{"id":191576,"date":"2026-09-02T13:00:41","date_gmt":"2026-09-02T17:00:41","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/libye-quelle-voie-entre-transition-politique-et-stabilisation-du-statu-quo\/"},"modified":"2026-09-02T13:00:41","modified_gmt":"2026-09-02T17:00:41","slug":"libye-quelle-voie-entre-transition-politique-et-stabilisation-du-statu-quo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/libye-quelle-voie-entre-transition-politique-et-stabilisation-du-statu-quo\/","title":{"rendered":"Libye: quelle voie entre transition politique et stabilisation du statu quo?"},"content":{"rendered":"<p><span><strong>Par Mourad Bourehla. <em>Ancien ambassadeur &#8211;<\/em><\/strong><\/span> <strong>Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de blocage institutionnel, la Libye semble conna\u00eetre depuis quelques mois une \u00e9volution susceptible de modifier les \u00e9quilibres de son processus politique. L\u2019annonce, le 18 juin, d\u2019un accord de principe entre la Chambre des repr\u00e9sentants, le Haut Conseil d\u2019\u00c9tat et le Conseil pr\u00e9sidentiel en faveur d\u2019une feuille de route devant conduire \u00e0 la tenue d\u2019\u00e9lections l\u00e9gislatives et pr\u00e9sidentielles unifi\u00e9es d\u2019ici au 17 f\u00e9vrier 2027 constitue, \u00e0 premi\u00e8re vue, un signal encourageant. Salu\u00e9e par la Ligue arabe et l\u2019Union africaine, cette initiative traduit une volont\u00e9 nouvelle de la part de plusieurs institutions libyennes de reprendre l\u2019initiative dans la recherche d\u2019une sortie au long blocage politique.<\/strong><\/p>\n<p>Cette \u00e9volution doit toutefois \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e avec prudence. Depuis 2021, plusieurs initiatives ont pr\u00e9tendu ouvrir la voie \u00e0 des \u00e9lections nationales sans parvenir \u00e0 surmonter les divergences relatives aux r\u00e8gles \u00e9lectorales, \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 des institutions et surtout au partage du pouvoir et des ressources. La principale interrogation porte donc moins sur l\u2019existence d\u2019une nouvelle feuille de route que sur la capacit\u00e9 des acteurs libyens \u00e0 s\u2019y conformer effectivement.<\/p>\n<p>Cette question est d\u2019autant plus importante que les forces du mar\u00e9chal Khalifa Haftar, qui contr\u00f4lent de facto l\u2019Est de la Libye ainsi qu\u2019une grande partie du sud du pays, n\u2019ont pas clairement apport\u00e9 leur soutien \u00e0 cette initiative. Elles semblent plut\u00f4t privil\u00e9gier une approche associ\u00e9e aux efforts de Massad Boulos, conseiller am\u00e9ricain pour les affaires arabes et africaines. Deux conceptions du r\u00e8glement de la crise paraissent ainsi se dessiner: l\u2019une, essentiellement institutionnelle et proc\u00e9durale, demeure port\u00e9e par les Nations unies ; l\u2019autre, davantage pragmatique, cherche \u00e0 rapprocher les principaux centres de pouvoir \u00e0 partir d\u2019arrangements politiques, \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p><span><span><strong>Entre processus institutionnel et pragmatisme politique\u00a0\u00a0<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La d\u00e9marche associ\u00e9e \u00e0 Massad Boulos repose sur une logique diff\u00e9rente de celle qui a caract\u00e9ris\u00e9 la plupart des initiatives internationales pr\u00e9c\u00e9dentes. Plut\u00f4t que de chercher prioritairement \u00e0 reconstruire les institutions libyennes \u00e0 partir d&rsquo;un cadre constitutionnel et \u00e9lectoral consensuel, elle semble partir de la r\u00e9alit\u00e9 des rapports de force existants afin de parvenir progressivement \u00e0 une r\u00e9unification du gouvernement, des institutions, du budget national et des structures militaires.<\/p>\n<p>Cette approche pr\u00e9sente un avantage \u00e9vident : elle prend acte du fait que la crise libyenne ne peut \u00eatre r\u00e9solue sans l\u2019adh\u00e9sion des acteurs qui disposent effectivement du pouvoir sur le terrain.<\/p>\n<p>Le 11 avril 2026, la Chambre des repr\u00e9sentants et le Haut Conseil d\u2019\u00c9tat ont approuv\u00e9, avec l\u2019appui de la Banque centrale de Libye, le premier budget d\u2019\u00c9tat unifi\u00e9 depuis 2013.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l\u2019exercice militaire Flintlock organis\u00e9 par l\u2019Africom \u00e0 Syrte en avril 2026 a vu la participation conjointe des forces arm\u00e9es nationales libyennes de l&rsquo;Est et celles du gouvernement d\u2019unit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>Ces deux \u00e9volutions \u2014 financi\u00e8re et s\u00e9curitaire \u2014 peuvent ainsi \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme les premiers \u00e9l\u00e9ments concrets d\u2019une r\u00e9unification de l\u2019\u00c9tat, mais elles peuvent \u00e9galement servir de fondations \u00e0 un arrangement politique entre les \u00e9lites existantes, sans n\u00e9cessairement ouvrir la voie \u00e0 une transition d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Mais cette strat\u00e9gie pragmatique soul\u00e8ve une difficult\u00e9 fondamentale. En privil\u00e9giant les arrangements entre les acteurs dominants, elle risque de transformer la stabilisation en m\u00e9canisme de consolidation des \u00e9lites existantes. La perspective \u00e9voqu\u00e9e d\u2019un maintien d\u2019Abdul Hamid Dbeibah au poste de Premier ministre du gouvernement et d\u2019une accession de Saddam Haftar \u00e0 la pr\u00e9sidence illustrerait pr\u00e9cis\u00e9ment cette logique de partage du pouvoir entre deux clans familiaux qui occupent d\u00e9j\u00e0 une place centrale dans la vie politique et s\u00e9curitaire du pays.<\/p>\n<p>Une telle formule pourrait certes produire, \u00e0 court terme, une forme de stabilit\u00e9. Elle ne garantirait cependant ni la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique des nouvelles institutions ni la r\u00e9solution des causes structurelles de la crise. Le risque serait alors de substituer \u00e0 la division institutionnelle actuelle un compromis entre \u00e9lites, sans v\u00e9ritable transformation du syst\u00e8me politique.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une sortie de crise qui ne peut \u00eatre impos\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0\u00a0<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La communaut\u00e9 internationale a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la gestion de la crise, mais l\u2019exc\u00e8s d\u2019intervention ext\u00e9rieure a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 fragmenter les processus de d\u00e9cision et \u00e0 encourager les acteurs locaux \u00e0 rechercher des soutiens internationaux plut\u00f4t qu\u2019un compromis national.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019id\u00e9e selon laquelle la sortie de l\u2019impasse libyenne doit n\u00e9cessairement \u00eatre d\u2019abord libyenne m\u00e9rite d\u2019\u00eatre plac\u00e9e au centre de toute future strat\u00e9gie. L\u2019annonce d\u2019un accord entre la Chambre des repr\u00e9sentants et le Haut Conseil d\u2019\u00c9tat peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e positivement comme le signe d\u2019une volont\u00e9 des institutions nationales de reprendre la responsabilit\u00e9 du processus de r\u00e9unification. Elle peut aussi, dans une lecture plus critique, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une tentative des institutions en place de pr\u00e9server leurs pr\u00e9rogatives et leurs int\u00e9r\u00eats dans le cadre d\u2019un nouvel arrangement.<\/p>\n<p>La distinction est essentielle. Une solution \u00e9labor\u00e9e par les Libyens ne sera v\u00e9ritablement nationale que si elle repose sur une repr\u00e9sentation suffisamment large des diff\u00e9rentes composantes politiques et territoriales du pays. \u00c0 d\u00e9faut, le risque est de voir se reproduire les m\u00e9canismes qui ont caract\u00e9ris\u00e9 la transition depuis 2011 : concentration du pouvoir, fragmentation institutionnelle, \u00e9conomie politique de la rente et comp\u00e9tition entre r\u00e9seaux d\u2019influence.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le des Nations unies reste, dans ce contexte, indispensable, mais il est \u00e9galement fragilis\u00e9. La feuille de route politique pr\u00e9sent\u00e9e en ao\u00fbt 2025 par la Mission d\u2019appui des Nations unies en Libye (Manul), fond\u00e9e notamment sur l\u2019adoption d\u2019un cadre \u00e9lectoral cr\u00e9dible, l\u2019unification des institutions et la mise en place d\u2019un dialogue politique structur\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, n\u2019a pas produit les r\u00e9sultats escompt\u00e9s. L\u2019enlisement du processus a progressivement r\u00e9duit la capacit\u00e9 de m\u00e9diation de l\u2019ONU, tandis que les critiques visant son r\u00f4le politique et sa gestion de la question migratoire ont contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir davantage sa l\u00e9gitimit\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019une partie des acteurs libyens.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 actuelle n\u2019est donc pas de choisir entre l\u2019ONU et les initiatives am\u00e9ricaines. Elle consiste plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9terminer comment une m\u00e9diation internationale peut accompagner un compromis libyen sans se substituer \u00e0 lui.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le \u00abplan Boulos\u00bb: stabilisation ou institutionnalisation du statu quo?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>C\u2019\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point que les r\u00e9serves \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019approche am\u00e9ricaine apparaissent les plus fortes. Le projet attribu\u00e9 \u00e0 Massad Boulos semble rompre avec une d\u00e9cennie de processus conduits sous l\u2019\u00e9gide des Nations unies, lesquels \u00e9taient fond\u00e9s sur des institutions, des m\u00e9canismes juridiques, des \u00e9lections et une participation politique \u00e9largie.<\/p>\n<p>La logique serait d\u00e9sormais celle d\u2019un accord pragmatique entre les principaux centres de pouvoir, accompagn\u00e9 d\u2019incitations \u00e9conomiques et d\u2019un processus progressif d\u2019unification des institutions. Cette m\u00e9thode peut sembler r\u00e9aliste parce qu\u2019elle part du rapport de force plut\u00f4t que d\u2019un ordre institutionnel encore inexistant.<\/p>\n<p>Mais le r\u00e9alisme politique ne suffit pas n\u00e9cessairement \u00e0 produire une transition d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Si l\u2019objectif est de mettre fin \u00e0 la fragmentation de l\u2019\u00c9tat, un accord entre les deux principaux p\u00f4les de pouvoir peut constituer une premi\u00e8re \u00e9tape. En revanche, s\u2019il devient un substitut aux \u00e9lections et \u00e0 la l\u00e9gitimation populaire, il risque de consacrer durablement le pouvoir des clans familiaux existants. Le partage du pouvoir entre les r\u00e9seaux li\u00e9s aux familles Haftar et Dbeibah pourrait alors conduire non pas \u00e0 une v\u00e9ritable r\u00e9unification de l\u2019\u00c9tat, mais \u00e0 une nouvelle forme de partage du pouvoir entre les principales \u00e9lites en place.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est \u00e9galement \u00e9conomique. La Libye dispose de ressources consid\u00e9rables, mais la faiblesse des m\u00e9canismes de contr\u00f4le institutionnel et la fragmentation du pouvoir ont favoris\u00e9 une comp\u00e9tition intense autour des ressources publiques. Dans ces conditions, renforcer les pouvoirs des \u00e9lites sans instaurer simultan\u00e9ment des m\u00e9canismes solides de transparence, de contr\u00f4le et de responsabilit\u00e9 pourrait accro\u00eetre les risques de pr\u00e9dation des ressources de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>M\u00eame dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 un tel arrangement r\u00e9ussirait \u00e0 court terme, sa stabilit\u00e9 demeurerait incertaine. Chaque acteur pourrait \u00eatre tent\u00e9 d\u2019utiliser la p\u00e9riode de transition pour renforcer ses positions et attendre le moment opportun pour s\u2019imposer d\u00e9finitivement. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019\u00e9chec d\u2019un tel accord pourrait conduire certains acteurs \u00e0 rechercher d\u2019autres voies de conqu\u00eate du pouvoir.<\/p>\n<p><span><span><strong>L\u2019\u00e9nergie, un \u00e9ventail d\u2019opportunit\u00e9s strat\u00e9giques\u00a0\u00a0<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Paradoxalement, c\u2019est peut-\u00eatre dans le secteur \u00e9nerg\u00e9tique que se trouve aujourd\u2019hui l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus favorables \u00e0 une stabilisation durable de la Libye.<\/p>\n<p>Le pays demeure l\u2019un des principaux d\u00e9tenteurs de ressources p\u00e9troli\u00e8res d\u2019Afrique et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un avantage g\u00e9ographique consid\u00e9rable : sa proximit\u00e9 avec les march\u00e9s europ\u00e9ens et son acc\u00e8s direct \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. Les perturbations des routes \u00e9nerg\u00e9tiques du Moyen-Orient ont rappel\u00e9 la valeur strat\u00e9gique de producteurs m\u00e9diterran\u00e9ens capables d\u2019approvisionner directement l\u2019Europe.<\/p>\n<p>L\u2019unification du budget constitue \u00e0 cet \u00e9gard un d\u00e9veloppement particuli\u00e8rement important. La r\u00e9partition des revenus p\u00e9troliers a longtemps \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des rivalit\u00e9s entre les diff\u00e9rentes autorit\u00e9s libyennes. Une gestion budg\u00e9taire unifi\u00e9e pourrait r\u00e9duire certains des conflits financiers qui ont r\u00e9guli\u00e8rement perturb\u00e9 la production et les exportations.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le regain d\u2019int\u00e9r\u00eat des compagnies \u00e9nerg\u00e9tiques internationales et les nouvelles perspectives d\u2019exploration t\u00e9moignent d\u2019une confiance renouvel\u00e9e dans le potentiel du secteur libyen. La transition \u00e9nerg\u00e9tique pourrait \u00e9galement ouvrir de nouvelles possibilit\u00e9s. La Libye ambitionne d\u2019accro\u00eetre la part des \u00e9nergies renouvelables dans son mix \u00e9lectrique et d\u00e9veloppe des projets solaires et \u00e9oliens susceptibles notamment d\u2019alimenter les infrastructures p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res.<\/p>\n<p>La perspective d\u2019une interconnexion progressive du r\u00e9seau \u00e9lectrique libyen avec l\u2019Europe du Sud pourrait \u00e9galement renforcer cette dimension \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Des discussions sont engag\u00e9es avec l\u2019Italie, la Gr\u00e8ce et Malte autour de projets d\u2019interconnexion et de coop\u00e9ration dans les \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la richesse \u00e9nerg\u00e9tique ne pourra contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 politique que si elle est accompagn\u00e9e d\u2019une gouvernance transparente et d\u2019un m\u00e9canisme \u00e9quitable de redistribution des revenus entre les diff\u00e9rentes r\u00e9gions et communaut\u00e9s.<\/p>\n<p><span><span><strong>De la comp\u00e9tition r\u00e9gionale \u00e0 la coordination<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution des positions des puissances r\u00e9gionales constitue un autre \u00e9l\u00e9ment important du nouveau contexte libyen. Les consultations tenues au Caire le 20 juin entre l\u2019\u00c9gypte, la Turquie, l\u2019Arabie saoudite et le conseiller am\u00e9ricain Massad Boulos, au cours desquelles la question libyenne figurait parmi les principaux dossiers abord\u00e9s, t\u00e9moignent \u00e9galement d\u2019une \u00e9volution significative : les puissances r\u00e9gionales semblent moins chercher \u00e0 se concurrencer directement pour le contr\u00f4le de la trajectoire libyenne qu\u2019\u00e0 coordonner leurs positions autour d\u2019un objectif commun : r\u00e9duire les risques s\u00e9curitaires, prot\u00e9ger leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, pr\u00e9server les flux \u00e9nerg\u00e9tiques et ma\u00eetriser les cons\u00e9quences migratoires, tout en anticipant la question de la succession au sein du camp oriental, notamment autour de la possible mont\u00e9e en puissance de Saddam Haftar.<\/p>\n<p>La stabilit\u00e9 ainsi recherch\u00e9e serait alors une stabilit\u00e9 des \u00e9lites davantage qu\u2019une stabilisation de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><span><span><strong>La Tunisie et la nouvelle dynamique r\u00e9gionale autour de la Libye<br \/><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pour la Tunisie, l\u2019\u00e9volution de la situation libyenne rev\u00eat une importance qui d\u00e9passe largement les consid\u00e9rations s\u00e9curitaires bilat\u00e9rales. La proximit\u00e9 g\u00e9ographique, l\u2019intensit\u00e9 des \u00e9changes humains et commerciaux et l\u2019interd\u00e9pendance des deux \u00e9conomies font de la stabilit\u00e9 de la Libye un enjeu directement li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et aux int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques tunisiens.<\/p>\n<p>Mais Tunis a inscrit \u00e9galement sa politique libyenne dans une dynamique r\u00e9gionale plus large, marqu\u00e9e par une coordination croissante entre l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et l\u2019\u00c9gypte dans le cadre du m\u00e9canisme tripartite des pays voisins de la Libye dont la derni\u00e8re r\u00e9union s&rsquo;est tenue au Caire le 21 mai 2026. Ces pays partagent une pr\u00e9occupation fondamentale : emp\u00eacher que la Libye ne redevienne le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une confrontation entre puissances \u00e9trang\u00e8res ou d\u2019une nouvelle escalade militaire susceptible de d\u00e9stabiliser l\u2019ensemble de l\u2019Afrique du Nord. Leur coordination diplomatique peut ainsi constituer un facteur d\u2019\u00e9quilibre face aux initiatives am\u00e9ricaines, turques ou europ\u00e9ennes et contribuer \u00e0 favoriser une solution politique respectueuse de la souverainet\u00e9 libyenne.<\/p>\n<p>Pour notre pays, cette concertation pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat particulier: elle permet de d\u00e9fendre une approche fond\u00e9e sur le dialogue interlibyen, l\u2019unification des institutions et le rejet de toute partition de facto du pays, tout en pr\u00e9servant et en \u00e9quilibrant ses canaux de dialogue avec l\u2019ensemble des acteurs libyens, aussi bien \u00e0 l\u2019Est qu&rsquo;\u00e0 l\u2019Ouest.<\/p>\n<p>L\u2019objectif ne devrait toutefois pas \u00eatre de cr\u00e9er un nouveau m\u00e9canisme de tutelle r\u00e9gionale sur la Libye, mais de renforcer la capacit\u00e9 des pays voisins \u00e0 accompagner un processus v\u00e9ritablement libyen.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, la coordination entre Alger, Tunis et Le Caire pourrait constituer l\u2019un des rares cadres r\u00e9gionaux susceptibles de rapprocher les diff\u00e9rentes initiatives internationales et d\u2019emp\u00eacher que la comp\u00e9tition entre puissances ext\u00e9rieures ne se transforme une nouvelle fois en facteur de fragmentation.<\/p>\n<p><span><span><strong>Quelle voie pour la Libye?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La Libye se trouve aujourd\u2019hui \u00e0 un moment charni\u00e8re. Pour la premi\u00e8re fois depuis plusieurs ann\u00e9es, plusieurs \u00e9volutions convergent : perspective d\u2019un budget unifi\u00e9, rapprochement entre certaines institutions et forces rivales, reprise de l\u2019int\u00e9r\u00eat international pour le secteur \u00e9nerg\u00e9tique et multiplication des consultations entre les puissances r\u00e9gionales.<\/p>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments peuvent constituer les fondations d\u2019une sortie de crise. Mais ils peuvent tout autant d\u00e9boucher sur une nouvelle forme de statu quo si la recherche de stabilit\u00e9 se fait au d\u00e9triment de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>La priorit\u00e9 devrait donc \u00eatre de rapprocher l\u2019approche pragmatique am\u00e9ricaine qui peut contribuer \u00e0 r\u00e9duire les blocages entre les principaux centres de pouvoir avec le processus des Nations unies qui peut, quant \u00e0 lui, fournir le cadre institutionnel n\u00e9cessaire pour transformer un compromis entre \u00e9lites en v\u00e9ritable transition politique. Aucun de ces deux processus ne peut, \u00e0 lui seul, r\u00e9soudre la crise.<\/p>\n<p>En outre, la solution devra \u00eatre construite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la Libye, une solution libyco-libyenne. Le r\u00f4le des acteurs internationaux devrait \u00eatre de faciliter le dialogue, de garantir les conditions d\u2019un processus \u00e9lectoral cr\u00e9dible et d\u2019accompagner l\u2019unification des institutions, non de d\u00e9terminer \u00e0 l\u2019avance les d\u00e9tenteurs du pouvoir.<\/p>\n<p>Au fond, l\u2019enjeu du processus actuel ne r\u00e9side donc pas uniquement dans la r\u00e9unification de la Libye, mais dans la nature de l\u2019\u00c9tat qui \u00e9mergera de cette r\u00e9unification.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>La voie \u00e0 suivre existe peut-\u00eatre d\u00e9sormais; encore faut-il qu\u2019elle conduise \u00e0 une transition politique libyenne, et non simplement \u00e0 la gestion durable du statu quo actuel.<\/p>\n<p><strong>Mourad Bourehla<\/strong><br \/><span><em>Ancien ambassadeur<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38411-libye-quelle-voie-entre-transition-politique-et-stabilisation-du-statu-quo\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mourad Bourehla. Ancien ambassadeur &#8211; Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de blocage institutionnel, la Libye semble conna\u00eetre depuis quelques mois une \u00e9volution susceptible de modifier les \u00e9quilibres de son processus politique. L\u2019annonce, le 18 juin, d\u2019un accord de principe entre la Chambre des repr\u00e9sentants, le Haut Conseil d\u2019\u00c9tat et le Conseil pr\u00e9sidentiel en faveur d\u2019une feuille [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":191577,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178836369915_content.jpg","fifu_image_alt":"Libye: quelle voie entre transition politique et stabilisation du statu quo?","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-191576","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191576","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191576"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191576\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191576"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191576"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191576"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}