{"id":191798,"date":"2026-09-08T13:00:37","date_gmt":"2026-09-08T17:00:37","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/philofest-2026-trois-jours-pour-penser-la-liberte-et-continuer-a-en-debattre\/"},"modified":"2026-09-08T13:00:37","modified_gmt":"2026-09-08T17:00:37","slug":"philofest-2026-trois-jours-pour-penser-la-liberte-et-continuer-a-en-debattre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/philofest-2026-trois-jours-pour-penser-la-liberte-et-continuer-a-en-debattre\/","title":{"rendered":"Philofest 2026: trois jours pour penser la libert\u00e9\u2026 et continuer \u00e0 en d\u00e9battre"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong><img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Jemaa.jpg\" width=\"20%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"left\" alt=\"\"\/>Par Jomaa Souissi, Mehdi Jema\u00e0 et Mohamed Jema\u00e0 &#8211;<\/strong><\/span><\/span> <strong>\u00c0 Nabeul, la 5\u1d49 \u00e9dition du Philofest a fait de la libert\u00e9 une question vivante, entre art, cin\u00e9ma, litt\u00e9rature, travail et d\u00e9mocratie. Apr\u00e8s quatre \u00e9ditions consacr\u00e9es \u00e0 des th\u00e8mes aussi universels que le corps, la d\u00e9mocratie, le bonheur ou encore l\u2019amour, le Philofest est revenu cette ann\u00e9e \u00e0 Nabeul pour sa 5\u1d49 \u00e9dition, avec une ambition toujours intacte: faire de la philosophie un espace vivant, accessible et ouvert \u00e0 tous.<\/strong><\/p>\n<p>Du 21 au 23 ao\u00fbt, Dar Jeelen s\u2019est transform\u00e9e en v\u00e9ritable agora. Pendant trois jours, artistes, penseurs, intervenants et public se sont retrouv\u00e9s autour d\u2019une question aussi simple \u00e0 formuler que difficile \u00e0 \u00e9puiser: Repenser ce qui nous rend libre! Car au Philofest, la philosophie ne se contente pas de chercher des r\u00e9ponses. Elle commence souvent par d\u00e9placer les questions, provoquer le doute, faire surgir les d\u00e9saccords et, surtout, donner envie de continuer \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>Cette 5\u1d49 \u00e9dition en a une nouvelle fois fait la d\u00e9monstration. Th\u00e9\u00e2tre, musique, cin\u00e9ma, litt\u00e9rature et d\u00e9bats se sont crois\u00e9s pour interroger la libert\u00e9 sous ses multiples visages: libert\u00e9 de cr\u00e9er, de s\u2019exprimer, de penser, de d\u00e9sob\u00e9ir, de choisir sa mani\u00e8re de vivre, mais aussi libert\u00e9 dans le travail et dans notre rapport au temps.<\/p>\n<p>Et si le plus important, finalement, n\u2019\u00e9tait pas de sortir du festival avec des r\u00e9ponses, mais avec davantage de questions?<\/p>\n<p><span><span><strong>R\u00e9cit chronologique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><strong><span><span>Premier jour: l\u2019art est-il un espace de libert\u00e9 radicale?<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re journ\u00e9e du Philofest a plac\u00e9 l\u2019art au c\u0153ur de la r\u00e9flexion. Le public a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir \u00abDonald\u00bb, la pi\u00e8ce d\u2019Issam Ayari (com\u00e9dien issue de l&rsquo;\u00e9cole de formation de l&rsquo;acteur Elteatro Studio) o\u00f9 l\u2019humour et la satire ont ouvert un premier espace de discussion autour du th\u00e9\u00e2tre, de la libert\u00e9 de cr\u00e9ation et du rire comme forme de r\u00e9sistance. Le spectacle s\u2019est naturellement prolong\u00e9 par un \u00e9change avec le public, rappelant que l\u2019art ne s\u2019arr\u00eate pas n\u00e9cessairement lorsque le rideau tombe. La soir\u00e9e s\u2019est ensuite poursuivie avec Dhia Bouselmi (journaliste et \u00e9crivain, mais aussi chercheur en \u00e9tudes de genre \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres, des Arts et des Humanit\u00e9s de la Manouba), venu pr\u00e9senter son travail consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire du rap tunisien \u00e0 travers son ouvrage <strong>\u0645\u0648\u0633\u064a\u0642\u0649 \u0627\u0644\u0642\u0627\u0639 \u0648\u0627\u0644\u0635\u062e\u0628<\/strong>, publi\u00e9 aux \u00e9ditions Pop Libris.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Philosophie-G-01.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>En revenant sur quatre d\u00e9cennies de rap en Tunisie, depuis ses d\u00e9buts dans les ann\u00e9es 1990 jusqu\u2019\u00e0 ses transformations contemporaines, cette intervention a permis d\u2019interroger le rap comme espace d\u2019expression, de contestation et de r\u00e9sistance, mais aussi comme ph\u00e9nom\u00e8ne culturel progressivement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie musicale. Le d\u00e9bat qui a suivi a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019image de l\u2019esprit du Philofest: des points de vue diff\u00e9rents, parfois contradictoires, mais une m\u00eame volont\u00e9 de discuter, d\u2019\u00e9couter et d\u2019argumenter. Car n\u2019est-ce pas aussi cela, la libert\u00e9? Pouvoir \u00eatre en d\u00e9saccord sans cesser de dialoguer.<\/p>\n<p>Une formule lanc\u00e9e au cours de cette premi\u00e8re journ\u00e9e a d\u2019ailleurs suscit\u00e9 de nombreuses r\u00e9actions: Le rap est un art mineur. Au-del\u00e0 de la provocation de la formule, le v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat du d\u00e9bat \u00e9tait peut-\u00eatre ailleurs: qui d\u00e9cide de ce qui est majeur ou mineur dans l\u2019art? Selon quels crit\u00e8res? Et ces crit\u00e8res sont-ils eux-m\u00eames neutres?<\/p>\n<p>La discussion a ainsi ouvert une r\u00e9flexion plus large sur le go\u00fbt, la culture, l\u2019\u00e9ducation artistique et la mani\u00e8re dont nous construisons nos jugements. Peut-on d\u00e9fendre la libert\u00e9 du go\u00fbt tout en transmettant une exigence esth\u00e9tique? L\u2019\u00e9ducation artistique doit-elle apprendre ce qu\u2019il faut aimer ou donner \u00e0 chacun les outils pour construire son propre jugement? Autrement dit, apprendre \u00e0 \u00eatre libre signifie-t-il aussi apprendre \u00e0 penser contre soi-m\u00eame, contre son \u00e9poque et parfois contre la majorit\u00e9? Le d\u00e9bat ne s\u2019est \u00e9videmment pas referm\u00e9 avec une r\u00e9ponse. Et c\u2019est peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que r\u00e9side la r\u00e9ussite de cette premi\u00e8re journ\u00e9e.<\/p>\n<p><span><span><strong>Deuxi\u00e8me jour: la libert\u00e9 s\u2019apprend-elle?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me jour a d\u00e9plac\u00e9 la r\u00e9flexion vers une question plus directement politique et philosophique: La libert\u00e9 s\u2019apprend-elle?<\/p>\n<p>Avec Sophie Bessis (historienne et journaliste sp\u00e9cialiste des relations Nord-Sud et des questions africaines et du Maghreb), Maher Hanin (sociologue et activiste de la Soci\u00e9t\u00e9 civile) et Jomaa Souissi (philosohpe et \u00e9crivain), les \u00e9changes ont port\u00e9 sur la libert\u00e9 politique, la justice, les droits fondamentaux et la mani\u00e8re dont nous pouvons devenir r\u00e9ellement acteurs de notre propre libert\u00e9.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Philosophie.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Une intervention du public a notamment permis de faire surgir une question essentielle: que se passe-t-il lorsque les citoyens consid\u00e8rent que les lois qui les gouvernent sont injustes? Cette interrogation ram\u00e8ne directement \u00e0 Rousseau, pour qui \u00abl\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la loi qu\u2019on s\u2019est prescrite est libert\u00e9\u00bb. La formule para\u00eet paradoxale. Elle rappelle pourtant une id\u00e9e fondamentale: dans une d\u00e9mocratie, la libert\u00e9 ne signifie pas n\u00e9cessairement l\u2019absence de r\u00e8gles. Elle suppose aussi la possibilit\u00e9 de participer \u00e0 la construction des r\u00e8gles communes et de les reconna\u00eetre comme l\u00e9gitimes.<\/p>\n<p>Mais que se passe-t-il lorsque cette l\u00e9gitimit\u00e9 dispara\u00eet?<br \/>Quand une loi ne nous repr\u00e9sente plus?<br \/>Quand nous la consid\u00e9rons injuste?<br \/>Ob\u00e9ir demeure-t-il alors un acte de libert\u00e9?<br \/>Et, inversement, suffit-il de d\u00e9sob\u00e9ir pour devenir libre?<\/p>\n<p>Autant de questions qui montrent que la libert\u00e9 est beaucoup plus complexe qu&rsquo;une simple opposition entre ob\u00e9issance et d\u00e9sob\u00e9issance. La libert\u00e9 n\u2019est peut-\u00eatre pas l\u2019absence de contraintes. L\u2019une des id\u00e9es fortes de cette deuxi\u00e8me journ\u00e9e fut \u00e9galement que la libert\u00e9 ne peut pas \u00eatre pens\u00e9e sans la contrainte. Nous naissons dans un monde que nous n\u2019avons pas choisi: une famille, une langue, une histoire, une soci\u00e9t\u00e9, des normes, des lois, des habitudes et des attentes.<\/p>\n<p>La question n\u2019est donc peut-\u00eatre pas de savoir comment supprimer toutes les contraintes, mais plut\u00f4t:<\/p>\n<p>\u2022 Lesquelles acceptons-nous?<br \/>\u2022 Lesquelles choisissons-nous?<br \/>\u2022 Lesquelles devons-nous combattre?<br \/>\u2022 Et surtout, sommes-nous capables d\u2019identifier celles auxquelles nous ob\u00e9issons sans m\u00eame nous en rendre compte?<\/p>\n<p>La libert\u00e9 devient alors moins confortable. \u00catre libre, ce n\u2019est pas seulement faire ce que l\u2019on veut. C\u2019est parfois douter, remettre en question une croyance, s\u2019\u00e9loigner des attentes de son entourage, refuser un r\u00f4le impos\u00e9, changer d\u2019avis ou simplement dire non. Mais derri\u00e8re ce \u00abnon\u00bb viennent la responsabilit\u00e9, l\u2019incertitude, le risque de se tromper et parfois m\u00eame la solitude. La libert\u00e9 peut donc \u00eatre une exp\u00e9rience profond\u00e9ment inconfortable. Elle est dangereuse pour les ordres \u00e9tablis, parce qu\u2019un individu qui pense librement peut les remettre en question. Mais elle peut \u00e9galement \u00eatre difficile pour celui qui l\u2019exerce, parce qu\u2019elle oblige \u00e0 abandonner certaines certitudes et \u00e0 assumer ses propres choix.<\/p>\n<p><span><span><strong>S\u00e9curit\u00e9 ou libert\u00e9: faut-il choisir?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La discussion a \u00e9galement conduit \u00e0 une autre tension fondamentale: le rapport entre s\u00e9curit\u00e9 et libert\u00e9. Nous avons besoin de s\u00e9curit\u00e9 pour pouvoir exercer nos libert\u00e9s. Mais lorsque la s\u00e9curit\u00e9 devient une valeur absolue, elle peut aussi devenir le pr\u00e9texte permettant de restreindre ces m\u00eames libert\u00e9s. Alors une nouvelle question appara\u00eet: Combien de libert\u00e9 sommes-nous pr\u00eats \u00e0 abandonner pour nous sentir en s\u00e9curit\u00e9?<\/p>\n<p>Et peut-\u00eatre une question encore plus d\u00e9rangeante: Voulons-nous vraiment \u00eatre libres?<br \/>Car \u00eatre libre signifie aussi accepter une part d\u2019incertitude, de responsabilit\u00e9 et d\u2019inconfort.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une salle boulevers\u00e9e par le poids de la m\u00e9moire<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La projection de Je suis toujours l\u00e0, r\u00e9alis\u00e9 par Walter Salles, a constitu\u00e9 l\u2019un des moments les plus forts et les plus \u00e9mouvants de cette deuxi\u00e8me journ\u00e9e. Dans la salle, le silence s\u2019est progressivement install\u00e9, laissant place \u00e0 l\u2019\u00e9motion. Certains spectateurs ont eu les larmes aux yeux, d\u2019autres n\u2019ont pas pu retenir leurs pleurs. L\u2019histoire racont\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran a visiblement d\u00e9pass\u00e9 le cadre du film pour toucher quelque chose de profond\u00e9ment humain : la douleur de la perte, l\u2019injustice, l\u2019absence et la force de ceux qui continuent \u00e0 vivre malgr\u00e9 ce qui leur a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la projection, le d\u00e9bat s\u2019est naturellement prolong\u00e9 dans cette m\u00eame \u00e9motion. Il ne s\u2019agissait plus seulement de parler de libert\u00e9 comme d\u2019un concept politique ou philosophique, mais de mesurer \u00e0 quel point elle peut \u00eatre fragile et combien il est difficile de la retrouver lorsque la violence et la r\u00e9pression ont laiss\u00e9 leurs traces. Une r\u00e9flexion s\u2019est alors impos\u00e9e: comment surmonter les pires cauchemars, m\u00eame des ann\u00e9es apr\u00e8s? Peut-\u00eatre simplement en continuant \u00e0 vivre, \u00e0 raconter, \u00e0 transmettre et surtout \u00e0 ne pas oublier. Car parfois, vivre devient une forme de r\u00e9sistance, et se souvenir, une mani\u00e8re de continuer \u00e0 d\u00e9fendre la libert\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019issue de cette deuxi\u00e8me journ\u00e9e, aucune conclusion d\u00e9finitive ne s\u2019imposait.<br \/>Et c\u2019\u00e9tait probablement le but. La libert\u00e9, si elle s\u2019apprend, ne s\u2019apprend pas comme une liste de r\u00e9ponses. Elle s\u2019apprend peut-\u00eatre comme une pratique : apprendre \u00e0 douter, \u00e0 questionner, \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir lorsque cela est n\u00e9cessaire, mais aussi \u00e0 comprendre pourquoi certaines r\u00e8gles sont indispensables \u00e0 la vie collective. Autrement dit, apprendre \u00e0 distinguer la contrainte qui rend la libert\u00e9 possible de celle qui nous asservit.<\/p>\n<p><span><span><strong>Troisi\u00e8me jour: le travail lib\u00e8re-t-il l\u2019homme?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Pour la derni\u00e8re journ\u00e9e, le Philofest s\u2019est attaqu\u00e9 \u00e0 une dimension qui occupe une place consid\u00e9rable dans nos existences, mais que nous interrogeons finalement assez peu: le travail.<\/p>\n<p>La question \u00e9tait directe: Le travail lib\u00e8re-t-il l\u2019homme?<br \/>Ou constitue-t-il, sous des formes nouvelles, une autre forme de servitude?<br \/>La rencontre avec Baccar Gherib (Professeur d&rsquo;\u00e9conomie politique \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques et de gestion de Tunis) a permis d\u2019aborder la question sous un angle historique et politique, notamment \u00e0 travers Marx, la lutte des classes et la notion d\u2019ali\u00e9nation.<\/p>\n<p>Senim Ben Abdallah (universitaire \u00e0 l\u2019institut de presse et des sciences de l&rsquo;information \u00e0 l\u2019universite de Mannouba), de son c\u00f4t\u00e9, a apport\u00e9 un regard sociologique sur le rapport contemporain au travail, sa place dans la construction de l\u2019individu et du statut social, mais aussi les in\u00e9galit\u00e9s, la pr\u00e9carit\u00e9 et les transformations du monde professionnel en Tunisie.<\/p>\n<p>La discussion a rapidement montr\u00e9 que nous ne sommes pas tous \u00e9gaux face au travail. La possibilit\u00e9 de choisir son m\u00e9tier, de refuser certaines conditions, de ralentir ou simplement de dire \u00abnon\u00bb d\u00e9pend aussi de notre situation \u00e9conomique. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique devient alors, dans une certaine mesure, une in\u00e9galit\u00e9 dans notre capacit\u00e9 \u00e0 disposer de notre temps et de notre vie.<\/p>\n<p>Et si la libert\u00e9 se trouvait parfois dans le fait de travailler moins?<\/p>\n<p>La projection de Perfect Days, de Wim Wenders, a apport\u00e9 une autre mani\u00e8re de regarder cette question. Hirayama, l\u2019acteur principale du film m\u00e8ne une existence faite de gestes r\u00e9p\u00e9titifs, de trajets familiers, de peu de possessions et de besoins apparemment limit\u00e9s. Est-il prisonnier de cette monotonie ? Ou est-il au contraire plus libre parce qu\u2019il s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019une partie des besoins que notre soci\u00e9t\u00e9 moderne nous pousse constamment \u00e0 satisfaire?<\/p>\n<p>Une question troublante est alors apparue: Et si une forme de libert\u00e9 consistait simplement \u00e0 avoir besoin de moins ?\u00a0 La discussion a \u00e9galement abord\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne du travail-passion. Aimer son m\u00e9tier peut donner du sens au travail et r\u00e9duire le sentiment d\u2019ali\u00e9nation. Mais la passion peut aussi devenir une prison particuli\u00e8rement discr\u00e8te. Lorsque l\u2019on aime ce que l\u2019on fait, on accepte plus facilement de compter ses heures, de recommencer, de chercher la perfection et d\u2019aller toujours plus loin. Alors une nouvelle question surgit: La passion nous lib\u00e8re-t-elle du travail ou nous conduit-elle parfois \u00e0 accepter volontairement ce que nous refuserions ailleurs?<\/p>\n<p>Travail, intelligence artificielle et avenir du temps libre. Impossible \u00e9galement de parler aujourd\u2019hui du travail sans \u00e9voquer l\u2019intelligence artificielle. L\u2019automatisation ne concerne plus seulement les t\u00e2ches manuelles ou r\u00e9p\u00e9titives. Elle touche d\u00e9sormais les m\u00e9tiers de bureau, l\u2019analyse, la cr\u00e9ation et de nombreux emplois qualifi\u00e9s. Si les machines permettent demain de produire davantage avec moins de travail humain, une question devient incontournable: \u00c0 qui appartiendra le temps lib\u00e9r\u00e9 par les machines? Travaillerons-nous tous moins ? Ou produirons-nous simplement davantage avec moins de personnes?<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat a \u00e9galement permis d\u2019interroger le retour actuel de certaines activit\u00e9s manuelles: travailler le bois, cultiver la terre, cuisiner, r\u00e9parer, fabriquer de ses propres mains. Ces activit\u00e9s peuvent appara\u00eetre comme une \u00e9chappatoire \u00e0 des m\u00e9tiers devenus de plus en plus abstraits. Mais l\u00e0 encore, le Philofest invite \u00e0 se m\u00e9fier des \u00e9vidences: il est facile de romantiser un m\u00e9tier manuel lorsque l\u2019on a le privil\u00e8ge de le choisir. Beaucoup moins lorsqu\u2019il signifie p\u00e9nibilit\u00e9, horaires difficiles, risques physiques et faible r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p>Finalement, apr\u00e8s trois jours de discussions, la question initiale semble presque trop simple.<\/p>\n<p>Il faudrait peut-\u00eatre plut\u00f4t demander: Sommes-nous libres dans notre travail ? Sommes-nous libres gr\u00e2ce \u00e0 notre travail? Et surtout, combien de notre temps, de nos d\u00e9sirs et de notre vie sommes-nous pr\u00eats \u00e0 donner au travail pour pouvoir nous sentir libres?<\/p>\n<p><span><span><strong>Le Philofest s\u2019ach\u00e8ve\u2026 mais l\u2019Agora continue<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019une des plus belles particularit\u00e9s de cette 5\u1d49 \u00e9dition: le festival ne se termine pas n\u00e9cessairement lorsque les lumi\u00e8res de Dar Jeelen s\u2019\u00e9teignent. Certaines questions sont rest\u00e9es en suspens. Certaines divergences m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre approfondies. Certaines interventions du public auraient m\u00e9rit\u00e9 davantage de temps. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet esprit qu\u2019est n\u00e9 \u00abDans le prolongement de l\u2019Agora\u00bb, un espace permettant de poursuivre la r\u00e9flexion au-del\u00e0 des trois journ\u00e9es du festival.<\/p>\n<p>Car si le Philofest a r\u00e9ussi quelque chose cette ann\u00e9e, c\u2019est peut-\u00eatre cela: nous faire entrer avec une question et repartir avec dix autres.<\/p>\n<p>Et si c\u2019\u00e9tait finalement la meilleure d\u00e9finition d\u2019un festival de philosophie? Penser ensemble, plut\u00f4t que penser pareil.<\/p>\n<p>Au terme de cette cinqui\u00e8me \u00e9dition, une conviction demeure: la libert\u00e9 ne se trouve pas n\u00e9cessairement dans la certitude, mais peut-\u00eatre dans la possibilit\u00e9 de continuer \u00e0 questionner.<img decoding=\"async\" src=\"\/uploads\/FCK_files\/Philosophie-G-1.jpg\" width=\"100%\" vspace=\"5\" hspace=\"5\" align=\"middle\" alt=\"\"\/>Questionner nos go\u00fbts. Nos habitudes. Nos lois. Notre rapport au travail. Notre rapport \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. Notre besoin de s\u00e9curit\u00e9. Nos propres certitudes. Et accepter parfois de ne pas avoir imm\u00e9diatement raison.<\/p>\n<p>Le Philofest a montr\u00e9, une nouvelle fois, que le d\u00e9bat peut \u00eatre un espace de libert\u00e9 lorsqu\u2019il permet la confrontation des id\u00e9es sans transformer le d\u00e9saccord en conflit.<\/p>\n<p>\u00c9couter l\u2019autre, argumenter, accepter la contradiction et continuer malgr\u00e9 tout \u00e0 dialoguer : n\u2019est-ce pas d\u00e9j\u00e0 une mani\u00e8re d\u2019exercer notre libert\u00e9?<\/p>\n<p>Une cinqui\u00e8me \u00e9dition, mais surtout une invitation \u00e0 continuer.<\/p>\n<p>La 5\u1d49 \u00e9dition du Philofest s\u2019est achev\u00e9e avec les remerciements adress\u00e9s aux intervenants, aux artistes et surtout au public, fid\u00e8le ou nouveau, qui constitue depuis le d\u00e9but l\u2019une des forces essentielles de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Mais au fond, le v\u00e9ritable bilan du festival ne se mesure peut-\u00eatre pas au nombre de d\u00e9bats, de projections ou d\u2019interventions.<\/p>\n<p>Il se mesure \u00e0 ce qui reste apr\u00e8s.<br \/>Une id\u00e9e qui nous accompagne sur le chemin du retour.<br \/>Une discussion qui se poursuit autour d\u2019un caf\u00e9.<br \/>Un d\u00e9saccord que l\u2019on continue \u00e0 ruminer.<br \/>Une question qui revient quelques jours plus tard.<br \/>Ou simplement cette petite fissure dans une certitude que l\u2019on croyait solide.<br \/>Le Philofest est termin\u00e9.<br \/>L\u2019Agora, elle, peut continuer.<br \/>Et peut-\u00eatre que la prochaine question est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, quelque part, en train d\u2019attendre d\u2019\u00eatre pos\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Jomaa Souissi, Mehdi Jema\u00e0 et Mohamed Jema\u00e0<\/strong><br \/><span><em>Pour le groupe Nabeul Book Club<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38428-philofest-2026-trois-jours-pour-penser-la-liberte-et-continuer-a-en-debattre\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Jomaa Souissi, Mehdi Jema\u00e0 et Mohamed Jema\u00e0 &#8211; \u00c0 Nabeul, la 5\u1d49 \u00e9dition du Philofest a fait de la libert\u00e9 une question vivante, entre art, cin\u00e9ma, litt\u00e9rature, travail et d\u00e9mocratie. Apr\u00e8s quatre \u00e9ditions consacr\u00e9es \u00e0 des th\u00e8mes aussi universels que le corps, la d\u00e9mocratie, le bonheur ou encore l\u2019amour, le Philofest est revenu cette [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":191799,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178886122211_content.jpg","fifu_image_alt":"Philofest 2026: trois jours pour penser la libert\u00e9\u2026 et continuer \u00e0 en d\u00e9battre","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-191798","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191798","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191798"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191798\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191799"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191798"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191798"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191798"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}