{"id":191751,"date":"2026-09-07T13:00:36","date_gmt":"2026-09-07T17:00:36","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/luniversite-tunisienne-face-a-lavenir-former-des-intelligences-pas-seulement-des-diplomes\/"},"modified":"2026-09-07T13:00:36","modified_gmt":"2026-09-07T17:00:36","slug":"luniversite-tunisienne-face-a-lavenir-former-des-intelligences-pas-seulement-des-diplomes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/luniversite-tunisienne-face-a-lavenir-former-des-intelligences-pas-seulement-des-diplomes\/","title":{"rendered":"L\u2019universit\u00e9 tunisienne face \u00e0 l\u2019avenir: former des intelligences, pas seulement des dipl\u00f4m\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Dhia Bouktila.<\/strong> <em><strong>Professeur de G\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Monastir &#8211;<\/strong><\/em><\/span><\/span> <strong>\u00c0 chaque rentr\u00e9e universitaire, l\u2019universit\u00e9 tunisienne reprend son rythme: inscriptions, emplois du temps, enseignements, nouvelles formations et examens. Derri\u00e8re cette activit\u00e9 bien connue, une question plus fondamentale m\u00e9rite toutefois d\u2019\u00eatre pos\u00e9e: pr\u00e9parons-nous r\u00e9ellement la Tunisie et ses jeunes \u00e0 l\u2019avenir? \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019intelligence artificielle, les grandes transitions \u00e9cologique, agricole et \u00e9nerg\u00e9tique et les bouleversements du travail transforment profond\u00e9ment les \u00e9conomies et les soci\u00e9t\u00e9s, le XXI\u1d49 si\u00e8cle ne demande pas seulement \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de produire des dipl\u00f4m\u00e9s adapt\u00e9s aux emplois d\u2019aujourd\u2019hui. Il l\u2019invite \u00e0 former des intelligences capables de comprendre les transformations en cours et de contribuer \u00e0 construire le monde de demain.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>1. Un monde nouveau, des formations \u00e0 r\u00e9inventer<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pendant longtemps, la mission de l\u2019universit\u00e9 pouvait \u00eatre formul\u00e9e simplement: transmettre des connaissances, certifier des comp\u00e9tences et pr\u00e9parer les \u00e9tudiants \u00e0 exercer des m\u00e9tiers relativement bien identifi\u00e9s. C\u2019\u00e9tait un mod\u00e8le largement adapt\u00e9 au monde du XX\u1d49 si\u00e8cle, marqu\u00e9 par des m\u00e9tiers plus stables, des trajectoires professionnelles plus pr\u00e9visibles et une \u00e9volution relativement progressive des savoirs et des technologies.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le se heurte aujourd\u2019hui \u00e0 une difficult\u00e9 majeure: le monde pour lequel il avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u n\u2019est plus celui dans lequel nos \u00e9tudiants vont construire leur avenir. Le march\u00e9 du travail est lui-m\u00eame engag\u00e9 dans une profonde transition, plus rapide que l\u2019\u00e9volution des formations universitaires cens\u00e9es l\u2019accompagner.<\/p>\n<p>L\u2019intelligence artificielle modifie d\u00e9j\u00e0 la nature de nombreuses t\u00e2ches intellectuelles; les transitions \u00e9cologique et \u00e9nerg\u00e9tique transforment les m\u00e9tiers et les comp\u00e9tences; les sciences du vivant redessinent les fronti\u00e8res entre sant\u00e9, agriculture et environnement. Dans le m\u00eame temps, de nouvelles activit\u00e9s apparaissent, de nouvelles compl\u00e9mentarit\u00e9s entre disciplines se dessinent et certaines comp\u00e9tences deviennent rapidement obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>Cette acc\u00e9l\u00e9ration concerne directement la Tunisie. Elle intervient dans un contexte o\u00f9 la question de l\u2019insertion des dipl\u00f4m\u00e9s reste centrale et o\u00f9 le tissu \u00e9conomique lui-m\u00eame doit faire face \u00e0 de profondes transformations technologiques, environnementales et productives.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es disponibles donnent une mesure assez frappante de cette acc\u00e9l\u00e9ration. Le <em>Future of Jobs Report 2025 du World Economic Forum<\/em> estime que <strong>39 % des comp\u00e9tences actuellement mobilis\u00e9es dans les emplois devraient \u00eatre transform\u00e9es ou devenir obsol\u00e8tes entre 2025 et 2030.<\/strong> Plus surprenant encore, parmi les comp\u00e9tences fondamentales consid\u00e9r\u00e9es comme essentielles par les employeurs, <strong>la pens\u00e9e analytique arrive en premi\u00e8re position. La pens\u00e9e cr\u00e9ative (creative thinking), la pens\u00e9e syst\u00e9mique (systems thinking), la capacit\u00e9 d\u2019adaptation, la curiosit\u00e9 et l\u2019apprentissage continu (lifelong learning)<\/strong> figurent \u00e9galement parmi les comp\u00e9tences dont l\u2019importance progresse le plus.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution pose une question particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019universit\u00e9 tunisienne. Il ne s\u2019agit plus seulement de savoir si nos formations correspondent aux m\u00e9tiers recherch\u00e9s aujourd\u2019hui, mais si elles permettent \u00e0 nos \u00e9tudiants de rester pertinents lorsque ces m\u00e9tiers se transforment, que certaines t\u00e2ches s\u2019automatisent et que de nouvelles professions apparaissent.<\/p>\n<p>L\u2019universit\u00e9 ne peut donc \u00eatre pens\u00e9e uniquement comme une r\u00e9ponse aux besoins du march\u00e9 pr\u00e9sent. Elle doit aussi devenir l\u2019un des lieux o\u00f9 se comprennent les transformations en cours, o\u00f9 se pr\u00e9parent les comp\u00e9tences nouvelles et o\u00f9 s\u2019imaginent les activit\u00e9s \u00e9conomiques de demain.<\/p>\n<p><span><span><strong>2. R\u00e9nover nos formations: bien plus que changer leurs intitul\u00e9s<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le constat pr\u00e9c\u00e9dent ne signifie pas qu\u2019il suffirait de <strong>renouveler l\u2019offre de formation en multipliant les intitul\u00e9s inspir\u00e9s des nouveaux mots-cl\u00e9s:<\/strong> <em>intelligence artificielle, One Health, durabilit\u00e9, innovation ou num\u00e9rique.<\/em> Changer le nom d\u2019une formation ne suffit pas \u00e0 changer ce qu\u2019elle forme.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est autrement plus profond. R\u00e9inventer nos formations suppose de repenser \u00e0 la fois les contenus et, plus fondamentalement encore, la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9tudiant apprend \u00e0 penser et \u00e0 agir. Il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019ajouter de nouveaux concepts \u00e0 des programmes existants, mais de d\u00e9velopper <strong>la capacit\u00e9 d\u2019analyser, de relier, de questionner, de raisonner et de comprendre la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes auxquels il sera confront\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>Une formation intitul\u00e9e \u00abIntelligence artificielle\u00bb peut ainsi rester tr\u00e8s traditionnelle si elle se limite \u00e0 transmettre des outils; une formation consacr\u00e9e \u00e0 la \u00abdurabilit\u00e9\u00bb peut rester superficielle si elle ne permet pas de comprendre les interactions entre syst\u00e8mes agricoles, \u00e9cologiques, \u00e9conomiques et sociaux. L\u2019innovation p\u00e9dagogique ne r\u00e9side donc pas dans les mots que l\u2019on ajoute \u00e0 un programme, mais dans les transformations qu\u2019il produit chez celui qui apprend.<\/p>\n<p>Cela suppose de faire \u00e9voluer la conception m\u00eame des formations. Des parcours plus ouverts, plus <strong>interdisciplinaires<\/strong> et davantage fond\u00e9s sur les probl\u00e8mes r\u00e9els pourraient permettre aux \u00e9tudiants de mobiliser plusieurs disciplines autour d\u2019une m\u00eame question, de travailler sur des situations concr\u00e8tes et de d\u00e9velopper leur capacit\u00e9 \u00e0 chercher, exp\u00e9rimenter, collaborer et proposer des solutions.<\/p>\n<p>L\u2019universit\u00e9 pourrait ainsi moins raisonner en termes de juxtaposition de mati\u00e8res et davantage en termes de capacit\u00e9s \u00e0 d\u00e9velopper: savoir comprendre un probl\u00e8me complexe, mobiliser les connaissances pertinentes, travailler avec d\u2019autres disciplines, utiliser intelligemment l\u2019intelligence artificielle, mais aussi exercer son <strong>jugement critique<\/strong> \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9sultats qu\u2019elle produit.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas pour autant de renoncer \u00e0 la sp\u00e9cialisation. L\u2019expertise demeure indispensable; mais elle gagne \u00e0 \u00eatre articul\u00e9e \u00e0 une culture plus large, capable de donner du sens aux connaissances et de les mettre en relation. C\u2019est cette combinaison entre profondeur disciplinaire et ouverture intellectuelle qui permettra aux dipl\u00f4m\u00e9s de rester capables d\u2019apprendre lorsque leur m\u00e9tier \u00e9voluera.<\/p>\n<p>Les concepts nouveaux ne deviennent v\u00e9ritablement nouveaux que lorsqu\u2019ils transforment la mani\u00e8re d\u2019apprendre, de penser et d\u2019agir.<\/p>\n<p><span><span><strong>3. La nouvelle comp\u00e9tence de demain: apprendre \u00e0 penser<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e9sormais la notion m\u00eame de comp\u00e9tence qui doit \u00eatre repens\u00e9e : <strong>qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre r\u00e9ellement comp\u00e9tent dans un monde o\u00f9 les machines sont elles-m\u00eames capables de produire des connaissances, d\u2019analyser des donn\u00e9es, de g\u00e9n\u00e9rer du contenu et d\u2019assister la d\u00e9cision?<\/strong><\/p>\n<p>Le nouveau march\u00e9 du travail exige certes des savoir-faire sp\u00e9cialis\u00e9s. Mais il exige aussi des individus capables de <strong>relier les savoirs, de comprendre les interactions, de questionner les \u00e9vidences, d\u2019identifier les limites d\u2019un raisonnement et de distinguer une solution techniquement possible d\u2019une solution humainement souhaitable.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019essor de l\u2019intelligence artificielle rend cette distinction encore plus importante. L\u2019UNESCO souligne d\u2019ailleurs que les comp\u00e9tences en IA ne peuvent se limiter \u00e0 la ma\u00eetrise des outils: elles doivent int\u00e9grer une approche centr\u00e9e sur l\u2019humain, l\u2019\u00e9thique et le jugement critique, afin de former des \u00e9tudiants capables non seulement d\u2019utiliser ces technologies, mais aussi de comprendre leurs implications et d\u2019en devenir des acteurs responsables.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu ne sera donc pas seulement de savoir utiliser l\u2019intelligence artificielle, mais de savoir quand lui faire confiance, quand la contr\u00f4ler, quand la corriger et, surtout, quand d\u00e9cider qu\u2019une possibilit\u00e9 technique ne constitue pas n\u00e9cessairement un progr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>La question pos\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 change alors de nature.<\/strong><\/p>\n<p>Il ne suffit plus de demander \u00e0 l\u2019\u00e9tudiant: \u00abQue sais-tu faire?\u00bb Il faut aussi lui apprendre \u00e0 se demander: \u00abPourquoi le faire? Avec quelles cons\u00e9quences? Quelles sont les limites de ce que je sais? Et surtout, quelle question faut-il poser avant de chercher la r\u00e9ponse?\u00bb, car dans un monde o\u00f9 les r\u00e9ponses deviennent de plus en plus accessibles, savoir poser la bonne question pourrait devenir plus difficile et plus pr\u00e9cieux que de trouver la r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que la pens\u00e9e critique, la culture scientifique et <strong>la philosophie des sciences<\/strong> retrouvent une fonction strat\u00e9gique. La philosophie des sciences, en particulier, apprend \u00e0 interroger les concepts, les m\u00e9thodes, les pr\u00e9suppos\u00e9s et les limites qui se trouvent derri\u00e8re la production du savoir. Elle ne vient pas concurrencer les sciences et les technologies, mais contribuer \u00e0 mieux comprendre ce qu\u2019elles produisent, ce qu\u2019elles permettent et ce qu\u2019elles ne permettent pas.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est de reconna\u00eetre que <strong>la ma\u00eetrise technique ne suffit plus lorsque les technologies elles-m\u00eames deviennent capables de produire des r\u00e9ponses, des analyses et des recommandations.<\/strong> Il faut aussi savoir les questionner, en \u00e9valuer la pertinence et en appr\u00e9cier les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable comp\u00e9tence du XXI\u1d49 si\u00e8cle r\u00e9side ainsi moins dans l\u2019accumulation de savoir-faire que dans leur articulation: <strong>expertise et discernement, sp\u00e9cialisation et transversalit\u00e9, innovation et responsabilit\u00e9, connaissance et jugement.<\/strong><\/p>\n<p>Former une intelligence, c\u2019est former un individu capable de comprendre ce qu\u2019il sait, ce qu\u2019il ignore, ce qu\u2019il doit encore apprendre et ce qu\u2019il doit continuer \u00e0 questionner.<\/p>\n<p>C\u2019est probablement l\u2019une des protections les plus solides qu\u2019une universit\u00e9 puisse offrir face \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration technologique: non pas pr\u00e9parer l\u2019\u00e9tudiant \u00e0 un monde professionnel d\u00e9j\u00e0 connu, mais lui donner les moyens intellectuels de rester capable d\u2019apprendre lorsque demain sera devenu aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><span><span><strong>4. Ne pas former pour l\u2019\u00e9conomie d\u2019hier, mais pour faire \u00e9merger celle de demain<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Cette question prend une r\u00e9sonance particuli\u00e8re en Tunisie. L\u2019universit\u00e9 est l\u00e9gitimement appel\u00e9e \u00e0 am\u00e9liorer l\u2019employabilit\u00e9 de ses dipl\u00f4m\u00e9s. Mais cet objectif ne peut constituer son horizon intellectuel ultime. L\u2019universit\u00e9 ne peut se r\u00e9duire \u00e0 un simple instrument d\u2019adaptation des jeunes \u00e0 l\u2019\u00e9conomie telle qu\u2019elle existe aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me productif est plus lente que celle des sciences, des technologies et des m\u00e9tiers, demander \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de s\u2019adapter ind\u00e9finiment aux besoins imm\u00e9diats du march\u00e9 risque de transformer progressivement sa vocation. Elle pourrait \u00eatre pouss\u00e9e \u00e0 fonctionner principalement comme un <strong>dispositif de formation professionnelle sup\u00e9rieure,<\/strong> charg\u00e9 de fournir \u00e0 l\u2019\u00e9conomie existante les comp\u00e9tences dont elle a besoin, plut\u00f4t que comme une institution capable de contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9volution de cette \u00e9conomie.<\/p>\n<p>Or, l\u2019universit\u00e9 devrait \u00eatre l\u2019un des <strong>moteurs de la transformation du mod\u00e8le productif.<\/strong> Par la recherche, l\u2019innovation, le transfert de connaissances, la valorisation des r\u00e9sultats scientifiques et les collaborations avec les entreprises, elle peut contribuer \u00e0 faire \u00e9merger de nouveaux m\u00e9tiers et de nouveaux secteurs.<\/p>\n<p>Cette distinction est essentielle pour la politique publique. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de d\u00e9connecter les formations de <strong>l\u2019employabilit\u00e9<\/strong>, mais de <strong>ne pas r\u00e9duire la mission de l\u2019universit\u00e9 \u00e0 l\u2019adaptation aux besoins de l\u2019\u00e9conomie existante.<\/strong> L\u2019adaptation de l\u2019universit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie ne doit pas constituer son horizon : elle doit aussi \u00eatre en mesure de contribuer \u00e0 transformer cette \u00e9conomie et \u00e0 pr\u00e9parer celle de demain.<\/p>\n<p>Pour la Tunisie, cette ambition peut se traduire autour de quelques grands d\u00e9fis o\u00f9 l\u2019universit\u00e9 a vocation \u00e0 devenir une force d\u2019innovation: la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et la transformation de l\u2019agriculture, la gestion de l\u2019eau et l\u2019adaptation climatique, la transition \u00e9nerg\u00e9tique et le d\u00e9veloppement des technologies num\u00e9riques.<\/p>\n<p>Dans ces domaines, l\u2019universit\u00e9 ne doit pas attendre qu\u2019un march\u00e9 d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9 lui indique les comp\u00e9tences \u00e0 d\u00e9velopper. Par la recherche, l\u2019innovation et le transfert des connaissances, elle peut aussi contribuer \u00e0 faire \u00e9merger de nouvelles activit\u00e9s et, par cons\u00e9quent, les m\u00e9tiers qui les accompagneront.<br \/>Une \u00e9conomie qui peine \u00e0 se transformer a pr\u00e9cis\u00e9ment besoin d\u2019une universit\u00e9 capable d\u2019ouvrir de nouvelles voies, plut\u00f4t que d\u2019une universit\u00e9 cantonn\u00e9e \u00e0 l\u2019adaptation aux r\u00e9alit\u00e9s existantes.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu, pour la Tunisie, est donc de construire une relation plus ambitieuse entre universit\u00e9 et \u00e9conomie : non pas une universit\u00e9 qui attend que le march\u00e9 lui indique les comp\u00e9tences \u00e0 produire, mais une universit\u00e9 qui participe, avec les acteurs \u00e9conomiques et publics, \u00e0 faire \u00e9merger les activit\u00e9s et les comp\u00e9tences dont le pays aura besoin demain.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cette condition que l\u2019universit\u00e9 pourra pleinement jouer son r\u00f4le dans la transformation du mod\u00e8le productif tunisien.<\/p>\n<p><span><span><strong>5. Gouvernance: de la gestion de l\u2019existant \u00e0 la vision de l\u2019avenir<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>C\u2019est probablement ici que se trouve le v\u00e9ritable d\u00e9fi tunisien.<\/p>\n<p>R\u00e9former l\u2019universit\u00e9 ne consiste pas uniquement \u00e0 am\u00e9liorer les indicateurs d\u2019insertion ou moderniser les proc\u00e9dures de gestion. Ces actions peuvent \u00eatre n\u00e9cessaires. Mais elles ne r\u00e9pondent pas \u00e0 la question la plus difficile: <strong>qui pense la direction intellectuelle de l\u2019universit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Car une institution aussi complexe ne peut \u00eatre guid\u00e9e par la seule logique de son fonctionnement. Il faut certes administrer les ressources, \u00e9valuer les performances, garantir la qualit\u00e9 et faire respecter les r\u00e8gles. Mais <strong>administrer un syst\u00e8me et lui donner une direction intellectuelle sont deux fonctions diff\u00e9rentes.<\/strong><\/p>\n<p>Une question m\u00e9rite alors d\u2019\u00eatre pos\u00e9e, peut-\u00eatre plus d\u00e9rangeante: dans nos conseils d\u2019universit\u00e9, dans les conseils de nos \u00e9tablissements et dans nos instances charg\u00e9es des formations, quelle place accordons-nous r\u00e9ellement \u00e0 la r\u00e9flexion strat\u00e9gique? Quels d\u00e9bats y menons-nous sur l\u2019universit\u00e9 que nous voulons construire, sur les formations \u00e0 transformer, les comp\u00e9tences \u00e0 anticiper ou les connaissances que la Tunisie devra produire demain?<\/p>\n<p><strong>Si nos instances consacrent l\u2019essentiel de leur \u00e9nergie \u00e0 g\u00e9rer l\u2019existant et \u00e0 appliquer les proc\u00e9dures, qui pense alors l\u2019avenir de l\u2019universit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>La gouvernance universitaire a donc besoin de responsables dont le r\u00f4le n\u2019est pas seulement de g\u00e9rer le pr\u00e9sent, mais aussi de comprendre les ruptures, d\u2019anticiper les transformations scientifiques, technologiques, \u00e9conomiques et p\u00e9dagogiques, et de traduire cette vision en orientations et en politiques universitaires.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que se joue la diff\u00e9rence entre une universit\u00e9 qui s\u2019adapte et une universit\u00e9 qui anticipe.<\/p>\n<p><strong>Une universit\u00e9 peut \u00eatre parfaitement administr\u00e9e et n\u00e9anmoins strat\u00e9giquement aveugle.<\/strong> Elle peut respecter toutes les proc\u00e9dures, atteindre ses indicateurs et optimiser ses performances, tout en laissant la logique gestionnaire prendre progressivement le pas sur sa vocation intellectuelle, scientifique et prospective.<\/p>\n<p>Autrement dit, l\u2019universit\u00e9 a besoin de t\u00eates pensantes pour savoir o\u00f9 aller, car sa vision ne peut \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9e au second plan derri\u00e8re la seule logique manag\u00e9riale dominante.<\/p>\n<p>Penser, anticiper et orienter ne rel\u00e8vent toutefois pas seulement de la bonne gouvernance universitaire. Cette capacit\u00e9 engage aussi une question plus profonde: celle de la capacit\u00e9 d\u2019un pays \u00e0 produire ses propres connaissances, \u00e0 \u00e9clairer ses choix et \u00e0 prendre part aux transformations qui fa\u00e7onneront son avenir.<\/p>\n<p><span><span><strong>6. Penser l\u2019avenir, une question de souverainet\u00e9 intellectuelle<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Une nation ne pr\u00e9pare pas son avenir en perfectionnant seulement la gestion de son pr\u00e9sent. Elle le pr\u00e9pare en se donnant les capacit\u00e9s intellectuelles de comprendre les transformations et de choisir la direction qu\u2019elle souhaite prendre.<\/p>\n<p>La question universitaire devient alors une question de souverainet\u00e9: qui produit les connaissances dont le pays a besoin? Qui pense ses futurs possibles? Qui est en mesure d\u2019\u00e9clairer les choix qui d\u00e9termineront son avenir?<\/p>\n<p><strong>La Tunisie n\u2019a pas seulement besoin d\u2019une universit\u00e9 qui produit des dipl\u00f4m\u00e9s. Elle a besoin d\u2019une universit\u00e9 qui forme des intelligences et qui accepte de confier son avenir \u00e0 ceux qui savent encore penser au-del\u00e0 de l\u2019horizon imm\u00e9diat.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dhia Bouktila<\/strong><br \/><span><em>Professeur de G\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Monastir<br \/>Sp\u00e9cialiste en g\u00e9nomique des syst\u00e8mes agricoles et environnementaux<br \/>Sp\u00e9cialiste des enjeux de souverainet\u00e9 biologique et de gouvernance des savoirs scientifiques<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>Sources principales<\/strong><\/p>\n<p><span>\u2022 World Economic Forum, The Future of Jobs Report 2025. (<\/span><a href=\"https:\/\/www.weforum.org\/publications\/the-future-of-jobs-report-2025\/\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.weforum.org\/publications\/the-future-of-jobs-report-2025\/<\/span><\/a><span>)<br \/><\/span><\/p>\n<p><span>\u2022 UNESCO, AI Competency Framework for Students (2024). (<\/span><a href=\"https:\/\/www.unesco.org\/en\/articles\/ai-competency-framework-students?hub=779&amp;utm\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.unesco.org\/en\/articles\/ai-competency-framework-students?hub=779&amp;utm<\/span><\/a><span>)\u00a0\u00a0<br \/><\/span><\/p>\n<p><span>\u2022 Banque mondiale, Tunisia&rsquo;s Jobs Landscape. (<\/span><a href=\"https:\/\/www.worldbank.org\/en\/country\/tunisia\/publication\/tunisia-s-jobs-landscape\" target=\"_blank\"><span>https:\/\/www.worldbank.org\/en\/country\/tunisia\/publication\/tunisia-s-jobs-landscape<\/span><\/a><span>)<\/span><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38424-l-universite-tunisienne-face-a-l-avenir-former-des-intelligences-pas-seulement-des-diplomes\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Dhia Bouktila. Professeur de G\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Monastir &#8211; \u00c0 chaque rentr\u00e9e universitaire, l\u2019universit\u00e9 tunisienne reprend son rythme: inscriptions, emplois du temps, enseignements, nouvelles formations et examens. Derri\u00e8re cette activit\u00e9 bien connue, une question plus fondamentale m\u00e9rite toutefois d\u2019\u00eatre pos\u00e9e: pr\u00e9parons-nous r\u00e9ellement la Tunisie et ses jeunes \u00e0 l\u2019avenir? \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019intelligence [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":191752,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178878244738_content.jpg","fifu_image_alt":"L\u2019universit\u00e9 tunisienne face \u00e0 l\u2019avenir: former des intelligences, pas seulement des dipl\u00f4m\u00e9s","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-191751","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191751"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191751\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191752"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}