{"id":189886,"date":"2026-07-26T13:00:24","date_gmt":"2026-07-26T17:00:24","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/kerkennah-naturante-nature\/"},"modified":"2026-07-26T13:00:24","modified_gmt":"2026-07-26T17:00:24","slug":"kerkennah-naturante-nature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/kerkennah-naturante-nature\/","title":{"rendered":"Kerkennah: Naturante nature"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 une vingtaine de kilom\u00e8tres de Sfax, \u00e0 peine une heure de route, Kerkennah est un archipel de hauts-fonds entour\u00e9; le transbordeur le reliant au continent n\u2019y acc\u00e8de que par le sud, aux ports de Mellita dans l\u2019\u00eele Gharbi. Aux ports du nord, \u00e0 Kraten et \u00e0 El Attaya, n\u2019accostent que les felouques des p\u00eacheurs locaux.<\/p>\n<p>Kerkennah est commun\u00e9ment r\u00e9put\u00e9e n\u2019\u00eatre qu\u2019une \u00eele dont les parties sont reli\u00e9es par un minuscule pont : Mellita, la premi\u00e8re, plus petite, et la seconde, plus grande, r\u00e9unissant plusieurs villages dont le principal nomm\u00e9 Remla.\u00a0Outre ces deux \u00eeles, l\u2019archipel comprend en fait plusieurs \u00eelots inhabit\u00e9s tels Sefnou, Chermadia, Gremdi et Remadia. Dans ce bout de terre minuscule, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du tumulte du continent, on retrouve une v\u00e9rit\u00e9, une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 rares.<\/p>\n<p>Ici, une exigu\u00eft\u00e9\u00a0suffit pour red\u00e9couvrir le vaste monde et, \u00e0 sa juste mesure, retailler son univers d\u00e9form\u00e9 aux illusions de grandeur ou visions de petitesse. La superficie d\u2019\u00e0 peine quinze mille sept cents hectares o\u00f9 le parcours est de courte distance, o\u00f9 l\u2019escalade est de hauteur basse\u00a0: longueur de quarante-cinq kilom\u00e8tres, plus grande largeur ne d\u00e9passant pas onze kilom\u00e8tres et altitude culminant \u00e0 treize m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Dans cette nature naturante, natura naturans, comme diraient les philosophes, cause et effet des choses visibles de la nature, natura naturata, les visions de r\u00eave ne manquent pas. Heureux qui s\u2019y rend!<\/p>\n<p>Il d\u00e9couvre qu\u2019externe, le regard saisit en nous la substance, mais de soi, on ne voit que l\u2019apparence\u00a0; il faut l\u2019int\u00e9rioriser pour en saisir l\u2019essence, regarder avec le c\u0153ur. \u00c9clate alors au grand jour le sens profond, mais ignor\u00e9 d\u2019une philosophie inn\u00e9e o\u00f9 se saisit la valeur des racines orientales, \u00e9mergeant \u00e0 leur sagesse, red\u00e9couvrant ce qu\u2019est la baraka au vrai. Rester soi, c\u2019est une grande force. B\u00e9ni de Dieu qui foule le sol de Kerkennah, disent les anciens; il en tombe amoureux, ne pouvant plus s\u2019en passer. C\u2019est qu\u2019elle est la v\u00e9ritable \u00eele des Lotophages selon les plus puristes des historiens.<\/p>\n<h2>Bucolique insularit\u00e9<\/h2>\n<p>\u00c0 leur fa\u00eete, d\u00e9garnis sont les palmiers\u00a0; des gargoulettes en pendent. On en tire du legmi, jus dont la fra\u00eecheur est un r\u00e9gal au petit matin que l\u2019on boit aux pieds des dattiers chauves avant que les hommes ne disparaissent entre les flancs de b\u00e2timents petits, longs et \u00e9troits, sans voile ni aviron, \u00e9chou\u00e9s au bord de la mer. \u00c0 la p\u00e2le clart\u00e9 d\u2019un fanal encore allum\u00e9 en haut d\u2019un m\u00e2t, on part \u00e0 la p\u00eache ou l\u2019on s\u2019affaire \u00e0 de menus travaux sur les embarcations.\u00a0 Le palmier est une b\u00e9n\u00e9diction divine pour les \u00eeles\u00a0; il est toute utilit\u00e9\u00a0; on se sustente de son succulent fruit qui redonne des forces\u00a0; on se d\u00e9salt\u00e8re de son jus \u00e9tanchant la soif et on utilise ses branches pour la p\u00eache au poisson\u00a0: palm\u00e9es, elles sont dans les p\u00eacheries\u00a0; effeuill\u00e9es, elles font de bonnes tiges pour la battue. On sustente aussi ses forces de raisins, figues et dattes\u00a0; la gourmandise pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de beaucoup est cependant un fruit sauvage qui poussait partout sur les \u00eeles en talus bordant les champs de figues et de vignes\u00a0; mais le b\u00e9ton avan\u00e7ant \u00e0 pas de g\u00e9ant a partout remplac\u00e9 les figues de Barbarie.<\/p>\n<p>Au bord de la mer, il arrive qu\u2019on voie encore de vastes surfaces parsem\u00e9es de brins d\u2019alfa s\u00e9chant au soleil torride\u00a0; import\u00e9es du continent, ses feuilles occupent les insulaires \u00e0 la fabrication de leur sparterie. L\u2019alfa distribu\u00e9 aux nombreuses mains en qu\u00eate d\u2019occupation est ainsi un suppl\u00e9ment de gain\u00a0; on en fait des cordes, des couffins, des cabas et des scourtins, utilis\u00e9s dans la vie de tous les jours ou rapport\u00e9s sur le continent pour \u00eatre vendus aux huileries, grandes consommatrices, nombreuses surtout \u00e0 Sfax. On en trouve aussi \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des appartements en guise de paillasson\u00a0ou parfois en d\u00e9coration d\u2019int\u00e9rieur avec de petites drinas, accroch\u00e9es au mur. Ces drinas sont des nasses, treillis de forme oblongue en tigelles de r\u00e9gime de palmier\u00a0; mont\u00e9s sur des cercles de soutien taill\u00e9s dans le p\u00e9doncule fibreux du r\u00e9gime, ils ont le fond en r\u00e9sille d\u2019alfa qui s\u2019ouvre par une cordelette et le dessus en forme d\u2019entonnoir se terminant en bouquet emp\u00eachant le poisson qui y entre de ressortir.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" width=\"100%\" align=\"middle\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/kerknah.jpg\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Elles se retrouvent dans les p\u00eacheries fixes s\u2019\u00e9tendant \u00e0 perte de vue, les chrafis. Ce sont des rideaux de palmes plant\u00e9es dans le lit de la mer, en d\u00e9limitant une \u00e9tendue, canalisant avec les courants de la mar\u00e9e la progression des poissons vers des chambres de capture munies des drinas.<\/p>\n<p>On peut faire de miraculeuses p\u00eaches en bord de mer, les gens des \u00eeles sont ma\u00eetres dans l\u2019art d\u2019attraper les crabes, d\u2019en reconna\u00eetre les diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s, en distinguer m\u00eame la plus maligne. Lors de la saison de la p\u00eache aux poulpes, des amphores d\u2019argile sont attach\u00e9es \u00e0 de longues cordes, immerg\u00e9es \u00e0 la fin du jour et retir\u00e9es aux toutes premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube avec les mollusques y venant se r\u00e9fugier la nuit, captur\u00e9s ainsi durant leur sommeil. Le mulet et le bar sont souvent captur\u00e9s par un attroupement d\u2019adultes et d\u2019enfants \u00e0 mi-corps dans l\u2019eau, qui agitent des morceaux de bois, frappant les vagues \u00e9clabouss\u00e9es de poissons effray\u00e9s, quittant les profondeurs de l\u2019eau, retombant sur filets et claies flottants \u00e0 la surface.<\/p>\n<h2>Radieuse humanit\u00e9<\/h2>\n<p>Kerkennah est pour les connaisseurs le radeau dans la mer des p\u00e9rils, une magique baguette pour faire pousser des moissons sur toutes les terres d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es ind\u00e9finiment en jach\u00e8re. Sur ces \u00eeles, les plus sages s\u2019\u00e9tonnent toujours comment l\u2019on peut vivre obscur quand il ne tient \u00e0 rien et qu\u2019\u00e0 soi de resplendir. \u00c0 l\u2019\u00e9cart du continent grouillant de fourmillantes cit\u00e9s en manque de r\u00eaves, il est s\u00e9cr\u00e9t\u00e9 ici la ph\u00e9romone de l\u2019aventure humaine, trop humaine: une faim de vivre vite, une soif d\u2019\u00eatre juste. Entre une for\u00eat de m\u00e2ts et de fonds plats de barques bariol\u00e9es, quelques femmes prom\u00e8nent une poign\u00e9e de moutons, ch\u00e8vres et brebis\u00a0; drap\u00e9es de longues \u00e9toffes de couleur rouge or et vert, toujours traditionnellement d\u00e9voil\u00e9es, elles portent un chapeau de paille pour se prot\u00e9ger de la morsure du soleil, car leur coquetterie est d\u2019\u00eatre \u00e0 jamais naturelles.<\/p>\n<p>M\u00eame si elle est, du dehors, visible, int\u00e9rieure est la vraie beaut\u00e9. Elle est en tout Kerkennien rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 sa terre, \u00e0 sa nature; car il peut aussi se renier, changer de peau gr\u00e2ce \u00e0 une facult\u00e9 d\u2019adaptation qu\u2019il partage avec ses concitoyens, mais port\u00e9e \u00e0 l\u2019exc\u00e8s propre aux insulaires, dans le meilleur comme dans le pire. Les pieds dans l\u2019eau, un coquillage \u00e0 l\u2019oreille, une jeune des \u00eeles fait \u00e9couter \u00e0 sa m\u00e8re des cormorans crieurs et des mouettes pillardes\u00a0; \u00e9pars, comme de blanches corolles, ils flottent sur une mer calme o\u00f9 les voix sont toujours berc\u00e9es par un bruit de vague, chahut\u00e9e par les voix humaines comme autant d\u2019oiseaux de mer. Bient\u00f4t, la maman ira se baigner dans sa robe de lin, avant de se faire recouvrir de sable humide jusqu\u2019au cou tandis que sa fille s\u2019abritera sous l\u2019un des innombrables palmiers au pied si proche de l\u2019eau dans laquelle elle ramassera tant\u00f4t les coquillages\u00a0; il lui arrive aussi d\u2019y attraper des seiches, des poulpes, des calmars et surtout des crabes.<\/p>\n<p>On s\u2019assoit volontiers en bord de chauss\u00e9e \u00e0 m\u00e9diter la vie, et on passerait des heures \u00e0 observer le vaste monde en ce microcosme insulaire; ici, le macrocosme est dans ses origines divines. De jeunes cyclistes, adultes pi\u00e9tons ou vieux passants, pieds nus, en babouches ou sandalettes, en tricot de corps ou torse nu salueront\u00a0celui qui est assis sans m\u00eame le conna\u00eetre. Par la vivacit\u00e9 des valeurs ancestrales, on distingue les insulaires traditionalistes des estivants non conformistes\u00a0: celui qui roule salue en premier le marcheur, lequel doit le salut \u00e0 celui qui est assis comme le voyant le doit \u00e0 l\u2019aveugle. \u00c0 l\u2019intermittence de l\u2019ombre de la double frondaison des arbres sur l\u2019unique route goudronn\u00e9e, certains gars chantent les standards de la jeunesse, s\u2019amusant \u00e0 l\u2019auto-stop, du sable chaud aux sandalettes, l\u2019air marin aux narines, un h\u00e2le brunissant la peau.<\/p>\n<p>D\u2019autres sont sur les plages, dernier libre champ des r\u00eaves, propices au troc au contact des touristes \u2014 tous risques pour certains \u2014, passagers de la vague en bermudas pour la plupart, o\u00f9 rares se distinguent ceux avec un maillot, trahissant une extran\u00e9it\u00e9, d\u2019origine ou d\u2019emprunt. Il y en a pas mal qui pratiquent des talents de polyglotte ou improvisent un art de mouvements syncop\u00e9s selon les canons des standards internationaux des meilleures danses urbaines.<\/p>\n<p>Dans les sentiers, sur les pistes, au bord de la mer, pr\u00e8s des h\u00f4tels, dans les caf\u00e9s des villages, f\u00e9minine ou masculine, la jeunesse est avide de reconnaissance, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019une chance de pratiquer ses arts multiples, d\u2019exhiber ses talents tel un athl\u00e8te au mieux de sa forme, priv\u00e9 de comp\u00e9tition\u00a0; son sein est gros d\u2019une promesse de naissance et d\u2019un d\u00e9sir port\u00e9 \u00e0 son incandescence sans la jouissance qui l\u2019\u00e9teint et qui l\u2019\u00e9treint. <img decoding=\"async\" width=\"100%\" align=\"middle\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Sans titre-1.jpg\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Le sensuel, l\u2019inhabituel, l\u2019air d\u2019un ailleurs inaccessible est partout, attirant les yeux qui s\u2019attardent sur l\u2019interdit, bousculant le refoulement, magnifiant le chahut en se chargeant de muettes paroles ou de vell\u00e9itaires et si folles r\u00eaveries. Dans les yeux absents du cauchemar du quotidien, le regard est plein de r\u00eaves sans fin, aux dialogues sans paroles, aux coups d\u2019\u0153il charg\u00e9s des plus intarissables confidences.<\/p>\n<p><strong>Farhat Othman<br \/><\/strong><\/p>\n<p><strong>Lire aussi<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38302-djerba-l-ile-aux-sables-d-or\" target=\"_blank\">Djerba: L&rsquo;\u00eele aux sables d&rsquo;or<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38293-l-ile-chikly-sauvee-des-griffes-de-la-famille-trabelsi-par-la-societe-civile\" target=\"_blank\">&lsquo;\u00eele Chikly : sauv\u00e9e des griffes de la famille Trabelsi\u00a0 par la soci\u00e9t\u00e9 civile<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38277-les-iles-kuriat-le-sanctuaire-des-tortues-marines-et-de-la-biodiversite-mediterraneenne\" target=\"_blank\">Les \u00eeles Kuriat : le sanctuaire des tortues marines et de la biodiversit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38264-tunisie-les-iles-kneies-refuge-naturel-des-oiseaux-migrateurs-hivernants\" target=\"_blank\">Tunisie: les \u00eeles Kne\u00efes, refuge naturel des oiseaux migrateurs hivernants<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38257-la-galite-le-joyau-le-plus-au-nord-de-l-afrique\" target=\"_blank\">La Galite : le joyau le plus au nord de l&rsquo;Afrique<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38250-kerkennah-un-archipel-entre-histoire-spiritualite-et-identite-tunisienne\" target=\"_blank\">Kerkennah, un archipel entre histoire, spiritualit\u00e9 et identit\u00e9 tunisienne<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38240-zembra-bijou-de-la-mediterranee\" target=\"_blank\">Zembra: Bijou de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38222-decouvrez-ces-merveilleuses-iles-tunisiennes\" target=\"_blank\">D\u00e9couvrez ces merveilleuses \u00eeles tunisiennes<\/a><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38310-kerkennah-naturante-nature\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 une vingtaine de kilom\u00e8tres de Sfax, \u00e0 peine une heure de route, Kerkennah est un archipel de hauts-fonds entour\u00e9; le transbordeur le reliant au continent n\u2019y acc\u00e8de que par le sud, aux ports de Mellita dans l\u2019\u00eele Gharbi. 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