat\u00e9gies int\u00e9gr\u00e9es fond\u00e9es sur la vaccination, le contr\u00f4le de la reproduction et des m\u00e9thodes respectueuses du bien-\u00eatre animal.<\/p>\n<p>Ce protocole (TNVR) permet d\u2019intervenir de mani\u00e8re cibl\u00e9e sur des groupes localis\u00e9s, en assurant \u00e0 la fois leur stabilisation d\u00e9mographique et leur s\u00e9curisation sanitaire. Les chiens ainsi pris en charge sont identifi\u00e9s, vaccin\u00e9s et st\u00e9rilis\u00e9s avant d\u2019\u00eatre rel\u00e2ch\u00e9s sur leur territoire, ce qui limite l\u2019effet de remplacement par de nouveaux individus non contr\u00f4l\u00e9s. Lorsqu\u2019il est mis en \u0153uvre de fa\u00e7on coordonn\u00e9e et \u00e0 une \u00e9chelle suffisante, il contribue \u00e0 r\u00e9duire progressivement la densit\u00e9 des populations, les comportements agressifs li\u00e9s \u00e0 la reproduction et le risque de transmission de la rage.<\/p>\n<p><span><span><strong>2. Agir sur les causes environnementales<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La gestion des chiens errants passe n\u00e9cessairement par une r\u00e9duction des ressources alimentaires disponibles. La s\u00e9curisation des d\u00e9charges, la gestion rigoureuse des d\u00e9chets urbains et le contr\u00f4le des sous-produits issus des abattoirs et des march\u00e9s constituent des leviers essentiels. Comme le souligne la FAO, l\u2019environnement est un d\u00e9terminant majeur de la dynamique des populations animales.<\/p>\n<p><span><span><strong>3. Encadrer les pratiques citoyennes<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Plut\u00f4t que d\u2019interdire des pratiques ancr\u00e9es socialement, il convient de les structurer. Le nourrissage des chiens peut \u00eatre encadr\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9 aux programmes de vaccination et de st\u00e9rilisation, permettant un suivi sanitaire plus efficace. Parall\u00e8lement, des actions de sensibilisation doivent renforcer la connaissance des risques sanitaires, promouvoir des comportements responsables et limiter les abandons.<\/p>\n<p><span><span><strong>4. Structurer l\u2019action v\u00e9t\u00e9rinaire et associative<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La mobilisation des m\u00e9decins v\u00e9t\u00e9rinaires, en coordination avec les autorit\u00e9s publiques, est essentielle. La mise en place de programmes de soins \u00e0 tarifs solidaires, appuy\u00e9s par l\u2019\u00c9tat et encadr\u00e9s par les instances professionnelles, permettrait d\u2019\u00e9largir l\u2019acc\u00e8s aux interventions de st\u00e9rilisation et de vaccination (la vaccination des chiens contre la rage \u00e9tant assur\u00e9e gratuitement par les services v\u00e9t\u00e9rinaires). Le tissu associatif, particuli\u00e8rement actif, doit \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 comme partenaire op\u00e9rationnel dans une strat\u00e9gie nationale coordonn\u00e9e.<\/p>\n<p><span><span><strong>5. Renforcer le r\u00f4le des collectivit\u00e9s locales<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les municipalit\u00e9s doivent \u00e9voluer d\u2019une logique d\u2019intervention ponctuelle vers une gestion planifi\u00e9e. Cela inclut la mise en place de structures de prise en charge adapt\u00e9es (chenils de transition), le suivi des populations canines et la cartographie des zones \u00e0 risque. Une meilleure organisation locale permettrait d\u2019optimiser les interventions et d\u2019am\u00e9liorer leur efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><span><span><strong>6. Mettre en place un cadre r\u00e9glementaire clair et responsabilisant<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Une strat\u00e9gie durable n\u00e9cessite un cadre juridique d\u00e9finissant pr\u00e9cis\u00e9ment les r\u00f4les et responsabilit\u00e9s des diff\u00e9rents acteurs : \u00c9tat, collectivit\u00e9s, m\u00e9decins v\u00e9t\u00e9rinaires et associations. Ce cadre doit \u00e9galement int\u00e9grer des m\u00e9canismes de responsabilisation des propri\u00e9taires, notamment en mati\u00e8re d\u2019identification, de contr\u00f4le de la reproduction et de lutte contre l\u2019abandon.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, l\u2019introduction de sanctions proportionn\u00e9es en cas d\u2019abandon ou de non-respect des obligations constitue un levier essentiel pour limiter les populations canines errantes. Ces mesures doivent toutefois s\u2019inscrire dans une approche globale combinant information, sensibilisation et accompagnement des propri\u00e9taires, afin de garantir leur acceptabilit\u00e9 et leur efficacit\u00e9 \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l\u2019abandon des approches non cibl\u00e9es et inefficaces, notamment les \u00ab abattages \u00bb ponctuels, doit s\u2019accompagner de protocoles harmonis\u00e9s et de m\u00e9canismes de coordination entre les acteurs.<\/p>\n<p>Au final, la gestion des chiens errants ne d\u00e9pend pas d\u2019une solution unique, mais de la coh\u00e9rence des actions engag\u00e9es. Lorsqu\u2019elles sont coordonn\u00e9es, scientifiquement fond\u00e9es et socialement accept\u00e9es, des r\u00e9ponses durables deviennent possibles.<\/p>\n<p>En conclusion, la gestion des chiens errants en Tunisie appara\u00eet avant tout comme un enjeu de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire et de coh\u00e9rence des politiques publiques. Elle ne peut se r\u00e9duire \u00e0 des r\u00e9ponses ponctuelles ou \u00e0 des approches fragment\u00e9es, mais suppose une action coordonn\u00e9e, agissant simultan\u00e9ment sur les populations canines, les d\u00e9terminants environnementaux et les comportements sociaux.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, la d\u00e9signation de l\u2019\u00c9cole Nationale de M\u00e9decine V\u00e9t\u00e9rinaire de Tunis en tant que Centre collaborateur de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 animale (OMSA) d\u00e9di\u00e9 au bien-\u00eatre animal constitue un \u00e9l\u00e9ment d\u2019appui important. Sans se substituer aux responsabilit\u00e9s des autorit\u00e9s publiques et des collectivit\u00e9s, il peut contribuer \u00e0 renforcer les capacit\u00e9s en mati\u00e8re de formation, de recherche appliqu\u00e9e et de diffusion de bonnes pratiques, au service d\u2019une gestion plus structur\u00e9e et fond\u00e9e sur des donn\u00e9es scientifiques (animal welfare based science).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des dispositifs institutionnels, la r\u00e9ussite d\u00e9pendra avant tout de la coh\u00e9rence des actions engag\u00e9es et de la mobilisation des diff\u00e9rents acteurs. La question des chiens errants devient ainsi un r\u00e9v\u00e9lateur de notre capacit\u00e9 collective \u00e0 construire des r\u00e9ponses durables, conciliant protection des citoyens, efficacit\u00e9 des politiques publiques et responsabilit\u00e9 envers le vivant.<\/p>\n<p>Car, au-del\u00e0 de la question des chiens errants, c\u2019est bien notre capacit\u00e9 \u00e0 organiser durablement la coexistence entre l\u2019homme, l\u2019animal et son environnement qui est en jeu.<\/p>\n<p><strong>Professeur Ouajdi Souilem<br \/><\/strong> <span><em>Centre collaborateur de l\u2019OMSA pour le bien-\u00eatre animal<br \/>\u00c9cole Nationale de M\u00e9decine V\u00e9t\u00e9rinaire de Sidi Thabet<\/em><\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38272-chiens-errants-en-tunisie-concilier-securite-publique-et-bien-etre-animal\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Ouajdi Souilem &#8211; Entre risque sanitaire, d\u00e9s\u00e9quilibres urbains et attentes sociales, la gestion des chiens errants appelle une r\u00e9ponse structur\u00e9e fond\u00e9e sur des mesures \u00e9prouv\u00e9es et une approche int\u00e9gr\u00e9e. 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