{"id":192315,"date":"2026-09-21T13:01:10","date_gmt":"2026-09-21T17:01:10","guid":{"rendered":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/anouar-brahem-ou-les-oiseaux-doivent-ils-voler-apres-le-dernier-ciel-quand-la-musique-repond-la-ou-les-mots-se-taisent-album-photos\/"},"modified":"2026-09-21T13:01:10","modified_gmt":"2026-09-21T17:01:10","slug":"anouar-brahem-ou-les-oiseaux-doivent-ils-voler-apres-le-dernier-ciel-quand-la-musique-repond-la-ou-les-mots-se-taisent-album-photos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/linitiative.ca\/International\/anouar-brahem-ou-les-oiseaux-doivent-ils-voler-apres-le-dernier-ciel-quand-la-musique-repond-la-ou-les-mots-se-taisent-album-photos\/","title":{"rendered":"Anouar Brahem &#8211; O\u00f9 les oiseaux doivent-ils voler apr\u00e8s le dernier ciel? Quand la musique r\u00e9pond l\u00e0 o\u00f9 les mots se taisent (Album photos)"},"content":{"rendered":"<p><span><span><strong>Par Hassan Arfaoui &#8211;<\/strong><\/span><\/span><strong>\u00a0Le Quartet d\u2019Anouar Brahem a pr\u00e9sent\u00e9 son spectacle \u00abAfter the Last Sky\u00bb dans le cadre du Festival Arabesques, le 11 septembre 2026 \u00e0 21 h 30, \u00e0 l\u2019Amphith\u00e9\u00e2tre d\u2019O du Domaine d\u2019O, \u00e0 Montpellier.<\/strong><\/p>\n<p>Le Festival Arabesques de Montpellier f\u00eate cette ann\u00e9e sa vingt-et-uni\u00e8me \u00e9dition. Cr\u00e9\u00e9 en 2006, il s\u2019est impos\u00e9 parmi les rendez-vous fran\u00e7ais importants consacr\u00e9s aux cultures du monde arabe, en associant musique, th\u00e9\u00e2tre, danse, cin\u00e9ma, litt\u00e9rature et arts visuels. L\u2019\u00e9dition 2026, organis\u00e9e du 8 au 20 septembre, accueille notamment Oum, Bachar Mar-Khalif\u00e9, Imarhan, Yasmine Hamdan, Abdullah Miniawy, Emel, Cam\u00e9lia Jordana, Souad Massi et Anouar Brahem.<\/p>\n<p>Vendredi 11 septembre, l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre du Domaine d\u2019O accueillait Anouar Brahem pour After the Last Sky. J\u2019avais \u00e9videmment envie de retrouver sur sc\u00e8ne un artiste dont l\u2019\u0153uvre et le parcours occupent depuis longtemps une place singuli\u00e8re dans la musique tunisienne et internationale.<\/p>\n<p>Une autre raison avait cependant renforc\u00e9 ma curiosit\u00e9. Quelques mois auparavant, j\u2019avais lu l\u2019entretien qu\u2019il avait accord\u00e9 \u00e0 Alya Hamza, publi\u00e9 le 9 mars 2026 dans La Presse Magazine, sous un titre qui reprenait l\u2019une de ses d\u00e9clarations: \u00abJe ne suis plus le m\u00eame homme apr\u00e8s Gaza.\u00bb Cette phrase m\u2019avait marqu\u00e9, sans que je veuille pour autant en faire la cl\u00e9 unique du concert. Elle m\u2019avait surtout conduit \u00e0 m\u2019interroger sur la mani\u00e8re dont un bouleversement aussi profond pouvait infl\u00e9chir le travail d\u2019un musicien attach\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9cision et \u00e0 une forme de pudeur. Comment une histoire marqu\u00e9e par la d\u00e9possession, les d\u00e9placements, les guerres et les destructions pouvait-elle affleurer dans sa musique, aux c\u00f4t\u00e9s de cette r\u00e9sistance obstin\u00e9e qui demeure attach\u00e9e \u00e0 la terre, aux noms, aux r\u00e9cits, \u00e0 la langue et \u00e0 tout ce qui permet la transmission d\u2019une m\u00e9moire collective? C\u2019est avec cette question, parmi d\u2019autres, que je suis all\u00e9 \u00e9couter After the Last Sky.<\/p>\n<p><span><span><strong>Darwich, Said et le sens d\u2019un titre<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Le titre choisi par Brahem renvoie \u00e0 Mahmoud Darwich et \u00e0 ce vers devenu c\u00e9l\u00e8bre: \u00abO\u00f9 les oiseaux doivent-ils voler apr\u00e8s le dernier ciel?\u00bb. Edward Said reprendra plus tard cette formule pour After the Last Sky: Palestinian Lives, son livre publi\u00e9 en 1986 avec les photographies de Jean Mohr, consacr\u00e9 \u00e0 la condition palestinienne. Ces r\u00e9f\u00e9rences inscrivent le concert dans une histoire plus longue que l\u2019actualit\u00e9 imm\u00e9diate et \u00e9clairent la place qu\u2019y occupent l\u2019attachement aux lieux et la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ce qui demeure malgr\u00e9 la distance. Le titre ouvre ainsi un horizon palestinien tr\u00e8s large, que l\u2019on ne saurait ramener au seul drame de Gaza, m\u00eame si celui-ci lui conf\u00e8re aujourd\u2019hui une r\u00e9sonance nouvelle.<\/p>\n<p><span><span><strong>Un concert o\u00f9 chantent les oiseaux<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>Sur sc\u00e8ne, Anouar Brahem \u00e9tait accompagn\u00e9 d\u2019Anja Lechner au violoncelle, Django Bates au piano et Mats Eilertsen \u00e0 la contrebasse. Ce qui frappe assez vite, m\u00eame sans pr\u00e9tendre \u00e0 une lecture de musicologue, tient \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre entre les quatre musiciens. Brahem laisse de l\u2019espace aux autres, \u00e9coute beaucoup et ne donne jamais l\u2019impression d\u2019un soliste entour\u00e9 d\u2019accompagnateurs. Le violoncelle d\u2019Anja Lechner m\u2019a particuli\u00e8rement touch\u00e9 par sa chaleur et sa gravit\u00e9. Le piano de Django Bates intervient souvent avec discr\u00e9tion, tandis que la contrebasse de Mats Eilertsen donne \u00e0 l\u2019ensemble une assise profonde. Les instruments se r\u00e9pondent, se rapprochent, s\u2019\u00e9loignent, puis laissent place au silence.<\/p>\n<p>J\u2019ai surtout gard\u00e9 de cette partie du concert l\u2019impression d\u2019une conversation musicale harmonieuse, parfois imm\u00e9diatement prenante, parfois plus difficile \u00e0 suivre. Car cette \u00e9criture demande une vraie disponibilit\u00e9. Certaines s\u00e9quences m\u2019ont paru accessibles d\u2019embl\u00e9e, port\u00e9es par des m\u00e9lodies dont la beaut\u00e9 s\u2019impose sans effort. D\u2019autres m\u2019ont sembl\u00e9 plus savantes, avec des passages o\u00f9 les rep\u00e8res deviennent moins \u00e9vidents. Cette exigence musicale peut cr\u00e9er une distance que j\u2019ai ressentie par moments. Mais elle fait partie de l\u2019exp\u00e9rience du concert, qui ne cherche jamais la s\u00e9duction facile.<\/p>\n<p><span><span><strong>Une musique qui interroge le silence<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>La phrase confi\u00e9e \u00e0 Alya Hamza revient alors \u00e0 l\u2019esprit, mais sans s\u2019imposer comme une explication de ce que l\u2019on entend. Brahem ne transforme pas le concert en manifeste et ne cherche pas \u00e0 assigner \u00e0 chaque morceau un sens politique.<\/p>\n<p>Des sentiments de manque, d\u2019inqui\u00e9tude ou de douceur affleurent, mais la musique conserve son autonomie et laisse \u00e0 chacun la libert\u00e9 de ses associations. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Darwich \u00e9claire davantage cette d\u00e9marche. Dans sa po\u00e9sie, le pass\u00e9 revient souvent \u00e0 travers des choses simples: une maison, un arbre, une m\u00e8re, un caf\u00e9, une odeur, et donne \u00e0 l\u2019arrachement une dimension intime. Brahem proc\u00e8de lui aussi par suggestion. Sa musique laisse appara\u00eetre des r\u00e9miniscences, des tensions, des fragments, sans chercher \u00e0 tout nommer.<\/p>\n<p>Le contexte actuel modifie in\u00e9vitablement notre \u00e9coute de After the Last Sky. La question du \u00ab dernier ciel \u00bb renvoie au refuge impossible face aux destructions et aux d\u00e9placements forc\u00e9s que conna\u00eet aujourd\u2019hui Gaza. C\u2019est sans doute l\u00e0 que le concert m\u2019a le plus atteint. Brahem ne propose aucune traduction litt\u00e9rale de la trag\u00e9die palestinienne. Sa musique en recueille parfois un \u00e9cho, parmi d\u2019autres dimensions plus intimes et plus universelles : l\u2019absence, l\u2019inqui\u00e9tude, la fragilit\u00e9 et l&rsquo;espoir malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<p>En quittant le Domaine d\u2019O, je pensais encore \u00e0 la question de Mahmoud Darwich: \u00abO\u00f9 les oiseaux doivent-ils voler apr\u00e8s le dernier ciel?\u00bb Certains moments du concert m\u2019ont imm\u00e9diatement touch\u00e9, d\u2019autres m\u2019ont demand\u00e9 davantage d\u2019effort et quelques-uns m\u2019ont laiss\u00e9 \u00e0 distance. Cette part d\u2019incertitude me para\u00eet plus juste qu\u2019une adh\u00e9sion sans r\u00e9serve, parce qu\u2019elle correspond \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9elle d\u2019un concert exigeant, dont certaines zones r\u00e9sistent \u00e0 l\u2019\u00e9coute imm\u00e9diate, tandis que plusieurs de ses moments continuent \u00e0 revenir longtemps apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Hassan Arfaoui<\/strong><br \/>\u00a0<\/p>\n<p>Auteur:<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/38459-ou-les-oiseaux-doivent-ils-voler-apres-le-dernier-ciel-quand-la-musique-repond-la-ou-les-mots-se-taisent\">Cliquez ici pour lire l&rsquo;article depuis sa source.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Hassan Arfaoui &#8211;\u00a0Le Quartet d\u2019Anouar Brahem a pr\u00e9sent\u00e9 son spectacle \u00abAfter the Last Sky\u00bb dans le cadre du Festival Arabesques, le 11 septembre 2026 \u00e0 21 h 30, \u00e0 l\u2019Amphith\u00e9\u00e2tre d\u2019O du Domaine d\u2019O, \u00e0 Montpellier. 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