{"id":191733,"date":"2026-09-06T13:00:38","date_gmt":"2026-09-06T17:00:38","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/pr-samir-allal-agonie-du-monde-du-regne-du-chacun-pour-soi-neoliberal-et-de-lirresponsabilite-ecologique\/"},"modified":"2026-09-06T13:00:38","modified_gmt":"2026-09-06T17:00:38","slug":"pr-samir-allal-agonie-du-monde-du-regne-du-chacun-pour-soi-neoliberal-et-de-lirresponsabilite-ecologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/pr-samir-allal-agonie-du-monde-du-regne-du-chacun-pour-soi-neoliberal-et-de-lirresponsabilite-ecologique\/","title":{"rendered":"Pr Samir Allal: Agonie du monde du r\u00e8gne du chacun pour soi n\u00e9olib\u00e9ral et de l\u2019irresponsabilit\u00e9 \u00e9cologique"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Pr Samir Allal. <em>Universit\u00e9 de Versailles\/ Paris-Saclay<\/em> &#8211;<\/strong><\/span><\/span> <strong>Nous assistons ces derniers temps \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration brutale, \u00e0 une collision de ruptures et \u00e0 une superposition de futurs possibles : la fin du n\u00e9olib\u00e9ralisme, et du monde tel que nous le connaissions. Nos rep\u00e8res se brouillent et, pour chaque ph\u00e9nom\u00e8ne, plusieurs grilles de lecture se chevauchent, se concurrencent, sans qu&rsquo;aucune ne s&rsquo;impose vraiment.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>1- La mutation climatique : organiser la libert\u00e9 dans un monde de limites assum\u00e9es<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Nous avons eu cet \u00e9t\u00e9, une illustration du r\u00e9chauffement climatique, provoqu\u00e9 par les \u00e9missions humaines de gaz \u00e0 effet de serre, qui rendent ces \u00e9pisodes plus fr\u00e9quents et plus intenses. Des records absolus de temp\u00e9rature sur terre et en mer, des for\u00eats en feu, des fleuves \u00e0 sec et un seuil de + 2 \u00b0C qui pourrait \u00eatre franchi pour la premi\u00e8re fois d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 2027. Les sciences du climat et de la biodiversit\u00e9 donnent la mesure de la gravit\u00e9 in\u00e9dite de la situation. Les donn\u00e9es d\u00e9j\u00e0 disponibles indiquent un moment de bascule vers une mutation climatique.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s&rsquo;ajoute une multitudes d&rsquo;autres crises et un \u00ab nouveau d\u00e9sordre mondial \u00bb : une mont\u00e9e des extr\u00e9mismes politiques, des d\u00e9rives autoritaires, une r\u00e9surgence de mouvements supr\u00e9macistes et des conflits syst\u00e9miques. Nous ne sommes plus dans l&rsquo;optique d&rsquo;une transition ordonn\u00e9e et graduelle. Les guerres commerciales, les secousses imp\u00e9riales violentes ont mis \u00e0 nu les contours d&rsquo;un nouveau monde, celui d&rsquo;une transformation d\u00e9sordonn\u00e9e et in\u00e9gale, op\u00e9r\u00e9e par des forces contradictoires, dans un monde conflictuel.<\/p>\n<p>Victime collat\u00e9rale de ces affrontements, le fantasme d&rsquo;une mondialisation heureuse et in\u00e9luctable, d\u2019une transition douce, o\u00f9 les march\u00e9s finiraient par transcender les \u00c9tats, n&rsquo;a plus cours. L&rsquo;heure est \u00e0 la s\u00e9curisation des cha\u00eenes de production et \u00e0 la r\u00e9duction des d\u00e9pendances strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Nous sommes \u00e0 la fin d\u2019un grand cycle historique, marqu\u00e9 par le d\u00e9clin des Etats-Unis et un soutien discursif et formel de la Chine au multilat\u00e9ralisme. Apr\u00e8s avoir cr\u00e9\u00e9 ou particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation des organisations r\u00e9gionales ou des groupements de pays comme les BRICS ou l\u2019Organisation de Coop\u00e9ration de Shanghai, la Chine met aussi en place des organisations internationales sur des enjeux cl\u00e9s qu\u2019elle porte par ailleurs d\u2019un point de vue discursif dans le syst\u00e8me multilat\u00e9ral. Ces organisations, compl\u00e9mentaires ou en parall\u00e8le du syst\u00e8me onusien actuel, ont de plus en plus vocation \u00e0 s\u2019y int\u00e9grer pleinement.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le de leadership de plus en plus assum\u00e9 par la Chine, est un signal important en mati\u00e8re de stabilisation d\u2019un monde en fragmentation. Mais il peut aussi \u00eatre inqui\u00e9tant pour les pays \u00e9mergents ou les pays les plus vuln\u00e9rables, puisqu\u2019il est tir\u00e9 par les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques. La Chine est le premier \u00e9metteur mondial de gaz \u00e0 effet de serre avec environ 30 % des \u00e9missions de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son soutien formel au multilat\u00e9ralisme, dans les COP climat, au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 ou \u00e0 la FAO, il reste tr\u00e8s difficile de se faire une image claire de ce que la Chine veut ou propose comme nouveau projet ou comme chemin de transformation pour les institutions multilat\u00e9rales actuelles. Pour S\u00e9bastien Treyer, la Chine a d\u00e9j\u00e0 une position dominante en mati\u00e8re d\u2019innovation, de pouvoir de prescription et de goulets d\u2019\u00e9tranglement dans de nombreuses cha\u00eenes de valeur mondiale.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 les COP climat cherchent un projet unificateur, l\u2019\u00e9lectrification des usages de l\u2019\u00e9nergie et le d\u00e9veloppement de la production et de l\u2019interconnexion \u00e9lectrique sont au c\u0153ur des discussions entre COP 30 et COP 31. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce sujet que la Chine s\u2019est positionn\u00e9e en cr\u00e9ant une organisation mondiale aux apparences techniques, mais dont le r\u00f4le pourra \u00eatre d\u00e9terminant pour fixer les normes et standards de l\u2019\u00e9conomie \u00e9lectrifi\u00e9e de demain.<\/p>\n<p>Pour S\u00e9bastien Treyer, la Chine n\u2019est plus seulement le pourvoyeur de technologies \u00e9lectriques, mais \u00e0 l\u2019origine de l\u2019organisation de normalisation technique : la Global Energy Interconnection Development and Cooperation Organization, fond\u00e9e d\u00e8s mars 2016, est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, au moment o\u00f9 l\u2019ensemble des pays vont avoir besoin d\u2019elle, avec ses comit\u00e9s techniques. Les pays du Sud auraient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 se connecter \u00e0 ces entreprises qui seront en pointe pour d\u00e9finir les r\u00e8gles et normes de demain.<\/p>\n<p>La Chine va assumer un r\u00f4le de leadership plus important, et son influence se fera davantage par ses entreprises que par la diplomatie d\u2019\u00c9tat, en conjuguant la notion de soft power aux enjeux cruciaux des normes techniques. Selon, une analyse du China Global South project : les cercles en charge des enjeux strat\u00e9giques \u00e0 P\u00e9kin sont maintenant plus enclins que les diplomates du climat \u00e0 accepter une responsabilit\u00e9 de leadership en mati\u00e8re multilat\u00e9rale sur le climat, cette responsabilit\u00e9 \u00e9tant per\u00e7ue comme une n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique au service des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques de la Chine.<\/p>\n<p>Le Thind tank marocain d\u2019audience internationale, (le Policy Center for the New South), souligne que la Chine est pass\u00e9e du statut d\u2019usine du monde \u00e0 celui de puissance technologique, d\u2019investisseur de premier rang, et de force d\u00e9terminante dans le commerce international, et s\u2019interroge : la Chine est-elle un rival ou un mod\u00e8le ? Et quelle viabilit\u00e9 du mod\u00e8le \u00e9conomique chinois, au d\u00e9fi de passer d\u2019un mod\u00e8le de production industrielle tourn\u00e9 vers l\u2019export \u00e0 un r\u00e9\u00e9quilibrage plus fort vers l\u2019innovation, les services et la consommation int\u00e9rieure ?<\/p>\n<p>Si nous ne voulons pas entrer dans une crise que nous ne maitriserons plus du tout, il nous faut pr\u00e9server les r\u00e8gles multilat\u00e9rales dans la gestion des conflits, g\u00e9rer les rapports de n\u00e9gociation entre les blocs et les pays et assurer la stabilit\u00e9 \u00e9conomique comme un bien commun mondial. Nous devons par ailleurs, s\u2019adapter collectivement et acc\u00e9l\u00e9rer la lutte contre le d\u00e9r\u00e8glement climatique en d\u00e9carbonant massivement l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Les grands gagnants de la g\u00e9opolitique du carbone seront \u00e0 court terme les pays et les entreprises qui agiront sur deux fronts : celui du monde ancien qui perdure et est encore \u00ab rentable \u00bb, en s\u2019appuyant sur des technologies \u00e9prouv\u00e9es, et celui du monde nouveau o\u00f9 se trouvent des march\u00e9s et des positions \u00e0 prendre, mais o\u00f9 les retours sur investissements restent encore incertains et les risques bien pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la crise, la g\u00e9opolitique du carbone bat son plein, avec d\u00e9j\u00e0 environ 2000 milliards de dollars d&rsquo;investissements annuels dans les technologies bas carbone, en forte augmentation. Ils repr\u00e9sentent pratiquement le double de ceux de l&rsquo;industrie p\u00e9tro-gazi\u00e8re qui a pendant longtemps accapar\u00e9 le champ g\u00e9opolitique de l&rsquo;\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Disposer d&rsquo;une capacit\u00e9 \u00e0 produire de l&rsquo;\u00e9nergie bas carbone et bon march\u00e9, s&rsquo;appuyant essentiellement sur les \u00e9nergies renouvelables sera un atout mais ne sera toutefois pas suffisant pour peser et en tirer des b\u00e9n\u00e9fices. La g\u00e9opolitique des hydrocarbures ne va pas s&rsquo;att\u00e9nuer pour autant. Elle pourrait m\u00eame s&rsquo;aiguiser de mani\u00e8re in\u00e9dite.<\/p>\n<p>Les enjeux des emplois form\u00e9s et qualifi\u00e9s, de la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;investissement, des \u00e9cosyst\u00e8mes financiers et industriels, de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des engagements et trajectoires de d\u00e9carbonation seront essentiels, tout comme de la gestion du transfert de rentes et de risque d&rsquo;actifs \u00e9chou\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce constat d\u2019incertitudes et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 &#8211; dans un contexte marqu\u00e9 par la mutation climatique, des contraintes budg\u00e9taires et un ralentissement r\u00e9cent des dynamiques d\u2019investissement -, montre l\u2019ampleur du challenge \u00e0 relever pour d\u00e9carboner l\u2019\u00e9conomie : mobilisation de financements priv\u00e9s ; r\u00f4le de la puissance publique pour s\u00e9curiser et orienter les projets ; et r\u00e9partition de l\u2019effort entre m\u00e9nages, entreprises et collectivit\u00e9s.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes facettes et lectures du probl\u00e8me climatique et de la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique, renvoient \u00e0 des dynamiques contradictoires qui caract\u00e9risent la mutation g\u00e9opolitique et constituent autant de lignes directrices pour la r\u00e9flexion et ensuite l\u2019action. Les dynamiques politiques et sociales restent absentes de l&rsquo;univers mental des sc\u00e9narios \u00ab mainsteam \u00bb. Les mod\u00e8les techno-\u00e9conomiques, qui dominent les d\u00e9bats climatiques, reposent fondamentalement sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une transition par le march\u00e9 et la technologie suffira. Ce paradigme est d\u00e9pass\u00e9.<\/p>\n<p>La r\u00e9flexion \u00e0 laquelle nous voulons contribuer est celle d&rsquo;une transformation profonde, beaucoup plus large, dans un monde r\u00e9el, instable, contradictoire et en crise. Un changement radical de perspective en analysant les blocages politiques, \u00e9conomiques et culturels qui entravent l&rsquo;action collective. C&rsquo;est pourquoi, nous utilisons de mani\u00e8re distincte dans cet article les notions de transition et de bifurcation.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re renvoie aux projets technocratiques, souvent d&rsquo;apparence apolitique, de d\u00e9carbonation par la substitution d&rsquo;un r\u00e9gime \u00e9nerg\u00e9tique par un autre. La seconde d\u00e9signe des processus plus vastes de changement soci\u00e9tal, englobant syst\u00e8mes politiques, r\u00e9gimes sociotechniques et rapports au monde naturel, qui sont conflictuels, non lin\u00e9aires et restent toujours r\u00e9versibles et ouverts.<br \/>Nous plaidons pour un \u00e9largissement des cadres d&rsquo;analyse de la transition, en r\u00e9int\u00e9grant les questions de limites \u00e9cologiques, de classes sociales et de planification. Notre r\u00e9flexion s&rsquo;\u00e9tend aux dynamiques soci\u00e9tales de la mutation, en identifiant \u00e0 la fois les blocages structurels qui freinent le changement et les points de bascule par lesquels des politiques de d\u00e9carbonation mal con\u00e7ues peuvent enclencher des engrenages fragilisant la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor de cette mutation incertaine et contradictoire est celui d&rsquo;un monde en crise, travers\u00e9 par des conflits croissants entre empires et un recul d\u00e9mocratique dans le monde. Une telle approche est indispensable pour forger des strat\u00e9gies politiques \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis nouveaux et ouvrir des futurs vivables et plus justes.<\/p>\n<p>Pour reprendre le chemin du progr\u00e8s, il faut r\u00e9apprendre \u00e0 voir le potentiel plut\u00f4t que le danger, et concevoir des institutions capables de construire et pas seulement de freiner : passer d&rsquo;un progressisme centr\u00e9 sur la protection \u00e0 une politique de l&rsquo;innovation et de la production. Cette grille de lecture revient aujourd&rsquo;hui en force, \u00e0 la lumi\u00e8re de la guerre d&rsquo;agression am\u00e9ricano isra\u00e9lienne dans le d\u00e9troit d\u2019Ormuz et des tensions croissantes entre les \u00c9tats-Unis et la Chine, alors que les politiques climatiques sont de plus en plus per\u00e7ues comme des politiques industrielles, et que l&rsquo;acc\u00e8s aux ressources et le contr\u00f4le des cha\u00eenes de valeur s&rsquo;imposent d\u00e9sormais comme des enjeux g\u00e9opolitiques majeurs.<\/p>\n<p>Les transitions s&rsquo;inscrivent d\u00e9sormais, dans un climat global de tensions croissantes entre grandes puissances, qui pulv\u00e9risent tout espoir d&rsquo;un ordre international plus sobre et soutenable. Si le climat est bien l&rsquo;un des probl\u00e8mes majeurs de notre \u00e9poque, on ne peut le traiter isol\u00e9ment. D&rsquo;autres enjeux fondamentaux viendront r\u00e9guli\u00e8rement peupler l&rsquo;espace public, qui se relient au probl\u00e8me climatique et compliquent sa r\u00e9solution, et qu&rsquo;il faudra donc traiter en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>La d\u00e9carbonation ne peut plus \u00eatre report\u00e9e. Elle doit au contraire avancer suffisamment vite pour pr\u00e9server la libert\u00e9 d&rsquo;agir des g\u00e9n\u00e9rations futures. Chaque inaction aujourd&rsquo;hui, r\u00e9duit drastiquement les chances de vie sur l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te et les espaces de libert\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>Or, la lenteur des d\u00e9mocraties \u00e0 op\u00e9rer la transition, li\u00e9e \u00e0 leur d\u00e9pendance profonde aux \u00e9nergies fossiles et \u00e0 la croissance, questionne profond\u00e9ment le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. L&rsquo;issue de cette comp\u00e9tition syst\u00e9mique d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 des d\u00e9mocraties \u00e0 d\u00e9passer la doxa n\u00e9olib\u00e9rale et \u00e0 d\u00e9velopper les moyens d&rsquo;action n\u00e9cessaires pour aligner l&rsquo;\u00e9conomie sur les imp\u00e9ratifs \u00e9cologiques.<\/p>\n<p><span><span><strong>2- Que continuer ou ne plus continuer \u00e0 faire et que continuer ou ne plus continuer \u00e0 d\u00e9faire ?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La mutation climatique alimente directement la dislocation du monde, quand des \u00e9v\u00e9nements extr\u00eames frappent des populations d\u00e9j\u00e0 fragiles ou quand des politiques de transition mal con\u00e7ues fragilisent le tissu social. Mais, elle s&rsquo;entrelace aussi, de fa\u00e7on plus souterraine, avec d&rsquo;autres crises : quand les guerres acc\u00e9l\u00e8rent les \u00e9missions carbone, quand l&rsquo;argent des ressources fossiles finance la d\u00e9sinformation, ou quand la course aux armements rel\u00e8gue le climat au second plan.<\/p>\n<p>L\u2019objectif z\u00e9ro carbone promu par les gouvernements et les grandes entreprises peuvent-ils changer la donne ? Non pour le moment. Et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle nous sommes en train de faire face, (sans nous perdre dans les fum\u00e9es de promesses non tenues), c&rsquo;est que nous sommes en train d&rsquo;alt\u00e9rer irr\u00e9vocablement l&rsquo;\u00e9tat de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Alors que le monde br\u00fble, l&rsquo;industrie des combustibles fossiles enregistre les plus gros profits jamais r\u00e9alis\u00e9s. Ces industries de \u00ab l\u2019\u00e9conomie de la mort \u00bb, continuent d\u2019alimenter le brasier, sans en \u00eatre tenus pour responsable. Dans une soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9, notre d\u00e9pendance au carbone comme \u00e0 l\u2019extractivisme ne cesse d\u2019augmenter. Les trajectoires socio-\u00e9conomiques de nos soci\u00e9t\u00e9s se sont structurellement construites sur un usage abondant et faiblement probl\u00e9matis\u00e9 des \u00e9nergies fossiles et des ressources naturelles.<\/p>\n<p>Tandis que la question \u00e9cologique nous enjoint \u00e0 vivre et \u00e0 produire tout autrement, rien ou presque dans le monde tel qu\u2019il fonctionne, ne nous pr\u00e9pare \u00e0 vivre et \u00e0 produire tout autrement. Transformer la soci\u00e9t\u00e9 ne revient donc pas \u00e0 changer les mentalit\u00e9s, les sensibilit\u00e9s ou les consciences, mais bien plut\u00f4t \u00e0 modifier la structure des relations dans lesquelles celles-ci se forment.<\/p>\n<p>Avec la canicule de cet \u00e9t\u00e9, nous sommes en train de comprendre que nous nous sommes tromp\u00e9s, collectivement. Nous avons donn\u00e9 trop de place \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie n\u00e9o-classique, au march\u00e9, \u00e0 la valeur mon\u00e9taire, aux indicateurs comme le Produit Int\u00e9rieur Brut (PIB). Une soci\u00e9t\u00e9 riche ce n&rsquo;est pas une soci\u00e9t\u00e9 qui a un gros PIB, mais une soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9serve son patrimoine naturel et sa coh\u00e9sion sociale tout en satisfaisant les besoins de tous ses ressortissants.<\/p>\n<p>D\u2019un point de vue \u00e9cologique, raisonner en termes de \u00ab richesse \u00bb et de \u00ab pauvret\u00e9 \u00bb peut conduire \u00e0 une impasse si nos visions habituelles de ces deux notions ne sont pas profond\u00e9ment red\u00e9finies. En effet, si les pauvres s\u2019enrichissent de la m\u00eame mani\u00e8re que les riches (ruissellement), ils auront toutes les chances d\u2019adopter \u00e0 leur tour des mani\u00e8res \u00e9cocidaires d\u2019habiter le monde. Pour autant, un abaissement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des niveaux de vie ne constitue pas non plus le d\u00e9but d\u2019une solution.<\/p>\n<p>Dans un monde fini, l\u2019utopie n\u00e9olib\u00e9rale d&rsquo;une croissance globale, continue et carbon\u00e9e des richesses est d\u00e9finitivement derri\u00e8re nous. Le monde du r\u00e8gne du chacun pour soi n\u00e9olib\u00e9ral et de l\u2019irresponsabilit\u00e9 \u00e9cologique, est en train de prendre fin. La croissance \u00e9conomique apport\u00e9e par la modernisation nous promettait une vie ais\u00e9e. Mais, ce que r\u00e9v\u00e8le la crise environnementale actuelle, c&rsquo;est que, ironiquement, cette croissance \u00e9conomique sape les fondements m\u00eames de notre prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 les inqui\u00e9tudes se multiplient autour du r\u00e9chauffement climatique, de l&rsquo;intelligence artificielle ou encore des limites de la plan\u00e8te, la croissance \u00e9conomique (grise, verte ou bleue) peut tr\u00e8s facilement nous laisser embarquer par l&rsquo;\u00e9coblanchiment promu par le capital, qui nous trompe sous couvert de pr\u00e9occupations environnementales. Plus nous sommes persuad\u00e9s que nous faisons quelque chose contre le r\u00e9chauffement climatique, plus nous nous rendons incapables de prendre les mesures les plus radicales qui s&rsquo;imposent.<\/p>\n<p>La consommation nous sert d&rsquo;\u00ab indulgence \u00bb. Elle nous permet de noyer notre sentiment de culpabilit\u00e9 et de fermer nos yeux sur la v\u00e9ritable crise qui est celle du capitalisme. Nous devons au plus vite circonscrire la puissance du march\u00e9, mettre la question \u00e9cologique au c\u0153ur de nos politiques et respecter les limites physiques et sociales. Les difficult\u00e9s \u00e9conomiques ne sont plus de simples accidents passagers, mais touchent toutes les bases du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral. On assiste \u00e0 une crise syst\u00e9mique du capitalisme.<\/p>\n<p>Des changements radicaux et concrets sont souhaitables pour vivre autrement. L\u2019humanit\u00e9 a toujours su cr\u00e9er, inventer, imaginer, innover, rebondir pour s\u2019en sortir. Le progr\u00e8s technique devient probl\u00e9matique ? Peut-\u00eatre\u2026 mais s\u2019il est le probl\u00e8me, il est aussi la solution. L&rsquo;\u00e9conomie \u00ab du bonheur \u00bb montrent que les liens d&rsquo;amiti\u00e9, d&rsquo;amour ou d&rsquo;entraide comptent davantage que l&rsquo;accumulation de richesses et nous interroge sur les effets d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 toujours plus technologique.<\/p>\n<p>Dans un monde incertain, il est encore temps de bifurquer ! D\u00e9sormais, nous savons \u00e0 peu pr\u00e8s ce que nous devons faire. Alors, \u00ab d\u00e9p\u00eachons-nous de changer toute l\u2019architecture du pouvoir \u00e9conomique, qui doit \u00eatre renvers\u00e9e et invers\u00e9e \u00bb, comme le sugg\u00e8re Sophie Dubuisson-Quellier (juillet 2026).<\/p>\n<p>Rompre avec l\u2019ordre \u00e9tabli n\u2019aboutit pas forc\u00e9ment \u00e0 rompre les logiques qui assurent sa perp\u00e9tuation. L\u2019emprise du capitalisme sur nos vies n\u2019est pas une fatalit\u00e9. Il est possible de s\u2019affranchir de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des fossiles. L\u2019\u00e9cologie non capitaliste rappelle que la fin de l\u2019histoire n\u2019est pas pour demain et que le changement radical est parfois accessible et r\u00e9alisable.<\/p>\n<p>Avec l\u2019enjeu climatique et \u00e9cologique contemporain, un souffle anti lib\u00e9ral et radical pointe son nez aux portes de l&rsquo;\u00e9conomie politique avec une production th\u00e9orique riche et multidisciplinaire, d&rsquo;une \u00e9cologie anti-capitaliste et d\u00e9 coloniale. Pour ces promoteurs, il ne s\u2019agit plus d\u2019injecter r\u00e9guli\u00e8rement une dose d\u2019environnement dans certains domaines d\u2019activit\u00e9 mais bien de les encastrer dans le p\u00e9rim\u00e8tre toujours plus \u00e9troit des limites plan\u00e9taires.\u00a0 Ren\u00e9 Passet (L\u2019illusion n\u00e9o-lib\u00e9rale, Ed Flammarion)<br \/>Mobilisant toutes sortes de savoirs, Bruno Latour dans son livre (O\u00f9 Atterrir, comment s\u2019orienter en politique, Ed la D\u00e9couverte), d\u00e9montre qu\u2019il est possible d\u2019habiter le monde tout autrement, en explorant d\u2019autres voies que celles institu\u00e9es pour se nourrir, se cultiver, commercer, construire, se loger, \u00e9duquer, apprendre, se relier et finalement faire soci\u00e9t\u00e9\u2026 Et maintenir ouverts des futurs non advenus.<\/p>\n<p>La d\u00e9carbonation de l\u2019\u00e9conomie s\u2019adresse d\u00e9sormais \u00e0 tous les secteurs. Elle se d\u00e9roule sur tous les territoires et s\u2019inscrit dans une temporalit\u00e9 s\u00e9culaire. Pour Jean-Baptiste Comby, les principes de sa justification ne portent plus sur la gestion sectoris\u00e9e des affaires du monde (comment faire diff\u00e9remment ici ou l\u00e0 ?), mais ils touchent \u00e0 la nature m\u00eame des affaires (que continuer ou ne plus continuer \u00e0 faire et que continuer ou ne plus continuer \u00e0 d\u00e9faire ?).<\/p>\n<p><span><span><strong>3- Le s\u00e9quencement des politiques climatiques un arbitrage entre pr\u00e9sent et futur<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Cela fait plusieurs jours que l\u2019on vit des \u00e9pisodes climatiques in\u00e9dits et rien ne bouge pour autant. Un d\u00e9calage abyssal entre les discours ritualis\u00e9s, et les logiques \u00e9conomiques et politiques structurant le monde r\u00e9el, causent et aggravent la crise. Les canicules exceptionnelles sont le produit d\u2019un changement climatique d\u2019origine humaine, et la r\u00e9ponse suppose deux efforts indissociables.\u00a0<br \/>Att\u00e9nuer, d\u2019une part, pour r\u00e9duire le r\u00e9chauffement \u00e0 la source et, avec lui, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des canicules futures. S\u2019adapter, d\u2019autre part, pour limiter les d\u00e9g\u00e2ts de celles qui surviendront quoi qu\u2019il arrive, avec des dispositifs qui prot\u00e8gent tout le monde et pas seulement ceux qui en ont les moyens. C\u2019est \u00e0 l\u2019aune de ce double imp\u00e9ratif qu\u2019il faut recentrer le d\u00e9bat.<\/p>\n<p>Le pays accumule les retards et n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 faire face \u00e0 ces chaleurs extr\u00eames dont le bilan, \u00e9conomique et humain, est lourd : probl\u00e8me d\u2019approvisionnement en eau, coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, r\u00e9seaux perturb\u00e9s, travailleurs \u00e9puis\u00e9s, classes d\u2019\u00e9cole \u00e9touffantes, chambres d\u2019h\u00f4pital suffocantes. Les habitants des quartiers populaires et les logements pr\u00e9caires (bouilloires thermiques) comptent parmi les plus expos\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors que le r\u00e9chauffement climatique rendra ces \u00e9pisodes plus fr\u00e9quents et plus intenses, l\u2019adaptation repose largement sur les moyens de chacun. Une autre voie m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9fendue, celle d\u2019une adaptation collective qui prot\u00e8ge tout le monde et pas seulement ceux qui peuvent se le permettre.<\/p>\n<p>L\u2019adaptation collective ne rel\u00e8ve pas de l\u2019utopie, m\u00eame si les contraintes budg\u00e9taires l\u2019entravent plus que jamais. Avec un budget tr\u00e8s contraint et un ex\u00e9cutif mis sous pression, la tentation pourrait \u00eatre grande de refermer le sujet aussit\u00f4t la fra\u00eecheur revenue. Mais attention, l\u2019inaction a un prix exorbitant.<\/p>\n<p>La canicule a des co\u00fbts tr\u00e8s importants sur la sant\u00e9 des plus vuln\u00e9rables, la productivit\u00e9 du pays ou l\u2019apprentissage des enfants. Le probl\u00e8me r\u00e9side dans le fait que les co\u00fbts de l\u2019adaptation doivent \u00eatre pay\u00e9s aujourd\u2019hui, alors que les b\u00e9n\u00e9fices \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire les dommages \u00e9vit\u00e9s \u2013 ne se verront pas avant plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019adaptation produit des effets imm\u00e9diats. Elle am\u00e9liore la production, les revenus et donc les recettes fiscales, ce qui permet de financer davantage d\u2019actions climatiques. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019att\u00e9nuation agit avec un d\u00e9calage. Elle r\u00e9duit la pollution aujourd\u2019hui, mais ses b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques n\u2019apparaissent que dans le futur.<\/p>\n<p>Dans un contexte de r\u00e9chauffement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, le v\u00e9ritable enjeu n\u2019est donc pas de choisir entre adaptation et att\u00e9nuation, mais de d\u00e9terminer \u00e0 quel moment chacune de ces strat\u00e9gies doit \u00eatre mobilis\u00e9e. Le concept de distance au point de bascule (seuil critique, au-del\u00e0 duquel un effondrement, \u00e9conomique et environnemental peut survenir), permet d\u2019y de r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Plus la distance au seuil critique se r\u00e9duit, plus les marges de man\u0153uvre disparaissent, et plus les d\u00e9cisions deviennent urgentes. Le risque de franchissement de ce point de bascule augmente au fur et \u00e0 mesure que le r\u00e9chauffement progresse. Ce point de bascule d\u00e9termine \u00e0 la fois l\u2019ampleur et la nature des politiques climatiques \u00e0 mettre en \u0153uvre. Une approche, pourtant simple, reste toutefois difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre. (Marion Davin, Mouez Fodha, Thomas Seegmuller, Juillet 2026).<\/p>\n<p>Pour Rapha\u00eblle Besse Desmouli\u00e8res, dans le contexte de rigueur budg\u00e9taire que nous traversons, l\u2019arbitrage soul\u00e8ve, une question encore peu pr\u00e9sente dans les d\u00e9bats : celle du s\u00e9quencement. Le s\u00e9quencement des politiques climatiques est un arbitrage entre pr\u00e9sent et futur. Il est au c\u0153ur des d\u00e9cisions publiques. Les incertitudes scientifiques qui subsistent quant aux seuils critiques climatiques (leur niveau de d\u00e9clenchement, leur probabilit\u00e9 et leurs cons\u00e9quences), les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques en pr\u00e9sence, les pressions de certains groupes d\u2019acteurs et l\u2019inertie de la d\u00e9cision publique constituent autant d\u2019obstacles \u00e0 son application.<\/p>\n<p>Nous avons une g\u00e9n\u00e9ration pour r\u00e9aliser la transformation radicale d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique bas\u00e9 sur les \u00e9nergies fossiles. Il ne s\u2019agit plus d\u2019assurer la soutenabilit\u00e9 d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral, mais de structurer une action publique sur la base de trajectoires de d\u00e9carbonation afin de tendre vers une stricte limitation de la hausse des temp\u00e9ratures.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019o\u00f9 nos soci\u00e9t\u00e9s peuvent-elles se transformer et quelles voies devraient-elles emprunter pour maintenir le pays habitable dignement, \u00e9quitablement, et d\u00e9mocratiquement ? Comment se d\u00e9cide, ce que nous pouvons ou ne pouvons plus continuer \u00e0 faire et ce que nous pouvons ou ne pouvons plus continuer \u00e0 d\u00e9faire ?<\/p>\n<p>Le r\u00e9chauffement n&rsquo;est plus une hypoth\u00e8se mais une r\u00e9alit\u00e9 et la combustion des fossiles reste son principal moteur. Ses impacts ne sont plus un pronostic lointain, mais des \u00e9v\u00e9nements dans l&rsquo;ici et maintenant : des bouleversements de l&rsquo;atmosph\u00e8re, aux changements de pratiques sociales aux nouvelles formes de production et de consommation, jusqu&rsquo;aux mobilisations, r\u00e9sistances, conflits et luttes de pouvoir.<\/p>\n<p>Nous changeons de monde o\u00f9 la nouvelle condition humaine est une acc\u00e9l\u00e9ration des impacts climatiques, des bouleversements plan\u00e9taires, et des jeux d\u2019influence. Se sont les ingr\u00e9dients principaux de ce que Stefan C. Aykut et Amy Dahan, d\u00e9signe par \u00ab la Mutation climatique \u00bb. Le d\u00e9cor de cette mutation incertaine et contradictoire est celui d&rsquo;un monde en crise, travers\u00e9 par des conflits croissants et un recul d\u00e9mocratique partout dans le monde.<\/p>\n<p>Contrairement aux ann\u00e9es 1990, o\u00f9 la gouvernance climatique \u00e9mergeait dans l&rsquo;optimisme presque candide de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre froide, la recherche de solutions \u00e0 cette polycrise se d\u00e9roule aujourd&rsquo;hui sur fond de retour brutal de la g\u00e9opolitique. Une polycrise forme d\u00e9sormais l&rsquo;arri\u00e8re-fond du drame climatique. Elle agit comme une loupe grossissante, r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;inad\u00e9quation croissante de nos institutions, h\u00e9rit\u00e9es de la modernit\u00e9 industrielle, de la guerre froide ou de la Pax Americana, face aux d\u00e9fis du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Peser sur la gouvernance climatique devient un enjeu central pour les puissances p\u00e9troli\u00e8res et les entreprises investies dans les \u00e9nergies fossiles, mais aussi pour les grandes fortunes et les ultra-riches, comme le montre \u00c9douard Morena dans son \u00e9tude sur l&rsquo;influence croissante de riches philanthropes, fondations et cabinets de conseil sur la gouvernance globale du climat.<br \/>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, les 10 % les plus riches sont responsables de pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des \u00e9missions de carbone, quand la moiti\u00e9 la plus pauvre de l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e8re \u00e0 peine un dixi\u00e8me. Ces \u00e9missions ne tiennent pas seulement \u00e0 la consommation des plus fortun\u00e9s, mais aussi \u00e0 leur patrimoine, aux entreprises et aux actifs qu\u2019ils d\u00e9tiennent. Les 0,001% les plus riches, poss\u00e8dent d\u00e9sormais trois fois plus de richesse que la moiti\u00e9 de la population mondiale r\u00e9unie. (Luca Chancel)<\/p>\n<p>Ceux qui contribuent le moins au probl\u00e8me climatiques sont ceux qui en souffrent le plus : les uns se climatisent, les autres subissent.\u00a0 Alors que les canicules s\u2019intensifient, la question n\u2019est plus de savoir s\u2019il faut s\u2019adapter, mais comment s\u2019adapter et quelle voie doit-on emprunter ? Celle d\u2019un mod\u00e8le de march\u00e9, o\u00f9 chacun se prot\u00e8ge selon ses moyens, ou celle de dispositifs organis\u00e9s pour prot\u00e9ger tout le monde.<\/p>\n<p>Confier au seul march\u00e9, l\u2019adaptation reproduit et amplifie les in\u00e9galit\u00e9s. Prot\u00e9ger tout le monde devient une exigence non seulement d\u2019efficacit\u00e9, mais de justice. Pour garantir \u00e0 chacun une protection \u00e9quitable face \u00e0 des \u00e9t\u00e9s qui ne feront que se durcir, nous devons penser l\u2019adaptation au changement climatique, comme \u00ab un bien commun \u00bb. Camille Salese<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019essor des \u00e9nergies bas-carbone, p\u00e9trole, gaz et charbon repr\u00e9sentent toujours 60 % du mix \u00e9lectrique mondial. 80 % des voitures vendues sur la plan\u00e8te int\u00e8grent toujours un moteur thermique. La production d\u2019acier et de ciment sont toujours extr\u00eamement carbon\u00e9es. Et l\u2019agriculture est toujours enti\u00e8rement d\u00e9pendante aux \u00e9nergies fossiles, des engins jusqu\u2019aux engrais.<br \/>Les alternatives existent. Le seul obstacle \u00e0 la d\u00e9carbonation est le financement. Car transitionner vers un monde plus juste et moins carbon\u00e9, cela co\u00fbte cher, pour le moment. De l\u2019argent, nous n\u2019en manquons pas vraiment, c\u2019est une simple question de choix. Nous pr\u00e9f\u00e9rons consacrer 2900 milliards en d\u00e9penses militaires.<\/p>\n<p>Victime collat\u00e9rale des affrontements, le fantasme d&rsquo;une mondialisation heureuse et in\u00e9luctable, o\u00f9 les march\u00e9s finiraient par transcender les \u00c9tats, n&rsquo;a plus cours. Le temps des trait\u00e9s de lib\u00e9ralisation et de r\u00e9duction des barri\u00e8res tarifaires semble bel et bien r\u00e9volu. Nous sommes progressivement en train de sortir de l\u2019ordre n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n<p>Pour Arnaud Orain, les institutions qui organisaient le commerce international ne sont pas mortes, mais leur pouvoir s\u2019affaiblit. L&rsquo;heure est \u00e0 la s\u00e9curisation des cha\u00eenes de production et \u00e0 la r\u00e9duction des d\u00e9pendances strat\u00e9giques. Ce r\u00e9alignement redessine la globalisation le long de nouvelles lignes de fracture, \u00e0 la fois politiques et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;imp\u00e9ratif est donc de lier la question climatique aux enjeux non seulement \u00e9cologiques et plan\u00e9taires, mais aussi g\u00e9opolitiques, sociaux, d\u00e9mocratiques, de prendre acte de notre nouvelle condition humaine afin d&rsquo;explorer, comme Bruno Latour le sugg\u00e9rait, la voie pour des \u00ab politiques de l&rsquo;atterrissage \u00bb.<\/p>\n<p><span><span><strong>4- On ne peut pas gagner une guerre si on n\u2019est pas organis\u00e9 pour la gagner : penser l\u2019adaptation comme un bien commun<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>L\u2019adaptation ne peut pas \u00eatre une accumulation de solutions isol\u00e9es. Les infrastructures demandent du temps et de l\u2019argent. Les ressources sont limit\u00e9es. Les priorit\u00e9s s\u2019entrechoquent. Nous vivons une dr\u00f4le d\u2019\u00e9poque. Alors qu\u2019un oc\u00e9an d\u2019encre coule pour alerter sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9duire nos \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, et que les meilleurs esprits du si\u00e8cle se sont transform\u00e9s en Cassandre de la trag\u00e9die \u00e0 venir, les \u00e9missions continuent d\u2019augmenter.<\/p>\n<p>Notre g\u00e9n\u00e9ration serait-elle devenue insensible ? Irrationnelle ? Ou n\u2019est-elle pas s\u00e9duite par d\u2019autres sir\u00e8nes, \u00e0 la voix plus puissante : une pens\u00e9e n\u00e9or\u00e9actionnaire venue des \u00c9tats-Unis, qui \u00e9rige la puissance, la hi\u00e9rarchie et le refus de toute limite en vertus cardinales. La transition \u00e9cologique a-t-elle pour autant disparu des discours ? Non, mais elle y revient m\u00e9tamorphos\u00e9e, sous des formes toujours plus \u00e9loign\u00e9es du r\u00e9el.<\/p>\n<p>La voici promue en guerre industrielle, en n\u00e9omalthusianisme, en survivalisme. La voici encore en promesse technologique : la fusion demain, la capture du carbone apr\u00e8s-demain, et, \u00e0 d\u00e9faut, une plan\u00e8te de rechange quelque part entre Mars et le m\u00e9tavers. Et lorsqu\u2019elle est plus r\u00e9aliste, la transition \u00e9cologique semble terne et devient m\u00eame inaudible.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est plus tant de savoir ce que nous devons faire (ou si nous savons le faire), mais plut\u00f4t comment la faire plus vite et \u00e0 plus grande \u00e9chelle. Les politiques publiques utiles pour relever le d\u00e9fi in\u00e9dit de la neutralit\u00e9 carbone peuvent se classer en deux cat\u00e9gories : celles o\u00f9 nous savons ce qu\u2019il faut faire et celles o\u00f9 ne le savons pas encore pr\u00e9cis\u00e9ment. La bonne nouvelle est que la premi\u00e8re cat\u00e9gorie est de loin la plus remplie.<\/p>\n<p>Sa feuille de route est en effet largement document\u00e9e et expertis\u00e9e : \u00e9lectrifier la mobilit\u00e9, passer \u00e0 100 % d\u2019\u00e9nergies non-fossiles, isoler les b\u00e2timents \u00e0 grande \u00e9chelle, d\u00e9velopper les pratiques agricoles capables de mieux stocker le carbone dans les sols, investir dans les processus industriels z\u00e9ro carbone, etc.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie rassemble, pour sa part, les sujets sur lesquels les solutions technologiques sont encore en gestation ou le consensus politique non \u00e9tabli : l\u2019hydrog\u00e8ne est-il vraiment l\u2019\u00e9nergie de demain ? Comment le produire \u00e0 un co\u00fbt non prohibitif ? Disposerons-nous \u00e0 moyen terme de nouvelles solutions de stockage de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui nous permettent d&rsquo;aller vers du 100 % renouvelables ? etc.<\/p>\n<p>Nous sommes aujourd\u2019hui plut\u00f4t mal \u00e9quip\u00e9s pour produire \u00e0 grande \u00e9chelle les changements dont nous avons besoin pour r\u00e9ussir la neutralit\u00e9 carbone. Nous savons isoler les logements, mais il reste des millions de passoires thermiques. Nous savons fabriquer des v\u00e9hicules \u00e9lectriques, mais les bornes de recharge font encore souvent d\u00e9faut. Nous savons qu\u2019il faut stopper l\u2019artificialisation des sols, mais nos villes continuent de s\u2019\u00e9tendre\u2026<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat \u00e0 tendance \u00e0 se focaliser sur les incertitudes, les controverses et les d\u00e9saccords. R\u00e9ussir l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et le changement d\u2019\u00e9chelle de la transition \u00e9cologique implique au contraire de se concentrer d\u2019abord sur ce que l\u2019on sait, sur ce qui marche, sur la recherche permanente des conditions concr\u00e8tes du succ\u00e8s en s\u2019effor\u00e7ant de comprendre.<\/p>\n<p>La transition \u00e9cologique ne peut \u00eatre accomplie ni par le march\u00e9 seul, ni par la transformation spontan\u00e9e des comportements individuels, ni par la seule mobilisation militante, mais par une politique industrielle volontariste port\u00e9e par un \u00c9tat capable de planifier, d&rsquo;investir et d&rsquo;orienter le d\u00e9veloppement technologique vers des fins socialement et \u00e9cologiquement d\u00e9finies, et de concilier justice sociale et soutenabilit\u00e9 environnementale. On ne peut pas gagner une guerre si on n\u2019est pas organis\u00e9 pour la gagner.<\/p>\n<p>Nous ne savons pas organiser convenablement la pluralit\u00e9 des acteurs qui doivent concourir \u00e0 grande \u00e9chelle \u00e0 la neutralit\u00e9 carbone (entreprises, territoires, citoyens, financeurs\u2026). D\u00e9sormais, la gouvernance de la transition \u00e0 grande \u00e9chelle, doit \u00eatre repens\u00e9e de mani\u00e8re que les questions \u00e9cologiques irriguent toutes les politiques publiques. Elle repose sur une n\u00e9gociation avec les acteurs et entre les acteurs : un enjeu strat\u00e9gique, souvent m\u00e9connu.<\/p>\n<p>La gouvernance de la transition \u00e9cologique ne se r\u00e9sume pas au gouvernement et aux lois. Elle a vocation \u00e0 organiser une pluralit\u00e9 d\u2019acteurs et \u00e0 les faire coop\u00e9rer dans un processus de d\u00e9cision ouvert, partag\u00e9 et n\u00e9goci\u00e9. L\u2019intelligence pratique et organisationnelle de nos ambitions, la volont\u00e9 politique forte sont les conditions du succ\u00e8s de la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique. Si le chemin pour d\u00e9ployer cette volont\u00e9 n\u2019est pas le bon, l\u2019efficacit\u00e9 ne sera pas au rendez-vous.<\/p>\n<p>La m\u00e9thode fait partie du probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre, sans elle, m\u00eame avec les meilleures intentions du monde, on ne parviendra pas \u00e0 passer des d\u00e9clarations aux r\u00e9sultats. Pire : on prendra le risque de fracturer la soci\u00e9t\u00e9 et de casser la dynamique de la transition. L\u2019action brouillonne, l\u2019empressement d\u00e9sordonn\u00e9 ou la rigidit\u00e9 technocratique sont tout autant les ennemis du succ\u00e8s que l\u2019attentisme ou l\u2019inaction.<\/p>\n<p>Compte tenu de l&rsquo;urgence climatique, nous n&rsquo;avons ni le droit ni le temps de nous tromper de m\u00e9thode. L\u2019id\u00e9e selon laquelle il suffirait d\u2019imposer d\u2019en haut des obligations et des interdits est une illusion et m\u00eame un pi\u00e8ge. Seule une \u00ab \u00e9cologie du contrat \u00bb, fond\u00e9e sur la r\u00e9solution des probl\u00e8mes par la n\u00e9gociation sous la conduite des pouvoirs publics est capable de nous mettre sur une trajectoire z\u00e9ro carbone.<br \/>\u00a0<br \/>Une politique qui aura pour vocation : <span><strong>(1)<\/strong><\/span> de r\u00e9unir les diff\u00e9rentes parties prenantes et mettre au point \u00ab des contrats de transition \u00bb (sectoriels, territoriaux, sociaux\u2026) ;<span><strong>(2)<\/strong><\/span> identifier des \u00ab op\u00e9rateurs pertinents \u00bb dans chaque domaine ; <span><strong>(3)<\/strong><\/span> organiser \u00ab le partage des risques \u00bb li\u00e9s aux investissements ; <span><strong>(4)<\/strong><\/span> dessiner de \u00ab nouveaux march\u00e9s \u00bb et diffuser largement les \u00ab technologies les moins \u00e9mettrices \u00bb.<\/p>\n<p>Ce \u00ab nouveau \u00bb contrat pour \u00ab une transition juste \u00bb doit tracer le chemin qui agr\u00e8ge ce que chacune des parties prenantes doit faire (ou ne pas faire) pour parvenir \u00e0 l\u2019objectif fix\u00e9 par le politique. Il acc\u00e9l\u00e8re la d\u00e9carbonation, change la soci\u00e9t\u00e9 sans la fracturer, d\u00e9noue les r\u00e9sistances qu\u2019elle rencontre.<\/p>\n<p>La transition \u00e9cologique \u00ab juste \u00bb doit embarquer toute la soci\u00e9t\u00e9 dans son mouvement : les m\u00e9nages, les forces productives, les salari\u00e9s, les consommateurs, les territoires. Elle doit pour cela optimiser toutes les solutions et les innovations, et d\u00e9nouer toutes les r\u00e9sistances. La question ne porte pas sur le d\u00e9ploiement de l\u2019innovation ou sur le niveau de production et de consommation qu\u2019il faut viser, mais sur la mani\u00e8re d\u2019en organiser la distribution.<\/p>\n<p>Son r\u00e9cit, ne porte pas sur le rythme ou la nature d\u2019une trajectoire \u00e9cologique, mais sur les modalit\u00e9s qui pr\u00e9sident \u00e0 la r\u00e9partition des gains et des pertes qu\u2019elle engendre : qui \u00e9met, qui subit les impacts du d\u00e9r\u00e8glement, qui doit porter le co\u00fbt de l\u2019action climatique, etc. Il peut en principe se coupler \u00e0 n\u2019importe quel niveau d\u2019ambition, croissance verte, post-croissance ou d\u00e9croissance et faire de la justice sociale une condition absolument n\u00e9cessaire, bien que non suffisante, de la transition \u00e9cologique.<\/p>\n<p>La transition juste est le r\u00e9cit dont le lexique a paradoxalement le plus largement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les institutions internationales, alors m\u00eame qu\u2019elle ne dispose pas de b\u00e9n\u00e9ficiaire structurel \u00e0 forte influence. Le mot \u00ab juste \u00bb figure au pr\u00e9ambule m\u00eame de l\u2019Accord de Paris et a \u00e9gren\u00e9 au sein de divers rapports administratifs et de nombreux discours politiques, comme un gage de vertu ostentatoire, une forme de fairness washing, sans pourtant que les montants mobilis\u00e9s pour la transition augmentent en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 des cadrages de la notion de justice peut avoir pour effet d\u2019engendrer des tensions entre les valeurs : \u00e9cartel\u00e9e entre deux exigences, elle risque de se diluer dans un esprit gestionnaire peu soucieux de la justice sociale, ou au contraire dans une d\u00e9marche de protection des emplois fossiles, au d\u00e9triment-m\u00eame de l\u2019imp\u00e9ratif \u00e9cologique qui la fonde.<\/p>\n<p>La question n\u2019est pas de savoir en th\u00e9orie quel policy mix (march\u00e9, r\u00e9glementation, fiscalit\u00e9\u2026), le d\u00e9cideur public doit mettre en place, mais plut\u00f4t : comment cr\u00e9er les conditions du succ\u00e8s de ses choix politiques.Il est illusoire de penser que nous pourrions financer l&rsquo;essentiel de la transition sur fonds publics sans mobiliser la puissance d&rsquo;investissements des entreprises et des m\u00e9nages. Le r\u00f4le des pouvoirs publics est de cr\u00e9er par leur intervention les conditions de d\u00e9ploiement \u00e0 grande \u00e9chelle des actions du secteur priv\u00e9.<\/p>\n<p>Les solutions technologiques n\u2019apportent pas la r\u00e9ponse \u00e0 tous les probl\u00e8mes, mais elles permettent d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 d\u2019en r\u00e9soudre beaucoup pour peu qu\u2019elles soient matures et largement diffus\u00e9es. L\u2019innovation incr\u00e9mentale am\u00e9liorera les process d\u00e9j\u00e0 connus, comme on le voit dans le domaine des \u00e9nergies renouvelables depuis plusieurs ann\u00e9es. Et l\u2019innovation de rupture apportera sans doute, dans les d\u00e9cennies qui viennent, des r\u00e9ponses strat\u00e9giques dans plusieurs autres domaines.<\/p>\n<p>Les efforts d\u2019innovation doivent donc \u00eatre vigoureusement soutenus. Il nous faut acc\u00e9l\u00e9rer sans d\u00e9lai le d\u00e9ploiement des technologies connues, notamment en s\u00e9curisant les investissements et en partageant les risques quand l\u2019horizon de rentabilit\u00e9 est incertain ou qu\u2019il d\u00e9pend de variables de march\u00e9 trop peu pr\u00e9visibles \u00e0 court ou moyen terme.<\/p>\n<p>Contrat, normes, technologies : tel est le triangle vertueux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel doit se construire une bonne gouvernance de la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p><span><span><strong>5- Un plan de bataille pour le climat socialement d\u00e9sirable : le temps du consensus et de l\u2019action<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas bien organis\u00e9 pour mener la transition \u00e9cologique. Les principaux facteurs responsables de cet \u00e9chec sont d\u2019une part la p\u00e9rennisation d\u2019une trop grande sectorisation de la conduite des politiques publiques \u00e9cologiques, et d\u2019autre part l\u2019instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Le souci d\u2019animer la transversalit\u00e9 des enjeux de la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique n\u2019est pas nouveau, mais force est de constater que les \u00e9volutions organisationnelles depuis n\u2019ont pas rendu la t\u00e2che plus facile. Le cloisonnement tant minist\u00e9riel qu\u2019administratif est donc bien le c\u0153ur du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Si de plus en plus de minist\u00e8res commencent \u00e0 s\u2019interroger sur la part qui leur revient dans ce processus, la transition \u00e9cologique n\u2019est pas encore pens\u00e9e comme un changement syst\u00e9mique de tous les secteurs \u00e0 anticiper et planifier, mais comme une activit\u00e9 suppl\u00e9mentaire \u00e0 mener en sus des missions usuelles.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re auquel revient la mission de penser et d\u2019organiser la transition est ainsi le minist\u00e8re de l\u2019industrie, des mines et de l\u2019\u00e9nergie. Le p\u00e9rim\u00e8tre de ce minist\u00e8re a vari\u00e9 depuis sa cr\u00e9ation mais \u00e0 l\u2019heure actuelle, il inclut au moins un secteur majeur de la transition : l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Les autres secteurs directement \u00e9metteurs de gaz \u00e0 effet de serre (GES) ou impactant la biodiversit\u00e9 (transport, agriculture par exemple) ainsi que les leviers de la transition (mod\u00e8les de production et de consommation, \u00e9ducation, recherche, formation et mutation des emplois, etc.) ne rel\u00e8vent pas de son autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019a par ailleurs pas la main sur les leviers fiscaux et budg\u00e9taires. M\u00eame, dans les domaines plac\u00e9s sous son autorit\u00e9, ses d\u00e9cisions ayant souvent des impacts sur les attributions d\u2019autres minist\u00e8res, doivent g\u00e9n\u00e9ralement \u00eatre valid\u00e9es par une \u00ab interminist\u00e9rielle \u00bb.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Chaque minist\u00e8re d\u00e9fend les int\u00e9r\u00eats qui rel\u00e8vent de son champ de comp\u00e9tences en soulignant par exemple l\u2019effet de la d\u00e9cision propos\u00e9e sur le budget de la nation, sur les mod\u00e8les \u00e9conomiques de telle ou telle fili\u00e8re, sur le pouvoir d\u2019achat, sur l\u2019atteinte de nos engagements internationaux ou encore sur l\u2019am\u00e9nagement des territoires.<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence positive de cette organisation est que les d\u00e9cisions sont \u00ab en principe \u00bb, \u00e9tudi\u00e9es \u00e0 l\u2019aune de tous les impacts potentiels qu\u2019elles peuvent avoir, favorables ou d\u00e9favorables, et que tous les membres du Gouvernement sont th\u00e9oriquement solidaires des arbitrages qui sont rendus.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, une autre cons\u00e9quence \u2013 plus f\u00e2cheuse \u2013 est que les cibles et actions propos\u00e9es par chaque minist\u00e8re sont g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7ues comme partiales et devant faire l\u2019objet de compromis entre des positions parfois tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es. Or la transition \u00e9cologique est par nature transversale \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des minist\u00e8res et administrations : mutation des mod\u00e8les de production et de consommation, transition agricole, anticipation de la transformation des emplois, \u00e9ducation et sensibilisation, sant\u00e9, transports, logements, etc.<\/p>\n<p>Compte tenu de l\u2019urgence et de son caract\u00e8re syst\u00e9mique, la transition \u00e9cologique ne devrait plus faire l\u2019objet de compromis sur ses objectifs mais uniquement de n\u00e9gociations sur ses modalit\u00e9s. Or, si l\u2019on prend l\u2019exemple de la strat\u00e9gie nationale bas carbone, le plan climat rel\u00e8ve davantage d\u2019un recensement des mesures d\u00e9j\u00e0 existantes ou pr\u00e9vues, plut\u00f4t que d\u2019un outil de pilotage de la strat\u00e9gie climatique.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, ce qui aurait d\u00fb \u00eatre un outil d\u2019appropriation et de mise en \u0153uvre de la strat\u00e9gie nationale bas carbone ressemble pour le moment \u00e0 une simple \u00e9num\u00e9ration d\u2019actions existantes sans r\u00e9elle mise en perspective avec les objectifs adopt\u00e9s. La raison en est tragiquement simple, les cibles de cette strat\u00e9gie sont peu connues des minist\u00e8res et, lorsqu\u2019elles le sont, rarement consid\u00e9r\u00e9es comme imp\u00e9ratives, et encore moins comme contraignantes. Les diff\u00e9rentes entit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat ne tirent ainsi pas toujours dans le m\u00eame sens.<\/p>\n<p>Si nous voulons r\u00e9ussir la transition juste, les objectifs climatiques et environnementaux ne devraient plus faire l\u2019objet de compromis permanents mais \u00eatre appropri\u00e9s par tous les acteurs qui ont la charge de leur mise en \u0153uvre. Il est temps de mettre derri\u00e8re nous le d\u00e9bat sur le point d\u2019arriv\u00e9e et de se concentrer sur la fa\u00e7on d\u2019y parvenir. Pour l\u2019\u00c9tat, cela passe notamment par trois \u00e9volutions :<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Tout d\u2019abord construire des objectifs partag\u00e9s et appropri\u00e9s par l\u2019ensemble de ses composantes\u202f;\u00a0<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Ensuite mettre en place des instances de pilotage et de contr\u00f4le garantissant que toutes les parties prenantes s\u2019impliquent \u00e0 leur \u00e9chelle, et en particulier que tous les minist\u00e8res soient redevables des cibles qui portent sur leurs champs d\u2019expertise\u202f;\u00a0<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Et enfin incarner la transition \u00e9cologique au plus pr\u00e8s des parties prenantes, qu\u2019il s\u2019agisse de citoyens, d\u2019entreprises ou de collectivit\u00e9s territoriales pour rendre la transition visible, simple et accessible \u00e0 tous.<\/p>\n<p>L\u2019objectif est clair, placer \u00ab la planification \u00e9cologique \u00bb au plus haut niveau de l\u2019\u00c9tat pour mieux coordonner l\u2019\u00e9laboration des strat\u00e9gies nationales en mati\u00e8re de climat, d\u2019\u00e9nergie, de biodiversit\u00e9 et de veiller \u00e0 la bonne ex\u00e9cution des engagements pris par tous les minist\u00e8res en mati\u00e8re d\u2019\u00e9cologie.<\/p>\n<p>Le rapprochement de la d\u00e9cision toujours plus proche du pouvoir ex\u00e9cutif appara\u00eet comme un gage d\u2019efficacit\u00e9 puisqu\u2019il permet d\u2019enjamber les tutelles minist\u00e9rielles pesantes. Mais, ce pari de la sur-centralisation peut aussi conduire \u00e0 l\u2019effet inverse recherch\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire son inefficacit\u00e9. La sur-centralisation de la d\u00e9cision s\u2019expose \u00e0 deux types d\u2019\u00ab effets pervers \u00bb :<\/p>\n<p>Le premier est celui sa forte sensibilit\u00e9 aux effets contextuels. Plus le dispositif est proche de l\u2019ex\u00e9cutif, plus il est soumis aux \u00e9volutions de l\u2019agenda politique, qui en fonction des contextes peuvent \u00eatre particuli\u00e8rement brutaux. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019action politique en mati\u00e8re \u00e9cologique n\u00e9cessite de penser l\u2019action sur un temps long, la sur-centralisation vient au contraire amplifier les logiques court-termistes. Aujourd\u2019hui la priorit\u00e9 est \u00e0 la gestion de la \u00ab crise inflationniste \u00bb, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, aux finances publiques et au pouvoir d\u2019achat au d\u00e9triment de la d\u00e9carbonation.<\/p>\n<p>Le second type d\u2019effet pervers est d\u2019ordre organisationnel. L\u2019action publique se caract\u00e9rise aujourd\u2019hui comme un empilement d\u2019organisations dont les fronti\u00e8res de comp\u00e9tences se chevauchent ou sont peu \u00e9videntes \u00e0 cerner. Il en r\u00e9sulte un important brouillage de l\u2019action publique qui nuit \u00e0 son efficacit\u00e9. Les chevauchements de comp\u00e9tences ou l\u2019absence de division claire entre diff\u00e9rentes organisations brouille la lisibilit\u00e9 de la division du travail administratif pour ses usagers et augmentent les co\u00fbts de coordination entre eux.<\/p>\n<p>Pire, cet empilement d\u2019organisations dilue les moyens publics puisqu\u2019ils sont d\u00e9sormais non plus affect\u00e9s \u00e0 une seule et m\u00eame organisation ayant une mission pr\u00e9cise mais bien \u00e0 plusieurs. Il en va ainsi d\u00e9sormais de la transition \u00e9cologique o\u00f9 plusieurs organisations se battent les parts d\u2019un m\u00eame budget national qui devrait, du reste, \u00eatre consolid\u00e9 et augment\u00e9.<\/p>\n<p>En somme, le bilan du dispositif actuel de la gouvernance de la transition \u00e9cologique est sans appel : con\u00e7u pour agir dans le temps long, il s\u2019expose au contraire aux logiques politiques contextuelles et court-termistes. Ensuite, con\u00e7u pour enjamber la sectorisation, il contribue finalement \u00e0 l\u2019amplifier et \u00e0 diluer les moyens humains et financiers de l\u2019action publique en mati\u00e8re environnementale.<\/p>\n<p>Or, le d\u00e9fi de la transition \u00e9cologique d\u00e9pend avant tout de la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 remettre en cause les sous-bassement profonds de sa culture institutionnelle. R\u00e9ussir la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique ne se r\u00e9duit pas \u00e0 de nouvelles pratiques ou \u00e0 des mesures techniques. Derri\u00e8re la transition se loge souvent des modalit\u00e9s du changement ajust\u00e9es aux int\u00e9r\u00eats des dominants : r\u00e9am\u00e9nager l\u2019int\u00e9rieur du cadre sans en modifier les contours.<\/p>\n<p>Seules des transformations sociales pr\u00e9alables, int\u00e9gr\u00e9es aux structures et aux habitudes collectives, permettent d\u2019envisager une soci\u00e9t\u00e9 respectueuse des limites plan\u00e9taires. Les niveaux auxquels ces modifications devraient s\u2019op\u00e9rer sont trop peu questionn\u00e9s, comme si la question de ce qui doit changer, allait de soi.<\/p>\n<p>Selon les modalit\u00e9s et la rapidit\u00e9 de la transition, les secteurs concern\u00e9s et les technologies privil\u00e9gi\u00e9es, certains actifs et titres boursiers seront d\u00e9valu\u00e9s, tandis que d&rsquo;autres gagneront en valeur. D\u00e8s lors, des lobbies r\u00e9sistent, des cat\u00e9gories sociales se crispent et la volont\u00e9 politique n\u2019est pas toujours au rendez-vous.<\/p>\n<p><span><span><strong>6- La transition un d\u00e9fi organisationnel in\u00e9dit appelle une gouvernance interminist\u00e9rielle et inter- acteurs adapt\u00e9e<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La transition \u00e9cologique exige au niveau gouvernemental un engagement de chaque minist\u00e8re et une coordination interminist\u00e9rielle serr\u00e9e, dans le cadre d\u2019une planification pr\u00e9cise de l\u2019action gouvernementale. Ces responsabilit\u00e9s ne peuvent relever d\u2019un seul minist\u00e8re, aussi puissant soit-il.<\/p>\n<p>Le sujet de la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique est interminist\u00e9riel par nature et rel\u00e8ve de l\u2019esprit de mission, tout en exigeant une administration efficace porteuse de la longue dur\u00e9e. Des changements significatifs sont intervenus dans les structures minist\u00e9rielles de plusieurs pays en mati\u00e8re de transition.<\/p>\n<p>On ne part pas d\u2019une feuille blanche en mati\u00e8re de gouvernance de la transition, bien au contraire, tant les acteurs potentiels de la transition sont ou se jugent d\u00e9j\u00e0 en place. Il convient par cons\u00e9quent de formuler une vision du souhaitable en prenant en compte les r\u00e9alit\u00e9s existantes en termes d\u2019organisation de la puissance publique et du possible.<\/p>\n<p>La question de l\u2019organisation d\u2019ensemble du gouvernement dans le champ consid\u00e9r\u00e9 n\u2019est pas nouvelle ; elle se pose en termes n\u00e9anmoins renouvel\u00e9s avec l\u2019\u00e9mergence du concept de transition \u00e9cologique et l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de mener celle-ci avec efficacit\u00e9. Si le gouvernement n\u2019absorbe pas la totalit\u00e9 de la responsabilit\u00e9 de la (mise en \u0153uvre) de la transition \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique, loin s\u2019en faut, il joue un r\u00f4le de pilote, de chef d\u2019orchestre incontestable. Le temps n\u2019est plus \u00e0 la seule pr\u00e9occupation d\u2019int\u00e9gration (mainstreaming) des enjeux environnementaux dans les politiques sectorielles.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas seulement de \u00ab verdir \u00bb les politiques. L\u2019id\u00e9e de transition \u00e9cologique est beaucoup plus ambitieuse et vise des changements profonds qui ne concernent pas seulement les questions environnementales. Elle appelle une gouvernance interminist\u00e9rielle et inter-acteurs adapt\u00e9e:<\/p>\n<p><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Ne plus traiter le climat comme un sujet \u00e0 part, mais comme une priorit\u00e9 pour chaque minist\u00e8re.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Anticiper les pollutions et la destruction de la nature avant qu&rsquo;elles ne se produisent.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Assurer un d\u00e9veloppement \u00e9conomique qui respecte les limites de la plan\u00e8te \u00e0 long terme.<br \/><span><strong>\u2022<\/strong><\/span> Lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s et r\u00e9duire la fracture entre les territoires<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, la transition \u00e9cologique exige au niveau gouvernemental un engagement de chaque minist\u00e8re et une coordination interminist\u00e9rielle serr\u00e9e, dans le cadre d\u2019une planification pr\u00e9cise de l\u2019action gouvernementale, toutes responsabilit\u00e9s qui ne peuvent relever d\u2019un minist\u00e8re aussi puissant soit-il, peut-\u00eatre m\u00eame du fait de cette puissance.<\/p>\n<p>L\u2019ampleur du p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019un minist\u00e8re ne garantit pas l\u2019harmonisation interne des politiques climatiques, comme on le voit par exemple avec le retard du d\u00e9ploiement des \u00e9nergies renouvelables ou les difficult\u00e9s croissantes des programmes d\u2019\u00e9conomie d\u2019\u00e9nergie pour l\u2019ex\u00e9cution desquels le minist\u00e8re dispose pourtant de toutes les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des capacit\u00e9s de tel ou tel ministre \u00e0 pr\u00e9senter et \u00e0 d\u00e9fendre ses positions, l\u2019existence d\u2019un puissant Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 la transition ne garantit nullement que la d\u00e9carbonation soit prise en charge \u00e0 grande \u00e9chelle par le gouvernement tel qu\u2019il est organis\u00e9. Un ministre ne peut \u00e0 la fois se trouver en opposition chronique avec ses homologues, tout en menant une action d\u2019animation telle que la politique de transition l\u2019exige.<\/p>\n<p>La transition dans sa complexit\u00e9 n\u2019est pas correctement prise en charge au niveau gouvernemental. Elle rel\u00e8ve de la gestion pour ce qui est des n\u00e9gociations internationales, de la pr\u00e9paration des lois et d\u00e9crets et de leur mise en \u0153uvre, et de l\u2019application de la l\u00e9gislation sur le terrain. L\u2019esprit de mission s\u2019applique aux t\u00e2ches d\u2019animation, d\u2019incitation, d\u2019engagement des acteurs : une administration de gestion \u00e0 une administration de mission.<\/p>\n<p>Ainsi, la transition \u00e9cologique est interminist\u00e9riel par nature, relevant de l\u2019esprit de mission tout en exigeant une administration efficace porteuse de la longue dur\u00e9e, implique n\u00e9cessairement le chef du gouvernement qui peut y r\u00e9pondre soit en exer\u00e7ant lui-m\u00eame la comp\u00e9tence, soit en la faisant exercer par un ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 qui lui est rattach\u00e9.<\/p>\n<p>En revanche, la politique de l\u2019\u00e9nergie devrait, en raison de son importance, \u00eatre incarn\u00e9e par un ministre autonome charg\u00e9 de l\u2019\u00c9nergie, qui serait responsable dans un d\u00e9cret d\u2019attribution tr\u00e8s pr\u00e9cis de traiter ensemble les enjeux de la politique \u00e9nerg\u00e9tique : s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019approvisionnement, respect des engagements climatiques et environnementaux, ma\u00eetrise de la consommation, efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, innovation technique, aspects industriels, maitrise des co\u00fbts, lutte contre la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Ce champ d\u2019action devrait suffire \u00e0 occuper une personnalit\u00e9 minist\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Une organisation appropri\u00e9e du niveau territorial est aussi une composante essentielle de la gouvernance de la transition. \u00c0 cet effet, il importe de cr\u00e9er plus de synergies entre l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s et d\u2019aller vers une action conjointe plus structur\u00e9e tout en tenant compte des dispositifs d\u00e9j\u00e0 en place. Les villes clairement avancer sur la question de la transition pourraient servir de laboratoire pour tester de nouvelles approches de la gouvernance en commun.<\/p>\n<p>L\u2019AMME, au niveau central, conserverait son r\u00f4le technique, d\u2019innovation et d\u2019animation, aux c\u00f4t\u00e9s des autres agences. Traditionnellement, l\u2019administration met en \u0153uvre les politiques publiques en utilisant une panoplie d\u2019outils : syst\u00e8me d\u2019autorisation, pr\u00eats et subventions, instruments fiscaux, actions d\u2019information.<\/p>\n<p>La d\u00e9marche contractuelle est \u00e0 privil\u00e9gier. Les contrats g\u00e9n\u00e8rent en principe de la visibilit\u00e9 favorisant l\u2019engagement des acteurs concern\u00e9s. Comment conserver les avantages ind\u00e9niables de la politique contractuelle tout en menant une politique publique de transition pr\u00e9sentant les garanties de continuit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019atteinte des objectifs \u00e0 moyen et long terme notamment de la strat\u00e9gie nationale bas-carbone ?<\/p>\n<p>Ne faut-il pas envisager de cr\u00e9er une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de contrats de plan \u00c9tat\/r\u00e9gions (et autres acteurs) pour mener \u00e0 bien la transition ? Le recours \u00e0 l\u2019approche contractuelle ne peut se concevoir que si ces contrats rev\u00eatent un caract\u00e8re opposable et invocable y compris par les tiers, ce qui pourrait justifier de leur octroyer par la loi un statut juridique solide<\/p>\n<p><span><span><strong>7- Conclusion : nous savons \u00e0 peu pr\u00e8s ce que nous devons faire mais on ne le fait pas (ou pas assez !)<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>En conclusion, on indiquera une gouvernance, si bien con\u00e7ue soit elle, ne peut qu\u2019accompagner et soutenir une volont\u00e9 politique au sommet ; elle ne peut ni la remplacer ni en tenir lieu. Pour conduire la transition, une volont\u00e9 politique affirm\u00e9e notamment et rappel\u00e9e de fa\u00e7on continue est une condition indispensable.<\/p>\n<p>La guerre en Iran et ses cons\u00e9quences dans les domaines \u00e9nerg\u00e9tiques et agro-alimentaires, les perspectives de p\u00e9nurie en mati\u00e8re de m\u00e9taux rares, les effets bien perceptibles du d\u00e9r\u00e8glement climatique sur l\u2019eau et sur l\u2019agriculture, enfin la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des pays m\u00e9diterran\u00e9s se conjuguent pour inviter les pouvoirs publics \u00e0 se donner des objectifs permettant de conduire une transition de grande ampleur et \u00e0 mettre en place une gouvernance appropri\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019Humanit\u00e9 s\u2019en est toujours sortie\u2026 Mais cela ne veut pas dire qu\u2019elle s\u2019en sortira toujours\u2026 Nos outils ne sont-ils pas en train de nous \u00e9chapper, de d\u00e9cider sans nous, du monde qui s\u2019annonce ? \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 les inqui\u00e9tudes se multiplient autour du r\u00e9chauffement climatique, de l&rsquo;intelligence artificielle ou encore des limites de la plan\u00e8te, la technologie est un outil dont les effets d\u00e9pendent de la mani\u00e8re dont les soci\u00e9t\u00e9s s&rsquo;en servent, les d\u00e9rives possibles de l&rsquo;intelligence artificielle ou des r\u00e9seaux sociaux sont fatales. Le v\u00e9ritable enjeu n&rsquo;est pas de ralentir l&rsquo;innovation, mais de l&rsquo;encadrer par des r\u00e8gles, et une responsabilit\u00e9 collective afin qu&rsquo;elle reste au service du pays.<\/p>\n<p>Les travaux sur \u00ab l&rsquo;\u00e9conomie du bonheur \u00bb montrent que les liens d&rsquo;amiti\u00e9, d&rsquo;amour ou d&rsquo;entraide comptent davantage que l&rsquo;accumulation de richesses et s&rsquo;interrogent sur les effets d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 toujours plus technologique. Alors qu\u2019une nouvelle canicule s\u2019\u00e9tend sur le pays un constat s\u2019impose : ces \u00e9pisodes extr\u00eames ne sont pas des accidents. Ils sont la cons\u00e9quence d\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique qui se d\u00e9vore lui-m\u00eame. Et les g\u00e9ants p\u00e9troliers sont parmi les premiers Architectes.<\/p>\n<p>Depuis des d\u00e9cennies, les majors freinent toute action s\u00e9rieuse sur le climat. Ces majors connaissent l\u2019impact de leurs produits sur le r\u00e9chauffement climatique depuis 1971. Ces entreprises ont pourtant, contribu\u00e9 \u00e0 fabriquer le doute sur la science climatique et \u00e0 faire obstacle \u00e0 la transition \u00e9cologique.<\/p>\n<p>La canicule de juin-juillet-ao\u00fbt 2026 aura \u00e9t\u00e9 la plus intense jamais mesur\u00e9e. Face au changement climatique, nous ne sommes pas \u00e9gaux, et l\u2019adaptation repose encore largement sur les moyens de chacun. Alors que le r\u00e9chauffement climatique rendra ces \u00e9pisodes plus fr\u00e9quents et plus intenses, une autre voie m\u00e9rite d\u2019\u00eatre d\u00e9fendue, celle d\u2019une adaptation collective qui prot\u00e8ge tout le monde et pas seulement ceux qui peuvent se le permettre et de la solidarit\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>Les \u00e9pisodes caniculaires touchent toutes les tranches d&rsquo;\u00e2ge, mais elles sont particuli\u00e8rement dangereuses pour les personnes vuln\u00e9rables. Ce constat conduit \u00e0 rappeler l\u2019importance des mesures de solidarit\u00e9 envers les personnes vuln\u00e9rables et en situation de solitude et en grande pauvret\u00e9. Rien de tout cela ne rel\u00e8ve de l\u2019impr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Les scientifiques annoncent depuis des d\u00e9cennies que le changement climatique rendrait les canicules plus fr\u00e9quentes et plus intenses, d\u2019autant que les pays m\u00e9diterran\u00e9ens se r\u00e9chauffent plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Alors que les canicules s\u2019intensifient, la question n\u2019est plus de savoir s\u2019il faut s\u2019adapter, mais comment. Quelle voie doit-on emprunter ? Celle d\u2019un mod\u00e8le de march\u00e9, o\u00f9 chacun se prot\u00e8ge selon ses moyens, ou celle de dispositifs organis\u00e9s pour prot\u00e9ger tout le monde ?\u00a0<br \/>Nous sommes en train de comprendre que nous nous sommes tromp\u00e9s, collectivement. Nous avons donn\u00e9 trop de place \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie n\u00e9o-classique, au march\u00e9, \u00e0 la valeur mon\u00e9taire, aux indicateurs comme le PIB. Une soci\u00e9t\u00e9 riche ce n&rsquo;est pas une soci\u00e9t\u00e9 qui a un gros PIB mais une soci\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9serve son patrimoine naturel et sa coh\u00e9sion sociale tout en satisfaisant les besoins de tous ses ressortissants.<\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 \u00e0 un moment crucial. Il est encore temps de bifurquer. Nos indicateurs de mesure sont faux. Notre \u00e9conomie est folle. Notre gouvernance n\u2019est pas adapt\u00e9e. Nous devons au plus vite changer d&rsquo;indicateurs, circonscrire la puissance du march\u00e9, respecter les limites physiques et sociales, mettre la question \u00e9cologique au c\u0153ur de nos politiques.<\/p>\n<p>Pour parler du climat sans cr\u00e9er de fatalisme ou de rejet, il me semble n\u00e9cessaire d&rsquo;adopter une nouvelle approche. Montrer que les grands enjeux du XXI \u00e9 si\u00e8cle sont profond\u00e9ment travers\u00e9s par la question du climat : bien s\u00fbr, les enjeux de souverainet\u00e9 et de comp\u00e9titivit\u00e9, qui apparaissent aujourd&rsquo;hui comme les priorit\u00e9s du moment, mais aussi les enjeux de s\u00e9curit\u00e9, de sant\u00e9, de migration, de commerce, d\u2019agriculture, ou de justice.<\/p>\n<p>Si nous voulons r\u00e9ussir la transition, l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas tant de parler davantage du climat que d&rsquo;en parler autrement pour en faire un projet d\u2019avenir. Nous savons \u00e0 peu pr\u00e8s ce que nous devons faire (\u00c9tat, entreprises, citoyens) mais on ne le fait pas (ou pas assez !). Transitionner vers un monde moins carbon\u00e9, cela co\u00fbte cher, pour le moment. Il faut y consacrer des budgets importants. De l\u2019argent, nous n\u2019en manquons pas vraiment, c\u2019est une simple question de choix.<\/p>\n<p>A nous, humains, de choisir. D\u00e9p\u00eachons-nous : nous n&rsquo;avons plus beaucoup de temps.<\/p>\n<p><strong>Pr Samir Allal<\/strong><br \/><span><em>Universit\u00e9 de Versailles\/ Paris-Saclay<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38422-pr-samir-allal-agonie-du-monde-du-regne-du-chacun-pour-soi-neoliberal-et-de-l-irresponsabilite-ecologique\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr Samir Allal. Universit\u00e9 de Versailles\/ Paris-Saclay &#8211; Nous assistons ces derniers temps \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration brutale, \u00e0 une collision de ruptures et \u00e0 une superposition de futurs possibles : la fin du n\u00e9olib\u00e9ralisme, et du monde tel que nous le connaissions. Nos rep\u00e8res se brouillent et, pour chaque ph\u00e9nom\u00e8ne, plusieurs grilles de lecture se [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":191734,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178871315198_content.jpg","fifu_image_alt":"Pr Samir Allal: Agonie du monde du r\u00e8gne du chacun pour soi n\u00e9olib\u00e9ral et de l\u2019irresponsabilit\u00e9 \u00e9cologique","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-191733","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191733","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191733"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191733\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191734"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191733"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191733"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191733"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}