{"id":189932,"date":"2026-07-27T13:00:33","date_gmt":"2026-07-27T17:00:33","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-citoyen-face-aux-penuries-et-au-silence-a-lere-du-dereglement-climatique\/"},"modified":"2026-07-27T13:00:33","modified_gmt":"2026-07-27T17:00:33","slug":"le-citoyen-face-aux-penuries-et-au-silence-a-lere-du-dereglement-climatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/le-citoyen-face-aux-penuries-et-au-silence-a-lere-du-dereglement-climatique\/","title":{"rendered":"Le citoyen face aux p\u00e9nuries et au silence \u00e0 l\u2019\u00e8re du d\u00e9r\u00e8glement climatique"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Habib Batis &#8211;<\/strong><\/span><\/span> Longtemps per\u00e7u comme une menace lointaine ou une simple pr\u00e9occupation environnementale, le d\u00e9r\u00e8glement climatique s&rsquo;impose aujourd&rsquo;hui comme une r\u00e9alit\u00e9 tangible, bouleversant le quotidien de milliards d&rsquo;\u00eatres humains. Des canicules records aux s\u00e9cheresses prolong\u00e9es, en passant par les inondations d\u00e9vastatrices et les coupures chroniques d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, les signaux d&rsquo;alerte ne sont plus de simples projections scientifiques: ils se vivent au pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Nul ne peut douter que le risque est important quant \u00e0 l\u2019impact d\u2019une telle situation sur la vie quotidienne d\u2019un citoyen. Cependant, la situation peut virer en drame soci\u00e9tal si elle est accompagn\u00e9e d\u2019une absence de communication transparente et pr\u00e9visible lors, par exemple, de coupures d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 en pleine canicule. Une absence qui transforme un probl\u00e8me technique en crise sanitaire, \u00e9conomique et sociale majeure. Lorsque les temp\u00e9ratures fr\u00f4lent ou d\u00e9passent les 45\u00b0C \u00e0 49\u00b0C, le silence ou l&rsquo;impr\u00e9cision des autorit\u00e9s d\u00e9multiplie l&rsquo;impact n\u00e9gatif sur la population.<\/p>\n<p>Avant d\u2019aller plus loin dans le d\u00e9veloppement de ce \u00absport national\u00bb qui est \u00able d\u00e9ficit de communication\u00bb, arr\u00eatons-nous un bref moment pour rappeler ce qu\u2019on entend par d\u00e9r\u00e8glement climatique.<\/p>\n<p><span><span><strong>Qu&rsquo;est-ce que le d\u00e9r\u00e8glement climatique?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>\u00c0 la base, le climat de la Terre est r\u00e9gul\u00e9 par un m\u00e9canisme naturel essentiel: l&rsquo;effet de serre. L&rsquo;atmosph\u00e8re retient une partie de la chaleur du soleil, permettant \u00e0 la vie de se d\u00e9velopper \u00e0 une temp\u00e9rature moyenne viable. <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/36775-l-homme-et-la-crise-environnementale-le-mur-de-l-irreversibilite\" target=\"_blank\">Cependant, depuis la r\u00e9volution industrielle, les activit\u00e9s humaines<\/a>\u00a0principalement la combustion des \u00e9nergies fossiles (p\u00e9trole, gaz, charbon), la d\u00e9forestation et l&rsquo;agriculture intensive \u2014 rejettent des quantit\u00e9s massives de gaz \u00e0 effet de serre (comme le dioxyde de carbone et le m\u00e9thane). En \u00e9paississant cette \u00ab\u00a0couverture\u00a0\u00bb atmosph\u00e9rique, l&rsquo;humanit\u00e9 pi\u00e8ge un exc\u00e9dent de chaleur, provoquant un r\u00e9chauffement global de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p><span><span><strong>D&rsquo;un r\u00e9chauffement global \u00e0 un d\u00e9r\u00e8glement syst\u00e9mique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le terme \u00abd\u00e9r\u00e8glement\u00bb est bien plus pr\u00e9cis que celui de \u00abr\u00e9chauffement\u00bb. Il ne s&rsquo;agit pas simplement d&rsquo;un thermom\u00e8tre qui grimpe uniform\u00e9ment, mais d&rsquo;une rupture profonde de l&rsquo;\u00e9quilibre des \u00e9cosyst\u00e8mes. La modification des courants marins et atmosph\u00e9riques perturbe l&rsquo;ensemble du cycle de l&rsquo;eau. Les cons\u00e9quences sont directes et interconnect\u00e9es:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Les ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques deviennent plus violents, plus fr\u00e9quents et plus impr\u00e9visibles.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> L&rsquo;ass\u00e8chement des nappes phr\u00e9atiques et des barrages met en p\u00e9ril l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau potable et fragilise la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le d\u00e9r\u00e8glement climatique s&rsquo;invite dans le quotidien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pendant des d\u00e9cennies, le d\u00e9r\u00e8glement climatique a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9 \u00e0 travers des images lointaines: la fonte de glaciers mill\u00e9naires, la d\u00e9tresse des ours polaires ou des graphiques scientifiques abstraits. Cette distance est aujourd&rsquo;hui r\u00e9volue pour devenir un enjeu profond\u00e9ment humain et social. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;une menace pour le si\u00e8cle prochain, mais d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 quotidienne qui bouleverse nos habitudes les plus basiques, nos budgets, notre sant\u00e9 et le fonctionnement m\u00eame de nos services publics. De ce fait, il agit comme un amplificateur d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s, touchant de plein fouet les populations les plus vuln\u00e9rables qui disposent de moins de moyens pour s&rsquo;adapter. Face \u00e0 l&rsquo;urgence, le d\u00e9fi n&rsquo;est plus seulement technique. Il r\u00e9side dans notre capacit\u00e9 collective \u00e0 transformer nos modes de vie, \u00e0 r\u00e9inventer la solidarit\u00e9 locale et \u00e0 r\u00e9tablir un dialogue transparent entre les d\u00e9cideurs et les citoyens pour b\u00e2tir des soci\u00e9t\u00e9s r\u00e9silientes.<\/p>\n<p><span><span><strong>Quand les infrastructures fl\u00e9chissent<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Nous avons grandi avec la certitude que l&rsquo;eau au robinet et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 dans la prise \u00e9taient des acquis naturels et infinis. Le d\u00e9r\u00e8glement climatique brise cette illusion de confort. En modifiant profond\u00e9ment le cycle de l&rsquo;eau et en multipliant les d\u00f4mes de chaleur, il pousse nos infrastructures modernes \u00e0 bout de souffle:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Les r\u00e9seaux d&rsquo;\u00e9nergie (c\u00e2blage, transformateurs\u2026) et de transport (rails, canaux\u2026), con\u00e7us pour un climat stable, s&rsquo;essoufflent et s&rsquo;effondrent sous le poids des temp\u00e9ratures extr\u00eames et de l&rsquo;usage massif des appareils \u00e9lectriques, provoquant des d\u00e9lestages forc\u00e9s.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> La perte brutale de contr\u00f4le sur notre vie quotidienne (voir les aliments pourrir dans un r\u00e9frig\u00e9rateur \u00e9teint, craindre de rester bloqu\u00e9 dans un ascenseur par 45\u00b0C, ne plus pouvoir se doucher\u2026).<\/p>\n<p><span><span><strong>Un impact direct sur la sant\u00e9 et le portefeuille<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9quilibre de nos vies repose sur des \u00e9cosyst\u00e8mes stables. D\u00e8s que ces derniers se d\u00e9r\u00e8glent, les r\u00e9percussions sur le citoyen sont imm\u00e9diates:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Les nuits tropicales sans fra\u00eecheur alt\u00e8rent le sommeil, augmentent le stress et mettent en danger les personnes vuln\u00e9rables (enfants, personnes \u00e2g\u00e9es). L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 de l&rsquo;acc\u00e8s aux ressources devient psychologiquement lourde.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Les p\u00e9nuries d&rsquo;eau et les canicules d\u00e9truisent les r\u00e9coltes, entra\u00eenant une flamb\u00e9e des prix des produits alimentaires de base sur les march\u00e9s. S&rsquo;adapter (isoler son logement, acheter des \u00e9quipements de secours) devient un fardeau financier majeur pour les m\u00e9nages.<\/p>\n<p><span><span><strong>Prise de conscience d\u00e9clench\u00e9e?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La psychologie cognitive, la sociologie et l&rsquo;\u00e9conomie comportementale expliquent parfaitement pourquoi le probl\u00e8me de la prise de conscience du citoyen du d\u00e9r\u00e8glement climatique ne peut que s&rsquo;imposer \u00e0 lui. Pour ce citoyen, le d\u00e9r\u00e8glement climatique souffre d&rsquo;un d\u00e9ficit inh\u00e9rent de perception. Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement un manque d&rsquo;intelligence ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, mais un m\u00e9canisme de fonctionnement du cerveau humain face \u00e0 des menaces abstraites.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la prise de conscience ne se d\u00e9clenche que face \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements ou ph\u00e9nom\u00e8nes imm\u00e9diats (coupures d&rsquo;eau ou d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 par exemple) et ce pour plusieurs raisons fondamentales:<\/p>\n<p><span><strong>1. La distance psychologique (Le biais d&rsquo;optimisme)<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans le cadre de ce que les psychologues appellent la \u00ab\u00a0distance psychologique\u00a0\u00bb, le d\u00e9r\u00e8glement climatique est souvent per\u00e7u, par notre cerveau, \u00e0 travers quatre barri\u00e8res:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022 Temporelle:<\/strong><\/span> \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour l&rsquo;horizon 2050 ou 2100.\u00a0\u00bb<br \/><span><strong>\u2022 G\u00e9ographique:<\/strong><\/span> \u00ab\u00a0Cela touche les ours polaires ou les \u00eeles lointaines du Pacifique.\u00a0\u00bb<br \/><span><strong>\u2022 Sociale:<\/strong><\/span> \u00ab\u00a0Cela impacte les populations plus pauvres ou d&rsquo;autres pays.\u00a0\u00bb<br \/><span><strong>\u2022 Incertitude:<\/strong><\/span> \u00ab\u00a0Les scientifiques parlent en termes de probabilit\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 se coupe par une temp\u00e9rature de 45\u00b0C, cette distance s&rsquo;effondre instantan\u00e9ment. La menace n&rsquo;est plus globale, elle est imm\u00e9diate, locale et personnelle.<\/p>\n<p><span><strong>2. Le passage du conceptuel au sensoriel<\/strong><\/span><\/p>\n<p>On ne peut ni toucher, ni voir directement le d\u00e9r\u00e8glement climatique. Il est invisible, on ne voit que ses cons\u00e9quences. Ainsi, avant que la crise ne s\u2019installe, le message concernant l\u2019\u00e9volution du climat (un rapport ou un graphique sur les \u00e9missions de CO\u2082) sollicite le cerveau pr\u00e9frontal (l&rsquo;analyse rationnelle). Cela demande un effort d&rsquo;imagination et d&rsquo;assimilation qui suscite rarement une r\u00e9action \u00e9motionnelle forte. En revanche, lorsque la crise s\u2019installe, des signaux (chaleur \u00e9touffante dans l&rsquo;appartement, absence d&rsquo;eau pour se doucher ou boire, bourdonnement du frigo qui s&rsquo;\u00e9teint\u2026) agressent nos cinq sens. Le cerveau limbique (le si\u00e8ge des \u00e9motions et de la survie) prend le relais. La prise de conscience devient visc\u00e9rale.<\/p>\n<p><span><strong>3. La \u00ab\u00a0normalit\u00e9\u00a0\u00bb des infrastructures modernes<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans la vie quotidienne, l&rsquo;eau au robinet et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 dans la prise sont per\u00e7ues comme des acquis naturels et infinis, et non comme des flux d\u00e9pendants d&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8mes fragiles. En effet, les infrastructures modernes ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour masquer la nature: nous vivons dans des espaces climatis\u00e9s et b\u00e9tonn\u00e9s, d\u00e9connect\u00e9s de la m\u00e9t\u00e9o ext\u00e9rieure. La panne d\u00e9truit cette illusion de contr\u00f4le. Elle agit comme un rappel brutal: l&rsquo;eau du robinet d\u00e9pend des nappes phr\u00e9atiques ou des barrages (ass\u00e9ch\u00e9s par le climat), et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 d\u00e9pend de centrales thermiques ou de turbines qui surchauffent.<\/p>\n<p><span><strong>4. Le mur de la charge mentale quotidienne<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Pour le citoyen, la priorit\u00e9 imm\u00e9diate est dict\u00e9e par la survie \u00e9conomique et sociale \u00e0 court terme : payer le loyer, nourrir les enfants, trouver ou garder un emploi. Penser au climat est souvent per\u00e7u comme un \u00ab\u00a0luxe temporel\u00a0\u00bb ou intellectuel. Mais, lorsque la coupure d&rsquo;eau survient, le d\u00e9r\u00e8glement climatique s&rsquo;invite de force au sommet de la pile des urgences quotidiennes, car il paralyse instantan\u00e9ment la capacit\u00e9 du citoyen \u00e0 accomplir ses t\u00e2ches de subsistance les plus basiques.<\/p>\n<p>En bref, le citoyen n&rsquo;est pas insensible, il est r\u00e9actif plut\u00f4t que proactif. L&rsquo;information factuelle informe, mais pour que l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue batte la th\u00e9orie et transforme la connaissance abstraite en conviction profonde, faut-il briser le silence et \u00e9tablir la communication pour r\u00e9agir.<\/p>\n<p><span><span><strong>Briser le silence pour r\u00e9agir<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Cette intrusion du climat dans la vie de tous les jours d\u00e9montre une chose: nous ne sommes plus spectateurs, mais acteurs de cette crise. Face \u00e0 cette situation, le manque de communication des autorit\u00e9s ne fait qu&rsquo;aggraver la d\u00e9tresse des populations. Comprendre le lien \u00e9troit entre la m\u00e9t\u00e9o plan\u00e9taire et le robinet de notre cuisine est le premier pas indispensable. C&rsquo;est en devenant conscients de cette fragilit\u00e9 que les citoyens et les d\u00e9cideurs pourront, ensemble, anticiper les crises, r\u00e9organiser la solidarit\u00e9 de quartier et adapter nos modes de vie \u00e0 cette nouvelle donne climatique.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le revers du d\u00e9ficit de communication<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;absence de communication, ou une communication d\u00e9faillante, entre les d\u00e9cideurs politiques et la population \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du d\u00e9r\u00e8glement climatique constitue un frein majeur \u00e0 la transition \u00e9cologique. Ce foss\u00e9 informationnel et relationnel engendre des cons\u00e9quences syst\u00e9miques qui ralentissent l&rsquo;action publique et amplifient la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s:<\/p>\n<p><span><strong>1. La perte de confiance l\u00e9gitime et la polarisation sociale<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Lorsque les gouvernants n&rsquo;expliquent pas de mani\u00e8re transparente les d\u00e9cisions qu\u2019ils entreprennent en s\u2019enfermant dans un mutisme b\u00e9ant, un climat de suspicion s&rsquo;installe:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Un effet \u00abbo\u00eete noire\u00bb \u00e9merge. Les d\u00e9cisions per\u00e7ues comme unilat\u00e9rales alimentent le sentiment d&rsquo;une volont\u00e9 punitive ou d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s populaires.\u00a0<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> La d\u00e9sinformation prend le relai. Le vide communicationnel institutionnel est rapidement combl\u00e9 par des th\u00e9ories complotistes ou des discours climatosceptiques, ce qui segmente l&rsquo;opinion publique.<\/p>\n<p><span><strong>2. Le rejet des politiques publiques environnementales<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;adh\u00e9sion citoyenne est le moteur indispensable de toute transition structurelle. Sans p\u00e9dagogie ni concertation, les mesures, m\u00eame les plus vertueuses, se heurtent \u00e0 de vives r\u00e9sistances. L&rsquo;absence d&rsquo;explications sur les prises de d\u00e9cision, souvent n\u00e9cessaires, pourrait les transformer en restrictions abusives et par cons\u00e9quent en vecteur de r\u00e9volte sociale. Ainsi, les r\u00e9glementations sur l&rsquo;eau, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou les r\u00e9novations \u00e9nerg\u00e9tiques obligatoires seraient v\u00e9cues comme des contraintes arbitraires plut\u00f4t que comme des n\u00e9cessit\u00e9s de r\u00e9silience collective.<\/p>\n<p><span><strong>3. L&rsquo;amplification des risques sanitaires et s\u00e9curitaires<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La communication, en p\u00e9riode de crise, est une arme de protection massive. Son absence ou son impr\u00e9cision met directement des vies en danger et aggrave le manque de pr\u00e9paration aux extr\u00eames. En effet, si les populations ne sont pas inform\u00e9es des plans d&rsquo;urgence face, par exemple, aux vagues de chaleur ou aux incendies, les comportements r\u00e9flexes seront inadapt\u00e9s. Le silence politique face \u00e0 la gravit\u00e9 de la situation renforce le sentiment d&rsquo;abandon notamment chez les jeunes g\u00e9n\u00e9rations, transformant l&rsquo;inqui\u00e9tude l\u00e9gitime en d\u00e9tresse psychologique ou en apathie.<\/p>\n<p><span><span><strong>Comment le citoyen interpr\u00e8te-t-il ces ph\u00e9nom\u00e8nes et ces \u00e9v\u00e8nements?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>En l&rsquo;absence de communication transparente et proactive de la part des d\u00e9cideurs (\u00c9tat, Minist\u00e8res, STEG, SONEDE\u2026), les r\u00e9ponses et explications qu&rsquo;un citoyen lambda tente d&rsquo;apporter \u00e0 ces blocages complexes peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de plusieurs mani\u00e8res:<\/p>\n<p><span><strong>1. Des r\u00e9ponses fragment\u00e9es et sp\u00e9culatives<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Sans acc\u00e8s \u00e0 des donn\u00e9es fiables sur les contrats, les n\u00e9gociations syndicales ou l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9el du r\u00e9seau \u00e9lectrique, le citoyen est contraint de combler les vides informationnels. Ses r\u00e9ponses rel\u00e8vent souvent de la conjecture, de l&rsquo;hypoth\u00e8se ou de la sp\u00e9culation. L&rsquo;opinion publique se fragmente alors en une multitude d&rsquo;interpr\u00e9tations contradictoires.<\/p>\n<p><span><strong>2. Une opinion polaris\u00e9e (politique plut\u00f4t que technique)<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat technique sur, par exemple, la transition \u00e9nerg\u00e9tique (intermittence, stockage, co\u00fbts de production) est totalement occult\u00e9e par le manque de p\u00e9dagogie institutionnelle. Par cons\u00e9quent, les r\u00e9ponses du citoyen deviennent purement id\u00e9ologiques ou politiques. On observe souvent une division binaire. Soit le citoyen adopte une posture souverainiste, s&rsquo;alignant sur la rh\u00e9torique syndicale par peur d&rsquo;une perte d&rsquo;ind\u00e9pendance nationale face \u00e0 des multinationales. Soit il adopte une posture lib\u00e9rale et contestataire, qualifiant le blocage de sabotage bureaucratique ou syndical, sans mesurer les r\u00e9els d\u00e9fis techniques. Parmi les exemples, celui qui est en lien avec notre sujet, le Plan Solaire Tunisien (PST) qui ne voit pas le jour, fait l\u2019objet de plusieurs questions qui bourdonnent dans la soci\u00e9t\u00e9. S\u2019agit-il de freins administratifs et r\u00e8glementaires (lenteurs et complexit\u00e9 des proc\u00e9dures, politique fiscale dissuasive\u2026) ? Ou s\u2019agit-il de tensions syndicales et mod\u00e8le de gouvernance \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la STEG (monopole et souverainet\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique\u2026) ? Ou s\u2019agit-il de contraintes financi\u00e8res et \u00e9conomiques (co\u00fbt initial \u00e9lev\u00e9, d\u00e9gradation de la note souveraine\u2026) ? Ou enfin, s\u2019agit-il de limites techniques et vuln\u00e9rabilit\u00e9 du r\u00e9seau (saturation du r\u00e9seau \u00e9lectrique, absence de stockage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, contraintes climatiques\u2026) ? A toutes ces questions et certainement tant d\u2019autres sur le m\u00eame sujet et face au mutisme des d\u00e9cideurs, la perception du citoyen passe d&rsquo;une attente l\u00e9gitime d&rsquo;explications \u00e0 un sentiment de r\u00e9signation, de m\u00e9fiance et d&rsquo;incompr\u00e9hension, transformant un sujet hautement technique et strat\u00e9gique en une crise de communication publique.<\/p>\n<p><span><strong>3. Le terreau du complotisme et de la suspicion<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le silence des autorit\u00e9s administratives cr\u00e9e un \u00ab\u00a0d\u00e9ficit de confiance\u00a0\u00bb structurel. En Tunisie, les r\u00e9ponses populaires face \u00e0 ce type de black-out informationnel glissent souvent vers la suspicion de corruption ou la th\u00e9orie du complot. Le citoyen aura tendance \u00e0 imaginer des arrangements secrets, des conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats financiers au sommet de l&rsquo;\u00c9tat, ou une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de saboter l&rsquo;entreprise publique au profit de lobbys priv\u00e9s.<\/p>\n<p><span><strong>4. Des interpr\u00e9tations pragmatiques mais empiriques<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension des grands enjeux macro\u00e9conomiques, le citoyen qualifie la situation \u00e0 travers son exp\u00e9rience quotidienne et imm\u00e9diate (les coupures de courant en \u00e9t\u00e9, la hausse des factures de la STEG, l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;utiliser ses propres panneaux solaires r\u00e9sidentiels en cas de d\u00e9lestage\u2026). Ses r\u00e9ponses sont donc tr\u00e8s pragmatiques, ax\u00e9es sur le ressenti de la d\u00e9faillance des services publics, mais elles manquent de recul sur la complexit\u00e9 globale du Plan Solaire Tunisien.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion: du constat \u00e0 l\u2019action<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le d\u00e9r\u00e8glement climatique n&rsquo;est plus une simple \u00e9quation scientifique ou une menace lointaine: il red\u00e9finit aujourd&rsquo;hui le fonctionnement m\u00eame de nos vies. Pour cette raison, la communication publique doit articuler deux horizons temporels pour \u00eatre \u00e0 la fois efficace et honn\u00eate.<\/p>\n<p>En premier lieu et face aux canicules et \u00e0 la fragilit\u00e9 de nos infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques et hydrauliques, le constat est clair, mais il n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9. Si cette r\u00e9alit\u00e9 bouscule le confort de notre quotidien, elle agit aussi comme un puissant r\u00e9v\u00e9lateur. La solution ne viendra ni d\u2019ailleurs, ni du ciel ni de ce qui est appel\u00e9 commun\u00e9ment \u00abinnovation technologique\u00bb, mais d&rsquo;une mobilisation humaine coordonn\u00e9e et bienveillante. Pour cela, la cl\u00e9 r\u00e9side d\u2019abord dans l\u2019instauration d\u2019une communication pragmatique et protectrice, ax\u00e9e sur la r\u00e9silience locale et d\u2019autre part, dans le pouvoir de l\u2019intelligence collective. Les crises thermiques mettent en lumi\u00e8re des tr\u00e9sors de solidarit\u00e9. De la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux de veille pour rafra\u00eechir les personnes \u00e2g\u00e9es isol\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;acheminement communautaire d&rsquo;eau potable, \u00e0 la v\u00e9g\u00e9talisation des cours d&rsquo;\u00e9coles, des places publiques ou des fa\u00e7ades de b\u00e2timents. Bref, l&rsquo;action locale prouve que le tissu social est notre meilleur bouclier. Le passage d&rsquo;une communication descendante \u00e0 un dialogue ouvert entre municipalit\u00e9s (qu\u2019il est important de redynamiser pour les sortir de leur l\u00e9thargie) et citoyens permet de diffuser rapidement des astuces de bon sens (gestion de l&rsquo;eau, isolation thermique naturelle, techniques de rafra\u00eechissement passif).<\/p>\n<p>En second lieu, \u00e9viter de lier les crises imm\u00e9diates \u00e0 nos choix de soci\u00e9t\u00e9 structurels entretient une forme d&rsquo;aveuglement collectif. Le second horizon doit donc articuler une communication de transformation culturelle pour traiter la cause du probl\u00e8me. <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/36412-habib-batis-l-energie-a-l-heure-des-changements-environnementaux\" target=\"_blank\">Les d\u00e9cideurs doivent mener un travail de p\u00e9dagogie politique sur le mod\u00e8le thermoindustriel<\/a>:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Relier explicitement les difficult\u00e9s v\u00e9cues \u00e0 notre d\u00e9pendance aux \u00e9nergies fossiles et au mod\u00e8le productiviste.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Proposer un nouveau r\u00e9cit de soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la r\u00e9ussite n&rsquo;est plus mesur\u00e9e par le PIB ou la consommation, mais par la sant\u00e9, le temps lib\u00e9r\u00e9 et la pr\u00e9servation du vivant.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Pr\u00e9senter des trajectoires claires qui ne c\u00e8dent pas au fatalisme des collapsologues sans pour autant tomber dans l\u2019optimisme excessif des chantres de l\u2019innovation. On admettra qu\u2019au-del\u00e0 de la satisfaction des besoins fondamentaux, la (sur)consommation n\u2019a jamais fait le bonheur des individus.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la recherche de solutions implique une rupture conceptuelle majeure. Trouver des substituts bas-carbone aux \u00e9nergies fossiles est n\u00e9cessaire, mais insuffisant si la finalit\u00e9 reste de maintenir un niveau de consommation global insoutenable. La v\u00e9ritable r\u00e9ponse au d\u00e9fi climatique impose de questionner notre mode de vie en profondeur. Cela exige de red\u00e9finir collectivement nos besoins essentiels \u00e0 travers le prisme de la sobri\u00e9t\u00e9, de repenser nos structures de transport, de relocaliser nos productions et de d\u00e9tacher la notion de bien-\u00eatre de celle d&rsquo;accumulation mat\u00e9rielle. Tant que le fonctionnement m\u00eame de la civilisation thermoindustrielle ne sera pas interrog\u00e9, les politiques climatiques ne s&rsquo;attaqueront qu&rsquo;aux effets, sans jamais gu\u00e9rir la cause.<\/p>\n<p><strong>Habib Batis<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38313-le-citoyen-face-aux-penuries-et-au-silence-a-l-ere-du-dereglement-climatique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Habib Batis &#8211; Longtemps per\u00e7u comme une menace lointaine ou une simple pr\u00e9occupation environnementale, le d\u00e9r\u00e8glement climatique s&rsquo;impose aujourd&rsquo;hui comme une r\u00e9alit\u00e9 tangible, bouleversant le quotidien de milliards d&rsquo;\u00eatres humains. Des canicules records aux s\u00e9cheresses prolong\u00e9es, en passant par les inondations d\u00e9vastatrices et les coupures chroniques d&rsquo;eau et d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, les signaux d&rsquo;alerte ne sont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":189933,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/17851537950_content.jpg","fifu_image_alt":"Le citoyen face aux p\u00e9nuries et au silence \u00e0 l\u2019\u00e8re du d\u00e9r\u00e8glement climatique","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-189932","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189932","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189932"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189932\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/189933"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189932"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189932"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189932"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}