{"id":191109,"date":"2026-08-22T13:01:06","date_gmt":"2026-08-22T17:01:06","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-sami-bahri-la-tunisie-face-a-lia-4eme-partie-le-casse-tete-de-la-gouvernance\/"},"modified":"2026-08-22T13:01:06","modified_gmt":"2026-08-22T17:01:06","slug":"dr-sami-bahri-la-tunisie-face-a-lia-4eme-partie-le-casse-tete-de-la-gouvernance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/dr-sami-bahri-la-tunisie-face-a-lia-4eme-partie-le-casse-tete-de-la-gouvernance\/","title":{"rendered":"Dr Sami Bahri &#8211; La Tunisie face \u00e0 l\u2019IA (4\u00e8me partie): Le casse-t\u00eate de la gouvernance"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38363-la-tunisie-face-a-l-ia-le-travailleur-du-savoir-face-a-l-ia-devenir-centaure-ou-disparaitre-en-silence-3eme-partie\" target=\"_blank\">L\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> s\u2019achevait sur une question laiss\u00e9e en suspens: le centaure individuel peut peut-\u00eatre se sauver lui-m\u00eame, mais qui financera l\u2019\u00e9curie ?<br \/>Nous avons suivi la destruction cr\u00e9atrice de Schumpeter dans son ascension: elle a d\u2019abord travers\u00e9 le bureau du travailleur du savoir, puis les processus de l\u2019entreprise. Nous voici au dernier \u00e9tage : l\u2019\u00c9tat, et avec lui le contrat social tout entier.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38303-la-tunisie-face-a-l-ia-une-equation-a-plusieurs-inconnues\" target=\"_blank\">Le premier article de cette s\u00e9rie<\/a> pr\u00e9sentait l\u2019IA comme un architecte d\u2019int\u00e9rieur un brin pyromane: capable de r\u00e9am\u00e9nager les pi\u00e8ces, mais aussi de toucher aux murs porteurs. Nous savons lesquels elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9s \u2014 les m\u00e9thodes du travailleur et les processus de l\u2019entreprise. Il reste le mur ultime, celui sur lequel repose notre solidarit\u00e9 collective : <strong>le travail humain comme source du financement social<\/strong>.<\/p>\n<p>Notre contrat social repose sur un circuit si familier qu\u2019on ne le formule plus : le travail cr\u00e9e la valeur; celle-ci se distribue en salaires et en profits ; salaires et profits alimentent imp\u00f4ts et cotisations ; imp\u00f4ts et cotisations financent l\u2019\u00e9cole, l\u2019h\u00f4pital et les retraites. En Tunisie, ce circuit porte des noms concrets : CNSS, CNRPS, CNAM. Chaque fiche de paie d\u2019un travailleur tunisien irrigue silencieusement ce syst\u00e8me.<\/p>\n<p>Mais ce circuit suppose que la cr\u00e9ation de valeur passe par le travail humain. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette condition que l\u2019IA commence \u00e0 \u00e9roder.<\/p>\n<p>On pourrait croire \u00e0 un simple probl\u00e8me comptable : une assiette fiscale qui s\u2019amenuise, des recettes \u00e0 trouver ailleurs. Ce serait sous-estimer le ph\u00e9nom\u00e8ne. Car ce qui se fissure n\u2019est pas seulement le financement du contrat social, mais le m\u00e9canisme qui l\u2019a fait na\u00eetre.<\/p>\n<p>Pour le voir, il faut convoquer un \u00e9conomiste que l\u2019on ne s\u2019attend peut-\u00eatre pas \u00e0 trouver dans cette s\u00e9rie.<\/p>\n<p><span><span><strong>De l\u2019exploitation \u00e0 l\u2019irrelevance: ce que Marx n\u2019avait pas pr\u00e9vu<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Nul besoin d\u2019\u00eatre marxiste pour reconna\u00eetre que Marx a correctement d\u00e9crit la m\u00e9canique de son \u00e9poque. Nous le mobilisons ici comme Schumpeter et Drucker : pour sa grille de lecture, non pour son programme. En ao\u00fbt 2026, l\u2019hebdomadaire allemand Der Spiegel titrait d\u2019ailleurs en couverture \u00ab Oser plus de Marx ? \u00bb et demandait si l\u2019IA allait tuer le capitalisme. Quand la question atteint les kiosques de Hambourg, elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pos\u00e9e \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p>Rappelons la m\u00e9canique. Le capitaliste investit : il ach\u00e8te des machines, des mati\u00e8res premi\u00e8res et de la force de travail humaine. \u00c0 la fin du cycle, la marchandise vaut davantage que ce qu\u2019ont co\u00fbt\u00e9 les salaires et les usines. Cette diff\u00e9rence est le profit, qui permet au capital de s\u2019accumuler.<\/p>\n<p>Mais le travailleur y gagne aussi, et c\u2019est l\u00e0 que se niche la formule magique des soci\u00e9t\u00e9s modernes : <strong>qui travaille est r\u00e9compens\u00e9<\/strong>. Un salaire, une ascension sociale possible, une dignit\u00e9, une place. Le syst\u00e8me tient tant qu\u2019il produit de la richesse et suffisamment de personnes qui profitent de sa r\u00e9partition.<br \/>Marx voyait dans ce capitalisme un antagonisme. Mais celui-ci cachait une interd\u00e9pendance. Le capital exploitait le travail, mais il en avait besoin : la force de travail \u00e9tait la source de la valeur. L\u2019usine sans ouvriers ne produisait rien.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9pendance mutuelle a \u00e9t\u00e9 le moteur de l\u2019histoire sociale du 20\u00e8me si\u00e8cle. Parce que le capital avait besoin du travailleur, celui-ci disposait d\u2019un pouvoir de n\u00e9gociation : la gr\u00e8ve ne fait mal que si l\u2019on a besoin de vous. Cette friction, et non la bont\u00e9 du capital, a arrach\u00e9 les compromis historiques : syndicats, assurances sociales de Bismarck, \u00c9tat-providence, \u00e9conomie sociale de march\u00e9 de Ludwig Erhard. En Tunisie, elle a structur\u00e9 des d\u00e9cennies de dialogue social entre l\u2019\u00c9tat, le patronat et l\u2019UGTT.<\/p>\n<p><strong>Le travailleur, m\u00eame exploit\u00e9, \u00e9tait \u00e0 la table des n\u00e9gociations parce qu\u2019on ne pouvait pas se passer de lui.<\/strong><\/p>\n<p>Marx avait pr\u00e9dit que le capitalisme portait sa fin en lui-m\u00eame : pour survivre \u00e0 la concurrence, les entreprises doivent devenir toujours plus productives, automatiser, comprimer les co\u00fbts et chasser progressivement le travail vivant de la production. \u00c9crit en 1867, cela ressemble \u00e9trangement \u00e0 une description du 21\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mais l\u2019histoire bifurque en ce moment et devient plus troublante.<\/p>\n<p>Lorsque le capital, puissance de calcul, mod\u00e8les, propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, devient capable de produire du travail cognitif \u00e0 grande \u00e9chelle, le travailleur ne passe pas de l\u2019exploitation \u00e0 la lib\u00e9ration. Il risque de passer de l\u2019exploitation \u00e0 l\u2019<strong>irrelevance<\/strong>. Le travail cognitif, hier pay\u00e9 en salaires et en cotisations, se facture d\u00e9sormais en tokens &#8211; le kilowattheure du travail cognitif.<\/p>\n<p>Or l\u2019irrelevance est plus fragile que l\u2019exploitation. L\u2019exploit\u00e9 n\u00e9gocie : il peut retirer sa force de travail, et ce retrait a un co\u00fbt. L\u2019irrelevant ne n\u00e9gocie plus : son retrait ne co\u00fbte rien. Il ne lui reste qu\u2019\u00e0 qu\u00e9mander.<\/p>\n<p><strong>Marx craignait que le capital exploite le travailleur. La question qu\u2019il n\u2019avait pas pr\u00e9vue est plus troublante : que devient le travailleur lorsque le capital n\u2019a plus besoin de l\u2019exploiter ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomiste du travail David Autor, du MIT, en tire la cons\u00e9quence politique : une soci\u00e9t\u00e9 serait \u00ab tr\u00e8s difficile \u00e0 maintenir dans un monde o\u00f9 la plupart des gens n\u2019auraient plus rien \u00e0 donner \u00bb. Le contrat social ne repose pas seulement sur la redistribution, mais sur le fait que chacun a quelque chose \u00e0 apporter, donc \u00e0 n\u00e9gocier.<\/p>\n<p>Deux observations aggravent ce constat.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re touche \u00e0 la th\u00e9orie de la valeur. Pour Marx, toute valeur provenait du travail. Or les mod\u00e8les d\u2019IA ont \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s sur du travail humain accumul\u00e9 : d\u00e9cennies de textes, de code, d\u2019analyses et de d\u00e9cisions expertes. Nous avons vu dans le deuxi\u00e8me article que les d\u00e9cisions des experts deviennent des donn\u00e9es d\u2019entra\u00eenement : chez Bridgewater, le v\u00e9ritable actif n\u2019\u00e9tait pas le document, mais le jugement qui lui \u00e9tait associ\u00e9. Thomas Piketty parle d\u2019une \u00ab gigantesque appropriation \u00bb : les entreprises d\u2019IA prennent le savoir et l\u2019exp\u00e9rience des autres et tentent \u00ab d\u2019y apposer un titre de propri\u00e9t\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Un lecteur marxien y reconna\u00eetrait une forme in\u00e9dite d\u2019extraction : la plus-value n\u2019est plus pr\u00e9lev\u00e9e sur une force de travail lou\u00e9e heure apr\u00e8s heure. Elle est captur\u00e9e une fois, puis r\u00e9pliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019infini, sans salaire. On n\u2019emploie plus le travailleur parce qu\u2019on a absorb\u00e9 son savoir-faire.<\/p>\n<p>La seconde concerne les moyens de production. Marx proposait de les socialiser, et, quoi qu\u2019on pense de la proposition, les usines \u00e9taient localis\u00e9es et saisissables. Les moyens de production num\u00e9riques ne le sont pas : datacenters \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mod\u00e8les dupliqu\u00e9s sur plusieurs continents, propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle log\u00e9e dans des juridictions choisies avec soin. M\u00eame un \u00c9tat qui voudrait reprendre le contr\u00f4le ne trouverait rien \u00e0 saisir. Cette asym\u00e9trie dessine en creux la seule souverainet\u00e9 qui reste accessible.<\/p>\n<p>Ironie de l\u2019histoire : Marx pr\u00e9disait la concentration du capital et la paup\u00e9risation des masses. Le 20\u00e8me si\u00e8cle l\u2019a d\u00e9menti gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019interd\u00e9pendance capital-travail, qui a forc\u00e9 le partage. Le capitalisme num\u00e9rique pourrait r\u00e9aliser sa pr\u00e9diction par un autre m\u00e9canisme : non parce que le capital exploite trop le travail, mais parce qu\u2019il cesse d\u2019en avoir besoin.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence \u00e9conomique tient en une phrase, qui sera le fil rouge de cet article:<\/p>\n<p><strong>Si le travail humain n\u2019est plus le moyen premier de cr\u00e9ation de la valeur, il ne peut plus rester le moyen premier de distribution de la richesse.<\/strong><\/p>\n<p>Pour la Tunisie, ce constat a une r\u00e9sonance douloureuse. Notre classe moyenne s\u2019est en partie construite lorsque les entreprises \u00e9trang\u00e8res ont externalis\u00e9 leur travail et que la Tunisie a su capter une part de ce flux : Loi 72, services informatiques, ing\u00e9nierie, comptabilit\u00e9, relation client. Nous avons b\u00e2ti des carri\u00e8res, des cotisations et des recettes fiscales sur la d\u00e9localisation du travail des autres.<\/p>\n<p>Le travailleur tunisien risque donc d\u2019\u00eatre frapp\u00e9 deux fois : comme travailleur, par l\u2019automatisation de ses t\u00e2ches ; comme destination d\u2019externalisation, par le donneur d\u2019ordre europ\u00e9en qui n\u2019a plus besoin d\u2019externaliser. La destruction se produit \u00e0 Tunis ; la cr\u00e9ation de valeur se concentre dans un datacenter \u00e0 Francfort ou en Virginie.<\/p>\n<p>Et un GPU \u00e0 Francfort ou en Virginie ne cotise ni \u00e0 la CNSS ni \u00e0 la CNAM.<br \/>Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas de colmater une assiette fiscale, mais de reconstruire une table de n\u00e9gociations dont un pied historique, le besoin de travail humain, est en train de c\u00e9der.<\/p>\n<p>La tentation sera grande de r\u00e9pondre avec les outils d\u2019hier. Voyons pourquoi ils risquent de ne pas suffire.<\/p>\n<p><span><span><strong>Pourquoi les r\u00e9ponses d\u2019hier ne suffiront pas: le dilemme de l\u2019innovateur appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Face \u00e0 ce diagnostic, le r\u00e9flexe naturel consiste \u00e0 ajuster un taux, cr\u00e9er une taxe ou \u00e9largir une cotisation. Mais les \u00c9tats s\u2019appr\u00eatent peut-\u00eatre \u00e0 commettre une erreur que les entreprises connaissent bien.<\/p>\n<p>Clayton Christensen a d\u00e9crit dans les ann\u00e9es 1990 le <strong>dilemme de l\u2019innovateur<\/strong> : les entreprises dominantes ne meurent pas parce qu\u2019elles sont mal g\u00e9r\u00e9es, mais parce qu\u2019elles sont bien g\u00e9r\u00e9es selon les r\u00e8gles d\u2019un march\u00e9 \u00e9tabli. Kodak ma\u00eetrisait la pellicule, \u00e9coutait ses meilleurs clients et optimisait ses marges. Cette excellence dans l\u2019ancien paradigme l\u2019a rendue aveugle au nouveau. L\u2019entreprise n\u2019a pas \u00e9chou\u00e9 par incomp\u00e9tence, mais par perfectionnement d\u2019un produit devenu obsol\u00e8te.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Graphe-1(11).jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/><\/p>\n<p>Nos syst\u00e8mes fiscaux et sociaux sont des Kodak institutionnels. Ils sont remarquablement optimis\u00e9s pour une \u00e9conomie de travail salari\u00e9, formel et localis\u00e9. Chaque param\u00e8tre a \u00e9t\u00e9 affin\u00e9 pendant des d\u00e9cennies. Mais optimiser un syst\u00e8me con\u00e7u pour un monde qui dispara\u00eet ne le sauve pas : cela le rend plus performant sur une trajectoire qui m\u00e8ne au mur.<\/p>\n<p>\u00c0 ce dilemme s\u2019ajoute un probl\u00e8me de m\u00e9thode. Emmanuel Kant distinguait la connaissance a posteriori, tir\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience, de la connaissance a priori, construite par le raisonnement avant l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>Nos institutions fonctionnent presque exclusivement a posteriori. Nous g\u00e9rons la raret\u00e9 de l\u2019eau apr\u00e8s la p\u00e9nurie, d\u00e9battons de la r\u00e9forme des caisses sociales une fois leurs d\u00e9ficits devenus structurels, encadrons les activit\u00e9s \u00e9conomiques apr\u00e8s leur basculement dans l\u2019informel. Nous conduisons vers l\u2019avenir le regard fix\u00e9 sur le r\u00e9troviseur.<\/p>\n<p>Tant que le changement \u00e9tait lent, cette m\u00e9thode restait viable. Le fils du paysan devenait ouvrier ; son petit-fils, d\u00e9veloppeur. La soci\u00e9t\u00e9 disposait de g\u00e9n\u00e9rations pour s\u2019adapter.<\/p>\n<p>L\u2019IA comprime brutalement ce calendrier. L\u2019automatisation du travail cognitif, la r\u00e9duction silencieuse des effectifs et la relocalisation de la destruction se d\u00e9ploient en ann\u00e9es, parfois en mois. Le paysan avait une g\u00e9n\u00e9ration pour se reconvertir. L\u2019ing\u00e9nieur tunisien de 40 ans a-t-il cinq ans ? Probablement pas.<\/p>\n<p><strong>Le pi\u00e8ge tunisien est plus \u00e9troit encore.<\/strong> Un \u00c9tat disposant de marges budg\u00e9taires peut absorber quelques ann\u00e9es d\u2019erreur. La Tunisie, avec une assiette fiscale \u00e9troite, une \u00e9conomie informelle importante et des finances publiques sous tension, n\u2019a pas ce luxe. Paradoxe cruel : les pays qui auraient le plus besoin de penser a priori sont ceux qui peuvent le moins supporter les erreurs de l\u2019a posteriori.<\/p>\n<p>\u00c9cartons alors trois r\u00e9ponses qui reviendront in\u00e9vitablement dans le d\u00e9bat. Elles \u00e9chouent sur la cible, l\u2019\u00e9chelle ou le tempo.<\/p>\n<p><strong>La taxe robots na\u00efve &#8211; l\u2019erreur de cible.<\/strong> L\u2019intuition est s\u00e9duisante : si la machine remplace le travailleur, qu\u2019elle cotise \u00e0 sa place. Mais une taxe mal con\u00e7ue frapperait d\u2019abord les entreprises tunisiennes en pleine transformation, sans atteindre les plateformes internationales dont les mod\u00e8les tournent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Nous p\u00e9naliserions nos centaures locaux en \u00e9pargnant les chevaux de Troie globaux. Pire : nous inciterions nos entreprises \u00e0 consommer de l\u2019IA \u00e9trang\u00e8re plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 en d\u00e9velopper localement.<\/p>\n<p><strong>L\u2019autarcie num\u00e9rique &#8211; l\u2019erreur d\u2019\u00e9chelle.<\/strong> Tout construire localement, se couper des plateformes internationales. Nous l\u2019avons dit <a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38343-dr-sami-bahri-la-tunisie-face-a-l-ia-2eme-partie\" target=\"_blank\">dans le deuxi\u00e8me article<\/a> : une souverainet\u00e9 autarcique serait aussi co\u00fbteuse qu\u2019illusoire. Aucun pays de la taille de la Tunisie ne peut r\u00e9pliquer l\u2019infrastructure des hyperscalers.<\/p>\n<p><strong>Attendre les preuves &#8211; l\u2019erreur de tempo.<\/strong> Cette option, la plus confortable, ne se pr\u00e9sente jamais comme \u00ab ne rien faire \u00bb. Elle s\u2019appelle attendre d\u2019y voir plus clair, laisser les \u00e9tudes conclure, observer les autres. C\u2019est l\u2019a posteriori par\u00e9 des vertus de la prudence.<\/p>\n<p>Mais les indicateurs habituels ne montreront rien avant qu\u2019il ne soit trop tard. La r\u00e9duction silencieuse ne laisse pas de traces imm\u00e9diates dans les statistiques de licenciement ; elle appara\u00eet plus tard dans le ch\u00f4mage des dipl\u00f4m\u00e9s cherchant des postes qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. Attendre les preuves, c\u2019est choisir d\u2019agir a posteriori.<\/p>\n<p>Et ne rien faire n\u2019est pas neutre : pendant qu\u2019un pays d\u00e9lib\u00e8re, ses partenaires automatisent, ses talents \u00e9migrent vers des \u00e9cosyst\u00e8mes mieux pr\u00e9par\u00e9s, et les r\u00e8gles de la fiscalit\u00e9 num\u00e9rique s\u2019\u00e9crivent sans lui.<\/p>\n<p>Christensen a aussi montr\u00e9 comment sortir du pi\u00e8ge : construire le nouveau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancien, plut\u00f4t que d\u2019attendre que l\u2019ancien se r\u00e9forme lui-m\u00eame.<br \/>C\u2019est cette voie qu\u2019il faut explorer.<\/p>\n<p><span><span><strong>Repenser l\u2019assiette : le\u00e7ons du monde r\u00e9el et distinction d\u00e9cisive<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Si les outils d\u2019hier ne suffisent pas, o\u00f9 chercher ? Deux exp\u00e9riences internationales \u2014 un \u00e9chec instructif et une le\u00e7on d\u2019humilit\u00e9 \u2014 puis une proposition permettent de d\u00e9gager la distinction qui structurera nos sc\u00e9narios.<\/p>\n<p><span><span><strong>Abilene, ou l\u2019illusion de l\u2019infrastructure<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Abilene, ville moyenne du Texas, a v\u00e9cu la double lame d\u00e9crite dans cette s\u00e9rie : des centaines d\u2019emplois de bureau \u00e9rod\u00e9s par l\u2019automatisation, puis l\u2019implantation d\u2019un datacenter de plusieurs milliards de dollars. Les autorit\u00e9s ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9 l\u2019investissement. Puis le chantier s\u2019est achev\u00e9.<\/p>\n<p>Restait une installation consommant d\u2019importantes quantit\u00e9s d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, d\u2019eau et de terrain \u2014 et employant durablement entre 50 et 100 personnes, bien moins que les emplois d\u00e9truits.<\/p>\n<p>Le bilan est froid : <strong>la valeur cr\u00e9\u00e9e par le calcul s\u2019exporte globalement, tandis que les co\u00fbts \u2014 r\u00e9seaux sous tension, ressources consomm\u00e9es, loyers en hausse, emplois disparus \u2014 restent locaux.<\/strong> La ville h\u00e9berge les moyens de production du 21\u00e8me si\u00e8cle sans capter leur valeur. Aux \u00c9tats-Unis, le soutien \u00e0 la construction de datacenters s\u2019est d\u2019ailleurs effondr\u00e9, tandis que les protestations locales se multiplient.<\/p>\n<p>La le\u00e7on : h\u00e9berger ne suffit pas. Un datacenter n\u2019est pas une usine du 20\u00e8me si\u00e8cle salariant des milliers d\u2019ouvriers. Sans pacte n\u00e9goci\u00e9 avant le permis de construire, il pompe des ressources locales pour produire une valeur extraterritoriale. Abilene a n\u00e9goci\u00e9 a posteriori \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire pas du tout.<\/p>\n<p><span><span><strong>L\u2019OCDE, ou l\u2019humilit\u00e9 n\u00e9cessaire<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie, les grandes puissances tentent de fiscaliser l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique : taxes \u00ab GAFA \u00bb, n\u00e9gociations \u00e0 l\u2019OCDE pour r\u00e9allouer les droits d\u2019imposition et instaurer un imp\u00f4t minimum mondial.<\/p>\n<p>Le bilan est mitig\u00e9 : mises en \u0153uvre lentes, rendements d\u00e9cevants, rapports de force g\u00e9opolitiques. Si l\u2019Union europ\u00e9enne, avec 450 millions de consommateurs, peine \u00e0 faire contribuer les plateformes \u00e0 la hauteur de la valeur capt\u00e9e, la Tunisie doit \u00e9viter deux illusions : croire qu\u2019elle imposera seule ses conditions, ou qu\u2019attendre une solution multilat\u00e9rale la dispensera d\u2019agir. Elle sera preneuse de r\u00e8gles \u00e9crites ailleurs \u2014 raison de plus pour agir l\u00e0 o\u00f9 elle dispose d\u2019une marge r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Mais o\u00f9 ?<\/p>\n<p><span><span><strong>Mettre \u00e0 jour l\u2019\u00e9conomie sociale de march\u00e9 : la Nouvelle \u00c9conomie Num\u00e9rique Sociale<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Je propose ce que j\u2019appelle la <strong>Nouvelle \u00c9conomie Num\u00e9rique Sociale,<\/strong> une mise \u00e0 jour de l\u2019\u00e9conomie sociale de march\u00e9 pour l\u2019\u00e8re de l\u2019IA.<\/p>\n<p>Son principe : certaines ressources sont trop essentielles pour que leur acc\u00e8s d\u00e9pende uniquement du pouvoir d\u2019achat. Elles appellent un <strong>syst\u00e8me dual,<\/strong> o\u00f9 une infrastructure publique de base coexiste avec l\u2019offre priv\u00e9e sans pr\u00e9tendre la remplacer.<\/p>\n<p>Appliquons ce principe \u00e0 la ressource critique de notre \u00e9poque : l\u2019intelligence num\u00e9rique. Celle-ci poss\u00e8de son unit\u00e9 de mesure et de facturation, comme l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 a son kilowattheure : le token. Chaque requ\u00eate, analyse ou ligne de code g\u00e9n\u00e9r\u00e9e se compte et se paie en tokens. Qui suit sa facture cloud le sait : <strong>le token est le kilowattheure du 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/strong> Et qui n\u2019y a pas acc\u00e8s, ou seulement \u00e0 des tarifs prohibitifs, est \u00e9conomiquement et socialement d\u00e9croch\u00e9.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me dual reposerait sur trois piliers:<\/p>\n<p><span>\u2022<\/span> <strong>une couverture de base en intelligence:<\/strong> des capacit\u00e9s publiques de calcul au service des \u00e9coles, collectivit\u00e9s, startups et travailleurs d\u00e9plac\u00e9s ;<br \/><span>\u2022<\/span> <strong>un dividende num\u00e9rique local:<\/strong> les datacenters priv\u00e9s contribuent \u00e0 un fonds territorial de reconversion, n\u00e9goci\u00e9 d\u00e8s le permis de construire ;<br \/><span>\u2022<\/span> <strong>une symbiose thermodynamique<\/strong> entre l\u2019infrastructure et son territoire.<\/p>\n<p>Un datacenter transforme physiquement de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en <strong>token<\/strong>s, et en chaleur. En amont, la Tunisie dispose d\u2019un avantage comparatif : un gisement solaire parmi les plus riches de la M\u00e9diterran\u00e9e, au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9nergie devient le principal co\u00fbt et goulot d\u2019\u00e9tranglement des datacenters. Le kilowattheure solaire tunisien peut devenir un token comp\u00e9titif. En aval, la chaleur des serveurs peut alimenter des usages locaux : serres agricoles, s\u00e9chage agroalimentaire, dessalement basse temp\u00e9rature, eau chaude pour h\u00f4pitaux et h\u00f4tels.<\/p>\n<p>Le soleil entre, les tokens sortent, la chaleur revient au territoire : l\u2019infrastructure s\u2019ins\u00e8re dans un cycle dont celui-ci devient partie prenante.<br \/>Ce syst\u00e8me dual est la r\u00e9ponse classique de Christensen : construire le nouveau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancien.<\/p>\n<p><strong>Et la Tunisie a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 &#8211; et gagn\u00e9 &#8211; cette partition.<\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, un pays jeune et aux ressources limit\u00e9es faisait face \u00e0 un d\u00e9ficit massif d\u2019infrastructures. L\u2019\u00c9tat n\u2019a pas attendu que le march\u00e9 \u00e9lectrifie les campagnes : il a construit les centrales, d\u00e9ploy\u00e9 le r\u00e9seau, amen\u00e9 courant et eau potable jusqu\u2019aux villages. La STEG et la SONEDE ne sont pas n\u00e9es d\u2019un calcul de rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme, mais d\u2019une conviction : certaines infrastructures conditionnent tout le reste.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat a aussi amorc\u00e9 des secteurs avant de les ouvrir. Dans le tourisme, l\u2019investissement public initial, h\u00f4tels, infrastructures, formation, a cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019un secteur priv\u00e9 devenu pilier de l\u2019\u00e9conomie. L\u2019\u00c9tat n\u2019a pas administr\u00e9 le tourisme \u00e9ternellement : il a port\u00e9 le risque initial, d\u00e9montr\u00e9 la viabilit\u00e9, puis laiss\u00e9 l\u2019initiative priv\u00e9e prendre le relais.<\/p>\n<p>Un datacenter public est <strong>la centrale \u00e9lectrique du 21\u00e8me si\u00e8cle.<\/strong> Sa ressource ne se mesure plus en kilowattheures, mais en tokens. La logique reste la m\u00eame : une infrastructure capitalistique qui conditionne l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me. La startup qui r\u00e9duit ses factures de calcul, l\u2019\u00e9cole qui forme sur une infrastructure r\u00e9elle, l\u2019administration qui garde ses donn\u00e9es sensibles sur le sol national, le travailleur d\u00e9plac\u00e9 qui trouve un espace pour se r\u00e9inventer. On ne demandait pas \u00e0 la centrale d\u2019\u00eatre rentable en cinq ans, mais d\u2019\u00e9lectrifier le pays, de rendre possible ce qui ne l\u2019\u00e9tait pas.<\/p>\n<p>La le\u00e7on historique est toutefois \u00e0 double tranchant : l\u2019\u00c9tat amorceur a r\u00e9ussi lorsqu\u2019il a su <strong>amorcer puis transmettre,<\/strong> et d\u00e9\u00e7u lorsqu\u2019il s\u2019est \u00e9ternis\u00e9 en gestionnaire. Une \u00ab centrale num\u00e9rique \u00bb devra retenir les deux moiti\u00e9s de la le\u00e7on : l\u2019audace initiale et le retrait progressif au profit de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me.<br \/>Mais le token n\u2019est que l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un courant 220 V. Une centrale n\u2019a de sens que par ce qu\u2019on y branche ; un datacenter, par les savoirs qu\u2019on y fait fructifier. D\u2019o\u00f9 la distinction centrale de cet article.<\/p>\n<p><span><span><strong>Souverainet\u00e9 d\u2019infrastructure, souverainet\u00e9 de d\u00e9cision<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La \u00ab souverainet\u00e9 num\u00e9rique \u00bb recouvre deux r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>La souverainet\u00e9 d\u2019infrastructure<\/strong> consiste \u00e0 poss\u00e9der les moyens physiques du calcul : datacenters, puces, r\u00e9seaux, mod\u00e8les de fondation. C\u2019est celle dont on parle le plus \u2014 et celle qui, dans sa version mondiale, restera largement hors de port\u00e9e. Les investissements se chiffrent en dizaines de milliards et se concentrent entre quelques acteurs. La centrale num\u00e9rique tunisienne ne rivalisera pas avec la Virginie : son r\u00f4le sera de garantir l\u2019acc\u00e8s, pas la domination.<\/p>\n<p><strong>La souverainet\u00e9 de d\u00e9cision<\/strong> consiste \u00e0 poss\u00e9der ce qui donne au token sa valeur : donn\u00e9es m\u00e9tiers, jugements experts, r\u00e8gles d\u2019usage, choix des probl\u00e8mes et garde-fous. Le deuxi\u00e8me article l\u2019a montr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019entreprise sous le nom d\u2019Intelligence Ownership : chez Bridgewater comme chez Shopify, l\u2019avantage venait moins de la taille du datacenter que de la qualit\u00e9 du savoir inject\u00e9. Le troisi\u00e8me l\u2019a montr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle individuelle : la valeur se d\u00e9place vers le cadrage, la v\u00e9rification et l\u2019arbitrage.<\/p>\n<p>Un pont s\u2019est construit entre ces deux souverainet\u00e9s.<\/p>\n<p>La course mondiale \u00e0 l\u2019IA produit en effet deux mod\u00e8les \u00e9conomiques. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les syst\u00e8mes <strong>propri\u00e9taires<\/strong> : ferm\u00e9s, accessibles en location, token apr\u00e8s token. Le client n\u2019acquiert jamais l\u2019intelligence ; il s\u2019y abonne. De l\u2019autre, les mod\u00e8les \u00e0 <strong>poids ouverts,<\/strong> publi\u00e9s par des acteurs am\u00e9ricains, chinois ou europ\u00e9ens : t\u00e9l\u00e9chargeables, h\u00e9bergeables localement, adaptables. Cette ouverture n\u2019est pas philanthropique, mais concurrentielle : les challengers gagnent en influence ce qu\u2019ils ne gagnent pas en abonnements.<\/p>\n<p>Peu importe ici qui l\u2019emportera. La cons\u00e9quence est d\u00e9cisive : <strong>l\u2019intelligence num\u00e9rique de haut niveau peut devenir un bien disponible, et non seulement un service \u00e0 louer.<\/strong> Un mod\u00e8le ouvert performant peut tourner sur une infrastructure nationale, \u00eatre adapt\u00e9 \u00e0 des donn\u00e9es tunisiennes et fonctionner sans qu\u2019aucune donn\u00e9e sensible ne quitte le territoire.<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie n\u2019est donc pas un choix de camp, mais une <strong>diversification d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e :<\/strong> louer l\u2019intelligence propri\u00e9taire l\u00e0 o\u00f9 elle excelle et o\u00f9 les donn\u00e9es ne sont pas sensibles ; construire sur l\u2019intelligence ouverte l\u00e0 o\u00f9 la souverainet\u00e9 compte : administration, sant\u00e9, finance, savoirs strat\u00e9giques. Cartographier, d\u00e9cision par d\u00e9cision, ce qui peut \u00eatre lou\u00e9 et ce qui doit \u00eatre poss\u00e9d\u00e9 : l\u2019exercice recommand\u00e9 aux entreprises, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n<p><strong>Cette souverainet\u00e9-l\u00e0 est accessible \u00e0 la Tunisie.<\/strong> Elle d\u00e9pend moins de budgets gigantesques que de ce que le pays poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 : savoirs m\u00e9tiers dans la finance, la sant\u00e9, l\u2019industrie et le tourisme ; connaissance des march\u00e9s europ\u00e9ens, africains et arabes ; dipl\u00f4m\u00e9s dont la polyvalence pourrait devenir un avantage comparatif \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019IA.<\/p>\n<p>Reste \u00e0 traduire ces principes en options concr\u00e8tes. Aucune ne suffira seule.<\/p>\n<p><span><span><strong>Quelques sc\u00e9narios pour un nouveau contrat social tunisien<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Ces orientations ne constituent pas une recette unique, mais des options compl\u00e9mentaires. Elles partagent un objectif : <strong>recr\u00e9er institutionnellement l\u2019interd\u00e9pendance que l\u2019\u00e9conomie ne produit plus spontan\u00e9ment.<\/strong> Si le besoin de travail humain ne garantit plus au citoyen une place \u00e0 la table des n\u00e9gociations, il faut lui construire d\u2019autres si\u00e8ges.<\/p>\n<p><span><span><strong>Sc\u00e9nario A: l\u2019adaptation fiscale &#8211; d\u00e9placer l\u2019assiette<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Puisque la valeur \u00e9chappe \u00e0 l\u2019assiette du travail, il s\u2019agit de la capter l\u00e0 o\u00f9 elle passe encore par le territoire : \u00e0 la consommation.<br \/>Concr\u00e8tement : une fiscalit\u00e9 sur la consommation de tokens import\u00e9s \u2014 non pour la d\u00e9courager, mais pour que l\u2019usage local de l\u2019intelligence \u00e9trang\u00e8re contribue \u00e0 la solidarit\u00e9 locale. On taxe l\u2019\u00e9nergie import\u00e9e depuis toujours ; personne ne s\u2019en \u00e9tonne. Des conditionnalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 pourraient compl\u00e9ter cette approche : un op\u00e9rateur \u00e9tranger voulant servir les banques, t\u00e9l\u00e9coms ou administrations tunisiennes pourrait fournir des contreparties en formation, localisation des donn\u00e9es ou transfert de savoir-faire.<\/p>\n<p>Ce sc\u00e9nario a le m\u00e9rite du r\u00e9alisme et le d\u00e9faut de ses limites. L\u2019assiette num\u00e9rique tunisienne est \u00e9troite et les rendements seront modestes. Surtout, rench\u00e9rir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019IA risque de freiner la transformation encourag\u00e9e chez les entreprises et les travailleurs. Le dosage sera d\u00e9licat : taxer l\u2019usage passif de l\u2019intelligence import\u00e9e sans p\u00e9naliser l\u2019investissement productif. Un sc\u00e9nario n\u00e9cessaire, mais insuffisant.<\/p>\n<p><span><span><strong>Sc\u00e9nario B: la centrale num\u00e9rique &#8211; le token comme bien commun<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me sc\u00e9nario reprend la logique de l\u2019\u00c9tat amorceur : une infrastructure publique de calcul, dimensionn\u00e9e non pour rivaliser avec les hyperscalers, mais pour garantir l\u2019acc\u00e8s. <strong>Si le travail cognitif se paie d\u00e9sormais en tokens, autant qu\u2019une partie soit produite chez nous, et que celle qui vient d\u2019ailleurs transite par une infrastructure publique.<\/strong><\/p>\n<p>La centrale num\u00e9rique aurait ainsi une double fonction.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re serait de <strong>produire localement une capacit\u00e9 de calcul,<\/strong> notamment \u00e0 partir de mod\u00e8les ouverts h\u00e9berg\u00e9s en Tunisie. Ses b\u00e9n\u00e9ficiaires seraient ceux que le march\u00e9 sert mal : l\u2019\u00e9cole qui forme les centaures de 2035 sur une infrastructure r\u00e9elle ; la startup qui prototype sans br\u00fbler son capital en cloud ; l\u2019administration qui traite localement ses donn\u00e9es sensibles ; le travailleur d\u00e9plac\u00e9 qui trouve un espace non commercial pour se r\u00e9inventer.<\/p>\n<p>Ce dernier point r\u00e9pond au <em>Gen Z Dilemma<\/em> \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment : comment former les experts de demain si la machine absorbe les t\u00e2ches d\u2019apprentissage ? Nous appelions \u00e0 des espaces d\u2019apprentissage pratique, m\u00eame moins efficaces \u00e0 court terme. La centrale num\u00e9rique pourrait les financer et permettre \u00e0 la prochaine g\u00e9n\u00e9ration d\u2019apprendre \u00e0 cadrer, v\u00e9rifier et arbitrer.<\/p>\n<p>Sa seconde fonction serait de <strong>servir de passerelle vers les grands mod\u00e8les internationaux.<\/strong> Une partie de la consommation tunisienne de tokens pourrait transiter par cette centrale publique, qui ach\u00e8terait de la capacit\u00e9 aupr\u00e8s des fournisseurs mondiaux avant de la redistribuer aux entreprises, administrations et particuliers.<\/p>\n<p>L\u2019analogie avec l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 retrouve ici toute sa force. Une centrale nationale n\u2019a jamais signifi\u00e9 l\u2019isolement du r\u00e9seau : elle produit localement, mais reste reli\u00e9e aux r\u00e9seaux internationaux pour importer lorsque cela est n\u00e9cessaire. La centrale num\u00e9rique pourrait fonctionner de la m\u00eame mani\u00e8re : h\u00e9berger des mod\u00e8les ouverts et des donn\u00e9es sensibles sur le territoire, tout en donnant acc\u00e8s aux meilleurs mod\u00e8les propri\u00e9taires \u00e9trangers lorsque leur performance le justifie.<\/p>\n<p>Ce point de passage rendrait \u00e9galement la fiscalit\u00e9 envisag\u00e9e dans le sc\u00e9nario A plus op\u00e9rante. Plut\u00f4t que d\u2019essayer d\u2019identifier apr\u00e8s coup une multitude de transactions entre utilisateurs tunisiens et plateformes \u00e9trang\u00e8res, l\u2019\u00c9tat pourrait mesurer, agr\u00e9ger et taxer la consommation de tokens au niveau de la passerelle. <strong>La centrale num\u00e9rique ne serait donc pas seulement un producteur public d\u2019intelligence, mais aussi un op\u00e9rateur de r\u00e9seau et un compteur fiscal.<\/strong><\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme permettrait de distinguer les usages : acc\u00e8s subventionn\u00e9 pour l\u2019\u00e9ducation, la recherche, les services publics et les startups en phase d\u2019amor\u00e7age ; tarif normal pour les usages productifs ; contribution sp\u00e9cifique pour certains volumes ou usages commerciaux. Il offrirait aussi un levier de n\u00e9gociation collective avec les grands fournisseurs internationaux. Un acheteur national ou r\u00e9gional de tokens disposerait de davantage de poids qu\u2019une multitude d\u2019entreprises tunisiennes n\u00e9gociant s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>Cette centralisation ne devrait toutefois devenir ni un monopole obligatoire ni un instrument de surveillance. Les entreprises devraient pouvoir contracter directement avec les fournisseurs \u00e9trangers lorsque leurs besoins l\u2019exigent. La centrale constituerait plut\u00f4t une <strong>voie publique de r\u00e9f\u00e9rence,<\/strong> assortie d\u2019avantages de prix, de conformit\u00e9, de souverainet\u00e9 et de simplicit\u00e9 fiscale. Les donn\u00e9es trait\u00e9es, les volumes consomm\u00e9s et les finalit\u00e9s d\u2019usage devraient \u00eatre strictement s\u00e9par\u00e9s : mesurer les tokens pour les facturer ou les taxer ne doit pas signifier inspecter les requ\u00eates.<\/p>\n<p>Deux autres conditions s\u2019imposent. D\u2019abord l\u2019\u00e9chelle : le projet pourrait exiger une mutualisation maghr\u00e9bine ou africaine. La Tunisie dispose d\u2019atouts pour l\u2019initier : position g\u00e9ographique, c\u00e2bles sous-marins, potentiel solaire et capital humain. Ensuite, la gouvernance : pour \u00e9viter qu\u2019elle ne devienne une infrastructure publique co\u00fbteuse et sous-utilis\u00e9e, la centrale devra r\u00e9pondre \u00e0 des objectifs mesurables, publier ses r\u00e9sultats et laisser progressivement les services concurrentiels aux acteurs priv\u00e9s, tout en conservant ses missions essentielles d\u2019acc\u00e8s, de souverainet\u00e9 et d\u2019interconnexion. <strong>Une centrale se juge \u00e0 ce qu\u2019elle alimente et \u00e0 la fluidit\u00e9 de ses connexions, pas \u00e0 sa seule puissance install\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p>Si des datacenters internationaux s\u2019implantent un jour en Tunisie, hypoth\u00e8se plausible entre soleil, proximit\u00e9 de l\u2019Europe et saturation des sites du Nord, les le\u00e7ons d\u2019Abilene devront \u00eatre appliqu\u00e9es a <em>priori<\/em> : dividende local n\u00e9goci\u00e9 avant le permis, capacit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019usage public, chaleur valoris\u00e9e et interconnexion avec la centrale num\u00e9rique. Un pacte, pas une aubaine.<\/p>\n<p><span><span><strong>Sc\u00e9nario C: la souverainet\u00e9 de d\u00e9cision comme politique industrielle<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me sc\u00e9nario consiste \u00e0 \u00e9lever <em>l\u2019Intelligence Ownership<\/em> au rang de strat\u00e9gie nationale.<br \/>Si les mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9ralistes connaissent \u00ab la moyenne du monde \u00bb mais pas l\u2019exception qui fait un m\u00e9tier, le savoir accumul\u00e9 par les entreprises et institutions tunisiennes constitue un gisement de valeur. Finance conforme aux r\u00e9glementations r\u00e9gionales, sant\u00e9 dans un contexte maghr\u00e9bin, connaissance des march\u00e9s europ\u00e9ens, africains et arabes, droit et comptabilit\u00e9 bilingues ou trilingues : autant de domaines o\u00f9 des mod\u00e8les sp\u00e9cialis\u00e9s, entra\u00een\u00e9s sur des d\u00e9cisions expertes locales, peuvent surpasser les g\u00e9n\u00e9ralistes, comme Bridgewater et Shopify l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9 avec des moyens sans commune mesure avec ceux des hyperscalers.<\/p>\n<p>La politique industrielle consisterait \u00e0 organiser ce gisement : aider les entreprises \u00e0 transformer leur savoir institutionnel en mod\u00e8les sp\u00e9cialis\u00e9s et services augment\u00e9s exportables ; faire de l\u2019\u00c9tat le premier terrain d\u2019application, en construisant l\u2019Intelligence Ownership de l\u2019administration plut\u00f4t qu\u2019en louant ind\u00e9finiment une intelligence \u00e9trang\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique ; positionner la Tunisie non comme sous-traitant de t\u00e2ches que l\u2019IA absorbe, mais comme fournisseur de savoirs que les grands mod\u00e8les ne poss\u00e8dent pas.<\/p>\n<p>Ce sc\u00e9nario referme une boucle ouverte au d\u00e9but de la s\u00e9rie. Le premier article demandait si la Tunisie deviendrait productrice de solutions, exportatrice de services augment\u00e9s ou simple consommatrice de technologies con\u00e7ues ailleurs. Le sc\u00e9nario C trace le chemin de la premi\u00e8re option. Mais il exige les centaures, les Creative Generalists et les comp\u00e9tences de v\u00e9rification d\u00e9crits dans l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent. Pas de souverainet\u00e9 de d\u00e9cision sans humains capables de d\u00e9cider. Politique industrielle et politique \u00e9ducative ne font ici qu\u2019une.<\/p>\n<p><strong>Les trois sc\u00e9narios s\u2019embo\u00eetent : A finance modestement, B \u00e9quipe, C valorise. A sans C d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en fiscalit\u00e9 punitive ; B sans C construit une centrale sans rien \u00e0 y brancher ; C sans B laisse les talents sans courant.\u00a0<\/strong><br \/>Leur combinaison peut dessiner un contrat social viable.<\/p>\n<p><span><span><strong>Au-del\u00e0 de l\u2019imp\u00f4t : la question de la distribution<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Reste la question la plus difficile : si la Tunisie capte une part de la valeur cr\u00e9\u00e9e par le capital num\u00e9rique, que finance-t-on et comment la distribue-t-on ?<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat international offre trois grandes options. Le revenu universel de base, d\u00e9fendu jusque dans la Silicon Valley, parfois par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui automatisent et pr\u00e9f\u00e8rent solvabiliser des consommateurs plut\u00f4t que partager le capital. Les services universels de base : garantir non un ch\u00e8que, mais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, le transport et, demain, aux tokens. Enfin, le capital universel de base, d\u00e9fendu notamment par Nicolas Berggruen : donner aux citoyens non des allocations, mais des parts dans un fonds aliment\u00e9 par les entreprises profitant de l\u2019IA, sur le mod\u00e8le de Singapour ou de la retraite australienne par capitalisation. Le revenu universel fait du citoyen un b\u00e9n\u00e9ficiaire ; le capital universel en fait un actionnaire, quelqu\u2019un qui poss\u00e8de une part de l\u2019\u00e9conomie qui se transforme et quelque chose \u00e0 faire valoir \u00e0 la table des n\u00e9gociations.<\/p>\n<p>Pour la Tunisie, un ordre de r\u00e9alisme s\u2019impose. Un revenu universel est budg\u00e9tairement hors de port\u00e9e. Les services universels de base prolongent son histoire, la centrale num\u00e9rique du sc\u00e9nario B en serait une forme nouvelle. Quant au capital universel, il pourrait inspirer une version modeste : si un fonds public amorce l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me IA tunisien, pourquoi une partie de ses b\u00e9n\u00e9fices futurs ne reviendrait-elle pas aux citoyens dont les donn\u00e9es et les savoirs l\u2019auront aliment\u00e9 ?<\/p>\n<p>Une dette de cette s\u00e9rie reste ouverte : comment reconna\u00eetre la contribution des travailleurs dont les d\u00e9cisions deviennent des donn\u00e9es d\u2019entra\u00eenement ? Si le jugement de l\u2019expert est le v\u00e9ritable actif, celui dont le jugement entra\u00eene un mod\u00e8le m\u00e9rite une part de ce qu\u2019il rapporte. Le 20\u00e8me si\u00e8cle a invent\u00e9 le salaire et la cotisation pour r\u00e9mun\u00e9rer le travail r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Le 21<sup>\u00e8me<\/sup> devra peut-\u00eatre inventer l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un droit d\u2019auteur sur le jugement captur\u00e9. Voil\u00e0 \u00e0 quoi pourrait ressembler un si\u00e8ge reconstruit \u00e0 la table des n\u00e9gociations.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion: piloter ou subir, version \u00c9tat<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le capitalisme d\u00e9crit par Marx reposait sur une interd\u00e9pendance : le capital avait besoin du travail, et ce besoin a forc\u00e9 les compromis dont nos contrats sociaux sont faits. Le capitalisme num\u00e9rique dissout ce besoin, mena\u00e7ant de faire passer le travailleur de l\u2019exploitation \u00e0 l\u2019irrelevance, et l\u2019\u00c9tat de la redistribution \u00e0 l\u2019impuissance.<\/p>\n<p>Les r\u00e9ponses d\u2019hier, ajuster les taux, attendre les preuves, \u00e9choueront sur la cible, l\u2019\u00e9chelle ou le tempo. Mais des options existent : d\u00e9placer l\u2019assiette, construire la centrale num\u00e9rique, \u00e9riger la souverainet\u00e9 de d\u00e9cision en politique industrielle et r\u00e9inventer la distribution jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer le jugement lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Aucune ne se r\u00e9alisera spontan\u00e9ment. Toutes exigent ce qui a manqu\u00e9 \u00e0 Kodak : la lucidit\u00e9 de voir la courbe disruptive pendant que l\u2019ancienne rapporte encore, et le courage de construire le nouveau \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancien.<\/p>\n<p>L\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent l\u2019affirmait pour le travailleur du savoir : la seule variable qui lui reste n\u2019est pas de savoir si la transformation aura lieu, mais qui la pilotera. La conclusion vaut pour l\u2019\u00c9tat. La transformation du contrat social tunisien aura lieu, par choix ou par \u00e9rosion. Elle peut \u00eatre pilot\u00e9e a priori, par un pays qui a d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 qu\u2019il savait b\u00e2tir l\u2019infrastructure de son \u00e9poque avant que le march\u00e9 n\u2019en voie l\u2019int\u00e9r\u00eat. Ou elle sera subie a posteriori, dict\u00e9e par des donneurs d\u2019ordre \u00e9trangers et des r\u00e8gles fiscales \u00e9crites ailleurs.<\/p>\n<p>Une soci\u00e9t\u00e9 ne se mesure pas \u00e0 la productivit\u00e9 de ses machines, mais \u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9cide de faire des humains qu\u2019elles lib\u00e8rent. Elle se mesure aussi \u00e0 sa capacit\u00e9 de les garder \u00e0 la table des n\u00e9gociations, non par nostalgie, mais par construction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Le centaure individuel peut se sauver lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9curie ne se financera pas seule. Mais la Tunisie poss\u00e8de encore l\u2019essentiel pour la b\u00e2tir : \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;aligner les chevaux-vapeur des datacenters g\u00e9ants, elle poss\u00e8de les cavaliers. Elle garde surtout la m\u00e9moire d\u2019un \u00c9tat b\u00e2tisseur, qui a su investir dans son avenir avant d&rsquo;attendre le bon vouloir du march\u00e9.<\/p>\n<p><span><span><strong>\u00c9pilogue: le test du Centaure<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Plus j&rsquo;approfondis l&rsquo;\u00e9quation pos\u00e9e par cette nouvelle technologie, plus une conviction s&rsquo;enracine en moi: les nations qui sortiront gagnantes de la r\u00e9volution de l&rsquo;IA ne seront pas n\u00e9cessairement celles qui alignent les plus gigantesques ressources technologiques ou financi\u00e8res. Ce seront celles qui r\u00e9ussiront \u00e0 passer le cap d\u00e9cisif de la transformation de leurs m\u00e9canismes de cr\u00e9ation et de distribution de la richesse. C&rsquo;est \u00e0 cette seule condition que leur capital humain ne deviendra pas obsol\u00e8te, mais restera un v\u00e9ritable moteur de leur prosp\u00e9rit\u00e9.<br \/>La transparence intellectuelle m&rsquo;impose aussi une confidence pour clore cette s\u00e9rie. Ces quatre articles sont eux-m\u00eames le produit d&rsquo;un travail de centaure, tel que je l&rsquo;ai d\u00e9crit. J&rsquo;en ai d\u00e9fini le cadre, la structure, les id\u00e9es centrales et les concepts, avant d&rsquo;en piloter la r\u00e9daction et d&rsquo;en corriger l&rsquo;ex\u00e9cution \u00e0 l&rsquo;aide de plusieurs outils d&rsquo;intelligence artificielle &#8211; L&rsquo;IA comme Ghostwriter. Le buste a dirig\u00e9 la strat\u00e9gie, le cheval a fourni la v\u00e9locit\u00e9.<br \/>Au lecteur, d\u00e9sormais, d&rsquo;en juger la pertinence et la qualit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Dr Sami Bahri<\/strong><\/p>\n<p><span>Dr Sami Bahri est consultant senior en strat\u00e9gie, technologie, marketing et gestion, dot\u00e9 d\u2019une solide expertise dans les domaines de la transformation num\u00e9rique et de l\u2019intelligence artificielle (IA). Fort d\u2019une formation en sciences naturelles (Dr. rer. nat.) et d\u2019une exp\u00e9rience interculturelle (franco-germano-tunisienne), il accompagne depuis plus de 20 ans des entreprises internationales dans leurs projets de modernisation, d\u2019optimisation des processus et d\u2019innovation technologique.<br \/><\/span><\/p>\n<p><span>En tant que consultant strat\u00e9gique, manager de transition ou chef de projet, il aide les organisations \u00e0 int\u00e9grer avec succ\u00e8s les technologies num\u00e9riques \u2013 en particulier l\u2019IA \u2013 afin de cr\u00e9er de la valeur ajout\u00e9e, de r\u00e9duire les co\u00fbts et d\u2019am\u00e9liorer l\u2019efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle. Il intervient \u00e9galement dans le d\u00e9veloppement et la gestion du changement dans des contextes multiculturels.<br \/><\/span><\/p>\n<p><span>Depuis 2025, il est \u00e9galement charg\u00e9 de cours et coach en IA et transformation num\u00e9rique \u00e0 la German Business School de Tunis.<\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38390-la-tunisie-face-a-l-ia-4eme-partie-le-casse-tete-de-la-gouvernance\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent s\u2019achevait sur une question laiss\u00e9e en suspens: le centaure individuel peut peut-\u00eatre se sauver lui-m\u00eame, mais qui financera l\u2019\u00e9curie ?Nous avons suivi la destruction cr\u00e9atrice de Schumpeter dans son ascension: elle a d\u2019abord travers\u00e9 le bureau du travailleur du savoir, puis les processus de l\u2019entreprise. 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