{"id":191802,"date":"2026-09-08T13:00:41","date_gmt":"2026-09-08T17:00:41","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/elyes-ghariani-la-succession-de-guterres-revele-les-fractures-du-monde\/"},"modified":"2026-09-08T13:00:41","modified_gmt":"2026-09-08T17:00:41","slug":"elyes-ghariani-la-succession-de-guterres-revele-les-fractures-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/elyes-ghariani-la-succession-de-guterres-revele-les-fractures-du-monde\/","title":{"rendered":"Elyes Ghariani: La succession de Guterres r\u00e9v\u00e8le les fractures du monde"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Elyes Ghariani &#8211;<\/strong><\/span><\/span> <strong>Alors que le mandat d&rsquo;Ant\u00f3nio Guterres s&rsquo;ach\u00e8ve le 31 d\u00e9cembre 2026, la course \u00e0 sa succession d\u00e9passe une simple comp\u00e9tition diplomatique. Elle r\u00e9v\u00e8le les fractures du syst\u00e8me international: rivalit\u00e9 entre grandes puissances, contestation d&rsquo;un ordre mondial h\u00e9rit\u00e9 de 1945, affirmation du Sud global et crise d&rsquo;un multilat\u00e9ralisme que chacun invoque, mais que les rapports de force emp\u00eachent souvent de fonctionner.<\/strong><\/p>\n<p>Choisir le prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral des Nations Unies revient donc \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une question plus vaste: <strong>qui peut encore incarner une organisation universelle dans un monde qui ne partage plus une vision commune de l&rsquo;ordre international?<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>Une succession au c\u0153ur d&rsquo;une ONU en crise<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Jamais, peut-\u00eatre, un Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;aura pris la t\u00eate d&rsquo;une organisation \u00e0 la fois aussi indispensable et aussi entrav\u00e9e. Le mandat de Guterres s&rsquo;ach\u00e8ve sur une accumulation de crises qui dessinent un monde plus fragment\u00e9: l&rsquo;Ukraine et le retour de la guerre de haute intensit\u00e9 en Europe; Gaza, symbole de l&rsquo;impuissance du droit international face aux divisions des grandes puissances; le Soudan, trag\u00e9die majeure rel\u00e9gu\u00e9e aux marges de l&rsquo;attention internationale; et la rivalit\u00e9 sino-am\u00e9ricaine, qui structure d\u00e9sormais les relations internationales.<\/p>\n<p>\u00c0 ces conflits s&rsquo;ajoutent la crise climatique, l&rsquo;endettement du Sud, les migrations et la comp\u00e9tition technologique. Autant de d\u00e9fis qui d\u00e9passent les fronti\u00e8res et appellent une r\u00e9ponse collective, au moment m\u00eame o\u00f9 la coop\u00e9ration internationale se d\u00e9lite et o\u00f9 les logiques de puissance reviennent au premier plan.<\/p>\n<p>Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 illustre cette contradiction. Con\u00e7u pour permettre aux grandes puissances de pr\u00e9server ensemble la paix, il devient trop souvent le th\u00e9\u00e2tre de leurs affrontements. Entre paralysie par le veto et contournement politique, il peine \u00e0 remplir sa mission.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me d\u00e9passe d&rsquo;ailleurs le seul fonctionnement du Conseil: c&rsquo;est l&rsquo;architecture m\u00eame de l&rsquo;ordre international de 1945 qui est contest\u00e9e, parce qu&rsquo;elle ne correspond plus \u00e0 la g\u00e9ographie r\u00e9elle du pouvoir en 2026.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte que s&rsquo;ouvre la succession de Guterres. La question n&rsquo;est donc pas seulement de savoir quel candidat poss\u00e8de le meilleur parcours. <strong>Qui peut encore incarner une ONU capable de parler au monde entier alors que les grandes puissances ne s&rsquo;accordent plus sur les r\u00e8gles qui doivent organiser le monde?<\/strong><\/p>\n<p>Trois forces structurent cette succession: le privil\u00e8ge institutionnel des cinq membres permanents du Conseil de s\u00e9curit\u00e9; la revendication croissante du Sud global pour une repr\u00e9sentation plus conforme aux r\u00e9alit\u00e9s du XXI\u1d49 si\u00e8cle; et la crise d&rsquo;un multilat\u00e9ralisme dont les \u00c9tats reconnaissent la n\u00e9cessit\u00e9 sans toujours en accepter les contraintes.<\/p>\n<p><span><span><strong>Le paradoxe du 38e \u00e9tage<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La d\u00e9signation du prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral ob\u00e9it, en apparence, \u00e0 une m\u00e9canique universelle. L&rsquo;Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale, qui r\u00e9unit les 193 \u00c9tats membres, proc\u00e8de \u00e0 la nomination, mais uniquement sur recommandation du Conseil de S\u00e9curit\u00e9. Dans les faits, le centre de gravit\u00e9 du processus se trouve entre les mains des cinq membres permanents \u2014 \u00c9tats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni \u2014 qui disposent du droit de veto.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre recommand\u00e9e, une candidature doit recueillir au moins neuf voix au Conseil et ne faire l&rsquo;objet d&rsquo;aucun veto d&rsquo;un membre permanent. Derri\u00e8re cette r\u00e8gle se cache une r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus politique: <strong>le prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral devra r\u00e9ussir l&rsquo;un des exercices d&rsquo;\u00e9quilibre diplomatique les plus complexes au monde.<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est dans cette perspective qu&rsquo;interviennent les <em>straw polls,<\/em> ces scrutins informels au cours desquels les quinze membres du Conseil indiquent, pour chaque candidat, s&rsquo;ils souhaitent l&rsquo;\u00abencourager\u00bb, le \u00abd\u00e9courager\u00bb ou restent \u00absans opinion\u00bb. Ces consultations permettent de mesurer les dynamiques et les r\u00e9sistances, mais ne d\u00e9signent pas le vainqueur.<\/p>\n<p>Car le v\u00e9ritable scrutin se joue moins dans l&rsquo;enceinte publique de New York que dans les consultations discr\u00e8tes entre les grandes capitales. Un candidat peut arriver en t\u00eate et se heurter \u00e0 l&rsquo;opposition d&rsquo;une seule grande puissance; un autre peut sembler distanc\u00e9 avant de s&rsquo;imposer comme le compromis que personne ne souhaite finalement bloquer.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout le paradoxe du 38e \u00e9tage. Le Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral doit \u00eatre suffisamment repr\u00e9sentatif des 193 \u00c9tats membres pour incarner l&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;Organisation, mais suffisamment acceptable pour les cinq \u00c9tats qui disposent du pouvoir de bloquer sa nomination.<\/p>\n<p><strong>Autrement dit, il devra \u00eatre \u00e0 la fois le repr\u00e9sentant du monde et le compromis des puissants.<\/strong><\/p>\n<p>Cette contradiction prend aujourd&rsquo;hui une dimension particuli\u00e8re. Les cinq membres permanents ne divergent plus seulement sur quelques dossiers: ils s&rsquo;opposent de plus en plus sur les r\u00e8gles m\u00eames qui doivent organiser le monde. La succession de Guterres devient ainsi un test de leur capacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;accorder sur un minimum de leadership commun.<\/p>\n<p><span><span><strong>Huit candidats, trois visions du monde<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La g\u00e9ographie politique de cette succession est r\u00e9v\u00e9latrice. L&rsquo;Am\u00e9rique latine et les Cara\u00efbes, qui n&rsquo;ont jamais occup\u00e9 le poste, dominent la course. Mais cette force num\u00e9rique se retourne contre la r\u00e9gion: la multiplication des pr\u00e9tendants dilue sa capacit\u00e9 \u00e0 imposer un candidat unique.<\/p>\n<p><strong>Carolyn Rodrigues Birkett, du Guyana,<\/strong> porte la voix des petits \u00c9tats, de l&rsquo;urgence climatique et d&rsquo;un multilat\u00e9ralisme plus attentif aux vuln\u00e9rabilit\u00e9s du Sud. Ancienne Ministre des Affaires Etrang\u00e8res, elle incarne une candidature carib\u00e9enne solidement ancr\u00e9e dans le Sud global.<\/p>\n<p><strong>Rebeca Grynspan, du Costa Rica,<\/strong> ancienne Vice-Pr\u00e9sidente et Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9rale de la CNUCED, repr\u00e9sente l&rsquo;agenda du d\u00e9veloppement, de la dette et des d\u00e9s\u00e9quilibres \u00e9conomiques mondiaux. Son profil technocratique et multilat\u00e9raliste lui permet de dialoguer avec le Nord comme avec le Sud.<\/p>\n<p><strong>Michelle Bachelet, du Chili,<\/strong> ancienne Pr\u00e9sidente et ancienne Haute-Commissaire aux droits de l&rsquo;homme, apporte une forte exp\u00e9rience politique et une l\u00e9gitimit\u00e9 internationale fond\u00e9e sur les droits humains et la protection des civils. Mais ce profil peut aussi susciter des r\u00e9sistances parmi les grandes puissances.<\/p>\n<p><strong>Rafael Grossi, d&rsquo;Argentine,<\/strong> Directeur G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Agence Internationale de l&rsquo;\u00c9nergie Atomique, incarne la s\u00e9curit\u00e9 internationale, le nucl\u00e9aire et la diplomatie technique. Son exp\u00e9rience lui conf\u00e8re une cr\u00e9dibilit\u00e9 particuli\u00e8re dans un monde o\u00f9 la question nucl\u00e9aire redevient centrale, de l&rsquo;Ukraine \u00e0 l&rsquo;Iran.<\/p>\n<p>Deux candidats viennent d&rsquo;\u00c9quateur. <strong>Mar\u00eda Fernanda Espinosa,<\/strong> ancienne Ministre des Affaires Etrang\u00e8res et ancienne Pr\u00e9sidente de l&rsquo;Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale, conna\u00eet intimement les rouages de l&rsquo;Organisation. <strong>Ivonne A-Baki<\/strong>, diplomate et ancienne ministre, mise davantage sur la pr\u00e9vention des conflits et une diplomatie personnelle active.<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique pr\u00e9sente deux profils diff\u00e9rents. <strong>Olara Otunnu, d&rsquo;Ouganda,<\/strong> ancien haut responsable des Nations Unies et ancien Ministre des Affaires Etrang\u00e8res, apporte une longue exp\u00e9rience du syst\u00e8me onusien et de la pr\u00e9vention des conflits.<\/p>\n<p><strong>Macky Sall, du S\u00e9n\u00e9gal,<\/strong> ancien Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et ancien Pr\u00e9sident de l&rsquo;Union Africaine, porte une candidature plus directement politique. Son exp\u00e9rience du pouvoir et son engagement en faveur d&rsquo;une r\u00e9forme de la gouvernance mondiale en font le repr\u00e9sentant d&rsquo;une Afrique qui ne r\u00e9clame plus seulement une meilleure repr\u00e9sentation, mais entend participer \u00e0 la d\u00e9finition des r\u00e8gles internationales.<\/p>\n<p>La perspective d&rsquo;une premi\u00e8re femme Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9rale constitue \u00e9galement un enjeu politique majeur, sans neutraliser les rivalit\u00e9s r\u00e9gionales et les calculs des P5.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re ces profils se dessinent trois orientations: une ONU davantage tourn\u00e9e vers le d\u00e9veloppement et le Sud global; une ONU centr\u00e9e sur la s\u00e9curit\u00e9 et la gestion des crises; et une ONU cherchant d&rsquo;abord \u00e0 retrouver son autorit\u00e9 politique et morale.<\/p>\n<p><span><span><strong>Les <em>straw polls<\/em>: le troisi\u00e8me tour, le v\u00e9ritable test<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Les deux premiers <em>straw polls<\/em> ont donn\u00e9 une image mouvante de la course. En juillet, Rebeca Grynspan s&rsquo;est impos\u00e9e en t\u00eate, son profil \u00e9conomique et d\u00e9veloppemental semblant capable de s\u00e9duire \u00e0 la fois le Sud et une partie de l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt, la dynamique s&rsquo;est invers\u00e9e: Carolyn Rodrigues Birkett a pris la t\u00eate. Ses huit votes favorables traduisent un \u00e9lan, non une victoire. Grynspan reste au contact, tandis que Rafael Grossi conserve une position cr\u00e9dible gr\u00e2ce \u00e0 son profil s\u00e9curitaire et technique.<\/p>\n<p>Mais le v\u00e9ritable tournant reste \u00e0 venir. Un troisi\u00e8me tour de straw polls est attendu en septembre, sous la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise du Conseil de s\u00e9curit\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois, les bulletins devraient permettre de distinguer les positions des cinq membres permanents de celles des dix membres \u00e9lus.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution change la nature m\u00eame de l&rsquo;exercice. Jusqu&rsquo;ici, les consultations ont permis de mesurer la popularit\u00e9 relative des candidats. Le prochain tour devrait commencer \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler ce qui compte r\u00e9ellement: <strong>quels candidats les grandes puissances sont-elles pr\u00eates \u00e0 accepter \u2014 et lesquels l&rsquo;une d&rsquo;entre elles est-elle pr\u00eate \u00e0 bloquer?<\/strong><\/p>\n<p>Dans cette \u00e9lection, les votes <em>\u00abdiscourage\u00bb<\/em> constituent un indicateur plus d\u00e9cisif que les simples \u00abencourage\u00bb. Un candidat peut b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un large soutien et rester sans aucune chance si l&rsquo;un des cinq permanents d\u00e9cide de s&rsquo;opposer \u00e0 lui. \u00c0 l&rsquo;inverse, un candidat moins bien plac\u00e9 peut devenir le favori s&rsquo;il appara\u00eet comme le seul compromis acceptable pour tous.<\/p>\n<p>Ce troisi\u00e8me <em>straw poll<\/em> pourrait donc constituer le premier v\u00e9ritable test g\u00e9opolitique de la succession. Il ne dira peut-\u00eatre pas encore qui sera le prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral, mais permettra de savoir quels candidats peuvent r\u00e9ellement le devenir.<\/p>\n<p><strong>La question n&rsquo;est plus seulement de savoir qui a le vent en poupe, mais qui peut franchir le mur invisible des cinq vetos.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>Le vrai \u00e9lecteur: les cinq membres permanents<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 que se joue le c\u0153ur g\u00e9opolitique de cette succession. Derri\u00e8re les consultations du Conseil, le v\u00e9ritable arbitre demeure les cinq capitales qui, chacune, posent au futur Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral une question diff\u00e9rente \u2014 et parfois contradictoire.<\/p>\n<p><strong>Washington<\/strong> cherche un Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral capable de coop\u00e9rer avec les \u00c9tats-Unis sans transformer l&rsquo;ONU en tribune hostile \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats. Entre la Chine, l&rsquo;Iran, le financement de l&rsquo;Organisation et surtout Gaza, l&rsquo;\u00e9quation est d\u00e9licate. La question palestinienne est devenue un test majeur de l&rsquo;ind\u00e9pendance et des limites de l&rsquo;ONU.<\/p>\n<p><strong>Moscou<\/strong> veut avant tout un candidat qui ne soit pas instrumentalisable par Washington et ses alli\u00e9s. Entre l&rsquo;Ukraine, les sanctions et la contestation de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie occidentale, le Kremlin cherche un Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral qui ne serve pas de caution morale \u00e0 un ordre international qu&rsquo;il conteste. Sa conception du multilat\u00e9ralisme privil\u00e9gie la souverainet\u00e9 et la pluralit\u00e9 des puissances.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9kin<\/strong> mise sur le Sud global, mais selon sa propre lecture du multilat\u00e9ralisme. La Chine souhaite un Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral favorable au r\u00e9\u00e9quilibrage du pouvoir mondial et \u00e0 une meilleure repr\u00e9sentation des pays en d\u00e9veloppement, mais hostile \u00e0 une politisation des droits humains consid\u00e9r\u00e9e comme un instrument de pression. Sur Gaza comme sur d&rsquo;autres crises, elle cherche aussi \u00e0 appara\u00eetre comme le d\u00e9fenseur d&rsquo;un ordre moins occidental.<\/p>\n<p><strong>Paris et Londres,<\/strong> enfin, d\u00e9fendent leur statut de puissances permanentes tout en appelant \u00e0 une r\u00e9forme dont ils redoutent les cons\u00e9quences. La Palestine comme le Sahara occidental illustrent les limites d&rsquo;un syst\u00e8me o\u00f9 le droit international et les r\u00e9solutions de l&rsquo;ONU se heurtent aux int\u00e9r\u00eats, aux alliances et aux rapports de force.<\/p>\n<p>Le paradoxe est l\u00e0: les P5 parlent de r\u00e9forme tout en conservant les privil\u00e8ges institutionnels qui la rendent si difficile.<\/p>\n<p><strong>Le prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral devra donc satisfaire cinq exigences distinctes, une par grande puissance. Aucun candidat ne peut se permettre d&rsquo;en d\u00e9cevoir plusieurs \u00e0 la fois.<\/strong><\/p>\n<p><span><span><strong>Quelle ONU pour le nouvel ordre mondial?<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des personnes, la succession pose quatre grandes questions.<\/p>\n<p><strong>Une ONU du Sud global?<\/strong> Les candidatures latino-am\u00e9ricaines et africaines traduisent le d\u00e9placement du centre de gravit\u00e9 politique mondial. Dette, climat, d\u00e9veloppement et repr\u00e9sentation: le Sud veut une Organisation qui ne soit plus simplement le miroir institutionnel de 1945.<\/p>\n<p><strong>Une ONU du droit ou de la puissance?<\/strong> L&rsquo;Ukraine, Gaza et le Sahara occidental posent, chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, la m\u00eame question: que vaut le droit international lorsqu&rsquo;il se heurte aux int\u00e9r\u00eats des grandes puissances ou de leurs alli\u00e9s? Le futur Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral devra naviguer entre droit, r\u00e9alisme et m\u00e9diation, sans ignorer que la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l&rsquo;ONU d\u00e9pend de sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9chapper au reproche du \u00abdeux poids, deux mesures\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Une ONU r\u00e9form\u00e9e ou simplement mieux g\u00e9r\u00e9e?<\/strong> Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas seulement celui de l&rsquo;efficacit\u00e9, mais du d\u00e9calage entre une architecture h\u00e9rit\u00e9e de 1945 et la g\u00e9ographie r\u00e9elle du pouvoir au XXI\u1d49 si\u00e8cle. R\u00e9former l&rsquo;ONU ne signifie pas n\u00e9cessairement redistribuer le pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Une ONU capable de redevenir m\u00e9diatrice?<\/strong> C&rsquo;est peut-\u00eatre la fonction essentielle du prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral: non pas r\u00e9soudre seul les guerres, mais maintenir des canaux de dialogue lorsque les puissances ne se parlent plus et pr\u00e9server un espace o\u00f9 la n\u00e9gociation reste possible.<\/p>\n<p><strong>Et pour la Tunisie et le Maghreb?<\/strong>\u00a0Pour la Tunisie et le Maghreb, cette succession d\u00e9passe largement la personnalit\u00e9 du futur Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Elle touche directement au r\u00f4le de l&rsquo;ONU en Libye et au Sahel, \u00e0 la Palestine et au Sahara occidental, \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre entre s\u00e9curit\u00e9 et droits dans la gestion des migrations, mais aussi au climat, \u00e0 l&rsquo;eau et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n<p>Pour les grandes puissances, l&rsquo;ONU est tour \u00e0 tour un instrument, une tribune ou une contrainte. Pour les \u00c9tats moyens, elle demeure surtout un multiplicateur de puissance: un espace o\u00f9 le droit, la diplomatie et les coalitions peuvent, au moins partiellement, compenser l&rsquo;asym\u00e9trie des rapports de force.<\/p>\n<p>Pour Tunis, l&rsquo;enjeu n&rsquo;est donc pas de savoir quel candidat serait le plus favorable \u00e0 la Tunisie, mais si le prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral contribuera \u00e0 pr\u00e9server un espace o\u00f9 un \u00c9tat moyen peut encore d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats sans devoir choisir entre les grandes puissances.<\/p>\n<p><span><span><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le prochain Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9ral devra \u00eatre suffisamment fort pour d\u00e9fendre l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;ONU, suffisamment ind\u00e9pendant pour ne pas devenir l&rsquo;instrument d&rsquo;un P5, suffisamment consensuel pour ne pas \u00eatre bloqu\u00e9 par eux et suffisamment repr\u00e9sentatif du Sud pour r\u00e9pondre \u00e0 la transformation du monde.<br \/>Aucun candidat ne coche parfaitement toutes ces cases. Et aucun P5 ne souhaite r\u00e9ellement qu&rsquo;un candidat les coche toutes.<\/p>\n<p>La question n&rsquo;est donc pas seulement de savoir qui occupera le 38e \u00e9tage \u00e0 partir du 1er janvier 2027. Elle est de savoir si une organisation con\u00e7ue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale peut encore s&rsquo;adapter \u00e0 un monde qu&rsquo;elle ne structure plus, mais dont elle demeure paradoxalement plus n\u00e9cessaire que jamais.<\/p>\n<p><strong>Car derri\u00e8re le nom qui \u00e9mergera de New York se joue une question plus vaste: le multilat\u00e9ralisme peut-il encore \u00eatre l&rsquo;espace o\u00f9 la r\u00e8gle temp\u00e8re la puissance, ou devra-t-il d\u00e9sormais se contenter d&rsquo;en enregistrer les rapports de force?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Elyes Ghariani<\/strong><br \/><span><em>Ancien ambassadeur<\/em><\/span><\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38429-elyes-ghariani-la-succession-de-guterres-revele-les-fractures-du-monde\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Elyes Ghariani &#8211; Alors que le mandat d&rsquo;Ant\u00f3nio Guterres s&rsquo;ach\u00e8ve le 31 d\u00e9cembre 2026, la course \u00e0 sa succession d\u00e9passe une simple comp\u00e9tition diplomatique. Elle r\u00e9v\u00e8le les fractures du syst\u00e8me international: rivalit\u00e9 entre grandes puissances, contestation d&rsquo;un ordre mondial h\u00e9rit\u00e9 de 1945, affirmation du Sud global et crise d&rsquo;un multilat\u00e9ralisme que chacun invoque, mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1772,"featured_media":191803,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"fifu_image_url":"https:\/\/www.leaders.com.tn\/uploads\/content\/thumbnails\/178887406940_content.jpg","fifu_image_alt":"Elyes Ghariani: La succession de Guterres r\u00e9v\u00e8le les fractures du monde","footnotes":""},"categories":[73,55],"tags":[],"class_list":["post-191802","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualite","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191802","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1772"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191802"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191802\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191803"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191802"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191802"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191802"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}