{"id":189512,"date":"2026-07-18T13:04:45","date_gmt":"2026-07-18T17:04:45","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-le-palais-de-lamine-bey-a-carthage\/"},"modified":"2026-07-18T13:04:45","modified_gmt":"2026-07-18T17:04:45","slug":"mohamed-el-aziz-ben-achour-le-palais-de-lamine-bey-a-carthage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/mohamed-el-aziz-ben-achour-le-palais-de-lamine-bey-a-carthage\/","title":{"rendered":"Mohamed-El Aziz Ben Achour: Le palais de Lamine Bey \u00e0 Carthage"},"content":{"rendered":"<p><strong>En diverses occasions, il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de souligner la vocation historique des environs nord de Tunis comme vill\u00e9giature d\u2019\u00e9t\u00e9. De La Goulette \u00e0 Gammarth, c\u00f4toyant cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, vergers et jardins mara\u00eechers mis en valeur par une population de vieille souche rurale, de nombreux palais et demeures s\u2019\u00e9grenaient \u00e0 proximit\u00e9 de la mer pour le plus grand bonheur des familles princi\u00e8res, des dignitaires et des notables.<\/strong><\/p>\n<p>A La Marsa, le domaine de la Couronne, connu sous le nom de Dar el Tej, aujourd\u2019hui disparu, constituait, certes, le symbole architectural et urbain de la pr\u00e9sence officielle de pachas beys en banlieue. Mais La Goulette, prot\u00e9g\u00e9e par son port militaire, abritait \u00e9galement un palais appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 la belle saison par les pachas beys Ahmed (1837-1856) et Sadok (1859-1882). Non loin de l\u00e0, au milieu d\u2019un vaste parc se trouvaient l\u2019imposant palais de facture italienne du vizir Kh\u00e9r\u00e9dine, puis la r\u00e9sidence et le vaste verger du ministre de la guerre Mustafa Bach Agha. Le premier donna son nom \u00e0 une station baln\u00e9aire, cependant que le second fut \u00e0 l\u2019origine de la commune du Kram. Toujours en direction du nord, \u00e0 Salammb\u00f4, on pouvait apercevoir le palais d\u2019\u00e9t\u00e9 du vizir Mustafa Khaznadar, puis la s\u00e9nia de Dermech et son palais en bord de mer appartenant au prince Mohamed-el H\u00e9di fils et successeur de Ali Pacha bey. Plus loin, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de Sidi Bou Sa\u00efd, se dressait le palais de Mustafa Saheb-Ettab\u00e2a. Quant \u00e0 La Marsa, d\u00e9j\u00e0 r\u00e9put\u00e9e au XVIe si\u00e8cle, elle se distinguait \u00e0 l\u2019\u00e9poque husse\u00efnite par une forte densit\u00e9 de palais, de r\u00e9sidences et villas d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/1(136).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Fa\u00e7ade sur mer (on notera \u00e0 gauche les pilotis qui supportaient le pavillon d\u00e9moli dans les ann\u00e9es 1960, r\u00e9serv\u00e9 aux baignades du bey et de sa famille (l&rsquo;appontement et l&#8217;embarcad\u00e8re ont \u00e9galement disparu)<\/span><\/p>\n<p>Arr\u00eatons-nous \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 Carthage devant un palais du XIXe si\u00e8cle qui ne fut pas qu\u2019une paisible r\u00e9sidence estivale mais constitua aussi, au cours du si\u00e8cle suivant, le cadre de bien des \u00e9v\u00e9nements de l\u2019histoire nationale. Nous voulons parler du palais du bey qui, \u00e0 l\u2019heure actuelle, abrite l\u2019Acad\u00e9mie tunisienne des sciences, des lettres et des arts.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/2(133).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Lamine bey (Mohamed-el Am\u00een Pacha Bey) (1943-1957) (Photo de la revue Ellata\u00eff, mai 1955)<\/span><\/p>\n<p>A l\u2019origine, cette demeure, situ\u00e9e en bord de mer, appartenait au g\u00e9n\u00e9ral mamelouk Ahmed (dit Zarrouk en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son ma\u00eetre le ministre Mohamed-El Arbi Zarrouk, mort en 1822). Cet Ahmed \u00abZarrouk\u00bb garde dans la m\u00e9moire du pays le souvenir de son r\u00f4le d\u2019implacable de chef de la r\u00e9pression sanglante du soul\u00e8vement de 1864. A sa mort survenue en 1881, son fils Mohamed, lourdement endett\u00e9, assista impuissant \u00e0 la saisie par voie de justice de la belle demeure de son d\u00e9funt p\u00e8re. A l\u2019issue d\u2019une vente aux ench\u00e8res \u00e0 la barre du tribunal, elle passa aux mains d\u2019une riche famille de la notabilit\u00e9 juive de Tunis, les Bessis.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/03(6).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 l&rsquo;issue de sa visite \u00e0 Lamine Pacha Bey en son palais de Carthage, le 27 juin 1943. Entourant le g\u00e9n\u00e9ral et le bey \u00e0 partir de la gauche: le g\u00e9n\u00e9ral de la Garde El A\u00efd, Sadok Zmerli, directeur du protocole, des princes husseinites, le g\u00e9n\u00e9ral Mast, Resident g\u00e9n\u00e9ral, Slaheddine Baccouche, Premier ministre. De Gaulle porte au cou l&rsquo;ordre du Sang de la famille r\u00e9gnante qu&rsquo;il vient de recevoir des mains du monarque.Le bey fut d\u00e9cor\u00e9 de la Croix de la Lib\u00e9ration rehauss\u00e9e de diamants. (Photo Victor Sebag)<\/span><\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, le palais allait devenir la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un membre de la dynastie r\u00e9gnante. Voici comment: lorsqu\u2019il acc\u00e9da en 1922 au tr\u00f4ne de ses a\u00efeux, le prince Mohamed-El Habib bey, qui jusque-l\u00e0 r\u00e9sidait \u00e0 Douar Chott (Carthage-Byrsa), r\u00e9ussit avec l\u2019appui de la R\u00e9sidence g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 acqu\u00e9rir Dar Ahmed Zarrouk et y habita jusqu\u2019\u00e0 sa mort survenue en 1929. Son \u00e9pouse et ses enfants, dont le futur pacha bey Mohamed-El Am\u00een (ou plus couramment Lamine), en h\u00e9rit\u00e8rent et y v\u00e9curent. Devenu \u00ab Possesseur du royaume de Tunis \u00bb en mai 1943, Lamine racheta les parts de ses coh\u00e9ritiers et entreprit divers travaux et agrandissements, dont la couverture du patio et l\u2019am\u00e9nagement d\u2019une salle du tr\u00f4ne dot\u00e9e de larges baies donnant sur la plage et un embarcad\u00e8re priv\u00e9. Il s\u2019y installa, entour\u00e9 de sa famille, assist\u00e9 d\u2019une administration civile et militaire dont les services du directeur du protocole-premier interpr\u00e8te et ceux du g\u00e9n\u00e9ral de la Garde.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/3(107).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Ancienne salle du tr\u00f4ne<\/span><\/p>\n<p>Architecturalement, le palais correspond au plan tunisois traditionnel comprenant la demeure principale, des appartements et d\u00e9pendances. On y retrouve le patio dot\u00e9 de portiques \u00e0 colonnes autour duquel s\u2019organisent les pi\u00e8ces. Les fa\u00e7ades, de m\u00eame que la conception des salons et des chambres, sont dans le style italianisant alors en vogue, \u00e0 l\u2019exception de la salle en T qui abrite aujourd\u2019hui la biblioth\u00e8que de l\u2019Acad\u00e9mie. De vastes jardins prot\u00e9geaient l\u2019intimit\u00e9 du domaine, ce qui rendait possible de doter la demeure de larges ouvertures, non seulement \u00e0 l\u2019\u00e9tage mais aussi au niveau du sol et en front de mer.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/4(80).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Lamine Pacha Bey \u00e0 Carthage entour\u00e9 des membres du Conseil des quarante qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 en ao\u00fbt 1952<\/span><\/p>\n<p>Lorsque Lamine bey fut d\u00e9chu de son tr\u00f4ne le 25 juillet 1957, l\u2019Etat proc\u00e9da \u00e0 la confiscation de tous les biens immobiliers et mobiliers de l\u2019ex-souverain et des siens, y compris, bien s\u00fbr, le palais beylical, pourtant ultime demeure priv\u00e9e du bey. Quelque temps plus tard, l\u2019Administration, on ne sait pourquoi, proc\u00e9da \u00e0 la destruction d\u2019une charmante \u00abmaison de la mer\u00bb destin\u00e9e \u00e0 la baignade de la famille r\u00e9gnante, et dont il ne reste aujourd\u2019hui que le plancher et les pilotis. D\u00e9sert\u00e9 un moment,\u00a0 le palais abrita pendant un certain temps l\u2019office de l\u2019artisanat. En 1966, son prestige fut bouscul\u00e9 lorsqu\u2019une partie du palais fut utilis\u00e9e comme bo\u00eete de nuit hupp\u00e9e sous le nom de\u00a0 \u00abBey\u2019s Palladium-Z\u00e9ro de conduite\u00bb. Le caract\u00e8re plut\u00f4t os\u00e9 des f\u00eates qui se d\u00e9roul\u00e8rent dans ce monument historique fut mal jug\u00e9 \u00e0 telle enseigne que, quelques jours apr\u00e8s l\u2019ouverture, le Pr\u00e9sident Bourguiba, dans un discours radiodiffus\u00e9, d\u00e9non\u00e7a les outrances de ce lieu de plaisir fr\u00e9quent\u00e9 par des proches et des personnalit\u00e9s politiques. Le jour m\u00eame, le club fut d\u00e9finitivement ferm\u00e9.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/5(51).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Plafond en pl\u00e2tre sculpt\u00e9 (naqch had\u00eeda) du hall central (anciennement un patio)<\/span><\/p>\n<p>Durant la d\u00e9cennie 1970-1980, l\u2019ex-palais beylical, relevant d\u00e9sormais de l\u2019Institut national d\u2019arch\u00e9ologie et d\u2019art, abrita les bureaux de l\u2019administration et des chercheurs de la conservation du site de Carthage ainsi que du site de Sidi Bou Sa\u00efd. Lorsqu\u2019\u00e0 l\u2019initiative du premier ministre Mohamed Mzali fut institu\u00e9e, en 1983, une acad\u00e9mie des sciences, des lettres et des arts, connue aussi sous le nom de Bayt el Hikma (en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019illustre institution du m\u00eame nom cr\u00e9\u00e9e au IXe si\u00e8cle \u00e0 Bagdad par le calife abbasside El Ma\u2019moun), on l\u2019installa dans les murs du palais de Lamine Bey.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le palais beylical, les relations franco-tunisiennes d\u2019apr\u00e8s-guerre et le mouvement national<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>A partir de mai 1943, le palais ne devint pas uniquement la r\u00e9sidence du souverain. Supplantant de fait Le Bardo, si\u00e8ge officiel de la dynastie, dar- el- Bey de Carthage fut le cadre d\u2019\u00e9v\u00e9nements historiques de premi\u00e8re importance. C\u2019est ainsi que, quelque semaines apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e des troupes alli\u00e9es \u00e0 Tunis, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, alors pr\u00e9sident du Comit\u00e9 fran\u00e7ais de lib\u00e9ration nationale, y fut re\u00e7u par le bey le 27 juin 1943. L\u2019entrevue fut couronn\u00e9e par la remise au chef de la France libre des insignes de l\u2019Ordre de la Famille husse\u00efnite (N\u00eech\u00e2n el Dam) et au souverain tunisien la Croix de la Lib\u00e9ration. De retour en Tunisie dix ans plus tard, le g\u00e9n\u00e9ral aura une seconde rencontre avec le bey \u00e0 Carthage.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/6(41).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Palais beylical de Carthage. Le pr\u00e9sident du Conseil, Pierre Mendes-France, adresse au bey Lamine ler le discours historique du 31 juillet 1954:<\/span> <em><span>\u00ab\u00a0Lautonomie interne de la Tunisie est reconnue et proclam\u00e9e sans arri\u00e8re-pens\u00e9e par le Gouvernement fran\u00e7ais, qui entend tout \u00e0 la fois l&rsquo;affirmer dans son principe et lui permettre dans l&rsquo;action la cons\u00e9cration du succ\u00e8s\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/p>\n<p>Outre l\u2019aspect protocolaire, il convient de souligner que durant tout le r\u00e8gne de Lamine Pacha Bey, le palais de Carthage connut une activit\u00e9 politique intense sur fond de relations souvent tendues entre la Tunisie et la France. C\u2019est ainsi que les contacts avec des leaders nationalistes tels Salah Ben Youssef et Mongi Slim et des syndicalistes, en particulier Farhat Hached, \u00e9taient r\u00e9guliers soit avec le bey directement, soit par l\u2019interm\u00e9diaire de son fils a\u00een\u00e9, le prince Ch\u00e9dli, qui faisait fonction de directeur de cabinet de son p\u00e8re.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/7(36).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Un salon<\/span><\/p>\n<p>La n\u00e9cessaire \u00e9volution des rapports franco-tunisiens vers l\u2019\u00e9mancipation r\u00e9clam\u00e9e par les dirigeants du mouvement national \u00e9tait partag\u00e9e par le Palais. \u00abAu printemps 1950, \u00e9crit l\u2019historienne Samia El Mechat, Lamine Bey, Bourguiba et Tahar Ben Ammar (\u2026) multiplient les initiatives. Le bey appelle \u00e0 la r\u00e9alisation de r\u00e9formes n\u00e9cessaires et substantielles\u00bb. A partir de l\u2019ann\u00e9e 1951, les relations avec les autorit\u00e9s du protectorat connurent une crise durable. L\u2019ann\u00e9e suivante, la tension atteignit son comble, et le bey ne cessa de se mobiliser dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de son pays. S. El Mechat a parfaitement mis en relief le r\u00f4le du Palais dans cette mobilisation au profit des revendications tunisiennes. \u00abEn ao\u00fbt 1952, \u00e9crit-elle, le bey annonce la mise en place du Conseil de la Couronne r\u00e9unissant quarante personnalit\u00e9s choisies parmi les \u00e9lus, les milieux nationalistes et syndicalistes, les professions lib\u00e9rales pour \u00e9tudier le plan de r\u00e9formes [\u00e9chafaud\u00e9 par la R\u00e9sidence g\u00e9n\u00e9rale]. \u00abLe rapport du Conseil remis au bey le 1<sup>er<\/sup> septembre, poursuit-elle, conclut que le projet des autorit\u00e9s du Protectorat, consid\u00e9r\u00e9 comme portant atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 tunisienne, est rejet\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9\u00bb. Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Vincent Auriol le 9 septembre 1952, le prince, justifiant son refus de sceller les d\u00e9crets relatifs au programme de l\u2019autoritariste Jean de Hautecloque, y d\u00e9nonce l\u2019arrestation des ministres en exercice, rappelle les promesses non tenues, les atermoiements renouvel\u00e9s, les occasions rat\u00e9es et les insuffisances des r\u00e9formes au regard des aspirations tunisiennes.\u00bb<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/8(25).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Bureau du pr\u00e9sident de l&rsquo;Acad\u00e9mie<\/span><\/p>\n<p>Cette bonne entente avec les dirigeants du mouvement national vint \u00e0 \u00eatre rompue lorsque le souverain, soumis \u00e0 une forte pression de la R\u00e9sidence, finit par c\u00e9der et sceller les d\u00e9crets relatifs aux r\u00e9formes propos\u00e9es en mars 1954 par le r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral Pierre Voizard en association avec le nouveau premier ministre Mohamed-Salah Mzali, mais rejet\u00e9es par le N\u00e9o-Destour. Dans tout le pays, protestations et violences reprirent de plus belle. Toutefois, l\u2019affrontement ouvert entre les militants tunisiens et les forces de s\u00e9curit\u00e9 qui assombrit les ann\u00e9es 1952, 1953 et une partie de l\u2019ann\u00e9e 1954, allait s\u2019achever \u00e0 l\u2019occasion de la visite du pr\u00e9sident du conseil Pierre Mend\u00e8s-France les 30 et 31 juillet 1954. Dans son discours prononc\u00e9 au palais de Carthage \u00e0 l\u2019adresse du Bey, l\u2019\u00e9minent homme d\u2019Etat fran\u00e7ais reconnaissait solennellement l\u2019autonomie interne de la Tunisie et l\u2019engagement de la France \u00e0 \u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9ussite de cette mutation historique dans les rapports franco-tunisiens. D\u00e8s lors, le palais de Carthage connut une forte activit\u00e9 politique et diplomatique. Il vit ainsi l\u2019audience accord\u00e9e \u00e0 Christian Fouchet, ministre charg\u00e9 des Affaires marocaines et tunisiennes. Le 1er juin 1955, date de son retour triomphal, Habib Bourguiba se rend directement \u00e0 Carthage afin de pr\u00e9senter ses hommages au souverain. En septembre, c&rsquo;est au tour de Salah Ben Youssef, de retour d\u2019exil, de remplir ce devoir \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Sidi Lamine en son palais.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/9(17).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>1<sup>er<\/sup> juin 1955. Habib Bourguiba venu rendre hommage au bey. (\u00c9ditions L&rsquo;Action, ao\u00fbt 1955) Entourant le bey, Habib Bourguiba et le Premier ministre Tahar Ben Ammar, on distingue de gauche \u00e0 droite: Mongi Slim, Mohamed Masmoudi, le g\u00e9n\u00e9ral de la Garde El A\u00efd. Au 2e rang: un aide de camp, le prince Ch\u00e9dli Bey, Habib Bourguiba junior, le directeur du protocole Hamadi Bahri, un aide de camp et Ta\u00efeb M\u00e9hiri<\/span><\/p>\n<p>La pr\u00e9paration des n\u00e9gociations franco-tunisiennes en vue de la mise en \u0153uvre de l\u2019autonomie interne donna lieu \u00e0 d\u2019intenses consultations au palais de Carthage en vue de constituer un minist\u00e8re. Celui-ci fut finalement confi\u00e9 \u00e0 Tahar Ben Ammar en qualit\u00e9 de Premier ministre et \u00e0 de ministres dont certains \u00e9taient des figures de premier plan du N\u00e9o-Destour.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/10(6).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Survivance de l&rsquo;architecture traditionnelle : salon en T (qbou wa mq\u00e2sar) qui abrite aujourd&rsquo;hui la biblioth\u00e8que de l&rsquo;Acad\u00e9mie<\/span><\/p>\n<p>Le 20 mars 1956, la Tunisie acc\u00e8de \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. En avril, le bey, devenu sous le nom de Lamine 1<sup>er<\/sup> le premier et unique monarque d\u2019une Tunisie d\u00e9sormais souveraine, scelle le d\u00e9cret nommant Bourguiba premier ministre et le rev\u00eat des insignes de l\u2019Ordre de la Famille husse\u00efnite, de l\u2019Ahed el Mourassa\u00e2 et du Ahd el Am\u00e2n. Peu de temps apr\u00e8s, l\u2019ensemble de son gouvernement est pr\u00e9sent\u00e9 au souverain.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/11(9).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Octobre 1956. Le sultan du Maroc Mohamed V dans la salle du tr\u00f4ne de Carthage en pr\u00e9sence du Premier ministre Habib Bourguiba (photo Ellata\u00efef, 12, 1956)\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Toutefois, pour la famille r\u00e9gnante, les moments heureux furent de courte dur\u00e9e. Tr\u00e8s vite, les avanies se multipli\u00e8rent. Le palais fut soumis \u00e0 une stricte surveillance. Au nom de l\u2019abolition des privil\u00e8ges d\u00e9cid\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e constituante le 31 mai 1956, l\u2019intransigeance du nouveau r\u00e9gime alla jusqu\u2019\u00e0 bloquer tous les moyens de subsistance des princes et princesses.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/12(7).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span>Avril 1956. Lamine 1<sup>er<\/sup> entour\u00e9 des membres du premier gouvernement de la Tunisie ind\u00e9pendante pr\u00e9sid\u00e9 par Habib Bourguiba<\/span><\/p>\n<p>En d\u00e9pit de cette atmosph\u00e8re annonciatrice du cr\u00e9puscule du tr\u00f4ne, le monarque continua d\u2019exercer ses fonctions de souverainet\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019en tant que chef de l\u2019Etat du royaume de Tunisie, Lamine 1<sup>er<\/sup> re\u00e7oit en octobre 1956 le sultan du Maroc Mohamed V puis le roi d\u2019Arabie S\u00e9oud Bin Abdelaziz le 22 f\u00e9vrier 1957.\u00a0 Le 20 mars, \u00e0 l\u2019occasion des festivit\u00e9s du premier anniversaire de l\u2019ind\u00e9pendance, le palais de Carthage accueille les personnalit\u00e9s invit\u00e9es venues saluer le bey, notamment le vice-pr\u00e9sident des Etats-Unis Richard Nixon et l\u2019\u00e9mir Fay\u00e7al, Premier ministre du Royaume d\u2019Arabie.<\/p>\n<p>La fin \u00e0 caract\u00e8re diplomatique de 75 ans de protectorat eut lieu en septembre 1956, lorsque le souverain re\u00e7ut les lettres de cr\u00e9ance de Pierre de Leusse, premier ambassadeur de France accr\u00e9dit\u00e9 \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/13(6).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><span><em>25 juillet 1957. Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son \u00e9pouse Lella Jena\u00efna, Lamine 1er quite d\u00e9finitivement et dignement son palais, sous le regard de Driss Guiga, directeur de la s\u00fbret\u00e9 (vu de dos) (in El Mokhtar Bey,2002: Les beys de Tunis-1705-1957)<\/em><\/span><\/p>\n<p>Le 25 juillet 1957, ce qui aux yeux des observateurs les plus lucides devait arriver arriva: le vote de l\u2019abolition de la monarchie par l\u2019Assembl\u00e9e constituante. Aussit\u00f4t, les ministres Ta\u00efeb M\u00e9hiri et Ahmed Mestiri, le maire de Tunis Ali Belhaouane et le gouverneur Tahar Zaouche se rendent au palais, d\u00e9j\u00e0 cern\u00e9 par la troupe, pour annoncer au bey sa d\u00e9position et l\u2019av\u00e8nement de la r\u00e9publique. Peu apr\u00e8s,\u00a0 le directeur de la s\u00fbret\u00e9 lui signifie qu\u2019il doit quitter imm\u00e9diatement son domicile. Accompagn\u00e9 de son \u00e9pouse, il prit place dans une automobile qui le conduisit \u00e0 La Manouba o\u00f9 on le pla\u00e7a sans m\u00e9nagement en r\u00e9sidence forc\u00e9e.<\/p>\n<p>Que conclure ? Sinon que le palais de Carthage, qui avait vu la naissance de l\u2019autonomie interne puis de l\u2019ind\u00e9pendance, fut aussi, par un coup du sort, le lieu o\u00f9 succomba la dynastie husse\u00efnite vieille de deux si\u00e8cles et demi (1705-1957).<\/p>\n<p><strong>Mohamed-El Aziz Ben Achour<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38279-mohamed-el-aziz-ben-achour-le-palais-de-lamine-bey-a-carthage\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En diverses occasions, il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de souligner la vocation historique des environs nord de Tunis comme vill\u00e9giature d\u2019\u00e9t\u00e9. De La Goulette \u00e0 Gammarth, c\u00f4toyant cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res, vergers et jardins mara\u00eechers mis en valeur par une population de vieille souche rurale, de nombreux palais et demeures s\u2019\u00e9grenaient \u00e0 proximit\u00e9 de la mer pour [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":189513,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178432955927_content.jpg","fifu_image_alt":"Mohamed-El Aziz Ben Achour: Le palais de Lamine Bey \u00e0 Carthage","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-189512","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189512","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189512"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189512\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/189513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}